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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 18:37

 

 

 

Comme nous venons d'élire un digne représentant du néolibéralisme européiste décomplexé et qu'il nous prépare avec son tuteur allemand un régime grec pour la France. Il me semblait opportun de faire un bilan sur la situation de ce pauvre pays coincé entre une extrême gauche préférant l’absence de frontière à la solidarité nationale et une construction européenne obsédées par la pratique de concepts économiques aussi erronés que néfastes. Les Grecques ne sont évidemment pas innocentes dans cette affaire, après tout ils ont élu leurs bourreaux tout comme les Français ont élu Macron. Mais même en faisant cette remarque cela ne signifie pas pour autant que cette responsabilité nous dédouane de toute analyse sérieuse. En effet, bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques. Le simple fait que même le FN veuille abandonner la question de la sortie de l'euro montre toute l'incompréhension de ces questions y compris chez les principaux partis de l'anti-système. Certes, les questions économiques peuvent sembler abstraites ou trop éloignées des préoccupations immédiates.

 

L'économie est pourtant à la politique, ce que la logistique est à la stratégie militaire. La logistique n'est pas le cœur de l'action militaire, mais elle la rend possible en pratique. Combien d'armées puissantes sont-elles tombées par la faute d'une mauvaise logistique ? Il en va de même pour les questions économiques et monétaires. Elles ne sont pas le but réel de l'action que doit mener une politique alternative, mais elles sont le moyen par lequel s'exerce cette politique. Même de Gaulle faisait de l'économie non pas par intéressement particulier sur cette question, mais bien parce qu'il avait compris tout l’intérêt de la maîtrise de ces questions dans l'intérêt général de la France. Quand de Gaulle dévalue le franc de près de 30 % en deux fois en 1958 c'était pour résoudre les questions de déséquilibre commercial français. Et il a bien fait puisque la croissance s'est améliorée tout comme la situation du commerce et de l'emploi. Entre la rente et le travail productif, le général de Gaulle choisit alors le travail productif. Nous vivons encore sur les restes de ces politiques affreusement étatistes et interventionnistes.

 

La Grèce ne fait plus de politique économique

 

La nation grecque est un exemple particulièrement parlant des effets d'une absence de liberté monétaire et économique pour un pays. Voilà une nation qui a vendu son indépendance nationale pour pouvoir faire partie de la zone euro . Les gouvernements de « gauche » qui dirige ce pays depuis la crise n'ont pas cessé de préférer l'euro à la lutte contre le chômage et la pauvreté. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la suppression de l'indépendance monétaire est en soi une politique. Ce n'est pas quelque chose de neutre, mais un choix va mécaniquement imposer une certaine répartition des richesses au sein d'un pays. Le grand ennemi de la rente c'est l'inflation et son corolaire la baisse du rendement des actions et des intérêts. Cette peur fondamentale de l'inflation qui a été érigée en pilier de la bonne gouvernance économique n'est pas le fruit du hasard. C'est la contre-réaction du capital et de la finance qui était naturellement rongée dans les années 70 par la baisse concomitante des gains de productivité et le ralentissement de la croissance démographique. Il leur a fallu faire peur sur la question de l'inflation pour défendre en réalité leurs intérêts.

 

Or comme l'a très bien démontré Keynes, l'inflation n'est pas du tout cette horreur que décrivent les libéraux. C'est au contraire le remède naturel qui se produit lorsque la richesse est trop concentrée. L'inflation fluidifie l'économie, elle ronge les rentes sous toutes leurs formes. Elle contrebalance la fameuse formule des taux d'intérêt composé qui tend naturellement à concentrer toutes les richesses entre quelques mains. Rappelons qu'il n'y a pas besoin de faire de marxisme pour comprendre la nature dangereuse du capitalisme. Les mathématiques suffisent puisque la formule des taux d'intérêt composé est une progression géométrique . L'utilité de l'inflation est de plus particulièrement vraie dans des pays où la gestion du personnel travailleur est difficile, là où les négociations sont mal organisées et la vie sociale relativement brutale. S'il est difficile de négocier avec ses salariés, l'inflation vient faciliter la tâche. En effet, imaginons qu'un producteur de bien ait besoin de faire baisser le prix de sa production alors qu'il vit dans un pays où la négociation salariale est difficile. Que peut-il faire ? Si les prix stagnent, c'est-à-dire si l'inflation est faible, il est coincé. Il devra se battre avec ses salariés pour obtenir généralement au mieux le statu quo. Par contre s'il y a de l'inflation, c'est-à-dire si les prix généraux sur le marché augmentent il peut essayer de moins augmenter ses prix que ses concurrents. Si l'inflation est de 5 % par an, mais que ses coûts salariaux ne sont finalement augmentés que de 2,5 %, il va pouvoir faire une baisse relative de 2,5 % par rapport au prix moyen du marché. Et cela sans avoir à demander une baisse des salaires ou même une simple stagnation. De fait, l'inflation facilite la gestion des ressources humaines et la flexibilité des entreprises.

 

Vous voyez ici la source de la différence fondamentale entre un pays comme l'Allemagne par exemple et la Grèce ou dans une moindre mesure la France. La Grèce comme la plupart des pays du sud à besoin d'inflation pour que son corps social fonctionne correctement sans quoi la société se bloque et les rentes s'accumulent encore plus vite. La compétitivité s'essouffle et l'économie périclite. La gestion à l'allemande est inconcevable dans ce type de société, il était dès lors complètement absurde de donner la même monnaie à la Grèce et à l'Allemagne. Ajoutons à cela que les contraintes géopolitiques et les risques militaires obligent ce pays à maintenir des budgets de défense pour sa propre survie ce qui rajoute à l'incompatibilité avec la gestion à l'allemande de l'économie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En regardant le taux d'inflation de l'économie grecque précédant la monnaie unique l'on voit que ce pays avait un taux naturel d'inflation très élevé. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir que l'euro a eu des effets extrêmement mauvais pour l'emploi et la croissance dans ce pays. Mais pour les élites du pays, c'était certainement un objectif. La dépression n'est pas le résultat du hasard, mais l'effet voulu par les décisionnaires. On remarque d'ailleurs que depuis 2014 la Grèce est maintenant en déflation, la vie rêvée du rentier qui voit le coût de la production baisser pendant que ses actions et sa rente immobilière rapportent des intérêts positifs.

 

 

 

 

 

 

 

Comme on peut le voir sur le graphique précédent, le chômage en Grèce atteint des niveaux dramatiques . C'est d'autant plus grave que la population diminue comme en Espagne, les jeunes fuient un pays qui est pourtant extrêmement vieillissant. L'amélioration relative depuis 2014 tient aussi à la baisse de l'euro qui comme je l'ai signalé dans un texte récent donne un petit souffle aux pays du sud y compris à la France. Le taux de change est maintenant de 1,1$ pour un euro ce qui rend les produits grecs moins chers et permet aussi une reprise du tourisme.

 

 

 

 

 

 

Sous l'effet conjugué de la baisse de l'euro et des politiques de contrition salariale, la balance commerciale du pays s'est améliorée . Ces politiques ont encore fonctionné comme en Italie et en Espagne en attendant la France. Cette amélioration s'est faite surtout par la réduction de la demande intérieure comme dans les autres pays latins. Si l'on regarde les importations et les exportations, la situation est très nette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le niveau actuel des importations et des exportations a rejoint en valeur le niveau de 1999 il y a 18 ans de cela. La Grèce a perdu près de vingt ans de développement. Mais grâce à sa monnaie surévaluation, les rentiers locaux ont la belle vie. Encore une fois, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise politique, il y a juste des choix qui sont faits et qui vont dans tel ou tel intérêt. Clairement, le choix de la Grèce est un choix de rentier comme en France. Peu importe que le pays soit plus pauvre, plus inégalitaire et globalement moins vivable tant que les intérêts de ceux qui dirigent sont gagnants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ce graphique on voit l'évolution du taux de croissance économique. Je me suis amusé à comparer avec la petite Islande qui n'a pas suivi les conseils du FMI et qui n'est pas dans l'euro. Non seulement elle a redémarré plus vite et plus fortement que la Grèce ou le Portugal, mais en plus chez elle les inégalités ont reculé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme vous pouvez le voir ici, la vraie rupture entre les pays qui ont une politique monétaire propre, et ceux qui ont la monnaie unique, c'est que le taux de pauvreté n'a augmenté que chez les seconds. C'est-à-dire que là où la variable d'ajustement se fait sur la monnaie et la dévaluation, la pauvreté recule. Lorsque l'on ne peut pas dévaluer et faire augmenter l'inflation, la pauvreté et le chômage augmentent. C'est très visible avec le graphique ci-dessous concernant la croissance du taux salarial horaire. On voit très bien la baisse des salaires en Grèce. Or comme on l'a vue, la Grèce n'a pas de meilleur résultat que l'Islande par exemple, c'est même l'inverse. L'Islande n'a pas baissé ses salaires, mais sa monnaie. Les effets ont été plus fort sur la reprise et en plus il n'y a pas eu d'augmentation des inégalités contrairement à la Grèce. C'est donc bien un choix entre deux solutions, l'une favorable au travail, aux salariés, l'autre favorable à la rente et à la finance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'économie grecque n'est pas en bonne santé. Le pays connaît un appauvrissement majeur pour une partie croissante de sa population, tout ça pour éviter l'inflation et la dévaluation. Il ne s'agit pas de savoir ici s'il s'agit d'une bonne politique ou pas, mais bien de montrer quels intérêts se cachent derrière la façade la bonne gouvernance et de la gestion libérale. L'UE et l'euro sont les outils idéologiques et pratiques qui permettent la mise en oeuvre de ces politiques. C'est bien parce que la gauche pseudo-alternative aime l'euro qu’elle se permet de faire boire ce cocktail empoisonné mélangeant politique de l'offre et rigueur salariale suicidaire. La Grèce pourrait sortir de l'euro et dévaluer. Elle pourrait mettre en place une politique de réindustrialisation, un protectionnisme, etc.. Mais pour cela encore faut-il rompre avec la religion européenne. En attendant la Grèce meure à petit feu, elle fait de moins en moins d'enfants et fait partir sa jeunesse ou la paupérise. Leurs ancêtres se sont-ils battus pendant des siècles contre l'Empire ottoman pour mourir à nouveau tel Byzance en étant absorbé cette fois par un empire barbare peuplé de tyrans en costumes trois pièces? Jean Claude Juncker sera-t-il le Mehmet II de la Grèce moderne ? Dois-je rappeler le rôle néfaste des Occidentaux dans la chute de l'Empire byzantin avec la quatrième croisade.

*Les graphiques bleus proviennent de l'OCDE. Si vous les trouvez trop petits, vous pouvez les agrandir en cliquant sur le bouton droit de la souris puis en appuyant sur "Afficher l'image".

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Published by Yann - dans économie
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 19:42

Cette élection a marqué les esprits de plusieurs manières. Elle a tout d'abord confirmé une dérive qui date maintenant d'une vingtaine d'années de dislocation territoriale. Comme l'a analysé Christophe Guilluy, il existe maintenant une opposition entre la France périphérique et la France des centres-ville. Cette coupure n'est pas uniquement liée à la crise en tant que telle. Mais aussi, et surtout à la flambée délirante des prix de l'immobilier de ces deux dernières décennies. Le phénomène est simple à expliquer la simple hausse du prix de l'immobilier et des loyers chassent la population la moins fortunée des villes. Un coup d’œil à ce graphique provenant du huffingtonpost montre l'absurdité de prix en France et la décorrélation qui a eu lieu entre l'évolution des salaires et celle des prix de l'immobilier. C'est d'autant plus vrai que l'on constate que contrairement à la situation américaine, qui s'est relativement assainie, la France se maintient à faire payer beaucoup trop cher les logements par rapport aux revenus disponibles. La bulle spéculative des années 2000-2006 n'a pas été corrigée en France. Il s'agit là d'un facteur essentiel à la déstructuration territoriale du pays. Car le phénomène de séparation spatiale était beaucoup moins marqué dans les années 80-90, période pourtant elle aussi touché par le chômage de masse et la surévaluation monétaire.

 

 

Il y a donc deux crises qui cumulent leurs effets pour donner la situation présente. D'un côté, la crise de l'emploi et de la désindustrialisation liée au libre-échange et à l'euro. De l'autre une crise du logement liée très clairement à une surévaluation des biens immobiliers et des loyers. Les deux crises ne sont pas tout à fait indépendantes l'une de l'autre. Ne faisons pas l'erreur classique des raisonnements en robinsonnade libérale. Les loyers et le prix de l'immobilier ont une influence sur la viabilité d'un revenu. Il est évident qu'une entreprise qui paye ses salariés à un niveau insuffisant pour leur permettre de se loger va avoir des difficultés à recruter des employés. De sorte que les entreprises sont généralement contraintes d'appliquer des salaires plus élevés là où les prix d'habitation sont plus forts. Ainsi la région parisienne a des salaires plus élevés que le reste du pays parce que les loyers et le coût de la vie en général y sont aussi plus élevés. Il y a une question ici de savoir ce qui différencie la cause de l'effet. L'obsession des néolibéraux et de la gauche bourgeoise pour les travailleurs détachés tient d'ailleurs en partie à cette contrainte qui les enquiquine. Pour pouvoir payer moins cher des salariés qui sont rares dans leurs quartiers à haut prix du mètre carré, ils veulent maintenant importer des populations qui seront moins regardantes sur la qualité d'habitation qui leur est offerte. La disparition du petit peuple de paris a en effet créé un trou dans le remplissage du besoin pour réaliser les basses besognes des cadres à haut revenu. Pour combler ce trou, on importe du lointain de nouveau travailleur. Paradoxalement cette méthode aggrave les déséquilibres en nourrissant artificiellement le prix de l'immobilier. Parce que finalement, il faut bien les parquer quelque part les nouveaux venus.

 

Une région lourdement déficitaire

 

Cette coupure entre centre-ville et périphérie n'est pas la seule finalement que l'on peut observer. Il y a une coupure beaucoup plus dangereuse et qui s'est traduite notamment par surreprésentation du vote Macron dans la capitale française. La vision générale qu'ont les élites du pays est que la France est en quelque sorte à la remorque de la capitale française. C'est très exactement le même type de réaction que l'on a pu observer lors du Brexit avec des personnages aussi caricaturaux qu'approximatifs comme monsieur Gaspard Koenig. Un personnage qui a évidemment appelé à voter Macron, et qui se demandait ouvertement, au lendemain du Brexit, si Londres ne devait pas devenir indépendante. De la même manière voit-on le pape de l'industrie mensongère du marketing alias monsieur Jacques Seguela nous dire que c'est à la France des villes (des cadres sup) de diriger le pays. Il y a là un suprématisme qui ne souffre plus d'aucune espèce de décence ou de retenue. L'élection de Macron a fini par libérer la parole des aristocrates des temps modernes. Le problème de ce type de raisonnement particulièrement dans le cas de la région parisienne c'est qu'ils sont fondés sur une croyance plus que sur la raison. Ce qui est normal pour un suprématisme, me direz-vous.

 

*source : http://lekiosque.finances.gouv.fr

 

Première remarque et non des moindres, la région parisienne est lourdement déficitaire sur le plan commercial. Je sais que cela étonnera beaucoup de monde et c'est pourtant un fait avéré. En 2016 la région parisienne a eu un déficit commercial de près de 54 milliards d'euros. Pour vous donner un ordre de grandeur, le déficit commercial de la France en 2016 était de 48,1 milliards d'euros. Oui vous avez bien lu, le déficit commercial de la région parisienne est supérieur au déficit commercial de la France dans son ensemble. C'est à se demander qui porte qui sur ses épaules n'est-ce pas ? De fait le syndrome de supériorité des élites parisiennes est loin d'être fondée. Non, la France ne vit pas grâce à la région parisienne, et non, elle n'est pas la région dynamique que certains dépeignent. Et pour cause s'il y a bien un endroit caractérisé par un immobilier au prix délirant c'est bien Paris et sa région. De fait, la surélévation du coût local de l'immobilier entraîne une désindustrialisation locale. Une délocalisation des activités productives qui peuvent aller dans d'autres pays, mais aussi ailleurs en France. D'ailleurs l'autre grande région française très déficitaire est elle aussi un lieu de haut niveau de prix pour l'immobilier à savoir la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui affiche un déficit d'environ 10 milliards d'euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De fait, les activités qui se développent majoritairement dans ces régions sont des activités à haut revenu, mais non productives sur le plan commercial. Or je dois le rappeler à minima, ce sont ces activités productives qui font le niveau de vie du pays. L'agriculture et la production industrielle sont des deux piliers qui fondent l'économie d'une nation, car un pays ne peut pas vivre en achetant indéfiniment des produits étrangers sans rien produire et vendre en retour. Les services ne sont pas inutiles bien évidemment, mais ils doivent être proportionnés aux capacités industrielles du pays. Du reste, les échanges dans le domaine des services sont largement inférieurs en volume aux échanges des biens et des marchandises. Il est difficile de couvrir un lourd déficit commercial avec des services sauf si vous êtes un petit pays parasite fiscal à l'image du Luxembourg. Même la Grande-Bretagne championne de la finance a aujourd'hui du mal à joindre les deux bouts sans son pétrole de la mer du nord qui s'épuise et pourtant les Anglais ont la chance de ne pas souffrir de l'euro eux. La spécialisation de l'espace français n'explique pas de tels déséquilibres, et il faut le rappeler, pendant longtemps la région parisienne était exportatrice et représentait une partie importante de la base industrielle du pays. Cette carte rend tout à fait grotesques les raisonnements de monsieur Gaspard Koenig puisque l'on voit bien que la région parisienne aurait beaucoup de mal à vivre sans le reste du pays. L'autre apprentissage de la carte c'est que l'on retrouve l'intuition toddienne puisque l'on voit bien que les régions excédentaires ont un lien avec les familles souches du même type que celles qui sont en Allemagne. Le découpage administratif des régions actuelles cache cependant la clarté du comparatif avec les structures familiales de l'analyse toddienne.

 

Les crises de l'immobilier et de l’eurolibéralisme sont concomitantes et produisent une fracturation non seulement entre ville et périphérie, mais aussi entre région. Le cœur intellectuel et social de la France qu'est la région parisienne se retrouve dans une situation de dépendance à cause de l'idéologie qu'elle-même fait subir au reste du pays. Sa richesse illusoire fondée sur des rentes immobilières et financières lui permet d'accepter un modèle économique qu'elle devrait pourtant rejeter puisque sa substance économique réelle est progressivement détruite. C'est véritablement paradoxal de voir la région la plus lourdement déficitaire qui est une grande victime de l'euro et du libre-échange, se faire pourtant l'avocat la plus acharnée de ce système. Ce paradoxe tient à la bulle immobilière et aux rentes financières qui permettent à la région parisienne de continuer à fonctionner. Il y a cependant fort à parier que la nécessite du rééquilibrage de la balance commerciale frappera d'abord la région parisienne. Parce qu'elle est aujourd'hui le cœur improductif du pays. Si la France doit faire des économies pour sauver le soldat euro c'est avant tout dans cette région que les efforts seront portés. Les effets des politiques de contrition de la demande intérieure produiront une flambée du chômage essentiellement partout en France. Mais c'est certainement la capitale qui subira cette fois les effets palpables de l'eurolibéralisme. La baffe libérale dans la tête des Parisiens sera peut-être le meilleur moyen pour leur faire prendre conscience de la réalité et de l'inanité du projet européiste. La capitale française ne peut pas durablement vivre en dehors de son propre pays et des conséquences de ses propres décisions. Elle a voulu Macron qu'elle en subisse les conséquences, elle redeviendra peut-être ensuite une capitale digne de nom quand elle aura remis en cause ses dogmes.

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Published by Yann - dans économie
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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 15:43

Puisque les candidats à l'élection présidentielle ne semblent pas très au courant de la situation réelle du pays. Je crois qu'il est d'intérêt public de faire quelques mesures pratiques. En effet, comment ne pas être surpris de voir un président catastrophique nous sortir l'idée qu'il a un bon bilan ? Ou voir son ancien ministre de l'économie nous sortir l'énormité d'une baisse du chômage qui serait concomitante à l'entrée dans la zone euro. Il faut bien le dire, ce n'est pas la première fois que les politiques font semblant de ne pas voir la réalité. Qui se souvient encore aujourd'hui de la cagnotte Jospin ? À l'époque les socialistes tout fiers de la baisse du chômage et de l’amélioration des comptes sociaux s'étaient empressés d'y attacher le mérite de leur politique. Ainsi ont-ils pris au sérieux l'idée que les 35h avaient fait baisser le chômage. Hypothèse aussi ridicule que démontré par la suite des évènements. La poussée du chômage après Jospin sans remise en cause des trente-cinq heures fut démonstrative. Cela aurait de la pousse les socialistes à réfléchir à la question, il n'en a rien été. La vérité c'est que c'est essentiellement la dévaluation du franc qui a permis la reprise à partir de 1997 comme vous pouvez le voir ci-dessous. C'est l'évolution du taux de change de l'euro par rapport au dollar.

 

 

En fait la corrélation entre la situation commerciale et économique française et l'évolution du taux de change est tellement évidente qu'il faut sérieusement se demander comment nos politiques peuvent être à ce point aveugle. La légère amélioration de la situation commerciale pendant la fin de l'actuel mandat tient aussi au fait que l'euro s'est dévalué depuis fin 2014. C'est d'ailleurs étrange de voir tous les défenseurs de la zone euro s’esbroufer sur la sortie de la zone à cause du risque de dévaluation alors même que la monnaie que nous utilisons s'est déjà dévaluée d'environ 20 % . C'est le grand mystère des sophistes du petit écran qui changent leur étalon de mesure dès que cela les arrange. On se souvient du drame de l'effondrement du rouble qui devait conduire au désastre la Russie alors même que le Japon avait fait une dévaluation nettement plus fortement seulement quelque mois avant. Et cela sans que cela ne chagrine non plus les médias mainstream. On ne saurait mieux démontrer le caractère hautement relatif des « économistes » institutionnels de la télévision et des médias français.

 

Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus (source), il y a une forte corrélation entre l'évolution du taux de change et l'évolution de la balance commerciale ici représentée par le taux de couverture entre les exportations et les importations. Il y a un léger décalage dans le temps parce que les effets des évolutions monétaires sur le commerce ne sont pas instantanés. L'amélioration commerciale sous Hollande tient essentiellement à la double dévaluation . La première est celle de 2008-2012 qui voit le taux de change passer de 1,6 € pour un dollar à 1,3. Puis une deuxième plongée qui se situe fin 2014 et qui fait passer le taux de change de 1,3 à 1,1€ par dollar. On est revenu à la limite qui permet à l'économie française de souffler un peu. Mais la situation risque de ne pas durer, car fondamentalement la zone euro est une zone fortement excédentaire. C'est d'autant plus vrai qu'à cause des politiques d'austérité en Espagne et en Italie ces pays sont devenus excédentaires. En 2015 par exemple le figaro nous dit que la zone a eu un excédent record de 246 milliards d'euros. Il n'y a donc aucune raison pour que l'euro reste indéfiniment avec une monnaie sous-évaluée. Le répit ne durera pas bien longtemps avant que la zone retrouve des niveaux à 1,3€/$ ou plus. LA zone euro est d'ailleurs avec la Chine le gros point noir de l'économie mondiale. Les USA commencent à remettre en cause les traités de libre-échange avec le Canada et le Mexique, mais l'autre gros morceau pour eux c'est l'Allemagne et ses satellites.

 

Pendant ce temps la France continue d'accumuler des dettes pour nourrir sa croissance. Ici l'effet de l'euro est encore plus net puisque l'on voit bien la rupture avec l'entrée de la France dans la monnaie unique. La croissance économique de la période Sarkozy fut bien une bulle alimentée par l'endettement massif. (source)

 

 

Si le gouvernement peut faire illusion en racontant n'importe quoi sur la croissance. Il est par contre très difficile de nier que la croissance de la dette n'est pas liée à l'euro. Non seulement la France a une croissance globalement plus faible qu'avant l'euro, mais en plus cette croissance s'est traduite par une forte augmentation d'endettement. Le plus drôle c'est que la population française a augmenté plus vite pendant la période 2002-2012 que pendant la décennie qui a précédé. En effet entre 1992 et 2002 la population active française avait augmenté de 1,7 million de personnes. Entre 2002 et 2012, la population active a augmenté de 3 millions de personnes. C'est-à-dire que malgré l'accroissement deux fois plus rapide de la population active la France a connu une croissance du PIB plus faible. Et c'est normal puisque la qualité des emplois s'est fortement dégradée. Et dans une période de stagnation économique « plus y a de fous, moins y a de riz » comme disait Coluche. La France crée des emplois à faible revenu dans les services nourris par la dette. C'est une société d'aristocrates entourés nouveaux domestiques .

 

 

Le taux de chômage du graphique précédent ne concerne que les catégories A. On sait que le gouvernement Hollande a fait beaucoup d'effort pour camoufler le taux de chômage réel en les planquant dans d'autres catégories. Contrairement à ce qu'affirme Macron le taux de chômage a baissé avant la mise en œuvre de l'euro. Cela coïncidence avec la période de dévaluation que nous avons vue précédemment. Par la suite si le taux de chômage semble stagner, il y a un changement dans la création d'emplois. C'est une période qui voit l'industrie automobile française disparaître et se multiplier les emplois dans l'immobilier et le coaching. Car il faut bien préciser que la crise que nous traversons n'est pas qu'une crise quantitative d'emploi, c'est aussi et surtout une crise qualitative. En un sens, la croissance française est maintenant comme celle des USA nourrie uniquement par l'accroissement de la population . La croissance par tête et donc la hausse véritable du niveau de vie sont très faibles, si elle n'est pas négative pour une bonne part de la population. En effet nous savons que cette maigre croissance du PIB se concentre essentiellement sur les 10% d'en haut qui pompent à eux seuls 50 % de la croissance annuelle.

 

 

Au-delà de la question du chômage c'est la notion même de civilisation qui est en question. Est-ce qu'une société de petit seigneur entouré de serviteur est quelque chose que l'on peut vouloir pour la France du 21e siècle ? Une société où les grandes décisions seront prises ailleurs en Allemagne ou à Bruxelles. Une société ou les différences entre riches et pauvres deviendront si grandes que l'on pourra parler dans quelques années de races différentes comme il y avait une différence physique entre le noble d'autrefois et le cul-terreux qui vivait de son lopin de terre. Cette société est-elle viable ? Peut-être. Est-elle vivable, c'est autrement plus discutable. Il est en tout cas certain que la démocratie bourgeoise aura de plus en plus de mal à maintenir l'illusion de politique agissant dans l'intérêt général. Les chiffres sont catégoriques, ce n'est pas le cas. Le dernier fusible présentable qu'est monsieur Macron sera le dernier maillon de la chaîne. Après lui soit il y aura une rupture réelle qui nécessitera une sortie de l'UE et de l'euro, soit une rupture ouverte avec la démocratie. Étant donné l'évolution du comportement de nos classes dirigeantes, ce n'est plus inimaginable.

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 17:43

 

Alors que la campagne présidentielle devient de plus en plus pestilentielle et de moins en moins rationnelle grâce à l'éclairage obscurantiste des médias mainstream. Les difficultés inhérentes de la construction européenne continuent de s'accumuler. Pour ceux qui se poseraient quelques questions sur le programme de monsieur Macron, sachez que ce dernier a déjà été appliqué avec rigueur dans d'autres nations européennes. Car le programme économique de monsieur Macron n'est pas le sien à proprement parler, mais la résultante des contraintes produit par la monnaie unique et le libre-échange. Il faut le dire et le répéter pour ceux qui ne le comprennent pas, il n'y a pas de choix au sein de l'UE et de l'euro. Il n'y a pas de choix parce que le choix d'une autre politique est contraint par la structure même de la zone euro et de l'UE. On peut bien comme beaucoup, et même comme monsieur Macron dire que l'on veut une autre Europe. La réalité pratique est que la contrainte produite par la fixité monétaire avec nos principaux partenaires commerciaux nous oblige à dégrader l'emploi plutôt que la valeur de la monnaie. Et ce n'est pas le fruit du hasard puisque le but réel de la construction européen a toujours été la déconstruction des politiques sociale par la mise en concurrence libre et « complètement faussée » des différents systèmes sociaux composant l'UE.

 

L'Italie et l'Espagne détruisent ce qui reste de leur jeunesse pour sauver l'euro, leurs rentiers et la croissance allemande.

 

Les pays du sud de l'Europe sont littéralement en train de devenir des caricatures du célèbre mythe de Cronos. La structure de la zone euro empêche en pratique toute forme de dévaluation monétaire. Elle ne laisse comme seule possibilité d'adaptation que la compression salariale et le taux de chômage. Je ne parlerais même pas du libre-échange qui est la source de la souffrance profonde des sociétés occidentales depuis trente ans. D'autres pays comme les USA ou la GB, bien que ne faisant pas partie de la zone euro souffrent aussi du libre-échange. Il est cependant assez clair que l'euro a fortement aggravé la situation européenne en empêchant la seule mécanique de régulation commerciale qui reste dans un système de libre-échange à savoir la fluctuation monétaire. Certains s'échinent à penser que l'euro a mis fin à la guerre des monnaies pour le plus grand bien de tous. Il s'agit là d'une escroquerie intellectuelle puisque les dévaluations compétitives ont été remplacées simplement par les dépréciations salariales compétitives. Une guerre salariale qui a d'abord été déclenchée par l'Allemagne paye qui manifeste une agressivité commerciale dont il faudra bien un jour que les Européens comprennent qu'il s'agit d'une politique mercantiliste. C'est d'ailleurs ce que rappelle très justement Jean Claude Werrebrouck dans son dernier texte à propos de l'Allemagne et de l'euro. L'Allemagne a aujourd'hui le plus gros excédent commercial de la planète. Et cette situation ne pourra pas durer éternellement tant elle met en danger les pays déficitaires.

 

On pourrait même dire que la guerre économique est la continuation de la violence passée sous d'autres formes. Puisqu'il n'est plus possible physiquement et moralement d'annexer un pays par la guerre, pourquoi ne pas le faire par l'économie ? Nos chantres du plus jamais ça, et de l'antifascisme compulsif, devraient alors se regarder sous un autre jour. Ils ne sont finalement que les défenseurs d'un nouveau Reich prenant une forme économique. Un nouveau Reich dont la violence n'a d'égale que l'aveuglement des classes sociales françaises dominantes. Les couches sociales supérieures françaises actuelles sont finalement tout aussi collabo que leurs ancêtres en 1940. Pour en revenir à nos amis italiens et espagnols, quelques chiffres bruts. La politique de l'offre pratiquée par les gouvernements de ces pays semble conforter les milieux européistes puisqu’effectivement les balances commerciales italiennes et espagnoles ont retrouvé des couleurs. Ces pays sont devenus excédentaires, mais il faut bien comprendre que ces excédents ne sont pas le fruit d'une réelle dynamique économique propre à ces pays.

 

 

C'est essentiellement la contraction de leur demande intérieure qui a permis ce redressement. Et cette contraction de la demande intérieure a produit une très forte hausse du chômage dans des pays qui sont pourtant tout aussi vieillissants que l'Allemagne. Le taux de fécondité en Italie est de 1,39 enfant par femmes exactement le même qu'en Allemagne, il est encore plus bas en Espagne avec 1,27 enfant par femme. Malgré ces démographies les remèdes libéraux de la politique de l'offre ont réussi l'exploit de faire exploser le chômage local qui atteint 12 % en Italie et 18 % en Espagne. On relativisera ces chiffres en prenant en compte qu'il s'agit des taux officiels. On sait d'expérience que ces chiffres sont souvent sujets à discussion. Il y a quand même quelque chose d’extraordinaire de voir que le continent le plus vieux du monde est aussi celui où le taux de chômage des jeunes est le plus élevé. Dans un pays comme le Japon où la natalité est aussi faible qu'en Italie. Vous avez un rapport entre salarié et employeur totalement différent avec 1,45 offre d'emploi par demandeur d'emploi. Un rêve pour le jeune français ou italien moyen. Mais le Japon a sa propre monnaie et n'a pas décidé de jeter à la poubelle son industrie pour tout importer d'Allemagne ou d'Europe de l'Est.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On rajoutera dans le cas de l'Espagne que la baisse du chômage doit aussi beaucoup à l'émigration. Car oui l'Espagne est redevenue un pays d'émigration. En 2013 par exemple, le solde était de -251531 habitants au pays de Cervantès. Le solde migratoire est fortement négatif depuis 2010. De quoi largement relativiser les chiffres du chômage et probablement réjouir l'Allemagne « Arbeit macht frei » . Qui n'existe plus ne peut plus consommer ni être au chômage. L’Espagne a donc trouvé la solution libérale absolue au chômage, faire disparaître physiquement ses gueux. L'Allemagne se frotte déjà les mains de l'application de ce même type de remèdes en France, une main-d’œuvre qualifiée lui tend les bras. On comprend un peu mieux sous cet angle l'engouement pour Macron des élites allemandes. Est-ce que c'est l'intérêt de la France d'appliquer ce genre de remède? C’est à vous de voir. Mais comprenez bien qu'il s'agit d'une fuite en avant. Ce n'est en aucun cas viable à long terme.

 

 

Cependant il faut bien voir que lorsque la France prendra le même type de direction que les pays du sud. À savoir une politique de contraction de la demande intérieure par diverses méthodes, on peut faire confiance au nouveau président pour y arriver. Les excédents commerciaux italiens et espagnols vont fortement se contracter. Car une part importante de ces excédents se font avec la France. L'on verra alors probablement quelques hurluberlus prôner un nouveau tour de vis dans les pays du sud lorsqu'à nouveau la balance se creusera. Nous voyons bien ici que la logique des dévaluations compétitives a juste changé d'apparence. Cependant, il y a bien une distinction à faire sur ce plan. Les dévaluations touchent à égalité toutes les catégories de la population d'un pays. Lorsque votre pays dévalue, toutes les importations coûtent plus cher. C'est la grande hantise des classes sociales dominantes. À l'inverse les politiques de déflation salariale touchent les populations les plus pauvres en premier. C'est un point extrêmement important que Keynes notait déjà dans les années 30. Si les classes sociales dominantes préfèrent les baisses de salaires, et la destruction de la demande intérieure, c'est bien parce qu'elles en sont généralement protégées. Là où l'inflation est égalitaire, la déflation salariale est fondamentalement inégalitaire. L'euro c'est bien surtout si c'est les pauvres qui en payent les pots cassés.

 

L'euro est un outil de suicide collectif

 

Le pire dans tout cela c'est que cette souffrance n'a pas les effets que l'on croit généralement. Tout d'abord il faut le répéter, la croissance européenne est plus faible avec l'euro. Il suffit de regarder la croissance des pays non membres de la zone pour voir que la dynamique économique est moindre en zone euro. Si l'euro semble effectivement en apparence favoriser l'Allemagne. Et il est vrai que l'Allemagne affiche d'énormes excédents commerciaux, pour ce qui est de la croissance économique c'est beaucoup plus discutable. Car si l'euro a permis à l'Allemagne de réaliser son fantasme de domination commercial, la croissance du PIB germanique n'est guère foudroyante. Elle est globalement plus faible qu'avant la mise en place de l'euro, elle est aussi caractérisée par une plus forte instabilité. Il y a fort à parier que la souffrance de ses voisins n'arrange guère en faite la dynamique allemande sur le long terme. C'est plus un jeu de perdant perdant, il y a un caractère fortement sadique dans cette situation. Les Allemands donnent l'impression de vouloir dominer, pas de vouloir être prospère. Ensuite le principal problème de l'Allemagne n'est pas économique, mais démographique. Il s'agit là d'un problème que ce pays refuse d'aborder. L'euro et l'accumulation des excédents commerciaux sont en quelque sorte des illusions de stratégie pour les élites allemandes. Une espèce de diversion en attendant la fin.

 

 

Car accumuler des excédents commerciaux peut certes sauver le capitalisme allemand de la léthargie de la demande intérieure à court terme, mais en aucun cas cela ne résoudra l'inéluctable effondrement de la société allemande. De plus en pillant comme elle le fait les pays du sud en attendant le gros morceau qu'est la France, elle ne fait que reculer pour mieux sauter. En effet, la très grave crise humaine que produisent ces politiques de l'offre a comme effet corollaire d'aggraver encore la crise démographique de ces pays. La France n'est d'ailleurs plus épargnée puisque grâce aux réformes récentes des socialistes concernant les politiques familiales, la France est à son tour touché par la baisse de la natalité. Pour prendre un exemple, un pays comme le Portugal est en voie d'extinction. Le taux de chômage atteint 14 %, la natalité est l'une des plus basses du monde et les jeunes comme en Espagne partent à l'étranger. On estime que la population portugaise devrait baisser de plus de 20 % d'ici 2060, et ce n'est qu'un début.

 

Tout ceci n'est pas raisonnable et n'est pas du tout le fruit d'une politique intelligente fondée sur l'intérêt général. Un modèle économique fondé sur le pillage des pays les plus faibles pour compenser momentanément ses propres faiblesses n'est ni saint ni viable à long terme. Plutôt que d'accumuler des excédents commerciaux, nos pays devraient se demander comme relancer la natalité, et mettre fin à 40 ans de déclin démographique. Et ce n'est pas imitant l'Allemagne que la France s'en sortira . Au contraire, elle est l'un des seuls pays d'Europe qui avait jusqu'à présent su résister au suicide démographique. Le rêve allemand c'est une caricature de l'esprit capitaliste. Avoir des salariés sans faire d'enfant et sans avoir à les éduquer. Produire des biens sans avoir de salarié, produire sans avoir à consommer. Accumuler toujours plus, accumuler sans savoir où tout ceci nous mène. Cette vacuité absolue, ce nihilisme moderne sont tout entier incarné par l'euro et son leader l'Allemagne . En un sens, Macron est bien un dirigeant européen modèle, il incarne parfaitement le Cronos moderne.

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 22:54

 

Les élections c'est pour dimanche au cas où vous l'auriez oublié. On peut d'ores et déjà dire que cette campagne fut exceptionnelle, non par sa qualité argumentative hélas. L'on pourrait même dire que sur ce plan elle fut extraordinairement médiocre. La faute en revient avant tout à la presse-système de plus en plus autiste et de moins en moins ouverte aux opinions divergentes. La surreprésentation des intérêts des classes moyennes et bourgeoises devenant horriblement monopolistiques. Non, si cette campagne fut exceptionnelle c'est surtout par l'accélération formidable du mouvement historique. On a senti tout au long de la campagne l'ombre du Brexit et de l'élection de Trump. Les médias classiques tremblent à l'idée d'un choc de ce type en France alors même que l'édifice néolibéral semble de plus en plus vaciller sur sa base. À tel point que la campagne française fascine même les médias américains d’ordinaire peu intéressés par les affaires du vieux continent et particulièrement par celle des Froggies. C'est en soi le signe d'un mouvement général qui frappe l'occident et particulièrement les principales sociétés libérales par excellence que sont les USA, la Grande-Bretagne et la France. La gueule de bois du néolibéralisme qui se fait sentir de plus en plus fortement emporte tout sur son passage.

 

Car le spectre de la crise hante le néolibéralisme. On ne peut plus faire semblant, depuis 2007-2008 rien ne fonctionne plus comme avant. C'est particulièrement vrai au sein de la zone euro où les tensions sont maximisées par la combinaison du libre-échange doctrinaire, d'un euro absurde et d'un comportement mercantiliste quasiment pathogène de la part de la puissance commercialement dominante du continent. Cette élection est sous la pression de ces contraintes extérieures avec la confrontation d'intérêts particulièrement conflictuels que ce sont ceux de la France périphérique pour reprendre la terminologie de Christophe Guilluy et ceux de la France des métropoles. Je mettrais cependant un bémol à la définition de Guilluy car pour lui les métropoles sont les gagnantes du système alors que pour ma part je pense qu'il s'agit ici d'une image momentanée. La France métropolitaine est gagnante à court terme, mais elle s'effondrera avec le reste du pays si rien n'est fait pour arrêter la direction actuelle. Les vraies métropoles gagnantes se situent plutôt en Asie ou partiellement en Allemagne et chez ses satellites. Les métropoles comme Londres ou Paris sont essentiellement des lieux de parasitisme macroéconomique vivant une hypertrophie du secteur tertiaire adossé à une dette extérieure sans cesse croissante de leurs nations respectives. Ces métropoles aspirant la substance économique de leur nation, elles ne sont nullement productives sur le plan commercial ou industriel.

 

Pour en revenir à l'élection, mon dernier texte sur le sujet était surtout mon avis personnel sur ma vision de l'élection. Je conçois tout à fait que mes lecteurs n’adhèrent pas à une vision basée sur une stratégie à plus ou moins long terme. L'on peut tout à fait préférer voter en son âme et conscience pour le candidat qui semble le plus proche de nos idées respectives. Pour ce faire, l'on doit discerner dans les propositions ce qui semble le plus successible, à nos yeux, à résoudre les problèmes français. Je donne donc ici quelques points vu keynésiens et protectionniste à la question. À vous de voir quel candidat fournit les réponses les plus proches de ces assertions. Je crois qu'il n'y a guère de doute sur les candidats validant ou invalidant les raisonnements qui suivent.

 

 

1- L'origine de la crise

 

Ma vision de l'économie est celle du keynésianisme pur qui par essence se place sur une échelle macroéconomique au niveau des collectivités nationales . La plupart des hommes politiques ont une vision parcellaire de l'économie, c'est particulièrement vrai des hommes politiques actuels. Depuis quarante ans l'école néoclassique rebaptisée néolibérale, ou ordo-libérale suivant les courants dominant qui souffle d'outre-Atlantique ou d’outre-Rhin, domine la totalité de l'espace public. Avec ces courants de pensée s'est imposée une vision microéconomique de la gestion des affaires économiques. Cela ne s'est pas fait instantanément, il a fallu pour cela que les anciennes générations d'après-guerre, celles qui avaient vécu dans leur chair les effets du marché libre et non faussé, disparaissent. Pour ces écoles de pensée dont Macron est une caricature, les actions collectives n'ont aucun sens. Les acteurs économiques doivent être laissés par les autorités publiques. L'état doit être le moins présent possible dans les affaires économiques. Les crises lorsqu'elles existent ne peuvent être que le résultat d'une déformation du marché par les puissances publiques. Partant de ce postulat faux, ces théories retomberont toujours sur un discours accusatoire de l'état par tout un tas de subterfuges de rhétorique. Pour eux la crise actuelle en France est le résultat de salaires trop élevés, de taxes trop fortes, et d'état trop présent. Nous aurions un problème d'offre résultant d'une mauvaise allocation des ressources parce que l'état est trop présent dans l'économie. Les libéraux peuvent avoir des divergences sur les détails, mais le fond de leur raisonnement est toujours basé sur ce type d'analyse.

 

Pour ces libéraux la seule porte de sortie pour la France est donc de réduire le coût du travail par tous les moyens possibles. Cette baisse du coût du travail réduira le prix de la production en France et finira par produire une hausse des exportations, ces hausses relançant l'investissement et la croissance. Ces politiques sont appelées politique de l'offre parce qu'elles considèrent que l'offre crée sa propre demande et que l'activité économique ne dépend que de ça. Dans le même ordre d'idée, les libéraux accuseront par exemple l'éducation nationale de ne pas fournir les bras pour créer cette offre magique qui relancera la machine. Les libéraux sont obsédés par l'offre et n'imaginent même pas qu'un problème puisse venir d'ailleurs. Ces remèdes sont appliqués avec obstination depuis des décennies un peu partout dans le monde. La Grèce est un parfait exemple récent d'une politique de l'offre poussée à son extrémité. Pour le keynésien que je suis et qui raisonne en terme macroéconomique tout ceci est un tissu d’âneries. La notion même de compétitivité est l'émanation d'un esprit malade qui pense que le but de l'économie n'est que compétition et continuation de la guerre par d'autres moyens. Il s'agit toujours d'écraser l'autre, de faire sa prospérité sur la misère d'autrui même si l'on prétend qu'à terme tout le monde sera gagnant malheur à vous si vous constatez que non. Il n'est guère étonnant, vu sous cet angle que les Allemands soient les champions du libéralisme, et de la politique de l'offre, quand on connaît leur histoire.

 

Le point de vue keynésien est tout autre. La crise est avant tout un problème de demande. Car c'est la demande qui conditionne l'investissement. Contrairement aux divagations de certains, les entreprises ne sont pas là pour créer des emplois, leur but est de faire du profit. Elles ne créent des emplois que si elles pensent que la demande va augmenter et que le seul moyen d'y répondre tout en faisant des profits sera de créer des emplois. C'est là que le raisonnement macroéconomique est important, pour les libéraux la demande viendra de l'extérieur, la situation de cet extérieur est ignorée parce que les libéraux raisonnent d'un point de vue microéconomique. Il est pourtant très simple d'un point de vue macro de comprendre que si tout le monde réduit les salaires pour faire une politique de l'offre, alors la demande générale s'effondre, et les bienfaits supposés de l’attrition salariale se transforment en hécatombe. La baisse de la demande générale entraînant une baisse de l'investissement , qui entraîne à son tour une baisse de la consommation et ainsi de suite. Mais pour raisonner ainsi encore faut-il appréhender le monde de façon holistique et non uniquement cartésienne. Les plus petites parties ne sont pas indépendantes du tout, malheureusement pour les théories libérales.

 

Sur le plan macroéconomique, la globalisation commerciale a créé une dépression de la demande globale. L'endettement extérieur privé et public de certaines nations a cependant permis à la globalisation de continuer à fonctionner, mais avec des déséquilibres macroéconomiques de plus en plus grands. On a maintenant une économie qui fonctionne avec un duopole extrêmement instable avec d'un côté un groupe de nations surendettées avec des déficits extérieurs extrêmes (USA, GB, France, etc..) et de l'autre un groupe de pays aux excédents commerciaux extrêmes (Allemagne, Chine, Corée du Sud, Japon, etc..). La crise actuelle couvait en fait depuis des décennies, elle n'est devenue apparente qu'avec la crise des subprimes. L'action déstabilisatrice du nouveau président américain Donald Trump ne fait que confirmer le fait que les nations déficitaires sont arrivées au bout du rouleau et qu'elles doivent impérativement retrouver un équilibre extérieur. Mais que cet équilibre ne peut pas uniquement se faire par l'effondrement de leur demande intérieure et par l'appauvrissement généralisé de leur population comme le feraient des politiques de l'offre.

 

 

2- Le protectionnisme est une nécessité

 

Trump a réhabilité le protectionnisme. Rappelons qu'historiquement les USA ont été pendant longtemps l'un des pays les plus protectionnistes de la planète. Le premier théoricien du protectionnisme était américain puisque c'est Alexander Hamilton l'un des papas de la constitution américaine qui rédigea le Rapport sur les Manufactures passablement protectionnistes. Un texte qui inspirera plus tard le théoricien du "protectionnisme dans l'enfance", Friedrich List. Dont l’œuvre servit de point d'appui au projet de Bismarck d'industrialisation allemande durant la deuxième moitié du 19e siècle avec le succès que l'on sait. Soyons précis ici. Le protectionnisme n'est pas le mercantilisme. Une politique mercantiliste vise à accumuler des excédents commerciaux bien souvent dans un but de puissance. Si le mercantilisme peut être le résultat d'un protectionnisme, il peut tout aussi bien être le résultat du libre-échange. Il suffit d'observer la Chine qui utilise ses énormes avantages comparatifs pour accumuler des excédents au lieu de faire profiter les Chinois de la hausse de sa productivité. La Chine n'a pas besoin de protectionnisme pour être mercantiliste. À l'inverse un pays qui fait du protectionnisme pour rééquilibrer sa balance commerciale ne fait pas du mercantilisme puisque son but est l'équilibre et non l'excédent.

 

Maintenant que cela est précisé, le protectionnisme est un outil qui rentre parfaitement dans le cadre d'une politique keynésienne de relance de la demande. Je dirais même plus, elle lui est d'autant plus nécessaire que la coopération internationale est faible. La réaction de la Chine et de l'Allemagne au protectionnisme de Trump montre que ces nations ne sont certainement pas prêtes à mettre fin à leurs agressions commerciales et à leurs politiques mercantilistes. Le protectionnisme est dès lors la seule possibilité pour sortir de ce cadre non coopératif. Les scénarios de relance dans un cadre non coopératif sont tous simplement irréalistes. En effet une relance de la demande en France par exemple sans une dévaluation ou une mise en place de protection commerciale ne ferait qu’accroître encore un peu plus les déficits extérieurs tout en créant peu d'emploi productif sur le sol français. de politiques tiennent de genre de propositions. Ceux qui s'amusent à proposer ce genre de solutions pour éviter les foudres de la critique libre-échangiste sont au mieux des irresponsables au pire des personnes malhonnêtes. Je vous laisse deviner quels types

 

3- L'euro, la relance et la post-globalisation

 

Et l'euro dans tout cela ? La crise mondiale de la demande ne peut pas être résolue de façon globale contrairement aux affirmations des globalistes. Il n'y a pas d'état global, ni de nation globale et encore moins de gouvernement mondial. Il y avait jusqu'à Trump un gouvernement américain qui par la taille de sa nation jouait en partie à ce rôle, mais avec un succès de moins en moins probant et de plus en plus coûteux pour l'américain moyen. Les USA sont trop petits pour tirer la croissance mondiale et les déséquilibres externes que cela provoque ont induit un appauvrissement massif d'une grande partie des Américains. Les énormes inégalités aux USA sont le prix à payer pour jouer les régulateurs macroéconomiques planétaire . Si ce rôle n'a pas déplu aux élites locales, c'est beaucoup moins vrai pour le reste de la population qui a fini par craquer en essayant Trump. En Europe la situation diverge un peu. L'euro a considérablement aggravé les tensions provoquées par le globalisme. Les données montrent que l'euro a agi comme un amplificateur de déséquilibre. Les pays excédentaires le sont plus que jamais, les pays déficitaires le sont plus que jamais. Et pour cause, la valeur de l'euro est une valeur qui dépend de la balance commerciale globale de la zone. Tant que la balance commerciale n'est pas déficitaire, l'euro n'a pas à se déprécier. Si votre pays a des déficits, la seule variable d'ajustement devient le taux de chômage et les salaires. À l'inverse le pays excédentaire se retrouve systématiquement avec une monnaie sous-évaluée parce que tiré par le bas par les pays déficitaires. Il est dès lors facile de comprendre les effets absurdes de la monnaie unique.

 

L'euro n'aurait été viable que dans un cadre fortement régulé dans lequel justement les déséquilibres commerciaux auraient pu être contrecarrés par des politiques protectionnistes de régulation des échanges ou par des politiques de relance contraintes pour les pays excédentaires. Pour que l'euro fût fonctionnel, il aurait fallu inclure une clause interdisant les excédents commerciaux. Évidemment les pays mercantilistes à commencer par l'Allemagne auraient refusé une telle clause. Tout comme le protectionnisme est une nécessité, la reprise du contrôle de la monnaie est un point essentiel à la mise en place d'une véritable politique de plein emploi et de relance. Là encore je vous laisse lire les programmes des candidats pour déceler ceux qui vous disent « demain on rase gratis », sans sortir de l'euro.

 

Le protectionnisme et la sortie de l'euro ne sont pas des buts, mais des moyens !

 

L’objectif de plein emploi et de résindustrialistion nécessite la sortie de l'euro et du libre-échange. Il est impératif de ne pas confondre les deux. La confusion entre les moyens et les fins en la matière étant malheureusement fréquente, il me fallait, je crois, bien préciser la question. À cela s'ajoute la sortie de l'UE à proprement parler puisque de toute manière on voit mal comment l'UE pourrait survivre à l'euro. Les élites européistes en sont bien conscientes d'où leur acharnement à sauver le soldat euro quitte à mettre tout le continent dans la misère grecque. Enfin le contrôle des capitaux est tout aussi essentiel. Car comment avoir une politique fiscale propre à notre pays, si tout un chacun peut s'exonérer des contraintes collectives en planquant son argent dans des pays à la fiscalité moindre. Là encore, on enfume trop souvent les Français en parlant de lutte contre les paradis fiscaux. C'est une vaste blague. Il y a toujours eu des divergences fiscales, mais avant il y avait des frontières pour empêcher les fuites. Soit l'on est pour la libre circulation des capitaux, et l'on ne vient pas pleurer parce que les états sont obligés de s'aligner sur le moins-disant fiscal. Soit l'on remet des frontières. Il n'y a pas d'entre-deux en la matière.

 

Nous allons résumer ici mon point de vue keynésien et protectionniste. Pour revenir au plein emploi, il nous faut passer par plusieurs étapes :

 

A- Il n'y a pas de solution globale. Il n'y a même pas de solution européenne réaliste. Comme il ne peut y avoir de relance globale, il faut retrouver la possibilité de relancer la demande nous même.

 

B- La construction européenne nous empêche ce type de politique. Il nous faut donc en sortir. Elle est l'émanation du libéralisme qui s'est imposé à nous depuis 40 ans. Tout politique prétendant qu'il est possible de faire autre chose que du libéralisme et des politiques de l'offre dans ce cadre est un charlatan.
 

C- Le protectionnisme et la dévaluation sont des outils au service de la relance de la demande intérieure. L'objectif étant la réindustrialisation du pays pour permettre à une politique de relance de la demande intérieure de fonctionner, et ainsi d'atteindre le plein emploi d'ici une décennie. Tous les emplois ne seront pas industriels, mais l'autonomie en la matière permettra une relance sans les déficits extérieurs dangereux.

 

Je n'ai pas abordé dans ce texte les questions écologiques. Je reviendrai sur cela en analysant un livre qui a été écrit par Philippe Murer il y a quelques années. J'espère que ce petit texte aussi synthétique que possible vous aidera un peu à faire votre choix. Le mien étant plus tactique qu'autre chose. Ces questions reviendront de toute manière rapidement sur la table. L'élection d'un libéral ne faisant que repousser à terme un changement inévitable. Les peuples ne peuvent pas accepter leur propre extinction pour les lubies de quelques fous tout aussi dominants soient-ils.

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 19:55

 

Une fois n'est pas coutume, voici un documentaire original, bien que très orienté politiquement sur le président de l'Équateur Rafael Correa:

 

 

 

Documentaire original par sa présentation et surtout par le rapport que l'auteur entretient avec la presse française. Il faut dire que l'auteur du document est Pierre Carles, un habitué de la critique du monde médiatique. C'est lui qui avait réalisé le fameux documentaire avec Pierre Bourdieu "La sociologie est un sport de combat". C'est sur le blog de la toujours aussi talentueuse Pascale Fourier que j'ai découvert ce documentaire "Opération Correa" qui n'en est malheureusement qu'à sa première partie.

 

Je ferai une grosse remarque cependant, l'obsession anti-journalistique de Pierre Carles joue contre son documentaire. En effet, même après avoir visionné celui-ci, nous ne savons guère quelle est vraiment la politique économique surement originale et ingénieuse, de Rafael Correa. Certes l'on sait qu'elle n'est pas libérale, mais l'absence de visée pédagogique basique saute aux yeux. Face à l'idéologie dogmatique néolibérale qui monopolise la parole en France l'on dirait que la stratégie de Pierre Carles consiste à y opposer en sens contraire une idéologie tout aussi dogmatique et peu ouverte, mais communiste ou tout du moins d'extrême gauche. Pierre Carles ne cherche pas à éclairer le lecteur, mais à changer de dogmatisme on est loin d'une vision équilibré de ce que devrait être le journalisme. Et c'est bien dommage, car cette façon de faire entraînera irrémédiablement dans la caricature les idées, même très intéressantes, que peut vouloir défendre le président de l’Équateur. En un mot, ce documentaire, à cause de sa façon de faire, est contre-productif.

 

On retrouve d'ailleurs ici l'emballement récurant dans la recherche d'un modèle extérieur absolue que l'on voit comme dans le cas de Chavez. Ce comportement n'est pas typique uniquement de l'extrême gauche, c'est presque une caractéristique française. Les néolibéraux passent ainsi de modèle en modèle hier les USA, aujourd'hui l'Allemagne, demain l'Inde. La méthode est la même, il s'agit de croire que les modèles de société peuvent être transposés d'un pays à l'autre sans aucun problème et sans tenir compte des réalités locales. C'est un trait caractéristique des gens qui croient en l'homme universel ce qui n'est pas mon cas. Ainsi voit-on le journaliste faire l'apologie de l'ouverture des frontières humaines de l'Équateur sous-entendant au passage que la méchante France est elle presque un pays de nazi aux frontières fermées. Il suffit pourtant de raisonner cinq minutes pour comprendre que la situation géographique et humaine est totalement différente. La France n'est pas un pays pauvre et excentré des grandes zones d'espace démographiquement peuplé. Nous avons très près de nous des zones d'habitation à forte croissance démographique et beaucoup plus pauvre que nous. Des zones qui par leur énormité pourraient démographiquement nous envahir en quelques années si nous avions l'idée absurde d'éliminer toute frontière et nationalité. Il est facile de prôner l'ouverture quand celle-ci n'a aucune conséquence concrète. Je ne crois pas que les Équatoriens auraient le même discours si d'un seul coup quelques millions d'individus à la culture totalement étrangère s’installaient sur leur sol.

 

Ce manque de pragmatisme intellectuel disqualifie automatiquement la pensée d'extrême gauche et annihile en fait les côtés pourtant positifs qui peuvent ressortir de certaines initiatives intellectuelles. L'on ne peut ainsi qu’applaudir lorsque Rafael Correa nous dit que la première chose à faire lorsqu’il y a une crise est de ne pas écouter le FMI. C'est l'évidence même, c'est d'ailleurs ce qu'on fait les pays asiatiques depuis la crise de 1998. Que l'Équateur soit un pays qui cherche des alternatives c'est très bien, mais il faut bien voir que chaque nation dispose d'atout et d'inconvénients qui lui sont propres et qu'en conséquence une même politique ne donnera pas nécessairement les mêmes effets ailleurs.

 

Croissance equateur

Où est donc l'effet Correa?

 

emploi-industrie.png

 

L'évolution de l'emploi industriel n'est pas vraiment encourageante quant à la situation du secteur industriel du pays. On parle d'un pays avec une productivité du travail largement inférieur à celui de la France.

 

Du reste si l'on se fit aux statistiques officielles de l'Équateur l'effet Correa n'est pas vraiment visible. Le taux de chômage dans ce pays était déjà inférieur à celui de la France avant l'accession de Corréa à la présidence. De la même manière la croissance du pays est même niveau que ce que le pays avait avant son accession au pouvoir. Autre grief, le pays a un déficit commercial de 2,5 % du PIB, ce qui est très important. Et l'emploi industriel n'est guère brillant. Or pour se développer, il faut de l'industrie, la faiblesse de l'emploi industriel dans un pays qui est aussi peu avancé n'est pas un bon signe économique. C'est la hausse de la productivité qui permet au final la hausse du niveau de vie. La présence d'une forte spécialisation dans certaines productions empêche également d'envisager sereinement un comparatif entre la France et l'Équateur. S'il est important de montrer à la population française que le modèle économique que nous utilisons depuis quarante ans n'est pas le seul possible contrairement à ceux que racontent les zozos du libéralisme et les euromondialistes. Tous les modèles ne sont pas nécessairement interchangeables. La France doit trouver sa propre voie en fonction de ses propres contraintes. Le monde de demain ne sera pas uniforme, il sera multiforme. Une fois l'illusion mondialiste évanouie, les peuples inventeront, des modèles disparates pour leur propre contrainte à nous de trouver celui qui nous conviendra.

 

PS: Attention aux âmes sensibles. Ivan Levai est immonde et détestable. Je ne sais pas s'il est toujours comme çà, mais c'est un comportement indigne d'un journaliste ou même d'un simple citoyen.



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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 21:33

 

8h-7Ul2gAXb24--L66aJkUNMX_A-525x302.jpgDécidément, le divin marché n'est plus ce qu'il était, lui qui devait résoudre tous nos problèmes, éliminer la faim dans le monde, et laisser derrière lui l'immonde nationalisme dans les poubelles de l'histoire,il se retrouve finalement à la tête d'une civilisation à l'agonie. Il faut donc croire que l'amoncellement d'intérêts divergents mû par la seule force de l'intérêt économique ne fait pas la prospérité des peuples et des nations. Pis même. Il semblerait que le divin marché ne fasse pas société, et qu'il n'élève guère les hommes vers la félicité éternelle de la richesse concupiscente. Partout la guerre, le chaos et la misère s'étendent. Loin d'un monde pacifié et vertueux, le libéralisme triomphant laisse derrière lui des nations en décomposition et des peuples à l'agonie pendant qu'une poignée d'individus finissent d’épuiser un monde malade aux ressources naturelles en raréfactions. Que la leçon est dure, d'autant que les victimes premières de la stupidité libérale n'en sont pas ses principaux initiateurs. L'on continue d'ailleurs dans les hautes autorités de l'irresponsabilité généralisée de féliciter les plus fieffés lieutenants du libéralisme en leur octroyant des titres comme le Nobel d'économie au français Jean Tirole. Un économiste libéral typique qui produit du vent théorique loin des affres de la praxis et de la mesure scientifique. Il faut dire que le libéralisme ne marche qu'en éprouvette, alors pour quoi s'échiner à vouloir en mesurer les effets positifs dans le monde réel. Comme le marxisme il aurait peut-être mieux valu que la théorie ne sorte pas des laboratoires et des livres. Mettons donc en pratique les robinsonnades dont ils sont friands, et livrons nos théoriciens du libéralisme aux charmes de la nature, loin du monde civilisé. Enfermons-les sur une île où ils pourront palabrer des heures durant sur l'efficacité du marché libre en attendant qu'ils meurent de faim.

 

L'Europe: le laboratoire libéral grandeur nature

 

Comme les lecteurs habitués de ce blog le savent, je suis un grand fan d'Emmanuel Todd. Et je l'apprécie tellement que je passe mon temps à le critiquer, parce que comme le dit l'adage « Qui aime bien châtie bien ». Si j'adhère totalement à l'analyse Toddienne sur la crise générale produite par le libre change et le laissez-faire, je suis toutefois plus circonspect sur le rôle que donne Todd à l'Allemagne en Europe. Dernièrement Todd a en effet durci son ton face à l'Allemagne accusant cette dernière de téléguider en quelque sorte volontairement la construction européenne. S'il est vrai que l'Allemagne a un rôle majeur dans la crise actuelle de l'euro, l'on ne peut imputer à ce pays la déliquescence générale de nos économies. Il est d'ailleurs étrange ce comportement chez Todd qui consiste à innocenter les USA ou la Grande-Bretagne qui sont pourtant largement responsable de la domination mondiale du délire libérale, pour accuser l'Allemagne. Comme si la mondialisation actuelle avait des coupables et des innocents. C'est en contradiction avec l'observation pratique. Le fait est que l'Allemagne comme la Chine ou la Corée du Sud fait partie des bons élèves du libéralisme triomphant. Tous ces pays ne font qu'appliquer à la lettre l'idéologie dominante vendue par la doctrine libérale. En ce sens, faire de l'Allemagne le grand coupable en Europe de la crise c'est innocenter les véritables coupables, les idéologues libéraux et les multinationales qui nourrissent partout cet aveuglement.

 

La baisse de la croissance en Allemagne et en Chine, c'est-à-dire dans les deux pôles mercantilistes de la mondialisation, les deux géants de l'accumulation d'excédent commercial, pourrait être bien au contraire le levier qui permettra de renverser enfin la doxa libérale. Une doxa qui a jusqu'ici, malgré la multiplication de ses échecs, résisté dans l'imaginaire collectif particulièrement dans celui des élites. C'est d'ailleurs tout le paradoxe actuel, mais qui n'est guère nouveau. L'échec pratique de l'idéologie libérale a finalement renforcé la foi de ses adeptes, exactement comme la transformation des comportements démographiques et l'affaiblissement religieux en terre d'Islam ont renforcé les plus fervents adeptes de cette religion. Jusqu'ici ce sont essentiellement les victimes de la mondialisation libérale qui ont été touchées par la crise. L'amoindrissement de leurs capacités de production sous l'effet du libre-échange ayant été un temps remplacé par l'endettement sous toutes ses formes. Mais même pour les USA et leur planche à billets magique, la contradiction fondamentale liée à la déterritorialisation de la production et des déficits commerciaux qu'elle produit a définitivement cassé la machine économique. Les relances relatives de l'activité retombant régulièrement à plat faute de demande locale solvable. Et ce ne sont pas les exemples espagnols ou grecs qui contrediront cette réalité. L'on peut donc dire que la première partie de la crise est terminée, les pays déficitaires n'ont plus de croissance. Pour rétablir leurs équilibres, ces derniers ont fait flamber leur chômage et ont définitivement condamné une partie immense de leur population à la misère et au chômage. C'est en Europe que cet aspect de la mondialisation est le plus visible parce que les pays européens n'ont plus la maîtrise de leur monnaie ce qui aggrave les contradictions inhérentes à la mondialisation libérale.

 

La seconde étape de la crise est donc l'entrée dans le bain glacial de la croissance lente, voire nulle, des champions officiels de la mondialisation à savoir l'Allemagne et la Chine. Car si les sophismes libéraux expliquent en apparence très bien la crise des vilains petits canards adeptes de gabegie budgétaire, ils auraient bien du mal à expliquer la panne des économies exportatrices et si raisonnables sur les salaires. Comment l'Allemagne dont les salaires font du sur place et les excédents s'accumulent pourrait-elle connaître la crise ? Comment la fourmi pourrait-elle mourir de faim en même temps que la cigale ? Comment la Chine et son prolétariat pourraient-ils ne plus avoir de croissance ? Dans la logique libérale, c'est la quadrature du cercle, c'est inexplicable. Les rentiers vont devoir changer de théorie pour justifier la défense permanente de leurs intérêts.

 

La mondialisation c'est l'international des rentiers

 

Car au final les libéraux et leurs théories ne sont rien d'autre qu'un cache-sexe rhétorique aux luttes d'intérêts. Ils justifient la rente là où leur glorieux ancêtre croyait la combattre, mais ce n'était évidemment pas le même type de rente ni la même époque. La rente sous toutes ses formes, qui est le cœur du capitalisme, cherche sans arrêt des moyens pour justifier sa propre existence. Mais elle a atteint aujourd'hui un poids tel qu'elle met en danger l'existence même de la civilisation et des peuples. Le constat de Thomas Piketty est d'ailleurs sans appel sur cette question même si cet économiste du sérail se targue bien de donner des solutions réelles à cette problématique. En effet, vouloir dégonfler la rente sans s'attaquer à ce qui la nourrit à savoir le libre-échange et la liberté de circulation des capitaux c'est abdiquer sans combattre. Avoir une fiscalité confiscatoire et une politique monétaire inflationniste n'est pas viable dans un monde libre-échangiste.

 

La crise n'est pas le fruit du hasard du calendrier ou la résultante d'une mauvaise gestion comme le stipule sans arrêt le vocable limité des thuriféraires du libéralisme. La crise est le produit d'un monde sans frontière, sans règle collective et sans direction politique. La crise est le résultat de la gestion par le marché, la finance et les intérêts individuels des politiques économiques publiques. C'est le fruit d'une accumulation de richesse virtuelle d'un côté et d'un appauvrissement invraisemblable des forces réellement productives de l'autre. Et la seule manière de rendre à la rente sa taille inoffensive c'est de rendre aux salariés et aux forces productives leurs poids à travers des politiques de relocalisation des activités par le protectionnisme et par des politiques monétaires expansionnistes associées. La phase deux de la crise qui pointe à l'horizon à travers la panne progressive de l'Allemagne et surtout de la Chine va mettre à mal à nouveau le système financier international. Mais il va surtout mettre à mal l'argumentation libérale du bon élève qui gère bien ses deniers. C'est une nouvelle occasion à saisir pour les alternatifs, une dernière avant que le monde ne sombre dans des problématiques qu'il n'avait pas connues depuis la Seconde Guerre mondiale. Il se pourrait également que les rentiers changent de discours et troc le libéralisme déclinant par une théorie justifiant le misérabilisme généralisé. Une théorie comme la décroissance écologique par exemple. Vous vous appauvrissez, mais c'est normal, il faut sauver la planète.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 21:39

 

sysiphe.pngBon c'est décidé, Yann reprend du service. Vous allez me dire qu'il était espèce de fainéant et vous n'auriez pas tort de le dire. C'est que la tenue d'un blog est un exercice difficile et de longue haleine. Il faut de l'inspiration et de la motivation. Ce blog existe par intermittence depuis 2009. Il fut créé après glorieux, mais trop fugace blog Horizon de l'ami Malakine aujourd'hui disparu du NET. Le temps a passé, les idées se sont affinées, et la France a continué de couler comme prévu et même plus vite que prévu. L'euro est un fiasco, l'Europe un cimetière, et l'occident tout entier agonise pendant que le reste du monde se demande comment se débarrasser du cadavre de l'Ouest pour éviter que les émanations n’empuantissent la planète. Je caricature bien sûr ici. La Chine a encore besoin de pratiquer sur nous le cannibalisme pour grossir encore un peu, le temps pour elle de nous remplacer. Il ne faudrait cependant pas qu'elle succombe à son tour à fort de manger de la viande avarié.

 

Que le temps passe vite finalement. Je me rappelle de l'élection de Sarkozy et de ses idées ridicules. Sarkozy ses amis milliardaires et son Tee Shirt NYPD. Sa passion dévorante pour l'argent et son peu d'intérêt pour la nation sauf dans les discours. Et le voilà tout penaud se présentant comme le remplaçant idéal au guignol qui dirige ou fait semblant de diriger le pays depuis 2012 . En attendant on nous sert toujours les mêmes recettes, toujours la même démagogie libérale. Tapons sur les pauvres, les fonctionnaires, la dette dont on ne sait même pas d'où elle vient. Et partout dans les médias l'on entend la même ritournelle, baissons les dépenses publiques, luttons pour la sainte compétitivité. Pourquoi on ne sait pas, mais c'est ce qu'ils font ailleurs alors, faisons pareil ? Coincée entre paresse et bêtise, stupidité et dogmatisme religieux, l'élite française, qui n'a jamais porté aussi mal son nom, continue d'occuper le seul terrain qu'elle connaît, celui de la communication. Et malheur à ceux qui ne rentrent pas dans le champ lexical de la communion libérale. L'on peut critiquer Éric Zemmour sur bien des choses, notamment sur ses obsessions migratoires, et son argumentation bien peu scientifique dans sa démarche. Il a au moins le mérite de mettre les dominants en face de leurs erreurs. Et que d'erreurs depuis quarante ans ! Je ne sais si c'est parce que nous sommes aujourd'hui bien mieux informés que par le passé sur l'action des hommes politiques. Ou si c'est parce que la nullité des dirigeants actuels n'a aucun précédent historique. Mais nous devons bien admettre que nous vivons au moins un temps exceptionnel sur ce plan.

 

La mondialisation c'est la crise !

 

C'est que les élites ne semblent pas encore s'apercevoir que c'est toute la structure économique que l'on appelle doctement « Mondialisation » qui est source des déséquilibres dont ils s'émeuvent par ailleurs. N'ayant plus aucun concept d'intérêt général dans leurs têtes et réduisant l'action collective à une juxtaposition d'intérêts individuels disparates, elles sont perdues. Elles agissent dans le vent, combattant des moulins tels Don Quichotte . Et que l'on ne s'étonne guère de ne voir comme solution que des emplâtres sur des jambes en bois. L'Allemagne qui accumule des excédents commerciaux, et qui se plaint en même temps du déficit de ses voisins qu'elle a elle-même creusé. Les USA qui pensent qu'en injectant de l'argent inlassablement vers les banques et les multinationales ils vont relancer leur croissance. La Grande-Bretagne qui part en chasse contre ses pauvres. Le Japon qui se met à faire comme l'Amérique avec le même succès. Et la Chine qui devient officiellement la première puissance économique mondiale au moment même où elle tombe en panne. Mais ce n'est guère un hasard qu'un pays qui vit essentiellement de ses exportations tombe en panne au moment où il devient trop gros par rapport aux pays vers lesquels il exporte. Et que dire de l'effroyable déconnexion entre production et consommation qui touche l'économie chinoise, un pays où l'on épargne 50 % des revenus et où la part de la consommation locale n'a cessé de décroître ces dix dernières années. La Chine comme l'Allemagne n'ont jamais autant ressemblé au contraire des USA. Ces pays sont tout aussi extravertis et déséquilibrés. Des pays dont on fait malheureusement des modèles alors qu'ils sont tout autant responsables de la crise que les pays déficitaires.

 

Nous voilà donc en cet octobre 2014 dans un monde qui vacille encore une fois. Un monde qui continue à défendre un modèle qui porte en lui les germes de la misère planétaire et qu'il ne faudrait surtout pas commencer à remettre en question. Laurent Pinsolle se désole sur son blog de l'accélération de l’agenda néolibérale en France, alors même que paradoxalement c'est bien cet agenda qui est appliqué à la lettre depuis quarante ans. Que dire d'autre sinon continuer inlassablement à expliquer et à tordre les évidences libérales qui ne sont évidentes que pour quiconque n'a jamais réfléchi aux questions économiques et monétaires.

 

-Non, le but d'un pays n'est pas d'exporter, mais de pourvoir à ses propres besoins. La France ne devrait importer que des matières premières. Il est absurde pour un pays qui a des millions de chômeurs d'importer des marchandises qu'il pourrait produire lui même. Surtout lorsque ce pays accumule les déficits commerciaux et exporte ses capitaux.

 

-Non, les excédents commerciaux ne sont pas possibles dans tous les pays en même temps, de sorte qu'un pays en excédent mettra forcément à mal le pays en déficit. Un système économique mondial n'est viable que s'il instaure une obligation d'équilibre des balances des paiements.

 

-Non, le marché ne s'autorégule pas, il n'y a aucune raison pour que la somme des actions individuelles soit égale à l'intérêt collectif.

 

-Non, l'inflation n'est pas l'ennemie des salariés, c'est même historiquement le contraire.

 

-La concurrence ne fait pas forcément baisser les prix. Et la baisse des prix n'est pas forcément une bonne chose si elle met à mal l'investissement.

 

-Le commerce n'est pas la source du progrès économique, c'est la technologie et la productivité physique qui l'est. Et parallèlement l'accès à des ressources de matières premières. Mettre le commerce au cœur de l'économie comme s'il était à lui seul le moteur de la croissance est l'un des dogmes les plus puissants et les plus erronés des temps modernes. Que certains pays aient construit leur prospérité sur le malheur d’autrui n'en fait pas des modèles à imiter, c'est même plutôt le contraire.

 

-Non, la concurrence ne doit pas avoir pour but l'amoindrissement des salaires, mais l'accroissement de la productivité du travail physique. De sorte que la concurrence n'a de sens qu'entre égaux. Faire entrer en concurrence les salariés du textile français avec ceux du Bangladesh n'améliore pas la productivité physique globale, elle ne fait que réduire les salaires. Il va falloir expliquer aux libéraux ce qu'est la concurrence. Ils n'en comprennent manifestement pas le sens.

 

Je pourrai continuer longtemps à citer les pensées fausses du libéralisme, mais il m'en faut garder pour de prochains textes. Quoi qu'il en soit, les temps sont troubles, et l'avenir incertain. La seule certitude que nous ayons c'est qu'une prochaine catastrophe va se produire en Europe ou ailleurs, car aucune des contradictions inhérentes à la mondialisation n'ont été surmontée. La sous-rémunération du travail à l'échelle mondiale, et les déséquilibres commerciaux qui s'aggravent à nouveau, ne peuvent que produire une nouvelle crise. Peut-être qu'elle partira cette fois d'Asie, le nouveau centre productif du monde étant en état de surproduction avancé comme le signal Patrick Artus. Elle ne devrait pas partir d'Europe, car c'est ce que prévoit l'homme qui s'est toujours trompé Jacques Attali. Sinon je vous retrouverai régulièrement sur le blog pour faire le point. Du moins le plus régulièrement possible. Il est temps de faire vivre à nouveau la pensée souverainiste.

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 23:40

Les économistes modernes ont pris pour habitude d'user de concepts, d'idées, qui bien souvent sont utilisés en dehors des contraintes de raisonnement qui leur ont donné naissance. Les économistes ne sont bien évidemment pas les seuls à user d'outils intellectuels hors de leur contexte de validité scientifique à l'image des usages abusifs des statistiques dans les sondages. Dans le cadre de l'analyse économique, il y a des concepts qui sont régulièrement utilisés et qui pourtant peuvent clairement porter à confusion. L'on parle ainsi régulièrement du caractère discutable du PIB comme moyen de mesurer la richesse d'un pays. Est-ce que l'accroissement du PIB traduit vraiment l'accroissement de la richesse nationale ? On peut citer la célèbre hypothèse de Jean Claude Michéa qui traduit ainsi ce raisonnement en déclarant que les délinquants participent à la création de richesse puisque leur activité de destruction permet de faire fonctionner la vente de véhicules neufs. Todd avait lui-même fait ce type de raisonnement en comparant le Japon et les USA dans son livre « L'illusion économique » où il décrivait la surdélinquance américaine comme un moteur du PIB. Les Japonais trop sages n’embauchant guère de policier faute de voleurs et de délinquants en nombre suffisant.

 

On pourrait également rajouter ici que tout ce qui n'est pas monétisé n'est pas nécessairement sans valeur. L'air que nous respirons est gratuit, c'est pourtant la chose la plus précieuse sur cette terre puisque sans lui nous mourrions. Il n'a pourtant aucune valeur marchande, mais il a une valeur d'usage infinie. On pourrait même avancer avec Rousseau que c'est l'obsession pour les choses qui ont le plus de valeurs marchandes qui finissent par aveugler les nations sur ce qui fait leur réelle prospérité. L'on voit donc ici très bien que la mesure de la richesse est en soit un exercice périlleux qui n'est pas vraiment de l'ordre de la science tant elle peut dépendre du point de vue duquel on se place. L'amour, l’amitié, la solidarité familiale, la curiosité, l'éducation sont autant de choses qui n'ont pas de valeur marchande et qui pourtant façonne notre économie.

 

Productivité physique versus productivité monétaire

 

Lorsque l'on manipule un concept, il faut en connaître les limites. Je m’attellerai ici à parler de la notion de productivité et à la façon dont les économistes l'utilisent. Pour les économistes la productivité du travail est devenue un concept métrique essentiel. Il est censé expliquer les évolutions des nations modernes depuis l'avènement du charbon, tout comme il est censé expliquer les différences commerciales entre nations. Mais il faut bien comprendre que l'usage qui est fait du terme productivité a changé au cours du temps et que lorsque les économistes d'aujourd'hui parlent de productivité ils ne parlent pas nécessairement de la même productivité que ceux de l'époque de Keynes ou de Jean Fourastié. Et ce changement de nature tient à l'usage même qu'ils font des outils de mesure de la richesse qui ont été transfigurés par l'ouverture commerciale des frontières. À l'origine la productivité est un concept issu du monde industriel. L'on peut raisonnablement faire un calcul de productivité dans une usine en se demandant ce que chaque ouvrier produit dans un laps de temps déterminé. C'est Henri Ford qui a largement démocratisé cette façon de voir la production.

 

De là peut naitre une mesure de productivité physique. Un ouvrier va par exemple mettre tant de par-choc sur une voiture par heure. De la même manière calculera-t-on la quantité de voitures qu'une usine produira par heure. L'on divisera le nombre de voitures totales produites par le nombre d'heures travaillées pour en conclure la productivité horaire moyenne de chaque salarié. L'on peut même ici inclure le travail non directement productif des services puisqu'ils permettent à l'usine de fonctionner. Mélanger des travaux industriels et des services dans ce concept paraît donc tout à fait acceptable. De là les économistes se sont donc dit avec leur nouvel outil le PIB que si l'on découpait ce PIB par le nombre de travailleurs nous aurions une idée assez vraisemblable de la productivité moyenne des travailleurs du pays. Passant outre l'extrême spécialisation de la population nous aurions un outil qui décrit assez bien l'évolution de la productivité totale du pays.

 

Le problème c'est que ce raisonnement est en grande partie déformé par l'intervention de la mesure monétaire. En effet, la question de la validité du PIB/habitant ou par heure travaillée comme mesure de la productivité va incontestablement se voir déformer par les rapports de force sociaux, géopolitique et autres qui vont intervenir dans les évolutions des monnaies. J'ai longuement parlé sur ce blog du rôle du dollar par exemple comme déformateur de l'économie mondiale. Si la logique de l'évolution de la productivité par la mesure du PIB avait un sens à une époque où les nations vivaient essentiellement sur leur propre production. Peut-on dire qu'il en est de même aujourd'hui ? Que doit ainsi à la Chine la productivité monétaire américaine ? Peut-on dire d'un pays qu'il a une productivité croissante parce que la productivité apparente mesurée par l'évolution du PIB par habitant est croissante? Et cela alors même que les déficits commerciaux s'aggravent ? Un déficit commercial peut-il apparaître dans un pays où la productivité augmente ? N'est-ce pas paradoxal que de voir des importations massives dans des pays si productifs ?

 

Poser la question c'est en partie y répondre. En internationalisant le commerce, nos pays ont déformé la formation de valeur. Ils ont en quelque sorte déconnecté l'évolution monétaire de l'évolution de l'économie réelle. Je ne parle pas ici de l'évolution de la bourse qui n'a plus aucun rapport avec l'économie réelle, il en a d'ailleurs toujours été ainsi. La bourse n'est qu'un casino géant qui dépend des anticipations des acteurs sur ce que ces derniers croient être le comportement des autres acteurs. Le fait de pouvoir importer du travail moins cher a déformé l'idée que nous nous faisons de la productivité. Cela a disloqué le lien entre l'évolution de la productivité physique et la productivité monétaire. Pour donner un exemple simple. Un pays qui a une usine d'une certaine productivité physique va voir sa productivité monétaire augmenter si cette même usine est expatriée dans un pays à salaire moins élevé. Et qu'ensuite les produits sont importés. D'un point de vue physique l'usine est identique. La productivité physique totale est donc identique, il n'y a pas d'augmentation globale de la productivité réelle. Par contre d'un point de vue monétaire tout se passe comme si la productivité avait augmenté. Ce que cache cette productivité apparente est en fait un rapport de force sociale, politique et monétaire. Une grande part de la croissance de la productivité des pays occidentaux est ainsi le fruit d'une déformation de la création de valeur. L'on croit que la productivité a cru alors qu'on a juste dévalorisé le coût du travail par l'expatriation des moyens de production. Il n'y a nulle croissance de la productivité. C’est juste une tricherie comptable.

 

 

La productivité française et la disparité territoriale

 

Dès lors qu'on a compris cette disparité entre la productivité physique et la productivité apparente, l'on conçoit mieux pourquoi des pays avec une productivité apparente croissante se retrouvent avec des déficits commerciaux. C'est que la productivité des usines délocalisées se retrouve dans le calcul comptable de la croissance du PIB des pays déficitaires. Ainsi lorsque vous importez des produits chinois vous importez aussi la productivité de l'usine qui les a produits. À travers cet achat vous allez créer des emplois de services qui vont tour à tour gonfler le PIB. Mais il restera la trace de cette réalité dans les déséquilibres commerciaux.

 

Un exemple simple de cette réalité peut être donné avec l'économie française. Il se trouve que le magazine Challenges a mis en ligne une carte des balances commerciales des biens par région française extrêmement intéressante. L'on peut y voir une forte disparité en fonction des régions. Mais étonnamment, les régions les plus déficitaires sont celles qui sont présentées généralement comme les régions les plus riches et les plus productives. La région Parisienne et Provence-Alpes-Cote d'Azur font ici pourtant figure de lanternes rouges. L'on présente pourtant l'île de France comme la dernière région dynamique ce qui est vrai en matière d'emploi. On pourrait se référer ici aux propos récurent du géographe Christophe Guilluy. Ils nous présentent les grandes métropoles comme bien incluses dans la mondialisation. Contrairement aux autres régions en déclins qui se désindustrialisent. Il faudrait ici bien sûr définir la notion de dynamisme. Tout porte à croire que la situation parisienne ne pourra pas durer bien longtemps. La carte commerciale nous dit que la région parisienne est dans un état catastrophique de dépendance à l'extérieur. C'est bien simple le déficit commercial français étant de 61 milliards d'euros. Si vous enlevez la région parisienne et Provence-Alpes-Cote d'Azur, le pays est en excédent. On peut dès lors en comparant la carte du PIB/habitant et celle des déséquilibres commerciaux, se demander si Paris est productive, ou simplement spoliatrice des richesses du pays.

 

7254401.jpg

 

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Nous voyons donc ici un effet de la déformation liée à la mondialisation du commerce. La productivité élevée de la région parisienne est essentiellement illusoire. Elle est le fruit d'importations massives qui se traduisent par le déficit de la balance commerciale de la région. L'on peut d'ailleurs ici se demander si la région parisienne ne sera pas la principale victime d'un réajustement de la balance commerciale française. On voit que la notion de productivité est à prendre avec des pincettes. Et que l'usage de certains termes peut donner une image déformée de la réalité.

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 22:06

 

keynesS'il est clair que l'euro est une catastrophe macro-économique, peu d'alternatifs ont encore conscience que la crise que nous traversons aujourd'hui est beaucoup plus profonde que cela. L'euro n'est qu'un obstacle parmi d'autres, qui s'instillent entre nous et une société décente et durable. Le fait est que c'est le mode même de financement de nos économies qui est à la base de la crise à savoir le mode de développement capitaliste . Si le marxisme a échoué en tant que structure économique viable cela n'enlève rien de sa qualité de la constatation du caractère hautement néfaste du capitalisme. Marx n'était d'ailleurs pas le seul penseur à le critiquer. Keynes disait à propos de ce dernier qu'il n'est ni beau ni harmonieux, mais qu'il ne tenait qu'à son efficacité d'exister et d'être accepté par les masses. Que son efficacité à créer des richesses collectives décroît et les masses auront tôt fait de s'en débarrasser tant il contredit la décence morale la plus basique. À cela je répondrai qu'en fait Keynes donnait au capitalisme des qualités qui en fait ne provenait pas de lui, mais des cultures des sociétés dans lesquelles il s'est épanoui. Le capitalisme n'a pas créé les valeurs qui lui permettent de s'épanouir. L'honnêteté, la curiosité scientifique, l'esprit créatif, la passion, les relations humaines, l'éducation sont autant de choses qui préexistaient au système capitaliste et qui ne répondent pas à la logique marchande toute puissante qui fait le lien social dans les sociétés dites capitalistes.

 

Le capitalisme est un féodalisme monétaire

 

Or peut-on imaginer une société capitaliste dans laquelle personne n'obéirait au principe de la propriété privée ? Peut-on imaginer une société capitaliste fonctionnelle sans les apports du progrès technique? Alors que lui seul permet les rendements croissants qui donnent aux capitalistes la rente qu'ils attendent de leurs avoirs financiers ? Si la société stagne techniquement le capitalisme finit par accumuler les richesses chez les détenteurs des capitaux jusqu’à ce que les producteurs de la richesse réelle finissent par disparaître. Peut-être est-ce d'ailleurs la cause du désordre du monde actuel. Le progrès technique ralentit pour diverse raison entraînant la stagnation du revenu global produisant à son tour une concentration excessive des richesses vers les détenteurs de capitaux. Une réalité aujourd'hui évidente. L'inflation qui était le remède naturel à l'excessive concentration des richesses ayant été soigneusement chassée de nos contrées par les politiques de libre-échange, et de liberté de circulation des capitaux, le monstre d'accumulation capitaliste peut maintenant déployer toute son incohérence fondamentale.

 

Mais qu'est ce que le capitalisme en fait ? La doxa libérale qui use et abuse des approximations verbales le confond volontairement avec l'économie de marché. John Kenneth Galbraith avait bien décrit ce glissement sémantique progressif qui a consisté à parler d'économie de marché plutôt que de capitalisme. C'est que l'économie de marché fait plus présentable. On parle de concurrence saine, de liberté d'entreprendre et tout le bazar idéologique libéral qui va avec. Dans le marché il y a une part d'idée égalitaire même si celle-ci a été oubliée par ses soi-disant défenseurs qui bien souvent ne prennent pas en compte les inégalités du monde réel. Le terme Capitalisme est plus embêtant parce que cela parle de détention de capitaux, d'inégalité fondamentale entre ceux qui en possèdent et ceux qui n'en ont pas. Entre ceux qui possèdent les unités de production et ceux qui ne vivent que de leur labeur. La volonté de transformer les mots n'est pas un hasard, elle fait partie d'un processus visant à légitimer des choses qui ne sont pas naturellement acceptées. C'est que le capitalisme moderne est en fait plus ancien qu'il n'y paraît et qu'en réalité il n'est que le résidu d'un passé lointain et agricole.

 

Il est à la fois le fruit du prêt à intérêt, d'un système monétaire mal compris, et d'une tradition agraire fondée sur le féodalisme fruit de la rareté des terres agricoles. Le prêt à intérêt est bien évidemment l'une des bases de l'accumulation capitaliste. Même un enfant comprendrait qu'en système stagnant le prêt à intérêt conduit nécessairement à la concentration totale des richesses dans les mains de quelques personnes. Par le simple jeu des intérêts cumulés, le capitaliste ayant la richesse la plus importante au départ possédera la totalité du monde à la fin. Rappelons que la formule du taux d'intérêt composé est :

 

Vf = Vi (1+I)^n

 

Avec Vf la valeur finale, Vi la valeur initiale, I l'intérêt et n le nombre de période.

 

Imaginons que la richesse totale d'un pays soit de 100 et stagnante. Et qu'un riche possède 5 au départ. S'il prête son argent à d'autres citoyens avec un taux de seulement 4 % par an, en 50 ans il accumulera déjà 35,5 % des richesses du pays. En moins de 80 ans, lui et ses descendants posséderont la totalité des richesses du pays. Et je n'ai pris qu'un petit 4 % d'intérêt par an. Les taux d'intérêt composés sont une force extraordinaire. C'est pour cette raison que les sociétés traditionnelles interdisaient le prêt à intérêt. Dans des sociétés techniquement stagnantes et dans lesquelles les masses monétaires évoluaient peu, le prêt à intérêt pouvait produire rapidement des catastrophes et des inégalités de très grande envergure. Il faut vraiment prendre conscience de cette relation mathématique simple. Le capital peut très vite se concentrer entre les mains de très peu de personnes et cela sans rapport avec une quelconque utilité de ces individus. Ils s'enrichissent simplement par le fait qu'ils possèdent du capital. Dans les sociétés monétaires modernes, c'est l'inflation, l'augmentation de la masse monétaire, les impôts et le progrès technique qui ont limité cette concentration. Du moins jusqu'à la domination actuelle du néolibéralisme.

 

L'autre caractéristique du capitalisme c'est la notion de rareté du capital. En fait, tout se passe comme si l'on considérait le capital financier et monétaire comme rare. Comme quelque chose qui est de l'ordre de la ressource naturelle. On ne peut pas ne pas y voir l'influence de la culture agraire classique hériter du passé. En effet dans ce type d'économie, l'essentielle des richesses venant de l'agriculture, et les terres étant rare le capital terrien s’héritait plus qu'il ne se gagnait. La culture populaire fait donc par analogie un rapport inconscient entre le capital physique hérité de cette époque économique et le capital actuel. Il est considéré comme rare comme l'était la terre à l'époque féodale. Donnant ainsi un privilège, une dot, une rente à celui qui le possède. Mais si ce raisonnement tenait à cette époque, le capital actuel est très différent. Car l'argent, la monnaie et le capital que nous utilisons ne sortent pas de terre ou de mines que l'on exploiterait. Le capital est juste un jeu d'écriture, une convention quantitative créée par la collectivité selon des normes que l'on peut choisir collectivement. Il n'est écrit nulle part que le capital doit demeurer une propriété des banques privées et que la création monétaire doit juste se faire dans l'intérêt des possédants. Rien n'interdit à un état d'émettre toute la monnaie dont il a besoin pour développer ses affaires. Il n'est guère surprenant que les idéologues libéraux évitent soigneusement la question, car toute la pression qui permet aux intérêts privés d'imposer une orientation inégalitaire et capitaliste vient précisément de cette pression monétaire. On oblige les états à s'endetter sur les marchés privés pour financer des projets publics alors qu'il ne tiendrait qu'à eux d'émettre le capital nécessaire à la réalisation de ces projets sans payer d'intérêt. La seule limite est physique. Elle est dans les techniques les matières premières, et les hommes, pas dans le capital monétaire.

 

Et que l'on ne sorte pas la peur de l'inflation. Car c'est bien le manque d'inflation et les taux d'intérêt réels délirants de ces trente dernières années qui ont asphyxié petit à petit nos économies à tel point que l'on revoit aujourd'hui poindre une nouvelle société de caste aussi inefficace collectivement que dépendante de peuples étrangers pour subvenir à leurs besoins. Que deviendront donc les oligarques français et occidentaux lorsque les puissances montantes d'Asie n'auront plus besoin de nos nations pour rattraper leur retard ? Sans capital physique et humain, la finance n'est qu'une richesse virtuelle que le monde réel aura tôt fait de ramener à son évidente surestimation. Ne resteront alors plus sur nos terres qu'un désert de savoir-faire d'industrie et une misère immense comme peut-être jamais les peuples d'occident n'en ont connu.

 

Pour une économie de marché non capitaliste

 

La question de l'après-capitalisme se pose donc et il ne s'agit pas ici d'en réduire la question aux oripeaux du marxisme-léninisme. Critiquer le capitalisme en tant que système d'organisation économique ce n'est pas vouloir le tout état. Le capitalisme c'est la concentration des richesses mécaniques par le simple fait des taux d'intérêt composé, c'est l'asservissement et la négation de la démocratie par des moyens plus subtils que la coercition physique et militaire. Mais cela reste une autre forme de servage bien loin des soi-disant valeurs des démocraties occidentales. Il est d'ailleurs bien curieux que les entreprises restent dirigées de façon autocratique sans que cela n'émeuve le moins du monde des défenseurs de la démocratie politique. Le capitalisme ce n'est pas le marché. Le marché c'est l'échange qu'il passe par le biais monétaire ou non d'ailleurs. Le marché existe depuis les débuts de la civilisation. À partir du moment où une société spécialise ses membres pour des questions d'efficacité collective le marché né spontanément, car tout citoyen devient alors dépendant du labeur des autres. Laisser croire que l'économie de marché c'est le capitalisme est une escroquerie intellectuelle. Il est évident que nul ne peut nier le besoin d'échange. En faisant confondre ces termes dans le débat public les défenseurs du capitalisme et de la société de servage monétaire font simplement du sophisme pour cacher les intérêts qu'ils défendent.

 

Car si l'on peut difficilement imaginer une société sans marché, il est par contre aisé d'en imaginer une sans capital. C'est d'autant plus vrai que nos sociétés ont déjà presque connu cela pendant les deux guerres mondiales et pendant l'après-guerre. Il s'agit simplement de remettre la création monétaire aux mains des états. L'économie monétaire de production est une économie qui n'a pas besoin de capital nécessitant du taux d'intérêt pour exister. En contrôlant, l'émission monétaire publique vous produisait un système dans lequel l'accroissement de la masse monétaire se fait sans la contrainte du taux d'intérêt. Contrainte qui pousse d'ailleurs à l'accroissement toujours plus accéléré de la masse monétaire pour rembourser justement ces taux d'intérêt. Rien n'interdit d'imaginer ainsi une société dans laquelle le marché fonctionne toujours selon ses critères de sélection éliminant les produits et les services non adaptés à la demande, mais sous un régime bancaire publique dans lequel les taux d'intérêt sont nuls ou indexés sur l'inflation.

 

Nous serions alors dans une économie de marché de type non capitaliste dans laquelle la création du capital se fait sans coût. Ce qui est à n'en pas douter plus proche du bon sens, car on ne voit pas ce qui justifie ce coût du capital qui ne nécessite aucun travail pour être produit. À ceux qui objecterait que les banques publiques peuvent produire de graves malversations que dire du système actuel qui vit sur une chaîne de Ponzi à l'échelle planétaire. L'expérience montre assez bien que le système français d'après-guerre fermé et contrôlé par l'état était nettement plus stable et moins fou que l'actuelle. Il est donc tout à fait temps de penser non seulement à l'après-euro, mais aussi à l'après-capitalisme. Les deux questions donc d'ailleurs intimement liées puisque c'est bien pour les intérêts de la rente et du capital que l'euro a été construit. Remettre ce dernier en question est donc bien remettre en question la légitimité du capital à décider de nos destinées collectives. Si la France veut être libre, elle doit l'être surtout vis-à-vis du capital et des intérêts privés ne faire que sortir de l'euro changerait simplement la couleur de nos chaînes.

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Published by Yann - dans économie
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