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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 22:22

 

PortLeHavre-2-80798.jpgOn a souvent parlé sur ce blog de la nécessité de la dévaluation monétaire pour l'économie française et plus généralement pour les pays fortement déficitaires sur le plan commercial en Europe. Il va sans dire cependant que les dévaluation en elle même ne sont pas nécessairement un remède absolue au mal qui ronge en fait depuis les années 80 l'économie française la désindustrilaisation. La dévaluation nous l'avons vue est aussi un remède dangereux sur le plan international, et ceux qui craignent une guerre monétaire ont parfaitement raison de souligner l'aspect dévastateur d'une course à la dévaluation, surtout  si elle est pratiquée par un maximum d'état. Nous savions que le système à change flottant était d'ailleurs par nature profondément instable pour ne pas dire totalement chaotique. Ainsi seule la présence d'un acheteur mondiale en dernier ressort, les USA, a-t-elle permis la survie du système de change flottant instauré dans les années 70 suite à l'abandon de l'or comme étalon monétaire.

 

  Pour ces quelques raisons il est important de proposer d'autres mécanismes permettant un retour de l'industrie et de la production de bien sous nos latitudes. Le protectionnisme commercial peut-être réalisé de bien des façons, le protectionnisme est une politique polymorphe, capable de s'adapter à chaque situation particulière. Mais il faut toujours garder en tête l'objectif final, celui de permettre un certain degrés d'autosuffisance national, ou de souveraineté  tel qu'il permet un retour à la régulation économique du pays, un retour des politiques keynésiennes mais sans déficit commercial. Car cela permet par la suite une politique des revenus au niveau national, politique visant ce que le marché est incapable d'atteindre naturellement, l'équilibre entre l'offre et la demande et ce dans le but évident de juguler le chômage de masse. Un certain degrés de souveraineté économique permet aussi, le cas échéant, d'éviter des problèmes de relation géopolitique, car il est souvent malvenu pour une nation d'être tout entière dépendante d'une autre. Il s'agit là d'une vérité historique, jamais démentie, et que les puissances occidentales vont devoir réapprendre dans les années qui viennent, d'ailleurs la Chine sera probablement leur professeur en la matière.

 

  Quoiqu'il en soit si nous voulons véritablement protéger de façon efficace notre industrie, la dévaluation ne sera qu'une aide, puissante certes, mais passagère. Nous allons donc voir ici les avantages et les inconvénients d'un type bien particulier de protectionnisme les quotas, encore appelé les contingents tarifaires.

 

Les quotas

 

      Le principe des quotas est en fait relativement simple, il s'agit de mettre une limite quantitative aux importations, le terme contingent tarifaire étant en fait plus approprié que quota. En pratique on fixe une quantité de produit à importer par rapport à la production nationale et l'on empêche physiquement l'importation de bien une fois la quantité atteinte du quota annuel. Par exemple si le France consomme 3 millions de véhicules automobile par an et que l'on fixe la limite à 20% d'importation, alors les importateurs ne pourront pas fournir plus de 600000 véhicules par an au pays. Le fait qu'il s'agisse d'une limite quantitative change considérablement la donne, et produit un avantage spectaculaire en faveur de  cette forme de protectionnisme par rapport aux classiques droits de douanes ou à la dévaluation.  L'avantage de la cette technique de protectionnisme est liée en premier lieu aux conditions de fonctionnement de l'économie mondiale actuelle, et plus particulièrement au système de change flottant. Certains pays pratiquent sans vergogne un protectionnisme monétaire brutal, on pourrait citer la Chine par exemple, ou bien la petite Corée du Sud. C'est un fait avéré depuis longtemps que ces pays ne laissent pas vraiment leur monnaies flotter comme le font les pays occidentaux. La monnaie est une arme facile à employer et relativement discrète, sauf dans le cas chinois où les déséquilibres sont tels, que les autres pays commencent enfin à se poser des questions sur la valeur du Yuan. Dans ce cadre de change flottant les droits de douanes sont une réponse relativement faible à apporter, en effet si vous taxez à 20% les importations de Chine mais que ce pays dévalue de 30% le lendemain vos droits de douanes n'auront finalement pas servi à grand chose.

 

    En réalité les droits de douanes sont un protectionnisme adapté à un monde où le système monétaire est à change fixe, enfin relativement fixe, comme le fut le système de Bretton-Woods jusqu'en 1971. Dans un cadre de change fixe les droits de douanes sont suffiants pour réguler  correctement le commerce. Les variations monétaires se faisant rarement et sous certaines conditions, l'on pouvait adapter ce système lent aux variations monétaire d'alors. Mais dans le sytème à change flottant actuel, il faudrait faire varier les droits de douanes toute les semaines au regard des variations des monnaies sur le marché des changes international. Cela rend donc très difficile le protectionnsime par droit de douanes, et l'on comprend mieux ,alors, l'argument de ceux qui souhaitent plutôt des dévaluations, une espèce de loi du Talion monétaire face aux puissances asiatiques. Mais il faut bien reconnaitre que les dévaluations ont aussi le désagréable incovénient de renchérir les importations contraintes, celles principalement des matières premières.   A cela s'ajoute l'instabilité de la course à la dévaluation déjà vue par ailleurs, chaque nation se mettant à dévaluer par rapport à son voisin, provoquant ainsi un effet domino monétaire. Bien sûr il faudra un jour se soustraire à ces importations de pétrole et le renchérissement du prix de l'énergie résultant de la dévaluation pourrait par ailleurs être bénéfique à long terme pour la transition énergétique. Cependant l'on aimerait quand même garder le contrôle de l'évolution économique du pays, et produire une inflation de l'énergie trop brutale pourrait s'avérer contreproductif au final. Reste alors nos fameux contingents tarifaires, et là on se rend compte tout de suite que la variation des monnaies n'a tout simplement aucun effet sur les quantités importés de produit dans un cadre de protection par contingent.

 

   En effet même si le Yuan est dévalué de 50% et que donc les prix des produits chinois sont divisés par deux sur le marché français, les importations en provenance de ce pays n'augmenteront pas si nous avons des protections quantitatives. C'est un avantage énorme, il nous suffit de fixer la limite à importer que l'état considérera comme acceptable du point de vue de ses objectifs macroéconomiques, et ces quotas n'auront plus à varier d'un iota pour une longue période. Et les importations pourront même augmenter en volume si le marché français augmente sa consommation. Puisque la limite quantitative est fixée par un pourcentage de la consommation volumique globale du pays, si l'on passe à 4 millions de véhicules annuels consommés, pour reprendre notre exemple du début, alors les importations pourront passer de 600000 à 800000 par an.   De fait les contingents tarifaires sont un protectionnisme permanent que la puissance publique n'aura pas à modifier en fonction des variations monétaires ou des multiples modifications des rapports de force économique mondiaux. Et le pays pourra même avoir une influence positive sur le commerce mondiale en cas de croissance, les quotas ne ferment pas les frontières ils sont en fait l'écluse par excellence, laissant toujours passer un portion d'importation. Ils permettent le commerce équlibré entre nations, ni trop ouvert ni trop fermé.   Et cela simplifie grandement l'application pratique par rapport à des droits de douanes. On évite également de voir la monnaie se déprécier et donc de voir nos importations contraintes augmenter leur coût pour nos concitoyens, de quoi avoir une stratégie ordonnée de transition énergétique. Les quotas ont l'avantage de protéger de façon parfaitement rationalisable, ils sont parfaits pour une planification à long terme de la production industrielle du pays.

 

  Les quotas ont tout de même un inconvénient qu'il nous faudra aborder, ils créent une rente de situation pour les importateurs. Ces derniers pourront amplement s'enrichir grace aux écarts importants de revenue et de productivité qui substisteront encore longtemps à l'échelle planétaire. Les prix des importations restant largement inférieures aux productions nationales on imagine déjà des importateurs sans concurrence faisant des profits énormes. On pourrait cependant objecter que  c'est  déjà le cas avec le système économique actuel, la concurrence supposé entre importateurs n'ayant visiblement pas entrainé une baisse des prix en Europe, ce sont surtout les marges des revendeurs qui ont explosé. Mais dans le cas d'une économie plus fermé et sous protection de contingents tarifaires nous pourront imposer des impôts sur ces revenues visiblement disproportionnés et prévisible. Des impôt élevé sur les profits des entreprises importatrice pouvant décourager les comportement les plus déplaisant. On pourrait taxer en fonction de la provenance des pays et du degrés de maltraitance dont sont victime les salaiés de ces nations. Les importateurs favorisant les pays les plus proches de nos critères sociaux se voyant moins taxé que les autres. Voilà un moyen d'influence important en faveur des droits internationaux des travailleurs et pas besoin d'atteinte à la souveraineté des pays puisque ils restent libre de choisir leur propre organisation économique, pas besoin non plus d'une usine à gaz mondiale d'accord impossible à appliquer.  On pourrait même user de ces revenues pour les reverser à des pays ayant fait des progrés dans le domaine de la législation salariale ou dans le domaine écologique. Ainsi nous pourrions utiliser la relève de l'impot sur les gains des importateurs pour aider les pays en voie de développement les plus en retard à se développer. Notre protectionnisme quantitatif pourrait pousser les nations les moins vertueuses à améliorer les conditions de vie de leur propre population, bien loin d'une politique égocentrique ces solutions sont capable en pratique d'améliorer le sort non seulement de nos concitoyens mais aussi ceux des pays en voie de développement.  

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

James 19/01/2017 18:02

Très bon article, claire et concis. J'aimerais savoir s'il y a d'autres articles, de cet auteur dans le meilleur cas ou non, apportant un oeil critique sur la mondialisation. Je passe un bac ES, et l'hyper tendance libérale de mon manuel d'éco me pousse à chercher une tangente pour mon apprentissage.

Merci

RST 29/12/2010 21:15



Merci pour cet article qui rappelle utilement que l'économie c'est avant tout une affaire de production et qu'un des moyens les plus simples et efficaces de régulation
est bien de s’occuper de ce qui est physiquement produit plutôt que de jouer avec la monnaie.


Quant aux difficultés de mise en œuvre anticipées par certains, elles ne sont pas négligeables mais sûrement pas insurmontables. D’ailleurs, il y  a
déjà eu des systèmes de quotas dans notre histoire récente comme pour le textile Chinois par exemple. Je ne vois donc pas ce qui empêcherait la mise en œuvre d’un tel système si la volonté
politique existe.



olaf 24/12/2010 14:12



Oui, le pouvoir administratif est souvent incompétent et sinon aussi corrompu que le privé, les dernières années le montrent. Un système de quotas ne fonctionnerait pas pour cette raison et les
effets de lobbying, c'est un système totalement rigide et complexe quoi qu'en pense Yann qui rêve en pensant avoir trouvé la recette alchimique avec les quotas.



valuebreak 24/12/2010 12:28



bj.


très bon article.


le problème du systèmes de quotas est qu'il donne un pouvoir énorme à l'administration, source potentielle de dérives dues à l'incompétence et à l'abus de pouvoir.


il faudrait au préalable pour se prémunir de telles dérives, se donner les moyens de les éviter au préalable, de les détecter, de les sanctionner durement ...



yann 23/12/2010 23:14



@Olaf


Non justement les quotas c'est trés simple à mettre en place, beaucoup plus que les droits de douane. Il suffit de connaitre la consommation global du pays dans tel ou tel secteur, puis donner un
pourcentage de ce que l'on peut importer. Après on contrôle dans les ports et voila çà n'a rien de très sorcier. Une fois les quotas atteint c'est fini l'importation.


 @A-J Holbecq


Je ne sais pas, il me semble que la solution que je préconise peut tout autant le résoudre, il faudra que j'y réfléchisse.