démographie

Jeudi 30 mai 4 30 /05 /Mai 23:09

 La crise économique que nous traversons n'a pas que des répercussions purement économiques. La révolution de la maîtrise de la fécondité des années 60 n'a pas eu comme seule conséquence la baisse tendancielle de la natalité dans les pays les plus avancés. Elle a aussi lié la fécondité des nations à des phénomènes autrefois découplées d'elle. En un sens pour la première fois dans l'histoire les crises et la vision du futur de la population ont une incidence directe sur la dynamique démographique des peuples. Il s'agit là d'un phénomène qui n'existait pas dans les années 30. Un phénomène qui aggrave d'ailleurs les effets de la crise à long terme puisque celle-ci entraîne maintenant la natalité à la baisse. Nous commençons seulement à concevoir que le contrôle des naissances n'a pas que des avantages pour les sociétés, mais aussi de nombreux inconvénients. Car avec la « maîtrise » vient aussi la responsabilité, nous savons bien en France à quel point une basse fécondité peut hypothéquer l'avenir pour longtemps.

 

La natalité US chute

 

Dans le graphique suivant, on voit très bien la corrélation qu'il y a entre la crise économique et la baisse de la fécondité. On pourrait d'ailleurs rajouter, que le chômage de masse trentenaire des pays ouest-européens, n'est pas pour rien dans la faible fécondité de ces pays. Même si l'économie n'explique pas tout. Il est clair qu'un fort chômage, couplé avec un pessimisme général, et à une facilité d'usage des techniques de contrôle de la fécondité, favorise la faible natalité. Le plus grave c'est que cette crise casse une petite remontée que l'on pouvait voir se profiler en Europe. Même l'Espagne avant la crise voyait sa natalité légèrement remonter. Mais si l'impact de la crise se fait déjà sentir sur la fécondité européenne, celle-ci étant déjà faible. La chute n'est pas aussi prononcée que dans les pays où la natalité était en apparence plus raisonnable.

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 Graphique provenant de la revue population et société n°498 de l'INED. 

 

L'on voit très bien sur les données du graphique de l'INED que c'est aux USA et en Islande que la fécondité a le plus baissé. Le cas de l'Islande est tout à fait représentatif des effets démographiques de la crise puisque s'il y a bien un pays qui a connu des déboires c'est bien celui-ci. On ne parlera pas ici des méthodes de sortie de crise de la société islandaise. Des méthodes qui n'ont malheureusement pas inspiré le continent. Elles étaient trop démocratiques et égalitaires sans doute. Mais il se trouve qu'avant la crise l'Islande connaissait une bonne hausse de la natalité qui avait même dépassé le seuil de reproduction avec 2,2 enfants par femme. Oui vous avez bien lu. L'Islande était un pays européen qui arrivait à avoir une natalité soutenable à long terme. Malheureusement, la crise a cassé cette ascension commencée dès le début des années 2000. Elle montre en tout cas qu'il est tout à fait possible pour un pays européen et développé de connaître une natalité normale. Nous ne sommes pas condamnées à la disparition démographique et à l'immigration de remplacement. En tout cas, nous ne le serions pas si nos politiques économiques n'étaient pas aussi folles.

 Evolution natalité US

 

 

Si le cas de l'Islande ou même de l'Irlande représente bien cette liaison entre économie et natalité, le cas des USA est plus discutable. À première vue pourtant ce pays subit un ralentissement de la natalité en corrélation avec la crise. C'est d'ailleurs cette baisse fait paniquer le New York Times dans un article récent paru à ce sujet. Les USA sont en effet extrêmement soucieux de leur croissance démographique. L'expansion démographique soutenant leurs visées expansionnistes sous-jacentes dans l'idéologie de leur "destinée manifeste". Il se trouve cependant que si la baisse de la fécondité américaine est bien corrélée en apparence à la crise ce n'est pas toute la population américaine qui est concernée. Comme vous pouvez le constater sur les graphiques qui suivent, c'est en fait surtout la natalité des Hispaniques qui s'aligne sur les pratiques en vigueur aux USA à l'occasion de la crise économique. Il est d'ailleurs bon de noter que si les USA ont souvent été montrés en exemple en matière de démographie et de dynamisme, le fait est qu'il devait l'essentiel de ce dynamisme à leur source locale d'immigration. Il était en effet étrange de voir des nations comme la Grande-Bretagne l'Australie ou le Canada avoir des taux de fécondité de l'ordre de 1,7 à 1,8 enfant par femme alors même que les USA dépassaient les 2 enfants par femme. Étant donné la proximité des structures familiales, historiques et économiques entre ces pays. Quelque chose ne collait pas. En fait, les WSAP avaient la même fécondité que leurs cousins d'outre-mer ou du Canada. C'est le fait migratoire sud-américain et principalement mexicain qui donnait cette impression de dynamisme.

 

 fécondité racial aux USA

La baisse de la part des naissances hispaniques indique une très forte baisse des naissances dans cette population. C'est de là que vient principalement la baisse générale de la fécondité US. Source : CDC

 

Mais c'est terminé, les latinos semblent enfin aligner leur fécondité sur celle des locaux. C'est d'ailleurs sur la baisse des fécondités des teenagers que l'on voit cet alignement des mœurs démographiques. Elle reste encore plus élevée que celle des blancs et des Asiatiques, mais l'évolution est tout de même spectaculaire en l'espace de 20 ans puisque ces naissances sont plus que divisées par deux. On peut finalement y voir le signe de l'intégration des Hispaniques quoique le Mexique a lui-même évolué en ce sens. Comme nous l'avions vu lors d'une analyse de la société américaine, la concentration hispanique dans certaines régions du sud est telle qu'imaginer une intégration est proprement ridicule. Cependant, il semble que sur le plan de la natalité la crise ait réussi une uniformisation du comportement démographique. Donc si la natalité a effectivement baissé aux USA cela concerne surtout les populations dont la fécondité était encore à un haut niveau avant la crise. Des populations n'ayant pas encore tout à fait passé la transition démographique. On peut ici supposer que cette population étant encore relativement jeune par rapport au reste de la population du pays elle peut plus facilement retarder l'âge de la première ou de la deuxième naissance. Un peu à l'image de ce qui s'est passé en Europe ou aux USA dans les années 70. Les blancs eux ont une fécondité plus basse, mais aussi plus tardive. Il arrive un moment ou l'on ne peut plus reculer l'âge de procréation, surtout si l'on est une femme. La plus grande résistance de la fécondité de ces populations tient probablement à cette réalité triviale.

 

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 La baisse de la natalité précoce chez  les hispaniques indique peut-être un mouvement réel d'intégration. 

 

L'étrange résistance démographique française

 

C'est peut-être d'ailleurs ce qui explique en partie du moins l'étrange résistance de la démographie française. Comme l'indique le premier graphique de cette analyse, la fécondité française semble mieux résister à la crise que celle des autres pays. La première explication qui vient est celle d'une crise pour l'instant moins grave dans ses conséquences pour la population de notre pays. Il est vrai que les conséquences de la crise en France ne font que commencer à arriver. Et que l'on ne verra vraiment si le pays résiste que lorsque les effets catastrophiques des politiques socialo-libérale feront doubler le chômage et chuter les salaires. On pourrait aussi citer l'état providence qui tant bien que mal amortit encore pour un temps les effets de la crise sur la fécondité. Il reste cependant clair que la reprise de la natalité que nous connaissons depuis l'an 2000 commence à s’essouffler alors que nous sommes encore assez éloignés du seuil de reproduction. C'est d'autant plus vrai d'ailleurs si l'on exclut la fécondité des populations d'origine étrangère en France.

 

L'arrivée des méthodes moderne de contrôle des naissances ont eu un effet dévastateur sur la démographie des pays occidentaux. Que l'on s'en réjouisse ou non, le fait est que l'on est passé d'une fécondité comme œuvre du hasard à une fécondité entièrement dicté par la contrainte de l'anticipation sur le futur. D'ailleurs, un coup d’œil rapide sur l'évolution de la fécondité française en dit plus qu'un long discours sur ce sujet. Avant l'introduction de la pilule dans les années 60, la natalité variait plutôt au grès des grands événements historiques. On pense évidemment à l'effroyable boucherie de 1914 et de la Seconde Guerre mondiale. Depuis l'effondrement des années pilules 1960-1970 la fécondité est plus liée à la situation économique. On voit d'ailleurs le court effet des plans de relance de 1981 puisque la natalité fait alors un bond qui a duré aussi longtemps que la politique pseudo-keynésienne du parti socialiste. On remarque également que la légère amélioration de la situation économique à la fin des années90 a également eu un effet positif sur les naissances. Cette simple analyse peut nous faire dire sans trop d'exagération que la relance de la natalité passe donc en grande partie d'une relance économique et d'un retour à l'espoir pour les millions de français qui sont anxieux lorsqu'ils pensent à l'avenir.

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Evolution à long terme de la fécondité française INED

 

 

Par Yann - Publié dans : démographie
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Samedi 24 septembre 6 24 /09 /Sep 22:35

famille.jpeg On ne parle plus que de lui. Notre démographe national, grand défenseur des thèses protectionnistes et pamphlétaire talentueux aux formules acerbes vient donc de sortir le livre de sa vie. Un livre qui résume la somme de travail colossale sur ses recherches concernant l'évolution des structures familiales et leur influence sur le comportement collectif des sociétés. Le livre vient de sortir et je n'ai pas encore le temps de le lire faute de temps, un temps qui d'ailleurs me manque pour écrire sur le blog comme vous avez dû le remarquer. J'espère pouvoir tout de même retrouver un rythme plus régulier au mois d'octobre. Pour en revenir à Todd il a donné plusieurs interviews sur son livre, dont une, sur France Info qui résume rapidement les propos du livre. On peut également visionner une conférence qu'il a donné au Japon cet été, et qui présente plus longuement ses travaux, même si l'écoute est assez pénible à cause de la nécessité de traduction en direct.

 

 

 

 

 Je suis les travaux de Todd depuis assez longtemps cependant pour savoir à peu près à quoi m'attendre dans ce nouveau livre. La grosse nouveauté est cependant celle annoncée par le maître lui-même. Il s'agit du fait que la structure familiale nucléaire de type ouest-européen serait en fait le système familial primordial, celui qui a précédé les structures familiales plus complexes du cœur de l'Eurasie.  Alors que l'on a plutôt l'habitude de penser que les structures familiales complexes, celles qui nécessitent des règles tacites de fonctionnement et qui lient tous les membres de la famille d'après un code, comme étant plus anciennes. Et bien d'après les travaux de Todd il n'en est rien. Les structures de familles complexes sont arrivées plus tard et leurs pratiques se sont diffusées à partir des cœurs les plus anciens de la civilisation la Mésopotamie et la Chine, pour se diffuser pratiquement à l'ensemble de l'Eurasie. Les pratiques familiales complexes se sont donc diffusées petit à petit comme l'ont fait les techniques, les langues, les idées, les religions, ou l'écriture. Elles ont ensuite remplacé une organisation plus primitive et plus ancienne, celle de la famille nucléaire. Une famille réduite au père à la mère et aux enfants.

 

 

Cette vision de la séquence de transmission des structures familiales conduit donc Todd à considérer l'Europe, qui est l'extrême ouest de l'Eurasie, comme étant le lieu où l'ancienne structure familiale a pu survivre grâce au relatif retard de la région dans l'antiquité et à son éloignement des points d'origine des premières grandes civilisations. Car pour Todd ces structures familiales complexes sont des « progrès » qui ont en réalité de gros inconvénients à l'échelle des collectivités nationales. Les structures familiales complexes protègent les individus des hasards de la vie bien mieux que les familles de type nucléaire cependant elles ont tendance ainsi à déresponsabiliser l'individu et à l'infantiliser. On retrouve étrangement ici chez Todd des arguments typiquement libéraux concernant les effets des liens collectifs vis-à-vis des comportements individuels. Penser que les liens familiaux rendent nécessairement irresponsable lorsqu'ils sont très importants à quelque chose d'étrange. Même si l'on peut convenir que des individus dont l'avenir semble tracé dès la naissance n'auront probablement pas à faire preuve d'une grande capacité d'autonomie. Todd emploie ces mots d'infantilisation notamment à l'encontre des hommes dans la structure familiale patrilinéaire qui constitue l'archétype des familles du centre de l'Eurasie. On peut aussi rajouter que ces structures familiales, lorsqu'elles abaissent le statut de la femme, nuisent au niveau d'instruction général de la société. En effet, on le sait depuis longtemps, c'est la femme qui joue un rôle central dans le niveau d'instruction des enfants. Une femme avec un niveau d'instruction faible aura tendance à ne pas produire une éducation d'un niveau élevé pour sa progéniture. De fait, un faible niveau d'instruction chez les femmes peut paralyser le niveau d'instruction général de la société.

 

 

Il n'en faut pas plus à Emmanuel Todd pour conclure que les systèmes familiaux trop complexes et antiindividualistes sont de puissants freins au développement de l'instruction et donc in fine au développement technique et scientifique qu'une société peut atteindre. Ainsi pour Todd la stagnation qui s'est produite autour de la Mésopotamie ou en Chine est le fruit des structures familiales locales qui se sont développées après le début de ces civilisations et qui ont petit à petit endormi ces sociétés. On est ici bien loin des explications habituelles certaines présentant le fruit de la stagnation du monde arabe par exemple comme étant le fruit de l'idéologie islamique peu portée à l'instruction et au changement. On peut parler des théories basées sur les contraintes géographiques et les changements écologiques ou encore des théories comme celles de Jared Diamond qui mettent en premier l'effet de concentration des pouvoirs comme moteur de la stagnation. Jared Diamond, biologiste de formation et enseignant de géographie qui a introduit dans l'analyse de l'histoire des sociétés les principes darwiniens de l'évolution pour atteindre une vision extrêmement intéressante. La multiplicité des civilisations et des peuples sur un territoire pouvant mieux résister au temps que les blocs monoculturels. À ce stade de la réflexion, et n'ayant pas encore lu cette œuvre monumentale de Todd, je dois admettre mon scepticisme concernant l'hypothèse todienne. Car si les structures familiales peuvent sans doute entrer en compte dans l'orientation générale d'une société, on ne peut pas non plus réduire l'histoire humaine uniquement à cette donnée. On peut d'ailleurs ici se demander si Todd ne finit pas par devenir le miroir de ses ennemis économistes qui résument l'histoire humaine à la seule dimension économique. Todd lui la réduirait à la seule question des structures familiales.

 

 

 

L'avance historique de l'Europe, une simple affaire de structure familliale?  

 

 

On pourrait cependant faire fusionner les visions d'un Todd avec celle d'un Jared Diamond. Et pour cela parler par exemple de l'Europe comme terrain d'application. Pour Todd si l'Europe a continué d'avancer pendant que le reste de l'Ancien Monde civilisé pourtant largement en avance, c'est essentiellement parce que les peuples d'Europe n'ont importé du reste du monde que les pratiques , les techniques, les idées et la religion tout en laissant de côté les structures familiales. De fait, l'Europe de l'Ouest aurait gardé les structures primitives de la famille nucléaire tout en acquérant l'écriture et les techniques des autres civilisations. Comme la famille nucléaire est plus libérale et laisse aux individus une plus grande marge de manœuvre dans leur vie et leur choix personnel, cette liberté aurait permis aux sociétés européennes d'avancer pendant que les sociétés à structure famille moins libre se mirent à stagner. Première remarque, le développement européen au tout début s'est fait essentiellement par la domination de Rome et par l'influence gigantesque de la civilisation grecque. Or ces deux civilisations n'étaient pas connues pour avoir un statut de la femme très élevé. Athènes n'était pas un parangon de vertu féministe que je sache, on dit pourtant que les Athéniens ont tout inventé de la philosophie, aux mathématiques, en passant par le théâtre. On peut évidemment dire que les Grecques ont bénéficié de l'influence de la Mésopotamie dans leur développement et c'est certain, mais ils ont tout de même ajouté une bien belle œuvre au patrimoine humain. Cela tout en étant une société à structure patriarcale et avec comme caractéristique d'avoir une société extrêmement ethnocentrique à famille souche. Todd en avait d'ailleurs parlé dans Après l'Empire lorsqu'il cherchait des correspondances entre l'empire américain et les empires de l'antiquité. On peut donc avoir une société en progrès tout en ayant une société fortement patriarcale avec des structures familiales non nucléaires. Mais peut-être est-ce une affaire de plus longue période historique. Ensuite il est encore une fois curieux de voir dans l'argumentation de Todd l'un des socles de la pensée libérale à savoir que seule la liberté individuelle permet le progrès. Nous avons pourtant sous les yeux les effets de la libération totale des individus sur la société dans son ensemble. Qu'il faille une certaine liberté pour innover certainement cependant une trop grande liberté individuelle et la société devient non viable. On notera également que le travail collectif a joué souvent un grand rôle dans les découvertes scientifiques et qu'il nécessite d'autres qualités que l'individualisme et l'égotisme.

 

 

 

diamond Quoi qu'il en soit pour Todd c'est le fait que la famille nucléaire ait survécu en Europe qui a permis au continent de continuer à bouger sans tomber dans la stagnation technique. Chez Jared Diamond par contre, c'est la richesse des sociétés européennes, le fait qu'il y ait une grande variété de cultures, de langues et de pays différents qui ont permis au continent de continuer à avancer. En fait en suivant la vision de Jared Diamond, on pourrait dire que l'Europe a presque eu la chance de voir l'Empire romain s'effondrer. Si ce dernier avait survécu, l'Europe aurait somnolé comme l'Asie avec la Chine en son centre et nous en serions encore à vivre essentiellement d'une économie agraire en pensant que la terre est au centre de l'univers. C'est la compétition évolutionniste entre les peuples, les cultures, les nations qui a constitué l'essence même du développement européen. La diversité a garanti au continent la survie même en cas d'erreur d'une des sociétés participant à la compétition. Car lorsqu'un peuple se trompait de direction les autres continuaient à avancer, les plus faibles finissant par imiter les plus forts et ainsi de suite. La séparation des pouvoirs entre plusieurs entités et le fait que nulle nation ne pouvait à elle seule dominer le continent ont permis à l'Europe de continuer à évoluer. Il faut dire aussi que la géographie continentale se prêtait bien à cette séparation physique entre différentes entités. Il ne faut jamais oublier l'importance de la géographie dans la construction de frontières. Pour Diamond c'est donc cette émulation entre les peuples disparates d'Europe qui a permis cette longue avance technique et historique du continent européen.

 

 

 

On pourrait croire à première vue que ces deux visions sont opposées ou qu'elles ne sont pas compatibles. Pourtant à bien y réfléchir les thèses todiennes pourraient au contraire fortifier l'hypothèse de Jared Diamond. Todd nous dit en effet que les structures nucléaires ont survécu dans l'ouest Europe, pour faire court la France, la GB et l'Espagne. Mais on sait aussi que le continent européen a des peuples qui ont toutes les structures familiales de la planète. On retrouve des familles souches en France, en Allemagne, en Écosse. Des familles de type communautaire en Europe de l'Est en Russie, mais aussi dans le centre de l'Italie. En fait, le continent européen est la région du monde où il y a probablement la plus grande diversité de structure familiale au m². On pourrait donc compléter l'hypothèse de Todd ainsi. Ce n'est pas la famille nucléaire seule qui est à l'origine du maintien du progrès technique en Europe, mais la concurrence entre de multiples peuples aux structures familiales diverses vivant sur un territoire exigu et nécessitant à cause de cela une coexistence frontalière relativement équilibrée. Car il existe d'autres lieux dans le monde où la famille nucléaire existe et les exemples donnés par Todd ne montrent pas des peuples particulièrement avancés. Ce n'est donc pas tant le caractère libéral des peuples d'Europe de l'Ouest qui a fait avancer le continent que la confrontation permanente de structures familiales divergentes.

 

 

Mais allons plus loin. Ce n'est pas la nature des structures familiales complexes qui a paralysé l'Ancien Monde mésopotamien ou la Chine. C'est le fait qu'une structure familiale est devenue dominante et a détruit la diversité locale emportant du même coup les bienfaits de la diversité des modes de penser et d'organisation. De cette petite réflexion peut naître une grande inquiétude. Quel est l'avenir du monde si toute l'humanité développe une structure familiale du type nucléaire? Y aura-t-il encore du progrès lorsque nous serons tous américains ou français comme l'anticipe Todd?

 

 

 

Par Yann - Publié dans : démographie
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Vendredi 19 août 5 19 /08 /Août 22:36

surpopulation2.jpgNos médias n'ont pas manqué de faire figurer à leur une le chiffre de 7 milliards d'êtres humains sur terre. La dernière étude de l'INED semble avoir marqué nos grandes âmes qui s'inquiètent de la future surpopulation humaine que l'on nous annonce comme la fin du monde depuis la fameuse prise de conscience produite par le rapport Meadows, on parle aussi du club de Rome. Un rapport qui date de 1970 et qui révèle en réalité toute l'humilité que les experts devraient avoir lorsqu'il s'agit de traiter de l'avenir. Car en réalité la démographie humaine a ralenti bien plus rapidement que ne le prévoyait ce club dont on ne connait pas vraiment les objectifs, mais qui avait apparemment à cœur de ressortir ce pauvre Malthus de la naphtaline. Quoi qu'il en soit depuis cette pseudo-prise de conscience on entend toujours les médias s'inquiéter de l'augmentation du nombre d'habitants sur terre. Un raisonnement étrange en réalité tant les évolutions démographiques sont disparates suivant les lieux. Cette inquiétude démographique est étrange également dans le sens où ce sont les mêmes médias qui s'empressent expressément de trouver normal l'immigration de masse. Une immigration vendue officiellement pour pallier au manque de main-d'œuvre en Europe. Une baisse qui résulte pourtant d'une baisse de la natalité et du nombre d'habitants prôné lorsque les médias parlent à l'échelle planétaire. Mais il est vrai que les médias et la cohérence sont presque un oxymore. Il est vrai aussi que malheureusement les questions démographiques sont en générale aussi bien traitées que ne le sont les questions économiques, c'est à dire rapidement et avec un amoncellement d'idées reçues.  

 

 

L'affaire médiatique des 7 milliards d'habitants a éclaté avec cet article de l'INED, un article tout à fait classique sur cette question, un tableau avec des chiffres. Le plus drôle ce sont les réactions des journalistes sur ces chiffres, ou plutôt leurs obsessions sur certaines questions. Ainsi le Figaro s'inquiète-t-il de la démographie africaine. Et pour faire peur à tout le monde nous, donne le chiffre de 7 enfants par femme au Niger. Ce qui est drôle c'est qu'en allant visiter quelques sites à la moralité républicaine discutable, mes lecteurs comprendront lesquels, on voit rapidement des commentaires sur le Nigéria à 7 enfants par femme. Alors le Niger est un pays qui ne fait que 15 millions d'habitants, tandis que le Nigéria fait lui 150 millions d'habitants. Le poids démographique n'étant pas le même l'impact est très différent sur les lecteurs inattentifs, car on voit ici ressortir les peurs d'invasion sous-jacentes à certains propos. Je soupçonne d'ailleurs les médias d'alimenter ces peurs, pour faire monter l'audimat. On voit d'ailleurs des commentaires disant en gros avec la même délicatesse que l'ancien présentateur de France2 Pascal Sevran que "les noirs font décidément trop de gosses". Évidemment, rien dans les propos tenus dans nos médias de plus en plus réducteurs ne souligne qu'en réalité la natalité baisse, y compris en Afrique. Qu'un pays comme l'Afrique du Sud est déjà en dessous du seuil de reproduction, et que la natalité baisse depuis longtemps là-bas. Il n'y a guère de réflexion sur le fait que la transition démographique ce n’est avant tout qu'une baisse de la mortalité infantile plus rapide que la baisse de la natalité, en aucun cas un phénomène de hausse de la natalité. À la fin, nous le savons par expérience, les deux courbes de natalité et de mortalité se rejoignent. Il se trouve même que malheureusement l'histoire récente montre que rares sont les pays à avoir une natalité suffisante pour renouveler les générations, une fois la transition passée. Mais de cela les médias ne parlent pas. Il ne faudrait quand même pas contredire l'idée que demain nous serons 10 milliards, ce dont je doute fortement vu à la vitesse à laquelle la fécondité mondiale descend. En Europe la peur des invasions arabes notamment atteint aujourd'hui son paroxysme essentiellement à cause de la fécondité des pays du sud de la méditerranée. Une fécondité qui était encore assez élevée il y a 20ans. Sauf qu'aujourd'hui la natalité de la plupart de  ces pays rejoint les nôtres. Mais est-ce que l'on entend les médias parler souvent du fait que l'Algérie actuelle a un taux de fécondité inférieur à la France par exemple? Il semble que l'on veut faire croire que la transition démographique serait un truc de blanc, alors qu'il n'en est rien. C’est en Asie de l'Est , par exemple, que l'on trouve aujourd'hui la fécondité la plus basse du monde. 

 

Ne pas confondre surpeuplement et croissance trop rapide

 

Au-delà des étranges obsessions médiatiques et des oublis constants qui font croire que l'occident est une citadelle condamnée à être assiégée, alors qu'en réalité la planète vieillit et qu'elle va voir sa population baisser rapidement au milieu de ce siècle, il y a aussi une confusion entre la question du surpeuplement et celle de la vitesse de croissance démographique. Pour en revenir à l'Afrique ce continent est largement sous-peuplé, à titre de comparaison la densité d'habitant en Afrique est de 14 habitants au km², en France nous sommes à 105 h/km², en Allemagne ils sont à 230 h/km², et au Japon ils sont à 337 h/km². Et contrairement aux idées reçues, on n’étouffe pas au Japon, au contraire on y trouve de très belles forêts et un environnement tout à fait écologique (sauf peut-être autour de Fukushima ).  Donc l'idée que l'on se fait de la surpopulation est très déformée par l'esprit malthusien, aujourd'hui trop répandu, qui sous-estime grandement les capacités d'adaptation des agricultures et des façons de faire humaines. Il y a véritablement surpeuplement lorsque le nombre d'habitants est tel que l'agriculture locale est incapable de nourrir la population même en utilisant toutes les terres agricoles et toutes les capacités techniques disponibles pour répondre à ces besoins. Même la densité de population n'est pas un instrument suffisant pour réellement mesurer ou pas si une région est véritablement surpeuplée. Qui plus est un changement de méthodologie agricole peut très bien changer la donne et transformer une terre surpeuplée en terre sous-peuplée. Autrefois, l'humanité qui vivait uniquement de chasse et de cueillette ne pouvait en aucun cas dépasser les 50 millions d'habitants sur terre. Et puis il y eut la découverte de l'agriculture et la population explosa. Nous ne sommes jamais retombés à 50 millions d'individus par la suite. De la même manière, la première révolution agricole en Europe, celle dont Paul Bairoch pensait qu'elle facilita par la suite la révolution industrielle, permit à l'Europe de mettre fin aux famines, et lui permit de voir sa population augmenter à un rythme régulier. Simplement parce que l'on avait changé la façon de faire de l'agriculture. Ceux qui s'inquiètent de la fin du pétrole devraient se demander en réalité si bien au contraire nous n'allons pas inventer un nouveau modèle agricole tout aussi productif. Au lieu d'imaginer un retour aux anciens rendements, il faut voir si les nouvelles techniques ne peuvent pas nous faire avoir des rendements élevés même sans matière fossile.

    

Cependant, je ne suis pas en train de nier les problèmes que peut produire une démographie galopante. C'est la focalisation sur la densité de population et le nombre d'habitants qui, je crois, nourrissent un aveuglement qui nous empêche de réellement comprendre ce qui se passe. Une focalisation qui dans le même temps produit des peurs et des fantasmes assez dangereux pour le débat public. Les pays d'Afrique, pour parler d'eux, car c'est eux qui font peur, verront rapidement leur natalité rattraper la nôtre. On ne verra probablement jamais une Afrique à 4 ou 5 milliards d'habitants contrairement à ce que l'on peut lire parfois. L'Afrique sera vieille bien avant cela. Le gros problème de l'Afrique c'est avant tout la rapidité d'expansion produite par la violente transition démographique qu'elle a subi. La catastrophe économique africaine n'est pas tant dans la corruption ou la culture locale, que dans le déséquilibre entre le nombre d'actifs et d'inactifs produit par la violence démographique. Une violence qui, je le rappelle ici, n'est pas le fruit d'une hausse de la natalité, celle-ci ne faisant que baisser depuis longtemps, mais le fruit de la forte baisse de la mortalité infantile induite par l'introduction des savoir-faire modernes en la matière. La situation démographique africaine invalide au passage les théories qui lient systématiquement l'usage du pétrole et de l'énergie à l'expansion démographique. Ce ne sont pas les pays les plus riches qui croissent le plus vite démographiquement parlant. L'Afrique a un problème dans sa vitesse d'expansion. À titre de comparaison, l'Europe a connu comme vitesse maximale d'expansion une multiplication par quatre en un siècle. L'Afrique, elle, a connu une multiplication par dix pendant le vingtième siècle, aucun pays ou région du monde n'aurait pu se développer avec une telle expansion. Car il n'y avait pas de quoi améliorer les capacités productives locales ou de quoi investir suffisamment dans la jeunesse et dans la création d'activités. À cela s'ajoutent bien sur les ravages des politiques économiques absurdes, du libre-échange en passant par des régimes monétaires inadaptés.

 

Le problème c'est notre modèle énergétique, technique  et économique

 

Le fond d'inquiétude sur les questions démographiques est bien évidemment la question écologique. Mais la démographie n'a pas grand-chose à voir en réalité avec nos problèmes écologiques. C'est en vérité notre mode de penser et notre façon de nous organiser qui produisent les problèmes que nous connaissons. Nous ne serions qu’un milliard sur terre, les problèmes se poseraient probablement de la même manière, mais peut-être à plus long terme. Quoique dans un tel cas il y a fort à parier, que nous serions encore plus gaspilleurs. C'est avant tout parce que notre façon de nous organiser ignore parfaitement les contraintes naturelles que nous en arrivons à de tels amoncellements de contradictions entre économie et écologie. Croire qu'en étant moins nombreux nous résoudrions nos problèmes est simplement faire preuve d'égocentrisme. Car raisonner ainsi équivaut à se dire que l'on pourra prolonger encore un moment un mode de vie fondamentalement écocide. L'humanité doit enfin inclure dans ses calculs, dans sa rationalité, le cadre qui lui donne vie. Ce n'est pas en éliminant des humains que le problème pourra se résoudre, mais en changent les paradigmes économiques et technologiques qui font notre société actuelle.

Par Yann - Publié dans : démographie
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Vendredi 3 juin 5 03 /06 /Juin 15:59

 

Un article très intéressant vient d'être mis en libre accès sur le site de l'INED dans sa revue "Population et société". Il se porte sur la question de savoir qu'elle est l'influence de l'économie sur la dynamique de la natalité, car les démographes sont surpris par le maintien de la fécondité française malgré la crise économique qui sévit. Le bon sens pouvant nous faire penser que de tels évènements peuvent retarder les naissances comme cela s'est vu dans d'autres périodes en France. L'auteur s'étonne d'ailleurs de l'évolution française comparativement à celle des USA par exemple. En effet aux USA la crise a provoqué une forte baisse des naissances depuis 2007, une baisse de plus de 4% entre 2007 et 2009, et la baisse semble continuer en 2010 ce document provenant du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) montre l'évolution de cette baisse. En apparence, l'économie influence la démographie américaine, mais pas celle de la France si l'on se fit aux dernières données.

 

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 Ce que l'on remarque en premier dans l'article de l'INED c'est la complexité du lien entre la démographie et l'évolution économique. En réalité, il y a autant d'exception que de pays et de conditions historiques particulières.   Dans le cas de la France des années 70, on voit bien la similitude entre la crise économique et l'affaiblissement du nombre des naissances, mais dans des pays comme la Corée du Sud la bonne santé économique est accompagnée d'un effondrement des naissances à des niveaux extrêmement bas. Il est certain que l'économie influence la fécondité, mais les effets de cette influence divergent en fonction de la culture locale et de la façon de voir l'avenir des couples et des individus. Pour l'auteur de l'article, il semble que le lien est de l'ordre du retard des naissances, la crise économique pourrait avoir comme principal effet le retardement de la naissance de l'enfant. Ainsi, les démographes constatent une légère remontée des naissances dans l'ensemble des pays développés, la crise aurait freiné ce phénomène qui a commencé plus tôt en France qu'ailleurs. Le maintien de la remontée des naissances en France pourrait aussi s'expliquer par la crise continue que traverse le pays depuis trente ans. En effet, on ne peut pas indéfiniment retarder les naissances, de ce fait on assiste à une hausse des naissances chez les femmes les plus âgées encore en âge de procréer. Cette augmentation des "vieilles" mamans explique l'essentielle de la hausse de la natalité  depuis la fin des années 90. Cette natalité résiste à la crise parce que ces femmes n'ont plus le temps d'attendre. En revanche on constate toujours un recul de l'âge des mères pour avoir leur premier enfant ce qui dénote toujours un effet économique sur le choix des naissances. Les jeunes femmes préférant retarder au maximum la naissance à cause de leur situation économique.

 

Une telle explication de la résistance de la natalité française à la crise actuelle peut nous mener à imaginer un scénario de Baby-boom en cas de reprise économique. En effet si par hasard nos élites revenaient à la raison et s'attaquaient enfin aux problèmes d'emplois et de croissance du pays, nous pourrions assister à une forte hausse des naissances chez les plus jeunes qui s'ajouteraient au  rattrapage chez les femmes les plus âgées. C'est un scénario sur lequel on pourrait travailler, d'autant que j'avais expliqué dans ce texte "Et si on relançait la natalité" qu'une France de 100 millions d'habitants pour la fin du 21e siècle serait un objectif nécessaire à la reconstruction de la puissance française. 

 

Les USA, un cas très particulier

 

 

 Concernant l'évolution des USA par contre il y a quelques remarques à faire. Si l'on se plonge dans les étranges statistiques ethniques américaines, on comprend de suite que les effets de la crise n'ont pas été uniformément répartis sur toute  la population américaine. En premier lieu, je rappellerai ici que l'essentielle de la hausse de la natalité américaine de ces dix dernières années fut le fait de l'immigration. En général cette remarque est faite au sujet de la démographie française, mais quelques regards sur le nombre d'immigrés ou la répartition de la fécondité sur le territoire en France montrent que l'immigration n'a qu'une influence marginale sur la fécondité globale du pays, d'autant que nos immigrés voient leur natalité baisser rapidement. En réalité, cette image d'Épinal véhiculée par l'extrême droite colle beaucoup mieux aux USA qu'à la France. Comme on peut le voir sur ces données statistiques, les Hispaniques représentent déjà un quart des naissances aux USA et ils ont une natalité franchement supérieure à la moyenne. Ils ont d'ailleurs une fécondité supérieure bien souvent à celle de leur pays d'origine. C'est un phénomène d'autant plus étrange que ce sont en général des jeunes qui émigrent. Or la natalité du Mexique ou d'autres pays d'Amérique latine baisse énormément chez les tranches d'âge les plus jeunes et les plus éduquées. Ce ne sont pas non plus les aides qui expliquent ce phénomène les USA n'étant pas vraiment des parangons de vertus sociales et d'aides, y compris pour leur propre population. Pour les données il suffit de regarder les deux tableaux ci-dessous et provenant du bureau des statistiques américaines (un site très bien fait au passage).

 

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Le premier tableau montre que le nombre des naissances aux USA a stagné dans la population non hispanique, alors qu'elle a fortement augmenté chez les Hispaniques. Pour deux raisons, la première c'est l'augmentation du nombre d'immigrés tout simplement, plus le nombre d'immigrés augmente et plus il nait d'enfants en provenance du groupe hispanique. La deuxième explication c'est l'étrange augmentation de la fécondité des Latino-Américains qui passe de 2.73 en 2000 à 2.995 en 2007. Je dis étrange parce que leur taux de fécondité de départ était élevé en regard de nos standards. De plus comme je l'ai dit avant, la fécondité au Mexique et ailleurs dans les pays latins baisse rapidement, cette hausse semble donc être une anomalie. Pour ce qui est des "blancs" on constate un maintien de la fécondité à plus de deux enfants par femme. Le pays a connu son rééquilibrage démographique post-transition dans les années 80, avec un passage de 1.77 à 2 entre 1980 et 1990. Depuis la fécondité, stagne plus ou moins, même si elle semblait de nouveau augmenter entre 2006 et 2007. Cependant, il faut peut-être là se méfier des statistiques US et de leurs étranges catégories, des Hispaniques passant pour des "blancs" pourraient fausser ces chiffres.

 

 

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Mais cette hausse de la fécondité américaine semble s'être cassée en 2007 dates à laquelle s'arrêtent les statistiques précédentes. En effet comme je l'ai dit au début de cet article la natalité a baissé de plus de 4% depuis et continue dans cette direction. Certains y verront le même phénomène qu'en Russie après la chute du mur, la natalité russe était alors à l'équilibre elle chuta brusquement avec la période de transition économique. L'optimisme américain, que l'on nous vente sans arrêt, n'est donc qu'une fumisterie, les Américains sont tout aussi capable que les autres peuples de déprimer et de faire leurs Européens pessimistes sur l'avenir . Cependant, cette baisse n'est pas homogène aux USA. La baisse de la natalité touche plus fortement les Hispaniques que les autres catégories ethniques de la population comme le montre ce tableau du CDC. Les gauchistes y verront l'effet de la ségrégation raciale, les gens plus modérés y verront plutôt un effet lié à la différence d'âge moyen entre les latinos et le reste de la population.

 

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 Les Hispaniques semblent faire une transition démographique à l'occidentale, les jeunes femmes retardant leur premier enfant. Comme on le voit, les USA ont en fait une évolution à la française. Chez les femmes de 40-49, la fécondité a continué à augmenter alors qu'elle baissait chez les plus jeunes. Or la pyramide des âges étant plus large chez les Hispaniques ces deniers sont plus sensibles aux variations économiques puisqu'ils sont plus jeunes en moyenne que les autres "ethnies" du pays. En fait, le soubassement de l'évolution démographique est le même aux USA et en Europe. C'est la forte proportion d'immigrés dont l'évolution démographique est en retard qui crée ces différentiels d'évolution démographique à court terme. Sans ses immigrés la fécondité américaine n'aurait pas baissé avec la crise tout comme la fécondité française, les femmes américaines ayant déjà trop retardé leur natalité.

Par Yann - Publié dans : démographie
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Lundi 23 mai 1 23 /05 /Mai 16:00

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Un des débats qui reviennent les plus fréquemment la question de l'immigration et de la croissance économique qu'elle serait censée stimuler. C'est un débat qui existe aussi entre les alternatifs au système, et il est probable que chez les alternatifs le rapport à l'immigration départage ce que l'on pourrait appeler la droite et la gauche. Car on peut être contre l'euro et le libre-échange, mais en même temps être pour l'immigration, ou contre suivant l'opinion que l'on a de cette question. À titre personnel, j'essaie le plus possible de ne pas mélanger la question migratoire avec les questions économiques, même si l'on est obligé de le faire par moment. L'économie ne pouvant tout justifier et la réalité qui nous entoure ne se résumant pas à la seule question économique. D'ailleurs, il est probable qu'une grande partie des difficultés de l'occident et de la France actuelle provient de cette extension du domaine de l'économie à tous les domaines de la vie courante. Il n'y a pas un seul sujet sur lequel on n’est pas ramené à la question économique, y compris dans les choses les plus intimes de la vie. Pour moi, la question de l'immigration est une chose trop sérieuse pour être laissé aux seuls économistes, et sa justification ou sa critique ne saurait se faire que sur la question de l'intérêt économique.

 

 

Quoi qu'il en soit on ramène souvent la question migratoire à une simple question d'intérêt ou de cout économiques. Et le débat finit alors au ras des pâquerettes comme on dit, avec des politiques qui nous disent que l'immigration coute trop cher, qu'il faut l'arrêter pour cette raison. Et leurs opposants qui nous disent au contraire que c'est une chance formidable et que cela rapporte beaucoup d'argent à notre pays. Malheureusement comme nous allons le voir l'économie ne peut pas trancher cette question et c'est bien pourquoi il est stupide de résumer le débat sur l'immigration à une simple question d'intérêt économique. En ce sens, ce rapport que nous avons à l'économie est tout à fait révélateur du caractère sacralisé que possède désormais l'argent dans nos pays, il fut un temps où l'on pouvait justifier d'une politique avec autre chose que des arguments économiques, et bien plus maintenant. Les questions sérieuses sont toujours économiques, c'est étrange non ?

 

L'immigration, un intérêt qui dépend des conditions macroéconomiques du pays

 

 

 Mais raisonnons un petit peu comme un économiste pur et faisons fi des considérations comme la stabilité sociale du pays, les risques de communautarismes, les problèmes d'intégration, ou la question démographique. Parlons simplement en terme de question de calcul d'intérêt économique pure et considérons tous les hommes comme des pièces de Lego interchangeables. D'un point de vue purement comptable l'accroissement de la masse de la population peut tirer effectivement la demande intérieure du pays à la hausse. On peut même dire que l'immigration est une importation de population jeune et déjà formée. Donc cette augmentation ne nécessite pas les couts d'investissement nécessaire à la formation des jeunes. Il est donc vrai qu'importer des gens déjà former et en âge de travailler est un gain pur pour la société d'accueil. Les USA ont été représentatifs en ce sens que toute leur forte croissance au 19e et 20e siècle fut liée à la pompe aspirante qu'il était par rapport à la vieille Europe. Cependant l'expérience américaine va justement nous montrer les conditions économiques rendant bénéfique ou au contraire désastreuse l'immigration de masse. Car pour que l'accroissement de la population active produise bien les effets escomptés à savoir une accélération de la croissance économique il faut au préalable plusieurs conditions.



 

Pour que l'accroissement de la population active produise une hausse du PIB, il faut d'abord que cette nouvelle population active trouve à s'employer dans le pays en question. C'est une question de bon sens, car tout comme dans le cas d'un pays qui voit sa population active naturelle s'accroitre, il faut créer des emplois supplémentaires chaque année pour effectivement que le chômage n'augmente pas. Si la quantité d'emploi stagne alors que la population active augmente, vous créez mécaniquement une augmentation du chômage, et ce, même si la croissance est positive. C'est très exactement ce qui s'est passé durant les années 80-90 en France. Nous croyions alors encore des emplois, mais pas en nombre suffisant. De ce fait, le chômage grimpait continuellement. À l'inverse, un pays qui perd de la population active, mais qui maintient sa quantité d'emploi voit son chômage baisser. Maintenant, il y a aussi un lien entre la dynamique de consommation et la quantité d'emploi créé de sorte qu'un pays qui voit sa population baisser peut aussi voir sa demande intérieure baisser ce qui réduit la quantité d'emploi disponible. À l'inverse, il est vrai qu'un pays qui voit sa population augmenter verra les entreprises anticiper cette hausse et accroitre leurs investissements, donc la croissance et donc l'emploi. Tout ceci n'est pas aussi simple que ce l'on pourrait croire de prime abord.



 

La question est donc de savoir si cette augmentation de la population active va se faire dans les conditions permettant l'usage productif des nouvelles venues. Or là tout dépend du niveau d'investissement du pays, car pour produire des emplois il faut des investissements, il faut des entreprises prêtes à embaucher pour produire des activités de production, de service ou autre chose. C'est là que prendre la question de l'immigration uniquement sous l'angle économique de la demande est très risqué, ou trop réducteur. Car il ne sera surprenant pour personne d'apprendre que la France, par exemple, croule déjà sous un chômage excessif. Ce qui veut dire que nous n'investissons déjà pas assez en France pour donner de l'emploi aux natifs du pays. Et que ce non-investissement est tout à fait justifié du point de vue économique et des choix collectifs qui ont été faits. Puisque la France et la plupart des pays occidentaux ont décidé depuis trente ans de délocaliser un nombre croissant de leurs activités à l'étranger. De ce fait, les nouveaux entrants en France ou dans d'autres pays d'occident entrent en concurrence avec les habitants locaux pour des emplois en quantité fixe voir en contraction.



 

L'expérience des USA est d'ailleurs symptomatique puisque ce pays est passé du stade de l'immigration massive bénéfique à celui d'immigration massive couteuse en un siècle. Durant toute la dernière période du 19e siècle et du début du 20e, les USA attiraient les immigrés, mais aussi les capitaux, on oublie souvent de le souligner. D'autre part, ce pays était lourdement protectionniste leurs taxes à l'importation s'élevant en moyenne à 50% jusqu'en 1945. De fait, la circulation monétaire américaine se faisait en circuit fermé ou presque les nouveaux entrants étaient employés par les capitaux étrangers qui s'investissaient et qui augmentaient mécaniquement la masse monétaire en circulation. L'augmentation de la production, de la quantité d'emploi et du nombre d'habitants se faisait en parallèle et à un rythme permettant un certain équilibre et une forte croissance. On notera également que les USA étaient une terre vierge et peu exploitée, riche en terres fertiles, ce n'est pas le cas de l'Europe actuelle. Cependant avec la fin du protectionnisme et le début de la libre circulation des capitaux la machine américaine commença à se gripper. On le voit en analysant par exemple le nombre d'emplois créés depuis 2000 qui est proche de zéro en comptant la crise, alors que la population du pays et la population active ont continué à croitre. Dans ce cadre-là les immigrés aggravent la question de l'emploi et effectivement font pression sur les salaires puisque les employeurs sont largement avantagés en terme de rapport de force, l'emploi étant rare et la main-d'œuvre abondante. Il ne faut pas sortir d'une grande école pour comprendre alors pourquoi le patronat français ou d'autre nationalité aime tant l'immigration. Ce n'est pas pour des questions de solidarité lui qui cherche à tout prix à casser la solidarité nationale et l'état providence, c'est purement par intérêt économique.

 

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   (On le voit sur ces deux graphiques, la population américaine continue de grossir alors que l'emploi stagne depuis 2000. Il est difficile ici de présenter l'immigration comme nécessaire)  

 

On remarquera que ce que je dis est vrai aussi pour l'accroissement de la population active en général. Même si celle-ci est naturelle, c'est-à-dire le fruit d'une natalité supérieure au seuil de reproduction les effets sur l'emploi en période de sous-investissement seront similaires à celle de l'immigration. Plus grave même, puisque, en l'occurrence, les enfants il faut les éduquer et çà coute cher. Autre bémol que l'on peut faire face à l'immigration, c'est la sortie de capitaux du pays. Comme je l'avais déjà expliqué, les immigrés envoient chez eux des quantités importantes de dons et d'argent. Cet argent va circuler ailleurs que dans le pays produisant mécaniquement une contraction de la croissance qui doit être compensé autrement.

 

Si vous voulez des immigrés, soyez au moins cohérent

 

Que peut-on conclure de cette petite analyse ? Qu'il y a une contradiction fondamentale chez ceux qui prônent l'immigration tout en réclamant le libre-échange et la libre circulation des capitaux ! En effet, vouloir des immigrés signifie vouloir accroitre le potentiel humain du pays. Mais encore faut-il que ce potentiel soit utilisé, il en va de même pour ceux qui comme moi veulent relancer la natalité d'ailleurs. Pour que ces deux choses soient bénéfiques sur le plan purement économique, il faut au préalable mettre fin au libre-échange et mettre en circulation une masse monétaire proportionnée aux besoins croissants de cette masse humaine, elle aussi croissante. En réalité, ceux qui prônent le libre-échange total doivent pour être cohérents être totalement malthusiens. C'est-à-dire prôner une réduction des naissances et une réduction de la population active. En France, il nait un tiers d'enfant en trop pour que la quantité d'emploi actuellement disponible soit suffisante pour employer tout le monde. Si l'on est contre le protectionnisme et contre la hausse de la masse monétaire ou la monétisation alors il faut prôner une politique de réductions des naissances, mais aussi de l'immigration afin de réduire d'un tiers la population active arrivant chaque année sur le marché de l'emploi. Bien évidemment l'immigration étant essentiellement utilisé pour faire pression à la baisse sur les salaires, la morale n'est ici qu'une couverture, il n'y aura aucun dirigeant libre-échangiste à gauche comme à droite pour aller au bout du raisonnement.



On ne peut pas vouloir désindustrialiser le pays, faire partir les capitaux et privatiser la monnaie tout en prônant la hausse de la population et l'immigration de masse. Apparemment, ce type d'incohérence ne choque personne en France. On expatrie l'emploi à l'étranger, et dans le même temps on importe une main d'œuvre statistiquement inutile et l'on fait semblant d'être surpris des problèmes d'emploi que cela engendre. Un peu de cohérence enfin, si vous êtes vraiment pour l'immigration soyez au moins capable de comprendre que le libre-échange est dans ce cas extrêmement nuisible, pour ne pas dire criminel.

 

 

Par Yann - Publié dans : démographie
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