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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:30

Deux nouvelles récentes confirment les prévisions que l'on pouvait avoir quant à l'avenir de la croissance mondiale. La première concerne l'Allemagne. Il semblerait que les exportations allemandes commencent à souffrir des effets des purges dans les autres pays européens et du ralentissement économique aux USA. En effet, l'excédent allemand s'est fortement contracté en avril. Alors il s'agit peut-être d'une contraction momentanée, car cette baisse d'excédent est due à une baisse des exportations et non à une plus forte hausse des importations. La situation n'est guère meilleure chez leurs homologues hitech japonais, ces derniers connaissent maintenant un déficit commercial. Cependant, cette situation pouvait sembler être essentiellement le fruit de la catastrophe récente. C'est l'évolution du commerce allemand et des autres pays excédentaires qui semble nous confirmer que la baisse des exportations japonaises est liée à une plus faible demande mondiale. L'autre grosse nouvelle c'est la baisse sensible des prix de l'immobilier chinois. Une baisse qui est très dangereuse parce que la Chine a malheureusement choisi un modèle économique de demande intérieure tout aussi dangereux que le modèle anglo-saxon, mais d'un autre acabit.

 

  En effet, les Chinois ne tirent leur croissance intérieure que par l'investissement. Le taux d'épargne en Chine est absolument monstrueux, il fait près de 50% du PIB. Un taux totalement intenable si la Chine vivait de sa propre consommation. La surépargne chinoise se traduisant certes par un fort investissement, mais aussi en contrepartie par une sous consommation chronique. De sorte que si la Chine ne pouvait plus exporter ses produits elle se retrouverait rapidement en situation de surproduction massive. Une crise de surproduction qui serait surement  bien plus grave que celle qui frappa les USA en 1929. Le marché immobilier chinois est tout aussi déconnecté des besoins locaux que le système de production industriel. Et la seule chose qui maintient ce marché haussier, c'est le fait qu'il monte, il entraine ainsi une absorption toujours plus grande d'investissements privés ou publics.C'est une bulle parce que ce qui maintient le prix c'est l'anticipation de la hausse des prix par les acteurs privés et non l'évolution de la demande réelle des acheteurs. Il y a d'ailleurs en Chine une forte asymétrie entre les logements demandés et les logements fabriqués un peu comme chez nos amis espagnols. Bureaux vides et immeubles inhabités étant chose courante au pays de la croissance infinie. La baisse des prix de l'immobilier pourrait donc être fatale et produire une véritable purge du marché immobilier chinois. Et cela au moment où la croissance mondiale ralentit ce qui est indubitable puisque les quatre grands pays exportateurs que sont la Chine, l'Allemagne, le Japon et la Corée du Sud connaissent tous un ralentissement, voire une baisse de leurs exportations.

 

Japon-commer.png

Coree-comm.png

Allemagne-comme.png

Chine-Comm.png

 

   

Comme on le voit sur tous les graphiques précédant la baisse est réelle même si seul le temps nous dira si cette direction se maintient. Cette rechute est par contre tout à fait logique, la situation dans les principaux pays importateurs se dégradant notamment aux USA. Nous avions vu précédemment que ce pays connait un ralentissement de sa croissance et un rebond du chômage malgré un usage massif des déficits et de la planche à billets. Il y a un décalage entre la baisse d'activité entre les zones d'exportation et celles d'importations, mais la contre-réaction est automatique. Pour ce qui est de la Chine, on observe une hausse de l'excédent après une baisse, mais cette hausse est moins due à la hausse des exportations qui ralentit qu'à la baisse des importations ce qui confirme un ralentissement intérieur. Même chose pour l'Allemagne qui connait une contraction à la fois de ses exportations et de ses importations, cependant dans le cas allemand les exportations ont baissé plus vite ce qui réduit l'excédent commercial. Cette évolution allemande traduit la détérioration économique à l'intérieure de la zone euro dont dépend l'essentiel du commerce extérieur allemand. Étant donné que toute l'Europe a décidé de faire des politiques de restriction économique, il n'est guère étonnant de voir une diminution de l'excédent allemand. Cette diminution devrait rapidement se traduire par un ralentissement de la croissance allemande.



Tous les pays du monde ne peuvent pas avoir d'excédent en même temps



Tel est la réalité que nous montre cette évolution. Les pays excédentaires qui ont des stratégies égoïstes ne pourront croitre indéfiniment, car leurs prospérités dépendent nécessairement de la bonne tenue des économies qui importent. Des économies importatrices qui doivent un jour ou l'autre rééquilibrer leur commerce ce qui produit évidemment des crises dans les pays exportateurs. Cette contradiction, self evident comme disent les Américains, n'est pourtant pas encore comprise en Chine ou en Allemagne. En Chine, la spécialisation excessive dans l'exportation a créé un système économique absurde dans lequel rares sont les salariés à pouvoir se payer ce que pourtant ils fabriquent. Avec pour conséquence une inflation asymétrique dont nous avions déjà parlé dans ce texte, lorsque les salaires augmentent un peu. En Allemagne, le pays, persuadé de son déclin à long terme à cause de sa démographie, s'enferme dans une fuite en avant autodestructrice dans l'exportation. Comme si l'Allemagne était destinée à devenir un pays de production sans salarié uniquement habité d'usines et de travailleurs étrangers. Dans les deux cas, nous avons affaire à des modèles économiques absurdes dans lesquelles on a oublié le sens même des mots progrès et développement. Et ces modèles ont pour conséquence de produire des catastrophes ailleurs, catastrophes qui se répercute forcément à long terme sur les pays exportateurs.



Le but de ces nations semble être uniquement de produire plus pour produire plus, en oubliant qu'à l'origine on produit pour répondre à un besoin. In fine, on peut trouver les Américains moins idiots. Car eux savent que la finalité de la production est de consommer, alors autant consommer sans produire puisque d'autres peuples sont assez stupides pour voir dans leur asservissement volontaire une source de fierté. Car ces pays sont fiers de leurs excédents sources croient-ils d'une puissance extraordinaire. La Chine est fière de ses montagnes de papier toilette vert accumulées depuis deux décennies. Elle regarde tout de même avec anxiété les variations du dollar. Mais elle essaie de se rassurer sur la valeur intrinsèque de son papier hygiénique en rachetant des bouts de terre un peu partout dans le monde. Cependant elle oublie au passage que les titres de propriété qu'elle achète ne sont valables que par le consentement des autorités locales. Que les peuples en aient assez des propriétaires chinois et le bout de papier actant la propriété chinoise ne vaudra plus grand-chose. Ces pays excédentaires pourraient pourtant profiter et faire profiter tout de suite leur population de leurs investissements massifs réalisés ces dernières années. En répondant avant tout aux demandes locales, en augmentant les salaires. En en ayant une politique plus large et généreuse en matière d'aide familiale dans le cas de l'Allemagne histoire de rétablir la démographie à des niveaux raisonnables. La solution aux problèmes de l'économie mondiale est aussi et même surtout entre les mains des pays excédentaires. Si ces derniers ne prennent pas leurs responsabilités en relançant leurs demandes intérieures alors qu'ils ne s'étonnent pas des contre-réactions que leurs pratiques finiront automatiquement par produire chez les pays déficitaires. Car que ce soit par l'effondrement économique ou par le protectionnisme et la dévaluation, les déséquilibres commerciaux devront forcément se réduire. Il serait tout de même plus sage de le faire par le haut plutôt que par le bas.

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Published by Yann - dans économie
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