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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 20:12

  S'il est une certitude pour les prochaines élections, c'est que les conditions économiques vont être la principale source du débat public. D'ores et déjà la machine démagogique libérale tourne à plein régime avec des partis politiques dominant qui se disputent pour savoir qui sera le plus rigoureux pour rembourser la dette. De fait, Hollande ne fait illusion à gauche que dans la tête des plus naïfs puisqu'il est certain que l'homme de Corrèze est le plus à même, à l'heure actuelle, de pratiquer une politique de contrition salariale. Le PS a toujours été plus à l'aise dans les "réformes" que ses homologues de droite qui doivent affronter la méfiance populaire et les syndicats. Le PS comme la plupart des partis de gauche, dite de gouvernement, ont toujours plus de liberté, la population leur faisant confiance parce qu'ils sont de "gauche" théoriquement. Comme je l'avais affirmé il y a presque un an, Hollande est le candidat idéal pour faire une grande purge libérale, sauce Thatcher, avec trente ans de retard. Et la crise couplée aux idéaux néolibéraux profondément ancrés dans la population, grâce en grande partie à une propagande constante ces dernières décennies, va pouvoir faire son œuvre et permettre aux pseudo-socialistes de démanteler les derniers restes de l'état providence.

 

De la crise de la France à la fin de l'euro



Nous pouvons donc déjà prévoir la suite du scénario même si certains se complaisent à croire que la prochaine élection présidentielle pourrait produire des surprises. Le fait est que pendant une crise les populations ont plutôt tendance à se tourner vers le conservatisme surtout lorsque la crise est encore relativement lointaine comme c'est le cas en France. Je rappellerai au passage qu'en Grèce ou en Espagne, pays où la crise est largement plus violente qu'en France, il n'y a toujours pas de révolte ou de montée de partis insurrectionnels. On a toujours au pouvoir les partis centristes qui sont pourtant entièrement responsables de la crise. Il est long le temps de la révolte des peuples. Nous ne nous dirigeons donc probablement pas vers un effondrement qui sera provoqué par une crise politique tout du moins à court terme. La passivité politique de nos concitoyens rendant ce type de réaction fortement improbable, il y a d'ailleurs fort à parier que nos élites du centre en ont pleinement conscience. Elles jouent de leur cynisme parce qu'elles sont persuadées à juste titre que la population ne réagira jamais à leurs provocations. Encore une fois, les peuples ont les élites qu'ils méritent. C'est la dépolitisation de ces quarante dernières années qui ont permis la dégradation qualitative du personnel politique. La crise actuelle n'est que le résultat d'une absence de démocratie produite en grande partie par la hausse du niveau de vie et l'effondrement des croyances collectives pour reprendre la terminologie des analyses Toddiennes.



De fait, il ne faut guère espérer des prochaines élections. Nous aurons comme d'habitude un match PS/UMP ou peut-être un trublion bien utile pour faire croire au choix du type MODEM ou FN. Un faux choix en réalité puisque le gagnant électoral sera toujours l'UMP ou le PS,  quel que soit l'opposant en face. Il faut se faire une raison dans les conditions actuelles du fonctionnement de nos pseudo-démocratie, tout changement réel par les urnes est hautement improbable. C'est justement à cause de cela d'ailleurs que nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Si le changement avait dû avoir lieu par les urnes cela fait longtemps qu'il serait advenu. Car des alternatives par le passé il y en a toujours eu. À l'image de Chevènement en 2002. Mais elles n'ont jamais réussi à se faire entendre ou à monter au pouvoir le panem et circenses maintenant en l'état les rapports de force politique. Il faudrait un degré de souffrance sociale et économique largement supérieur pour qu'un changement survienne, mais même dans ce cas cela ne signifierait pas pour autant que le changement produit par cette souffrance serait bon. Il suffit de regarder l'état des révolutions arabes et leur conclusion pour voir que les révoltes ne mènent pas toujours vers plus de rationalité au pouvoir c'est même souvent l'inverse.



Le seul changement sur lequel nous puissions réellement compter est l'explosion du système mue par ses propres contradictions. La grande mécanique absurde de la mondialisation est en réalité sa meilleure ennemie. Comme le dit si bien Todd les néolibéraux se fracassent contre le mur des réalités. Ce sont ces réalités qui produiront le changement, bien plus surement que le sursaut du peuple français. Un peuple dont on a des difficultés aujourd’hui à voir la grandeur, tant il est devenu amorphe politiquement parlant.



Le déclencheur de la crise finale de l'euro c'est bien la France qui va la produire. La montée au pouvoir des socialistes signera la fin de l'UE, non pas parce que ces derniers auraient muté vers l’euroscepticisme, mais bien au contraire parce qu'ils voudront sauver l'Europe à tout prix. « Plus d'Europe »est ainsi le meilleur moyen pour nous d'obtenir rapidement «  plus d'Europe du tout ». On imagine déjà les remèdes de cheval néolibéraux que les socialistes concoctent en secret loin des plateaux TV ou on laisse croire encore, aux naïfs, que Hollande veut sauver le soldat ouvrier français. Alors qu'il n'en a rien à faire depuis toujours. À ce titre il est probable que le seul tort aux yeux des pseudo-socialistes de l'officine néolibérale type Strausskanienne Terra Nova est sa trop grande honnêteté vis-à-vis du public. Ce think tank révélant la pensée profonde d'une grosse partie des élites socialistes. Une pensée que l'on peut résumer par : « les Français on s'en fout pourvu que nous et nos copains sociologiques on soit au pouvoir ». Ne vous inquiétez pas dès que l'occasion se présentera, Hollande fera un grand discours plein de trémolos dans la voix nous indiquant que c'est à contrecœur, nécessité faisant loi, qu'il renonce à tous ses projets . Projets qu'il savait pourtant pertinemment irréalisables sans une remise en cause de l'euro et du libre-échange.



Et c'est tant mieux puisque c'est bel et bien en contractant la demande française par des politiques dites de réduction des dépenses que la crise de l'euro atteindra son point de non-retour. Les socialistes se jetant à corps perdu dans les politiques de déflation salariale à l'allemande ils provoqueront une grave crise outre-Rhin. C'est que la France est la première destination des excédents allemands. Pour tout dire les excédents allemands vis-à-vis de la France permettent à ces derniers de cacher l'énorme déficit commercial qu'ils ont avec la Chine. Si les excédents allemands dans la zone euro s'effondrent par la faute d'une germanisation des politiques salariales des pays latins , le roi germanique se sentira bien nu et tout aussi désindustrialisé que ses pauvres voisins. De fait, la crise en France provoquée par la future politique de Pierre Hollande... ou de François Laval, je ne sais plus, provoquera la crise terminale de l'euro. Le rebond du chômage en Allemagne vers fin 2013 poussant alors le nationalisme allemand à mettre fin à l'existence de la zone euro. Les Allemands, nourris à l'idée qu'ils seraient victimes et non-bénéficiaires de la structure de l'euro, finissant par provoquer une politique contraire en réalité aux intérêts allemands. Ce scénario, j'en avais déjà parlé, mais il me semblait opportun de vous en rappeler les hypothèses de base. De fait, la fin de l'euro sera plus le fait des contradictions entre la vision des intérêts des élites des différentes nations européennes que du fait des révoltes populaires. Il n'y a plus guère qu'en Islande que la démocratie a encore un sens sur le vieux continent. Si tant est qu'elle ait déjà réellement existé dans un pays d'Europe.



Découplage de l'économie-monde

 

La suite du scénario est déjà plus difficile à écrire. L'effondrement du château européen mettant fin au statut dominant des idées qui la portaient, la crise politique pourrait être totale. Il n'est pas certain que le prochain président puisse d'ailleurs finir son mandat à terme tant les remous seront importants. La fin de l'euro n'étant pas préparée elle provoquera une grave crise. D'autant plus que les élites au pouvoir continueront de pratiquer leur chère politique de contrition salariale dans un contexte de dévaluation compétitive. N'ayant aucune conscience du fait que l'équilibre entre l'offre et la demande ne peut pas être le fruit des seuls mécanismes du marché, elles continueront inlassablement à dégrader la situation économique du pays. Un peu à l'image des guignols qui dirigent actuellement la Grande-Bretagne, pays libre monétairement, mais enkysté dans la dogmatique néolibérale.

 

En supposant tout de même qu'un soupçon de raison puisse un jour guider notre nation, nous pourrions tout de même esquisser quelques pistes. La fin de l'euro entrainera en premier la fin de l'illusion d'un monde sans nation. Monde qui n'était d'ailleurs rêvé qu'en Europe. Ailleurs dans le monde c'est bien au contraire la nation qui triomphe partout. L'incapacité à penser autrement l'avenir qu'en terme d'uniformisation/américanisation cessera probablement d'être et c'est très bien ainsi. C'est plutôt une bonne nouvelle. Cette fin du dogmatisme uniformisant remettra les peuples d'Europe devant une évidence que jamais ils n'auraient dû oublier, nous sommes tous différents et il en va de même des peuples qui ont des histoires, des démographies, des us et coutumes différents. Ces différences si elles sont dangereuses lorsque les peuples se partagent une même frontière peuvent être un enrichissement mutuel si justement la différence est acceptée par l'existence d'une frontière partagée. Car seule la frontière permet à ces différences d'exister en même temps. C'est la frontière qui rend la différence soutenable. L'exemple le plus simple et le plus matérialiste étant la différence en matière de fiscalité. Seule la frontière permet à des peuples voisins d'avoir une fiscalité différente. En effet sans frontière sur les capitaux, ces derniers vont systématiquement vers le lieu où la fiscalité est la plus basse interdisant par là même toute possibilité de choix aux nations qui doivent s'aligner sur l'imposition la plus basse. Un jeu de concurrence fiscale dont les fondateurs des traités sur la libre circulation des capitaux avaient pleinement conscience.

 

Les Européens à cause de la crise redécouvriront que l'autre ne peut exister que s'il existe une frontière, une limite qui définit le champ d’exécution d'une politique. La démondialisation ou plutôt ce que j'appelle le grand découplage de l'économie-monde permettra à nouveau l’expérimentation économique et sociale. Il n'y aura plus un modèle, mais une multitude de modèles tous disparates et fondés sur des principes différents en fonction des cultures et des visions locales de ce que doit être une société. Les peuples d'Europe penseront à nouveau l'économie dans le cadre de leur propre culture, et non plus dans l'idée de faire comme le voisin. En France le rôle naturel de l'état devrait revenir, la France n'existant pas sans son état, après tout c'est l'état monarchiste qui a fait la France contre les féodalités locales. Sans politique nationale de grande envergure, il n'y a rien qui se passe en France. Que ce soit dans la recherche scientifique, l'industrie ou même l'agriculture. Le laissez-faire libéral est particulièrement inadapté à la mentalité française. Dans ce cadre nouveau, le but principal devrait être le plein emploi. Quelle que soit l'inflation, tout en se fixant une balance des paiements à l'équilibre. Une équation qui ne peut être obtenue que grâce à des plans de relance massive , couplée à des dévaluations et à un protectionnisme douanier. Les quotas ont naturellement ma préférence puisqu'ils sont insensibles aux variations du taux de change. Une inflation à 5% pendant quelques années ne serait pas nécessairement une catastrophe si les salaires suivent. Un retour à l'indexation de ces derniers pouvant garantir un maintien, voir une élévation du pouvoir d'achat salariale. On aurait ici un mécanisme indolore de transfert des revenus des capitaux et de la rente vers le travail et l'investissement.

 

  Le retour de la maitrise de la monnaie nationale nous permettrait des innovations en matière économique. Ainsi pour nous réindustrialiser on pourrait consentir des prêts publics à taux zéro aux entreprises du secteur industriel pendant quelques années, ce qui avec une inflation élevée reviendrait pour elles à emprunter avec des taux d'intérêts réels négatifs. Au passage le remboursement de la dette publique serait grandement facilité par une inflation élevée. La fin de l'euro n'est pas la fin du monde, c'est au contraire le début d'un nouveau. Nous tournerons alors enfin la page de la Seconde Guerre mondiale et de la domination américaine sur le continent européen. Nous redeviendrons enfin des acteurs de l'histoire le jour ou nous aurons cessé de croire que celle-ci à une fin.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

machine a sous 16/08/2012 10:09


La mondialisation va être très dangereux pour nous. Je pense que nous devrions diminuer globization par tous les moyens.

clovis simard 28/04/2012 13:03


Blog(fermaton.over-blog.com),N0-16. -THÉORÈME DE KONDRATIEFF -LA CRISE FINIE ?

olaf 08/02/2012 22:10


Je ne suis par très pro Merkel, mais l'Allemagne est en train de réorienter ses exportations hors Europe et a préparé tout le dispositif nécessaire, industriel, diplomatique...


Pour ma part, je suis aux premières loges, puisque je participe à son innovation industrielle et à la réduction de ses coûts de fabrication, sans pour autant en passer par des baisses de
salaires. Après 4 ans ici, le minimum à dire, c'est que ca booste fort. Il y a une capacité à mener de front un grand nombre d'améliorations notoires et une forte ouverture d'esprit.


A côté de ce que j'ai connu en France, c'est sans comparaison.


Comment se fait il que l'industrie automobile allemande soit en progression par rapport à celle francaise ? Pourtant, même monnaie, et délocalisations idem pour les deux.


 


 


 

Christian 08/02/2012 14:55


Vous injuriez avec plus de délectation que de correction orthographique le peuple français apathique et invertébré dont la grandeur vous échappe, tout en vous contentant de taper des diatribes
grammaticalement incertaines du fond d'un fauteuil moelleux - au lieu de prendre le maquis, de mettre le feu aux institutions, de prendre les palais d'assaut. Vous êtes une larve aussi, si je
dois en croire votre propre grille d'analyse ? Ou ce qu'on appelait un rossignol de l'arrière pendant la Grande Guerre. Aux armes, citoyens ! Je vous regarde faire !

D.T 06/02/2012 23:11


L'euro à peut être survecu grace à la planche à billets de la BCE. Tellement condamnée par ailleurs...


Je n'ai pas assez de connaissances alors je me pose la question. En supposant que les banquiers de la BCE se resignent à voir l'euro baisser et que la population européenne accepte une sorte de
servage en vivant de moins en moins bien,  est ce qu'en monetisant juste ce qu'il faut de dette pour eviter les defauts de paiement l'euro pourrait il survivre indefiniment ?