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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 18:51

      Emmanuel_Todd.jpgTel était l'une des phrases chocs de notre démographe préféré Emmanuel Todd lors de son dernier interview avec Philippe Cohen pour marianne. Ce texte est important parce qu'il montre bien que Todd a conscience des difficultés actuelles de l'euro, contrairement à ce que certaines de ses interventions avaient pu faire croire ces dernières années. Finalement Todd s'avère moins déconnecté du réel que ce que l'on aurait pu croire. Il a toujours son fabuleux sens de la formule avec cette nouvelle expression à ressortir régulièrement : "Les partisans de l’équilibre budgétaire affirment que nous léguons une dette à nos enfants. En fait, nous leur transmettons une société sans industrie, ce qui est bien pire.". On ne saurait mieux exprimer toute la stupidité des politiques économiques actuelles que ne le fait ici Emmanuel Todd. En réalité nous voyons bien ici les effets de l'économisme dont j'avais parlé dans un autre texte. C'est à dire cet esprit réduit à analyser uniquement une société sur quelques diagrammes et statistiques économiques, Keynes parlait déjà en son temps de cauchemar de comptable pour définir cette façon de penser. Ils éteindraient la lumière des étoiles et celle du soleil s'ils le pouvaient parce que cela ne rapporte rien économiquement.

 

  De la même manière cette façon de raisonner qui se limite à la seule question de l'excédent commercial, du taux de croissance du PIB, ou pire des gains de la bourse, rend les esprits stupides et incapable de voir le monde et la société dans son ensemble. La réalité des sociétés humaines est une complexe interaction entre de nombreux facteurs qu'il est bien prétencieux de vouloir résumer à quelques chiffres purement économiques. Comme le dit Emmanuel Todd des chiffres aussi important que la divergence démographique, par exemple, ne sont jamais pris en compte par nos dirigeants. Il est pourtant évident qu'un pays qui a une expansion démographique n'a pas les mêmes besoins, ni les mêmes contraintes qu'un pays qui perd des habitants. Par exemple à PIB stagnant le pays qui croit démographiquement voit son PIB par tête diminuer, c'est l'inverse pour celui qui décroit. Une jeunesse plus nombreuse nécessite des investissements plus important pour obtenir un même niveau d'instruction, la plus grande élévation de la productivité en Allemagne ou au Japon peut-être tout autant liée à leur structure économique qu'au simple fait que moins d'enfants à élever c'est plus d'investissement en capital à investir pour chacun. On peut facilement démontrer que l'échec actuel de l'Afrique est imputable en grande partie à sa croissance  démographique trop rapide, comme l'avait si bien montré Paul Bairoch dans "Le tiers monde dans l'impasse". Les pays d'Afriques ont une croissance économique relativement forte en fait, mais leur croissance démographique est encore tellement rapide que le capital par tête n'augmente pas. Quand l'Afrique connaitra un ralentissement de sa croissance démographique ce continent aura  une rapide amélioration de ses conditions économiques.

 

L'Allemagne et France la grande divergence démographique

 

    Pour en revenir au sujet, à savoir l'Europe et l'Allemagne, il est évident que la divergence démographique est un point crucial des problèmes économiques à venir. Je n'irais pas jusqu'à dire que le viellissement conduit l'Allemagne à une politique d'austérité, comme le fait Todd. En France ces politiques sont pratiquées depuis les années 70, période où pourtant la France rajeunissait grâce au baby boom de l'après guerre. Le choix fait par les élites françaises et consenti par la population d'un point de vue électoral fut fait à des moments où la France était encore jeune. Donc dire que l'austérité serait uniquement le fruit du viellissement est un peu rapide en terme de raisonnement. Nous avons plutôt affaire à des croyances, à des habitudes et à des intérêts favorisant ces politiques, le viellissement n'a pas grand chose avoir avec ces phénomènes à mon sens. Pour ce qui est du dogme de la monnaie stable, on l'a dit de nombreuses fois c'est une question identitaire en Allemagne,  la paranoïa anti-inflationniste est malheureusement un lègue de l'histoire allemande. Sur les excédents commerciaux il s'agit plus probablement d'une stratégie de court terme pour les allemands que d'une pensé stratégique visant à inféoder les autres peuples d'Europe comme le suggère Marie France Garaud dans ses dernières analyses. En l'occurence l'Allemagne incapable, comme tout le monde, de concurrencer la Chine, a préféré repousser la question du protectionnisme en s'appuyant sur ses excédents  commerciaux en Europe. L'Allemagne cache ses déficits commerciaux avec la Chine et l'Asie grace à ses excédents avec les pays Européens et les USA. Ce faisant elle s'illusionne elle même quant à son devenir économique, elle ne sera pas éternellement excédentaire.  

 

  Mais cette politique est d'autant plus facile que l'Allemagne n'a pas besoin de créer de nouveaux emplois pour voir son chômage baisser. En effet comme la population active diminue en Allemagne, il suffit de maintenir stable le nombre d'emploi pour voir le chômage reculer, il suffit même que le nombre d'emplois détruits soit inférieur à la diminution de la population active pour voir le taux de chômage se rétracter.  On comprend donc mieux sa situation, l'Allemagne peut mourrir en silence en quelque sorte comme le Japon. La France n'a pas cet avantage, si l'on peut appeler çà un avantage, notre pays connait une démographie moins catastrophique. Et même si nous ne sommes pas vraiment dynamiques, la France étant le borgne de la démographie au milieu des aveugles européens, nous renouvelons quand même la population du pays ce qui oblige à créer une certaine quantité d'emplois tout les ans pour absorber les nouveaux actifs. Cette contrainte est inévitable à moins de pousser les jeunes à quitter massivement le pays, on parle ici d'une expatriation massive de l'ordre, au moins, du tiers de la population des jeunes, on voit mal un tel phénomène se produire en France. Ce pays n'ayant historiquement jamais été un grand pays d'émigration. Ce qui doit expliquer d'ailleurs notre incapacité à produire de grands empires en Amérique, les français vivaient probablemnt trop bien à l'époque pour vouloir partir. Quoiqu'il en soit à moins de proposer effectivement des départs massifs à la population il va bien falloir créer des emplois en France ou tout cela finira en une bonne guerre civile.

 

  Et étant donné le déséquilibre commercial grandissant, il va falloir créer que ces emplois se fassent en majorité dans l'industrie pour éviter que nos déficits ne continuent à croitre. On voit donc ici que l'idée de faire une seule politique économique pour la France et l'Allemagne est impossible, je veux dire physiquement impossible. L'Allemagne n'a pas besoin d'emplois, la France si,  et en plus il lui faut se réindustrialiser,or on voit mal comment y arriver avec un euro surévalué et une absence totale de protectionnisme.  Et finalement c'est peut-être une chance pour l'Allemagne elle même que cette divergence existe. En effet si l'on se place sur une trés longue période historique, dans le cadre d'une analyse de la dynamique des intéractions entre nation, la monté et la descente de chaque peuple européen a toujours engendré des contre-réactions salutaires. Car c'est justement parce que le continent est divisé entre de nombres peuples divergents que celui-ci a été si créatif dans l'histoire humaine. La dynamique démographqiue française, si elle conduit les élites françaises à changer de politique économique, pourrait pousser les allemands à se poser des questions quand à leur propre fonctionnement. La rivalité entre nation n'est pas qu'une mauvaise chose elle ne produit pas que la guerre, elle peut aussi pousser chaque peuple à se transformaer pour éviter le déclin face à l'autre. Une France dynamique, et plus patriotique pourrait pousser l'Allemagne à mettre fin à un déclin démiographique particulièrement dangeureux pour l'avenir de ce peuple. En imitant l'Allemagne les élites françaises ne font pas seulement du tort aux français qu'elles mettent au chômage, elles font aussi du tort à l'Allemagne en l'enfermant dans une voie sans issue à long terme.  Pour que l'Allemagne se réveille il faudra que la grande nation redevienne elle même.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Montagnard 22/12/2010 06:41



En dehors de la perspective de philosophe,très informée,de Christian Godin ,il est très utile de


lire :"La vieillesse des nations" d'Alfred Sauvy,coll:Tel 2001 (présenté par J-C Chesnais) ,"Le temps des derniers hommes" de Roland Hureaux 2000 et la
grande synthèse collective rédigée par des professionnels(2e édition épuisée,à lire en bibliothèque): "La population du monde" éditions: INED et PUF.



Montagnard 22/12/2010 06:32



Yann vous avez raison d'insister,contrairement au précédent commentaire sur l'importance d'une


démographie suffisamment vigoureuse.


Car comme tous les grands changements de longue durée ,qui nécessitent d'être pensés de manière contre intuitive,les évolutions démographiques ne se réduisent pas à une restriction:http://books.google.fr/books?id=1fZWsuoNWe0C&printsec=frontcover&dq=la+fin+de+l%27humanit%C3%A9:christian+godin&source=bl&ots=W4fRYmEKeX&sig=fJnLB29JzsPrb75OUcgmcCfbhJc&hl=fr&ei=PIoRTefmHcmo8QPynrWFBw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=3&ved=0CCkQ6AEwAg#v=onepage&q&f=false






A-J Holbecq 20/12/2010 08:42



Là Yann, je ne peux pas te suivre sur cette thèse démographique


Le déclin démographique est une chance de survie pour l'ensemble de l'humanité.


Il est important que chaque pays (et je dirais même chaque région) puisse être "autonome"


L'Allemagne a une "population soutenable" de 40 millions (alors que sa population est de plus de 80)


Voir http://postjorion.wordpress.com/2010/08/21/121-a-j-holbecq-populations-soutenables/