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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 16:49

 

Si l'affaire ne fait pas forcément grand bruit dans les médias. Surtout comparativement aux multiples affaires de divertissement sociales du terrorisme islamiste aux nombreuses divagations d'Éric Zemmour, elle est pourtant nettement plus importante et exemplaire. Il s'agit bien sûr de la question de la crise énorme qui sévit en chine sur la viande de porc. Il s'agit là d'un problème important parce que la structure libérale de notre économie et l'absence de frontières commerciales vont permettre aux crises de s'exporter chez nous. En ce sens, la crise du porc chinois est emblématique de l'absurdité de la globalisation commerciale. Une globalisation qu'on a eue de cesse depuis quarante années de nous vendre comme une immense opportunité.

 

 

Tout d'abord, rappelons une évidence, plus il y a d'échanges, plus il y a de risques de transmission de maladies. Cette évidence fait même craindre à l'OMS des épidémies de virus ou de bactéries d'ampleurs jamais vues dans les décennies qui viennent. On ajoutera d'ailleurs au passage que l'abus des antibiotiques produit lui aussi une montée en flèche des résistances aux bactéries que ce soit chez les humains ou chez les animaux d'élevage. Petite anecdote du même acabit, les cafards et les blattes sont en route pour une victoire contre l'industrie des pesticides et de l'humanité. En effet, on a appris cet été que de plus en plus de ces petites bestioles résistent à la totalité des pesticides connus. On imagine les ravages si une telle évolution touchait des ravageurs de cultures comme les doryphores.

 

Dans le cadre de l'élevage l'usage décomplexé des antibiotiques sous la pression du marché libre et de la dérégulation économique y entraînent même un usage extrême. L'on peut être sûr que si des super maladies apparaissent elles le feront d'abord dans le secteur de l'industrie agroalimentaire. Et la vitesse à laquelle se déplacent les populations et les marchandises aujourd'hui rend extrêmement difficile un éventuel contrôle de la circulation en cas de crise sérieuse à ce sujet. La crise porcine chinoise a ainsi des origines africaines, chose qui aurait été impossible il y a seulement 50 ans. De fait, la mondialisation n'a pas renforcé l'humanité, mais l'a globalement fortement affaibli d'une part en éliminant le partitionnement naturellement des populations qui était un frein naturel aux épidémies. Mais aussi en favorisant par les multiples échanges les mutations possibles et l'acclimatation de maladies et d'espèce ravageuses lorsqu'elles sont implantées par inadvertance dans des milieux qui leur sont étrangers. Les exemples en la matière pullulent. Il est d'ailleurs incroyable de lire des prétendus écologistes d'une part critiquer à raison l'implantation d'espèce invasive en dehors de leurs milieux naturels. Tout en ne faisant pas le même raisonnement sur le commerce, la démographie et les hommes. Car oui ce qui est mauvais sur le plan naturel l'est aussi pour les cultures et les sociétés, nous en avons un exemple avec l'importation du radicalisme islamique à travers l'importation de populations musulmanes.

 

La crise de la pomme de terre irlandaise au 19e siècle

 

Mais la crise la plus palpable que produit cet effondrement de la production porcine en Chine c'est bien évidemment son effet à travers les prix du marché. Ne nous y trompons pas, il s'agit là d'une prémisse des multiples problèmes qui vont apparaître dans les décennies qui viennent. D'une part à cause du libre-échange, ensuite parce que le modèle de développement économique actuel va produire des pressions de plus en plus fortes sur les ressources de la planète. De telle sorte qu'un jour ou l'autre la France va se retrouver face à une question lancinante et fondamentale. Faut-il nourrir les nôtres avant les autres ? L'illusion de richesse produite par le libre-échange qu'on pourrait qualifier de grand gaspillage planétaire a atteint ses limites. En promulguant le même modèle de développement pour la planète entière et en spécialisant des régions gigantesques dans telle ou telle production, il a mécaniquement créé d'énormes déséquilibres entre les sociétés humaines et leur environnement proche.

 

Cette uniformisation des concepts, de la façon de voir le monde, et de la manière de vivre entre en contradiction avec l'efficacité des systèmes naturels comme je l'avais expliqué dans un vieux texte de 2014. Les sociétés humaines réellement efficaces sont celles dont le système économique est encastré dans leur géographie et leurs contraintes naturelles. On mange du pain en France parce que le blé pousse très bien sur les plaines de la Beauce. On mange du riz au Japon parce qu'il y a beaucoup de rizières et que le climat y est propice. Les sociétés humaines et leur culture sont le produit de ces contraintes multimillénaires. Le libre-échange a cassé cet équilibre en permettant à n'importe qui de consommer n'importe quoi n'importe où. Créant des aberrations géantes comme les villes sans avenir du désert de Dubaï totalement énergivore et non viable sans un gaspillage énergétique monstrueux. Ou en faisant des petits Pays-Bas un énorme exportateur de fruit et légume en épuisant ses sols avec une agriculture totalement folle et dépendante du gaz local qui s'épuise. De la même manière, les Chinois et les Indiens mangeaient peu de viande parce que leur densité de population largement supérieure à celle de l'Europe de l'Ouest rendait cette consommation en masse impossible. Sans le savoir, les Indiens ne sont pas végétariens uniquement par croyance. Leur croyance les a poussés à se comporter de façon compatible avec leur environnement immédiat. C'est l'avènement de l'agriculture intensive et de l'usage de produit pétrolier qui a rendu momentanément possible ces changements dangereux. Rien n'interdit bien évidemment que des progrès puissent faire coïncider ce changement de pratique de consommation avec leur environnement. Mais à l'heure actuelle, c'est loin d'être encore le cas.

 

De fait, ces énormes pays importent de plus en plus de nourriture et font donc monter les prix de porcs dans le cas qui nous intéresse présentement. Cette affaire nous questionne donc sur l'intérêt pour nos pays à exporter nos denrées. J'ai souvent parlé sur ce blog des effets délétères du libre-échange dans nos capacités de production. L'importation massive de produits asiatiques, allemands ou d'Europe de l'Est a détruit une bonne partie des capacités de production française. Mettant ainsi la France sous la menace pure et simple d'une perte totale de capacité d'autonomie. C'est d'ailleurs vrai aussi sur le plan agricole tant les dégâts de l'euro sont catastrophiques pour nos producteurs. Mais les exportations sont également problématiques. En effet, exporter revient à caler les prix de production nationaux sur les prix mondiaux. Si demain les producteurs locaux ont plus intérêt à exporter qu'à vendre localement qu’adviendrait-il du remplissage des besoins locaux ? Comme on l'a vu dans le cas des médicaments où la France subit désormais des pénuries systématiques, il n'est pas à exclure que la France à l'avenir ait des pénuries alimentaires ou que l'inflation des prix mondiaux sous la pression chinoise entraîne une incapacité pour de plus en plus de français de se nourrir. Et cette question n'est pas nouvelle.

 

Au 19e siècle le libre-échange a entraîné la tristement célèbre crise irlandaise. Une crise où la Grande-Bretagne a préféré les dogmes du marché libre à la régulation des prix et à la nourriture des Irlandais entraînant une famine invraisemblable qui fit un million de morts et un million et demi d'expatriés vers l'Amérique . L'on a fait le procès du communisme et du nazisme il faudra un jour faire celui du libéralisme. Car si le communisme avait comme maladie les fréquentes inadéquations entre la production et l'offre le capitalisme dérégulé a des tares tout aussi graves qui peuvent produire la mort en quantité industrielle. Les états régulés d'après-guerre ont fait oublier les crimes du libéralisme qui s'est fait tout petit pendant trente ans, mais il est aujourd'hui de retour dans toute sa violence et ses conséquences.

 

Interdépendance et chaos structurel

 

Cette crise porcine va donc faire grimper le prix du porc en France alors que la France ne connaît aucun problème de production. Elle a surtout un problème de distribution avec une trop grande concentration des centrales d'achat produit de ce qu'il faut bien appeler le cartel de la grande distribution. Système qui favorise beaucoup trop les intermédiaires au détriment des producteurs et des consommateurs. Mais voilà un problème particulier résultant de la spécialisation débile de nations entières. Verra-t-on en 2025 ou 2030 une France crier famine pendant que les entreprises d'exportation se feront des valises de platine pour nourrir la Chine ? Croit-on sérieusement qu'une société qui tourne ainsi puisse être durablement stable et saine ? Le système de production d'une nation ne doit-il pas plutôt d'abord remplir les besoins locaux avant toute chose?

 

Autre problème, ces interactions de plus en plus complexes produites par le libre-échange et la libre circulation des capitaux entrainent une incompréhension de plus en plus grande de l'économie. Ainsi la récente crise des liquidités est advenue sans une réelle anticipation des autorités. Comme le rappelle l'économiste pourtant très libéral Bruno Bertez : « Le vrai problème selon nous, ce n’est pas le coté spectaculaire des masses en jeu, nous sommes habitués à tout cela et nous savons que les sommes que brassent le monétaire, le funding, les changes, les dérivés sont astronomiques. Non ce qui est absolument effrayant c’est de constater que personne n’a une explication crédible à avancer. » Un aveu pour un libéral que le grand mécano des marchés libres avait accouché d'un monde irrationnel et imprédictible.

 

Et pourtant c'est quelque chose de très connu en science de l'automatique par exemple. Une science qui consiste à modéliser des systèmes complexes et à les réguler en fonction de ces modèles. De fait pour qu'un système soit gouvernable il faut déjà être capable de modéliser le système en question. Plus vous avez d'entrées et de paramètres et plus la modélisation est difficile. Le pire étant probablement le climat bien que certains prétendent le comprendre parfaitement grâce à leurs prédictions apocalyptiques. Rappelons qu'un simple système à double pendule est chaotique par exemple. On voit ici que les apprentis sorciers de la finance qui croient maîtriser un machin aussi complexe que leur globalisation sont passablement prétentieux. Ensuite, il faut des entrées de commande dans le système pour le commander. Sur un système électrique, la régulation est faite souvent par la tension électrique ou la fréquence d'un signal. Dans le système économique, il n'y a guère que l'état et les banques centrales à pouvoir intervenir. Vous remarquerez que l'état a été éjecté de l'équation, ne reste plus que les banques centrales.

 

De fait, tout ce qui concourt à complexifier les interactions économiques tend à rendre le système de moins en moins gouvernable et de plus en plus chaotique. La crise porcine tout comme la pénurie des médicaments ne sont pas de simples aléas, ils sont le produit de ces dérégulations, de cette volonté de rendre notre système économique ingouvernable et donc chaotique. Certains bien évidemment y gagnent, mais pour la majorité le coût dépasse désormais largement les gains mêmes si une grande part de la population ne s'en est toujours pas rendu compte. Si nous voulons à nouveau être maitres de notre destin commun, si nous voulons rendre un sens au mot démocratie. Il faut donc rendre à nouveau intelligible les interactions économiques, et donc rendre gouvernables notre société. Il est plus que temps de minimiser les interactions avec l'extérieur. De minimiser les importations, mais aussi les exportations. Et ainsi de rendre à nouveau notre système de production compatible avec son cadre naturel et géographique. Ce sera mieux pour la planète, mais aussi beaucoup mieux pour la sécurité des Français à long terme ainsi que pour la stabilité sociale dans son ensemble. Pour paraphraser Albert Camus mettre de la complexité dans le système économique, c'est ajouter au malheur du monde. C'est en simplifiant le système économique grâce aux frontières commerciales, financières et démographiques, que l'on pourra à nouveau rendre notre monde intelligible, et donc gouvernable.

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 21:34

 

Décidément les autorités des pays occidentaux sont de plus en plus perdues . À tous les niveaux, elles multiplient les incohérences que ce soit au niveau des politiques économiques ou géostratégiques. La dernière preuve de cette panique est la réaction des autorités de la BCE face aux conséquences de leurs propres doctrines pratiquées depuis des décennies maintenant. C'est que leur champion, l'Allemagne, grande maîtresse du parasitisme économique par excédent commercial interposé, est désormais en panne. La zone euro entre petit à petit en dépression malgré les énormes excédents de la zone. Preuve s'il en fallait, que l'excédant commercial n'est pas la panacée universelle que les idéologues du mercantilisme new-age prétendent. Car ce n'est pas l'ampleur de l'excédent commercial en lui même qui tire la croissance, mais bien plus le volume d'échange. Avoir un excédent commercial en faisant plonger tous ses voisins en récession avec des déficits commerciaux n'a pas permis à l'UE de connaître une forte croissance ces 20 dernières années, c'est même tout l'inverse. L'Allemagne allait finalement bien mieux économiquement à la fin des années 90, alors qu'elle avait un léger déficit commercial.

 

Les grands déséquilibres de la zone euro couplée à la course au moins-disant salarial ont donc conduit à la fin inéluctable qui attend le système du marché dérégulé la panne sèche puis la récession permanente. Surtout dans une zone économique touchée par une dépression démographique. Il n'y a aucune raison pour que la croissance reparte sans une intervention de la puissance publique. Mais quelle puissance publique me direz-vous ? En effet, l'UE n'est pas un état fédéral et encore moins une nation. Le budget de l'UE est de toute façon trop ridicule pour avoir une véritable politique macroéconomique à l'échelle des nécessités actuelles. Donc il ne peut pas y avoir de plan de relance économique européen à l'échelle de la commission. Quand aux états ils ont été castrés par les traités absurdes à commencer par celui de Maastricht et du TCE. Les états de par les contraintes qu'ils se sont eux-mêmes imposées par le truchement des traités européens n'ont aucune marge de manœuvre . Il ne reste donc plus que la BCE pour relancer l'économie de la zone. Les responsables de l'Union européenne qui viennent de redécouvrir les effets à long terme du marché libre commencent donc à paniquer. Ils se remettent à sortir Keynes de la naphtaline, en partie du moins, la partie la moins gênante pour leur propre modèle de référence. Ils s'en tiennent à l'analyse de la demande globale se rendant compte que la croissance ne repart pas toute seuls. Ils vont donc un peu rompre avec leur doctrine du laissez-faire comme ils l'avaient fait lors de la crise de 2008-09 en intervenant pour sauver les banques et éviter de justesse une panique bancaire qui aurait été catastrophique. Mais comme à cette époque ils ne relisent pas entièrement les expériences du passé. Keynes et les économistes des années 30 ont pourtant vécu exactement les mêmes déboires avec des acteurs différents.

 

Eux aussi ont commencé par de timides réactions en demandant la baisse des taux d'intérêt pour les banques centrales . Puis petit à petit voyant que cela ne marchait pas ils en sont venus à des théories et des pratiques de plus en plus radicales. La politique de Roosevelt ou du CNR après guerres sont en grande partie le produit de ces évolutions intellectuelles qui furent réalisées durant les années 30. Keynes était un libre-échangiste en 1918, il deviendra protectionniste durant les années trente mettant même en garde contre la libre circulation des capitaux qui était responsable de drame et de mauvaise allocation de ressource et d'investissement. Mais les dirigeants européens actuels n'en sont qu'à la première étape alors que la crise a déjà dix ans même s'ils l'ont longtemps camouflé par des dettes publiques et privées. Rappelons que la zone euro n'a toujours pas retrouvé son PIB d'avant la crise de 2008. Maintenant que la chimère allemande tombe à son tour, il va devenir de plus en plus difficile de trouver un modèle de référence pour défendre de libéralisme total.

 

La BCE ne peut pas relancer l'économie européenne

 

Mais si théoriquement la BCE et l'UE peuvent relancer l'économie en injectant de la monnaie c'est oublier un peu vite les contraintes qui s'imposent à cette pauvre zone monétaire non optimale. Avoir une politique monétaire et économique unique sur un territoire aussi disparate risque surtout de faire s'amplifier les problèmes de déséquilibre macro-économique de la zone. Rappelons qu'il y a des pays fortement excédentaires dans la zone euro et des pays fortement déficitaires. De sorte qu'une politique macro-économique unique aura pour seul effet d’accroître les déficits des pays déjà déficitaires. Si chaque pays pouvait aligner une politique monétaire propre à sa relance en dévaluant par exemple nous n'aurions pas cette problématique, mais les européistes ont voulu l'euro et l'euro rend mécaniquement impossible une politique de relance équilibrée. En injectant de la monnaie sous forme de baisse d’impôt ou de donation monétaire par création sur les comptes comme l'explique Jacques Sapir dans cette vidéo, cela relancera la croissance dans les pays excédentaires, mais on aura dans le cas de la France par exemple un fort accroissement des déficits commerciaux déjà passablement élevés. Avec à terme une croissance qui ne pourra pas se maintenir puisque la consommation française se fera surtout sur des produits importés allemands ou autres, les producteurs locaux n'étant pas compétitifs dans le cadre économique actuel. Mais peut-être est-ce là l'unique but des dirigeants de l'UE complètement inféodés aux intérêts allemands. La BCE est bien à Frankfort après tout.

 

En fait, les politiques de relance n'ont pas de sens dans un contexte libéral. La crise économique qui nous frappe maintenant depuis longtemps n'est pas le produit d'un simple accident, c'est structurel. C'est l'organisation macro-économique tournée autour des idéologies néolibérales des années 70 qui est responsable de la panne . Et l'injection minimale de quelques principes keynésiens pour sauver le soldat allemand n'y changera pas grand-chose. Elles peuvent même aggraver la situation en entraînant une méfiance vis-à-vis des monnaies ou plonger certains pays dans de graves situations macroéconomiques. On le voit dans le cas des USA qui accumulent des dettes extérieures de plus en plus abyssales parce qu'ils n'ont fait jusqu'à Trump que des politiques de relance sans se soucier des déficits extérieurs. Dans le cas des USA il est vrai également qu'il y a le problème du dollar qui par sa nature internationale rend la gestion macroéconomique difficile.

 

Politique de relance et régulation par les frontières

 

Les politiques de relance keynésiennes ne sont pas des politiques qui visent à accroître la dette ou à distribuer de la monnaie gratuitement comme ça sans réfléchir. Elles proviennent d'une réflexion sur le lien entre production et consommation, elles admettent l'incapacité inhérente du marché à s'autoréguler. Il n'y a pas de main invisible qui rendrait comme par enchantement les intérêts individuels des uns et des autres compatibles avec l'intérêt général. Bien au contraire l'expérience montre que bon nombre d'acteurs économiques peuvent avoir intérêt à court terme à agir contre l'intérêt général. Les politiques macroéconomiques sont là pour rendre possible la coexistence d'une certaine liberté individuelle avec l'intérêt général. Un intérêt général qui est naturellement défini par la politique et les hommes politiques eux-mêmes légitimés par les élections. Naturellement, cela veut dire que parfois l'action collective doit aller contre l’intérêt de certains individus ou groupes d'individus. Mais c'est obligatoire dans une société relativement civilisée. Les Occidentaux s'ils veulent sortir de leurs crises à répétition vont devoir réapprendre à remettre l'intérêt individuel à sa place c'est-à-dire en dessous de l'intérêt général. Dans le cadre culturel actuel il n'y a probablement pas plus subversif comme objectif. En effet l'individu et ses droits sont devenus presque identitaires pour l'occident américanisé.

 

Je rappelle donc que la politique de relance keynésienne n'a de sens que dans un cadre relativement fermé que ce soit commercialement ou financièrement. Il s'agit là d'une condition impérative au bon fonctionnent d'une relance. Une condition auquel la zone euro totalement ouverte ne correspond absolument pas à l'heure actuelle. Dans ce contexte la politique de relance consiste alors à accroître la masse monétaire de diverses manières suivant le contexte. On peut effectivement imaginer une distribution directe d'argent sous diverses formes ou une politique d’investissement technologique, scientifique ou industriel. L'important c'est que l'argent injecté entre sur le marché pour augmenter la demande. Cette demande produira un effet dit multiplicateur, car non seulement l'injection directe de monnaie augmentera les revenus disponibles et la consommation. Mais ces effets auront une influence à plus ou moins long terme. Plus l'économie du pays produit elle même ce qu'elle consomme et plus les effets de la relance seront longs et forts.

 

On montre assez facilement que les politiques de relance dans des pays relativement fermés voient leur PIB s’accroître nettement plus vite que la dette engendrée par la politique de relance. De sorte qu'à terme le poids de la dette se sera réduit proportionnellement au PIB. C'est pour cette raison que les pays comme la France ont connu une si forte croissance après guerre avec des relances budgétaires régulières sans que les poids de la dette ne s’alourdissent . Rajoutons qu'à l'époque l'état empruntait à taux 0 à la banque de France ce qui permettait un accroissement de la masse monétaire sans intérêt contrairement au système absurde actuel. Vous me direz, et l'inflation alors ? L'inflation a été très forte pendant les trente glorieuses, mais les salaires ont alors grimpé plus vite. Le niveau de vie a donc fortement augmenté. Alors que dans notre modèle actuel, tourné vers la rente, l'inflation est faible, mais la hausse des salaires encore plus, ce qui entraîne une stagnation, voir une régression, du pouvoir d'achat pour une partie de plus en plus importante de notre population.

 

Quoi qu'il en soit il est intéressant de voir que les pontes de la BCE commencent à trembler devant la possibilité d'une entrée en récession de la zone euro et particulièrement de l'Allemagne. Seulement peut-on attendre des mêmes personnes qui n'ont absolument rien appris de la crise du système bancaire de 2007-08, qu'ils tirent cette fois un raisonnement rationnel sur les conséquences de leurs propres dogmes ? Car ce n'est pas seulement les politiques de relance qu'il faut réenvisager en Europe, c'est toute l'architecture économique. L'UE signe encore des traités de libre-échange à l'heure actuelle avec d'autres zones économiques alors même que ce libre-échange rend impossible une politique de relance macroéconomique et favorise la baisse des salaires. La hausse des salaires continue d'ailleurs d'être considérée comme une catastrophe alors qu'elle devrait être au contraire l'objectif premier du progrès économique. Et je ne parle même pas des imbéciles comme notre président qui démolit l'un des piliers macroéconomiques de notre pays en saccageant notre système de retraites ce qui va aggraver encore plus la compression de la demande en France. Le problème central de l'UE, de la BCE et des dirigeants européens c'est qu'ils pensent d'abord à l’intérêt de la rente et du capital avant l'intérêt général. Nous sortirons enfin du dogmatisme libéral le jour où l'on aura compris que le but d'une économie n'est pas d’accroître indéfiniment les revenus de ceux qui en ont déjà beaucoup trop, mais de permettre à l'ensemble des citoyens de profiter des gains de productivité et du progrès technique. Si le progrès économique ne profite qu'à certains, ne vous étonnez guère si la majorité finit par jeter à la poubelle la notion de progrès elle-même et ceux qui la défendent.

 

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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 22:13

 

L'on voit poindre ces derniers temps des textes qui lient la faiblesse de la croissance à la seule question démographique. C'est particulièrement vrai sur le site lesakerfrancophone.fr que personnellement je n'apprécie guère pour plusieurs raisons. Il n'est pas ici question de faire le procès de ce site qui après tout ne fait que donner son opinion sur divers sujets qui concernent les questions économiques ou politiques comme je le fais moi même. Mais il faut cependant bien voir que ce site tire ses analyses de la version américaine, qui elle-même est une représentante du courant libertarien américain. Un courant de pensée pour lequel je n'ai guère d’appétence et qui par certains côtés s'avère encore plus dogmatique et réactionnaire que les néolibéraux . Il faut bien voir que le courant libertarien voue par exemple un culte à l'écrivaine Ayn Rand qui était quasi explicitement une darwiniste sociale. Les pauvres sont pauvres parce qu'ils le méritent et il est anormal de faire une politique d'éducation publique. L'éducation devant être réservée aux gens supérieurs qui ont les bons gènes. Je crois important de rappeler ce qu'est le courant libertarien tant je vois l'influence qu'il commence à exercer chez certains de mes compatriotes surtout chez les prétendus nationalistes. Le darwinisme social ou l'eugénisme sont, je crois, particulièrement étrangers à la culture française et j'aimerais bien que cela le reste à titre personnel. Le mythe du marché totalement dérégulé qui fonctionne tout seul comme par magie grâce à la sainte loi de l'offre et de la demande atteint chez les libertariens des sommets d'absurdité.

 

 

Il arrive bien sûr aux libertariens de dire des choses raisonnables et vraies parfois bien évidemment, mais c'est souvent pour de mauvaises raisons. Il paraît que cela arrive même à Macron de temps en temps. Je me bornerais donc ici rapidement de répondre à la question que ce texte des Saker sur le lien entre la croissance et la démographie. Pour l'auteur de ce texte, Chris Hamilton, la fin du monde arrive donc en 2020. Pardon, je voulais dire la fin de la croissance de la population chez les pays qui consomment le plus et donc la fin de la croissance économique tout court. C'est ma foi aller un peu vite en besogne et grandement simplifier le rapport entre la démographie et le développement économique qui n'est pas si simple qu'un produit en croix puisse le résoudre. Tout d'abord, le premier économiste moderne à vraiment avoir abordé le sujet de façon sérieuse fut Keynes, grand ennemi des libertariens et des apôtres du libéralisme. Il faut relire sa Lettre à nos petits-enfants qui résume ce lien entre la démographie et le progrès économique. Si la croissance économique est effectivement en partie le fruit de la croissance de la population, elle est aussi le fruit des gains de productivité et de la hausse du revenu qu'ils permettent. Au demeurant, monsieur Hamilton fait dans son texte une preuve de son adhésion à l'idéologie libertarienne par cette formule : « Penser qu’une plus grande productivité ou l’innovation peut créer une plus grande activité économique n’a pas de sens dans un contexte de dépeuplement. Les diminutions indéfinies du nombre de consommateurs par opposition aux augmentations indéfinies de la capacité ne font que créer une surcapacité et une déflation toujours plus grandes. » En lisant cette phrase, je me suis demandé si l'auteur comprenait bien le sujet dont il traite.

 

Ce monsieur nous explique en gros que le progrès technique n'améliore pas la richesse globale. C'est d'une bêtise sidérante si je puis me permettre. En réalité, c'est seulement la hausse de la productivité du travail qui permet l'amélioration du niveau de vie. Il y a ici une confusion entre la croissance globale qui inclut l'effet croissance démographique et l'effet hausse des salaires avec celle de la productivité et le seul effet de la croissance démographique. Or comprenons-nous bien, la seule croissance intéressante c'est la croissance produite par la hausse de la productivité et le progrès technique. Doubler le PIB du pays en doublant sa population ne fait pas de votre pays un pays plus riche par tête . Le niveau de vie reste exactement le même. Certes, vous êtes plus gros et vous pouvez jouer les gros bras avec vos voisins, mais vous n'êtes pas plus riche. Par contre, maintenez donc votre PIB en diminuant de 20 % votre population et votre PIB par tête aura augmenté de 25 % CQFD. Évidemment tout ceci n'est pas aussi simple. Il est vrai que les investisseurs anticipent l'évolution du marché pour faire leurs investissements. Et dans un pays avec une tendance déclinante sur le plan démographique, ils auront naturellement tendance à diminuer leurs investissements. Mais c'est là qu'il faut bien comprendre la Macroéconomie et les propos de Keynes sur la question qui reste toujours infiniment plus intéressante que les divagations libérales sur le marché libre.

 

Quand Keynes écrit son texte « Quelques conséquences d'un déclin de la population », il s'intéressait sur les effets à long terme d'une baisse de la population sur le comportement macroéconomique général. Loin de faire un mauvais procès à Malthus, il en a fait un certain éloge rappelant d'ailleurs que Malthus n'avait pas seulement critiqué la croissance trop rapide de la population, il a également à la fin de sa vie reconnu qu'un déclin démographique pouvait être tout aussi redoutable. Comme beaucoup de choses en ce bas monde il vaut mieux choisir la voie de la modération, ce n'est pas un hasard si mon blog s'appelle le bon dosage après tout. Pour Keynes la croissance démographique ce n'était pas forcément quelque chose de souhaitable. Il pensait même qu'une légère baisse pouvait permettre d'améliorer plus rapidement les conditions de vie de la population sans pour autant tomber sur des natalités extrêmes comme certains fous nous le proposent chez les écologistes extrémistes. Mais cette amélioration du niveau de vie par la légère baisse de la population n'est possible que si certaines conditions sont réunies. Et ces conditions ne sont justement pas remplies dans le cadre du laissez-faire libéral justement. D'où probablement l'inquiétude de notre ami libertarien qui vient de s’apercevoir que le déclin démographique condamne définitivement le libre marché et ses dogmes.

 

En effet la croissance économique produite par la hausse permanente de la population permet au marché libre de se réguler d'une certaine façon par le simple effet de redressement que constitue l'augmentation permanente de la demande par la hausse de la population. Dans ce cadre optimiste sur le plan démographique même si le marché fait n'importe quoi comme à son habitude ses craquements seront finalement corrigés par la hausse de la demande produite par l'effet démographique. Même si les salaires et les investissements baissent sur une période postérieure à un craquement de bulle l'effet démographique permettra au marché de se redresser naturellement. Bien sûr, on ignore ici la catastrophe que représente pour des millions de personnes le fait de perdre leurs emplois et de mourir de faim, mais l'on se place du côté de l'idéologue libéral et darwiniste. L'important c'est que finalement le marché se remet à fonctionner grâce à la béquille démographique. Or que se passe-t-il si cette béquille disparaît ? C'est simple, le marché ne remonte jamais. Pire que ça, les entrepreneurs nourrissent la dépression en réduisant leurs investissements et en licenciant. C'est la fameuse formule de Keynes "Demain nous serons tous morts". On notera tout de même que même avec sa béquille démographique le marché fonctionne extrêmement mal en produisant d'énormes gaspillages, des inégalités, sans parler du chômage structurel. Les USA des années 30 avaient beau avoir une forte croissance de la population, l'économie n'a réellement redémarré qu'avec le New Deal, puis la guerre qui permit politiquement à Roosevelt de faire des plans de relance à la mesure de la crise de surproduction.

 

Plus la démographique chancelle, moins il faut d'inégalités.

 

L'on voit donc que la croissance démographique n'est pas la panacée universelle que décrit notre économiste libertarien ici. Et puis rappelons que l'Afrique a une croissance économique relativement faible alors que sa démographie est galopante ce qui explique d'ailleurs en grande partie la situation déplorable du continent. La Croissance par tête n'augmente pas assez vite pour sortir le continent du sous-développement. J'avais parlé du lien entre développement et croissance démographique dans un texte en 2017 d'ailleurs. Pour en revenir à notre sujet, l'on voit bien que le déclin démographique est un problème pour une économie fondée sur le marché libre et dérégulé. Enfin si tant est que l'on puisse penser qu'un tel modèle économique fonctionne réellement . Je rappelle comme je l'ai dit dans un précédent texte que le monde magique de l'économie autorégulé n'a fonctionné en apparence depuis quarante ans que grâce aux endettements publics, privés et à l'accumulation de dettes extérieures de certains pays. Si de tels endettements n'avaient pas existé, la crise des années 70 aurait fabriqué la plus longue dépression de l'histoire. La situation actuelle est donc un retour à ce tournant des années 70 qui n'avait en fait aucun rapport apparent avec la démographie puisque les pays développés de cette époque étaient encore avec une croissance démographique importante. C'est avant tout par idéologie que l'occident s'est suicidé pour le dogme du marché libre.

 

Quoi qu'il en soit l'effet dépressionnaire du déclin démographique est évident, mais comment le combattre ? Et bien c'est simple, pour éviter de voir la demande s'effondrer il faut augmenter la consommation par tête pour compenser la baisse du nombre d'habitants. Et pour augmenter la consommation par tête, il faut augmenter en partie les salaires. C'est-ce qu'avait bien compris Keynes, lorsqu'il prévoyait qu'à terme, le déclin démographique couplé à l'économie régulée d'après-guerre, condamnerait à mort les rentiers. Et c'est probablement ce changement dans le rapport de force entre salariés et rentiers provoqué par le changement démographique qui a favorisé en partie la globalisation. L’occident utilisant l’expansion démographique du reste du monde pour empêcher une redistribution trop favorable aux salariés contre les intérêts des rentiers. On a là peut-être le motif principal de la globalisation des années 80-90 dont on paie le prix aujourd'hui. Alors vous allez me dire pourquoi donc seulement augmenter les salaires? En augmentant les revenus des plus riches, on augmente aussi la demande non ? Et bien l'expérience montre que la propension à consommer est d'autant plus forte que vous êtes pauvres. Plus vous êtes riches et plus vous épargnez une part importante de vos revenus. Au point que distribuer de l'argent aux milliardaires revient directement à augmenter l'épargne du pays, ou l'évasion fiscale dans un régime de libre circulation des capitaux . D'où ce que l'on doit penser des imbéciles qui croient relancer la demande en diminuant les impôts des plus riches n'est-ce pas Emmanuel ? Évidemment cette nouvelle épargne n'est pas investie puisque la demande est faible. Comme la demande pilote l'investissement, croire qu'on va relancer la croissance en augmentant l'épargne des plus riches est simplement stupide. Il faudrait être idiot pour investir quand on ne voit pas comment cet investissement pourrait nous rapporter de l'argent. Donc ce lien entre le niveau de consommation et le niveau de richesse est assez logique en fait. Même en supposant que les appétits des humains puissent être sans fin un riche ne mangera jamais deux steaks lorsqu'un seul lui suffit à se rassasier même si ce steak est d'extrême qualité et très coûteux.

 

L'on voit donc que d'un point de vue technique pour compenser la baisse de la demande provoquée par la contraction de la population il faut augmenter les bas salaires et réduire les inégalités du pays. Faire une politique de grands travaux pourrait aussi être imaginable, mais ce n'est valable que pour les pays moins avancés et ayant un gros besoin d'infrastructures, pas pour les pays avancés. C'est formidable non ? Pour résoudre notre problème économique, il faut donc faire en sorte que nos pays soient moins durs avec les plus faibles. C'est formidable, mais c'est aussi terrifiant à la fois. Parce que ces quarante dernières années l'occident et les pays développés on fait exactement le choix inverse avec la mondialisation. L'exemple le plus frappant est le Japon qui a continué à participer à la globalisation en tirant ses salaires vers le bas ce qui explique en grande partie sa faible demande et sa déflation aggravant par la même sa situation démographique. En effet, les jeunes Japonais n'ont pas les moyens de fonder une famille pour une grande partie d'entre eux. Beaucoup de jeunes très diplômés ont des salaires de misère à 800 euros par mois. Et cela en travaillant très dur avec des heures invraisemblables. Le Japon est l'un des pays de l'OCDE où le coefficient de Gini s'est le plus dégradé depuis les années 90 . Il n'y a pas de mystère dans la faiblesse de la natalité nippone. C'est d'autant plus grave que le pays a un système scolaire totalement privé et très coûteux.

 

Le seul moyen d'affronter la crise démographique sera donc de mettre fin à l'idéologie du libre marché . Le libre-échange qui tire les salaires vers le bas aggrave considérablement la crise en empêchant justement une redistribution de la rente vers le travail. En prenant un tournant franchement inégalitaire, l'occident ne s'est absolument pas préparé à la crise démographique. Bien au contraire, il a optimisé ses chances de fabriquer une très grande récession et une déprésession en ce sens je rejoins l'auteur libertarien sur les conséquences. Mais des solutions existent. Bien évidemment l'on ne saurait également ignorer que la méthode keynésienne n'a de sens que pour une démographie raisonnablement en baisse. Une natalité comme celle de Hong Kong à 1 enfant par femme rend impossible tout politique économique raisonnable. Comme je l'ai dit précédemment, il faut garder à l'esprit qu'il faut un certain sens de la mesure. Un pays connaissant un tel déclin démographique doit tout mettre en œuvre pour relancer sa natalité et revenir au moins à 1,7 1,8 enfant par femme. Limite basse d'une gestion économique raisonnable à terme. Une démographie à un enfant par femme ou moins condamne à la disparition pure et simple du pays en quelques générations seulement. On est plus là sur une question économique.

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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 15:54

L'on commence dans les médias à parler du ralentissement extrêmement fort de l'économie allemande. Jacques Sapir vient même de faire une petite vidéo sur la question de la récession mondiale qui risque de produire d'ici la fin de l'année. L'on pourrait ici rebondir sur les propos de Jacques Sapir en soulignant le fait qu'en réalité l'UE et la zone euro ne sont en fait jamais sorties de la crise de 2008-2009. Le PIB n'a pas progressé sur les dix dernières années ce qui en soi dénote une situation absolument dramatique d'un point de vue macroéconomique même si les situations entre les différents membres de la zone euro divergent fortement . La zone euro est en fait maintenant dans une situation qui ressemble de plus en plus à une dépression permanente. La situation démographique dramatique du continent aggravant encore plus la situation de faiblesse de la demande intérieure déjà provoquée par le libre-échange et l'euro. À côté de la situation européenne, les tensions qui se multiplient sur le plan commercial entre les USA et la Chine montrent que la globalisation a atteint largement un point de déclin. Depuis la crise de 2008, l'illusion d'une globalisation porteuse de croissance et de développement semble enfin dissipée même si pour l'instant une grande partie de l'intelligentsia, particulièrement en Europe, continue de croire au globalisme marchand.

 

 

Le grand déséquilibre commercial mondial source de toutes les crises depuis 1974

 

Les USA ont été les principaux promoteurs de la globalisation économique à partir des années 70. L’apogée de ce soutien aux idées néolibérales a été le fameux consensus de Washington dans les années 80 qui visaient en apparence à enterrer les politiques keynésiennes ainsi que les états providences qui avaient pourtant largement fait leurs preuves durant tout la période d'après-guerre. Mais ce libéralisme de façade promu par les USA n'avait pas en réalité pour but de faire croître l'économie mondiale ou de produire le développement des pays sous-développés. Il faudrait être bien naïf pour croire les USA capables d'un tel altruisme. Le libre-échange et la libre circulation des capitaux avaient pour but de maintenir coûte que coûte l'hégémonie des USA sur le plan monétaire et économique. C'est avant tout la question de la domination du dollar qui a motivé les USA dans la course à la globalisation financière et économique. De la même manière que le libre-échange a permis au début à la Grande-Bretagne, alors largement en avance sur l'industrialisation, d'affirmer encore un peu plus sa domination commerciale en écrasant des pays sous ses marchandises.

 

La stratégie des USA après la guerre du Vietnam qui fit apparaître les premiers déficits commerciaux structurels aux USA mit en évidence que ce pays finirait par être rattrapé d'abord par les puissances européennes et les Japon, puis par d'autres nouvelles puissances industrielles. Ne pouvant dominer par leurs exportations alors déjà en déclin après leur omnipotence durant l'immédiat après guerre, les USA ont alors choisi à court terme de devenir le marché indispensable au reste de la planète. Ainsi à partir des années 70 les USA ont fait exploser leurs importations et ont rendu l'Europe et les Japon dans un premier temps totalement dépendants de leur marché intérieur. Alors qu'après guerre les économies des pays les plus avancés avaient des cycles économiques relativement autonomes. Le cycle américain est devenu petit à petit le centre de gouvernement des marchés européens et asiatiques. À tel point que lors de la crise de 2008 la simple division par deux du déficit commercial américain a mis l'Allemagne, l'UE en récession et a fait s'écrouler la croissance chinoise.

 

Cette domination par l'importation que l'on pourrait qualifier d'impérialisme consumériste caractérisé par un déficit commercial permanent a régi toute la vie de l'économie mondiale depuis les années 70. L'Empire consumériste américain a atteint son apogée juste avant la crise de 2008 périodes pendant laquelle le déficit de la balance commerciale américaine atteignit 800 milliards de dollars. Les libéraux qui n'ont cessé de critiquer les dettes publiques oublient assez largement que dans le système globalisé qu'ils ont construit, la demande mondiale est le produit de la dette publique ou privée. Et qu'en l’occurrence le déficit des USA, mais aussi d'autres pays du monde comme la France ou la Grande-Bretagne n'est pas un défaut du système économique mondial, mais en réalité son pilier. C'est parce que certains pays ont pu s'endetter bien au-delà du raisonnable que la croissance mondiale a pu continuer malgré la contradiction fondamentale du libre marché qui compresse toujours plus les revenus distribués. Comment en effet l'économie pourrait-elle croître sans jamais voir le revenu des consommateurs augmenter ? La déconnexion de plus en plus palpable, en occident en particulier, entre la hausse de la productivité et la hausse des salaires étant une mécanique totalement dépressionnaire. Seule l'augmentation de l'endettement a permis d'avoir une croissance depuis 40 ans dans les régions avancées.

 

L'économie mondiale depuis 1974 s'est donc organisée en partie sous la pression des USA autour de deux pôles économiques. D'un côté des pays accumulant des dettes sous toutes leurs formes . Cela concerne les pays du monde anglo-saxon principalement, mais aussi la France ou encore l'Espagne. De l'autre des pays qui se sont mis à accumuler des excédents commerciaux l'Allemagne, le Japon, la Chine ou encore la Corée du Sud. C'est ce bloc mercantiliste devenu trop gros avec l'arrivée de la Chine qui a mis fin à la stratégie des USA de domination par l'importation. Les USA pouvaient supporter les importations européennes et japonaises et donc asseoir leur domination sur ces deux régions. Mais la Chine semble être un trop gros morceau pour eux. L’impérialisme consumériste américain a donc atteint sa limite en 2008 sous la forme d'une cassure de son déficit commercial qui garantissait son rôle de consommateur en dernier ressort qui faisait la pluie et le beau temps chez les peuples dominés.

 

Précisons ici que ce système de domination d'un type totalement nouveau n'est pas une domination forte. Le Japon et les pays d'Europe de l'Ouest se sont soumis tous seuls à la domination du marché américain. L'Europe des années 70-80 aurait très bien pu s'autonomiser si elle l'avait voulu, elle avait déjà rattrapé les USA sur le plan technique. Mais on a affaire ici à un système en partie lié à l’anthropologie et à la culture locale. Les Européens et les Japonais ont une vision obsessionnelle de l'exportation, ils associent à tort l'excédent commercial comme un signe de richesse et de prospérité. Pour reprendre l'hypothèse de Keynes sur l'influence de la tradition agricole sur l'esprit d'accumulation, les peuples du vieux monde ont plutôt tendance à valoriser la production et l'accumulation parce qu'ils ont longtemps souffert de la pénurie. L'esprit mercantiliste n'est pas seulement le produit d'un calcul, d'une volonté de domination sur les autres, il est aussi le fruit d'une vision du monde hérité de l'histoire. Le paradoxe c'est que les pays qui pensaient dominer par leurs excédents sont en fait devenus prisonnier des USA qui les dominent grâce à la taille de leur marché intérieur, c'était en fait un piège grossier. Car les Américains n'ont pas ce rapport à l'économie d'où d'ailleurs leur très faible propension à épargner. Cette séparation anthropologique a encouragé en quelque sorte cette fragmentation du monde avec la dérégulation économique. Comme l'a si bien décrit Emmanuel Todd dans ses nombreux ouvrages, la mondialisation a mis en lumière les différences fondamentales qui existent entre les différentes cultures et nations. La mondialisation a en quelque sorte fait exploser les différences là où l'on prétendait qu'elle les réduirait. Et cette inégalité exacerbée qui portait en elle la mort inéluctable de cette même mondialisation.

 

La montée de la Chine et la fin de la mondialisation

 

Les très grandes disparités entre les nations provoquées par le libre-échange et la libre circulation des capitaux n'ont fait que croître ces quarante dernières années. Et la panne salariale qu'elle a provoquée chez les anciennes puissances industrielles arrive aujourd'hui à son paroxysme. Nous sommes en présence d'une panne généralisée de la demande solvable et donc d'une crise de surproduction massive. C'est à ça qu'on a affaire, et rien d'autre. L'énorme concentration des richesses vers le haut de la pyramide sociale n'a pas produit le ruissellement si cher aux illuminés du libéralisme triomphant, et l'investissement n'a cessé de baisser en même temps que la demande. Car Keynes avait bien raison, c'est bien la demande qui conditionne l'investissement et non l'inverse.

 

La situation actuelle est donc un énorme sac de nœuds, car la mondialisation a entraîné comme le voulaient les libéraux une intrication massive des économies les unes avec les autres. Et c'est cette même intrication qui rend extrêmement difficile la possibilité de relance ou d'une politique de redressement de la demande intérieure. En effet, un pays qui relance sa demande aujourd'hui dans le cadre du libre-échange se voit condamné à voir sa demande se faire absorber en grande partie par les pays du bloc mercantiliste Chine et Allemagne en tête. C'est encore plus vrai pour les esclaves de l'euro qui ne peuvent même pas dévaluer pour diminuer cet inconvénient. D’où la compétition du moins-disant social qui aggrave toujours plus la crise de la demande mondiale.

 

Comment tout cela va-t-il donc évoluer ? C'est très simple à peu près comme dans les années 30. La crise mondiale provoquée par le libre-échange et la libre circulation des capitaux va pousser de plus en plus de pays à des solutions alternatives. Mais ces solutions ne seront pour la plupart jamais compatibles avec les règles du libéralisme actuel. On aura donc progressivement une remise en cause des principes libéraux qui ont servi jusqu'ici de dogme d'organisation économique. Et il est tout à fait normal que la remise en cause du libre-échange commence aux USA car ils sont les premiers à avoir déstructuré leur économie sous les dogmes libéraux. D'autre part, la stratégie de domination par l'importation a échoué du fait que la Chine est beaucoup trop grosse pour tomber dans le piège. Pire que ça, avec le temps les USA auraient pu à terme devenir eux même dépendant du marché chinois. Trump l'a bien compris puisqu'il veut que les entreprises américaines quittent l'Empire du Milieu. Contrairement aux Européens maladivement mercantilistes, il sait très bien que l'excédent et l'exportation ne sont pas un gage de puissance ou d'indépendance, mais bien souvent le contraire surtout quand on est beaucoup plus petit.

 

Dans son coin la Chine essaie de retourner le système globaliste dans son intérêt. Elle promeut le libre-échange sans doute pour rendre de plus en plus de pays dépendants de son marché intérieur. Avec son milliard quatre cents millions d'habitants la Chine a la capacité de transformer en satellite l'Europe de l'Ouest, la Russie, l’Océanie et le Japon. La bêtise crasse des dirigeants européens me fait craindre un tel scénario où l'Europe de l'Ouest deviendrait le vassal de la Chine après avoir été celui des USA pendant 70 ans. Triste avenir pour un continent qui pourrait fort bien se débrouiller tout seul avec la Russie. Il est possible cependant que certains pays se réveillent en Europe et mettent également des politiques macroéconomiques indépendantes. Mais pour l'instant en dehors de la Grande-Bretagne fort peu de pays du continent font montre d'une capacité d'imagination d'indépendance. Il est tellement doux pour un dirigeant de faire semblant de diriger en appliquant des recettes apprises par cœur plutôt que d'avoir à imaginer des stratégies originales pour son pays. On ne soulignera jamais assez à quel point le succès du libéralisme économique comme doctrine est lié à la fainéantise intellectuelle des dirigeants.

 

Les tensions auxquels on assiste aujourd’hui ne sont donc que le résultat naturel de la mondialisation de l'économie. La poussée du protectionnisme est inéluctable tout comme le retour des nations, voire d'un certain nationalisme. Les peuples qui continueront malgré tous à appliquer les recettes libérales finiront comme simple figurant dans la nouvelle histoire du monde qui s'annonce. Nous ne sommes qu'au début d'un nouveau cycle économique qui pourrait tenir plusieurs décennies.

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 18:04

Le taux de chômage a-t-il encore un intérêt ?

 

Notre gouvernement s’enorgueillit de la baisse comptable du chômage en France. Une baisse extrêmement relative d'ailleurs même en excluant les manipulations assez classiques dans le domaine consistant à la fois à exclure les catégories de chômeurs qui elles augmentent tout en radiant massivement les chômeurs potentiellement comptabilisables. La méthode est ancienne et c'est aux USA inventeur du trafic statistique de masse que les chiffres du chômage sont d'ailleurs les plus étranges. On a ainsi officiellement une situation de plein emploi, mais le taux d'activité des hommes en âge de travailler n'a jamais été aussi faible. Le nombre de personnes dépendant des bons alimentaires aux USA a été de 40 millions en 2018, c'est certes une amélioration par rapport à 2013 ou près de 47 millions de personnes ont bénéficié de cette aide, mais c'est tout de même étrange dans un pays qui affiche officiellement le plein emploi. À moins que comme l'on peut le supposer l'emploi ne soit plus vraiment une garantie pour vivre correctement ce qui explique en partie ce paradoxe.

 

L'on pourrait dans le cas des USA rebondir sur les analyses assez connues de l'économiste John Williams qui situe le chômage réel aux USA à environ 21 % à l'heure actuelle avec une baisse réelle, mais beaucoup moins forte qu'officiellement depuis l'arrivée de Trump. Cette statistique colle effectivement mieux au taux de participation à l'économie réelle . Quoi qu'il en soit même en prenant en compte le taux de chômage il va falloir accepter que ce taux soit de moins en moins pertinent pour décrire la situation économique d'un pays et pas seulement aux USA. En France les salaires ont totalement décroché des loyers et du coût de la vie en général . Les expulsions pour loyers impayés ont par exemple bondi de 75 % depuis l'an 2000 alors qu'officiellement le chômage n'est pas beaucoup plus élevé qu'à l'époque et que le niveau de vie officiel est censé avoir augmenté si l'on se fit aux statistiques de l'Insee. C'est bien évidemment l'explosion des coûts du logement et la bulle immobilière qui sont responsables de cette situation. C'est d'autant plus vrai que contrairement aux USA par exemple la crise de 2008 n'a pas entraîné une correction du marché immobilier qui a continué à maintenir des niveaux totalement absurdes par rapport aux salaires moyens français. C’est particulièrement vrai en région parisienne comme nous en avions parlé dans un autre texte.

 

Aucun rebond du taux de participation à l'économie aux USA
Taux de chomage aux USA comparé

L'on voit donc que la question du chômage au fond est une question de point de vue en partie. Les institutions officielles jouent en règle général du flou artistique entourant la « science économique » qui ressemble parfois bien plus à un art de rhétorique qu'à une science réelle. Après tout imagine-t-on des physiciens passer leur temps à discourir sur la validité de la mesure d'une unité de distance comme le kilomètre ou de la force comme le Newton ? Non bien évidemment. Et pourtant c'est bien souvent autour de la façon dont certaines réalités économiques et mesures économétriques sont faites que se situe le débat public et économique. Preuve s'il y en avait vraiment besoin d'une que l'économie n'est pas du tout une science, mais bien plus un langage visant à camoufler des objectifs politiques. L'on pourrait s'amuser à regarder ce qui compose les indices de l'inflation pour voir comme certains économistes que celle-ci est largement sous-estimée. Les produits de première nécessité ayant flambé sont camouflés d'un point de vue statistique par la baisse relative des coûts des biens technologiques sur la même période.

 

 

L'une de mes marottes préférées est bien sûr la façon dont les économistes mesurent la productivité du travail. C'est l'économiste Jean Luc Gréau qui avait soulevé très justement la question dans son livre « L'avenir du capitalisme » écrit en 2005 et qui avait d'ailleurs de façon très prophétique prédit la crise des subprimes aux USA ainsi que les crises grecques, espagnoles et portugaises à une époque où tout le monde parlait de miracle. L'on ne s'étonnera guère que Jean Luc Gréau soit si peu sollicité par les médias il est sans doute trop sérieux pour eux. Les économistes mesurent la productivité en général par le PIB divisé par le nombre d'heures travaillé. Ainsi plus le PIB est élevé par heure travaillée et plus la productivité est élevée. C'est une façon de mesurer la productivité du travail qui n'a en fait aucun sens dans une économie ouverte, mais bien peu d'économistes en ont conscience ou ne veulent le voir tant cet outil leur facilite la vie. En effet, quoi de mieux qu'un indicateur synthétique qui résume la productivité du travail et vous permet d'expliquer simplement pourquoi tel ou tel pays a des difficultés ? L'on pourrait d'ailleurs s'amuser à représenter l'économie comme la « science » qui simplifie la réalité et la politique. Vous avez trois ou quatre paramètres et vous faites toutes vos politiques là dessus. C’est quand même plus simple que de faire de la politique, de l'histoire, de la sociologie, de l’anthropologie, de la philosophie, des sciences et de la géopolitique pour bien gérer son pays non ? À l'origine la productivité du travail est un instrument utilisé dans le milieu industriel, un outil hérité de l'époque fordiste où l'on comptait le nombre de voitures produites à l'heure. Cette productivité-là avait un sens. Par contre à l'heure où la majorité des produits manufacturés sont importés, et où la majorité de l'emploi est dans le secteur tertiaire, et dans des occupations dont on a souvent du mal à comprendre l'intérêt réel, calculer la productivité de l'emploi à l'échelle du pays devient un exercice qui relève plus de la prestidigitation comptable que de l'analyse sérieuse. Quelle est donc la productivité d'un footballeur professionnel pour un pays ? Ou celle d'un coach spirituel ? Et les youtubeurs quel est leur apport à la hausse de la productivité du travail ?

 

On pourrait en rire si ce n'était aussi tragique tant l'image que construisent les économistes de l'économie n'était pas aussi importante dans les directions des nations. Ainsi donc voit-on la productivité du travail aux USA grimper en flèche en même temps que le déficit commercial plonge et que la production de bien réel diminue. Tout ça parce que les importations participent à la croissance du PIB à travers les reventes et font augmenter la productivité du travail comptable apparente. Le problème c'est que cette productivité laisse derrière elle un déficit et une dette extérieure. C'est cette réalité que cache une bonne part de la croissance de la productivité en occident depuis 40 ans . Là où la productivité du travail était une réalité dans le monde régulé et fermé d'après-guerre, la notion de productivité n'est plus qu'une illusion qui camoufle des rapports de domination commerciaux. La guerre commerciale entre les USA et la Chine provient du changement de rapport de force qui n'est pas encore entré dans la réalité statistique en quelque sorte. Trump sait parfaitement quel est l'état réel de l'économie américaine . La croissance récente aux USA a été produite par la forte hausse du déficit commercial tout comme ses prédécesseurs depuis Ronald Reagan . Ce qu'il y a c'est que la Chine est aujourd'hui trop grosse pour continuer à voir son PIB grossir en exportant en Europe et aux USA. La crise de 2008 a montré également que les USA arrivaient à un plafond difficilement dépassable en terme de déficit commercial. La Chine prend donc un tournant vers sa demande intérieure , elle y sera obligée. Mais la hausse des salaires qu'elle camoufle derrière une monnaie largement sous-évaluée aura un impact très important en occident. Trump tente de réindustrialiser les USA grâce au protectionnisme, mais rien ne dit que ce sera suffisant à l'heure actuelle.

 

Le travail est de moins en moins rentable

 

Pour en revenir aux statiques du chômage un autre chiffre assez paradoxal. L'autre champion du néolibéralisme la Grande-Bretagne, qui a assis d'ailleurs longtemps ses réformes libérales sur son pétrole en mer du nord, connaît des évolutions extrêmement inquiétantes sur le plan social. Alors que le pays est censé avoir le plein emploi, l'on voit des niveaux de pauvreté dans la population tout à fait invraisemblable pour un pays censé être riche. Ainsi l'UNICEF vient de montrer que près de 19 % des enfants de moins de 15 ans de ce pays vivent avec un adulte qui a du mal à acheter sa nourriture. 30 % des enfants vivent dans la pauvreté. Rappelons que la Grande-Bretagne tout comme la France n'a pas une démographie très dynamique. On ne parle pas ici d'un pays qui fait 5 ou 6 enfants par femme, mais bien d'un pays qui connaît depuis 40 ans une natalité inférieure au seuil de reproduction. Et pourtant malgré cette faiblesse démographique la Grande-Bretagne n'arrive pas à nourrir tous ses enfants convenablement. L'on voit mieux ici le caractère désuet du seul chiffre du chômage. Le plein emploi ne dit rien de la santé économique du pays bien au-delà de la seule question de la validité ou non de ce plein emploi.

 

Après 40 ans de déconstruction du Code du travail, on en arrive à une situation ou des gens qui travaillent n'ont plus de quoi subvenir à leurs besoins. Je serais taquin, je dirais que même l'esclavage était un moins mauvais système que le néolibéralisme actuel en ce sens que les esclaves mangeaient et pouvait avoir des enfants. C'était d'ailleurs dans l'intérêt du maitre que de maintenir le renouvellement de ses esclaves. Là le capitalisme libéral en arrive à un stade où même les besoins les plus vitaux ne sont plus remplis pour une part croissante de la population . Et cela sans guerre, sans épidémie et sans crise politique majeure. C'est beau quand même ce niveau de nullité en terme d'efficacité pour la majorité de la population. La Grande-Bretagne vivra-t-elle les mêmes mésaventures que l'Irlande au 19e, et ce pour des raisons similaires, l'ordre du saint laissez-faire libéral et du libre-échange? Mais ne critiquons pas trop nos amis britanniques. La France fait un rattrapage hors du commun avec ses pénuries de médicaments et ses importations de plus en plus massives de productions agricoles. Les libéraux arriveront bien à refaire des famines en Europe continentale d'ici vingt ans à ce rythme.

 

La globalisation économique n'a pas seulement mis par terre nos sociétés et nos organisations sociales. Elle a aussi mis à terre les indicateurs de la macroéconomie même si ceux qui en usent ne s'en rendent pas compte. Les références habituelles issues du corpus macroéconomique keynésien n'ont plus de sens quand vous rendez vos pays interdépendants. Et parler de plein emploi quand les emplois en question ne permettent plus de nourrir les travailleurs et leurs familles annule tout l'intérêt du plein emploi justement. À quoi bon travailler si l'emploi ne nourrit pas ? L'immense armada de travailleurs pauvres importés au nom des principes humanitaires dévoyés par les trafiquants d'être humain moderne s'explique d'ailleurs en partie par cette réalité . Les salaires dans un nombre croissant de secteurs étant trop faibles, l'on fait venir des pauvres d'ailleurs dont les références économiques sont moindres pour se substituer à la population récalcitrante locale. Ce n'est ni plus ni moins que la réinvention du commerce triangulaire sous une autre forme. Il est donc impératif de prendre du recul sur les indicateurs macroéconomiques. Il ne faut plus s'attacher à tel ou tel chiffre, mais bien au contraire voir un portrait d'ensemble de chiffres . Un ensemble de chiffres qui seul peut donner une validité à tel ou tel modèle économique. Arrêtons de tout vouloir simplifier de façon excessive. Voir dans la maigre baisse du chômage la réussite des réformes Macron n'est pas seulement un non-sens économique, c'est une insulte faite à l'intelligence. Le déficit commercial bat des records, la croissance est en panne depuis 2008 et l'UE se dirige lentement vers une déflation, l'Allemagne entrant maintenant en récession malgré ses excédents. Non ça ne va pas bien en France monsieur le président. Et vous pourrez afficher un taux de chômage officiel à zéro en manipulant les chiffres et en jouant sur les mots, mais les gens verront toujours la multiplication des SDF dans les rues, les hôpitaux surchargés, les services publics toujours moins nombreux, les paniers de plus en plus vides pour des dépensent croissantes et les centres-ville se vider de leur jeunesse à cause de loyers délirants. Le mensonge n'est pas une politique même si vous y croyez.

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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 21:15

Encore une nouvelle « réforme » du système de retraite français une réforme qui se lit dans le sens de la réduction des droits et du coût selon les sempiternelles idioties issues de la pensée économique libérale. Chaque gouvernement français y met du sien depuis plusieurs décennies avec une aptitude de moins en moins grande à chaque nouvelle génération d'hurluberlu pour cacher les effets catastrophiques sur l'économie du pays. Il est tout de même incroyable que le pays qui a la démographie la moins mauvaise d'Europe de l'Ouest soit celui qui au final détricote le plus son système de retraite. Car rappelons-le tout de même, la France n'est pas l'Allemagne ou l'Italie sur le plan démographique. Si les idéologues libéraux ont fortement entamé ces dernières années notre système d'allocation familiale qui a permis un maintien relatif de la démographie française, la France reste dans une situation démographique beaucoup moins alarmante que nos pays voisins. En France le gros problème économique c'est le CHOMAGE. Un chômage qui réduit les rentrées fiscales et les cotisations ce qui rend le système effectivement intenable en l'état.

 

Il est tout à fait absurde dans un pays qui a 6 millions de chômeurs et de travailleurs précaires ainsi que des salaires insuffisants dans leur ensemble de voir le gouvernement se concentrer sur une politique visant à augmenter le temps de cotisation économique pour les retraites. Disons le tout net, c'est purement stupide pour ne pas dire plus. Dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres concernant la macronie se cache probablement des raisonnements tout autre que la sauvegarde du système de retraite. Très clairement, Macron, en bon libéral qu'il est, lorgne sur les délirants systèmes par capitalisation dont l’inefficacité macroéconomique et la dangerosité à long terme ont pourtant fait leurs preuves depuis longtemps. Comme dans le cas de l'éducation nationale le système de retraite n'est pas directement privatisable, les libéraux utilisent donc la bonne vieille méthode des petits pas. On rend le système public de moins en moins intéressant en cassant les droits des retraités et dans le même temps on encourage la capitalisation privée. Dans l'éducation nationale, on démolit l'instruction publique et l'on favorise les écoles privées. Même chose pour la récente réforme des droits pour les chômeurs qui ne vise à terme qu'à obliger les salariés à prendre des assurances privées. Analysez donc toutes les « réformes » libérales depuis quarante ans et vous verrez rapidement que c'est ça le vrai but de ces politiques, rien d'autre. Il n'y a chez Macron aucune espèce de volonté de réformer ou de sauver le système de retraite actuel qui serait soi-disant en danger. Mais il y a par contre une vraie volonté de mettre fin au système public français de redistribution sous toutes ses formes.

 

Les dépenses des uns sont les recettes des autres et vice versa

 

Bien sûr, ces réformes ne favorisent pas la croissance et le dynamisme économique c'est le moins que l'on puisse dire. La grande déconstruction qui frappe le modèle français depuis quarante ans a d'ailleurs accompagné la crise depuis le début, mais bien plus que cela, cette déconstruction est en grande partie à l'origine de la crise. Car l’incertitude radicale sur l'avenir dans lequel plonge les Français ces destructions-privatisations à répétition mine de l'intérieur la population française. Comment avoir des projets de famille, de vie, de travail quand tout devient précaire ? Les systèmes sociaux d'après-guerre ne sont pas venus là par hasard. C'est bien les effets de la crise de 29 et de l'effondrement de la civilisation libérale qui a conduit à construire ces systèmes auxquels nous devons en grande partie la croissance stable des années 45-74 . La glorification du libre-échange et de la globalisation ont conduit naturellement à remettre en question ces systèmes puisqu'ils entraînent un surcoût du travail. Mais ce que les libéraux ont oublié c'est que la contraction des salaires à l'échelle mondiale ne peut produire qu'une crise de surproduction. Crise qui continue inlassablement de ronger de l'intérieur toutes les économies de la planète. Faire une planète de misérables sous rémunérés ce n'est finalement pas si bon que ça pour les affaires. Même la Chine tombe maintenant en panne, on attend les préconisations du FMI sur le coût délirant des salariés chinois bien trop payer pour ce qu'ils font.

 

Il est bien malheureux de voir que les quelques critiques éparses sur les réformes des retraites se contentent généralement d'en critiquer la forme ou le contenu sans vraiment contredire la philosophie générale. Car c'est sur le fond que cette réforme est stupide. La philosophie générale qui conduit les politiques de Macrons est absurde, elle mène vers une aggravation de la crise et une précarisation générale des futurs retraités. Alors que le président de la République devrait multiplier ses efforts en vue de réduire le chômage le voilà qu'il en vient à démolir les derniers résidus à peu près fonctionnels du modèle français.

 

Le système par répartition est un système de retraite très intelligent bien plus que le système par capitalisation. Ce système est proche du fonctionnement naturel en ce sens que les actifs du présent payent pour les retraités du présent. Alors que le système par capitalisation est un système complètement gangrené par la spéculation des marchés financiers. Il peut mettre en danger le revenu de millions de personnes par les simples soubresauts dont sont régulièrement victimes les marchés d'actions.

 

Au-delà de la question du système de retraite c'est donc toute la logique individualiste qui caractérise la philosophie libérale qui est problématique. Elle ignore parfaitement les interactions qui contraignent et qui lient les citoyens entre eux. Pour un libéral il y a le privé qui produit les richesses et le secteur public qui gaspille. Un publicitaire produit des richesses, un instituteur du service public les gaspille. Je caricature à peine. Dans les faits pourtant d'un point de vue comptable c'est exactement la même chose. L'instituteur consomme et fait marcher le PIB de la même manière que le publicitaire. Le statut des personnes n'a aucun rapport avec la richesse qu'ils produisent ou non. Par contre, le secteur privé est privé comme son nom l'indique alors que le secteur public appartient à l'ensemble des Français. Et l'on voit là la vraie motivation des défenseurs de la privatisation totale. Il s'agit en fait de rétablir une forme avancée de féodalisme. Il est étrange d'imaginer que le libéralisme dans sa forme terminale conduit à reconstruire le système économique qu'à l'origine il combattait. Et c'est pourtant bien vers cela que le libéralisme économique conduit, vers un néoféodalisme.

 

En défendant sans cesse l'idée que le privé c'est mieux que le marché c'est formidable, les libéraux dépossèdent de plus en plus les citoyens du fruit du labeur de leurs aïeux. Avec pour conséquence des privatisations de monopoles à l'image des autoroutes qui font exploser les prix tout en démolissant la qualité des services. Même chose pour l'énergie, les transports ferroviaires, l'éducation, la santé, et j'en passe. Je vous laisse imaginer le résultat quand tout sera splendidement privatisé. On peut déjà le voir aux USA où même des cadres supérieurs ont peine financièrement à se faire soigner pour des maladies même parfois bénignes. Les USA sont un cas d'école, ils ont poussé la logique néolibérale à son paroxysme à tel point que la durée de vie diminue maintenant. En Grande-Bretagne le libéralisme a conduit pour la première fois à une augmentation de la mortalité infantile. Quand on sait l'importance de ce genre de statistique, je me demande ce qu'en pense Emmanuel Todd lui qui nous dit que le monde anglo-saxon a changé.

 

Au fond, le capitalisme n'est guère différent du féodalisme. Comme le disait Keynes, la seule différence est dans la nature du capital. Dans les sociétés du moyen âge, le féodalisme s'appuyait sur un capital terrien. Plus on possédait de terre, plus on était riche, tant qu'on avait bien sûr la main d’œuvre pour la travailler. Dans ce que l'on nomme le capitalisme, c'est l'argent et les titres qui font la richesse. C'est en fait beaucoup plus dangereux, car beaucoup moins lié à la réalité physique du monde comme pouvait l'être le capital terrien du féodalisme. L'idéologie libérale n'a été qu'un moyen intellectuel pour justifier le passage d'une forme de féodalisme vers une nouvelle beaucoup moins stable et beaucoup plus dangereuse au final. Ce fut le remplacement du noble et de l'aristocrate par le bourgeois et l'entrepreneur capitaliste. La crise de 29 ainsi que la pression politique exercée par les pays communistes ont permis un temps à l'Europe de l'Ouest de sortir de ce système en mettant au point des modus vivendi plus civilisés excluant le marché et le capital de bon nombre d'activités jugées trop importantes pour être laissées aux aléas des folies et des excentricités des riches et des marchands. Ce temps est fini depuis les années 70 et surtout depuis la fin du communisme. Les Européens et les Français se retrouvent à nouveau en proie aux divagations macroéconomiques qui ont fait du 19e siècle une époque si terrible pour la majorité de nos ancêtres. Il n'y a plus d'autre modèle possible selon la doxa dominante. L'on pourra alors leur dire qu'il n'y a que la mort qui nous attend, car le seul modèle possible ne nous mènera qu'à cette triste fin.

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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 16:08

Alors que les accords avec le Mercusur d'une stupidité abyssale pour la France vont être mis en œuvre, notre bien aimé président a rappelé cette phrase extraordinaire d'anachronisme pour défendre cet accord : Nous ne sommes pas des protectionnistes . Je trouve cette phase extraordinaire à plus d'un titre . L'acharnement dans l'errance libérale est stupéfiant alors que le pays s'enfonce dans les déficits commerciaux, la désindustrialisation, et maintenant la destruction totale de son agriculture. Comme le disait Friedrich List quand il critiquait ce qu'il appelait « l'école » à savoir les doctrinaires du libéralisme et du libre-échange, un pays qui n'a plus aucune capacité de spécialisation dans le grand marché mondial libéral n'aura plus qu'à prostituer ses femmes et ses enfants. Nous y sommes presque, on commencera par vendre des bouts de territoires à droite à gauche puis l'on passera à la prostitution généralisée . Un phénomène qu'on camouflera alors avec délicatesse sous le langage feutré de la novlangue institutionnelle et que l'on arrivera même à faire passer comme un progrès. Un peu comme toutes les régressions absurdes que cette idéologie de dingue a produites depuis quarante ans dans notre pays.

 

L'on pourrait ici retoquer à monsieur Macron que nous ne sommes pas protectionnistes et que c'est justement bien ça le problème. Comme l'avait rappelé il y a quelques années Frédérique Lordon, la globalisation actuelle n'est pas un libre-échange tel que conçu par les libéraux. Ce libre-échange est une vue de l'esprit totalement déconnecté du monde réel. Les peuples ne sont pas égaux et leur diversité énorme amène naturellement au besoin d'une régulation du commerce par divers moyens. C'est une structure fortement inégalitaire contrairement à la théorie libérale. La globalisation actuelle est une structure où des nations truquent volontairement ou non en quelque sorte la mécanique du marché par de nombreuses astuces. C'est que le protectionnisme, mon cher Macron, prend de nombreuses formes, et que le protectionnisme qui vous fait horreur, celui des taxes, et des quotas, est justement le seul qui soit formel, honnête, et gournable . En réalité, vouloir rejeter le protectionnisme et la régulation du commerce, c'est faire le jeu du mercantilisme et de l'égoïsme de quelques nations dont les projets de dominations se font de moins en moins discrets à commencer par l'Allemagne et la Chine.

 

Le protectionnisme est la seule vraie solution pour la paix et la prospérité internationale

 

Comme je l'avais déjà dit dans un vieux texte, le protectionnisme prend de nombreuses formes. La première, celle qui voue aux gémonies toute personne la défendant dans le système médiatique actuel, c'est le protectionnisme formel. Celui qui est historiquement attaché à la nation. Le protectionnisme des taxes et des quotas. C'est la forme de protectionnisme la plus simple, la plus directe et la plus honnête. C'est un protectionnisme qui affirme la souveraineté de la nation et tend à réguler le commerce pour éviter la banqueroute générale et la dépendance trop grande vis-à-vis de l'étranger. Cette forme de protectionnisme est détestée par les libéraux pour qui le marché doit toujours être libre et sans entraves pour optimiser la spécialisation du travail. Peu importe que quelques pays s’écroulent pourvu que la prospérité générale soit là. Ces derniers attachent le protectionnisme formel au mercantilisme, doctrine qui consistait à asseoir le pouvoir d'une nation à travers l'excédent commercial. Sauf que le mercantilisme et le protectionnisme ce n'est pas la même chose. On en a l'exemple le plus frappant en Europe. L’Allemagne libre-échangiste sur le plan formel accumule d'énormes excédents commerciaux sans user du protectionnisme formel. En l’occurrence si demain la France où l’Italie taxait les produits allemands pour rééquilibre la balance commerciale il ne s'agirait pas de mercantilisme. Les mots ont un sens et dans le brouillard intellectuel dans lequel les libéraux font patauger la population et les hommes politiques il est à mon avis nécessaire de bien rappeler la distinction entre ces deux notions. Le protectionnisme formel est un outil dont l'objectif dépend de celui qui le manie. Le mercantilisme est une politique de puissance avec un objectif clair.

 

Mais pour revenir au protectionnisme, celui-ci prend naturellement d'autres formes. Pour rester dans le cadre de la logique des économistes la monnaie dans un régime de change flottant est une forme de politique protectionniste. Quand la Chine, le Japon ou la Corée dévaluent régulièrement pour accroître leurs excédants commerciaux on est bien dans une forme de protectionnisme doublé d'une politique mercantiliste. Quand l'Allemagne grâce à l'euro bénéficie d'une monnaie largement sous-évaluée, on est bien dans le cadre d'une forme de protectionnisme à laquelle pourtant monsieur Macron ne voit guère de problème. Il faut dire que les Français en bon libéraux qu'ils sont ne voient plus la monnaie que comme un instrument de thésaurisation de la valeur de leur bien. Ils chérissent leur avoir monétaire au point d'y sacrifier toute l'industrie et l'agriculture à savoir les biens réels de la nation.

 

Mais il y a d'autres formes de protectionnisme que ces formes structurées et politiques. Il y a par exemple le protectionnisme normatif. À travers des normes particulières, vous pouvez protéger votre marché intérieur. Les labels sont par exemple une forme de protectionnisme de ce type. Les normes peuvent être un moyen puissant pour empêcher des entreprises étrangères de concurrencer les vôtres. On pourrait parler des protectionnismes naturels par exemple la situation géographique. Le fait d'être une île continent comme l’Amérique du Nord permet de renchérir naturellement le coût des importations. C'est typiquement le genre de « protectionnisme » naturel qui n'entre en aucune façon dans les théories fumeuses du libre-échange preuve que le monde réel ne les a jamais intéressées. On pourrait parler des protections culturelles qu’est par exemple le comportement des individus qui diffèrent en fonction de la structure anthropologique dans lequel il a été éduqué. Un Japonais favorisera toujours un produit japonais même plus cher là où le français n'aura aucun remords à acheter étranger. Mettre des peuples en concurrence libre et non faussée sur le plan formel avec un comportement aussi disparate n'est-il pas absurde ? Le libre-échange est une théorie qui part du principe que les peuples n'existent pas, et qu'il n'y a que des individus qui agissent en optimisant leur consommation . Et si c'était tout simplement faux ? Que devient alors le libre-échange si ce n'est une soumission des peuples les plus individualistes, les moins socialement intégrés par les peuples les moins individualistes et les plus intégrés ? Dans ce cadre, la victoire finale de pays comme la Chine ne fait guère de doute. Je pourrais parler aussi de la langue qui est une barrière naturelle pour une nation particulièrement si votre langue est peu parlée et complexe à apprendre.

 

Puisque le libre-échange réel n'est qu'un fantasme et que le monde réel n'est qu’inégalité entre peuples et nations, seul le protectionnisme permet une réelle égalité en rétablissant l'équilibre par d'autres formes que la misère et le chômage. Il permet aux pays les moins bien lotis d'avoir au moins les moyens de subsistance locale même s'il ne s'agit pas des meilleurs du monde. Le protectionnisme permet même la liberté, la vraie, celle qui permet aux peuples de décider de la répartition des richesses internes. Le protectionnisme permet à un pays par exemple de choisir d'être plus pauvre de travailler moins, mais de prendre plus de temps pour vivre. Un choix qu'il est impossible de faire quand on vous met en concurrence avec des Chinois ou des Japonais qui travaillent 12 ou 13 heures par jour. Car Montesquieu a dit une belle bêtise avec son doux commerce. Le commerce entre les hommes n'a jamais été doux, ce fut même plutôt l'inverse. Le Japon n'a-t-il pas eu ses frontières ouvertes à coup de canonnière par les Américains avec l'amiral Perry au 19e ? La Chine s'est ouverte grâce au commerce de l'opium et de l’ignoble guerre qui porte le même nom. On ne voit pas bien ce qui était doux dans ce commerce-là. Par contre quand ce commerce doit avoir lieu il faut qu'il devienne doux. Et pour qu'il soit doux, il faut des règles d'équilibres. Le commerce des uns ne doit pas empêcher les autres de faire d'autres choix de société. Si les Chinois, les Japonais ou les Allemands rêvent d'accumuler les richesses sans fin au point même d'y jeter femmes et enfants grands bien leur fasse. Mais je ne vois pas pourquoi nous devrions nous plier à leurs desideratas. Le protectionnisme est là pour ça, pour rendre compatible des modus vivendi qui peuvent être en totale contradiction d'une nation à l'autre. Le malheur du monde moderne est de faire croire qu'il est le summum de la liberté alors qu'il a soumis tous les hommes sous la seule coutume de l’accumulation sans fin et sans but de quelques milliardaires.

 

Le doute commence-t-il à poindre ?

 

Mais finalement, le fait que monsieur Macron ait forcé le trait sur la question du protectionnisme ne révèle-t-il pas un moment de panique intellectuel ? On ne saurait mieux démontrer ici le propos d'Emmanuel Todd dans une émission récente disant à propos des élites «  ils ne savent pas où ils vont ». Et c'est bien là le problème aussi. Macron critique le protectionnisme, mais sa critique ne résulte pas d'une réflexion, mais d'un réflexe pavlovien. Il ne pense pas. Il fait tout ce que le catéchisme libéral dit de faire, et ça ne marche pas. Le pays s'effondre, les dettes enflent, le pays part en vrille. Il se dit alors qu'il n'a pas assez fait de libéralisme et accélère les « réformes » libérales cassant toujours plus la structure économique du pays réduisant une part de plus en plus grande de la population à la simple indigence. Rien ne peut mieux résumer l'action libérale que le vieux dessin animé des Shadoks, ils pompent de plus en plus vite en espérant que cela finisse par aller quelque part. Mais le fait que Macron ait souligné cela me laisse à espérer que peut-être quelque part une pointe de doute s’instille dans son esprit et dans celui qui se prétendent des élites.

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 17:33

 

En ces temps de chaleur où les obsédés du réchauffement climatique anthropocentrique utilisent comme à leur habitude les variations de la météo pour justifier leurs doctrines, il est approprié à mon sens de revoir plus sérieusement la question plus large de l'écologie et du système économique. C'est d'autant plus vrai que l'écologie bourgeoise, celle qui remplit les plateaux de télévision et qui a fait un bon score aux dernières élections européennes n'en finit pas de ménager toutes les contradictions possibles. C'est que la population bourgeoise, qui est largement représentée dans les mouvements écologistes surtout les plus extrémistes, se retrouve dans une contradiction fondamentale. En effet, c'est bien la population bourgeoise qui pollue le plus et qui mène la danse folle du consumérisme bien plus que les couches populaires qui s'appauvrissent de plus en plus vite avec la globalisation, l'euro, et toutes les lubies que le libéralisme économique a pu concevoir ces quarante dernières années. Et c'est cette contradiction que l'on retrouve systématiquement dans le discours de l'écologisme officiel. D'un côté, on fait d'immenses prêches sur la planète qui meurt, la pollution, l'épuisement des ressources et de l'autre l'on soutient le libre-échange, la globalisation, la financiarisation, l'immigration de masse.

 

Le cynisme va même au plus haut degré puisque des modernistes technophiles comme Steve Jobs par exemple faisait régulièrement l’apologie de l'écologie en étant lui même végétarien tout en étant le promoteur du smartphone avec sa marque Apple. Les smartphones étant probablement l'invention moderne la plus caractéristique de la production superflue qui caractérise le capitalisme depuis les années 70 et que Jacques Ellul avait si bien analysés dans son célèbre livre « Le bluff technologique ». Le système technicien produisant de plus en plus d'objets inutiles dont la seule utilité s'avèrent de provenir du marketing et de la capacité des grands marchands à capter les usages naturels de la vie courante. Steve Jobs fut le représentant de cette tendance sociale très forte en Californie d'une dichotomie entre le discours, les idées et l'action. D'un coté on fait fortune en vendant des myriades d'objets inutiles, et en gaspillant d'énormes ressources naturelles et polluantes, de l'autre on fait tout un discours sur la sauvegarde la planète. Cette contradiction peut être analysée par un discours psychologique. La conscience de l’individu pouvant entrer en révolte avec l'action qu'entreprend ce dernier. Les enfants de bourgeois furent souvent les premiers à faire des discours sur la révolte contre les inégalités. Le parti des insoumis est par exemple rempli d'enfant de cadres supérieurs et ils sont tout autant présents chez les gauchistes de base. On retrouve donc la même contradiction dans l'écologie.

 

On peut également supposer que l'écologisme officiel, qu'on opposera avec la véritable écologie qui se soucie réellement du bien commun, est surtout un nouveau cache-sexe intellectuel visant à protéger les dominants en remplacement des idéologies classiques de moins en moins à la mode. Si l'on regarde ce discours sous cet aspect, l'écologisme officiel fait donc office de nouveau libéralisme , de nouveau marxisme ou de nouveau christianisme. Il prend le pari d'une construction théologique visant à produire une nouvelle légitimité aux actions les plus inégalitaires et délirante des couches sociales supérieures. En effet ce qui caractérise l'écologisme c'est qu'il prend très souvent des décisions qui comme par hasard ne touchent que certaines couches sociales, les plus faibles de préférence. On privilégie par exemple la hausse du coût de l'énergie pour diminuer la consommation. Ce qui signifie en pratique que l'on réserve la consommation énergétique au plus riche qui ne se soucie pas de l'argent justement. À l'inverse lorsqu'il s'agit d'aider ou d'investir l'on retrouve systématiquement des propositions qui sont favorables aux couches sociales aisées. Ainsi les aides pour les panneaux solaires ou l'isolation prennent souvent la forme de crédit d'impôt , une aide particulièrement utile pour les plus aisés.

 

L'on retrouve ici un phénomène social classique, les idéologies dominantes qu'elles soient égalitaires ou pas finissent toujours par justifier l'intérêt des possédants et des plus riches. Pour la simple raison qu'ils sont dominants et qu'ils prennent toujours à un moment donné le contrôle de l'idéologie à la mode. L'écologie ne fait donc pas exception alors même que la pensée écologique devrait pourtant être en confrontation totale avec la société actuelle et notre organisation sociale et économique. Car pour se questionner sur l'écologie il faut véritablement comprendre comment notre société fonctionne, et si l'on fait cette démarche l'on comprend rapidement pourquoi il est impossible de parler d'écologie sans remettre en cause, non seulement, l'obsession pour la croissance, mais aussi toute l'architecture qui promeut le désir de consommation et organise toute l'activité humaine dans la course folle au profit sans fin et sans but.

 

La contradiction entre l'économie de marché et l'écologie

 

Au fond pour faire de l'écologie ou pour penser l'écologie, il faut simplement renoncer à penser que la vie humaine n'a pour but que l'accumulation sous quelque forme que soit cette accumulation. La civilisation du marché a troqué les pyramides anciennes et les rites religieux qui donnaient sens à la vie commune des civilisations du passé contre la consommation de masse . Et toute la problématique du monde moderne vient de ce changement fondamental, l'économie est devenue le sens de la vie depuis que le libéralisme a pris le pouvoir au 19e siècle, en occident d'abord, puis sur toute la planète aujourd'hui. Les anciennes civilisations pouvaient être absurdes, vous pouviez mourir brûlé sur un bûcher pour avoir ouvertement critiqué l'église par exemple. Ou alors, mourir pour étendre la gloire de vos dieux. Mais elles étaient relativement durables à savoir que leur fonctionnement collectif ne mettait pas en danger l'existence même du groupe à long terme en détruisant son environnement. C'était des sociétés qui consommaient peu et qui trouvaient de quoi occuper les masses sans avoir à gaspiller d'énormes quantités de matières premières et d'énergie. En ce sens écologique, nous sommes infiniment moins efficaces que les gens du moyen âge. Qui pourrait de nos jours en France vivre de son lopin de terre en faisant vivre une famille nombreuse sans électricité, sans pétrole et sans tous les gadgets qui nous entourent et qui nous facilitent la vie ?

 

Sans pour autant vouloir revenir au moyen âge, il faut bien admettre que la question de la croissance sans fin et de l'accumulation frénétique d'objets dont on pourrait très bien se passer se pose. On doit se demander quelle limite différencie la nécessité technique minimale pour une vie décente et le superflu. L'électricité pour s'éclairer est nécessaire, tout comme l'eau courante. Prendre la voiture pour acheter son pain beaucoup moins. C'est dans cette décision qui consiste à savoir différencier ce qui est utile ou ce qui est du gaspillage que se trouve potentiellement une politique écologique crédible et fonctionnelle. Mais c'est également cette décision qui est interdite par le fonctionnement d'une économie libérale de marché. Car le marché n'a comme seul régulateur théorique que la loi de l'offre et de la demande. Une loi qui est par ailleurs largement discutable en pratique. Dans ce cadre libéral, les choix des acteurs ne se font que sur l'optimisation de l'acte d'achat. Dans ce cadre, seule l'augmentation des prix permet la réduction théorique de la consommation. C'est pourquoi d'ailleurs les écologistes officiels ou écologistes de marché font de la hausse des prix l'alpha et l'oméga de toute politique visant à réduire la consommation. Ils oublient au passage que cette mécanique ne fait que transférer en fait la consommation des moins fortunés vers celle des plus fortunés. Avec la « régulation » du marché, on ne fait en quelque sorte que déshabiller Paul le chômeur pour habiller Jacques le directeur bancaire. Au final, on ne réduira jamais la consommation par cette mécanique. On créera juste toujours plus d'inégalités.

 

La logique du marché optimise le gaspillage pour créer de la valeur

 

Plus grave encore la logique marchande vise à toujours augmenter la taille du marché et à en créer de nouveau pour toujours plus de profit. Comme je l'avais expliqué il y a longtemps dans un texte intitulé le Paradoxe des Antennes, le marché ne répond pas à un besoin en donnant la solution la plus optimale à proprement parler. Il donne la solution qui va produire le plus de valeur ajoutée et de revenu au détenteur du capital et à l'entreprise. Si cette solution pollue et détruit l'environnement, cela n'a guère d'importance, tout ce qui compte c'est de créer de la valeur marchande. Il fut un temps où même les économistes libéraux connaissaient cette limite. Pour décrire cette problématique, on distinguait deux notions de valeur. La valeur marchande celle qui consiste à donner un prix à une chose en fonction de sa rareté sur le marché. Et la valeur d'usage, celle qui consiste à mesurer l'utilité à une chose ou une action. Ainsi l'on voit instinctivement qu'un diamant a une valeur marchande très élevée, mais une valeur d'usage quasi nulle. À l'inverse, l'air que vous respirez a une valeur marchande nulle, mais une valeur d'usage infinie puisque sans lui vous mourrez. C'est cette opposition entre valeur marchande et valeur d'usage qui a poussé Jean Jacques Rousseau à faire cette célèbre remarque comme quoi les arts sont lucratifs en raison inverse de leur utilité. L'on pense ici aux footballeurs professionnels qui croulent sous les millions pendant que nos agriculteurs se débattent pour survivre avec des revenus ridicules. Les sociétés se perdent donc lorsqu’elles ne cessent de se préoccuper uniquement de la valeur marchande sans se préoccuper de la valeur d'usage. Elles finissent par négliger l'essentiel pour produire du superflu. On est en plein dans la problématique de l'écologie ici.

 

On pourrait d’ailleurs tout à fait affirmer comme le disait si bien Jean-Claude Michéa que le marché crée de la valeur marchande en détruisant des productions ou des activités ayant de la valeur d'usage. En polluant l'eau, vous créez un marché de l'eau. En créant des déchets, vous obligez à créer un marché du déchet du recyclage et du stockage. En détruisant les relations sociales, vous créez pleins de marchés de niche de la garderie des enfants, à la police en passant par le marché des rencontres pour célibataires. En créant des obèses par la malbouffe, vous créez le marché de la minceur. Si l'on regarde l'économie dans ce sens l'idée de progrès à travers la société marchande devient d'ailleurs hautement discutable.

 

Il faut sortir de la logique marchande pour faire vraiment de l'écologie

 

L'idée écologique qui consiste à faire en sorte que l'homme puisse cohabiter avec son environnement à long terme est tout à fait louable. Elle confine même au bon sens puisque l'humanité ne survivrait pas à un effondrement de son environnement. Mais il faut bien comprendre que pour arriver à cela il faut aller contre la logique du marché qui ne veut qu'optimiser la valeur marchande des choses. Il faut au contraire préserver les objets et les relations qui ont une forte valeur d'usage. Il faut également entrer en contradiction avec l'intérêt individuel sans avoir à passer par la seule logique marchande. Il existe bien sûr déjà des actions de ce type comme les labels par exemple même s'ils ne sont pas pas contraignants pour l'acheteur. Mais même ces labels comme le label bio n'échappent pas à la logique courtermiste du marché. En effet quel est le sens écologique du fait d'acheter un produit bio importé de plusieurs milliers de kilomètres par exemple ? Acheter une tomate bio importée d'Argentine est-il plus écologique qu'acheter une tomate non bio locale ? La réponse est non bien sûr. Le label bio est beaucoup trop laxiste, seuls les produits locaux étant peu transportés devraient pouvoir avoir un label de ce type. Mais cela entre en contradiction avec la logique marchande du produit le moins cher.

 

La logique écologique est par essence anti-globaliste et anti-marchande. Il est donc extrêmement pathétique de voir des gens se référant à l'écologie tout en prônant un monde sans frontières organisé autour du marché pur. À cela, j'ajouterai également que la pensée écologique ne doit pas non plus oublier la raison et la science. Il faut savoir raison gardée comme on dit, et il ne faut pas tomber dans l'excès. L'abandon du nucléaire est ainsi une absurdité sans nom à l'heure actuelle. C'est d'autant plus vrai que des initiatives sur le nucléaire au thorium par exemple commencent à porter leurs fruits. Sinon plutôt que de prôner des hausses de tarifs pour l'énergie à travers les taxes et les privatisations absurdes. Pourquoi ne pas ressortir l'idée d'un rationnement quantitatif pour chaque personne comme cela s'est fait après guerre ? On sort ici de la logique marchande et l'on rentre dans une vraie politique qui vise à limiter les gaspillages en mettant toutes les personnes, quel que soit leur statut social devant leur responsabilité. À l'ère du numérique, des réseaux et des cartes à puce, il est assez simple d'imaginer une limitation quantitative du pétrole par personne et par an. Les riches seraient obligés de limiter leur gaspillage énergétique de cette façon tout autant que les pauvres.

 

Globalement si l'on ne peut revenir à l'ordre ancien le défi de l'écologie véritable sera à mon sens de repousser au maximum l'étendue de l'espace du marché. De redonner un sens et une légitimité aux limites, c'est d'ailleurs peut-être ce que souhaitait Jacques Ellul lorsqu'il disait que les hommes devaient réapprendre les vertus ascétiques.

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 21:58

 

Alors que la farce électorale européenne est maintenant terminée, les affaires ont repris. Ainsi la commission européenne a-t-elle menacé l'Italie pour cause de dette excessive le lendemain des élections. On admire le planning et l'incroyable culot des tyrans de la bureaucratie néolibérale en action. L'on ne saurait mieux montrer l'inanité de la construction européenne qu'avec cette affaire, car comme dans la crise grecque l'UE se transforme en père Fouettard. On imagine l'état français en pareille situation avec une région ou une commune surendettée. En viendrait-il à punir les régions en difficultés ? Non, la population et l'état soutiendraient bien au contraire la région ou la commune en difficulté allant jusqu'à reprendre les dettes et faire du rééchelonnement pour sauver ce qui peut l'être. Mais voilà, la France est une nation, l'Europe est un carcan libéral qui n'a que faire de la solidarité ou du sens de l'intérêt général. D'ailleurs de quel intérêt général pourrait-on parler dans le cas de l'UE ? Celui de l'Allemagne ? Celui de la France ? Ou peut-être celui des multinationales qui arrose largement les institutions bureaucratiques bruxelloises ?

 

L'UE c'est le père Fouettard libéral qui tape toute personne, toute nation ou toute organisation n'entrant pas dans le cadre de l'agenda libéral plus obtus qu'il ne l'a jamais été dans toute l'histoire de cette idéologie utilitariste malsaine. Peu importe la réalité, les effets réels des politiques libérales et le fait que l'UE est une zone économiquement morte depuis 20 ans. Si ça ne marche pas, c'est qu'il n'y a pas assez d'austérité, pas assez de privatisations, pas assez de marchés, pas assez de libre-échange et d'ouverture de frontière. Si l'économie va mal, c'est nécessairement parce qu'il n'y a pas assez de libéralisme, car le libéralisme c'est la science et la raison. C'est drôle comme l'UE ressemble de plus en plus à l'URSS en fin de course . Les deux grandes idéologies matérialistes faussement opposées finissant de la même façon dévorée par leurs propres contradictions et leur incapacité à regarder le réel tel qu'il est . C'est dur de ne voir une réalité ne correspondre à aucun schéma préétabli fait de bout de raisonnements uniquement logiques dans leur cadre. À force de vouloir réduire le monde à des robinsonnades, les libéraux ont fini par ignorer complètement le monde réel.

 

La zone euro n'en finit pas de punir les victimes de plus en plus nombreuses de son dysfonctionnement interne. Dysfonctionnement qui n'est pas le produit d'une mauvaise politique, mais bien d'une erreur fondamentale de compréhension de ce que sont une monnaie et une nation. La zone euro, qui est un fantasme de libéral où la monnaie échappe à la tutelle publique et au citoyen, est une resucée de l'étalon or. Avec les mêmes conséquences et les mêmes impasses macroéconomiques à la différence près que seuls les pays de la zone euro en subissent les effets délétères, là ou l'étalon or produisait marasme et insuffisance de la demande à l'échelle planétaire. Le taux de chômage et la misère sociale sont devenus les variables d'ajustement pour maintenir l'euro alors que c'est à la monnaie de s'adapter pour répondre aux besoins de la population. Cette chosification de la politique que constitue le libéralisme économique est au cœur de la crise que nos sociétés traversent et ce n'est pas plus de libéralisme qui nous sauvera bien au contraire.

 

Les minibots, un coup de bluff à l'Italienne ?

 

Le nom m'a fait bien rire, me rappelant une série comique abominable pour la jeunesse sortie sur TF1 lorsque j'étais gamin dans les années 80 et qui s'appelait les Botes. Serait-ce un signe précurseur qu'il ne s'agit là que d'une blague italienne pour faire semblant de changer quelque chose à la situation du pays ? C'est que le gouvernement Salvini patauge un peu dans la gadoue. Il a été certes très populaire et il est très populaire à l'extrême droite en France où il est présenté comme l'homme qui arrête l'immigration en Italie. Enfin il arrête surtout l'immigration dans les médias à la manière d'un Trump. Mais sur les principaux problèmes de l'Italie à savoir un chômage prohibitif et un déclin économique extrêmement grave il ne fait pas grand-chose. Et pour cause le gouvernement Salvini ne veut pas sortir de l'euro et de l'UE. De la même manière que Tsipras en Grèce, les anti-systèmes d'Italie se sont vite englués dans la contradiction fondamentale qu'il y a entre le discours volontariste et patriotique d'un côté et le blocage politique que constitue l'appartenance à la zone euro et à l'UE.

Croissance économique en % du PIB ( source OCDE)

On ne peut pas d'un côté critiquer les conséquences d'une politique libérale qui conduit au marasme économique, à la désindustrialisation et à la destruction de l'emploi tout en continuant comme un imbécile à en chérir les causes que sont l'euro et l'UE. Mais cette contradiction se retrouve dans toutes les oppositions au système actuel. Le RN en France s'il parvient un jour au pouvoir se retrouvera exactement dans la même situation. Du reste, la situation économique italienne est relativement contrastée. Par certains côtés l'Italie est actuellement en moins mauvaise posture de la France. En effet, l'Italie connaît clairement un rebond de ses exportations et un excédent commercial, mais tout comme dans le cas de l'Espagne cet excédent est aussi le fruit d'un chômage élevé traduisant une demande intérieure léthargique. L'agressivité de la commission européenne sur la dette publique italienne est en réalité une cabale politique contre Salvini. L'Italie va moins mal que la France et n'accumule pas de déficit externe elle. Cela valide l'idée d'Emmanuel Todd sur le fait que l'Allemagne qui domine l'Europe et la commission caresse la France dans le sens du poil pour éviter un éclatement de la zone. Elle ne doit pas penser que l'Italie puisse sérieusement rompre avec le délire européiste.

Balance commerciale nette (exportations - importations) . Seule la France affiche encore un gros déficit

En clair l'Italie s'est adaptée à l'euro et à la crise de 2008 en créant du chômage comme la France des années 80-90 qui avait sauvé le SME en fabriquant des millions de chômeurs en ne dévaluant pas. La grosse différence c'est que la France des années 90 avait encore une démographie positive à savoir que la population active continuait à augmenter. Le chômage en France, on ne le dit jamais assez, ne résulte pas d'une nullité française, mais d'une démographie largement moins mauvaise que celle de ses voisins.

 

L'italie a plus de chomage que la France avec une démographie largement moins dynamique.

La croissance des années 90 en France était trop faible pour absorber les nouveaux venus sur le marché de l'emploi. Il aurait fallu des politiques plus expansionnistes ce qui entrait en contradiction avec le dogme monétariste d'un côté et celui du libre-échange de l'autre. Le chômage en France résulte d'une politique délibérée des dirigeants français et non d'un hasard d'une particularité de la culture française.  L'Italie actuelle est dans un état similaire sauf que la population active baisse. La part des 15-65 ans montre la forte baisse par rapport aux années 90. Et étant donné le taux de natalité, cette situation n'est pas près de s'arranger. Si l'Italie connaît une petite baisse du chômage, ce n'est donc pas tant par sa croissance économique que par la contraction progressive de sa population. L'immigration qui a touché fortement l'Italie ces dernières années est bien évidemment favorisée par le capital qui cherche impérativement à compenser la grève des ventres de la population italienne. Mais tout comme en Allemagne l'immigration essentiellement africaine et musulmane se retrouve de plus en plus rejetée malgré les besoins économiques grandissant en la matière.

 

On se retrouve ici dans une contradiction typique du fonctionnement des économies de « marché » entièrement mues par le court terme et l'intérêt marchand individuel. La crise démographique n'est pas nouvelle. Elle est connue depuis les années 70 . Le démographe Pierre Chaunu et d'autres avaient pourtant bien prévenu les autorités des conséquences à long terme d'une très faible natalité. Mais les idéologues du laissez-faire ont ignoré la chose, car au long terme le marché réglera le problème. Sauf que la solution du remplacement démographie trouve de moins en moins d'appui dans la population. Et elle trouvera à l'avenir de moins en moins d'endroits où trouver des travailleurs jetables d'ailleurs. Rappelons que la transition démographique est un phénomène maintenant planétaire et qu'en 2050 la quasi-totalité de la planète manquera de bras. On se demande où le marché ira alors chercher son armée de réserve. Là encore l'idéologie libérale se fracasse sur le réel. Les populations ne sont pas interchangeables et les êtres humains ne sont pas des Legos qu'on peut déplacer à sa guise pour combler les manques. Sans une intervention publique massive pour redresser la démographie l'Italie tout comme les autres pays européens sont condamnés à l'effondrement à plus ou moins brève échéance.

 

Mais évidemment cette intervention à un coût, un coût qui nécessite une régulation sur le commerce à terme puisqu'il renchérit le prix du travail local. Sur ce plan démographique, le gouvernement Salvini semble vouloir agir du moins dans sa communication. Mais il se retrouve pied et mains liées par les contraintes extérieures européennes. En effet, comment avoir une politique nataliste sans augmenter les charges patronales ou les impôts ? Il n'y a pas magie. Pour encourager les Italiens à avoir des enfants, il leur faut des emplois rémunérés correctement et une vraie politique familiale . Et tout cela a un prix, un prix qui n'est pas compatible avec le laissez-faire libéral dont l'UE est le principal défenseur. Comment augmenter le coût du travail sans mettre en péril la balance commerciale italienne ? Il faudrait pouvoir protéger l'économie italienne par des dévaluations ou des taxes à l'importation comme commence à le faire Trump aux USA. Mais c'est impossible dans le carcan européen. Là encore Salviny se retrouve le cul entre deux chaises. Mais bien sûr il n'est pas le seul coupable. Car comme en France la bourgeoisie locale ne tient pas à une sortie de l'UE. Et pour cause la nouvelle Lire serait probablement dévaluée en cas de politique massive de lutte contre le chômage et pour la relance démographique pourtant indispensable à la survie du pays à long terme. La contradiction du gouvernement italien est donc le produit de la contradiction des Italiens eux même. On peut maintenant dire qu'il s'agit d'un mal latin puisque ce genre de contradiction se retrouve en Espagne, en France et en Italie.

 

L'on peut donc se demander si Jacques Sapir ne prend pas ses désirs pour des réalités en annonçant que l'Italie prépare sa sortie de l'euro avec les minibots. En effet rien dans l'action de Salvini ne fait penser à une telle orientation. Techniquement l'Italie est en fait mieux placée que la France pour sortir de la zone euro. Le pays n'a plus de déficit extérieur, mais un excédent, et la dette extérieure italienne est moins forte que celle de la France. Mais voilà, la population italienne est contre la sortie de l'euro. Tout comme en France on ne peut qu'assister à un match politique se résumant soit à un monopole de libéraux compulsifs menant à la destruction progressive de tout ce qui fait marcher la société à l'image des réformes de plus en plus idiotes et extrémistes de Macron. Soit à un gouvernement de type pseudo-patriotique comme Salvini qui fait semblant de défendre la nation pour satisfaire un peu la partie de la population condamnée économiquement par la globalisation et l'euro. Vous savez maintenant à quoi ressemblerait un éventuel gouvernement RN au pouvoir. Il suffit de regarder l'Italie et ce n'est guère brillant. Qu'on se le dise l'euro mourra probablement d'une crise extérieure et non d'un revirement politique.

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 21:55

L'affaire n'a guère de fait de bruit dans les journaux alors qu'elle est symptomatique d'une situation extrêmement dangereuse à long terme pour la France . Pour la première fois, la France est devenue un pays importateur net de denrées alimentaires . Le grenier à blé historique de l'Europe de l'Ouest est donc devenu un pays qui importe sa nourriture. Et cela s'est fait sans explosion démographique contrairement à des pays comme l’Égypte par exemple qui fait face à une démographie galopante et dangereuse. Non, la population française n'a guère augmenté ces quarante dernières années, elle aurait même probablement diminué sans l'apport artificiel de l'immigration constante. Dans le même temps, notre pays exporte du bois en Chine et importe des meubles de ce même pays tel un vulgaire pays du tiers-monde. Comme nous l'avions vu il y a peu, la situation française devient véritablement préoccupante. Et cela sans que pour autant nos élites ne semblent véritablement s'en soucier.

 

C'est que le mythe de l'ordre libéral est dur à abattre dans la tête des élites . Il est même plus prégnant qu'à n'importe quel moment de notre histoire. Plus rien ne vient déranger la certitude que le saint marché fonctionne de manière optimale malgré l'énorme accumulation de faits disant le contraire. L'ouverture à la « concurrence » du secteur de l'électricité se traduisant immédiatement par des hausses de prix ne met d'ailleurs toujours pas la puce à l'oreille des décideurs français. Continuons comme ça, à long terme ça s'arrangera . Mais comme le disait Henri Guaino dernièrement à Jacques Sapir dans cet intéressant débat, cela fait quarante ans déjà qu'on dit à long terme. Cela commence à faire long pour les gens qui ont vécu la contre-révolution libérale depuis le début. Et tout semble en fait montrer que la torture n'aura jamais de fin, après tout l'industrie chinoise elle-même commence à trouver sa main-d’œuvre trop chère et délocalise certaines activités y compris en Corée du Nord. Ce qui pourrait être drôle si ce n'était aussi tragique. Cette course au moins-disant salarial n'aura tous simplement jamais de fin du moins tant qu'un humain sera encore en vie sur cette planète. Ce qui pourrait ne pas durer si l'on se fit à l'effondrement démographique par la baisse de la natalité que provoque en grande partie ce modèle de société.

 

Nous vivons donc en direct la mort lente et véritable d'une nation et d'un peuple. Incapables de subvenir à ses besoins vitaux, les peuples victimes d'une telle évolution n'ont guère d'avenir en tant que tel. L'endettement peut permettre de faire illusion encore quelques années, mais ne doutez pas de la fin inéluctable et dans les larmes du système qui maintient un semblant de niveau de vie dans les pays déficitaires comme la France. Tôt ou tard, il faudra à nouveau rééquilibrer notre commerce extérieur que ce soit par la production locale ou par l'effondrement de la demande intérieure, ce qui en tel cas se traduirait par un doublement ou un triplement du chômage réel déjà passablement élevé. Et par une baisse brutale du PIB par habitant. À n'en pas douter, la situation française en cas de rééquilibrage serait probablement équivalente à l'évolution de pays comme l'Espagne ou la Grèce. Ce serait peut-être même pire puisque pendant longtemps notre natalité a été moins mauvaise que celle de ces pays.

 

C'est dans cette situation qui est la nôtre qu'il faut repenser l'économie entièrement en dehors des cadres du libéralisme totalitaire. Il faut abandonner la croyance que le marché par la loi de l'offre et de la demande optimise toujours la répartition des richesses, et fait les meilleurs investissements. Mais il faut aussi laisser tomber complètement le dogme du libre-échange qui ne produirait que des gagnants. L'histoire montre en fait largement le contraire. Dans le cadre actuel, le libre-échange tend surtout à déformer la part de la valeur ajoutée en faveur de la rente et du capital et à construire des déséquilibres tellement énormes entre les nations qu'il met en danger tout le soubassement de l'économie mondiale. Ceux qui se réjouissent de la montée de la Chine et de l'effondrement du dollar potentiel devraient y réfléchir à deux fois. Une telle évolution entraînerait un rééquilibrage d'une brutalité inouïe dont il n'est pas certain que les gagnants de la globalisation actuelle seraient les plus à même d'en tirer profit. Lors de la dernière crise, la Chine et l’Allemagne ont été lourdement frappées par le ralentissement américain. La simple division par deux du déficit commercial américain a suffi par exemple à plonger l'Allemagne en récession. Que se passerait-il si les USA rééquilibraient d'un coup leurs échanges par la contraction de la demande intérieure d’après vous ?

 

Le protectionnisme Trumpiste

 

Alors évidemment la question du protectionnisme n'est pas nouvelle sur ce blog. J'en ai déjà longuement parlé sur de nombreux textes. Mais il me semble que revoir cette question alors que Trump vient de mettre en place un tarif de 25 % de droit de douane sur les produits chinois était une bonne occasion de remettre les pendules à l'heure. J'ai critiqué Trump sur sa politique protectionniste et je continuerai à le faire. Non parce que je suis contre, mais parce que je la trouve approximative et amateuriste, en plus d'être essentiellement politicienne. Il a quand même fallu attendre extrêmement longtemps pour que cette politique se mette en œuvre alors qu'il a fallu seulement quelques mois à Trump pour mettre en place sa politique de baisse d'impôt pour les plus riches. Cela caractérise, je crois, assez bien le sens des priorités du président américain.

 

À cela s'ajoute également l'idéologie toujours aussi libérale qui imprègne la politique de Trump qui ne se différencie guère en vérité de celle des années 80. Quoi qu'il en soit il est vrai qu'il réhabilite quelque part les politiques protectionnistes même si les siennes sont particulièrement hasardeuses. La virulence du discours protectionniste de Trump tranche en fait avec son application réel. Alors les médias font certes leurs choux gras sur les conflits récents concernant la 5G et les problèmes relationnels entre les entreprises américaines et chinoises. Mais sur le fond reste l'énorme déficit commercial américain dont les secteurs des télécommunications ou de l'informatique ne représentent en réalité qu'une infime partie. Déjà la presse parle d'une défaite chinoise alors même que ce pays contrôle toute la chaîne de production des téléphones.

 

La question que l'on doit se poser ici est de savoir si reconstruire une industrie de production d'objets complexes réels comme les smartphones est plus simple qu'un assemblage de ligne de code pour réaliser des logiciels comme les moteurs de recherche de Google. La réponse paraît assez évidente pour quelqu'un qui a le sens pratique. C'est bien la production réelle qui constitue l'essentiel de la difficulté industrielle. Or à force de délocaliser l'occident et leur chef de file, les USA ont perdu l'essentiel de ce qui fait la production industrielle. Il n'est même pas sûr qu'il y est aujourd'hui les savoir-faire pratiques pour recréer aux USA une industrie du semi-conducteur, base pourtant indispensable de la civilisation numérique.

 

Trump et son logiciel mental libéral seront bien incapables de reconstruire une industrie américaine. Car pour cela il faut non seulement rompre avec le libre-échange, mais aussi rompre avec l'idée que tout s'arrangera tout seul par la simple volonté du marché autorégulé. Sans planification et politique publique appropriées il y a malheureusement fort à parier que la réindustrialisation ne se fera pas ou du moins pas aussi efficacement ni aussi rapidement qu'elle pourrait l'être. Il faut développer une stratégie industrielle, former les jeunes à autre chose qu'au baratinage marketing des grandes universités US. Il faut orienter les étudiants vers les sciences et l'industrie. Tout ce que le marché en occident dévalorise depuis des décennies à travers la répartition des revenus et l'idéologie de la société du tertiaire, idéologie qui a fait aussi énormément de dégâts en France au passage. Et réindustrialiser un pays ce n'est pas juste gonfler du muscle dans les discours. Il faut bien comprendre au préalable les interdépendances fabriquées par quarante ans de laissez-faire. Pour se libérer d'une corde avec des nœuds, mieux vaut comprendre la façon dont sont entremêlés les nœuds plutôt que de tirer comme un fou sur la corde au risque de se blesser au passage.

 

 

Une bonne politique protectionniste ne consiste pas à sauter sur la table et à taxer tous les produits importés sans réfléchir. Mais bien à se projeter dans l'avenir tout en faisant bien attention à ne point sous-estimer les difficultés d'une réindustrialisation. Le protectionnisme doit être progressif. Il doit réorienter les investissements en convainquant les producteurs de la rentabilité à long terme de la relocalisation des activités productives. Il faut également repenser la question du financement de l'économie. Comment ignorer le fait par exemple que le capitalisme moderne s'apparente plus aujourd’hui à un casino géant plus qu'à un système d'investissement productif ? Pour réindustrialiser, nous devrons également repenser le capital et la façon dont il est rémunéré. Impossible d'avoir des rendements fous à 15 % quand l'économie réelle ne croît que de 2 ou 3 % par an. Il faut rendre le capital moins fluide et plafonner le rendement potentiel pour les actionnaires afin de rendre attractif à nouveau l'investissement productif à faible rendement. C'est un problème rarement soulevé, mais qui est pourtant essentiel. Dans ses conditions de fonctionnement actuel, le capital n’investit pas dans les activités à faible rendement même si celles-ci sont essentielles à l'activité économique. Alors à moins de faire directement intervenir l'action publique directement, l'on serait bien inspiré de faire en sorte que le capital s'emploie même dans les activités à faible rendement. Évidemment une telle politique présuppose en plus du contrôle de la circulation des marchandises, un contrôle de la circulation des capitaux. L'épargne et le capital doivent impérativement redevenir uniquement nationaux.

 

Une politique pour l'autosuffisance raisonnable

 

Comme je l'avais déjà expliqué autrefois, l'autosuffisance n'est pas un gros mot. Ce n'est même pas une notion réactionnaire, c'est au contraire un objectif noble et extrêmement écologique. Pour les aficionados de l'ouverture, je rappellerais simplement cette évidence. La vie sur terre existe en autarcie, nous vivons déjà dans un espace clos. Certes, il est relativement grand à l'échelle humaine, mais minuscule à l'échelle de l'espace qui nous entoure. La seule chose qui constitue une entrée constante vis-à-vis de l'extérieur est l'énergie formidable que nous fournit gratuitement le soleil grâce au processus de fusion nucléaire de l'hydrogène. Il est donc totalement stupide de sauter comme un cabri sur une chaise en entendant les mots autosuffisances ou autarcie. La plupart des systèmes écologiques existent d'ailleurs en quasi autarcie. La vie optimisant les espèces suivant des lieux d'espace de vie souvent très restreints. La vie met des millions d'années grâce au processus d'évolution et de sélection à mettre point des interactions souvent extrêmement complexes entre les êtres vivant pour utiliser chaque ressource disponible dans un espace donné le plus efficacement possible. Loin d'être primitive ou grotesque, l'autarcie constitue en fait l'art le plus élevé de la vie. C'est la chose la plus difficile à atteindre. Demandez donc aux ingénieurs de l'ESA ou de la Nasa si c'est simple de faire fonctionner un vaisseau en vase clos pour atteindre Mars par exemple avec seulement trois ou quatre astronautes à bord.

 

Qu'est-ce qu’une autosuffisance raisonnable, me direz-vous ? L'on pourrait tergiverser longuement sur sa définition . Il ne s'agit pas de l'autarcie en tant que telle . Il y a ici un lien entre l'indépendance nationale sur le plan politique et l'indépendance économique relative à mettre en place. L'on peut très bien s'en tenir à la version de Maurice Allais qui préconisait un taux limite de 20 % en volume aux importations pour toute activité de production. En clair, faire en sorte que les importations ne dépassent pas la limite quantitative de 20 % de la production nationale. Cela laisse une ouverture importante à la concurrence étrangère tout en empêchant une dépendance trop grande aux marchés mondiaux. On maintient les savoir-faire minimums dans toutes les activités de production pour ne jamais les perdre totalement. Je rajouterai ici une limite en exportation également parce que la dépendance est à double sens. La notion d'autosuffisance nationale ne consiste pas à limiter uniquement les importations, mais aussi de ne pas trop dépendre pour l'écoulement de sa production des évolutions des marchés mondiaux. L'on voit bien la relation malsaine entre la Chine, l'Allemagne et les USA . La trop grande interdépendance loin de pacifier les relations les envenime considérablement.

 

La question de l'autosuffisance nationale peut paraître aujourd'hui curieuse et anachronique. Elle va pourtant se poser de plus en plus dans les décennies qui viennent. L'épuisement des matières premières , la multiplication des conflits commerciaux sur fond de déclin d'un occident de plus en plus visible vont remettre sur le tapis cette simple évidence qu'il n'est en réalité pas bon pour une nation d'être trop dépendante de l'extérieur. Loin d'être un sujet ringard, c'est au contraire une question d'avant-garde, car les nations qui sauront le mieux répondre à leurs propres besoins seront celles qui traverseront le mieux l'effondrement inéluctable du modèle globalisé actuel. Et il est bien malheureux de constater que sur cette question comme sur bien d'autres les nations européennes sont très mal engagées.

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