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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 16:25

image003C'est la question que l'on peut se poser après la dégradation-surprise de la note de la dette américaine. Cette annonce fait l'effet d'un coup de théâtre. Même si, en réalité, l'on pouvait être surpris par la très grande tolérance, dont des agences de notation, on fait preuve vis-à-vis de la situation catastrophique des finances des USA ou de leurs cousins britanniques. Parce que ces pays ont en réalité des situations tout à fait comparables sinon plus dramatiques que celle du Portugal ou de la Grèce. Leur seul avantage est en réalité la possibilité de dévaluer, mais c'est justement ce que des investisseurs peuvent craindre lorsque ces dévaluations sont fortes et prolongées. Or il se trouve que pour sauver l'industrie US ou britannique, ou ce qu'il en reste, les monnaies respectives de ces nations devront fortement se dévaluer, et sur une longue période. On comprendra donc pourquoi les investisseurs peuvent s'inquiéter pour la valeur de leur titre de dette américain. Dès lundi on pourrait donc assister à une vente massive de ces titres désormais pourris. Pour empêcher cela, la Fed et le gouvernement américains seront dans l'obligation d'augmenter les taux pour rendre leurs titres de dettes toujours attractifs. Et cette augmentation des taux aura un cout extrêmement important pour le budget US, un budget qui est déjà fortement dans le rouge. Avec la pression du parti républicain et la faiblesse d'Obama il est impensable que les USA entrent en rupture avec le modèle néolibéral. On assistera donc à des coupes budgétaires énormes et à une compression de la demande sans précédent aux USA. Les conséquences se feront vite sentir sur le commerce extérieur et les importations, ce qui devrait mettre fin à leur rôle de consommateur ultime de la planète. Aucune région du monde ne voulant consommer pour les autres, on devrait rapidement se retrouver avec une dépression mondiale, celle qui a été évitée de justesse en 2008 grâce justement à ces politiques contracyclique et aux injections monétaires des USA. Il ne faut jamais oublier que dans un système économique mondial les exportations des uns sont les importations des autres et que par conséquent les déficits extérieurs importants des USA sont la source des excédents chinois ou allemands. Il n'y a pas de bon ou de mauvais élèves, il y a juste une structure économique mondiale totalement absurde qui contient en elle même les germes de sa propre déliquescence. Une économie-monde qui maintient des déséquilibres, et permet à certains de faire leur croissance au détriment d'autres régions du monde ne pouvait que conduire à la catastrophe. Il est maintenant difficile de continuer ces contradictions sous un tas de dettes privées ou publiques.    

 

Les conséquences pour l'économie mondiale

 

Dans cette affaire, il faut bien comprendre qu'il n'y aura pas de gagnants contrairement à ce que certains commentateurs affirment. Ainsi l'on dit que cette affaire va renforcer la Chine, c'est bien mal connaitre la réalité des interdépendances que son modèle d'expansion a construit avec les USA. La Chine est très loin de pouvoir se passer de la demande américaine ou européenne. Il semble pourtant que les autorités de Pékin, enivrées par leurs illusions passablement nationalistes, se croient plus fortes qu'elles ne le sont en réalité. La croissance actuelle de la Chine doit beaucoup aux divers plans d'injection de liquidité de Barack Obama entre 2008 et 2009, et aux multiples plans de relances que les puissances occidentales ont pratiqué. L'abandon de ces politiques pour cause d'endettement aura nécessairement des répercussions catastrophiques sur l'économie chinoise. D'autant que les plans de relance de la chine sont extrêmement inflationnistes notamment sur les denrées de bases, la structure productive chinoise étant une structure de pays lourdement exportateur. La Chine n'est pas l'Amérique de 1929, l'essentielle de sa production est exportée, et les besoins des Chinois de bases sont assez éloignés des biens que produisent massivement les industriels chinois. En cas de disparition de la demande occidentale, les plans de relance chinois en vue de pallier à ce manque à l'export relanceront surtout la consommation de produits de base. Produits sur lesquels il faut attendre une très forte inflation, car les usines auront du mal à suivre. À l'inverse cela relancera à peine la consommation des produits gadgets qui sont surtout exportés au Japon, en Europe et aux USA, le chinois moyen voulant l'eau courante avant d'avoir l'iPhone. Par ailleurs, l'on sait que la Chine est déjà en proie à une énorme bulle spéculative dans l'immobilier et les infrastructures. Le taux d'épargne délirant et le surinvestissement risquent de rendre caducs les plans de relance du gouvernement. L'arrêt de la consommation occidentale sera donc extrêmement violent pour l'économie chinoise. En espérant toutefois que cette situation ne pousse pas l'oligarchie en place à se lancer dans des aventures militaires pour rester en place. On a déjà connu de telles situations en Europe.



L'Europe justement qui devrait-elle aussi en prendre plein la figure avec cet arrêt de la surconsommation US. La locomotive allemande devrait ressentir lourdement l'éventuel effondrement de la demande US. On l'a vu en 2008-09, le PIB allemand est celui qui a le plus reculé avec la panne de l'économie américaine. Qui plus est à court terme l'on pourrait assister à un renchérissement de l'euro face au dollar et cela malgré les difficultés de l'Italie, de la France ou de l'Espagne. C'est une course à qui tombera le plus vite entre l'euro et le dollar et cette dégradation de note devrait permettre au dollar de tomber plus vite, ce qui aggravera encore la situation explosive en Europe. En effet, il est de notoriété publique que c'est la forte valeur de l'euro qui condamne les pays méditerranéens de la zone euro à l'impasse. Et à l'effondrement de la demande US s'ajoute la multiplication des compressions des demandes internes dans la zone euro. On le voit donc, l'Europe devrait encore être la zone la plus touchée par la crise, car elle concentre toutes les politiques les plus mauvaises qui soient et accumule les tares. Monnaie forte, effondrement des exportations à l'extérieure, compression de la demande intérieure et course à la déflation salariale sous l'effet de maximisation de la concurrence entre états que produit l'existence de la monnaie unique. Il n'y a pas d'autres régions dans le monde, où l'on voit une telle concentration de politiques aberrantes. Les Américains vont souffrir, mais certainement moins que les Européens,car la baisse du dollar soulagera l'industrie US. L'Europe elle est condamnée par ses contradictions qui ne laissent aucune porte de sortie aux nations d'Europe, à moins d'une rupture radicale dont on a peine encore à imaginer la réalisation.



Dans le reste du monde, on devrait rapidement se voir dessiner des crises, mais aussi voir poindre le monde d'après la mondialisation. Le Brésil par exemple commence à vouloir détacher son économie du reste de la planète avec des mesures protectionnistes. L'incendie mondial devrait produire exactement le même phénomène que dans les années 30. Le protectionnisme et les frontières étant les seuls mécanismes permettant de rapidement reprendre le contrôle d'une économie trop imbriqué dans une économie mondiale ingérable. Le protectionnisme est le seul moyen pour permettre une régulation économique concrète. Loin des propos de principe qui font bien dans les diners, mais qui ne changent pas grand-chose dans le monde réel. Avec la fin du consommateur en dernier ressort, c'est l'idée même de mondialisation qui va petit à petit s'effondrer. Car c'est bien les USA qui permettaient à ce grand n'importe quoi de fonctionner. Ce sont les fameux déficits US qui ont maintenu la demande mondiale et permis à la mondialisation de fonctionner malgré ses contradictions. Sans eux l'économie monde issue du système de Bretton Woods ne peut pas marcher. Il n'existe aucune alternative sérieuse au rôle de régulateur mondial, même si la Chine se voit bien jouer ce rôle. On va donc assister à la démondialisation qui sera mécanique. Car soit les pays reprendront le contrôle de leur économie qui passe par un contrôle des frontières commerciales et par le contrôle monétaire et financier. Soit ils couleront et subiront les effets de la dépression mondiale qui se prépare. La seule inconnue est de savoir si la démondialisation se fera sur des bases nationales traditionnelles ou sur des bases un peu plus larges formées de groupe nationaux. Je pense personnellement que dans le cas des pays latins il serait intéressant de s'appuyer sur une Europe méditerranéenne comme je l'avais écrit dans ce texte. Des pays aux caractères similaires s'appuyant sur l'expérience ratée de l'UE et de l'euro pour éviter les erreurs pourraient tracer une alternative intéressante pour l'avenir.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

olaf 11/08/2011 10:13



http://www.atlantico.fr/decryptage/chine-crise-dette-europe-usa-yuan-evalue-152960.html



J. Halpern 09/08/2011 09:23



"Dès lundi on pourrait donc assister à une vente massive de ces titres désormais pourris. Pour empêcher cela, la Fed et le gouvernement américains seront dans l'obligation d'augmenter les taux
pour rendre leurs titres de dettes toujours attractifs."


Vente massive... pour acheter quoi ? Pourrioe ou pas la dette américaine reste la source la plus abondante de semi-liquidité ; et quand les bourses s'effondrent ce sont les bons du trésor qui
abritent les spéculateurs paniqués.



Damien 08/08/2011 23:44



Sans surprise le plan de Merkel et Sarkozy est tombé à l'eau...enfin pas complétement le cadavre flotte encore !


Leur tentative de le réanimer tous les 6 mois me fait penser a un conte surnaturel du 19ième je sais pus lequel...un mari perd sa bien aimé , la ressuscite , la perd une nouvelle fois , la fait
revenir puis voit revenir autre chose.


 



Damien 08/08/2011 23:27



@Olaf ,et son édito sur le conflit lybien ?Pour Barbier il y'a les guerres injustes comme celles d'Irak et les légitimes , indentifiables par "lucidité tricolore".


Et après c'est les souveranistes qu'on traite de nationalistes va t-en guerre.


Un économiste dans C Dans l'air nous a promit une 3ieme guerre mondiale en cas de sortie de l'euro et de non aboutissement du projet fédéraliste.


Certains décrivent cette attitude comme du souverainisme européen mais ce bellicisme constant les rapprochent plutot des nationalistes.



albert 08/08/2011 12:30



Il n’y a pas eu de lundi noir. La BCE achète des titres espagnols et italiens et les taux de ces deux pays baissent un peu ce matin. Donc pas
l’apocalypse annoncée mais rien n’est réglé pour autant, ça risque seulement de traîner encore un peu.