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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 22:06

 

keynesS'il est clair que l'euro est une catastrophe macro-économique, peu d'alternatifs ont encore conscience que la crise que nous traversons aujourd'hui est beaucoup plus profonde que cela. L'euro n'est qu'un obstacle parmi d'autres, qui s'instillent entre nous et une société décente et durable. Le fait est que c'est le mode même de financement de nos économies qui est à la base de la crise à savoir le mode de développement capitaliste . Si le marxisme a échoué en tant que structure économique viable cela n'enlève rien de sa qualité de la constatation du caractère hautement néfaste du capitalisme. Marx n'était d'ailleurs pas le seul penseur à le critiquer. Keynes disait à propos de ce dernier qu'il n'est ni beau ni harmonieux, mais qu'il ne tenait qu'à son efficacité d'exister et d'être accepté par les masses. Que son efficacité à créer des richesses collectives décroît et les masses auront tôt fait de s'en débarrasser tant il contredit la décence morale la plus basique. À cela je répondrai qu'en fait Keynes donnait au capitalisme des qualités qui en fait ne provenait pas de lui, mais des cultures des sociétés dans lesquelles il s'est épanoui. Le capitalisme n'a pas créé les valeurs qui lui permettent de s'épanouir. L'honnêteté, la curiosité scientifique, l'esprit créatif, la passion, les relations humaines, l'éducation sont autant de choses qui préexistaient au système capitaliste et qui ne répondent pas à la logique marchande toute puissante qui fait le lien social dans les sociétés dites capitalistes.

 

Le capitalisme est un féodalisme monétaire

 

Or peut-on imaginer une société capitaliste dans laquelle personne n'obéirait au principe de la propriété privée ? Peut-on imaginer une société capitaliste fonctionnelle sans les apports du progrès technique? Alors que lui seul permet les rendements croissants qui donnent aux capitalistes la rente qu'ils attendent de leurs avoirs financiers ? Si la société stagne techniquement le capitalisme finit par accumuler les richesses chez les détenteurs des capitaux jusqu’à ce que les producteurs de la richesse réelle finissent par disparaître. Peut-être est-ce d'ailleurs la cause du désordre du monde actuel. Le progrès technique ralentit pour diverse raison entraînant la stagnation du revenu global produisant à son tour une concentration excessive des richesses vers les détenteurs de capitaux. Une réalité aujourd'hui évidente. L'inflation qui était le remède naturel à l'excessive concentration des richesses ayant été soigneusement chassée de nos contrées par les politiques de libre-échange, et de liberté de circulation des capitaux, le monstre d'accumulation capitaliste peut maintenant déployer toute son incohérence fondamentale.

 

Mais qu'est ce que le capitalisme en fait ? La doxa libérale qui use et abuse des approximations verbales le confond volontairement avec l'économie de marché. John Kenneth Galbraith avait bien décrit ce glissement sémantique progressif qui a consisté à parler d'économie de marché plutôt que de capitalisme. C'est que l'économie de marché fait plus présentable. On parle de concurrence saine, de liberté d'entreprendre et tout le bazar idéologique libéral qui va avec. Dans le marché il y a une part d'idée égalitaire même si celle-ci a été oubliée par ses soi-disant défenseurs qui bien souvent ne prennent pas en compte les inégalités du monde réel. Le terme Capitalisme est plus embêtant parce que cela parle de détention de capitaux, d'inégalité fondamentale entre ceux qui en possèdent et ceux qui n'en ont pas. Entre ceux qui possèdent les unités de production et ceux qui ne vivent que de leur labeur. La volonté de transformer les mots n'est pas un hasard, elle fait partie d'un processus visant à légitimer des choses qui ne sont pas naturellement acceptées. C'est que le capitalisme moderne est en fait plus ancien qu'il n'y paraît et qu'en réalité il n'est que le résidu d'un passé lointain et agricole.

 

Il est à la fois le fruit du prêt à intérêt, d'un système monétaire mal compris, et d'une tradition agraire fondée sur le féodalisme fruit de la rareté des terres agricoles. Le prêt à intérêt est bien évidemment l'une des bases de l'accumulation capitaliste. Même un enfant comprendrait qu'en système stagnant le prêt à intérêt conduit nécessairement à la concentration totale des richesses dans les mains de quelques personnes. Par le simple jeu des intérêts cumulés, le capitaliste ayant la richesse la plus importante au départ possédera la totalité du monde à la fin. Rappelons que la formule du taux d'intérêt composé est :

 

Vf = Vi (1+I)^n

 

Avec Vf la valeur finale, Vi la valeur initiale, I l'intérêt et n le nombre de période.

 

Imaginons que la richesse totale d'un pays soit de 100 et stagnante. Et qu'un riche possède 5 au départ. S'il prête son argent à d'autres citoyens avec un taux de seulement 4 % par an, en 50 ans il accumulera déjà 35,5 % des richesses du pays. En moins de 80 ans, lui et ses descendants posséderont la totalité des richesses du pays. Et je n'ai pris qu'un petit 4 % d'intérêt par an. Les taux d'intérêt composés sont une force extraordinaire. C'est pour cette raison que les sociétés traditionnelles interdisaient le prêt à intérêt. Dans des sociétés techniquement stagnantes et dans lesquelles les masses monétaires évoluaient peu, le prêt à intérêt pouvait produire rapidement des catastrophes et des inégalités de très grande envergure. Il faut vraiment prendre conscience de cette relation mathématique simple. Le capital peut très vite se concentrer entre les mains de très peu de personnes et cela sans rapport avec une quelconque utilité de ces individus. Ils s'enrichissent simplement par le fait qu'ils possèdent du capital. Dans les sociétés monétaires modernes, c'est l'inflation, l'augmentation de la masse monétaire, les impôts et le progrès technique qui ont limité cette concentration. Du moins jusqu'à la domination actuelle du néolibéralisme.

 

L'autre caractéristique du capitalisme c'est la notion de rareté du capital. En fait, tout se passe comme si l'on considérait le capital financier et monétaire comme rare. Comme quelque chose qui est de l'ordre de la ressource naturelle. On ne peut pas ne pas y voir l'influence de la culture agraire classique hériter du passé. En effet dans ce type d'économie, l'essentielle des richesses venant de l'agriculture, et les terres étant rare le capital terrien s’héritait plus qu'il ne se gagnait. La culture populaire fait donc par analogie un rapport inconscient entre le capital physique hérité de cette époque économique et le capital actuel. Il est considéré comme rare comme l'était la terre à l'époque féodale. Donnant ainsi un privilège, une dot, une rente à celui qui le possède. Mais si ce raisonnement tenait à cette époque, le capital actuel est très différent. Car l'argent, la monnaie et le capital que nous utilisons ne sortent pas de terre ou de mines que l'on exploiterait. Le capital est juste un jeu d'écriture, une convention quantitative créée par la collectivité selon des normes que l'on peut choisir collectivement. Il n'est écrit nulle part que le capital doit demeurer une propriété des banques privées et que la création monétaire doit juste se faire dans l'intérêt des possédants. Rien n'interdit à un état d'émettre toute la monnaie dont il a besoin pour développer ses affaires. Il n'est guère surprenant que les idéologues libéraux évitent soigneusement la question, car toute la pression qui permet aux intérêts privés d'imposer une orientation inégalitaire et capitaliste vient précisément de cette pression monétaire. On oblige les états à s'endetter sur les marchés privés pour financer des projets publics alors qu'il ne tiendrait qu'à eux d'émettre le capital nécessaire à la réalisation de ces projets sans payer d'intérêt. La seule limite est physique. Elle est dans les techniques les matières premières, et les hommes, pas dans le capital monétaire.

 

Et que l'on ne sorte pas la peur de l'inflation. Car c'est bien le manque d'inflation et les taux d'intérêt réels délirants de ces trente dernières années qui ont asphyxié petit à petit nos économies à tel point que l'on revoit aujourd'hui poindre une nouvelle société de caste aussi inefficace collectivement que dépendante de peuples étrangers pour subvenir à leurs besoins. Que deviendront donc les oligarques français et occidentaux lorsque les puissances montantes d'Asie n'auront plus besoin de nos nations pour rattraper leur retard ? Sans capital physique et humain, la finance n'est qu'une richesse virtuelle que le monde réel aura tôt fait de ramener à son évidente surestimation. Ne resteront alors plus sur nos terres qu'un désert de savoir-faire d'industrie et une misère immense comme peut-être jamais les peuples d'occident n'en ont connu.

 

Pour une économie de marché non capitaliste

 

La question de l'après-capitalisme se pose donc et il ne s'agit pas ici d'en réduire la question aux oripeaux du marxisme-léninisme. Critiquer le capitalisme en tant que système d'organisation économique ce n'est pas vouloir le tout état. Le capitalisme c'est la concentration des richesses mécaniques par le simple fait des taux d'intérêt composé, c'est l'asservissement et la négation de la démocratie par des moyens plus subtils que la coercition physique et militaire. Mais cela reste une autre forme de servage bien loin des soi-disant valeurs des démocraties occidentales. Il est d'ailleurs bien curieux que les entreprises restent dirigées de façon autocratique sans que cela n'émeuve le moins du monde des défenseurs de la démocratie politique. Le capitalisme ce n'est pas le marché. Le marché c'est l'échange qu'il passe par le biais monétaire ou non d'ailleurs. Le marché existe depuis les débuts de la civilisation. À partir du moment où une société spécialise ses membres pour des questions d'efficacité collective le marché né spontanément, car tout citoyen devient alors dépendant du labeur des autres. Laisser croire que l'économie de marché c'est le capitalisme est une escroquerie intellectuelle. Il est évident que nul ne peut nier le besoin d'échange. En faisant confondre ces termes dans le débat public les défenseurs du capitalisme et de la société de servage monétaire font simplement du sophisme pour cacher les intérêts qu'ils défendent.

 

Car si l'on peut difficilement imaginer une société sans marché, il est par contre aisé d'en imaginer une sans capital. C'est d'autant plus vrai que nos sociétés ont déjà presque connu cela pendant les deux guerres mondiales et pendant l'après-guerre. Il s'agit simplement de remettre la création monétaire aux mains des états. L'économie monétaire de production est une économie qui n'a pas besoin de capital nécessitant du taux d'intérêt pour exister. En contrôlant, l'émission monétaire publique vous produisait un système dans lequel l'accroissement de la masse monétaire se fait sans la contrainte du taux d'intérêt. Contrainte qui pousse d'ailleurs à l'accroissement toujours plus accéléré de la masse monétaire pour rembourser justement ces taux d'intérêt. Rien n'interdit d'imaginer ainsi une société dans laquelle le marché fonctionne toujours selon ses critères de sélection éliminant les produits et les services non adaptés à la demande, mais sous un régime bancaire publique dans lequel les taux d'intérêt sont nuls ou indexés sur l'inflation.

 

Nous serions alors dans une économie de marché de type non capitaliste dans laquelle la création du capital se fait sans coût. Ce qui est à n'en pas douter plus proche du bon sens, car on ne voit pas ce qui justifie ce coût du capital qui ne nécessite aucun travail pour être produit. À ceux qui objecterait que les banques publiques peuvent produire de graves malversations que dire du système actuel qui vit sur une chaîne de Ponzi à l'échelle planétaire. L'expérience montre assez bien que le système français d'après-guerre fermé et contrôlé par l'état était nettement plus stable et moins fou que l'actuelle. Il est donc tout à fait temps de penser non seulement à l'après-euro, mais aussi à l'après-capitalisme. Les deux questions donc d'ailleurs intimement liées puisque c'est bien pour les intérêts de la rente et du capital que l'euro a été construit. Remettre ce dernier en question est donc bien remettre en question la légitimité du capital à décider de nos destinées collectives. Si la France veut être libre, elle doit l'être surtout vis-à-vis du capital et des intérêts privés ne faire que sortir de l'euro changerait simplement la couleur de nos chaînes.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Pablito Waal 04/07/2014 13:27


A propos de l'économie socialiste de marché de O.Lange, chris06 dit : "Et on sait très bien aujourd'hui pourquoi cela ne peut fonctionner.


Pouvez-vous développer, Chris06 ?

chris06 22/06/2014 02:32


Le pauvre Irving Fischer doit se retourner dans sa tombe...


Une économie de marché où le coût du capital est nul : cela n'a strictement rien à voir.


dans une système 100% money les taux d'intérêts sont fixés librement par les marchés en fonction de l'offre et la demande (c'est à dire tendent sur le LT vers le taux de croissance dans un
système non inflationniste)


C'est la quantité de monnaie qui est fixée par les BC strictement suivant le taux de croissance (pas comme actuellement où c'est l'offre et la demande de crédit auprès des banques privées qui la
determine principalement).


Une économie de marché où le coût du capital est nul, ie travail est le seul facteur de prodcution s'appelle une "économie socialiste de marché" telle qu'élaborée par Oskar Lange dans les années
20 après ses débats aux USA avec L.v.Mises.


 


Cela n'a rien à voir avec le 100% money d'I.Fischer. Et on sait très bien aujourd'hui pourquoi cela ne peut fonctionner. Par contre le 100% money est une système monétaire et bancaire beaucoup
plus robuste que l'actuel... dixit le FMI. Mais cela n'a rien de "non capitaliste"!

yann 18/05/2014 00:16


@ A-J Holbecq


Merci pour le lien.


@TeoNeo


D'ou vient cette citation?


 


Lati


 


Que les états fassent des erreurs d'investissement c'est possible. Cependant je ne vois pas en quoi cela questionne le système de crédit public. La multiplication des bulles spéculatives, les
taux de retour sur investissement délirant sont nettement plus dommageables que les quelques erreurs de dépense publique que l'on a pu connaître. On n’est pas du tout au même niveau de gabegie.


 


D'autre part rien n'interdit dans mon système les actions privées. Il s'agit simplement de supprimer les taux d'intérêt payé par le système actuel et qui condamne nos économies à vivre crise sur
crise. On peut se référer aux travaux du 100 % money d'Irving Fisher. Holbecq et son site sont bien plus précis que moi sur la question. Le fait est qu'il est anormal que l'état emprunte
avec intérêt. Et d'ailleurs je ne vois pas en quoi l'intérêt a empêché la gabegie. Il me semble que l'état gaulliste était nettement moins gaspilleur que l'état actuel qui vit pourtant sous la
loi d'airain du marché tout puissant. Il faut aussi faire confiance à la démocratie. Lorsque vous dites que les citoyens sont plus sensibles à l'arrosage de subvention, c'est d'un incroyable
cynisme . On voit bien dans vos propos à quel point le libéralisme économique s'oppose totalement au libéralisme économique. Les hommes font de bons calculs lorsqu'ils agissent dans leurs
intérêts financiers, mais de mauvais calculs lorsqu'ils font de la politique. Il va falloir vous y faire, ils font de mauvais calculs tout le temps. Au moins en démocratie on sait qui est
collectivement responsable.

TeoNeo 12/05/2014 23:13


Benjamin Franklin aurait declaré ceci aux anglais qui s'etonnaient de la prosperité de la nouvelle angleterre. 


"nous émettons notre propre papier-monnaie, nous l'appelons Colonial Script, et nous en émettons assez pour faire passer facilement tous les produits des producteurs aux consommateurs. Créant
ainsi notre propre papier-monnaie, nous contrôlons notre pouvoir d'achat et nous n'avons aucun intérêt à payer à personne."

lati 08/05/2014 10:11


D'ailleurs, c'est pour des raisons électorales que se font à vil prix les PPP comme ceux des autoroutes peu avant les élections. La vente des bijoux de famille pour temporairement améliorer le
bilan de l'état, déficit et dette, mais en hypothéquant les recettes de l'état à venir. C'est bien la démonstration qu'un gouvernement et sa majorité du moment doivent en passer par une
délibération avec d'autres instances, sinon c'est vite le n'importe quoi.


On voit aussi les choix d'investissements parfois calamiteux de nos élus, gares TGV en rase campagne, lignes TGV à gogo au détriment des trains plus fréquentés, aéroports quasi vides en France ou
ailleurs comme en Espagne.