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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 17:31

Nous allons profiter de l'été pour aborder des sujets parfois un peu différents des questions économiques même s'il est évident que bien souvent ils peuvent nous y  ramener. L'année dernière, j'avais profité de l'été pour faire part de quelques-uns de mes hobbys concernant l'astronomie et la question de la conquête spatiale, j'y reviendrai surement cette année encore, d'autant que les découvertes passionnantes se multiplient. Mais un sondage récent fait par la revue La Recherche m'a semblé être un bon sujet pour démarrer ces articles hors sujet. Ainsi l'on apprend dans ces sondages que l'image de la science en France s'est tout de même nettement dégradée ces dernières années. Est-ce les effets des divers problèmes souvent associés à tort comme étant des problèmes scientifiques? Ou est-ce le fruit d'une propagande, en partie obscurantiste, fomenter par une partie importante de l'intelligentsia bobo? Car la science, souvent confondue avec la technique et le système industriel, semble avoir perdu de sa superbe en même temps que la technique envahissait comme jamais la vie de nos concitoyens. Eux qui ne peuvent vivre sans internet ou sans iPod se mettent à se méfier comme jamais de la science. C'est en effet un étrange paradoxe que celui-ci.

 

 

Mort au nucléaire et aux OGM

 

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Lorsque l'on regarde le résultat du sondage sur l'opinion des Français suivant les secteurs scientifiques, l'on voit bien les effets des idées reçues balancées par les médias de façon répétée. Les écologistes les plus extrémistes, qui ont eu accès plus souvent qu'on ne le croit aux médias, ont ainsi pu propager l'idée que le nucléaire EN GÉNÉRAL c'est le mal. Ou que les OGM, là aussi EN GÉNÉRAL, c'est une catastrophe. Avec pour conséquence un jugement global qui condamne ces technologies pourtant extrêmement variées et multiples. La fusion nucléaire ce n'est pas la fission de l'uranium, qui n'est pas la fission au thorium.  La généralisation produite par l'effet médiatique et la simplification à outrance a ainsi fait des dégâts durables dans l'opinion publique. Le nucléaire et toutes les questions qui s'y rapportent étant ainsi sujets à méfiance, ce qui empêchera la nécessaire neutralité qui est la base même d'un choix rationnel en matière énergique. On tombe immédiatement dans la caricature. Il sera dans ces conditions très difficile par exemple de défendre la recherche sur les surgénérateurs ou celle sur le développement de la filière du nucléaire au thorium. Pourtant ces deux types de technologies pourraient résoudre en partie bien des problèmes et sont moins risqués que la filière de l'uranium développée essentiellement pour alimenter les armes nucléaires. Mais le mot nucléaire met tout le monde d'accord sur l'enterrement du débat. Contrairement aux idées reçues, je pense que le lobby écologiste sur ces questions est largement plus puissant en France et en Europe que le lobby nucléaire. Le coup des petites associations sans défense contre le monstre géant et corrupteur ne tient pas la route lorsque l'on voit de quel côté les médias français et la vox populi penchent régulièrement.



Quoi qu'il en soit ces confusions sont dommageables pour le débat public et empêchent de mesurer la réalité telle qu'elle est. Ce qui pose problème aujourd'hui ce n'est pas le nucléaire en générale, mais bien la filaire à l'uranium. Dans les années 60, nous aurions pu développer un nucléaire au thorium. Si l'uranium a été choisi, c'est bien parce que politiquement il fallait utiliser de l'uranium pour produire du plutonium et alimenter l'armée en produit fissile. Ce fut un choix politique qui n'a rien avoir avec la science ou la technique. Nous pourrions dire la même chose des OGM si détestés aujourd'hui . Car OGM signifie organisme génétiquement modifié, techniquement nous sommes tous des OGM. À chaque fois qu'un organisme se reproduit sexuellement, il fabrique un OGM fruit de la fusion de deux génomes différents. Les OGM représentent donc un sigle générique pouvant porter sur des techniques et des buts extrêmement variés et différents. Lorsque l'on parle des dangers des OGM, on met bien souvent en avant les technologies mises au point par des firmes privées comme Monsanto dont le seul souci est la rentabilité économique. Faire de ces apprentis sorciers irresponsables, les seuls représentants des techniques OGM, c'est leur donner trop d'honneur. Mais c'est également faire insulte à la science, la vraie.



À titre personnel je pense que ces technologies ne devraient pas être laissées aux mains d'organismes privés. C'est à but non lucratif que ces technologies donneront le meilleur de leur potentiel. Mais il s'agit là encore une fois d'un choix politique et non d'un problème scientifique. Condamner tous les OGM sous le prétexte que des firmes privées les utilisent pour monopoliser les semences et mettre en danger nos agriculteurs c'est de la stupidité, voir de l'obscurantisme. Encore une fois, la technique et la science sont des outils, leur usage dépend de ceux qui les utilisent. Qui plus est, interdire ces techniques ou en empêcher leur développement en France ne fera que rendre service à ces firmes qui iront poser leurs brevets en Chine ou ailleurs. Là où les considérations éthiques n'ont guère de sens. Plutôt que de mettre la tête dans le sable, les Français et les Européens devraient au contraire être à la pointe de ces recherches, car c'est finalement celui qui découvre et celui qui maitrise les nouvelles techniques qui finit par imposer son point de vue. On l'a vue avec internet et l'informatique où les normes américaines se sont imposées alors que des pays comme la France au début des années 80 auraient pu eux aussi défendre leurs orientations dans ces secteurs. Si nous ne voulons pas que les OGM soient utilisés à mauvais escient alors il nous faut un secteur public scientifique fort et capable de donner le ton dans ce type de recherche.  Mais pour cela il faut une politique scientifique publique ambitieuse, très éloignée des considérations purement économiques à court terme des comptables qui nous dirigent et qui se prennent pour de fins politiques.



Quoi qu'il en soit on voit bien les peurs nouvelles qu'inspire aujourd'hui la science, même les nanotechnologies qui sont encore balbutiantes inspirent la peur, alors qu'elles pourraient véritablement résoudre des problèmes graves. Ainsi grâce aux nanotechnologies des chercheurs anglais ont mis au point un système basé sur des boîtes quantiques permettant d'imiter la photosynthèse des plantes pour extraire directement l'hydrogène de l'eau sans électrolyse. C'est un nouveau moyen d'utiliser l'énergie solaire pour la transformer directement en carburant sous forme d'hydrogène, c'est révolutionnaire. Ce sont les nanotechnologies qui permettent ce genre de prouesse et qui pourraient mettre à l'abri l'humanité de toute pénurie d'énergie, même avec 8 milliards d'humains. Avoir peur de ces techniques sous prétexte qu'elles pourraient être dangereuse relève de la stupidité. D'autant que comme je l'ai dit précédemment elles arriveront, quoi que nous fassions. Faisons en sorte d'en être maitres cette fois-ci. Les nanotechnologies pourraient aussi permettre à l'humanité d'avoir accès à de nouveaux types de matériaux de construction utilisant des matières premières beaucoup plus abondantes que le fer ou le cuivre. Les nanotubes de carbones ou le graphène font déjà imaginer des constructions incroyables puisqu'ils sont 100 fois plus résistants que l'acier et ne nécessitent que des atomes de carbone pour être fabriqué. Ils sont également capables de transporter le courant électrique sans perte comme dans les supraconducteurs permettant d'énormes économies d'électricité. Je rappelle qu'à l'heure actuelle l'effet Joule ponctionne un tiers de la production électrique française, une centrale nucléaire sur trois sert à chauffer des fils et des câbles pour apporter le courant jusque chez vous. Il est donc dommage de créer un tel climat de méfiance chez les Français là où il faudrait au contraire nourrir la curiosité. Si les dangers existent, la politique de l'autruche ne pourra que nous conduire à la catastrophe et à la perte définitive de notre indépendance en tant que nation. Car nous serrons alors à la merci de la maitrise technique d'autres peuples moins peureux.

 

 La technique est envahissante, c'est la faute à la science

 

sondage3

   

Autre point curieux de ces sondages, c'est l'idée que la technique est devenue envahissante. Est-ce que cet envahissement est véritablement le fruit du progrès technique? C'est ce que semblent croire les Français. Pourtant qui les oblige à consommer des produits dont ils n'ont pas réellement besoin? Le marketing et la publicité peuvent en partie expliquer de telles orientations, mais au fond on sait bien que le problème vient d'ailleurs. On pourrait ici citer l'effet Veblen , car c'est bien lui qui explique le mieux cette étrange coutume qu'a développée l'espèce humaine pour la course consumériste. Pour résumer. Disons que l'effet Veblen nous dit que l'on recherche toujours à se distinguer des classes sociales inférieures, par un usage de techniques et de passions sociales qui sont impossibles à avoir avec un niveau de vie inférieur. Pour prendre un exemple, le plouc de la classe moyenne moyenne sera content d'avoir un PC avec Windows et un processeur Intel Icore 2600K, le bourgeois pour se distinguer de ce gueux va lui acheter un ordinateur Mac. Ce dernier ne fera rien de mieux, mais il coutera beaucoup plus cher. Et c'est cette cherté qui est recherchée par le bourgeois de la classe sociale supérieure, car cette consommation ostentatoire le distingue de la masse. Mais comme chaque classe sociale essaie d'imiter la classe supérieure vous avec un effet de cascade générationnel qui se produit année après année et qui alimente la fameuse course à la futilité. Hier, les écrans plats étaient pour les élites, aujourd'hui tout le monde en a, même ceux qui ne regardent jamais la télé. Alors les élites s'achètent des écrans 3D et ainsi de suite. Il est important de comprendre que l'origine de cette invasion de la technique n'est pas dans la recherche de l'efficacité. On pourrait même montrer une baisse parfois de l'efficacité avec certaines technologies. Ce n'est pas non plus le système technicien qui crée ce moteur même s'il l'alimente chaque année par de nouvelles futilités, et de nouveaux gadgets. C'est un problème sociologique. Car s'il s'agissait uniquement d'un problème utilitariste des marques comme Apple auraient disparu depuis longtemps. Et les téléphones portables ne feraient que téléphone ou à la rigueur échangeur de SMS. C'est la volonté de se distinguer du reste de la population du haut de la pyramide sociale qui produit cette course à l'armement technologique sans fin et qui produit tant de gaspillage.

 

La science et la technologie ne sont ici que les jouets des problèmes sociaux de nos organisations anthropologiques. Même sans progrès techniques la course à l'absurde se ferait avec d'autres moyens. La science a évolué, mais l'être humain est resté le même que ces 10000 dernières années. Notre dépendance à la technique qui semble nous envahir est plus le fruit de la contrainte sociale qu'autre chose. Et donc du regard que nous posons sur nous-mêmes et sur nos rapports avec les autres. Avons-nous réellement besoin d'un iPod pour nous sentir l'égale d'autrui? Et si c'est vrai alors est-ce la faute de l'iPod ou la faute de celui qui doute de lui même au point d'avoir besoin de cet appareillage pour se sentir humain? Nous nous sommes volontairement piégés par la technique, elle n'y est rigoureusement pour rien si nous en faisons un tel usage.

 

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Published by Yann - dans divers
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commentaires

yann 21/07/2011 00:13



@tous


Pardon pour le retard dans les commentaires.


@Olaf


Je ne parle plus de Jorion ou je vais me faire taper sur les doigts.


@olivier seutet


Oui il est vrai que la technique peut donner un pouvoir démesurer à un petit nombre, du moins en apparence. Mais je persiste à ne pas condamnée la science ou la technique. C'est l'usage qui en
est fait qui est problématique, c'est le fait que l'outil est déifié. les premiers grands écologistes comme Jacques Ellul ne disaient pas autre chose.


@La Gaule


Pour moi la science c'est avant tout la capacité à faire rejointure entre la théorie, l'hypothèse et les faits. Un raisonnement scientifique ne tient pas à la quantité de math qu'il possède, même
si les mathématique sont un outil indispensable dans certaines matières et par ailleurs souvent bien pratique et précis. Mais fondamentalement je m'en tiens à la définition de la philosophie
positive d'Auguste Comte.  Après ce qui vous décrivez comme étant "la science" et son importance apparu au 19e siècle tient plus du scientisme et du positivisme, ce n'est plus de la science
à proprement parlé. Mais il faut croire que tous les mouvement nouveau suivent la même tendance à la déification. Ce fut finalement la même chose avec le socialisme, le libéralisme, ou l'écologie
de nos jours. On retombe sans cesse dans la même prison qui fait qu'un courant d'idées ou de réflexions, qu'une technique se fait ainsi récupérer pour quitter son objectif premier et devenir une
espècede totem moderne. Les choses et les idées ne sont plus mesurées pour ce qu'elles apportent en tant que telles, mais pour ce qu'elles peuvent permettre en tant que marqueur social.  


 



olaf 18/07/2011 22:45



La Gaule


On peut être très moyen en maths et être un bon scientifique. Perso, je me débrouille pas trop mal en maths, mais en fait je les utilise assez peu, sauf, à l'occasion, les stats qui sont bien
pratiques, d'autant plus faciles qu'il y a des logiciels performants. C'est plutôt mon imagination en 3D, mon coup de crayon technique ou artistique aussi et d'autres formes qui me servent.


De même un bon médecin ou chirurgien n'a pas beaucoup besoin de connaitre des maths sophistiquées. C'est pourquoi, cette dérive du tout mathématique des années 60 avec la mode de la théorie des
ensembles était plus discriminatoire que nécessaire, une forme d'église inutile. Avant c'était le grec ou le latin, ensuite les maths, après la com ou autre chose, toujours des monomanies...


Je suis plus favorable à un certain degré de transversalité, même si localement il faut des spécialistes pointus dans certainss domaines.


 


 



tocquelin 18/07/2011 11:08



un bel exemple de l obscurantisme francais ,le cas des nitrates.un colloque a eu lieu a la Pitie Salpetriere  le 31 3 2011 sur les bienfaits des  nitrates et de l ON  pour la
sante ;le Pr LOUIS IGNARRO a eu le Prix NOBEL de Medecine pour ses travaux sur ces sujets;3 colloques ont eu lieu a Atlanta sur les bienfaits des NO dans la preventions de diverses
pathologies.Ces travaux sont ignorrés en France;des  normes sans fondements sonts toujours imposées alors que les legumes si profitables sont trés riches en nitrates.Sur ce sujet voir le
site:www.blognitrates;le site du Pr LOUIS IGNARRO ou le site de l ISTEl



La Gaule 17/07/2011 03:44



Vous constatez donc vous-même d’une part ce que j’ai toujours défendu, à savoir que l’individualisme consumériste induit au bout du compte des
comportements de tribu ou de troupeau. Mais je crois aussi que la clé de ces comportements va bien au-delà du simple déterminisme économique et social, dont la seule prise en compte ne peut mener
qu’à une vaine critique morale –ce qui était le cas chez Veblen- si l’on écarte l’issue chimérique du sens dialectique de l’histoire cher aux marxistes.


Les ressorts profonds de l’âme humaine, dans une société dont la structure hiérarchique repose sur la possession matérielle  et l’accaparement de l’espace, sont plutôt à rechercher du côté de chez Freud. La société de marché capitaliste n’est d’ailleurs pas la seule sur la sellette à
ce niveau, beaucoup de sociétés reposant sur le don célébraient aussi le prestige du donateur au mépris des moyens qu’il se donnait pour l’acquérir : violence endémique, expropriation et
pillage, pratique systématique de l’esclavage.


Seul un ordre contraignant consacrant des valeurs de transcendance et plaçant les pulsions individuelles sous la loi d’autorités supérieures
symboliques peut permettre à l’individu d’échapper à la fuite en avant perpétuelle dans l’espace et à la fascination sans limite exercée par le pouvoir des objets (à ce titre un authentique
iconoclaste comme Deleuze peut être vu aussi comme un idiot utile encore plus conséquent au service du nouvel ordre consumériste, une sorte de Nietzsche ramené aux dimensions de son époque, celle
des aventures télévisuelles de Zorro ou de Thierry la fronde).


Le problème de la science est qu’elle a longtemps participé à cet ordre transcendantal en invitant les sociétés à rêver avec elle. On a oublié
aussi à quel point ce rêve a touché toutes les couches sociales, comme une conséquence des progrès de l’alphabétisation et du niveau d’instruction, tout cela bousculant au passage toutes les
anciennes transcendances.


Quand l’anarchiste Raymond Callemin dit « la science » se faisait le porte parole de sa bande (à Bonnot) en écrivant au préfet de
police de Paris : « Nous allons utiliser toutes les ressources que nous donne la science pour exterminer la police (revolvers, fusils, dynamite) », il ne montrait rien d’autre que
la même adhésion fervente au nouvel ordre positiviste qui marquait nombre de ses contemporains.


Les romans de Jules Verne, qui furent eux-mêmes le prélude à un vaste courant littéraire et populaire, étaient aussi le symptôme d’une invitation
générale au rêve. Non seulement la science se donnait la vocation déclarée d’illuminer le monde, mais elle trouvait aussi les moyens de répandre cette illumination auprès du plus grand nombre, en
popularisant des belles histoires et des grands mythes habités par la puissance merveilleuse de la science.


A quel moment ce rêve a-t-il tourné court ? Sans doute à ce même moment que Todd avait identifié dans son « Illusion économique »,
lorsque les grands bénéficiaires du savoir de masse au sein des sociétés occidentales ont consolidé leurs nouvelles positions en tant que groupe social dominant et ont eu tendance dorénavant à
verrouiller les portes derrière eux.


Je pense avoir vécu ce changement de cap -sans bien m’en rendre compte sur le coup parce que je n’étais qu’un simple écolier moyennement doué-
qui fut d’abord une phase de repli sémantique dans le sens de l’hermétisme de groupe. C’était l’époque –la fin des années soixante- où les mathématiques devinrent le seul étalon de valeur dans à
peu près toutes les disciplines qui se réclamaient de la « dureté » de la science.


Je me souviens d’un prof de physique (excellent par ailleurs dans sa partie puisqu’il enseigna un peu plus tard  aux prépas d’un « grand » lycée parisien) qui s’adressaient aux débutants littéraires d’un bahut de banlieue que nous étions à peu près en ces
termes : « Mon but est d’abord de vous amener à traiter la matière au plus haut niveau mathématique ».


Je crois que le problème tient aussi au fait que cet état d’esprit a fâcheusement gagné par exemple autant les « sciences » humaines
que la formation des médecins.


Ma scolarité secondaire fut ainsi marquée par une aversion bizarre à toutes les sciences que l’on m’enseignait, laquelle n’avait d’égale que mon
allergie aux mathématiques. Bizarre, parce que j’étais par ailleurs un lecteur assidu de Sciences & vie auquel mon paternel était abonné. Par ailleurs l’un de mes livres de chevet de l’époque
était un « cours complémentaires de physique et chimie à l’usage des écoles professionnelles » édition 1938 (les écoles professionnelles avant guerre donnaient une formation technique
en deux ou trois années au-delà du certificat d’études).


Mon intérêt pour ce bouquin tenait en ce qu’il constituait plus un discours –en vrai et bon français- sur la science que l’un de ses manuels
ésotériques auquel j’étais déjà  habitué. Les descriptions des expériences qui en émaillaient les chapitres, minutieuses et fertiles en
rebondissements, étaient du Jules Verne pur jus.


La science ne fait plus rêver les masses parce qu’elle a abandonné le langage adéquat  pour le
faire.


Quant au sentiment d’envahissement par la technique qui habite nos contemporains, je ne le trouve pas forcément contradictoire avec la
fascination générale pour l’objet ou le gadget technologique. Ce qu’il y a au bout du capitalisme financier, hanté par une sorte de totalitarisme technologique, c’est la croyance trouble en un
nouveau paradigme capable aussi bien de bouleverser la nature humaine que d’arrêter la marche de l’histoire.


Une croyance fallacieuse que résume très bien la belle formule d’Hervé Juvin : « croire que c’est l’outil qui fait la main alors qu’il
est patent que ce sera toujours l’inverse ».


Il se peut aussi que les sondés dont vous parlez ne souhaitent obscurément guère autre chose.



olivier seutet 15/07/2011 12:03



Autant je rejoins votre critique de l’obscurantisme propagé par les
extrèmistes écologiques, autant je ne vous suis pas sur le caractère envahissant des technologies. Vous ne l’abordez que sur le plan de la consommation des gadgets électroniques, et votre
critique est légitime sur ce point. Mais, à mon sens vous oubliez l’extraordinaire pouvoir que la technologie a octroyé à nos gouvernants : pour ne citer que l’utilisation de la bombe
atomique (destruction de masse dans des proportions inouïes dans l’histoire humaine), l’utilisation des outils informatiques ( pouvoir de surveillance démesuré octroyé à des  administrations tentaculaires) ; vous omettez l’incroyable intrusion par le corps médical dans nos vies privées (accaparement du droit à la vie
difficilement contenu par des codes d’éthique). On trouverait encore plein d’autres exemples d’une utilisation abusive des techniques nouvelles. Il ne s’agit pas de se méfier des techniques, il
faut se garder des hommes qui en ont la disposition, il faut lucidement les contraindre à n'en faire qu'un usage homéopathique.