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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 11:46

vlcsnap-603903J'avais commencé le texte qui suit après m'être posé quelques questions sur la notion d'utilité et sur la définition que l'on pourrait donner au développement. Il s'agissait surtout pour moi de me distancier de la définition courante du développement comme étant une accumulation de richesses matérielles. Mais c'est surtout après avoir lu des textes de Malakinelink, mon collègue blogueur, concernant le développement et l'articulation qu'il pourrait y avoir entre le protectionnisme, l'écologie, la démographie etc.. que j'ai décidé développer un terme résumant cette conception. Et ce soir en relisant mes idées éparses, j'ai trouvé le terme de développement autoreproductible, et j'espère que ce petit texte qui suit va vous éclairer un peu sur la chose.



Je commencerais ce texte par une citation de Jean-Jacques Rousseau qui écrivit ceci dans son célèbre discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes :


« De la société et du luxe qu'elle engendre, naissent les arts libéraux et mécaniques, le commerce, les lettres; et toutes ces inutilités, qui font fleurir l'industrie, enrichissent et perdent les Etats. La raison de ce dépérissement est très simple. Il est aisé de voir que par sa nature l'agriculture doit être le moins lucratif de tous les arts; parce que son produit étant de l'usage le plus indispensable pour tous les hommes, le prix en doit être proportionné aux facultés des plus pauvres. Du même principe on peut tirer cette règle, qu'en général les arts sont lucratifs en raison inverse de leur utilité et que les plus nécessaires doivent enfin devenir les plus négligés. Par où l'on voit ce qu'il faut penser des vrais avantages de l'industrie et de l'effet réel qui résulte de ses progrès. »


Sans être aussi extrême il est vrai que bon nombre d’activités humaines sont loin d’être d’une utilité flagrante et que les plus utiles sont bien souvent les moins bien rétribuées et les moins bien reconnues socialement. Nous n’avons qu’a comparer le revenue d’un éboueur indubitablement utile à celui d’un présentateur télé sur TF1 dont l’utilité, celle de nettoyer le cerveaux des gens pour vendre du Coca-Cola, est des plus relative.


Pourtant il est très difficile de juger ce qui est utile de ce qui ne l’est pas, les scientifiques n’ont guère d’utilités à court terme la société pourrait s’en passer et continuer à vivre, mais l’impact de la science sur la prospérité à long terme d’un pays est indéniable. Si je parle de cela c’est que cette notion d’utilité est très importante pour définir ce qu’est le développement.


L’occident a prie pour habitude de définir le développement en terme quantitatif absolue, pour nous le développement consiste à posséder plus de choses, plus d’objets, ainsi défini on considère les Etats-Unis comme étant le pays le plus développé de la planète. Le fait que cette nation consomme bien plus qu’elle ne produise (déficit commerciale de 750M$, les USA ne fond plus ni de chaussure, ni de meuble, et 80% des voitures qui sont consommées dans ce pays n’y sont pas fabriquées), le fait qu’elle consomme une trop grande quantité d’énergie et de ressource qu’elle ne possède pas, qu’elle fabrique par millions des détraqués et des analphabètes au point qu’elle est la seule nation développé au monde où le niveau scolaire a baissé ne semble pas infléchir cette croyance.


Je tiens également à signaler le fait qui trouble tout les démographes qu’a l’heure actuelle aucun pays développé, ou ayant passé la transition démographique, ne fait suffisamment d’enfants pour se reproduire à un pour un. C’est une première dans l’histoire de l’humanité, on a connu de grandes stagnations, de fortes hausses de la population, ou des baisses causées par des épidémies ou des guerres, mais jamais on avait vue des pays qui ont constamment une population en baisse ,et ce, en période de paix, et de relative prospérité. C’est un signe sure que nos sociétés soi disant développées ne sont pas viables à long terme, des démographes japonais se sont même amusés à calculer que si la fécondité nipponne se maintenait au niveau actuel il n’y aurait plus que 300 japonais en l’an 3000. Si l’humanité tout entière prend le même chemin, ce qui semble être le cas, la population mondiale est passé sous le seuil de reproduction dès 2006 d’après le démographe Pierre Chaunu (voir « Essaie de prospective démographique » Fayard), inutile de vous dire qu’il sera impossible aux pays développés de faire appel à l’immigration puisque le tiers monde n’aura alors plus personne à fournir d’ici 30 ans.


Mais quel est donc le lien entre l'utilité, le développement ou la natalité ,et bien c'est mon nouveau concept le développement autoreproductif. Le terme signifie simplement un développement capable de se reproduire lui même, ce concept est au dessus du développement durable car il l'inclus,l'écologie faisant naturellement partie de la reproductibilité du développement en question. Le terme utilité sous ce concept prendra alors une tout autre définition que dans l'ordre marchant actuel. Au lieu de définir l'utilité courante comme étant « Est utile ce qui fait grimper le PIB » . On a plutôt une définition de ce type « Est utile ce qui peux garantir la continuité et la reproductibilité du développement humain ». L'utilité ,sous ce sens, d'un éboueur devient nettement plus grande que celle d'un footballer ou d'un journaliste de TF1.


En clair je rejoins ici les réflexions sur la durabilité globale de notre société qu'a fait Malakine et dont on espère un livre bientôt. Il s'agit de mettre en place une articulation logique et hiérarchisé entre les innombrables domaines qui interagissent entre eux et font de notre vision des choses actuelles un imbroglio inextricable. Nommer les choses savoir hiérarchiser l'information et les idées, être capable de savoir quoi faire et pourquoi le faire est le seul moyen d'agir réellement en politique. A l'heure actuelle nous, les modernes, sommes enfermés dans une vision surdéterminé des choses, nous ne savons plus où nous allons, car nous ne savons même plus quel chose est importante ou non. Ils nous faut donc réduire les variables des problèmes et se concentrer sur l'essentielle, et ceux qui est essentielle est ce qui correspond à l'utilité tel que défini précédemment, imbriqué dans la notion de développement autoreproductible.


Alors plus concrètement le développement autoreproductible consiste à sortir des notions absolus, pour moi le développement est avant tout une définition relative. Un société peut avoir un degrés de technicité inférieure à celle d'une autre et être autoreproductible ou l'inverse. Dans cette vision des choses il faut bien voir que le développement n'est plus lié à la technologie à proprement dite ou au progrès. Il faut sortir du piège intellectuel associant progrès en générale et progrès technique. Une société qui stagne mais qui est reproductible est infiniment plus souhaitable qu'une société qui progresse, au sens technique, mais qui n'est pas dans un processus de développement autoreproductible. Car cette société finira immanquablement par s'écrouler.


La reproduction de la société ne concerne pas que la reproduction au sens démographique. Elle concerne aussi plus globalement la fameuse transmission des valeurs, de la capacité à penser, de la culture en générale. Et de tout ce qui permet à la société de produire les esprits aptes à la dirigé et à la mener dans le bon sens de génération en génération. Les débats récents sur l'éducation montre l'inquiétude concernant notre système d'éducation et son aptitude à transmettre aux jeunes ces valeurs . Celles qui leur permettraient de devenir des citoyens et non seulement des automates utiles au système marchand et à la consommation.


La limite a tout ceci tient évidement à notre condition humaine et à notre propre limite. Nous ignorons peut-être encore largement la façon dont la société fonctionne dans sa réalité . Mais ce concept de développement autoréproductible permet de faire des choix, de favoriser plutôt telle ou telle politique parce qu'elle va dans ce sens.


Le protectionnisme par exemple peut-être défini comme un moyen de garantir la capacité du pays à produire lui même ce qu'il consomme et à conserver des savoir-faire cruciaux pour son avenir. Toute politique entrainant l'élimination définitive d'industrie devenant suicidaire, car la fermeture d'un secteur entraine souvent le détricottage de tout un tissu de savoir. Les apprentis sorciers libéraux ne se rendant même pas compte des dégâts colossaux que leurs politiques ont engendré à long terme. Quand une branche disparaît c'est souvent la possibilité même d'innover ou de créer qui disparaît. Souvent dans des secteurs non prévu d'ailleurs, car bon nombre d'interactions humaines sont invisible dans les statistiques.


Être pour le développement autoreproductible c'est en quelque sorte prendre conscience que notre savoir sur la réalité est infime face à elle. C'est s'inquiéter en permanence de la pérennité, du devenir de notre pays et des gens qui l'habitent. Et c'est mesurer la dureté et la stupidité de politiques qui détruisent des vies, des gens, des citoyens. C'est ne pas considérer qu'un homme jeté au chômage est une bonne chose pour une entreprise car elle nui ainsi à l'ensemble de la société .


Être pour le développement autoreproductible c'est aussi considérer comme secondaire le commerce, et comme extrêmement important l'industrie et l'agriculture. C'est faire passer les producteurs, les créateurs, les inventeurs, les éducateurs avant les marchants, les banquiers et les idoles modernes, ces derniers n'étant que la dernière roue du carrosse.


Enfin être pour le développement autoreproductible c'est se poser des questions écologiques sur la pérennité de l'usage des ressources. C'est favoriser les techniques durables , c'est peut-être interdire celles qui ne peuvent l'être. L'idée d'interdire l'usage de certaines technologies est d'ailleurs ,dans le monde actuel , l'un des actes politiques les plus subversifs qui soit. Et pourtant a quoi ressemblerait l'Europe actuelle si nos dirigeants avaient favorisé les transports en commun et interdit la voiture individuelle dès le début du vingtième siècle? Pas de dépendance au pétrole, pas de déformation structurelle de nos villes, peut-être pas de quartier ghetto et une meilleur homogénéité sociale du territoire. Qui sais? Un adepte du développement autoreproductible se pose la question de l'utilité de la technique, il sait la remettre à sa place au nom justement de la reproductibilité de sa civilisation. Il est à la fois progressiste et conservateur, il sait être conservateur quand le progrès est contraire à l'utilité, il est progressiste en cas inverse.


Pour finir disons que le concept de développement autoreproductible s'oppose totalement à l'américanisme. L'américanisme consistant ici à ne pas se soucier du futur, à épuiser toutes les sources de la richesse sans penser à la manière dont elles sont produites. L'américanisme c'est importer ce que l'on ne produit plus pétrole, marchandises, scientifiques au lieu de chercher des réponses locales à ces pénuries, et sans penser au fait que si toute l'humanité se conduit ainsi s'en sera fini du genre humain. L'Europe et la France actuelle sont dominer par l'américanisme, elles manquent de bras mais préfèrent l'immigration à la relance de la natalité. Elle manque de matière première pour faire rouler leurs voitures, mais elles préfèrent importer du pétrole plutôt que de changer leur mode de propulsion ou leur façon de se déplacer. La domination totale de l'américanisme sur terre va produire et produit déjà de grands conflits d'intérêts. La Chine se lance maintenant à son tour dans la conquête des matières première, la rareté produira inévitablement des conflits. Il faut impérativement changer nos paradigmes de base et nous orienter vers le développement autoreproductible si nous ne voulons pas vivre des catastrophes à la chaine.







 




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Published by Yann - dans écologie
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jack 09/08/2010 12:16



Bravo Yann, voilà qui confine à la sagesse, et la sagesse va au delà de la politique puisqu'elle passe de "l'égoïsme national" (ou régional) à l'intêret général.



yann 16/01/2010 00:01


@Malakine

Tu es devenu bien pessimiste. Je ne crois pas que vendre des nuages comme le font toute les idéologie depuis la nuits des temps soit bien adapté au monde moderne. Et puis ce n'est pas pessimiste de
vouloir faire attention au long terme, çà n'élimine même pas l'idée de progrès dans l'absolue, ça consiste juste à remettre en perspective nos actions.

Quand au manque de pensé collective la crise actuelle n'a pas encore donnée tout ses effets . On ne sais absolument pas comment évoluera la situation politique lorsque les grands états européens
commenceront à plonger comme l'Islande ou la Grèce. La pensé collective pourrait revenir plus vite qu'on ne le crois généralement.


Malakine 12/01/2010 15:16


Je reconnais effectivement quelques traces de la pensée que j'ai commencé à développé l'an passé.

Le problème de cet embryon d'idéologie alternative, c'est que c'est une pensée extrêmement pessimiste et angoissée. Ce serait peut-être la première dans l'histoire des idées à ne rien promettre de
"mieux". C'est pourquoi, elle ne peut prospérer qu'en période de crise vive, ou mieux, après une crise cataclysmique sur le mode du "plus jamais ça" C'est pourquoi je crains qu'elle soit
inopérante.

En outre, on bloque vite sur les moyens de la rupture. Mes reflexions m'ont conduit dans une impasse car je me suis rendu compte que non seulement il n'y avait plus d'espace de souveraineté réel
pour même pouvoir penser un nouveau système, mais que le jeu démocratique a lui même été tellement perverti par l'idéologie individualiste et libérale, qu'il ne permet plus aucune reflexion
systémique et qu'il condamne à rester dans le paradigme actuel. En outre, la démocratie d'opinion est tellement sujette à toutes les manipulations que le système n'a rien à craindre de la
démocratie. Mais c'est un autre débat (le sujet sur lequel je voudrais écrire)