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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 22:33

 

Nouvelle forte baisse boursière ce vendredi. Comme prévu les chiffres économiques grecs et américains sont mauvais, mais ce n'est une surprise que pour les marchés boursiers et les vendeurs de soupe qui servent d'économiste à la télévision. Malgré les tripatouillages statistiques, le chômage US continue d'être à son plus haut niveau. Plus grave, comme nous l'explique Jean Luc Gréau dans ce texte, c'est que le taux d'emploi déjà mauvais avant la crise reste très en deçà de son niveau d'avant 2007.  Le nombre d'emplois aux USA est inférieur de 7 millions aux chiffres de 2007. Or durant ce laps de temps de quatre années la population active s'est accrue, on comprendra dès lors pourquoi le taux de chômage ne risquait pas de baisser. Les USA ne sont pas l'Allemagne, ils n'ont pas une démographie en déclin capable de produire une baisse du taux de chômage en période de contraction du nombre d'emplois. Il leur faut comme pour l'économie française une création d'emploi annuelle minimale, ne serait-ce que pour stabiliser le taux de chômage. La Grèce elle non plus n'a pas rassuré les marchés, et pour cause, le déficit public se creuse encore malgré la bonne purge infligée à son économie. Le déficit atteindra ainsi les 8,8 % cette année et la récession devrait dépasser les 5% aux dernières estimations. Comme prévu la diminution de la demande intérieure par la contraction brutale des dépenses publiques a produit un affaiblissement de son PIB si important que les rentrées fiscales ont plongé plus vites que les économies effectuées par le gouvernement. En considérant les états comme des acteurs micro-économiques, c'est-à-dire comme des particuliers ou des entreprises devant équilibrer leurs propres comptes, les économistes néolibéraux ont produit et préconisé des politiques suicidaires.

 

 

 

  Car les états ne sont pas des acteurs normaux, ce sont eux qui font en quelques sortes le lien entre tous les acteurs économiques du pays. Chaque membre de la société est à la fois producteur et consommateur, et les emplois publics si décriés, font également fonctionner les acteurs privés, même si ces derniers n'en ont pas souvent conscience. La monnaie circule ainsi entre tous les acteurs du système et cet échange se retrouvant dans les bilans. Certains voient l'échange en positif sur leurs comptes, et d'autres en négatif.  Nous sommes tous à la fois clients et producteurs de richesse, et cet échange se fait par la masse monétaire en circulation dans le pays. Le déficit public de l'état n'est en réalité pas une mauvaise chose pour tout le monde. En fait, le déficit veut dire que l'état fournit à la collectivité un investissement et un travail supérieur en valeur à ce que l'état demande à cette même collectivité sous forme d'impôt. Ce n'est pas un hasard si les déficits publics explosent en période de récession. C’est simplement dû au fait qu'il y a une réduction de l'activité économique qui se traduit par une réduction des dépenses des acteurs privés. In fine à masse monétaire constante il est normal que le bilan bancaire des états devienne alors fortement négatif. Le seul moyen pour que l'état maintienne son équilibre budgétaire en période de faible activité économique étant de réduire cette masse monétaire, or on sait en pratique que cela provoque des récessions, puis des dépressions économiques. Autre point sur lequel il faut insister, les déficits commerciaux produisent eux des fuites monétaires qui doivent elles aussi être compensées quelque part par le système économique pour éviter l'effondrement total de l'activité. Il y a un mécanisme qui transforme, par les multiples intermédiaires qui composent la société, le déficit commercial en déficits publics et privés puis en endettement.



La collusion de déficits commerciaux incompressibles à cause de certains dogmes et les politiques de contrition économique ne pouvait donc que produire ces mauvais chiffres économiques. Et l'on ne voit pas bien comment la situation pourrait changer tant que ces boulets seront attachés au pays de ces nations en perdition et la France en fait partie.

 

La réalité US en chiffre

 

 

Pour en revenir à des considérations plus concrètes concernant la rechute d'aujourd'hui, nous allons réactualiser notre grille de donnée sur la situation macroéconomique américaine. Car c'est bien la situation américaine qui est au cœur du problème économique mondiale eu égard à la place que ce pays tient dans l'organisation actuelle de la planète. En regardant le site shadowstats, on peut observer les évolutions de l'emploi US depuis 2007, le graphique ci-dessous montre ainsi la création d'emploi secteur par secteur depuis le début de la crise. Bien entendu, celle-ci fut négative près de 7 millions d'emplois ayant été détruits depuis cette période. Les créations récentes n'ont pas vraiment compensé les pertes. Le seul secteur à avoir vraiment créé des emplois est celui des services médicaux et de l'éducation, ces secteurs ayant probablement bénéficié d'une forte intervention visant à contrecarrer les effets de la récession.

 

 

emplois-perdusUS.gif

US-trade.png

 

 

 

    Le problème c'est que ce type d'emplois, s'ils sont bien évidemment nécessaires, ne produisent rien sur le plan industriel. Ce sont des emplois de  services. Ces emplois ont donc eu un impact certainement positif sur le plan de la consommation intérieur, mais négatif sur celui de la balance des paiements.  Si la croissance américaine retombe, c'est que les emplois qu'elle crée sont d'une part trop peu nombreux pour compenser les pertes. De ce point de vue, les économistes comme Krugman ont eu raison de dire que les plans de relance US d'Obama étaient bien trop timorés. Mais, en plus, ils n'étaient pas commercialement viables, car aggravant le gouffre commercial qu'est devenue la balance des paiements US. L'augmentation de la masse monétaire aux USA ne peut plus se faire qu'à coup de planche à billets, maintenant que l'imprimante à bons du trésor est tombée en rade, plus personne à l'étranger ne voulant en acheter. Le rôle de monnaie internationale du dollar et l'intérêt de certaines nations fortement exportatrices aux US permettent toutefois à la monnaie américaine de continuer à flotter contre toute logique monétaire. On remarquera également en regardant la quantité totale d'emploi privé aux US sur le graphique ci-dessous que la situation américaine est mauvaise depuis 2000. Sur le plan de l'emploi, on peut parler d'une décennie perdue puisque le nombre total d'emplois ces dix dernières années a stagné. Je rappelle pourtant que la population en âge de travailler a fortement augmenté aux USA durant cette période la population étant passée de 282 millions d'habitants en 2000 à 311 millions en 2011. Soit une augmentation de près de 10%, la simple stagnation de la quantité d'emploi ne pouvait donc que produire une forte hausse du chômage sur la même période.

 

emploi prve US

 

 

À la suite de Jean Luc Gréau, on peut rester dubitatif devant l'aveuglement de nos élites sur la situation américaine. Le même diagnostic pouvant également se faire avec les champions du néolibéralisme comme la Grande-Bretagne ou la pauvre Espagne dont la population commence à nouveau à émigrer alors même que le pays est déjà vieillissant. La quadrature du cercle produite par la logique libre-échangiste qui rend impossibles le plein emploi et la croissance atteint aujourd'hui son paroxysme. Les bourses et les marchés commencent seulement à percevoir l'impasse dans laquelle leur idéologie dominante a plongé l'humanité. Je dis l'humanité parce qu'il faut être particulièrement idiot pour croire que des pays comme la Chine ou l'Inde pourront à court terme remplacer les USA dans leur rôle de consommateur en dernier ressort. Ce genre d'analyse est pourtant répandue et parfois même plébiscitée par certains alternatifs. On cite ainsi souvent la célèbre revue de la chronique agora ou encore l'économiste Olivier Delamarche. Un économiste qui même s'il a du bagout et un certain sens de la communication n'en demeure pas moins un borgne sur le plan de l'analyse économique. Il croit lui aussi que nous assistons à une passation de pouvoir de l'occident vers l'orient, il pense que la situation actuelle se décantera lorsque les Asiatiques prendront le relais de la fameuse croissance. La chronique agora et Olivier Delamarche font partie de ces libéraux lucides qui voient bien l'impossibilité qu'il y a dans le modèle actuel, mais qui reste avec leurs réflexions économiques de comptables. Car c'est malheureusement oublier bien vite la nature même de ces économies qui sont extraverties et qui dépendent largement de leurs exportations vers l'occident pour maintenir leur croissance et leurs investissements délirants. La chute de la maison US produira une crise planétaire et pas seulement occidentale, et bien malin qui pourra deviner quel trait prendra l'économie mondiale d'après. En tout cas, cette journée noire nous montre à nouveau l'absence totale de rationalité des marchés qui brule aujourd'hui ce qu'ils ont adoré hier.

 

La demi-bonne analyse d'Olivier Delamarche:

 

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

demos 13/09/2011 22:24



Zut j'ai buggué et je me suis trompé de fil... je parlais de ton papier précédent, le colloque sur le libre-échange de demain 14/09.



demos 13/09/2011 22:20



Merci pour l'info.


J'ai pu m'inscrire, et meme ratisser un ami qui m'inquietait fortement (il parlait de voter Hollande...). Les inscriptions sont closes depuis ce midi: ca devrait donc etre complet dans le public,
c'est toujours ca.



Emmanuel B 08/09/2011 22:35



Tiens, c'est au coeur même du pouvoir que les lignes sont en train de bouger désormais sur les questions qui nous intéressent.


 


Avez-vous lu la dernière interview de Guaino : http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/09/08/henri-guaino-les-baisses-d-impots-c-est-fini_1569225_823448.html ?


 


Et La thématique semble gagner par contagion le discours de Sarkozy : http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/l-etat-continuera-a-accompagner-la-grande-vitesse-08-09-2011-1371154_240.php


 


Nouveau trompe l'oeil? Ce n'est pas si sûr. Après tout, qui manie le pouvoir doit bien s'affronter de temps en temps à la réalite.



La Gaule 03/09/2011 19:34



D’accord pour ce que vous dites de Delamarche. Mais je répète que ce type est un pompier.
Son boulot avant tout est de contenir l’incendie qui menace son village (le fond de placement dont il est le gérant). Sa lucidité vient sans doute de ce qu’il accomplit sa tâche plutôt mieux que
ses pairs.


Les autres sont des incendiaires qui méprisent les pompiers consciencieux, ces besogneux
qui n’ont pas encore compris que les incendies étaient  faits pour s’éteindre tout seul, et que la forêt repousse avec luxuriance sur le
brûlis.