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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 20:31

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    Le sondage Harris, qui a fait l'effet d'une bombe en donnant à Marine Le Pen le rôle d'outsider le plus dangereux pour Nicolas Sarkozy, a aussi réveillé les soupçons naturels quant aux manipulations possibles. Ce genre de manipulation sont effectivement tout à fait possible eu égard aux enjeux potentiels. Et c'est dans cette perspective que les pouvoir public ont récemment montrés une volonté de réglementer et de réguler la pratique des sondages politiques. Mais en définitive lorsque l'on remet en cause l'honnêteté ou la véracité de tel ou tel sondage, je crois que l'on passe en réalité à coté de l'essentiel. Le problème n'est pas tant la méthodologie employée par les sondeurs, ou leur indépendance, et leur impartialité. Le vrai problème c'est que l'opinion publique,  tout comme les hommes politiques ou les partis, sont influencés par ces sondages quels qu'ils soient. Et c'est cette influence en elle même qui est problématique, et non seulement l'intervention d'un sondage, favorisant tel parti ou homme politique.

 

Les sondages ne sont pas des instruments scientifiques

 

    Pour commencer il faut tout de même rappeler que la base des sondages en elle même est hautement problématique. En effet les sondeurs usent généralement d'abus de simplifications pour réaliser leurs sondages. Il faut d'ailleurs rappeler que les outils mathématiques stochastiques ont des définitions bien précises et que lorsque l'on sort de ces définitions les variables statistiques que l'on emploie n'ont plus aucune validité mathématique.  Ainsi la moyenne n'a de sens que si les évènements que l'on utilise pour la produire sont réalisés sous conditions identiques. Lorsqu'on lance un dé à six faces plusieurs fois, et que l'on calcul la moyenne de probabilité que  chaque face a de sortir, on réalise un vrai calcule statistique. Le dé ne change pas entre les expériences, c'est toujours le même dé qu'on lance c'est seulement dans un tel cas que l'on peut faire une moyenne au bout de plusieurs essais. Par contre lorsque l'on interroge des personnes elles sont toutes différentes, elles n'ont pas le même vécu ni les mêmes références, une même question peut être interprétée de manières différentes suivant la personne. On comprendra donc naturellement que la moyenne des réponses obtenues ne peut en aucun cas être traitée comme la moyenne d'un tirage de dé ou d'une moyenne comme on en pratique dans les sciences en générale. Il y a un problème de nature à user des statistiques mathématiques dans des conditions d'application qui ne sont manifestement pas respectées. L'emploi des outils statistiques n'est valide que si les évènements qui servent de base au calcul de probabilité  sont de même nature, ce n'est absolument pas vrai pour les statistiques fondée sur des questionnaires et des réponses d'individus. Les évènements ainsi mesurer n'entrent pas dans la définition des outils de la statistique.

 

    Comprenons nous bien, les outils mathématiques issues de la statistiques sont extrêmement importants et utiles, on les utilise souvent dans les domaines les plus pointus des sciences naturelles ou humaines. Je ne remets pas en cause les calculs de la variance, la loi normale ou la méthode de Monte-carlo, je remets juste en cause l'application qu'en font les sondeurs, nuance.  Lorsque l'on calcule par exemple la moyenne du poids des enfants français entre 10 et 15 ans, la moyenne a un sens statistique, du moins si on  calcul celle-ci sur suffisamment d'enfants pour que cette moyenne soit représentative. Par contre si l'on demande aux enfants de nous dire qu'elle est leur émission de télévision préférée, la validité de la moyenne n'est plus vrai, car elle introduit un élément subjectif qui n'a rien d'une mesure neutre. On pose une question et la réponse peut être modifiée en fonction de l'interlocuteur ou de divers facteurs non maîtrisés. Bien évidement dans le cas que je viens de montrer on aura peut-être des réponses assez proches des désirs réels des enfants, le sujet n''étant pas forcement problématique. Mais l'on comprendra bien évidement que dans d'autres cas les sondages peuvent être complètement à coté de la plaque, même avec des personnes interrogées totalement honnêtes.  Et c'est particulièrement vrai dans le cas des sondages politiques.

 

Le vrai danger des sondages

 

      Mais plus que leur invalidité scientifique, ou leur méthodologie discutable, c'est surtout leur influence potentielle qui pose le plus de problèmes sur le plan de la démocratie et de l'éthique. En effet les sondeurs ne semblent même pas se rendre compte qu'ils modifient les élections uniquement par leur existence, pas seulement à cause de leur éventuel volonté de modifier les votes, mais simplement par leurs annonces pseudo-prédictives. Il suffit pourtant pour le comprendre de ce poser ce type de question: "A quoi aurait pu ressembler l'élection de 2007 s'il n'y avait pas eu de sondage au préalable?". On voit très bien que Ségolène Royal par exemple n'aurait pas pu être la candidate du PS, ce sont bien les sondeurs qui ont en quelque sorte poussé le parti socialiste à choisir madame Royal. Car elle était, selon eux et leurs méthodes de mesure, la candidate la mieux placée pour remporter l'élection présidentielle, on connaît la suite. Il y a ici une analogie à faire avec la physique quantique, en effet dans ce domaine de la science, on sait que l'observateur peut modifier l'élément observé, c'est exactement la même chose avec les sondages politiques. En réalité si l'on voulait que les sondages politiques soient réellement scientifiques, non seulement  il faudrait palier aux tares dont nous avons parlé précédemment, mais en plus il faudrait que le résultat des sondages ne soit pas ébruité, si même annoncé. En clair se servir des sondages pour prévoir les élections et en faire les titres de journaux invalide ces mêmes sondages. Un peu comme si un homme remontait le temps pour annoncer une évènement qui finalement n'arrivera pas à cause de sa propre influence.

 

  Ensuite le principe de base de la démocratie électorale est de voter pour les représentants que l'on pense être les plus proches de nos propres idées. En théorie la démocratie devrait fonctionner ainsi, mais les sondages ont introduit la notion d'anticipation dans la tête des électeurs, anticipation qui pousse les citoyens à favoriser des votes de type barrage à l'extrême droite, ou vote utile. Les citoyens se sont mis à voter en fonction de ce que prévoient les sondage et plus en fonction des programmes présentés, c'est un changement de nature du vote. Nos représentant ne sont plus nos représentant, mais les représentants pressentis par les sondages devenus des sortes de prophétie auto-réalisatrices. La démocratie représentative a beaucoup de défauts pratiques qui lui nuisent, mais il semble que les sondages lui ont donné le coup de grâce. Les sondages politiques même s'ils sont honnêtes modifient en profondeur le fonctionnement du vote des citoyens, ils pervertissent par nature la fonction même du vote. Donc la question principale n'est pas de savoir quel sont les conditions de fabrications des sondages, ni même de savoir s'il y a des manipulations comme l'a fait récemment le président de l'UPR monsieur François Asselineau. Non, la vrai question à se poser c'est est-ce que nous ne devrions pas interdire purement et simplement les sondages, surtout dans le domaine politique?

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Published by Yann - dans Médias
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commentaires

Armand 04/04/2011 12:13



Bonjour, très bon article! Je vous signale une application facebook sur des sondages : https://apps.facebook.com/elections_fb/


Ca pourrait vous intéresser.


Cordialement,


Armand



le journal de personne 15/03/2011 07:48



Les enfumées

Êtes-vous pour ou contre qu’on vous prenne pour un con ?
Le sondage, ce n’est pas une opinion qu'on fige, mais une escroquerie de haute voltige,
qui se substitue à moi pour élire, compter et opiner…
Je préfère encore me shooter à l’héro matin, midi et soir, avorter ce que je devrais enfanter,
renoncer à ma féminité que d’avoir l’illusion de penser quelque chose que je n’aurais jamais pensé,
de choisir quelqu’un que je n’aurais jamais choisi, de vivre une vie que je n’aurais jamais vécue…
Je préfère encore y laisser ma peau plutôt que de répondre à la requête d’un collabo.
Si le pouvoir avait le pouvoir... Il interdirait tout sondage d’opinion !

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/03/enfumees/