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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 19:07

    frederic-lordon-le-cadre-de-la-finance-internationale-doit-.jpgL'économiste Frédéric Lordon est normalement connu de la plupart des lecteurs de ce blog, enfin je présume sinon allez sur  son blog ou sur le blog de mon collègue RST qui parle souvent des œuvres de Lordon. C'est un économiste marxiste grandement influencé par l'œuvre du philosophe Spinoza, on remarque tout de suite chez lui le talent littéraire qui donne à ses écris une esthétique sublime, que l'ont peut d'ailleurs apprécier même si l'on ne partage pas forcement le fond. Quoiqu'il en soit je parle peu de Lordon en général parce que je n'ai pas une vison globale qui correspond forcement à la sienne, me sentant plus proche d'un Jacques Sapir, de Jean Luc Gréau ou de Maurice Allais aujourd'hui disparu. Pour Lordon comme pour la plupart des économistes marxistes, la crise est en générale intimement liée à la question financière qui revient sans arrêt sur la table. La question du commerce et du libre-échange est en générale laissée de coté, ou évitée car elle est profondément gênante pour un marxiste peu enclin à discuter du bien fondé des existences nationales. Les marxistes ayant ceci  de commun avec les libéraux d'avoir un certain attachement à un monde sans frontière. De fait la question du libre-échange est évitée par la plupart des économistes marxistes, parce qu'aller contre c'est légitimer la nation et les frontières. Alors que pour un marxiste la question des classes doit être au dessus de la question nationale, celle-ci n'étant qu'une pure abstraction visant à empêcher l'union des travailleurs à l'échelle internationale. Je caricature ici, mais le fait est qu'un marxiste pur est effectivement allergique à la nation.

 

      Mais Lordon contrairement à ses pairs a défendu et défend de plus en plus, la remise en cause du libre-échange. Admettant surement à contre-cœur que ce dernier n'est pas vraiment un gage de progrès social pour toute l'humanité. Il a d'ailleurs justement précisé dans ses multiples réflexions que le libre-échange actuel n'était pas vraiment du libre-échange tel que le présentent les libéraux. Utilisant le terme de concurrence distordue, il a clairement montré dans ce texte que la réalité du monde est celle de l'inégalité dans les règles du commerce, certaines nations pratiquant une libération totale du commerce quand d'autre les enfreignent. On pourrait parler  des taux de changes par exemple qui distordent comme dit Lordon la concurrence, ou encore la simple disparité salariale à productivité égale, qui elle même est une forme de protectionnisme. Lordon a donc montré le caractère hypocrite du fait d'appeler le commerce mondial actuel, libre-échange. Étant un scientifique rationnel Lordon en a très logiquement conclu que seul un protectionnisme régulateur, c'est à dire visant l'équilibre commercial permettrait de sortir de la course au néant dans laquelle se vautre l'économie mondiale actuelle. Il a donc rejoins, malgré sa substance idéologique de départ, les économistes et intellectuels prônant le protectionnisme commercial, le clan des maudits et des damnés des médias si l'on peut dire.

 

Lordon restait pourtant un marxiste dans les grandes lignes de ses analyses, ce n'est pas une critique en soit, l'analyse marxistes pouvant tout à fait être utile pour éclairer le présent. Encore faut-il savoir quand utiliser les notions marxistes ou non. Pour Lordon comme pour d'autres économistes de gauche, la finance reste le grand coupable de la crise, elle est aussi à l'origine de l'ouverture aux échanges puisque Lordon critique désormais ce dernier. A titre personnel je suis plutôt d'accord avec Todd sur l'origine de la crise, cela tient plus de l'idéologie au niveau des élites occidentales que de l'influence de la finance. L'évolution culturelle et la montée en puissance de l'individualisme sont les fermants qui vont créer et surtout permettre la domination de l'idéologie du marché tout puissant. C'est une division intellectuelle que l'on retrouve depuis longtemps sur la question de la place de l'économie dans la mécanique sociale est-ce l'évolution social qui fait l'économie ou l'inverse?Est-ce que l'économie n'est que l'image d'un mouvement de fond de la société ou sa genèse? C'est d'ailleurs là, la vrai différence entre Keynes et Marx, pour Marx comme pour les économistes libéraux l'économie est centrale elle explique tout sur tout. C'est la clef qui va vous donner le sens de l'histoire, pour Keynes au contraire, et ce fut là son véritable blasphème que Hayek et compagnie n'ont jamais pu digérer, l'économie est quelque chose de secondaire. L'économie pour Keynes c'est la cinquième roue du carrosse, il comparait les économistes à des dentistes humbles et modestes. Il est d'ailleurs dommage que les prétendus économistes keynésiens aient oublié que pour Keynes l'économie et la comptabilité était secondaire. L'essentiel étant l'homme, les sciences, la culture, l'éducation, l'amitié, l'amour, la nation et que le calcul comptable devait toujours se plier à ces priorités et non l'inverse.  Donc l'idée que la finance est à l'origine de la crise, est profondément éconocentrique, typiquement marxiste ou même libérale. On me trouvera donc plutôt du coté de Todd le démographe et anthropologue sur l'origine de la crise que du coté des marxistes. 

 

Mais il n'y avait pas que sur l'origine de la crise que les différences chez les alternatifs pouvaient se faire sentir. Depuis que la crise a commencé beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et d'autres idées ont commencer à poindre notamment sur la question de l'endettement public. Jusque là les deux courants principaux qui s'affrontaient sur cette question était le courant libérale et le courant marxiste, ce dernier étant souvent adopté d'ailleurs par les keynésiens. Pour les premiers la dette publique est essentiellement le fruit de la gabegie de l' état, de l'excès d'interventionnisme public et d'une obésité consubstantielle à l'intervention étatique.  Pour réduire la dette il faut, dans leur cadre d'analyse, réduire l'intervention publique, et laisser faire le marché à la place. C'est bien sûr cette analyse qui domine actuellement les politiques européennes à l'image des politiques suicidaires adoptés par nos amis britanniques . A l'inverse pour les marxistes et les courants de gauche majoritaire ces sont les baisses d'impôts, encouragées par les néolibéraux, mais non couvertes par la réduction des dépenses, qui sont à l'origine des déficits publiques. A cela s'ajoute bien sûr les effets de la crise et la question de la privatisation des déficits bancaires pendant la crise. Si l'on souscrira volontiers à l'image d'arnaque qui ressort de la façon dont les politiques ont géré les dettes bancaires, et en cela les marxistes ont raison, il y a eu privatisation des profits et collectivisation des pertes. En revanche l'on peut critiquer l'idée que les dettes seraient le fruit des baisses d'impôts systématiques promues par les politiques néolibérales. Et c'est une troisième analyse qui nous donne l'explication du pourquoi du comment des dettes publiques.

 

  La vidéo suivante montre le point de vue de Lordon d'il y a quelque mois sur la question de la dette publique. Il disait bien que cette endettement était en grande partie le fruit des baisses d'impôts non accompagnées des baisses de dépenses concomitantes. Sa solution étant la répudiation de la dette publique, la mise en faillite de l'état et le non remboursement à l'image de l'argentine il y a quelques années. 

 

 

L'évolution de Lordon sur la dette publique

 

La troisième voie c'est notre collègue A.J Holbecq, qui, à la suite de Maurice Allais nous la donne, c'est celle de "La dette publique une affaire rentable" . Dans cette voie c'est la structure même de notre économie monétaire qui est responsable du gonflement de l'endettement publique comme privé. Comme l'économie a naturellement besoin d'une augmentation constante de la masse monétaire en circulation, le fait d'avoir privatisé l'émission monétaire dans les années 70 à mécaniquement fait grimper la dette. Car chaque nouvel euro ou dollars produit va demander un intérêt à sa production de ce fait d'un point de vue collectif la dette ne pourra plus que croitre indéfiniment chaque années sous peine de voir le château de carte s'effondrer. Lorsque l'on voit la dette sous cet angle, la solution de Lordon visant à remettre en quelque sorte le compteur à zéro n'est qu'une solution de court terme puisque mécaniquement la dette ne fera ensuite que croitre à nouveau, à moins d'une croissance nulle. D'autre part, et même s'il y a un peu de vrai à cela, l'augmentation de la dette par l'effet des politiques des baisses d'impôts  non couvertes,  devient relativement négligeable au regard de la bulle systémique de la monnaie-dette. La solution marxiste devient alors une pseudo-solution, une solution de court terme, certes, déjà plus adaptée et plus réaliste que les non-solutions libérales du suicides collectifs, mais pas une solution définitive.

 

Cependant la position de Lordon que décrit la vidéo précédente date d'il y a quelques mois et il s'avère que Lordon a évolué sur le sujet, c'est en tout cas ce que font apparaitre les deux derniers textes sortis sur sont blog et que je ne peux que vous conseiller de lire. (partie 1, partie 2).  En effet Lordon a souligné dans son deuxième texte la nécessité de nationaliser l'émission de crédit. Ce qui veut dire que l'état n'aura plus besoin des marchés pour emprunter puisqu'il pourra à nouveau emprunter envers la banque central à taux nul ou faible, éliminant ainsi la spirale de la dette produite par le mécanisme d'accroissement privé de la masse monétaire. C'est un gros changement intellectuel, plus besoin de la finance ou de la nationalisation des banques en fait, la solution est nettement plus simple et claire. Comme je l'avais écris il y a quelques mois il n'y a aucune justification intellectuelle au fait que l'état emprunte sur les marché pour financer des investissements sur son territoire. En réalité l'emprunt à l'extérieur n'a de sens que pour des achats extérieurs en monnaie non nationale, il est absurde que l'état s'endette vis à vis de l'Asie ou de l'Allemagne pour investir sur son propre sol. Quand à l'effet inflationniste, on le cherche encore puisqu'il ne s'agit pas d'une émission monétaire brute sans contre partie mais juste d'un emprunt non soumis aux dictat du marché ce dernier devra tout de même être remboursé mais sans intérêts. Rappelons d'ailleurs que la loi Pompidou-Giscard n'a pas empêché l'inflation des années 70 c'est même plutôt l'inverse qui s'est produit. La décentralisation de l'émission monétaire laissée aux banques privés ayant découplé l'évolution de la masse monétaire des besoins de l'économie dans son ensemble. Crack, bulles et inflations en tout genres s'étant multipliés depuis que tout puissant marché gère les affaires monétaires.

 

Je suis donc plutôt content de voir Lordon se rapprocher de cette position en émettant à juste titre des réserves notamment sur le danger qu'il y aurait à laisser les politiques seuls gérer la question de la monnaie. On peut effectivement craindre que par opportunisme électoral ces derniers soit trop tentés par l'abus de planche à billet. Cependant là on pourrait s'interroger sur un système politique qui promeut à sa direction des gens qui ne cherchent qu'à se faire réélire et non à défendre le bien commun. Mais c'est un autre débat, le politique doit il être contraint par l'économie et des règles qui  lui échappe, ou vaut-il mieux mettre un système politique qui sélectionne des individus cherchant l'intérêt général, mais étant libre une fois au pouvoir? C'est la divergence que j'avais noté sur les libéraux politiques comme Rousseau ou Montesquieu et les libéraux économiques comme Adam Smith.  Ici en bon marxiste et donc en bon éconocentrique, Lordon choisirait  une solution économique au problème, alors que personnellement je pense que c'est notre organisation politique qu'il faut revoir. Si des politiques ne sont pas suffisamment responsables pour bien gérer la monnaie alors en quoi peuvent-ils être responsables pour les question militaires, sociales, éducatives etc... Si l'on ne peut pas faire confiance aux politiques pour gérer la monnaie, alors on ne peut pas leur faire confiance pour quoi que ce soit. Et on retombe sur les solutions libérales que pourtant Lordon critique, les libéraux économiques ont contraint  le politique justement parce qu'ils ne lui font pas confiance et préfèrent des règles "naturelles" extra-humaines, du moins le pensent-ils, pour tout régler. Cependant si l'on se fit à l'expérience historique  et même s'il y a des exceptions, les politiques dans le cadre démocratique ont plutôt bien fait leur bouleau jusqu'à ce qu'ont leur enlève leur pouvoir monétaire. Les trente glorieuses et les planifications étatiques n'étaient pas si inflationnistes que cela, la preuve la France vit encore grâce à leurs effets.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

L'oeil de Brutus 03/12/2010 07:58



Merci de votre réponse.


A tout hasard le mie, : http://loeildebrutus.over-blog.com/


 



yann 01/12/2010 22:27



@Brutus


 


C'est juste des liens vers des blogs que j'aime bien et en général il sont plutôt républicains d'où le nom. A vrai dire je voudrais mettre d'autres liens mais il y a quelques problèmes pratiques
sur overblog pour faire des catégories différentes suivant  les liens. Donc voilà, visitez ces blogs ils sont tous intéressant, enfin à mon avis .



L'oeil de Brutus 01/12/2010 21:53



Merci pour cette analyse.


 


une petite question qui n'a rien à voir : je vois en bandeau de votre blog "Le cercle des républicains". Qu'est-ce ?


 


cordialement.



EhBé 27/11/2010 00:10



Si on n'a pas compris que Lordon est un vilain marxiste...


L'auteur doit nous prendre pour des cons a qui il faut sans cesse expliquer pour qu'ils acceptent ce qu'on veut leur faire gober. C'est une méthode très à la mode chez les politiciens.



Antoine 26/11/2010 13:27



Très bon article.


Petite remarque : pouvez vous créditer les photos de votre blog. Par respect du photographe et pour nous permettre de voir le reste de son travail.


Merci