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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 16:49

 

Si l'affaire ne fait pas forcément grand bruit dans les médias. Surtout comparativement aux multiples affaires de divertissement sociales du terrorisme islamiste aux nombreuses divagations d'Éric Zemmour, elle est pourtant nettement plus importante et exemplaire. Il s'agit bien sûr de la question de la crise énorme qui sévit en chine sur la viande de porc. Il s'agit là d'un problème important parce que la structure libérale de notre économie et l'absence de frontières commerciales vont permettre aux crises de s'exporter chez nous. En ce sens, la crise du porc chinois est emblématique de l'absurdité de la globalisation commerciale. Une globalisation qu'on a eue de cesse depuis quarante années de nous vendre comme une immense opportunité.

 

 

Tout d'abord, rappelons une évidence, plus il y a d'échanges, plus il y a de risques de transmission de maladies. Cette évidence fait même craindre à l'OMS des épidémies de virus ou de bactéries d'ampleurs jamais vues dans les décennies qui viennent. On ajoutera d'ailleurs au passage que l'abus des antibiotiques produit lui aussi une montée en flèche des résistances aux bactéries que ce soit chez les humains ou chez les animaux d'élevage. Petite anecdote du même acabit, les cafards et les blattes sont en route pour une victoire contre l'industrie des pesticides et de l'humanité. En effet, on a appris cet été que de plus en plus de ces petites bestioles résistent à la totalité des pesticides connus. On imagine les ravages si une telle évolution touchait des ravageurs de cultures comme les doryphores.

 

Dans le cadre de l'élevage l'usage décomplexé des antibiotiques sous la pression du marché libre et de la dérégulation économique y entraînent même un usage extrême. L'on peut être sûr que si des super maladies apparaissent elles le feront d'abord dans le secteur de l'industrie agroalimentaire. Et la vitesse à laquelle se déplacent les populations et les marchandises aujourd'hui rend extrêmement difficile un éventuel contrôle de la circulation en cas de crise sérieuse à ce sujet. La crise porcine chinoise a ainsi des origines africaines, chose qui aurait été impossible il y a seulement 50 ans. De fait, la mondialisation n'a pas renforcé l'humanité, mais l'a globalement fortement affaibli d'une part en éliminant le partitionnement naturellement des populations qui était un frein naturel aux épidémies. Mais aussi en favorisant par les multiples échanges les mutations possibles et l'acclimatation de maladies et d'espèce ravageuses lorsqu'elles sont implantées par inadvertance dans des milieux qui leur sont étrangers. Les exemples en la matière pullulent. Il est d'ailleurs incroyable de lire des prétendus écologistes d'une part critiquer à raison l'implantation d'espèce invasive en dehors de leurs milieux naturels. Tout en ne faisant pas le même raisonnement sur le commerce, la démographie et les hommes. Car oui ce qui est mauvais sur le plan naturel l'est aussi pour les cultures et les sociétés, nous en avons un exemple avec l'importation du radicalisme islamique à travers l'importation de populations musulmanes.

 

La crise de la pomme de terre irlandaise au 19e siècle

 

Mais la crise la plus palpable que produit cet effondrement de la production porcine en Chine c'est bien évidemment son effet à travers les prix du marché. Ne nous y trompons pas, il s'agit là d'une prémisse des multiples problèmes qui vont apparaître dans les décennies qui viennent. D'une part à cause du libre-échange, ensuite parce que le modèle de développement économique actuel va produire des pressions de plus en plus fortes sur les ressources de la planète. De telle sorte qu'un jour ou l'autre la France va se retrouver face à une question lancinante et fondamentale. Faut-il nourrir les nôtres avant les autres ? L'illusion de richesse produite par le libre-échange qu'on pourrait qualifier de grand gaspillage planétaire a atteint ses limites. En promulguant le même modèle de développement pour la planète entière et en spécialisant des régions gigantesques dans telle ou telle production, il a mécaniquement créé d'énormes déséquilibres entre les sociétés humaines et leur environnement proche.

 

Cette uniformisation des concepts, de la façon de voir le monde, et de la manière de vivre entre en contradiction avec l'efficacité des systèmes naturels comme je l'avais expliqué dans un vieux texte de 2014. Les sociétés humaines réellement efficaces sont celles dont le système économique est encastré dans leur géographie et leurs contraintes naturelles. On mange du pain en France parce que le blé pousse très bien sur les plaines de la Beauce. On mange du riz au Japon parce qu'il y a beaucoup de rizières et que le climat y est propice. Les sociétés humaines et leur culture sont le produit de ces contraintes multimillénaires. Le libre-échange a cassé cet équilibre en permettant à n'importe qui de consommer n'importe quoi n'importe où. Créant des aberrations géantes comme les villes sans avenir du désert de Dubaï totalement énergivore et non viable sans un gaspillage énergétique monstrueux. Ou en faisant des petits Pays-Bas un énorme exportateur de fruit et légume en épuisant ses sols avec une agriculture totalement folle et dépendante du gaz local qui s'épuise. De la même manière, les Chinois et les Indiens mangeaient peu de viande parce que leur densité de population largement supérieure à celle de l'Europe de l'Ouest rendait cette consommation en masse impossible. Sans le savoir, les Indiens ne sont pas végétariens uniquement par croyance. Leur croyance les a poussés à se comporter de façon compatible avec leur environnement immédiat. C'est l'avènement de l'agriculture intensive et de l'usage de produit pétrolier qui a rendu momentanément possible ces changements dangereux. Rien n'interdit bien évidemment que des progrès puissent faire coïncider ce changement de pratique de consommation avec leur environnement. Mais à l'heure actuelle, c'est loin d'être encore le cas.

 

De fait, ces énormes pays importent de plus en plus de nourriture et font donc monter les prix de porcs dans le cas qui nous intéresse présentement. Cette affaire nous questionne donc sur l'intérêt pour nos pays à exporter nos denrées. J'ai souvent parlé sur ce blog des effets délétères du libre-échange dans nos capacités de production. L'importation massive de produits asiatiques, allemands ou d'Europe de l'Est a détruit une bonne partie des capacités de production française. Mettant ainsi la France sous la menace pure et simple d'une perte totale de capacité d'autonomie. C'est d'ailleurs vrai aussi sur le plan agricole tant les dégâts de l'euro sont catastrophiques pour nos producteurs. Mais les exportations sont également problématiques. En effet, exporter revient à caler les prix de production nationaux sur les prix mondiaux. Si demain les producteurs locaux ont plus intérêt à exporter qu'à vendre localement qu’adviendrait-il du remplissage des besoins locaux ? Comme on l'a vu dans le cas des médicaments où la France subit désormais des pénuries systématiques, il n'est pas à exclure que la France à l'avenir ait des pénuries alimentaires ou que l'inflation des prix mondiaux sous la pression chinoise entraîne une incapacité pour de plus en plus de français de se nourrir. Et cette question n'est pas nouvelle.

 

Au 19e siècle le libre-échange a entraîné la tristement célèbre crise irlandaise. Une crise où la Grande-Bretagne a préféré les dogmes du marché libre à la régulation des prix et à la nourriture des Irlandais entraînant une famine invraisemblable qui fit un million de morts et un million et demi d'expatriés vers l'Amérique . L'on a fait le procès du communisme et du nazisme il faudra un jour faire celui du libéralisme. Car si le communisme avait comme maladie les fréquentes inadéquations entre la production et l'offre le capitalisme dérégulé a des tares tout aussi graves qui peuvent produire la mort en quantité industrielle. Les états régulés d'après-guerre ont fait oublier les crimes du libéralisme qui s'est fait tout petit pendant trente ans, mais il est aujourd'hui de retour dans toute sa violence et ses conséquences.

 

Interdépendance et chaos structurel

 

Cette crise porcine va donc faire grimper le prix du porc en France alors que la France ne connaît aucun problème de production. Elle a surtout un problème de distribution avec une trop grande concentration des centrales d'achat produit de ce qu'il faut bien appeler le cartel de la grande distribution. Système qui favorise beaucoup trop les intermédiaires au détriment des producteurs et des consommateurs. Mais voilà un problème particulier résultant de la spécialisation débile de nations entières. Verra-t-on en 2025 ou 2030 une France crier famine pendant que les entreprises d'exportation se feront des valises de platine pour nourrir la Chine ? Croit-on sérieusement qu'une société qui tourne ainsi puisse être durablement stable et saine ? Le système de production d'une nation ne doit-il pas plutôt d'abord remplir les besoins locaux avant toute chose?

 

Autre problème, ces interactions de plus en plus complexes produites par le libre-échange et la libre circulation des capitaux entrainent une incompréhension de plus en plus grande de l'économie. Ainsi la récente crise des liquidités est advenue sans une réelle anticipation des autorités. Comme le rappelle l'économiste pourtant très libéral Bruno Bertez : « Le vrai problème selon nous, ce n’est pas le coté spectaculaire des masses en jeu, nous sommes habitués à tout cela et nous savons que les sommes que brassent le monétaire, le funding, les changes, les dérivés sont astronomiques. Non ce qui est absolument effrayant c’est de constater que personne n’a une explication crédible à avancer. » Un aveu pour un libéral que le grand mécano des marchés libres avait accouché d'un monde irrationnel et imprédictible.

 

Et pourtant c'est quelque chose de très connu en science de l'automatique par exemple. Une science qui consiste à modéliser des systèmes complexes et à les réguler en fonction de ces modèles. De fait pour qu'un système soit gouvernable il faut déjà être capable de modéliser le système en question. Plus vous avez d'entrées et de paramètres et plus la modélisation est difficile. Le pire étant probablement le climat bien que certains prétendent le comprendre parfaitement grâce à leurs prédictions apocalyptiques. Rappelons qu'un simple système à double pendule est chaotique par exemple. On voit ici que les apprentis sorciers de la finance qui croient maîtriser un machin aussi complexe que leur globalisation sont passablement prétentieux. Ensuite, il faut des entrées de commande dans le système pour le commander. Sur un système électrique, la régulation est faite souvent par la tension électrique ou la fréquence d'un signal. Dans le système économique, il n'y a guère que l'état et les banques centrales à pouvoir intervenir. Vous remarquerez que l'état a été éjecté de l'équation, ne reste plus que les banques centrales.

 

De fait, tout ce qui concourt à complexifier les interactions économiques tend à rendre le système de moins en moins gouvernable et de plus en plus chaotique. La crise porcine tout comme la pénurie des médicaments ne sont pas de simples aléas, ils sont le produit de ces dérégulations, de cette volonté de rendre notre système économique ingouvernable et donc chaotique. Certains bien évidemment y gagnent, mais pour la majorité le coût dépasse désormais largement les gains mêmes si une grande part de la population ne s'en est toujours pas rendu compte. Si nous voulons à nouveau être maitres de notre destin commun, si nous voulons rendre un sens au mot démocratie. Il faut donc rendre à nouveau intelligible les interactions économiques, et donc rendre gouvernables notre société. Il est plus que temps de minimiser les interactions avec l'extérieur. De minimiser les importations, mais aussi les exportations. Et ainsi de rendre à nouveau notre système de production compatible avec son cadre naturel et géographique. Ce sera mieux pour la planète, mais aussi beaucoup mieux pour la sécurité des Français à long terme ainsi que pour la stabilité sociale dans son ensemble. Pour paraphraser Albert Camus mettre de la complexité dans le système économique, c'est ajouter au malheur du monde. C'est en simplifiant le système économique grâce aux frontières commerciales, financières et démographiques, que l'on pourra à nouveau rendre notre monde intelligible, et donc gouvernable.

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 17:33

 

En ces temps de chaleur où les obsédés du réchauffement climatique anthropocentrique utilisent comme à leur habitude les variations de la météo pour justifier leurs doctrines, il est approprié à mon sens de revoir plus sérieusement la question plus large de l'écologie et du système économique. C'est d'autant plus vrai que l'écologie bourgeoise, celle qui remplit les plateaux de télévision et qui a fait un bon score aux dernières élections européennes n'en finit pas de ménager toutes les contradictions possibles. C'est que la population bourgeoise, qui est largement représentée dans les mouvements écologistes surtout les plus extrémistes, se retrouve dans une contradiction fondamentale. En effet, c'est bien la population bourgeoise qui pollue le plus et qui mène la danse folle du consumérisme bien plus que les couches populaires qui s'appauvrissent de plus en plus vite avec la globalisation, l'euro, et toutes les lubies que le libéralisme économique a pu concevoir ces quarante dernières années. Et c'est cette contradiction que l'on retrouve systématiquement dans le discours de l'écologisme officiel. D'un côté, on fait d'immenses prêches sur la planète qui meurt, la pollution, l'épuisement des ressources et de l'autre l'on soutient le libre-échange, la globalisation, la financiarisation, l'immigration de masse.

 

Le cynisme va même au plus haut degré puisque des modernistes technophiles comme Steve Jobs par exemple faisait régulièrement l’apologie de l'écologie en étant lui même végétarien tout en étant le promoteur du smartphone avec sa marque Apple. Les smartphones étant probablement l'invention moderne la plus caractéristique de la production superflue qui caractérise le capitalisme depuis les années 70 et que Jacques Ellul avait si bien analysés dans son célèbre livre « Le bluff technologique ». Le système technicien produisant de plus en plus d'objets inutiles dont la seule utilité s'avèrent de provenir du marketing et de la capacité des grands marchands à capter les usages naturels de la vie courante. Steve Jobs fut le représentant de cette tendance sociale très forte en Californie d'une dichotomie entre le discours, les idées et l'action. D'un coté on fait fortune en vendant des myriades d'objets inutiles, et en gaspillant d'énormes ressources naturelles et polluantes, de l'autre on fait tout un discours sur la sauvegarde la planète. Cette contradiction peut être analysée par un discours psychologique. La conscience de l’individu pouvant entrer en révolte avec l'action qu'entreprend ce dernier. Les enfants de bourgeois furent souvent les premiers à faire des discours sur la révolte contre les inégalités. Le parti des insoumis est par exemple rempli d'enfant de cadres supérieurs et ils sont tout autant présents chez les gauchistes de base. On retrouve donc la même contradiction dans l'écologie.

 

On peut également supposer que l'écologisme officiel, qu'on opposera avec la véritable écologie qui se soucie réellement du bien commun, est surtout un nouveau cache-sexe intellectuel visant à protéger les dominants en remplacement des idéologies classiques de moins en moins à la mode. Si l'on regarde ce discours sous cet aspect, l'écologisme officiel fait donc office de nouveau libéralisme , de nouveau marxisme ou de nouveau christianisme. Il prend le pari d'une construction théologique visant à produire une nouvelle légitimité aux actions les plus inégalitaires et délirante des couches sociales supérieures. En effet ce qui caractérise l'écologisme c'est qu'il prend très souvent des décisions qui comme par hasard ne touchent que certaines couches sociales, les plus faibles de préférence. On privilégie par exemple la hausse du coût de l'énergie pour diminuer la consommation. Ce qui signifie en pratique que l'on réserve la consommation énergétique au plus riche qui ne se soucie pas de l'argent justement. À l'inverse lorsqu'il s'agit d'aider ou d'investir l'on retrouve systématiquement des propositions qui sont favorables aux couches sociales aisées. Ainsi les aides pour les panneaux solaires ou l'isolation prennent souvent la forme de crédit d'impôt , une aide particulièrement utile pour les plus aisés.

 

L'on retrouve ici un phénomène social classique, les idéologies dominantes qu'elles soient égalitaires ou pas finissent toujours par justifier l'intérêt des possédants et des plus riches. Pour la simple raison qu'ils sont dominants et qu'ils prennent toujours à un moment donné le contrôle de l'idéologie à la mode. L'écologie ne fait donc pas exception alors même que la pensée écologique devrait pourtant être en confrontation totale avec la société actuelle et notre organisation sociale et économique. Car pour se questionner sur l'écologie il faut véritablement comprendre comment notre société fonctionne, et si l'on fait cette démarche l'on comprend rapidement pourquoi il est impossible de parler d'écologie sans remettre en cause, non seulement, l'obsession pour la croissance, mais aussi toute l'architecture qui promeut le désir de consommation et organise toute l'activité humaine dans la course folle au profit sans fin et sans but.

 

La contradiction entre l'économie de marché et l'écologie

 

Au fond pour faire de l'écologie ou pour penser l'écologie, il faut simplement renoncer à penser que la vie humaine n'a pour but que l'accumulation sous quelque forme que soit cette accumulation. La civilisation du marché a troqué les pyramides anciennes et les rites religieux qui donnaient sens à la vie commune des civilisations du passé contre la consommation de masse . Et toute la problématique du monde moderne vient de ce changement fondamental, l'économie est devenue le sens de la vie depuis que le libéralisme a pris le pouvoir au 19e siècle, en occident d'abord, puis sur toute la planète aujourd'hui. Les anciennes civilisations pouvaient être absurdes, vous pouviez mourir brûlé sur un bûcher pour avoir ouvertement critiqué l'église par exemple. Ou alors, mourir pour étendre la gloire de vos dieux. Mais elles étaient relativement durables à savoir que leur fonctionnement collectif ne mettait pas en danger l'existence même du groupe à long terme en détruisant son environnement. C'était des sociétés qui consommaient peu et qui trouvaient de quoi occuper les masses sans avoir à gaspiller d'énormes quantités de matières premières et d'énergie. En ce sens écologique, nous sommes infiniment moins efficaces que les gens du moyen âge. Qui pourrait de nos jours en France vivre de son lopin de terre en faisant vivre une famille nombreuse sans électricité, sans pétrole et sans tous les gadgets qui nous entourent et qui nous facilitent la vie ?

 

Sans pour autant vouloir revenir au moyen âge, il faut bien admettre que la question de la croissance sans fin et de l'accumulation frénétique d'objets dont on pourrait très bien se passer se pose. On doit se demander quelle limite différencie la nécessité technique minimale pour une vie décente et le superflu. L'électricité pour s'éclairer est nécessaire, tout comme l'eau courante. Prendre la voiture pour acheter son pain beaucoup moins. C'est dans cette décision qui consiste à savoir différencier ce qui est utile ou ce qui est du gaspillage que se trouve potentiellement une politique écologique crédible et fonctionnelle. Mais c'est également cette décision qui est interdite par le fonctionnement d'une économie libérale de marché. Car le marché n'a comme seul régulateur théorique que la loi de l'offre et de la demande. Une loi qui est par ailleurs largement discutable en pratique. Dans ce cadre libéral, les choix des acteurs ne se font que sur l'optimisation de l'acte d'achat. Dans ce cadre, seule l'augmentation des prix permet la réduction théorique de la consommation. C'est pourquoi d'ailleurs les écologistes officiels ou écologistes de marché font de la hausse des prix l'alpha et l'oméga de toute politique visant à réduire la consommation. Ils oublient au passage que cette mécanique ne fait que transférer en fait la consommation des moins fortunés vers celle des plus fortunés. Avec la « régulation » du marché, on ne fait en quelque sorte que déshabiller Paul le chômeur pour habiller Jacques le directeur bancaire. Au final, on ne réduira jamais la consommation par cette mécanique. On créera juste toujours plus d'inégalités.

 

La logique du marché optimise le gaspillage pour créer de la valeur

 

Plus grave encore la logique marchande vise à toujours augmenter la taille du marché et à en créer de nouveau pour toujours plus de profit. Comme je l'avais expliqué il y a longtemps dans un texte intitulé le Paradoxe des Antennes, le marché ne répond pas à un besoin en donnant la solution la plus optimale à proprement parler. Il donne la solution qui va produire le plus de valeur ajoutée et de revenu au détenteur du capital et à l'entreprise. Si cette solution pollue et détruit l'environnement, cela n'a guère d'importance, tout ce qui compte c'est de créer de la valeur marchande. Il fut un temps où même les économistes libéraux connaissaient cette limite. Pour décrire cette problématique, on distinguait deux notions de valeur. La valeur marchande celle qui consiste à donner un prix à une chose en fonction de sa rareté sur le marché. Et la valeur d'usage, celle qui consiste à mesurer l'utilité à une chose ou une action. Ainsi l'on voit instinctivement qu'un diamant a une valeur marchande très élevée, mais une valeur d'usage quasi nulle. À l'inverse, l'air que vous respirez a une valeur marchande nulle, mais une valeur d'usage infinie puisque sans lui vous mourrez. C'est cette opposition entre valeur marchande et valeur d'usage qui a poussé Jean Jacques Rousseau à faire cette célèbre remarque comme quoi les arts sont lucratifs en raison inverse de leur utilité. L'on pense ici aux footballeurs professionnels qui croulent sous les millions pendant que nos agriculteurs se débattent pour survivre avec des revenus ridicules. Les sociétés se perdent donc lorsqu’elles ne cessent de se préoccuper uniquement de la valeur marchande sans se préoccuper de la valeur d'usage. Elles finissent par négliger l'essentiel pour produire du superflu. On est en plein dans la problématique de l'écologie ici.

 

On pourrait d’ailleurs tout à fait affirmer comme le disait si bien Jean-Claude Michéa que le marché crée de la valeur marchande en détruisant des productions ou des activités ayant de la valeur d'usage. En polluant l'eau, vous créez un marché de l'eau. En créant des déchets, vous obligez à créer un marché du déchet du recyclage et du stockage. En détruisant les relations sociales, vous créez pleins de marchés de niche de la garderie des enfants, à la police en passant par le marché des rencontres pour célibataires. En créant des obèses par la malbouffe, vous créez le marché de la minceur. Si l'on regarde l'économie dans ce sens l'idée de progrès à travers la société marchande devient d'ailleurs hautement discutable.

 

Il faut sortir de la logique marchande pour faire vraiment de l'écologie

 

L'idée écologique qui consiste à faire en sorte que l'homme puisse cohabiter avec son environnement à long terme est tout à fait louable. Elle confine même au bon sens puisque l'humanité ne survivrait pas à un effondrement de son environnement. Mais il faut bien comprendre que pour arriver à cela il faut aller contre la logique du marché qui ne veut qu'optimiser la valeur marchande des choses. Il faut au contraire préserver les objets et les relations qui ont une forte valeur d'usage. Il faut également entrer en contradiction avec l'intérêt individuel sans avoir à passer par la seule logique marchande. Il existe bien sûr déjà des actions de ce type comme les labels par exemple même s'ils ne sont pas pas contraignants pour l'acheteur. Mais même ces labels comme le label bio n'échappent pas à la logique courtermiste du marché. En effet quel est le sens écologique du fait d'acheter un produit bio importé de plusieurs milliers de kilomètres par exemple ? Acheter une tomate bio importée d'Argentine est-il plus écologique qu'acheter une tomate non bio locale ? La réponse est non bien sûr. Le label bio est beaucoup trop laxiste, seuls les produits locaux étant peu transportés devraient pouvoir avoir un label de ce type. Mais cela entre en contradiction avec la logique marchande du produit le moins cher.

 

La logique écologique est par essence anti-globaliste et anti-marchande. Il est donc extrêmement pathétique de voir des gens se référant à l'écologie tout en prônant un monde sans frontières organisé autour du marché pur. À cela, j'ajouterai également que la pensée écologique ne doit pas non plus oublier la raison et la science. Il faut savoir raison gardée comme on dit, et il ne faut pas tomber dans l'excès. L'abandon du nucléaire est ainsi une absurdité sans nom à l'heure actuelle. C'est d'autant plus vrai que des initiatives sur le nucléaire au thorium par exemple commencent à porter leurs fruits. Sinon plutôt que de prôner des hausses de tarifs pour l'énergie à travers les taxes et les privatisations absurdes. Pourquoi ne pas ressortir l'idée d'un rationnement quantitatif pour chaque personne comme cela s'est fait après guerre ? On sort ici de la logique marchande et l'on rentre dans une vraie politique qui vise à limiter les gaspillages en mettant toutes les personnes, quel que soit leur statut social devant leur responsabilité. À l'ère du numérique, des réseaux et des cartes à puce, il est assez simple d'imaginer une limitation quantitative du pétrole par personne et par an. Les riches seraient obligés de limiter leur gaspillage énergétique de cette façon tout autant que les pauvres.

 

Globalement si l'on ne peut revenir à l'ordre ancien le défi de l'écologie véritable sera à mon sens de repousser au maximum l'étendue de l'espace du marché. De redonner un sens et une légitimité aux limites, c'est d'ailleurs peut-être ce que souhaitait Jacques Ellul lorsqu'il disait que les hommes devaient réapprendre les vertus ascétiques.

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 23:50

  un-pale-point-bleu « Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

 

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique... Nos postures, notre propre importance imaginée, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité - dans toute cette immensité - il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu'à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n'y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S'installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c'est sur Terre que nous prenons position.

 

On a dit que l'astronomie incite à l'humilité et fortifie le caractère. Il n'y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »

 

— Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space

 

J'ai voulu commencer ce texte par la citation de l'astronome Carl Sagan pour mettre quelque peu en perspective mon propos du jour. Cette image du point bleu pâle, qui est une photo de la terre à plus de 6 milliards de km prise par Voyager 1 en 1990, montre la petitesse de notre monde et surtout son infini isolement. Depuis des milliards d'années, la vie y évolue au grès des contraintes climatologiques et des grandes catastrophes qui se sont succédé sur notre bonne terre. La totalité de ce qui vit sur terre n'a évolué, n'a existé que sous la contrainte du volume d'eau, d'air, de terre et d'énergie qui est présent sur ce pauvre caillou bleu perdu dans l'immensité de l'espace. L'air que nous respirons, l'eau que nous buvons ne sont que la résultante d'un recyclage réalisé sur plusieurs milliards d'années. Un recyclage passant de génération en génération, d'être en être, perpétuant la continuation de la vie et la transmission aux générations suivantes. Les uns devenant la nourriture des autres. La complexité du vivant ayant fait apparaître au cours de ce vaste espace temporel toute une myriade d'espèces spécialisées dans telle ou telle tache permettant ce recyclage hautement sophistiqué qui nous permet aujourd'hui de bénéficier de cette superbe planète pourtant si minuscule.

 

Si le lien avec l'économie ne paraît pas au premier abord évident, il me semble pourtant que la question du cycle naturel et des contraintes économiques sont intimement liées. S'il est une chose qui caractérise l'anormalité de la pensée économique moderne, voir de la pensée moderne tout court, c'est cette rupture du cycle naturel. Cette propension phénoménale à ne plus s'intéresser ni à la transmission ni au cycle qui permet le maintien de nos sociétés. Au cœur de cette évolution est la vision de l'homme déconnecté des autres hommes, de son milieu, et le raisonnement cartésien qui en est la source. Lorsqu'on lit ce texte formidable de Sagan, nous comprenons que sommes tous liés. Nous sommes tous solidaires du petit planétoïde sur lequel nous vivons. Et pourtant nous nous évertuons à prôner l'inverse, à penser que l'individu est tout et que le reste n'est rien. Le riche ne l'est que par son talent, le scientifique ne doit son savoir qu'à lui même et l'enfant ne doit rien à ses parents. L'on ne voit plus la nation, la famille ou le groupe que comme une contrainte contre sa propre liberté. « Liberté, liberté, liberté ». Tel est le slogan moderne. Contre quoi voulons-nous être libres, peu importe ? Libre par rapport à quoi? On s'en fiche. L'important c'est l'absence de contraintes, quelles qu'elles soient. L'individualisme est devenu une nouvelle forme de totalitarisme. Un totalitarisme qui interdit toute forme d'action collective. Comme le décrit si bien Philippe Grasset dans un de ses textes concernant le régime politique du bloc atlantique, et de son maître américain : « Ainsi ces élections n’ont finalement qu’un résultat, mais celui-là tout à fait assuré : elles légitiment et institutionnalisent l’impuissance et la paralysie du gouvernement de l’américanisme, et par conséquent l’irresponsabilité qui va de pair. ». L'individualisme et la liberté toute puissante de l'individu n'ont fait que construire une société collectivement impuissante, car elle est toujours illégitime à agir contre l'individu.

 

Or la civilisation est contrainte par la nature même si cette contrainte n'est pas directement intelligible ou visible. Les sociétés humaines ont dû apprendre au fur et à mesure à faire avec les contraintes qui étaient les leurs. La culture est en grande partie la traduction de ces contraintes sous la forme de coutumes et d'habitudes comportementales qui rendaient possible la coexistence de la civilisation humaine avec son milieu étriqué sur cette petite planète bleue. Si toutes les traditions et habitudes n'étaient pas nécessairement utiles pour ne pas sortir du périmètre des limites de nos ressources naturelles. Il y en avait certaines qui l'étaient. Ainsi pourrait-on presque appliquer les thèses de l'évolution des espèces sur les civilisations. Celles dont les traditions étaient contraires à leurs contraintes naturelles disparurent laissant place à des civilisations et à des coutumes plus compatibles. L'on peut donc voir la collectivité et ses habitudes comme des contraintes approximatives reliant les contraintes naturelles à la condition de l'humain dans la vie de tous les jours. L'on mangeait peu de viande et beaucoup de riz en Chine parce que le milieu local et la densité de population ne permettaient pas de faire autrement. Les Français mangent du pain parce que le blé pousse bien en France, etc. De la même manière les interdits sexuels étaient des moyens pratiques pour contrôler les naissances à des époques où il était bien difficile de faire autrement. Avouons-le. Mieux vaut l'abstinence, le contrôle sexuel, que l'infanticide, ou la surpopulation, et la famine concomitante.

 

D'une façon ou d'une autre ce que l'homme moderne individualiste s'échine à penser comme des contraintes absurdes et arbitraires ne l'étaient pas tant que ça finalement. La leçon que nous devrions tirer de la modernité et du « progrès », c'est que l'on ferait bien mieux de réfléchir à de deux fois avant de détruire des coutumes et des habitudes dont on ne sait guère par avance à quelles fins réelles elles étaient là. En effet, la justification apparente des coutumes cachait bien souvent la raison réelle et tout le temps ignorée de leurs propres existences. Les hommes agissant souvent sans savoir la raison réelle qui les mobilise.

 

La civilisation de l'épuisement

 

L'organisation moderne n'est pas fondée sur les limites naturelles. Elle est au contraire construite autour de la liberté individuelle. Une liberté qui comme nous l'avons dit précédemment se veut absolue. Si au départ la civilisation libérale a dû faire des compromis avec ce qui l'avait précédée, elle a indubitablement réussi à ronger petit à petit les contraintes qui l'astreignaient. De sorte que les individus modernes ne pensent plus du tout aujourd'hui en terme d'intérêts ou de contraintes collectifs. S'opposer au groupe, à l'autorité, ou aux règles est même devenu une obligation. Le pauvre Zemmour qui voit dans Mai 68 l'origine de ce mal en France se trompe lourdement. Le mal est beaucoup plus ancien, il est inhérent à la pensée cartésienne sans cesse élargie au-delà de son application d'origine. Comme je l'avais expliqué dans un autre texte pour moi, le libéralisme est né du cartésianisme, un cartésianisme mal compris et mal appliqué plus exactement. Et le mal est fait, la contrainte collective qu'importe sa nature est de plus en plus contestée. Elle n'a plus aucune légitimité aux yeux des individus modernes d'occident.

 

En absence de toute contrainte collective produite par la tradition, les habitudes, la politique et les coutumes, le moderne n'a plus aucune relation avec son environnement. Le détachement vis-à-vis de son milieu devient total. La mondialisation n'est en fait que l'aboutissement terminal de la civilisation libérale et de la destruction finale de toutes les contraintes collectives. Les nations n'existent plus, les frontières n'existent plus, les peuples n'existent plus, la terre n'existe plus, la politique n'existe plus. Il n'y a plus que l'homme libre de toute contrainte. Du moins, c'est ce que le moderne pense. La culture devient mondiale, détachée de toute logique géographique et de toute contrainte locale. Elle devient autojustifiante construisant sa propre logique sans aucun rapport avec le monde réel. Il n'y a pour ainsi dire plus aucun lien entre la culture et la contrainte naturelle. Le dernier rempart qui empêchait la société de s'autodétruire sous le coup des intérêts individuels qui ignorent leur biotope a disparu. Si vous n'avez pas de pétrole, ce n'est pas grave, importez-le. Et utilisez n'importe quel moyen pour cela en bombardant les récalcitrants. Vous n'avez pas d'uranium, ne faites pas autrement, importez-le. Vos jeunes sont de plus en plus stupides. Ils ne s'intéressent plus aux sciences. Gardez-vous de réformer votre système d'instruction ou vos médias débilitants. Importez donc des ingénieurs et des scientifiques d'ailleurs. Vous ne faites pas assez d'enfants. Ne faites pas de politique de relance de la natalité. Ne vous questionnez pas sur l'origine de ce déclin. Faites donc venir des immigrés.

 

Il y a un lien direct entre l'épuisement des ressources naturelles et l'épuisement démographique des peuples les plus avancés. Dans tous les cas, les gouvernants modernes n'imaginent des solutions que dans la fuite vers l'ailleurs. Un ailleurs qui n'aurait pas nos problèmes. Mais cette façon de penser oublie que la généralisation de son propre comportement met à mal sa propre logique. En effet si cet ailleurs fait la même chose que nous que se passe-t-il ? Si tous les peuples du monde se comportent à notre image que deviendrait donc cet ailleurs ? Lorsque tous les peuples du monde ne feront plus assez d'enfants où donc irez-vous chercher vos immigrés ? Lorsque les Chinois et les Indiens consommeront comme nous du pétrole en abondance où irez-vous donc chercher ce pétrole devenu si rare ? L'on peut qualifier une civilisation qui se fonde sur une telle pratique comme étant une civilisation de l'épuisement. Elle épuise les sociétés dans lesquelles elle s'installe en leur faisant oublier les contraintes qui sont les leurs et en leur faisant miroiter des solutions de court terme qui mènent nécessairement au désastre. Elle épuise les hommes, les matières premières et conduit l'humanité à sa perte. Elle s'imagine déjà colonisant l'espace. Un ailleurs encore plus lointain pour ne pas avoir à assumer les conséquences des sa propre logique déstructurante.

 

 

L'actualité est tout à fait adéquate puisque deux oeuvres culturelles de la modernité confirment mon propos. Tout d'abord le dernier film de Christopher Nolan "Interstellar" qui pour résumer nous dit "Tout est foutu, partons". Allons épuiser un autre monde. Les milliardaires et les actionnaires d'abord. Peut-on faire plus irresponsable? 

 

 

L'autre média montant, le jeu vidéo, n'est pas en reste. Puisqu'il vient de sortir un nouveau jeu de la célèbre série Civilization intitulé "Beyond Earth". Tout un programme. Je vous laisse regarder l'introduction du même acabit que le film de Nolan.

 

 

 

La frontière responsabilise, son absence infantilise.

 

La restructuration de nos sociétés passe donc nécessairement par la contrainte collective. À la logique individualiste collectivement irresponsable, l'on doit opposer une logique collectivement responsable et donc limitante pour les individus. L'humanité si elle souhaite survivre sur ce petit vaisseau bleu va devoir réapprendre à vivre avec la notion de limite. Et réapprendre à vivre en autarcie. Oui en autarcie, car c'est bien de cela qu'il s'agit au final. Ce terme est diabolisé dans nos sociétés individualistes. L'autarcie est considérée comme un enfermement absolu, une abomination s'opposant totalement à la liberté. Une liberté que l'on ne voit pas comme elle est c'est à dire bien éphémère et dangereuse. Et pourtant nous vivons déjà en autarcie, c'est ce que montre le texte de Carl Sagan et cette photo magnifique du point bleu pâle sur lequel nous naviguons. Notre monde vit en autarcie, en quoi est-ce une horreur ? C'est bien au contraire fabuleux que de voir un monde entier vivre en autonomie parfaite depuis des milliards d'années. Et c'est d'autant plus fabuleux que l'homme peine à imiter la biosphère terrestre. Toutes les tentatives ont pour l'instant échoué à imiter à plus petite échelle ce système. Et pourtant pour nous échapper de notre condition terrienne il nous faudrait au préalable être capables de reconstituer cette biosphère. L'autarcie nécessite beaucoup plus d'ingéniosité que la fuite en avant. Là ou l'on se coule tranquillement dans la solution de facilité de l'importation, la nation indépendante et autosuffisante doit sans cesse faire attention à ses équilibres sous peine de catastrophe. L'indépendance nécessite des hommes compétents. Les sociétés libre-échangistes se contentent de discours ronflants, et d'intellectuels paresseux pour élite.

 

Vous me direz oui, mais la solution à notre problème de petit vaisseau bleu flottant dans l'espace en cours d'épuisement peut être mondiale. Et je répondrais que l'expérience montre que l'exercice du pouvoir à de telles échelles est vicié dans son fondement. Plus l'on élargit le pouvoir, plus ce dernier devient flou, inhumain et mécaniste. La technocratie européenne suffit à éliminer toute tentation d'un pouvoir plus large pour résoudre nos problèmes. C'est bien au contraire vers les nations que l'on doit se tourner. C'est le lieu naturel de la confrontation entre l'individu et la société. C'est le seul mécanisme capable de renfermer le mauvais génie de l'individualisme délirant dans les limites d'où il n'aurait jamais dû sortir. Si chaque nation est obligée de répondre à ses propres besoins dans les limites du raisonnable, il y a tout lieu de penser que nous aurons alors résolu une bonne part du problème. Et par l'occasion probablement ouverte des voies originales au progrès technique et à l'organisation sociale. Car chaque peuple apportera ses propres solutions et sa propre voie à la solution planétaire en fonction de ses propres contraintes géographiques. L'humanité pourrait même nous surprendre si nous suivions cette voie en lieu et place de la fuite en avant.

 

                                    Carl Sagan - Un pâle point bleu

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 22:03

Cela fait plusieurs décennies maintenant que la France est entrée en régression économique et sociale. Près de quarante ans que le progrès social, hérité des réformes économiques d'après-guerre, est attaqué de toute part. Nous arrivons probablement à la destruction des derniers restes de la période des trente glorieuses. On peut désormais raisonnablement tabler sur la destruction à court terme de la sécurité sociale, de l'éducation nationale et du système de retraite par répartition. Sans une peu probable révolte de la population, ces derniers acquis sociaux disparaîtront et plongeront la France puis l'Europe de l'Ouest dans une crise économique encore plus grave qu'elle ne l'est actuellement. Il est étrange de voir avec quelle facilité la population moderne s'est finalement résignée à accepter des politiques d’appauvrissement alors que pourtant le progrès technique continu. À tel point que l'on a désormais complètement décorrélé  le progrès scientifique et technique du progrès social et humain. Il s'agit là d'une prouesse tout à fait invraisemblable. On en est même arrivé à une telle régression mentale que le progrès technique en lui même est accusé de tous les maux de toutes les catastrophes qui s'abattent sur la population.

 

Alors qu'hier il y avait une association naturelle du progrès technique et humain, l'on voit aujourd'hui poindre une opposition quasi systématique entre les deux. Comme le note bien Jean de Kervasdoué dans un article publié sur Marianne en février dernier, le progrès technique n'est plus vraiment considéré comme une bonne chose. Il parle de la gauche française, mais c'est également vrai à droite. Et je ne parlerai pas de l'extrême droite qui se passionne pour le retour à la terre qui ne ment pas n'est-ce pas ? Mais nous vivons à mon sens dans une illusion d'optique et les modernes ont tendance à confondre cause et conséquence. Ce dont nous souffrons n'est pas lié à la technologie, mais à un système de domination économique d'une petite élite qui utilise le progrès technique à son seul profit à court terme. Mettre fin au progrès ne mettra pas fin à la rapacité des rentiers et des multinationales. Après tout l'Europe a bien vécu pendant des siècles de stagnation techniques accompagnés d'un modèle économique de type féodal. L'inégalité n'a pas besoin de la science, mais le progrès social et humain lui en a besoin. Ce que les défenseurs de l'écologie bonne enfant ont tendance à oublier.

 

La productivité physique est la seule source d'enrichissement réel

 

En ces temps de chômage de masse, l'on s'invective souvent à coup de formules toutes faites. Comme s'il y a du chômage, c'est la faute aux robots et à l'automatisation. Si cette hypothèse à première vue peut sembler logique à tout individu peu renseigné sur l'histoire économique, cette logique est pourtant contraire à la réalité historique. J'inviterai ici mes lecteurs qui ne l'auraient jamais lu à lire Jean Fourastié le père du terme des trente glorieuses, pour comprendre à quel point l'amélioration technique a conditionné l'élévation générale du niveau de vie. Et il faut bien voir que les gains de productivité actuels, ceux de l'industrie, ou de l'agriculture, sont assez loin des niveaux que l'on a pu atteindre avec la révolution du fordisme. En effet lorsque la Ford T révolutionna les modes de production industrielle, on a connu des gains sans commune mesure avec ce que l'on avait connu avant ou ce que l'on connait aujourd'hui. Ainsi la réorganisation par la spécialisation du travailleur va faire passer le temps de montage du châssis d'une Ford T de 728 mn à seulement 93 mn. Et le prix moyen d'une FordT à son époque fut de seulement 825 $  contre 2000$ pour ses concurrents. Et grâce à l'économie d'échelle, son prix tomba à seulement 290$ en 1927. C'est en partie les formidables gains de productivité des méthodes de Ford qui créèrent la crise de 1929. Parce que la demande ne pouvait suivre les gains de productivité trop rapide. Comme l'a si bien décrit Keynes à l'époque c'était une crise de croissance et non une crise de fin du monde ou de régression. Nous ne savions que faire de la richesse potentielle que la science, la technique, les changements d'organisation nous avaient procurée. Les politiques sociales et la régulation étatique vont être les réponses apportées à cet enrichissement soudain, car il fallait permettre à la demande d'absorber la production à niveau tel que le plein emploi soit garanti et la paix sociale maintenue. C'est une leçon que l'on a malheureusement oubliée aujourd'hui.

 

Dans les années 50-70, la France avait des gains de productivité de l'ordre de 5 % par an en moyenne, on est à 1 % aujourd’hui. Il est donc aisé d'infirmer l'hypothèse de la productivité du travail comme source du chômage. En vérité, c'est lorsque les gains de productivité étaient les plus forts que notre taux de chômage était le plus faible. Encore une fois, le progrès technique produit des changements qui influent nécessairement sur l'organisation de la société. Il faut absorber ses gains de productivité en consommant plus ou en réduisant le temps de travail pour que cette productivité ne produise pas de chômage. Ce n'est pas la technique qui est responsable du mauvais usage qui est fait des gains de productivité. Ce sont les politiques employées. En l’occurrence l'occident est revenu à sa manie près fordisme de concentrer les richesses nouvelles vers le haut de la société. Le niveau d'inégalité ayant rejoint celui du début du 20e siècle aux USA. La crise mondiale actuelle de surproduction est le fruit de l'inégalité dans la répartition du revenu. Elle-même engendré par le libre-échange et la dérégulation économique. Le chômage n'est pas directement le résultat du progrès technique.

 

Une société techniquement avancée ne peut pas fonctionner correctement avec de forte inégalité à cause de la faible capacité consommatrice des riches. Comme l'avait démontré Keynes, et comme le démontrent certaines évolutions actuelles la propension à consommer décroit avec votre revenu. Ce simple fait tend à accroître l'épargne non utilisée dans les sociétés fortement inégalitaire, ce qui finit par détruire le capital lui même en cassant la rentabilité des entreprises. En effet l'épargne disponible s’accroît, mais les entreprises n'arrivent pas à vendre leurs produits en quantité suffisante faute de clients. La consommation des riches ne compensant pas l'appauvrissement du reste de la population. En accusant le progrès technique, on inverse donc la cause et l'effet. Ce n'est pas le progrès technique qui accroît les inégalités et le chômage, mais les politiques favorisant les riches qui transforment les gains de productivité en chômage de masse.

 

L'histoire du fordisme. Un vieux documentaire plein d'optimisme qui semble bien loin de notre triste époque .

La décroissance: la nouvelle idéologie du capital ou résignation fataliste ?

 

Mais cet acharnement anti-scientifique ne touche pas seulement que la question économique à proprement parler. Dès qu'il y a un sujet concernant la technique où la science il est systématiquement regardé sous l'angle unique des risques, et très rarement sous ses aspects positifs. Je ne dis pas bien évidemment que tout apport technologique est sain par nature ou bon pour la société, mais il n'est pas non plus nécessairement mauvais. Entre le délire du risque zéro et les anti-généralistes des OGM au nucléaire, on risque la paralysie à long terme. Va-t-on à l'avenir voir la France devenir un pays obscurantiste ? Car si l'on ajoute à cela le désintérêt pour les sciences que l'on constate chez les jeunes et la dégradation de l'enseignement en mathématique et en science en général on a de quoi se pose la question. À ce propos je vous invite à lire ce texte de Laurent Lafforge qui est assez édifiant sur l'état de l'enseignement en France. Quoi qu'il en soit il est tout à fait stupéfiant de voir cette dégradation de l'engouement pour la science en général coïncide avec la dégradation progressive de la situation économique.

 

L'on pourrait ici être tenté par un raisonnement classique de type accusatoire en se demandant à qui profite le crime. Après tout, avoir une idéologie qui glorifie la dégradation du niveau de vie est passablement pratique pour l'intérêt de la rente et des multinationales. Appauvrissez-vous dans la joie, est en effet des plus bénéfique aux dominants du système. Il remplace assez bien les croyances religieuses classiques qui ont si longtemps protégé les intérêts des puissants. Ce serait un nouvel opium du peuple en quelque sorte. Mais l'engouement pour la décroissance tient probablement plus d'une accumulation d’événements. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'écologie a atteint de telles proportions sur le vieux continent allant jusqu'à pousser l'Allemagne à arrêter le nucléaire sans réflexion. Notre continent aujourd'hui semble épuisé par l'histoire, mais surtout épuisé de sa non-existence. Le fait est que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale l'Europe est sortie de l'histoire. Elle l'a subit plus qu'elle ne l'écrit la faute à une situation de quasi-colonialisme qui s'exerce sur elle par l'intermédiaire de l'autorité américaine. En renonçant à leurs souverainetés, les peuples d'Europe ont en quelque sorte perdu le goût de vivre.

 

Un peu comme un enfant qui serait resté trop longtemps sous la tutelle de ses parents l'Europe s'est mise à vivre sans réfléchir aux contraintes du réel. L’extraordinaire irresponsabilité des élites du continent par rapport à l'affaire ukrainienne en est un exemple récent. L'Europe n'imagine plus l'avenir, elle laisse à d'autres la possibilité de le réaliser. Les Européens s'enferment systématiquement dans le négatif, le pessimisme. On peut en quelque sorte voir notre continent comme un être atteint de mélancolie autodestructrice. La décroissance devient dès lors une justification à cette autodestruction économique et démographique, je me suicide parce que c'est mieux pour le monde et pour la planète. Parce que nous n'avons pas le courage collectif d'affronter nos peurs, nous nous enfermons dans des non-solutions autodestructrices. Nous nions toute possibilité de vie même différente.

 

Pourtant de nombreuses solutions existent et peuvent être imaginées à nos problèmes. J'en ai souvent parlé ici, mais pour les questions d'énergie rien n'est absolument impossible. Si nous pouvions avoir un débat public sur le nucléaire sans avoir affaire aux dogmes et à la démagogie des médias de masse l'on pourrait par exemple mettre sur la table la question des réacteurs nucléaires au thorium. C'est une solution technique élégante qui nous permettrait à la fois de nous passer de l'uranium et de retraiter une partie de nos déchets nucléaires, le tout avec des réacteurs infiniment plus sûrs que ceux à l'uranium. De la même manière au lieu d'avoir un discours obscurantiste sur la question des OGM, nous ferions mieux de nous demander la place que doit prendre le secteur privé dans cette recherche. Car le problème réel n'est pas les OGM, mais l'usage qui en est fait. Le problème c'est le brevetage du vivant et la volonté de création de monopoles privés qui rêvent de dominer la planète en contrôlant la nourriture et les semences. Or malheureusement le discours public se résume souvent à être pour ou contre les OGM ce qui est absurde. Sans parler du fait que faute de budget de recherche ce sont surtout les USA et les pays asiatiques qui feront l'histoire de cette science. Là encore, laissons les autres décider pour nous. Enfin comment ne pas voir l'incroyable fermeture d'esprit dont on fait preuve les médias français sur la question du réchauffement climatique anthropocentrique. Jusqu'à maintenant il était pratiquement impossible de remettre en cause cette question-là sans être accusé de défendre des lobbys comme si l'écologie n'était pas un lobby puissance chez nos médias. Là encore l'accusation de l'homme comme étant responsable de tout les problèmes étaient systématiquement acceptés et son contraire démenti sans avoir besoin d'être démontré en aucune manière. Et pourtant les preuves disqualifiant le discours réchauffiste existent. Mais on n’a même pas cherché à vérifier les discours et les faits. Peu importe tant que nos peuples peuvent se complaire dans la justification de leurs propres suicides.

 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 16:39

 


 

Il semblerait que la France soit assez bien pourvue en matière de pétrole de schiste, oui comme le gaz. L'origine de ce pétrole est toujours biologique, mais il est plus difficile à extraire que le pétrole classique. D'où son coût plus élevé. C'est « Science et vie » dans son dernier numéro de juillet qui fait toute une analyse sur les réserves françaises de pétrole de schiste. Il s'avère que les réserves trouvées sont étonnamment élevées puisque l'institut français du pétrole l'estime entre 60 et 100 milliards de barils, soit entre 90 et 150 ans de consommation française actuelle ! Le problème c'est que ce pétrole est tout aussi problématique dans son exploitation que le gaz de schiste, car ces réserves se situent dans la région du bassin parisien, zone à forte densité de population. On peut craindre à juste titre des effets sur l'eau et l'environnement local qui pourrait nuire fortement à notre nation. Cependant la quantité de réserve mérite tout de même de discuter sur une éventuelle exploitation. Le débat mérité également de sortir du cadre limité écolo/antiécolo. La revue « Science et vie » a d'ailleurs répondu promptement dans son numéro d’août à certaines critiques écologistes en mettant en avant le fait qu'elle ne faisait qu'informer nos compatriotes sur cette réalité. Certains écologistes allant jusqu'à insulter les journalistes en traitant de scandaleux leur article d'information. On voit où tombe le débat avec les écologistes, c'est exactement comme lorsque l'on parle de la question du nucléaire.

 

 

Un avantage pour l'indépendance nationale

 

Je m'étais déjà exprimé négativement sur les gaz de Schistes parce qu'à l'époque le coût écologique m'avait paru démesuré en regard de l'intérêt économique et des réserves somme toutes modestes trouvées alors. Le fait que les réserves ici pourraient faire atteindre une certaine autosuffisance sur le plan énergétique à notre nation vient cependant de me faire douter sur le pétrole de Schiste. Car dans une stratégie protectionniste et indépendantiste de notre nation avoir du pétrole et pouvoir se passer des importations pourrait être un atout majeur pour parvenir à nos fins. Bien évidemment il ne faut pas se leurrer, la France ne sera jamais un grand producteur de pétrole capable de vivre de ses exportations à l'image du Qatar et ce n'est pas une mauvaise chose en soi. En effet, devenir un gros exportateur de matière première à de gros inconvénients à long terme. L'histoire prouve que ce sont les nations qui produisent des biens qui se développent, celles ayant des rentes minérales ou autre ayant tendance à s'endormir sur leurs avantages jusqu'au jour où les filons sont épuisés. L'exemple des pays arabes producteurs de pétrole est suffisamment explicite, ces pays n'ont pas réussi jusqu'à présent à orienter leurs économies vers autre chose que l'exportation de matière première. Et l'avenir pour les pays de la péninsule arabique s'annonce bien sombre, une fois la production pétrolière terminée.

 

Le pétrole que nous pourrions exploiter ne devrait en aucun cas être utilisé pour pallier à nos importations de bien de consommation et d'équipement. Ce type d'évolution serait fortement dommageable pour l'avenir industriel et technique de la nation. En supposant au préalable que nous aurions évidemment mis fin aux deux mamelles de la désindustrialisation française présente, à savoir le libre-échange psychorigide, et l'euro. En revanche, faire en sorte de ne plus dépendre de nos importations de pétrole réduirait de manière importante notre déficit commercial, même si ce dernier n'est que très partiellement dû à l'énergie. On ne peut en aucun cas négliger des ressources qui pourraient nous permettre durant plusieurs décennies une indépendance totale tout en préparant bien évidemment une transition énergétique inévitable. C'était un peu le rêve du Général de Gaulle que de donner à la France la possibilité de choisir son propre destin à travers l'indépendance énergétique. Une notion totalement oublier aujourd'hui et qui est pourtant fondamentale pour l'application d'une réelle démocratie. Car sans indépendance il n'y a pas de démocratie et les choix collectifs finissent par être contraint par des données extérieures aux choix de la population. Je rappellerai au passage que l'indépendance énergétique n'est pas une affaire de taille. Même s'il est vrai que plus un pays est grand plus il a théoriquement de ressources potentielles. Cela dépend aussi de la géographie, mais surtout de la démographie et des « coutumes » de consommation et de production locale. Avoir d'énormes réserves, mais les gaspiller n'aide pas au maintien de l'indépendance à long terme.



Les USA qui ont hérité d'un territoire immense et de ressources monstrueuses ont réussi par leurs gabegies et leur courte vue à en dilapider une grande partie en très peu de temps à l'échelle des temps historiques. À l'inverse avant que l'Europe ne se mette à imiter le modèle américain après guerre, elle était autosuffisante sur le plan de l'énergie. Les Européens l'ont oublié, mais pendant longtemps c'était l'Europe qui produisait une grande part de l'énergie mondiale grâce au charbon. Jusqu'à la fin des années 50, l'Europe était encore excédentaire sur le plan de l'énergie. En développant une économie orientée autour d'une matière première importée, le pétrole, nous avons troqué notre liberté politique pour jouir de l'automobile. Dans les décennies qui viennent, il sera de plus en plus coûteux d'importer les énergies fossiles, ne serait que par la concurrence féroce que vont nous mener les nouvelles nations industrialisées. Avec une main-d’œuvre moins chère et tout aussi qualifiée, nous ne serons pas concurrentiels et les pays producteurs d'énergie fossile préféreront de plus en plus les produits asiatiques aux produits européens. On parle souvent du pic pétrolier pour évoquer la crise énergétique qui va s'imposer à nous. Mais bien avant cela il y a le simple fait que le monde a changé et que nous ne pourrons plus nous payer ces importations énergétiques sauf à s'aligner sur les niveaux de vie chinois et indiens. Et encore je ne reviendrais pas ici sur les dégâts que les importations en provenance de ces pays ont faits directement sur nos balances commerciales.



De fait, nous n'aurons pas le choix à long terme. Soit nous devenons indépendants en matière énergétique. Et cela quelle que soit la façon. Soit nous devrons aligner nos niveaux de vie sur ceux des pays émergeant. À cela s'ajoute effectivement l'épuisement rapide des sources classiques de la production pétrolière mondiale. Et ce que je dis est vrai même si l'on suppose que nos nations cesseront leurs délires libre-échangistes sur les biens de consommation.

 

Ne pas oublier le long terme



Sur ce plan les Américains semblent avoir une longueur d'avance eux qui ont développé l'exploitation des gaz de schiste et qui bénéficient également des plus grandes réserves de pétrole de schiste dans la formation de Green River. Cependant comme à l’accoutumée les Américains ne vont guère faire d'effort sur le plan de la limitation des gaspillages, l'intérêt à court terme primant sur tous les autres. Pour ce qui est d'une éventuelle exploitation du pétrole de schiste en France, celle-ci ne devrait pas se faire hors de toute politique de contrôle nationale. On imagine déjà avec nos élites actuelles des entreprises étrangères pillant les ressources du bassin parisien en distribuant des subsides à tels ou tels groupes de pression politique en France. Soyons honnêtes, la corruption que l'on présente comme un trait caractéristique des Russes ou des Chinois est sans aucun doute aussi prononcé en occident et en France en particulier. Elle y est juste plus discrète, mais malheureusement aussi plus diffuse et puissante qu'on ne le croit généralement. Il va de soi à mon sens que si une exploitation pétrolière doit avoir lieu, elle doit être exercée par une entreprise sous contrôle de l'état. Ce faisant, l'exploitation pétrolière devrait être uniquement orientée dans le sens de la consommation nationale. On interdirait alors les exportations. Dans le même temps, nous devrons continuer petit à petit à faire pression sur les consommateurs et les entreprises pour diminuer les besoins en énergie fossile. Et favoriser les énergies alternatives, toutes les énergies alternatives y compris le nucléaire (4e génération, puis thorium). Au passage, les énergies solaires font de gros progrès et de multiples orientations de recherche rendent plutôt optimiste sur l'avenir de cette filière.

 

Je pourrais parler ici des cellules solaires avec technologie de cellule solaire plastique trois fois moins coûteuse à fabriquer que les cellules traditionnelles. On sait qu'il existe sur terre des organismes capables d'absorber presque la totalité de l'énergie solaire qu'ils reçoivent. Ainsi certaines bactéries sulfureuses vertes arrivent à absorber 98% de l'énergie solaire qu'elles reçoivent, contre 22% pour les meilleurs panneaux solaires actuels. Si les scientifiques parviennent à imiter leurs performances de façon artificielle, une bonne partie des inconvénients de l'énergie solaire disparaîtront. Je pourrais parler également de l'usage des microalgues que des ingénieurs et architectes français cherchent à intégrer directement à lasurface des bâtiments pour créer des constructions à énergie positive recyclant l'eau et produisant du carburant sous forme d'huile d'algue. La recherche énergétique doit s'accélérer, mais seuls les pouvoirs publics sont à même d'orienter définitivement vers ces solutions. Car le marché, laissé à lui même, se contentera d'imposer les solutions les moins onéreuses à court terme mêmes si cela s'avérait catastrophique à longue échéance.

 

Qui plus est, on pourrait probablement diviser par deux notre consommation de pétrole en changeant les modes transports et en limitant les besoins de déplacements de nos compatriotes. Le rapprochement entre lieu de travail de consommation et de loisir devrait être une priorité sur les politiques de la ville. Il faut cesser d'étendre les villes indéfiniment en obligeant nos compatriotes à faire des dizaines de kilomètres pour aller de leur lieu d'habitation à leur lieu de travail. Il faut repenser les villes en ce sens. L'exploitation de ce pétrole de schiste devrait donc être une occasion pour accélérer et non diminuer nos efforts visant à l'abandon à long terme des énergies fossiles pour peu que nous y trouvions des alternatives crédibles. Je ferais remarquer au passage que le simple abandon de la mondialisation et la relocalisation des activités diminueront de façon drastique les besoins en énergie pour le transport des marchandises. La relocalisation des activités de production fera faire d'énormes économies de pétrole, il suffit de s'amuser à compter les camions sur les autoroutes françaises pour s'en convaincre. Ainsi le PIB de l'UE fait du surplace depuis vingt ans, mais grâce au libre-échange intégral le commerce intraeuropéen a explosé, ce qui signifie que pour produire autant ou à peine plus qu'il y a vingt ans nous utilisons beaucoup plus d'énergie. Voilà qui n'est guère efficace contrairement aux affirmations libérales. L'exploitation du pétrole de schiste n'est donc pas une occasion pour faire perdurer un modèle énergétique non durable. C'est à mon avis bien au contraire un moyen pratique pour permettre à la France de reprendre son indépendance. Et par là même un moyen de rendre possible une véritable transition énergétique complètement planifier sur une trentaine d'années.

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 23:45

 

dlr47.jpgIl s'agit de la formule à la mode dans les milieux écologistes et qui est employée même par les personnes les plus sérieuses comme l'excellent Jean Claude Michéa ou encore André Jacques Holbecq. Deux personnes que j'apprécie beaucoup, mais avec lesquelles j'ai quelques divergences d'opinions sur le rapport qu'entretient l'homme avec dame nature. Cette assertion concernant la croissance infinie dans un monde fini est un sophisme. C'est une affirmation doublement fausse d'ailleurs comme je vais tenter ici de l'expliquer. Il y a à mon sens une large erreur de modélisation du réel dans cette affirmation. Un raccourci bien pratique pour ceux qui effectivement préfèrent se baigner dans le bain du pessimisme occidental et surtout européen. Notre époque est pessimiste, mais ce pessimisme a des origines qui sont en fait assez éloignées des questions proprement écologiques. C'est le déclin démographique, économique et intellectuel de l'occident qui produit cette adoration pour les retours en arrière sous toutes leurs formes. La forme écologique d'un monde en harmonie avec la nature parait sympathique à une population esseulée par l'individualisme rampant et rongée dans son pouvoir d'achat par le marteau piqueur du libre-échange et les délires néolibéraux.



Pour accepter ce déclin qui semble irrémédiable, les Occidentaux inventent de nouveaux idéaux. Le retour à la terre dont sont friands les types d'extrême droite, ou encore l'éloge de la décroissance de la population ne font qu'accompagner cette culture mortifère qui semble aujourd'hui envahir la totalité de l'esprit occidentale. La thèse du réchauffement anthropocentrique aujourd'hui largement critiqué dans la communauté scientifique reste la préférée essentiellement parce qu'elle va dans le sens du masochisme anti-scientifique qui frappe notre civilisation. Nous sommes passés d'un excès de scientisme au 19e siècle à son inverse en l'espace de quelques générations, un excès qui pourtant n'a pas lieu d'être l'humanité n'étant pas nécessairement condamné par son progrès technique. Si nous ne devons pas devenir esclaves de la technique, nous ne devons pas non plus oublier que la plupart d'entre nous n'existeraient pas si nous étions restés des chasseurs-cueilleurs. D'ailleurs en se plaçant au niveau des arguments des décroissantistes, combien de planètes nous aurait-il fallu pour avoir 7 milliards d'humains chasseurs-cueilleurs ? On imagine l'écologiste du néolithique se posant cette question cruciale «  Mon dieu! Nous arrivons à la saturation de notre environnement. Si nous continuons à nous multiplier bientôt il n'y aura plus assez de nourriture et la terre sera ravagée ! » En supposant que notre intellectuel du néolithique ait eu des connaissances en algèbre et un système de numération décimale, il aurait pu calculer qu'en partant du principe que la terre ne peut accueillir que 30 millions de chasseurs cueilleurs. Il faudrait au bas mot 233 planètes pour subvenir aux besoins de 7milliards d'humains avec les techniques et les façons de vivre du néolithique. Notre écologiste de l'an -15000 serait donc certainement surpris d'apprendre que 7 milliards de ses lointains descendants vivent aujourd'hui sur terre, il faut dire que ces derniers ont cessé de jouer les chasseurs-cueilleurs et que c'est la maitrise de leur environnement qui a permis une telle explosion démographique.



Est-il si inimaginable que notre façon de faire actuelle soit rapidement supplantée par de nouvelles façons de faire qui feront passer nos actuelles inquiétudes pour des stupidités d'hommes primitifs ? Les écologistes ont ceci de commun avec les libéraux qu'ils pensent toujours le monde de demain avec les mêmes contraintes que celles d'hier. Point de rupture dans leur raisonnement. Tout se résume à des équations linéaires. Pourtant la singularité, le chaos et les non-linéarités dominent dans les phénomènes naturels. Il n'y a pas de raison qu'il en aille différemment de l'évolution de l'espèce humaine. Les techniques et les révolutions scientifiques sont elles-mêmes des phénomènes difficilement prévisibles à long terme. Alors, penser que le monde de demain fera encore de l'agriculture, version ancienne ou actuelle, voilà qui est bien prétentieux. C'est pourtant sur ce genre de raisonnement que toutes les prévisions alarmistes des écologistes sont basées.



Le fait est que l'humain s'est toujours battu contre la rareté. Il a même construit des codes moraux des lois et tout un tas de mécanismes sociaux pour permettre autant que possible de faire correspondre les capacités de productions aux besoins vitaux de la population. Cependant l'amélioration technique et une meilleure connaissance de la nature nous ont permis de faire des bonds spectaculaires ces derniers siècles. En quoi donc ce qui nous permet de repousser cette rareté serait-il abominable ? Qu'il y est encore des limites à nos capacités certainement, mais croire que nous avons atteint à la fin de ce dont nous sommes collectivement capables je crois qu'il y a là un pessimisme qui n'a pas lieu d'être. Dans un de mes premiers textes sur ce blog j'avais qualifié les écolos de technopessimistes, je persiste à penser que nous ne sommes qu'au balbutiement de l'ère scientifique de l'humanité. Je ne suis bien évidemment pas stupide au point de penser que cela nous ouvrira automatiquement un Nouveau Monde paradisiaque, tout dépendra de la manière dont nous saurons utiliser cette puissance. Cependant si ce chemin technique et scientifique est semé d'embuches, le retour en arrière est par contre lui le cimetière certain pour l'espèce humaine. Ne serait-ce que parce que notre propre berceau, la terre, est de toute façon condamné à plus ou moins longue échéance. De plus ce retour en arrière signifierait un véritable génocide puisque les techniques anciennes ne sauraient nourrir l'humanité actuelle, quels que soient les efforts individuels que nos concitoyens pourraient fournir.



Une affirmation logiquement vraie, mais qui ne correspond pas à la réalité



Pour en revenir à l'expression du titre, je vais commencer en surprenant mes interlocuteurs écologistes, il est parfaitement vrai d'un point de vue logique qu'une croissance infinie dans un monde fini est impossible.  Il s'agit d'un simple calcul mathématique de limite. Il est fréquent que certains donnent l'exemple de la multiplication des bactéries dans un environnement limité pour montrer les limites de la croissance et l'accélération exponentielle des besoins. Nous pourrions bien évidemment dire que les humains ne sont pas des bactéries, mais il est certain que cet argument sera jugé comme non recevable par les écologistes. Écologistes qui en leur for intérieur sont persuadés que l'homme est en fait une erreur sur terre (eux exclus probablement). Et surtout l'abominable homme occidental père de toutes les horreurs technologiques. Cependant en quoi cette affirmation de monde finie est-elle vraie ? La terre est un monde physique fini certes. Mais l'univers qui nous entoure ? Notre seul système solaire est déjà passablement grand à l'échelle de nos ridicules besoins. Des astronomes avaient calculé que le seul astéroïde 16 Psyché pourrait subvenir aux besoins de toute l'humanité en fer en Nickel et dans d'autres matériaux pendant plusieurs millions d'années ! La deuxième partie de ce sophisme est donc fausse, nous ne vivons pas dans un monde fini. Ce n'est un monde fini que dans le sens ou nous ne savons pas encore accéder à son immensité. Une immensité qui va dans tous les sens d'ailleurs puisque les recherches sur l'infiniment petit (le très limité donc) nous ouvrent des champs infinis et inimaginables de possibilités.



Des physiciens anglais ont par exemple réussi à imiter le phénomène de photosynthèse artificiellement avec des boites quantiques. Imaginez que l'on puisse faire artificiellement à grande échelle ce que font les plantes depuis des millions d'années. Voilà qui ouvre de grandes possibilités non. En pourtant cette ouverture de possibilité se fait toujours sur notre terre si exiguë. La première limite n'est pas physique, elle est organisationnelle, culturelle et intellectuelle. C'est parce que nous passons notre temps à limiter notre génie collectif par des politiques stupides et des gaspillages que nous restons avec des technologies dépassées. Ce n'est pas d'un grand bond en arrière que nous avons besoin, mais d'un grand bond en avant. Non seulement nos dirigeants n'investissent plus assez dans la recherche. Mais en plus la recherche dans nos pays est devenue le seul jouer des multinationales qui orientent celle-ci vers des directions purement utilitaristes à court terme. Il ne faut pas compter sur le secteur privé pour faire de la recherche fondamentale dont les résultats ne sont pas directement utiles pour améliorer les performances financières. Non seulement l'occident investi de moins en moins dans la recherche (cela fait longtemps que l'on dépense plus en publicité qu'en recherche), mais en plus la qualité de ces investissements ne cesse de chuter. Heureusement qu'il existe d'autres espaces géopolitiques plus ambitieux sur le plan scientifique, en commençant par la Chine.

L'autre objection que l'on pourrait faire à cette expression « croissance infinie dans un monde fini » est celle du terme croissance. Que mettons-nous derrière ce terme ? Construire une centrale à pétrole c'est faire de la croissance économique au même titre que faire une centrale solaire. On voit bien pourtant que la nature de cette croissance change suivant l'usage des techniques. La première est basée sur une ressource rare qui s'épuise, alors que l'autre non. Dans les deux cas, nous alimentons la croissance économique pourtant. Il existe d'ores et déjà de nombreuses façons de faire de l'énergie autrement qu'avec du pétrole de l'uranium ou des éoliennes. Les lecteurs de ce blog pourront voir quelques exemples dans le dernier numéro hors série de la Revue la Recherche consacré à l'énergie. On y parle notamment des biocarburants de seconde génération, ou encore le numéro de Science et Vie de novembre dernier dont a parlé mon collègue blogueur JoeLiqueur. Un numéro qui parlait de l'utilisation du Thorium en lieu et place de l'uranium pour faire un nucléaire bien plus sûr et plus propre. Mais il est vrai que la domination morale implacable des écologistes dans les médias rend impossible un débat sérieux sur ces questions. Ils sont tellement persuadés que Nucléaire = danger que le terme est presque devenu une insulte plus grande encore qu'OGM. Pourtant des réactions nucléaires il s'en produit tout le temps. Notre soleil n'est qu'une énorme centrale à fusion nucléaire, et sans les forces nucléaires faibles et fortes nos atomes n'existeraient pas. Je pourrais parler aussi des hydrates de méthanes qui représentent entre 2 à 10 fois les réserves de gaz traditionnel, mais je vais me faire taper dessus par les éventuels écologistes qui passeraient sur ce blog.



Il peut y avoir des ruptures qui changent totalement la donne et renversent les prévisions toujours apocalyptiques des écologistes. Autre exemple. Il se développe à l'heure actuelle une nouvelle méthodologie de production d'aliment dont le but est de remplacer la production de nourriture traditionnelle par l'élevage cellulaire. On ne nourrirait plus des bêtes pour les manger plus tard, mais on cultiverait des cellules musculaires dans des bocaux. Oui vous avez bien lu. Et cette recherche est déjà très avancée, cet article en parle. Les gains sur le plan collectif seraient gargantuesques, les scientifiques ont calculé qu'en remplaçant la viande classique par ces cultures on aurait

 

* les besoins en énergie en baisse de 45 % ;

* les émissions de gaz à effet de serre en baisse de 96 % ; (pour ceux qui croient aux thèses réchauffistes)

* les superficies nécessaires en baisse de 99 % ;

* la consommation d'eau en baisse de 96 %.

 

On le voit dans cet exemple, une rupture technologique est peut-être en passe de mettre à la poubelle l'agriculture traditionnelle qui ne survivrait que comme folklore local et pour les gastronomes. Ce nouveau type d'agriculture nous faciliterait d'ailleurs la conquête spatiale en limitant les quantités de vivre à prendre pour de futurs voyages ou pour l'installation de bases à l'extérieur de la terre. Plus besoin de terre cultivable pour se nourrir. Ce ne sont que quelques exemples de rupture en préparation dans les laboratoires de recherche. Je persiste donc à penser que l'idée générale d'un mur au-delà duquel l'humanité ne pourra survivre est erronée. Ce technopessimisme n'est que le fruit d'une époque et d'une civilisation malthusienne et malade de ses propres politiques. Il n'y a rien d'inéluctable à notre destin et nos descendants ne vivront pas dans des cavernes. Ceux qui ont encore gardé la tête dans les étoiles ne cessent d'ailleurs de trouver de nouveaux mondes. On en est à 762 exoplanètes découvertes et plus de 101 systèmes solaires. Mais c'est vrai, nous vivons dans un monde fini. Quoique les astrophysiciens se posent encore la question.

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Comparaison des exoplanètes découvertes récemment par le satellite Kepler avec la terre et vénus.

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:50

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Vous vous souvenez qu'il y a quelques mois nous avions parlé de l'exploitation des gaz de schiste dans cet article. J'étais déjà sceptique quant à l'intérêt qu'il y avait à se lancer dans cette aventure. Notamment pour al bonne et simple raison que ces exploitations n'auraient qu'une durée limitée et qu'il faudrait tôt ou tard apprendre faire de l'énergie avec autre chose que des hydrocarbures. D'ailleurs, ces matières nobles et rares ne devraient être utilisées que dans des productions où elles sont indispensables et pour des activités plus nobles que le chauffage ou comme carburant. Et bien, il se trouve que le New York Times vient de donner un coup de matraque supplémentaire à cette technologie. En effet, il s'avère d'après les multiples ingénieurs indépendants qui ont étudié le sujet que le gaz de schiste est présent dans des quantités largement inférieures aux prévisions d'origine aux USA. Pour le NYT le gaz de schiste et son succès financier sont une nouvelle bulle prête à éclater, rien que çà. D'après l'un des spécialistes interrogés, les puits s'épuisent de moitié dès la première année, ce qui veut dire qu'il faut en creuser un autre  après seulement un an d'exploitation ce qui change complètement le coût de production.

 

 

Ceux qui espéraient faire du gaz de schiste une alternative même momentanée au gaz classique ou au pétrole peuvent donc revoir leur copie. Cet article du NYT est un argument supplémentaire pour la non-exploitation de ces technologies en France. Car le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle comme on dit. Si ce n'est pour tous les petits escrocs qui espéraient pouvoir surfer sur la bulle. Après le nucléaire civil à fukushima, on peut dire que cette année 2011 n'est pas seulement violente pour nos économies, mais aussi pour le secteur de l'énergie. Le marché a d'ailleurs une fois encore prouvé sa capacité à s'autoaveugler. Puisque bon nombre d'investisseurs ont englouti des sommes faramineuses dans un secteur qui risque en grande partie de ne pas être rentable, surtout s'il faut changer les puits tous les ans.

 

Le marché seul çà ne fonctionne pas

 

Le fait est que le marché s'est emballé tout seul sur ces techniques ignorant les avertissements de spécialistes qui mettaient en doute la viabilité de la chose, et surtout de sa rentabilité économique. Comme à chaque fois les forces financières laissées à elle même ont perdu leur rationalité qui n'existe que dans la tête des économistes libéraux. Ceux qui faisaient les études devaient certainement avoir intérêt à montrer les données sous un jour avantageux. La privatisation totale de l'expertise scientifique aux USA a dû faire le reste. On a oublié les vertus du secteur public dès qu'il s'agit d'avoir un avis scientifique indépendant. Comme dans le cas de la crise des subprimes les juges étaient aussi les acteurs de sorte qu'un système de corruption croisée poussait chaque acteur à truquer les chiffres ou à créer des mécanismes pour les cacher. Et ce afin que les prix et les investissements montent sans arrêt. Jusqu'au jour où la réalité revient violemment en faisant s'effondrer le marché qui s'est avéré largement surestimé. À chaque fois c'est la même chose, mais personne ne veut revenir sur cette conception des choix d'investissement.

 

La rentabilité à court terme produite par l'excès d'investissement a produit ici des dégâts très importants à l'écosystème américain. Sans parler du fait que cet argent n'a finalement pas servi à grand-chose puisque ce gaz de schiste n'aura fait que retarder de quelques années la nécessaire sortie de l'énergie hydrocarbonée. Il est temps que les états reprennent la commande des opérations en matière énergétique, car le marché seul ne fera que produire bulle sur bulle dans des secteurs, sans mesurer vraiment si ce qu'il fait est bénéfique pour l'intérêt général. Il n'a jamais été plus urgent qu'aujourd'hui de faire appel à un état stratège visant des retours sur investissement à plus long terme. Je rappelle sur ce sujet de l'énergie que vous pouvez toujours consacrer ce texte sur le pétrole à micro algue ou encore celui-ci consacré à l'énergie de fission au thorium.

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 21:40

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S'il est un sujet qui revient fréquemment dans l'actualité c'est la bien celle de l'épuisement des ressources de la planète. Je souligne moi même souvent que la question de l'épuisement des ressources devrait faire partie des priorités gouvernementales, et en ce sens, je reconnais l'importance cruciale de ces questions. Moi même puis-je paraitre par moment fortement pessimiste sur ces questions, il n'en est rien pourtant. Je crois que nous sous-estimons grandement l'ingéniosité humaine, mais plus grave, l'excès de pessimisme de certains les aveugles bien souvent sur la source même des problèmes écologique. Nous multiplions les discours de contraction, de réduction, de limite en oubliant bien souvent que ces limites sont dans le cadre de nos façons de faire actuelle. En réalité, rien n'indique que l'humanité ne soit pas capable d'user de son intelligence autrement, ni qu'elle soit condamnée par l'usage actuel de la technique. Il ne faut pas passer d'un excès à l'autre, du progressisme technicien délirant à l'écologisme délirant prônant la dépopulation.  Oui il y a des limites au monde qui nous entoure, mais ces limites sont surtout dans nos façons de faire, dans la manière dont nous utilisons les ressources qui nous entourent. Comme on a coutume de le dire, l'âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierre, mais bien parce que nous avons appris à utiliser d'autres ressources d'une autre manière. Il en ira probablement de même avec la période actuelle.

 

Le problème démographique

 

  La première question qui revient le plus souvent est la question de la soutenabilité de la démographie humaine actuelle. On nous dit: « voyez donc comme la population humaine a augmenté et regardez les terres disponibles. Vous voyez bien que nous allons tous mourir de faim. » C'est un vieil argument que celui-ci puisque Malthus lui-même l'a utilisé. Il constatait à son époque que la population humaine augmentait comme une suite géométrique alors que la production agricole n'augmentait qu'à la façon d'une suite arithmétique. Dans ce cadre-là, Malthus a très logiquement conclu qu'il fallait absolument réduire le nombre des naissances d'où le terme malthusianisme qui est aujourd'hui couramment employé. Il se trouve que la thèse de Malthus fut complètement balayée par les faits, la production agricole ayant augmenté plus vite que la population in fine. Cette histoire est connue, cependant il est vrai que ce n'est pas parce que Malthus avait tort à son époque que son raisonnement est faux pour l'éternité des siècles.



Alors, posons-nous la question. La population humaine dans les prochaines décennies va-t-elle continuer à augmenter comme elle l'a fait jusqu'à présent? On nous montre ainsi des évolutions démographiques terribles imaginant une évolution de type exponentielle par rapport au passé. À l'image de ce graphique qui provient du blog postjorion. On nous met la population humaine en 2050 à 9 milliards d'habitants. Cependant l'on oublie de dire que la véritable révolution actuelle est un effondrement sans précédent de la natalité mondiale. En réalité, même les prévisions les plus optimistes de l'ONU en matière démographique n'avaient pas prévu une descente aussi rapide de la natalité mondiale. Nous en avons déjà parlé sur ce blog, le vrai risque pour l'humanité dans les siècles qui viennent sera plutôt du côté de la dépopulation extrêmement rapide que vont connaître la majorité des pays du monde. Le rapport MEADOWS que certains mettent à toutes les sauces n'avait pas du tout envisagé une telle baisse. D'autant que la théorie de la transition démographique n'est pas vraiment réalisée, car les pays qui tombent très bas en terme de fécondité ne remontent pas, ou alors très lentement. On se dirige donc vers un hiver démographique à l'échelle de l'humanité et non vers une extension sans fin. Les malthusiens devraient être contents, mais les idéologues n'en ont jamais assez. La surpopulation mondiale est une chimère du passé, vers 2040 nous vivrons sur une planète de vieillards en déclin. Le pic actuel sera suivie rapidement d'une forte baisse qui risque de faire ressembler l'évolution de la population mondiale à une courbe de Gauss et pas à cause de la famine. 

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L'autre problème est celui de la capacité de l'humanité à produire ce qu'elle mange. La révolution verte fut un échec, il faut dire que loin d'être verte cette révolution était en fait noire puisqu’à sa base il y avait l'usage massif de la pétrochimie, des engrais en passant par les pesticides de toutes sortes produit à base d'hydrocarbures. Cette agriculture complètement débile qui consiste à gaspiller des ressources rares comme le pétrole pour faire pousser des légumes et des céréales est effectivement une catastrophe, et elle est condamnée à moyen terme par l'épuisement des ressources en pétrole. Mais est-ce que pour autant il est impossible de nourrir l'humanité actuelle sans cela? La réponse est qu'en fait il existe déjà des méthodes agricoles qui sont bien plus performantes et écologiques que l'agriculture actuelle. J'avais déjà mis en ligne des vidéos de Claude Bourguignon, le spécialiste des sols qui montrait que l'on pouvait avoir une agriculture différente très productive avec de hauts rendements, mais nécessitant beaucoup plus d'intelligence que le système agricole actuel. Nous avons besoin d'investir dans les hommes, dans leur formation pour leur permettre de révolutionner la production agricole et pour mettre en place une agriculture à rendement croissant comme la permaculture. Même l'ONU a compris récemment que la question n'était pas dans le nombre d'humains, mais bien dans la façon dont nous produisons notre nourriture. Grâce à l'agroécologie et à une meilleure connaissance des sols, une connaissance scientifique et intelligente, nous pourrons remédier au problème de production mondiale malgré l'épuisement du pétrole. Les solutions existent, ce qui manque ce sont les volontés de les mettre en place. Il ne faut pas se tromper de cible, la vraie question ce n'est pas l'homme, la science ou même la croissance, mais l'usage que nous en faisons. Il faut changer les pratiques agricoles actuelles qui, même si la demande baissait, ne pourraient à long terme nourrir l'humanité à cause de l'épuisement des sols qu'elles engendrent. Même des pratiques anciennes comme le labourage sont en fait des pratiques destructrices. Une bonne part des pratiques agricoles actuelles sont en fait plus des croyances que des pratiques scientifiques.

 

 

Des ressources limitées sur terre, mais infinies dans l'espace

 

L'autre point qui revient souvent c'est l'épuisement des ressources. Là encore, un meilleur usage de ce qui existe est possible. Dans le cadre de l'énergie, il y a une multitude de domaines dans lesquels nous pouvons faire des économies. De nouvelles technologies pourraient nous permettre de nous passer de certaines matières premières. Si nous gaspillons autant, c'est avant tout parce que la mondialisation a permis à tous de produire n'importe quoi n'importe où. Si les pays avaient eu à se débrouiller seuls dans leurs coins ils auraient pu développer de nouvelles techniques à partir des ressources dont ils disposaient à l'image de ce qu'on fait nos ancêtres pendant des siècles. La crise actuelle des ressources provient d'une uniformisation des besoins et des modes de vie produisent par la mondialisation anglo-saxonne. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est étrange d'entendre des écologistes défendant la mondialisation et le libre-échange. L'amoindrissement de la diversité humaine dans ses façons d'être, de travailler, et de produire a considérablement réduit notre potentiel de créativité. Et elle a engendré un formidable gaspillage à l'échelle de la planète. Un monde moins uniformiser tel qu'il se dessinera sous l'effet de la nécessaire démondialisation devrait réduire énormément ce gaspillage des ressources.

 

Mais il faut aussi cesser d'être trop pessimiste sur la créativité technique humaine. En matière d'énergie par exemple il existe de multiples voies à prendre. En dehors de la fission classique à l'uranium, il y a la fission au thorium que nous avions abordé il y a quelque temps. La fusion nucléaire reste la voie la plus prometteuse pour l'avenir même si le choix de fusion qu'ont fait les Européens avec le projet Iter n'est peut-être pas le meilleur si l'on se fit à l’avis des scientifiques. Il y a des scientifiques comme Jean Robieux par exemple qui défendent la fusion par laser. Vous pouvez le lire sur  son blog. Mais plus largement si l'on regarde plus loin dans l'avenir, il est certain qu'en restant sur le plancher des vaches l'humanité aura tôt ou tard affaire à des pénuries. Pourtant des matières premières nous en avons à profusion au dessus de nos têtes dans des quantités astronomiques que seul notre manque d'ingéniosité et d'ambition actuelle nous empêche d'aller chercher. Il est temps que l'humanité sorte un peu de sa petite planète bleue et aille enfin exploiter les ressources énormes qui nous entourent. La période actuelle de l'humanité est une époque de pessimisme délirant. Tout est rétréci à cause de nos modèles économiques qui transfèrent les richesses vers des objectifs de moins en moins utiles collectivement. Le marché mondial a créé une très mauvaise allocation des ressources, nous dépensons des milliards dans la publicité dans la production et l'invention de gadgets sans autre intérêt souvent qu'enrichir quelques multinationales. Si toute cette énergie était mieux employée, par exemple dans le développement de programmes spatiaux ambitieux, de productions énergétiques alternatives la plupart de nos problèmes disparaitraient sans avoir à réduire le nombre d'humains sur terre. Comme je le disais dans le cas de l'agriculture c'est notre système économique,notre organisation qui produit les aberrations que nous connaissons.

 

Les USA viennent de mettre fin à leur programme de navette spatiale sans rien pour le remplacer et pendant ce temps ils dépensent des milliards dans l'armement et dans le renflouement du système financier. Et c'est la même chose en Europe où les crédits scientifiques sont ridicules en regard des dépenses phénoménales et inutiles que nous avons faite pour maintenir à la monnaie unique qui nous tue pourtant à petit feu. Un astronome américain a dernièrement fait parlé de lui à ce sujet, trouvant que les ambitions scientifiques de son pays ne cessait de décroitre il réveilla tout le monde en proposant le projet fou d'envoyer une sonde robotisée dans le système d'Alpha du Centaure à 4 années-lumière de la terre! Ce scientifique est énervé par ce manque d'ambition alors que la recherche spatiale fait des bonds de géant, nous découvrons des centaines d'exoplanètes tous les ans. Et maintenant il y a 86 planètes qui pourrait hypothétiquement abriter la vie vers lesquelles les astronomes du projet SETI pointe leur radiotélescope à la recherche de signaux radios hypothétiques. C'est ce manque d'ambition scientifique et ce pessimisme qui pourrait bien nous tuer en nous faisant passer à côté de solutions alternatives fabuleuses.

 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 21:05

 

    J'ai souvent critiqué les positions des écologistes, tout du moins les positions de certains écologistes. Je ne me sens pas concerné d'ailleurs par l'idée de décroissance qui fleur bon parfois avec une vision largement réactionnaire de la société, même si ses défenseurs se pensent parfois de gauche et progressistes au sens sociétale. En fait,  les préoccupations écologiques sont pour moi beaucoup trop sérieuses pour être laissé à des gens qui en font commerce, religion ou slogan publicitaire. Mais les discours quasi dogmatiques sur le progrès technique, vu comme un mécanisme forcement positif, sont pourtant tout aussi répréhensibles. Mon blog ne s'appelle pas « le Bon dosage » par hasard, l'excès est souvent la marque d'une certaine stupidité ou d'une incapacité à maitriser ses pulsions. Et je suis au regret de dire qu'Eric Zemmour vient de rejoindre pour moi le camp de l'excès sur les questions écologiques, alors qu'en général j'abonde souvent dans sa direction et ses idées que ce soit sur l'euro ou le protectionnisme.

 

 


 

Ne pas confondre progrès en général et progrès technique

 

 

Le pauvre Zemmour commence pourtant son propos en nous prouvant l'inutilité du gaz de schiste dont il semble pourtant vouloir défendre l'utilisation. En effet, il nous dit directement que les estimations des réserves de ce gaz en France donnent dix ans de consommation française. Et cela avec un niveau de consommation de gaz actuel constant . Dix ans ce n'est presque rien. D'autant que la fin du pétrole arrive, même les instances internationales les plus sérieuses le reconnaissent ce qui signifie qu'il nous faudra trouver un substitut et il est probable qu'à court terme le gaz jouera ce rôle. La consommation de gaz de schiste ne ferait en fait que reculer de quelques années la nécessaire réinvention de notre système de production énergétique. Le bon Zemmour est atteint ici d'un souverainisme bien mal placé, car faire d'une solution provisoire et très couteuse un projet d'avenir pour la production énergétique française, c'est  ne pas voir qu'en réalité ces efforts seront détournés des directions qui elles pourraient être réellement durable. Un peu à l'image de l'EPR qui a détourné la recherche de la mise en place de réacteurs au thorium pour l'énergie nucléaire en lieu et place d'un uranium que l'on sait condamné par l'épuisement rapide des ressources. Mais ici Zemmour ne s'intéresse pas vraiment au sujet qu'il traite, il tient, simplement à maintenir son rôle caricatural en évacuant du même coup le sujet de fond qui est pourtant essentiel, celui de l'énergie. Sa posture va même plus loin puisqu'il singe en quelque sorte les méthodes de ses adversaires les écologistes les plus caricaturaux à l'image de José Bové. Faire croire que toute nouvelle technique est un progrès au sens général est un mensonge pur et simple et il n'y a guère d'argument pour prétendre le contraire.

 

 

  Nous ne sommes plus au 19e siècle époque de l'obscurantisme technicien ou toute nouvelle technique était vu comme un miracle. En réalité, l'époque que Zemmour adule pour la période historique française en la qualifiant  d'éclairée était en fait bien peu rationnelle et scientifique. Cette période s'est d'ailleurs terminée par une boucherie monumentale. Une boucherie que le dogmatisme technicien a en parti produit. Les modernes étaient tellement persuadés que leurs techniques militaires modernes feraient des guerres rapides qu'ils se lancèrent gaiement dans ces conflits sans prendre en compte le danger que ces armes modernes représentées. L'esprit quasi religieux de la technique en du progrès qu'il représenterait à lui tout seul est mort à Verdun, mais il semble qu'Eric Zemmour soit resté coincé dans une autre époque. On connait d'ailleurs aujourd'hui les effets collectifs des technologies modernes, y compris celle qu'il cite, l'automobile. Elles sont parfois bonnes et parfois non, tout dépend de l'usage et du contexte. Ainsi l'automobile est un exemple frappant d'un mouvement transformant une technologie apparemment intéressante à court terme et à petite échelle, en un cauchemar lorsqu'elle est utilisée à grande échelle. L'automobile pouvait être intéressante à l'origine quand les routes étaient vides et le pétrole en quantité infinie pour la maigre utilisation que l'on pouvait en faire dans les années 20. Mais avec la démocratisation de cette technologie, sont arrivés les ennuis, et nous en sommes devenus dépendants. Nous avons même modifié nos villes pour faire circuler toujours plus de voitures.



Et tout cela pour quel résultat? On met en moyenne plus de temps aujourd'hui dans une ville comme Londres pour aller à son travail qu'en 1900 à pied ou en calèche, mais en polluant et en consommant une énergie qui s'épuise et qui nous rend dépendant de puissances étrangères.  L'automobile a fait exploser nos villes, elle a permis la séparation spatiale des classes sociales et favorisées la création de ghettos que par ailleurs Zemmour semble dénoncer. Si le moteur à explosion était resté dans un usage collectif modéré comme celui les services publics, l'histoire eu été certainement différente, mais la conjugaison du marché de masse, du modèle fordiste et du moteur à explosion a produit l'une des plus grandes erreurs techniques de l'histoire de l'humanité. Une histoire dont on ne sait pas comment elle finira, mais qui pourrait très mal se terminer. Nous avons brûlé des réserves précieuses d'un matériau magnifique qui trouve tant d'usage, mais que nous avons préféré gaspillé pour faire rouler des automobiles. Tout cela pour se retrouver dans des embouteillages en allant travailler quel progrès effectivement. La réalité n'est donc pas aussi simple que ce que suppose le raisonnement de notre journaliste réac préféré. Présenter le progrès technique comme étant toujours un progrès collectif est tout simplement dogmatique, tout aussi dogmatique que ceux qui nous disent que la terre est surpeuplée et que seule la décroissance est notre salut. Dans les deux cas, il y a une prétention à l'omniscience et un manque de modestie tout à fait symptomatique de croyance religieuse. Le progrès n'est ni un mal ni un bien tout dépend de l'usage collectif que nous en faisons, être rationnel c'est en mesurer ses limites et ses bienfaits.

 

 

Dans le cas du gaz de schiste dont nous avions parlé ici la question est de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Si la France avait sous ses pieds deux cents ans de consommation. Pourquoi pas? Dans ce cas à la rigueur cette technologie serait intéressante, mais on est bien loin de ces niveaux. Qui plus est, nous savons qu'il existe d'autres solutions pour l'alimentation en énergie, j'avais ainsi proposé ce genre de technologie durable comme exemple. Eric Zemmour devrait tout de même se poser la question de savoir pourquoi les technologies préférées des organisations capitalistes sont toujours celles qui nécessitent de lourds investissements et qui surtout concentre la production énergétique entre quelques mains. Comme dans le cas des OGM la vraie question n'est pas le technique en tant que tel, mais qui la développe. Et pourquoi? Comme je l'avais expliqué dans mon texte sur le gaz de schiste, le capital n'aime pas la concurrence et le marché. Ou plus exactement il aime le marché, mais seulement quand il est concentré entre peu de mains, produisant des marchés captifs. Dans les technologies de production énergétique, les capitalistes préfèreront toujours des énergies centralisatrices à des énergies théoriquement décentralisées ou tout le monde pourrait produire individuellement. On préfère donc le gaz de schiste à l'huile de microalgue par exemple ou à d'autres techniques pourtant au point et tout à fait capable de produire de l'énergie, mais qui permettent à monsieur tout le monde de devenir producteur. C'est exactement comme le maïs Monsanto qui vise à rendre les agriculteurs dépendant de cette entreprise pour maximiser les profits. On centralise au maximum pour détenir un marché captif d'où l'on tirera de très juteux profits. On ne s'intéresse pas à l'intérêt général, mais juste à l'intérêt économique de l'entreprise à court terme.

 

La technique est un moyen pas un objectif

 

 

    Enfin, on dirait que Zemmour et tant d'autres font de l'idolâtrie lorsqu'il parle de la science et de la technique, de la même manière que certains écologistes extrémistes le font de la nature. Le plus drôle c'est que bien souvent dans les deux cas les plus extrémistes ne sont pas ex même scientifique et n'en ont d'ailleurs pas la rigueur. La question du nucléaire que nous avons récemment abordé dans un texte sur le Japon et dans un texte sur l'alternative fissile du thorium,   a ramené au centre de nos préoccupations la question du sens de la technique dans nos sociétés. Car retrouver du sens, c'est bien ce que les humains du 21e siècle vont devoir faire. Nous vivons dans une réalité limitée, que ce soi par les lois de la physique, ou par le fait que nous vivons en société. Si le 20e siècle fut celui de l'abolition des limites et des frontières, le 21e sera certainement celui de leur retour sous toutes leurs formes y compris en matière de ressource naturelle. Adapter nos modes de vie et nos techniques à la réalité plutôt que de nous enfoncer toujours davantage dans la fuite en avant, telle doit être la lutte du présent. Il faudra également admettre que des technologies parfois intéressantes sur le plan individuel, en petite quantité, pourraient produire une catastrophe lorsqu’elles sont produites à l'échelle industrielle. Les seules technologies qui devraient être autorisées à être produites en masse sont celles qui ne nécessitent pas de matériaux rares, ou tout du moins qui en nécessitent de façon proportionnée à nos capacités de production et de préférence avec de productions recyclables. À l'heure actuelle, nous vidons la planète des terres rares pour produire des écrans plasma ou LCD. Ces matériaux ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs? Ici l'état aurait un grand rôle à joué non plus dans l'encouragement à une consommation déridé de tout et n'importe quoi, mais en introduisant les limites écologiques dans le processus économique. Il est dommage que Zemmour, apôtre de l'état régalien, n'ait pas plutôt appuyé en ce sens dans ses propos.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 18:00

nkm_reference.jpgLes dernières mesures proposées par le gouvernement pour lutter contre la pollution à l'intérieure des villes commencent à faire du bruit. Et pour cause, les mesures envisagées, si elles peuvent à première vu paraître de bon sens, s'avèrent en réalité s'appuyer sur une vision inégalitaire de la société. Et ce n'est pas la première fois que les politiques dites écologiques tournent à une nouvelle version de la lutte des classes. En effet, bon nombre d'aides pour des améliorations de type écologique se font le plus souvent sous la forme de baisses d'impôts, preuve que le gouvernement a une vision très bourgeoise de l'écologie. Comme la moitié des français  ne paient pas d'impôt, ils sont ipso facto exclus de ce genre d'aide et en plus pour ceux qui en paient, seules les tranches les plus élevées y trouvent vraiment leur compte. Mais là c'est la cerise sur le gâteau, puisqu'il s'avère que les dernières dispositions interdiraient aux véhicules d'un certain âge ou ne correspondant pas aux critères écologiques en place, d'entrer dans les centres-ville. Avec une telle mesure, n'en doutons pas, les bobos pourront se retrouver entre gens de bonne compagnie. Voilà bien une mesure qui ne pourra qu'agraver à terme le vieillissement et l'embourgeoisement qui caractérisent déjà la plupart des centres-ville en France. La prolophobie prend ici le visage de l'écologie, mais qu'attendre d'autre de gens aussi déconnecté du pays. Des gens  qui ne semblent pas voir que si le parc automobile français vieillit, c'est surtout parce que les salaires ne permettent plus à la plupart des gens d'acheter des véhicules neufs. Les dirigeants doivent sûrement croire que les français sont d'affreux collectionneur de bagnoles pourries réfractaires aux véhicules économes. 

 

Et d'ailleurs les derniers chiffres du crédit à la consommation montrent un sérieux coup de frein sur le dernier ressort de la demande française. Ainsi les jeunes de moins de 30ans ont compris que leur avenir est plutôt sombre, du moins à court terme, ils ont donc décidé de se passer de crédit autant qu'ils le peuvent. On est ainsi  en France  passé de 40% des personnes de cette tranche d'âge qui avaient un crédit en 2005, à seulement 33.5% en 2010. La France connaît actuellement son taux de crédit à la consommation le plus bas depuis que les statistiques sur cette question sont mesurées, c'est tout un symbole. Alors certes les gens sont peut-être plus responsables, mais c'est surtout la vision de leur avenir personnel qui doit les pousser à agir de la sorte. Pas d'emploi stable, un chômage qui gonfle, et une croissance qui ne redémarre pas ne sont pas vraiment des indicateurs qui inspirent confiance en l'avenir. Alors, pourquoi s'endetter? Cette situation rendra la décision sur les véhicules propres d'autant plus frustrante que les jeunes par exemple ne pourront tout simplement pas s'adapter à ces nouveaux critères  écologiques. Le gouvernement vient de trouver un bon moyen d'accroître encore les frustrations des plus jeunes. 

 

Dans une société où les inégalités économiques ne cessent de croître, faire une politique écologique qui ne prend pas ce facteur en compte c'est manifestement stupide. Et cela montre que c'est bien la seconde hypothèse Toddienne qui est la bonne les élites ne sont pas connes, enfin pas totalement, elles sont surtout complètement indifférentes aux problèmes d'une partie écrasante de la population. D'ailleurs il n'aurait pas était très difficile de remplacer cette proposition par une plus égalitaire, et en plus nettement plus écologique. En effet quitte à réduire drastiquement la pollution en ville que l'on interdise progressivement la circulation de tout les véhicules, hormis les transports et les services, dans les centres-ville des grandes agglomérations. Pour l'occasion on aurait pu engager des crédits publics pour le développement des transports en commun, ainsi que dans le but de densifier progressivement les villes pour réduire les distances entre les lieux d'habitation et les lieux de travail. Des politiques qui seront de toute façon nécessaires à long terme pour sortir du pétrole. Au moins là tout le monde aurait été logé à la même enseigne, les gens auraient gueulé certainement, mais pas pour les mêmes raisons. De plus la population a bien conscience que le pétrole s'épuise et qu'il faudra apprendre à s'en passer, c'était donc une bonne occasion justement de faire en sorte que tout le monde participe à l'effort équitablement. Bien évidement, cela aurait aussi embêté les ministres et leurs petits amis des centres-ville bourgeois. Alors non, la meilleure solution c'était de taxer ces vilains véhicules des pauvres qui polluent. En bref c'est toujours les mêmes qui sont lésés et cela commence sérieusement à énerver le populo qui n'est pas complètement con, quoiqu'en pensent nos dirigeants. Le faite ce que je dis, pas ce que je fais, a des limites. Non seulement cette politique est inégalitaire et peu écologique comme je l'expliquerais par la suite, mais en plus elle va accroître encore le fossé déjà béant séparant les classes aisées du reste de la population.  Alors qu'il faudrait au contraire les rassembler pour lutter ensemble et s'adapter à  une évolution énergétique que l'on sait pourtant inéluctable.  

 

Une mesure pas vraiment écologique 

 

L'effort écologique doit être partagé équitablement pour être accepté. Et l'on ne voit pas pourquoi seuls les plus pauvres de la population devraient se voir rejeter en dehors des villes avec leurs véhicules, pendant que les gens suffisamment aisés pourront continuer à rouler avec leurs véhicules pseudo-écolo qui consomment quand même du pétrole. On peut d'ailleurs rajouter à cette argumentation que le renouvellement du parc automobile est en soit un acte fortement polluant. Parce que ces véhicules moins polluants que l'on doit vendre aux français, on doit d'abord les produire, et donc utiliser des matières premières pour les fabriquer, ainsi que de l'énergie. J'ai donc une question à poser ici.  Combien de temps faudra-t-il pour que le gain en terme de pollution dû à l'usage de ces véhicules moins polluants, équilibre la pollution engendrée par le renouvellement du parc auto? Non, parce que l'acte le moins polluant en général c'est de ne pas consommer ou de consommer moins, pas de consommer plus.  Vous me direz, c'est pas grave de toute façon ces véhicules seront produits pour la plupart à l'étranger, délocalisation oblige, donc les poumons de nos amis bobo-écolos pourront rester propres.

 

On voit ici l'hypocrisie qui tient lieu de moteur aux décisions politiques, car on peut vraiment se demander s'il s'agit bien de mesures à vocation écologique ou tout simplement d'un moyen commode pour relancer le marché automobile français qui chancelle. En l'occurrence s'il s'agit de ça, alors effectivement il est normale que la mesure soit inégalitaire. En effet lorsque l'on connaît l'évolution du crédit à la consommation et l'évolution salariale en France, on sait que les pauvres et les classes sociales les moins riches ne pourront pas renouveler leurs automobiles. Dans ce cas autant cibler  les classes sociales aisées en mettant en avant un dispositif inégalitaire qui favorise les véhicules les plus coûteux pour la circulation en ville.  Loin d'être une décision écologique, il est donc probable que la première motivation soit la relance du marché automobile en poussant des gens qui en ont les moyens à renouveler leur voiture même neuve. Or il s'agit là d'un acte anti-écologique par nature puisque c'est manifestement du gaspillage. 

 

 

Le rationnement à la place du marché libre 

 

Maintenant que peut-on proposer pour faire apprendre progressivement  à nos villes à se passer de voiture sans pour autant prendre des mesures inégalitaires? La réponse est assez simple, il faut des mesures qui ne puissent être non contraignantes pour les gens aisés. Il faut simplement faire en sorte que l'argent ne soit pas un moyen d'échapper à l'effort nécessairement collectif de la sortie progressive du pétrole. Il ne faut donc pas se fier à des mécanismes de marchés ou à des méthodes du type baisse d'impôt pour investissement écologique. A la rigueur on subventionne directement les techniques propres pour en réduire le prix d'achat. Pour ce qui est de la consommation de pétrole en elle même pourquoi ne pas faire comme nos prédécesseurs au sortir de la guerre. En période de pénurie l'histoire nous montre que ce n'est pas vers le marché que les nations se dirigent, mais vers le rationnement quantitatif et la planification collective de la consommation, seuls véritables moyens de faire des économies sans pour autant créer de fortes inégalités.

 

On pourrait très bien mettre un quota d'utilisation annuel ou mensuel de pétrole à ne pas dépasser. Les matériels informatiques d'aujourd'hui rendent cela assez simple à mettre en pratique.  Chaque personne recevrait une carte à puce avec une quantité pétrole à utiliser annuellement sous forme de crédit pétrolier à consommer. A la station de service un appareil débiterait progressivement votre carte en fonction de la quantité de carburant consommé, et une fois le plafond atteint plus possible d'acheter du pétrole même si vous avez l'argent pour le faire. Un tel dispositif engendrerait un meilleur comportement et une limitation de la consommation et de l'usage des voitures de façon égalitaire, le prix du pétrole restant le même pas d'augmentation des taxes. Ensuite on pourrait même favoriser la moindre consommation en faisant en sorte que l'état rachète les points non utiliser de consommation de pétrole. Ainsi, moins une personne utiliserait de pétrole et plus d'argent elle pourrait toucher au moment du renouvellement de ses points. De quoi favoriser un comportement civique je pense. L'autre avantage c'est que l'on pourrait fixer une quantité  de pétrole maximum que la France s'autoriserait à consommer annuellement, ce qui est impossible à faire si l'on reste dans la logique du marché. On pourrait ainsi planifier une sortie à plus ou moins long terme du pétrole en fonction des évolutions technologiques et des comportements de la population.

 

Au final vous voyez que l'écologie n'est pas forcement inégalitaire, elle l'est en France parce que ceux qui nous dirigent n'ont aucun souci du bien commun. Seul compte en fait leur petit confort et celui de leurs proches sociologiquement parlant. J'espère quand même  que ces mesures inégalitaires ne dégoûteront pas définitivement les français de l'écologie, car il y a bien urgence en la matière. Il ne faut plus laisser l'écologie aux couches sociales aisées, car c'est le meilleur moyen pour que rien de change concrètement. 

 

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