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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 15:32

        Le FN vient de connaître une rupture fondamentale, une de celles qui comptent vraiment car l'affrontement en Bruno Gollnisch et Marine Lepen ce n'était pas seulement une affaire de personne ou d'héritage, c'était surtout un combat entre deux FN, deux idéologies.  Marine Lepen est un personnage clivant au sein de l'extrême droite française, il suffit pour s'en rendre compte de regarder les réactions sur les sites affiliés au FN, le plus célèbre étant Fdesouche, pour comprendre que la fille du fondateur de ce parti n'a pas que des amis dans la structure du FN. On peut voir dans l'élection de Marine Lepen la victoire des électeurs du FN face à l'aristocratie qui le dirigeait jusqu'alors et qui l'avait fondé. Le FN est un parti qui a ménagé la chèvre et le choux depuis de nombreuses décennies, si ce parti a réussi pendant longtemps à peser électoralement ce n'était probablement pas à cause de ses idées racistes et xénophobes qui caractérisaient une grande partie de son intelligentsia, et cela Marine Lepen en a parfaitement conscience. Car jusqu'à cette élection le FN c'était surtout une structure, un programme  et des idées qui ne correspondaient pas forcement à l'électeur de base moyen qui votait pour lui. En ce sens ceux qui présentaient le FN comme un parti rassemblant les contestataires du système, plus qu'un parti d'adhésion avaient parfaitement raison.  Mais cette donne est semble-t-il en passe d'être changée.

 

      On votait pour le FN parce que le vote blanc n'était pas comptabilisé, et parce qu'il y avait aussi  un discours particulièrement agressif vis à vis de l'Europe et de la mondialisation. C'était une espèce de bras d'honneur fait à tout les biens pensant dont la morale verbale est en générale aussi forte que les effets des politiques qu'ils prônent sont faibles sur leurs propres existences. On est d'autant plus pour la mondialisation et l'immigration, que l'on en subit pas les conséquences, il est toujours facile de faire de la morale verbale assis derrière un bureau et planqué dans un métier surprotégé avec une retraite et un niveau de vie garanti.  Il y avait bien sûr dans le paquetage idéologique du FN des propos et des idées limites en matière de racisme, et des amalgames sauvent puant, mais je ne crois pas que cela fusse jamais réellement le point qui faisait le moteur du FN électoralement. Et c'est une grave erreur d'analyse que de croire que les gens votaient FN uniquement pour les questions de délinquance et d'immigration, même si ces sujets sont important, comme le font les imbéciles de l'UMP qui tentent aujourd'hui de freiner la poussé de Marine Lepen en droitisant leurs discours.  Avec Marine lepen arrive un nouveau FN capable d'exorciser ses vieux démons, du moins dans le discours, et les technocrates débiles lui donne pourtant sans arrêt de nouveaux arguments de choix. Car après avoir laissé la nation, le protectionnisme, l'immigration et le discours anti-euro au FN voilà maintenant qu'ils lui laissent aussi la question de la laïcité qui est pourtant un des derniers socles de la république française.

 

Marine Lepen la seule dissidente a malheureusement être vraiment audible

 

      Et malheureusement il ne faut pas trop compter sur les médias pour freiner cette poussé de Marine Lepen, au contraire ils l'alimentent, soit en l'attaquant de façon tellement grotesque et ordurière qu'elle en ressort renforcée. Soit parce qu'ils n'invitent jamais les personnalités républicaines qui pourraient justement répondre aux angoisses légitimes des français  sur toutes les questions importantes, et ce, sans pour autant tomber dans l'excès et la caricature. A trop vouloir éviter les problèmes et les sujets qui fâchent, les médias et les hommes poltiques du centre ont fabriqué un monstre près à les dévorer. Car n'en doutons pas, elle en a les moyens, elle fait des scores dans les sondages absolument énormes, à une distance pourtant encore importante des élections. Contrairement à son père elle n'a pas de casseroles de la guerre d'Algérie ou des propos malheureux qui lui collent aux pieds. Bien sûr on continu à imaginer qu'il n'y a pas de poussé du FN pour se rassurer, j'ai même entendu Emmanuel Todd dans cet entretient le dire. Je crains qu'il ne se trompe ici, comme il s'est malheureusement trompé avec Nicolas Sarkozy et ce pour les mêmes raisons. Il pense que Marine Lepen se résume à son père et à ses idées qu'elle marque des points sur la stigmatisation des immigrés.

 

  Pourtant  Marine Lepen a un discours économique qui plait aux français et qui a le mérite d'une certaine cohérence quoiqu'on en pense. Elle rend public des thèses défendues par d'autres alternatifs y compris Emmanuel Todd lui même. Cependant elle a clairement  l'écho le plus grand dans les grands médias et un grand talent oratoire. Les gens l'écoutent et ils entendent des solutions à leurs problèmes qui ne sont pas impraticables contrairement aux discours marketing de l'UMP et du PS. Elle parle de la dette publique et de son effacement par monétisation, elle parle de protectionnisme, de régulation de l'immigration, elle parle de l'euro trop cher et de la nécessité d'en sortir. Son discours ne se fait pas sur la peine de mort ou l'avortement, ni sur les grandes lignes de l'extrême droite classique. C'est pourquoi elle est autant attaquée par des gens de son propre camp électoral. C'est surtout çà qui fait monter Marine. Et en plus elle tient un discours  républicain classique sur la laïcité, qu'une gauche qui s'est enfermée toute seule dans le piège multiculturelle ne peut combattre qu'à grand coup d'islamophobie. Marine Lepen est devenue dans l'imaginaire français la grande laïque face au communautarisme religieux ce qui est étonnant pour une candidate d'extrême-droite jadis catholique. Et cela Todd et une certaine gauche ne le voit pas, il est vrai aussi que Todd ne voit pas non plus la monté du communautarisme religieux ceci expliquant peut-être cela.

 

  A mon sens elle dit aussi beaucoup de bêtises et fait des confusions, elle vient par exemple de nous ressortir la vielle idée de l'étalon or. Quelque soit le respect que l'on peut avoir pour le général De Gaulle et Jacques Rueff qui l'avait conseillé sur cette question,voilà bien une chose qui serait catastrophique à l'échelle mondiale. Je l'avais longuement exprimé dans ce texte  d'ailleurs. Elle donne l'impression désagréable de manger à tout les râteliers alternatifs confondant parfois des idées contradictoires. Vouloir sortir de l'euro tout en prônant le rétablissement l'étalon or, tout seul dans notre coin, voilà bien une idée qui conduirait la France à la catastrophe.   A moins d'imaginer des monnaies se dévaluant régulièrement face à cette étalon qui de par sa nature stagnante empêcherait autrement toute augmentation pourtant nécessaire de la masse monétaire. Car si l'étalon or permet l'égalité dans l'échange, il est aussi un système qui casse complètement les politiques de relance et il produirait à l'échelle mondiale une déflation par manque de monnaie en circulation. Cependant ces approximations il ne faut malheureusement pas trop compter sur les journalistes pour les relever tant ils sont inaptes pour la plupart à l'usage de la simple raison. Et dans le personnel politique français ayant accès massivement aux médias, on ne voit pas non plus qui pourrait vraiment affronter Marine Lepen sur ces questions. Seul des gens comme NDA ou Chevènement le pourraient, mais le premier fait des scores infinitésimaux dans les sondages et le deuxième est trop âgé pour vraiment inquiéter la star montante du FN. Chevènement est d'ailleurs lui aussi pétrie de quelques contradictions à l'image du PS qu'il continuera à soutenir contre vents et marées, on entendra jamais le Che prôner la sortie de l'euro par exemple alors même qu'il en connaît parfaitement les effets négatifs. Les contradictions et les erreurs de Marine Lepen sont souvent techniques, là ou les erreurs de ses adversaires sont fondamentales, c'est moins grave mais cela traduit peut-être à mon avis un manque de fond qui provient d'un effet de communication ou d'une certaine malhonnêteté.

 

  Et là on en vient toujours à la grande question, Marine Lepen est-elle sincère dans ses propositions ou est-ce qu'elle fait du Sarkozy bis ou plus exactement du Guaino bis, c'est à dire une accumulations de propositions contradictoires visant à plaire à un maximum de monde sans se soucier de l'application. Veut-elle le pouvoir pour le pouvoir à l'image du président actuel, ou veut-elle vraiment sauver la France de la catastrophe qui nous pend au nez?  Difficile à l'heure actuelle de répondre à cette question, ce qui est sûr c'est qu'elle sera probablement la révélation politique de 2012 et les diverses crises qui pourraient se produire d'ici là ne feront probablement que la renforcer. On ne voit malheureusement pas poindre le début d'une alliance entre les républicains et les gaullistes que certaines avaient pourtant appelé de leur voeux. Ce serait pourtant la seule machine capable d'arrêter cette poussé et au passage de donner enfin un espoir électoral aux français. Peut-être que l'éventuel présence de DSK comme candidat socialiste ferait changer les lignes comme le dit Laurent Pinsolle sur son blog, le MRC de Chevènement ou le PG de Mélenchon renonçant alors à influer sur un PS définitivement libérale avec ce candidat. Alors peut-être une alliance DLR-MRC-PG pourrait naître et des espoirs avec, les écologiste sincères opposés au libre-échange et abandonnant leurs illusions d'Europe écologie pourraient même se joindre au cortège. Mais le plus probable est quand même une vampirisation de l'électorat potentiel de cette hypothétique union par le nouveau FN  maintenant débarrassé de ses boulets d'extrême droite. Alors resterait l'hypothèse d'un NDA ou d'un Chevènement essayant d'influer sur le FN, en le rejoignant par exemple, dans ce cas évidemment la capacité d'influence dépendrait tout de même des scores et du poids dans l'électorat.  Il n'est d'ailleurs pas impossible que Marine Lepen propose ce type d'alliance pour donner des cautions de bonnes intentions à l'électorat français le plus inquiet du poids grandissant du FN. De toute façon nous verrons bien ce que l'avenir nous réserve et la route est encore longue pour 2012 d'autant que la crise de l'euro risque entre temps de bouleverser le paysage politique.

 

 

 

 

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Published by Yann - dans politique
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Brueghel 19/01/2011 16:32



Affirmatif, André-Jacques. Je turbine sur le sujet en ce moment.


C'est le seul moyen de bien verrouiller le système et de rendre la la monnaie au peuple.



A-J Holbecq 19/01/2011 16:11



" sachant que c'est là que se trouve le noeud gordien de toute politique alternative"


oui, c'est fort bien dit.  


Je vais plus loin: le noeud gordien est dans le système d'émission de la monnaie par les banques privées: il faut en venir au "100% monnaie" !


 






Brueghel 19/01/2011 16:05



@Jardidi,


dire de Marine qu'elle ne fait que suivre les électeurs est gonflé.


En effet, elle s'est engagée sur le sentier perilleux de l'euro et de la création monétaire en conduisant les électeurs à la réflexion sur ces sujets graves. La facilité aurait été de continuer
sur les thématiques traditionnelles du FN. Ce qu'elle ne fait pas. Elle prend, ce faisant, un risque énorme de dérouter son électorat traditionnel et ses militants, mais elle le prend quand même,
sachant que c'est là que se trouve le noeud gordien de toute politique alternative.


@ André-Jacques,


je crois en effet que l'entourage de Marine a parfaitement compris la nécessité de monétiser par la Banque Centrale la dette énorme et impossible à rembourser sans détruire la totalité du système
social et les services publics. La BCE ne le fera pas, il faut donc rompre avec elle et les traités européens pour permettre de le réaliser France.


Quant à la classe politique, soit elle ne comprend rien, soit elle est achetée par le système. Il n'y a pas d'autre sortie réaliste du piège dans lequel notre nation est plongée que celle de
Marine.


Raymond Pollin disait que toute décision était un pari sur l'avenir. Dans ce cas, faites vos jeux !


 



A-J Holbecq 19/01/2011 14:29



@Yann


Même Artus le reconnait maintenant, il ne reste plus d'autre solution que la monétisation directe





http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=55914



Est-il mieux que les Banques Centrales monétisent directement les dettes publiques, ou qu’elles favorisent une monétisation indirecte par les banques ?

Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale a décidé de monétiser une partie importante de la dette publique directement (en mettant les Treasuries sur son bilan) ; dans la zone euro, au Royaume-
Uni et au Japon, la monétisation se fait indirectement, puisque ce sont essentiellement les banques qui achètent des titres publics ; il s’agit bien de monétisation puisque les banques
peuvent utiliser ces portefeuilles de dette publique pour se refinancer auprès de la Banque Centrale.

Quelle monétisation est préférable, celle directe par la Banque Centrale ou celle indirecte par les banques ?
- en cas de remontée des taux d’intérêt, s’il s’agit à la fois des taux courts et des taux longs, les comptes d’exploitation des banques et de la Banque Centrale se dégradent (détention
de portefeuilles d’obligations à coupon faible ; il n’y a pas de perte en capital pour les banques si les obligations sont logées dans le « banking book ») ; ceci peut inciter les banques
à accroître les marges de taux d’intérêt sur les crédits ;
- en cas de hausse des primes de risque de défaut souverain sans défaut, les banques ne perdent que l’opportunité d’avoir des coupons plus élevés (si les obligations sont dans le banking
book),
- en cas de défaut partiel (haircut), il y a perte en capital pour les banques et pour la Banque Centrale ; les Banques Centrales s’appliquent, les règles de la comptabilité privée, mais
elles pourraient compenser cette perte par une simple provision sans conséquence dans leur bilan. Les banques perdent des fonds propres, ce qui est grave, on le sait ;
- si les portefeuilles de dette publique des banques sont de grande taille, la Banque Centrale peut hésiter à remonter les taux d’intérêt, afin d’éviter de provoquer des pertes
insupportables pour les banques. Il y a donc mise ne place d’une irréversibilité des politiques monétaires expansionnistes ;
- l’effet incitatif (d’aléa de moralité) sur les gouvernements (sur les politiques budgétaires) est le même dans les deux cas (monétisation par les banques centrales ou par les
banques).

Au total, la monétisation indirecte par les banques nous parait beaucoup plus dangereuse que la monétisation directe par les Banques Centrales, ce qui est évidemment l’opposé de
l’opinion de la BCE.






 


et



http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=56172


"Pourra-t-on éviter une monétisation durable et complète des déficits publics dans l'OCDE?"


 


Il me semble que les économistes qui gravitent autour du FN n'ont pas eu besoin de moi pour s'apercevoir de ces évidences.


Ce qui est étonnant c'est qu'il a fallu attendre aussi longtemps, et ce que j'espère c'est que TOUS les autres partis vont finir par s'en apercevoir, de même que la nécessité de transformer
l'euro en "euro commun" (et là c'est moi qui ait suivi le mouvement simplement parce qu'il m'aparait que c'est la seule
solution là aussi)



Jardidi 19/01/2011 13:37



Une des choses qui peut faire douter de la sincérité de Marine Lepen est qu'elle se contente de suivre ses électeurs. Les plus fidèles, les 12 % de 2007, seraient largement issus des classes
populaires et ils sortent du rejet des immigrés. Elle ne fait que chercher à attirer les électeurs abandonnés par les fous furieusx du PS et de l'UMP.


Elle est dans l'air du temps, dans le conformisme de ceux qui n'en peuvent plus des partis dominants.