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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 23:02

Mon titre ne concerne malheureusement pas la découverte de civilisations extraterrestre, même si le sujet est presque aussi important puisqu'il s'agit du protectionnisme. En effet lors de sa dernière réunion l'association pour un débat sur le libre-échange vient de faire un nouveau coup en révélant un sondage nous montrant que le protectionnisme est maintenant majoritaire dans la plupart des pays européens. Et, chose plus surprenante, l'Allemagne, championne de l'excédent commercial, semble, elle aussi, touchée par cette vague. Il faut cependant relativiser ce sondage, car il se trouve que lorsque l'on regarde ce que la population pense de l'ouverture aux échanges est une bonne chose pour leurs pays respectifs, seuls les Français répondent massivement non. En effet dans cette étude, seuls 24% des Français pensent que le libre-échange est une bonne chose pour la France, alors qu'en Allemagne 62% estiment que l'ouverture aux échanges est une bonne chose pour l'Allemagne. En Grande-Bretagne le chiffre est curieusement bas avec 51% des Britanniques qui pensent que le libre-échange est bon pour la GB. Ce chiffre relativement bas pour le royaume des libre-échangistes forcenés s'explique probablement par la très forte détérioration de la situation de l'économie britannique. Chez nos amis italiens, il y a aussi un petit 51% de la population pour penser que l'ouverture aux échanges est une bonne chose pour l'Italie. Par contre dans tous ces pays le constat fait par la population est le même, ce n'est pas bon pour les salariés.

 

En-France.png

  Cette remarque est importante parce qu'elle caractérise fondamentalement la réussite du bourrage de crâne néolibéral. En effet à l'exception des Français manifestement plus lucide, il semble que chez nos voisins européens on peut tranquillement affirmer que ce qui est mauvais pour les salariés, c'est-à-dire la très grande majorité de la population, peut quand même être bon pour le pays.  En France il y a aussi un léger décalage entre le nombre de personnes pensant que l'ouverture aux échanges est bonne pour le pays et bonne pour les salariés. On trouve presque deux fois plus de français pour dire que c'est bon pour le pays avec 24% alors que seuls 13% des Français pensent que c'est bon pour les salariés. Cependant chez les Allemands par exemple on se retrouve avec 64% qui pensent que le libre-échange est bon pour l'Allemagne, mais seulement 42% pour dire que c'est bon pour les salariés allemands.  Cet étrange paradoxe s'explique par imprégnation des idées néolibérales qui séparent production et consommation, salariés et consommateurs, exportateurs et importateurs. Dans l'esprit des Européens d'aujourd'hui la croissance n'est plus liée à l'amélioration de la situation des salariés. Un pays peut faire des gains de productivité, et en même temps avoir des salariés dont la situation se dégrade. Ce qui est le cas dans tous les pays d'Europe y compris l'Allemagne qui est le pays qui a le plus compressé ses salaires ces 15 dernières années.

 

Évidemment ce que les Européens ne voient pas c'est que cette situation, cette anomalie logique qui voit les créateurs des gains de productivité ne pas en bénéficier, ne fut possible que parce que certains pays ont pu s'endetter et creuser d'énormes déficits commerciaux. La remise des compteurs à zéro qui arrive à grands pas rendra caduque cette dichotomie étrange qui découple situation de l'emploi et santé de l'économie en général. Un jour ou l'autre, progrès économique et situation de l'emploi remarcheront ensemble, c'est inéluctable. Mais il faudra pour cela que les déséquilibres notamment commerciaux disparaissent.

 

Les Européens et le protectionnisme

 

Favorable-aux-droit-de-douanes.png

La question du tableau ci-dessous nous montre encore une fois la pensée paradoxale des Européens. En effet dans leur grande majorité ils nous disaient que le libre-échange était bon pour leur pays, cependant ici ils jugent l'absence de protection douanière comme étant une mauvaise chose, même en Grande-Bretagne et en Allemagne. Cela confirme l'idée que les Européens sont dans le flou complet en matière de compréhension économique. Ils ont toutefois compris dans leur immense majorité que leur intérêt personnel n'était peut-être pas dans la continuation du libre-échange. On retrouve peut-être aussi ici le paradoxe du salarié-consommateur. Le citoyen qui d'un côté pense que le plein emploi et la hausse des salaires c'est bien, mais qui de l'autre s'inquiète aussi  de la hausse des prix et de l'inflation que les hausses de salaire peuvent engendrer. Le message général de ces trente dernières années ayant présenté l'inflation comme le mal absolu pour TOUTE la population ce qui est rigoureusement faux surtout si l'on indexe les salaires sur la hausse des prix.

 

Il n'est toutefois pas étonnant de voir de telles contradictions. Après tout les élites européennes font elles aussi dans le contradictoire en prônant d'un côté le retour de la croissance tout en pratiquant des politiques d'austérités qui la détruise. Au moins les peuples d'Europe ont-ils compris que l'emploi et le libre-échange ne font certainement pas bon ménage. Quoiqu'en dise les vendeurs de soupe qui servent d'économistes mainstream. C'est d'autant plus vrai que l'Europe en plus des dégâts du libre-échange subit les errements de sa pseudomonnaie dont tout le monde commence à comprendre l'impossibilité de survie à long terme. L'euro d'ailleurs montre aujourd'hui sa vraie nature puisque le plus grand soutien à la monnaie unique provient des deux ennemies économiques du continent les USA et la Chine. Des pays qui ne cessent de vouloir empêcher l'effondrement de la monnaie unique. Les Chinois protègent l'euro avant tout pour éviter à leur commerce extérieur de s'effondrer au cas où les états européens dévaluaient, mais aussi pour sauver une partie de leurs avoirs en euro. Une dévaluation qui serait certaine pour bon nombre de pays si l'euro éclate. Et de l'autre les USA qui cherchent à protéger leur création, l'Europe, qu'ils savent condamnée si la monnaie unique disparaissait. Ce soutien continuel des deux super puissances devrait quelque part titiller les oreilles des Européens quant à l'intérêt réel pour eux de la monnaie unique. La réunion récente sur la question de l'euro où le représentant américain monsieur Geithner était invité, fut un grand révélateur de la réalité européenne. L'américain, cynique au possible, se permettant de critiquer les politiques européennes tout en soutenant la monnaie unique alors qu'il sait pertinemment que l'euro est en partie la cause de la crise européenne actuelle.

 

 

Il faut dire que la mort de l'euro serait fortement dommageable pour l'empire américain. Certes à court terme les USA pourraient attirer des capitaux en provenance d'Europe. En ces temps de déficits records, commerciaux et publics, voilà qui pourrait en apparence arranger les affaires de l'Amérique. Mais le drame pour les USA, c'est que les nations européennes une fois libérées de leurs deux boulets économiques, l'euro et le libre-échange, retrouveraient la croissance rapidement . Ce qui en quelques années anéantirait toute l'attraction potentielle des USA, et ce, à l'échelle planétaire. Loin d'affaiblir le continent, la mort de l'euro provoquerait certainement une amélioration économique, ne serait-ce qu'en produisant un ralentissement des exportations asiatiques sur le continent. Mais l'effet le plus grand serait surtout psychologique, car à l'image de leurs amis islandais les Européens auraient enfin l'occasion d'innover en matière de politique économique, d'aller dans des directions auxquelles ils n'auraient jamais pensé en temps normal. On pourrait ici parler de la monétisation de la dette par exemple. Cette libération des peuples d'Europe par la disparition de la marionnette de l'oncle Sam, l'UE et l'euro, pourrait donc engendrer une période d'euphorie sur le continent. Un continent qui d'un seul coup pourrait rattraper ces trois dernières décennies de croissance molle et de chômage de masse. Une fois, libéré des pesanteurs idéologiques, tout deviendra possible y compris, bien sûr, le protectionnisme. Un protectionnisme que les Européens, nous le savons maintenant, appellent majoritairement de leurs vœux.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

olaf 19/09/2011 22:35



Sinon, c'est invraisemblable, j'en fous presque pas une rame, et je viens de débloquer une situation de quelques millions d'euros pour la boite où je suis en surfant 10 minutes sur le net. Et
c'est pas fini, d'autres affaires dans le genre sont en cours.


Pourtant, je ne suis pas un trader, j'oeuvre dans l'industrie.



olaf 19/09/2011 17:06



Echéancier selon Sapir :


http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/09/19/la-dette-de-la-grece-est-aujourd-hui-absolument-impossible-a-rembourser_1574186_3234.html#ens_id=1268560&xtor=RSS-3208



albert 19/09/2011 14:33



Vous dites que sans l'euro, les pays européens retrouveraient la croissance et feraient de l'ombre aux USA. Mais ça dépend de ce qui remplacerait l'euro (un nouveau SME ?), car que je sache,
avant la création de l'euro en 1999, l'Europe n'avait pas une croissance si formidable que ça et elle ne faisait pas de l'ombre aux USA. La France notamment était déjà prisonnière de la politique
du franc fort arrimé au mark.



olaf 19/09/2011 11:05



Je plaisantais. Mais les problèmes sont sérieux.



el topo 19/09/2011 10:45



"La France est foutue."


Cela fait longtemps que cette antienne revient périodiquement, depuis au moins le XIVème siècle et la guerre de 100 ans. Et pourtant la France est toujours là ! Il faut toujours avoir foi en un
pays dont l'emblème est un oiseau qui chante les pieds dans la m..., je veux dire dans le fumier !


Plus sérieusement, Quatrepoint ne nous dit-il pas justement que le désamour que s'inflige la France est à la base de ses problèmes ? Alors pas la peine d'en rajouter.