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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 21:34

 

 Muraille de chineLe retour a une certaine forme de protectionnisme est à mon sens obligatoire si l’on veut solutionner les problèmes que rencontre à l’heure actuelle l’économie mondiale.J'en ai déjà longuement parlé et le texte précédent de Jacques Sapir était des plus convainquant à mon sens. Mais ce protectionnisme devra avoir pour but l’égalité dans l’échange pour toute les nations du monde, cette égalité se traduisant par l’équilibre des balances commerciales par secteur d’activité et de façon bilatérale par pays. Mais il y a différentes formes de protectionnisme, qu’il faut connaître pour s’apercevoir d’ailleurs que le libre-échange est une vue de l’esprit pour personne déconnectée de la réalité, de tête j’en citerai six :

 

-1 Les droits de douanes :

  C’est la méthode la plus directe, la plus efficace dans le temps et la moins onéreuse, c’est aussi la seule sur laquelle tout le monde tape et c’est pourtant à mon sens la plus juste, comme nous le verrons à la fin sur l ‘agriculture.

 

-2 Les subventions :

  Forme bien connue des agriculteurs Européens, Américains, Japonais et Coréens, elle consiste souvent à compléter les prix du marché pour les producteurs locaux. Elles peuvent prendre des formes déguisées comme l’achat d’appareils par l’état à travers des entreprises nationales, ou de commandes militaires (voir Boeing). C’est la forme la plus coûteuse qui soit de protectionnisme et si elle était la seule forme je deviendrais un libre-échangiste, car elles engendrent des effets secondaires désastreux au plan international. Ainsi les subventions agricoles Euro-Américaines font que les prix des produits agro-alimentaires de ces régions concurrencent de manière totalement déloyale les producteurs d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie créant de véritables catastrophes locales en  privant de débouchés les producteurs locaux. On peut être protectionniste et avoir conscience des effets secondaires d'un protectionnisme inadéquat.

 

-3 La monnaie :

  Il s’agit des dévaluations compétitives qu’on a bien connu en Europe au début des années 90. Les pays champions dans ce domaine sont le Japon la Chine et la Corée, ces pays achètent d’énormes quantités de Dollars sous forme de bons du trésor américain pour empêcher la dévaluation cette monnaie pour  cause de  déficit commercial abyssal. Un exemple simple de ce protectionnisme très puissant, si l’euro diminue de 20% par rapport au dollars cela signifie que les prix d’exportation vers la zone dollars baisse de 20%, et qu’en plus le prix des importations en provenance de cette zone augmentent du même pourcentage (même effet qu’un droit de douane de 20%). Ce type de protectionnisme dangereux pour la stabilité économique mondiale est rendu possible par le flottement des monnaies qui date de 1971 et de la fin du système de parité du dollars avec l’or. Elle est dangereuse car les variations monétaires peuvent être très rapide, elles suivent des tendances, des croyances et rendent problématiques la gestion prévisionnelle des entreprises. Comment gérer ses ventes quand le prix de vos produits ou de ceux de vos concurrents peuvent varier d’un jour à l’autre ?

 

-4 La culture :

  Il s’agit d’une forme très discrète de protectionnisme totalement impensable pour des pays comme la France où le patriotisme à quasiment disparu. C’est pourtant la forme de protectionnisme la plus naturelle et la plus primitive, les groupes humains travaillent souvent ensemble par affinité et proximité culturelle. Certains pays comme l’Allemagne pratiquent l’ethnocentrisme, quand il s’agit de choisir un partenaire industriel ou commercial. Il suffit d’aller dans les fameux hard discount pour s’en rendre compte. Chez Norma distributeur Allemand l’essentiel des produits proviennent d’Allemagne, alors que chez son concurrent français Leader Price la diversité des sources d’approvisionnement est nettement plus importante, les produits français étant minoritaires. Certains pays auront des entreprises qui pratiquent la préférence nationale et pas d’autre (voir Emmanuel Todd  « L’illusion économique »). Mais ce type de protectionnisme n’agit pas seulement pour le choix des partenariats entre les entreprises. Il agit aussi sur le consommateur, l’acheteur japonais c’est bien connu, hésitera à deux fois avant d’acheter un produit étranger, même s’il est moins cher, là encore le français lui se fiche de la provenance du produit pour vu qu’il soit moins cher. Vous comprenez bien qu’en régime de libre-échange absolue, le pays qui possède des habitants patriotes (Chine, Japon, Allemagne, Corée du Sud) est en état de supériorité face aux pays pratiquant l’individualisme le plus total comme la France, les USA ou la Grande Bretagne. Le défaut de cette protection c’est qu’elle n’est pas contrôlable pour notre pays, il vaut mieux ne pas compter sur la solidarité de nos concitoyens.

 

 Bien sure pour voir ce type de protectionnisme il faut sortir de l'imaginaire libéral et de la vision d'un individu purement calculateur, orientant sa consommation uniquement sur le  prix des marchandises convoités. Cela dépassera peut-être l'entendement de certain mais oui il arrive que des clients dans certaines cultures n'achète pas que par rapport au prix.

 

5- Les normes :

C'est la forme de  protectionnisme la plus technique puisqu’elle consiste à mettre en place des normes de sécurité ou de transmission suivant le secteur rendant les produits fabriqués à l’étranger inadaptables au marché local. Par exemple on imagine que l’état français veuille créer un fabricant de DVD français, il pourrait mettre en place une norme le DVD fr obligatoire pour les lecteurs de l’ensemble du marché. Le producteur national aurait alors un avantage car les producteurs étrangers hésiteront avant d’investir dans la fabrication de lecteur dont les normes ne sont que locales. De plus le producteur national sera au courant avant les autres et plus attentif puisque plus proche du marché dans laquelle la nouvelle norme sera appliquée. Le Japon pratique énormément ce type de protectionnisme, mais les autres régions du monde ne sont pas en reste. Cependant si le marché intérieur est vraiment énorme comme celui des USA ou de l’UE on peut estimer que ce protectionnisme tombe à l’eau puisque ces marchés étant centraux les producteurs internationaux feront tout leur possible pour être aux normes de ces régions. Cette protection n’est donc optimale que pour des petits pays ou des marchés de taille moyenne, à noter que le marché nippon est à la limite, mais c’est difficilement chiffrable.

 

6-Les quotas:

Il s'agit de mettre une limite quantitative aux importations. C'est la forme de protectionnisme préféré de Maurice Allais car elle est très simple à mettre en œuvre. Elle fut d'ailleurs pratiqué jusqu'à peu dans le textile européen. Mais comme toute les autres formes de protectionnisme elle fut supprimé ce qui provoqua une inondation de textile chinois et une hémorragie d'emploi dans toute l'Europe. Le principe des quotas est simple, vous dites par exemple que seul 20% du textile peut être importé, connaissant à peu près la consommation annuelle la France il est simple de sortir une limite quantitative d'importation, les douaniers faisant le reste. En effet une fois les quotas atteint le textile importé sera considéré comme des importations frauduleuse susceptible d'entrainer des poursuites judiciaire. Il est à noter qu'un tel protectionnisme nécessite un état avec un niveau de corruption relativement faible, certain pays d'Afrique ont ,par exemple, ce type de protection, mais la corruption locale empêche une application réelle de ces mesures ce qui s'avère catastrophique pour l'industrie locale.

 

Pour en finir sur ce sujet reparlons de l’agriculture européenne, que se passerait il si nous remplacions les subventions par des droits de douanes ? La PAC coûte a l’Europe pas moins de 43.5Md€ par an, soit plus du tiers du budget de l’UE contre seulement 36Md€ pour la solidarité. En mettant des droits de douanes cette somme serait bien évidemment économisée puisque les agriculteurs verraient le prix des importations augmenter, ils redeviendraient compétitifs sur le marché intérieur sans subvention. Qui plus est les taxes rapporteraient de l’argent à l’UE, et comme les produits européens ne seraient plus subventionnés les agriculteurs des pays du tiers monde n’auraient plus à souffrir d’une concurrence devenue trop cher sur leurs marchés. On fait d’une pierre trois coups, on rend plus prospère les agriculteurs des pays pauvres, on redonne aux agriculteurs Européens leur indépendance et leur honneur puisque maintenant ils ne vivront plus que du fruit de leur labeur, ils ne seront plus obligés de demander des subventions à Bruxelles. Et cerise sur le gâteau on peut utiliser une somme énorme de 43.5Md€ pour l’aide aux pays de l’est, la recherche, ou le développement industriel. Qui est encore pour les subventions ? Mais bien sure certains tiers-mondistes extrémistes vont promulguer la solidarité avec les pays pauvres et prôner l’abandon de la protection de nos agriculteurs, il est tellement facile de pousser les autres à la solidarité quand soit même on ne risque rien. Ce genre de discours n’a pas sa place dans une vraie réflexion car nuire aux européens n’améliorera pas la situation des pays pauvres qui souffre plus que nous du manque de solidarité interne. Plutôt que de dire aux européens d’être solidaire du tiers monde ces messieurs altermondialistes feraient mieux de pousser les riches des pays du tiers monde à investir chez eux plutôt que de mettre leur argent en Suisse ou aux Etats-Unis. Le gros problème du tiers monde est le manque de patriotisme notamment en Afrique ou les états fantoches ne défendent souvent que des intérêts particuliers, mais sur ce plan on peut dire que l’Europe s’africanise à grande vitesse.

 

Sur le sujet du libre-échange il y a un excellent interview de Jean Luc Gréau sur le site de Pascale Fourrier. Ce dernier  décrit le libre-échange comme une politique à fondement raciste: à écouter ici

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

jean 20/02/2010 17:36


Ah les dévaluations en régime de change flottants, c'est beau...
Ceci dit, c'est bien d'une dévaluation dont aurait besoin l'Espagne et autres. Mais bon, avec l'euro ce n'est plus trop possible.

M.Gréau ferait bien de potasser les avantages comparatifs. Çà lui éviterait de dire cette bêtise selon laquelle le libre-échange a été mis en place parce que les européens se croyaient supérieurs.
En effet, même si on est les loosers parmi les loosers, on peut tirer parti de l'échange. (cf ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/Avantage_comparatif  )


René Jacquot 19/02/2010 19:33


Merci Yann pour cet article!

Les entreprises françaises et le medef ne cessent de parler du "Level Playing Field" et pleurent car elles ne font pas le poids face aux entreprises chinoises qui ne veulent pas jouer le jeu, par
exemple de l'OCDE dans laquelle la Chine n'a qu'un statut d'observateur sans pour autant y adhérer pour ne pas à avoir à ratifier la faible charte des principes directeurs.

A ce sujet, permets-moi de citer Lordon:

"Dans le sabir communautaire international le non-protectionnisme a pour nom « level playing field », soit « terrain de jeu aplani », en d’autres termes : absence
de toute aspérité et de toute dénivellation qui perturberait le parfait plain-pied où l’on veut jeter les compétiteurs. Mais ce non-protectionnisme existe-t-il ? Et même : pourrait-il
jamais exister autrement qu’en fantasme ? À quelques malhonnêtes entorses près sans cesse corrigées par les bienveillantes autorités de la Commission, la concurrence non distordue règne, nous
dit-on, en Europe. Concurrence non distordue vraiment avec l’Estonie qui fixe à zéro son impôt sur les sociétés ? Avec la Roumanie où les employés de Renault-Dacia payés 300 euros par mois
sont une sorte d’élite salariale ? Avec la Pologne qui refuse toute réglementation environnementale – et les coûts qui l’accompagnent ? Avec le Royaume-Uni qui dévalue subrepticement sa
monnaie de 30% contre l’euro, et d’un claquement de doigts diminue d’autant ses prix d’export ? Avec le Luxembourg dont la transparence bancaire fait paraître limpide une flaque de
pétrole ? Concurrence non distordue sans doute également avec la Chine, et aussi avec le Vietnam bien connu pour la générosité de sa protection sociale, ou pourquoi pas la Birmanie puisque BK
Conseils nous certifie que le travail forcé y est une légende."

Le non-protectionnisme ou level-playing field est une vue de l'esprit.


xavier 19/02/2010 14:24


Article très intéressant et pédagogique, avivant la curiosité et participant au combat contre "le déclin intellectuel". merci
sans Internet comment faire partager des vues dissonantes? comment sortir de la pensée unique?