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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 17:40

Chiemgauer-Fcher

Je reviens aujourd'hui sur une question que j'avais déjà abordée dans plusieurs textes, mais qui me parait très utile de réaborder en ces temps de crise monétaire en Europe. Le fait est que nous considérons depuis trop longtemps la monnaie comme quelque chose de secondaire dans les questions économiques. Je ne parle pas ici des économistes hétérodoxes ou des penseurs alternatifs, mais des économistes mainstreams, ceux qui font et qui organisent la pensée économique dominante actuelle. Chez les libéraux on trouve en fait peu de réflexion sur la monnaie, celle-ci est vue comme quelque chose de neutre, de naturel. Les libéraux ont toujours voulu éloigner la monnaie de l'action du prince, car ils voulaient limiter son pouvoir. Vouloir une monnaie neutre est donc l'un des principes de base de l'économie libérale ce qui explique en grande partie leur non-débat sur la nature des dettes publiques ou leur aversion de la monétisation. Seulement sortir la question monétaire du débat et en faire un instrument neutre d'un point de vue théorique ne signifie pas qu'elle le soit véritablement dans le monde réel. Nous savons d'expérience que celui qui contrôle l'émission monétaire contrôle en réalité le pouvoir économique.

 

  En sortant cet instrument du pouvoir étatique, les libéraux ont juste substitué à un pouvoir arbitraire, mais sous contrôle démocratique, celui de l'état, par un autre pouvoir, celui des banques et de la finance. Un pouvoir qui lui n'a aucune contrainte d'ordre électoral. Mais au-delà de la question de la dette publique et de son remboursement on peut aussi se rendre compte de la puissance de la monnaie sur la répartition spatiale des richesses. 

 

Monnaie et rapartition des richesses

 

 

    Nous parlons souvent sur ce blog de l'euro. Je doute grandement de sa survie à long terme et même à moyen terme du fait de son vice de conception. On va ici le rappeler en quelques points. En premier en unifiant l'Europe sous une seule monnaie, nous avons rendu impossible aux pays membres la dévaluation en cas de déficit commercial. Cette impossibilité qui est une caractéristique évidente de la monnaie unique n'a étrangement pas été prise en compte lors de la conception de l'euro. En aucun cas, les théoriciens de la monnaie unique n'ont pensé à ce qui se passerait si un état membre se retrouvait subitement avec un déficit commercial tout seul. Or la valeur de l'euro varie en partie en fonction de la balance commerciale de la zone euro dans son ensemble. Si un état a un déficit commercial, mais que la zone euro a un équilibre, ou pire un excédent, alors la monnaie unique continuera à grimper malgré le déficit commercial du pays déficitaire. C'est très exactement ce qui se passe en ce moment même, sur l'ensemble de la zone euro. La balance commerciale a un léger excédent, alors que plusieurs pays membres ont d'énormes déficits commerciaux. L'euro peut donc continuer à sa valeur actuelle malgré les difficultés croissantes de plusieurs états membres. Aucun mécanisme n'a été prévu pour rééquilibrer les comptes rapidement ce qui pousse plusieurs pays à la faillite. La seule solution étant toujours de contracter la demande intérieure ce qui produit chômage et précarité de l'emploi en plus d'une très faible croissance. Le deuxième problème de l'euro, nous en avons beaucoup parlé cette semaine, c'est l'absence totale de régulation commerciale à l'intérieure de la zone. Les pays déficitaires ne pouvant rééquilibrer leurs comptes avec l'Allemagne, par exemple, qu'en faisant encore une fois une contraction de leurs demandes intérieurs. Structurellement, la zone euro pousse à la concurrence sociale alors qu'elle avait été vendue comme moyen de protection face à la mondialisation, c'est en fait tout le contraire qui se passe. Dernier point, l'euro est géré par une banque centrale qui n'a qu'un seul but, lutter contre l'inflation.

 

 

Ces différents problèmes nous en avons déjà longuement parlé sans avoir besoin d'y revenir. Il se trouve cependant que les problèmes de l'euro soulignent un point particulier de la nature de la monnaie, son caractère extrêmement important sur le plan de la répartition des richesses d'un point de vue spatial. Lorsque l'on regarde la répartition des richesses à l'échelle de la zone euro par exemple, on est tout de suite frappé par les écarts de niveau de vie entre nations européennes. Il était évident qu'en donnant une seule monnaie à des zones aussi hétérogènes on allait produire des déséquilibres commerciaux ce qui n'a pas loupé. Les régions de l'est jouant un rôle aussi important que la Chine en terme de délocalisation, avec un avantage supplémentaire qui est celui d'être relativement proche géographiquement. Quant aux nations les plus avancées, celles avec une productivité très élevée, elles peuvent librement accéder aux marchés des nations les plus faibles et les écraser de leurs avantages comparatifs. L'unification monétaire agit donc comme un concentrateur de richesse et produit à l'échelle de l'Europe un phénomène de spécialisation comme on en a connu historiquement à l'intérieur même des nations européennes. Certaines régions se spécialisent dans la production grâce à leur cout de main-d'œuvre faible, mais productive, à l'image de la Pologne. D'autres se spécialisent dans le haut de gamme à l'image de l'Allemagne. Enfin il reste l'immense majorité des nations qui n'ont aucun point fort et qui sont condamnées à un déclin irrémédiable et au chômage de masse c'est le cas de l'Espagne de la Grèce. La France se situe évidemment dans le même camp que les pays latins.

 

 

Bien sûr, là où se brisera l'unité européenne c'est sur la mobilité des personnes. Car celle-ci n'est pas aussi grande à l'échelle de l'UE ou de la zone euro, qu'elle puisse l'être à l'échelle d'une nation comme la France ou l'Allemagne. De ce fait, il y aura des mouvements populaires contre le déclin des régions condamnées et cette réaction populaire qui commence dans les pays latins comme en Espagne, finira inéluctablement par casser la construction européenne. Si l'Europe avait été une nation, les Espagnoles seraient parties en Allemagne et l'Espagne serait devenue un trou perdu sans provoquer d'émotion particulière. Mais voilà, l'Europe n'est pas une nation, et ce type de mouvement est impossible à son échelle. Les problèmes locaux augmentent donc jusqu'à la rupture inéluctable. Maintenant pour en revenir à notre sujet qui est quand même la question des monnaies locales, on se rend compte que ce qui se passe en Europe s'est passé aussi à une certaine époque en France en Allemagne ou en Italie. Il y a eu aussi un moment où l'unification monétaire a produit ce type des réorganisations territoriales. Certaines régions ont décliné, d'autres ont gonflé. De ces unifications monétaires rapides sont nées en grande partie les inégalités territoriales qui existent encore aujourd'hui dans nos nations. On constate cependant que certaines nations européennes n'ont pas autant d'inégalités que les autres c'est le cas de l'Allemagne par exemple.

 

 

En effet, l'Allemagne a une plus faible inégalité territoriale que la France, l'Italie ou la Grande-Bretagne. Alors certes le fait que l'Allemagne soit un état fédéral y est évidemment pour quelque chose, mais il y a aussi le fait que l'unification monétaire allemande, le Zollverein, s'est faite entre des états de niveau économique équivalent. Ce ne fut pas le cas de la France de la Grande-Bretagne, ou pire, de l'Italie, qui constitue elle un cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire. L'Italie étant une mini-Union européenne par le niveau de ses disparités régionales. Le Zollverein s'est fait sous l'influence du grand penseur du protectionnisme allemand Fridrich List qui pensait qu'une unification de ce type, commerciale et monétaire, ne pouvait se faire qu'entre régions de niveau de développement équivalent. C'est un principe qui a d'ailleurs été repris par Maurice Allais. Cette unification n'a pas provoqué, contrairement à l'Italie ou à l'euro, une explosion des inégalités territoriales. Il n'y a pas des régions mortes et des régions dynamiques, le PIB par habitant y est mieux réparti. L'Allemagne n'a malheureusement pas suivi sa propre expérience lors de la réunification des années 90. Le relatif échec des Länder de l'Est, prouve d'ailleurs que la réussite égalitaire sur le plan des répartitions des richesses en Allemagne tenait bien plus de l'unification monétaire intelligente des Allemands du 19e siècle qu'à la nature fédérale de l'Allemagne. En effet, les Länder de l'Est se dépeuplent et n'ont pas rattrapé le niveau de vie de l'Ouest malgré des efforts énormes de la part de l'état fédéral allemand. Les Allemands auraient dû prendre plus de temps pour l'unification. En donnant une monnaie trop forte à l'Allemagne de l'Est, ils ont tué son économie, comme l'euro tue l'Espagne ou la Grèce. Mais bien sûr dans le cas des Allemands de l'Est, il y a eu une fuite des habitants vers les régions plus prospères.

 

 

Le cas de l'Italie nous montre également le poids des politiques monétaires dans la répartition spatiale des richesses. L'Italie est un pays littéralement coupé en deux avec un nord très riche et industriel et un sud misérable. Il n'en a pas toujours été ainsi, la beauté de Venise peut en attester. L'unification monétaire de l'Italie comme celle de l'Allemagne date du 19e siècle, mais celle-ci s'est produite entre des états très inégaux au départ. Comme dans le cas de l'Allemagne de l'Est les régions les plus faibles ont succombé à la concurrence des régions les plus fortes, elles se sont ensuite vidées en partie de leur population. L'unification monétaire brutale à produit de graves effets d'inégalité territoriale en Italie. D'autant plus que l'état italien est un état relativement faible comparativement à l'état français plus ancien. Et le sentiment national est parfois discuté par des régionalismes puissants quitte à inventer des identités régionales artificielles comme la Padanie. Les régions riches refusant de payer pour les régions pauvres. C'est assez paradoxal puisque c'est l'unification monétaire qui a fait en grande partie la richesse du nord et la pauvreté du sud. Si cette dernière n'existait pas, les régions du sud comme la Sicile pourraient dévaluer et se réindustrialiser au détriment du nord. Dans ce sens, la solidarité budgétaire n'est finalement qu'une réparation d'une injustice qui est faite aux régions pauvres, elles renoncent à leur autonomie, mais il faut bien qu'elles aient quelque chose à y gagner en contrepartie.

 

 PIB_par_habitant_Italie_2004.jpg

 (différence du PIB par habitant en Italie, 100% étant le PIB national italien source wikipedia)

 

 

Une vraie décentralisation  grâce aux monnaies locales

 

 

Nous voyons donc que la monnaie est un outil extrêmement puissant pour réorienter les richesses spatialement. Par ailleurs, nous savons que dans les décennies qui viennent nous allons devoir relocaliser non seulement les activités industrielles, mais aussi la production agricole. Les modèles agricoles post-pétrole ne pouvant satisfaire à l'organisation spatiale actuelle de nos nations. Certaines régions sont trop densément peuplées pour accueillir des agricultures du type permaculture ou l'agroécologie comme le prône maintenant l'ONU. Il faudra plus de terres agricoles et il faudra une production plus proche des lieux de vente. Des régions trop densément peuplées devront donc réduire en partie leur population. Dans un pays comme la France la région parisienne représente à elle seule 20% de la population pour seulement 2,2% du territoire national, et un tiers du PIB du pays. La carte ci-dessous montre les inégalités territoriales en France, et ce malgré d'énormes efforts nationaux pour redistribuer les richesses. Cette seule carte montre à elle toute seule l'échec des politiques dites de décentralisation.

 

 france.png

 

 

 

Dans ce cadre de l'énergie rare et de l'agroécologie, il nous faudra déconcentrer notre population. Et faire que des régions ou des départements aujourd'hui laissés à l'abandon ne le soient plus. Ce sera également important pour assurer de la qualité de vie de nos concitoyens dans un monde aux ressources naturelles rares. Dans ce but, et puisque la décentralisation centralisée comme je l'appelle a échoué, il nous faudra utiliser d'autres outils. C'est dans ce sens que les monnaies locales peuvent être d'une grande aide. Nous savons qu'une monnaie unique pour des territoires très disparates produit des inégalités territoriales à l'image de l'euro. Pourquoi dès lors ne pas s'affairer à aller à rebours de l'histoire en créant des monnaies régionales ? Rien n'empêcherait un état comme la France, une fois revenue à une monnaie nationale, de produire en plus du franc des monnaies régionales. Ces monnaies auraient une valeur fixée par l'état en fonction de critères comme le PIB/habitant régionale et par le taux de chômage local. Une région très pauvre aurait une monnaie régionale dévaluée par rapport à une région riche. Ce faisant, les entreprises et les citoyens des régions plus aisées auraient intérêt à investir dans cette région qui retrouverait un certain dynamisme démographique et économique. Les taux de change intérieurs fixés par l'état seraient réévalués annuellement de façon à s'adapter aux changements produits par ces variations monétaires régionales. Le franc quant à lui resterait utilisé pour les transactions vers l'étranger. C'est un peu à l'échelle de la France et de ses régions le même projet que ce qui prône un euro comme monnaie commune et non comme monnaie unique. On pourrait même imaginer plusieurs étages avec une monnaie régionale, une monnaie nationale, une monnaie européenne et une monnaie mondiale pour les transactions à grande échelle. Nous aurions également de petites banques centrales régionales qui auraient comme but le développement local. Leurs actions seraient mieux ciblées et précises que celle de la banque de France, car elles s'occuperaient surtout de la masse monétaire en circulation localement. Une échelle plus petite permettant probablement un meilleur fonctionnement des institutions de ce type.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 16:15

  bild_l-avare.jpg

Vous aussi vous avez surement croisé ces publicités ridicules sur la vente de vos bijoux en or. Avec des propos du genre "Mon mari et moi nous avions des fins de mois difficiles, mais grâce à la vente de mes bijoux on a pu s'offrir des vacances en Jamaïque". Le fait est que la flambée de ce métal précieux a lancé toute une vague d'activités jouant sur la montée des prix. À l'image de cette entreprise par exemple qui cherche à accumuler son petit tas d'or . Bien évidemment les organismes qui achètent ces objets en or espèrent certainement que la poussée du prix de l'or continuera. On peut voir dans cette situation deux mécanismes que l'on retrouve toujours dans les phénomènes spéculatifs.



Le premier est une croyance dans un mécanisme automatique qui justifierait la hausse dans le secteur qui monte. Hier on justifiait la hausse des prix de l'immobilier par la pénurie de logements. Il semble que l'INSEE continue d'ailleurs à appuyer dans ce sens sous l'influence du gouvernement qui a une peur bleue d'un retour au réel dans les prix de l'immobilier. Et pour cause, un krach immobilier produirait une contraction du dernier moteur de l'économie française. On préfère donc continuer à alimenter une bulle plutôt que de réorienter l'économie vers des choses un peu plus utiles comme l'industrie, car dangereuses pour la rente à cause de son effet inflationniste sur les salaires. Pour l'or la montée est justifiée par l'instabilité du système monétaire internationale, bien plus que par les besoins industriels, même si l'or a des propriétés très intéressantes d'un point de vue électrique ou chimique. Cette hausse de l'or se produit par l'effet de recherche de stockage de valeur marchande en milieu hostile. Comme le disait si bien Keynes le rentier  est toujours pris entre deux peurs qui conditionnent son comportement d'investisseur. L'une consiste à avoir peur de rater un coup pour gagner de l'argent, l'autre consiste à perdre le moins que possible en cas de crise grave et d'inflation. Il se trouve que l'or à l'heure actuelle arrive à canaliser vers lui ces deux types de comportement.  

 

cours-de-l-or.png

 

Le deuxième moteur de la spéculation c'est le fameux esprit moutonnier que l'on peut aussi appeler le marché-foule. Un système dans lequel la raison ne compte pas. Seul compte la capacité à anticiper les futurs mouvements de la foule, quel que soit son sens. Car comme le disait keynes dans son célèbre exemple des concours de beauté, dans un système de marché mieux vaut avoir tort avec la masse que raison contre elle si l'on ne veut pas finir ruiné ou écrasé. Certains libéraux comprennent d'ailleurs très bien cette nature du marché, mais pensent que l'on doit s'y plier. Alors qu'en réalité ce fonctionnement devrait plutôt nous conduire à abandonner purement et simplement ce type d'organisation ou à mettre suffisamment de pare-feu pour éviter ce type de comportement.

 

Auri Sacra Fames

 

La plupart des phénomènes spéculatifs trouvent des arguments apparemment rationnels à leur propre mouvement, et la hausse de l'or actuelle n'échappe pas à la règle. Il se trouve cependant que ces phénomènes n'ont que rarement d'appui dans la réalité. À l'image de la première crise financière du monde capitaliste, celle des Tulipes en Hollande, encore appelée Tulipomanie et qui a eu lieu en 1637. Là aussi, on devait trouver bon nombre de personnes justifiant cette hausse avec des arguments en apparence rationnels, sans comprendre que la hausse était essentiellement auto entretenue et qu'il n'y avait rien de solide en soubassement. Mais comme je le disais précédemment, la hausse de l'or attire les deux types d'investisseurs. Les investisseurs qui ont peur de l'avenir. Et ceux qui veulent gagner le plus que possible et pensent que la hausse actuelle de l'or sera continue sur les années qui viennent. Dans les deux cas, on retrouve des arguments provenant d'un type de pensé économique particulier, celui des libéraux et des libertariens. L'argument classique consiste à dire que la crise actuelle du monde est liée à une trop grande quantité de liquidité produite par les banques centrales avec essentiellement la Fed comme coupable. Loin de moi l'idée de défendre entièrement les politiques de la Réserve fédérale américaine, mais ceux qui l'accusent, elle ou les banques centrales en générale de tous les maux, n'ont pas vraiment l'air de comprendre la réalité du fonctionnement économique mondial actuel.

 

  Le monde manque de liquidité en règle générale, nous vivons dans un système d'argent-dette dans lequel toute émission de monnaie nouvelle est émise essentiellement avec un taux d'intérêt. Par nature, ce système est hyperinflationniste puisqu'il oblige à emprunter de plus en plus d'année en année pour permettre la croissance de la masse monétaire dont a besoin l'économie réelle pour fonctionner. L'essentiel des dettes dans le monde est le fruit de ce système, et il arrive des banqueroutes de temps en temps et des remises à zéro parce que ce système d'argent-dette est complètement stupide à la base. On entre alors en déflation. Nous sommes à un moment où une remise à zéro est nécessaire, mais les actuels bénéficiaires de cette anomalie conceptuels, qui consistent à laisser à des acteurs privés le soin de produire le bien public qu'est la monnaie, ne souhaitent pas perdre les bénéfices de ce système. Les gens qui prônent le retour à l'or comme étalon et qui nourrissent ce phénomène de bulle spéculative sur l'or sont en fait des insiders du système actuel (pour reprendre le terme de Terra nova) qui cherchent à tout prix à conserver une accumulation de richesses disproportionnée en regard de leur utilité collective réelle. Ils cherchent tous à sauver une épargne dont ils savent en fait que la valeur est trop élevée.

 

L'autre problème en dehors de la production monétaire c'est la désindustrialisation qui a frappé le cœur des économies occidentales et sur laquelle s'appuyait autrefois la prospérité de cette région du monde. Les anomalies monétaires couplées au libre-échange généralisé, ont produit des déséquilibres tout à fait invraisemblables permettant pendant de longues périodes à des monnaies de vivre à des niveaux largement supérieurs à ce que leur permettaient les équilibres commerciaux de leurs nations respectives. De fait, les gens ont raison de s'inquiéter de la valeur du dollar ou même de l'euro, car ces monnaies valent trop cher en regard du niveau de production de leur territoire. Cependant la recherche d'une bouée de sauvetage de l'épargne, si elle est compréhensible à titre individuel, devient absurde du point de vue collectif. En effet, ce n'est pas l'accumulation d'or ou de matières premières qui permettra aux USA ou à la France de manger lorsque la monnaie se sera effondrée. En réalité le meilleur moyen de garantir votre épargne ou votre retraite c'est de faire en sorte que le pays dans lequel vous vivez soit relativement autosuffisant, car l'or, ça ne se mange pas. Si demain la Chine, la Russie ou les pays producteurs de pétrole décident de freiner leurs exportations, vous pourrez avoir tout l'or du monde, vous crèverez avec votre pécule. Vous pourrez toujours essayer d'émigrés, mais ces pays sont plus regardants que les nôtres en la matière.

 

Pour sauver votre épargne il faut sauver votre pays

 

 

Le réflexe de la recherche d'une valeur « sûre » de substitution aux monnaies nationales est caractéristique d'un esprit individualiste. Face à un problème collectif, l'individu libéral apeuré cherche une solution dans le seul langage qu'il connaisse celui de l'action individuelle. Seulement, ce n'est pas une solution, car toute l'épargne accumulée ne peut être sauvée. On assiste donc à un sauve-qui-peut à la manière des gens fuyant un incendie. Et comme dans ce cas-là les foules bien organisées ont beaucoup plus de chance de survie que les foules d'individus seuls et isolés. L'action collective est la seule qui puisse s'évertuer à minimiser les dégâts et à redresser la barre. La poussée de l'or n'aura d'ailleurs probablement qu'un temps avant de redescendre à des niveaux extrêmement bas comme l'immobilier américain par exemple. Mais de façon plus générale, le seul moyen, pour les Français et les Occidentaux qui ont un peu d'épargne, de voir cette dernière ne pas s'évaporer, c'est de faire de la politique avec un grand P. De toute façon, peu de gens échapperont à la crise actuelle, nous sommes tous sur la même barque que ce soit pour l'effondrement économique ou pour le pic pétrolier. Seules des solutions collectives peuvent à nouveau redresser notre avenir. L'or n'est qu'une chimère, une relique barbare, comme l'avait à juste titre nommé Keynes. Et c'est d'autant plus vrai, que le système monétaire internationale qui se dessinera après cette crise ne se fera sûrement pas sur un étalon métallique comme le rêve certains libertariens. Mais bien plutôt sur une multitude de pôles locaux autour de devises de référence comme le Yuan en Asie. Pour se sauver lui même l'homme moderne et égoïste va devoir réapprendre à penser un intérêt qui ne s'arrête pas à sa propre vie.

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 20:01

 

  On va s'attaquer à la nouvelle vache sacrée des médias français, économie allemande. Voici quelques chiffres qui, je crois, parlent mieux qu'un long discours soporifique auquel mes lecteurs sont habitués. Et c'est un complément à mes textes précédents ainsi qu'aux analyses de Jacques Sapir sur le futur éclatement de la zone euro. Ces chiffres proviennent du site officiel des statistiques allemandes que vous pouvez trouver à cette adresse

 

1- Le commerce extérieur

 

 

    C'est vraiment le point qui fait baver nos européïstes les plus fous. L'Allemagne montrerait que l'euro n'est pas surévalué puisqu'elle a des excédents, alors que la France, ou pire les pays latins, affichent des déficits commerciaux. Ces derniers ne seraient dus qu'au laxisme économique, à leur latinité en quelque sorte. On perçoit d'ailleurs souvent dans ces réflexions un je ne sais quoi de penser racialiste et hiérarchisante, qui nous rappelle effectivement les heures les plus sombres de notre histoire. Sauf que dans ce cas elles ne sont pas le fait d'une extrême droite officielle, mais bien de nos propres dirigeants. Cette affaire de l'excédent allemand a en effet relancé la germanophilie délirante de certains . Pourtant un regard neutre et impartial posé sur les statistiques allemandes dément totalement la thèse de la grande résistance allemande à l'euro fort ou à la concurrence asiatique. L'Allemagne est surement le pays occidental le plus résistant, mais il perd lui aussi face à l'ogre chinois. Seulement l'Allemagne compense en détruisant ses voisins particulièrement la France, la GB et l'Italie.

 

les premiers excédents allemands

Comme vous pouvez le constater sur ce tableau provenant de ce document, les premiers excédents que possède l'Allemagne sont essentiellement produits avec pays membre de l'Union européenne. Et sur les dix premiers excédents de l'Allemagne, il y a cinq membres de la zone euro. On peut d'ailleurs ajouter la Pologne qui n'est certes pas membre, mais dont la monnaie a été stupidement collée à l'euro par les élites de ce pays qui rêvent d'entrer dans la zone euro. Il suffit de voir l'évolution du zloty face au dollar et à l'euro pour voir que monétairement la Pologne est déjà congelée dans la monnaie unique.

 

 

Cours zloty euro dollar

 

Comme on peut le voir sur ce graphique, la Pologne fait déjà partie de la zone euro en pratique puisque sa monnaie suit la nôtre. Elle est dans la même situation que la France dans les années 90 avec son franc fort de triste mémoire.

 

 

 

 

 

 

 

  les-premiers-deficitaires-allemands.png

Si maintenant nous nous intéressons aux déficits commerciaux allemands, on s'aperçoit qu'étrangement l'Allemagne connait des déficits avec la Chine. Oui vous savez le pays dont on nous dit que l'Allemagne tire sa croissance. En fait d'un point de vue commercial, l'Allemagne a presque autant de problèmes avec la Chine que nous, seulement grâce à ses excédents avec d'autres états essentiellement occidentaux et européens, elle peut le cacher. Puisqu'en faisant l'addition on arrive à un colossal excédent de 155 milliards d'euros pour 2010.

 

2-La croissance économique

 

 

  Autre chimère, celle de croire que la croissance allemande a été dynamique ces dix dernières années, c'est complètement faux. En réalité, l'Allemagne a maintenant une croissance extrêmement instable avec des années fortes, et des années faibles, voire négatives. C'est l'effet de sa spécialisation excessive dans l'exportation qui produit cette instabilité. Mais même si certaines années peuvent impressionner ce qui compte c'est l'évolution moyenne à long terme. Par exemple en 2010 l'Allemagne affiche un beau +3.6% au PIB, mais l'année d'avant le PIB allemand avait reculé de 4.7%... Pour ne serait-ce que rattraper cette dégringolade de 2009, le PIB aurait dû grimper d'un chiffre supérieur à 4.7%.   L'Allemagne se met en grand danger avec ses politiques mercantilistes, car si la croissance mondiale retombe, ce qui est d'ailleurs le scénario le plus probable, elle en sera la première victime. Comme les pays vers lesquels elle exporte sont des pays qui n'ont aucun moyen de tirer autrement leur croissance qu'en s'endettant, la course actuelle au désendettement devrait faire de l'Allemagne une économie en récession permanente dans les années qui viennent. D'autant que son moteur intérieur est complètement en panne pour des raisons de stagnation des salaires qui ajoute des effets de dépression à la démographie catastrophique du pays.

 

 PIB.png

3-La démographie

 

 

Dernier point de ce petit rappel de chiffre, la démographie. C'est un point crucial à ne jamais oublier et qui produit des effets énormes dans l'économie. Deux pays avec un même taux de croissance économique pourront ainsi avoir une évolution du chômage totalement distinct uniquement à cause de l'évolution différente du nombre d'actifs. L'Allemagne perd dès maintenant des actifs en nombre, et cela malgré un âge de retraite plus élevé qu'en France fixé à 65 ans pour l'instant. On comprendra bien qu'un pays qui perd des actifs n'a pas besoin de créer des emplois pour voir son chômage baisser. À l'inverse un pays qui connait une hausse de la population active en nombre peut voir son chômage augmenter même s'il crée des emplois. Durant toute la période des années 80, la France a créé des emplois, mais pas en nombre suffisant face à l'augmentation du nombre d'actifs, d'où  la montée du chômage à l'époque. Il aurait fallu une croissance plus forte, mais les politiques monétaires européistes en ont décidé autrement.  Quoi qu'il en soit l'évolution démographique de l'Allemagne suffit à elle seule à montrer la catastrophe qui approche outre-Rhin  

Declin-population.png 

 

 

Même l'hypothèse la plus optimiste met l'Allemagne à seulement 70 millions d'habitants en 2060. Mais le plus grave n'est pas la baisse de la population dans l'absolu, cette baisse étant due à une faible natalité elle se traduit par un changement dans la pyramide des âges et par une baisse encore plus forte des actifs.

evo-population-active-copie-1.png 

 

 

Comme vous pouvez le voir sur le tableau précédent même dans l'hypothèse la plus optimiste la population active  celle des moins de 65 ans passera de 50 millions aujourd'hui à seulement 36 millions en 2060. C'est une baisse considérable qui entrainera mécaniquement un PIB en baisse à moins de supposer des gains de productivité monstrueux et des hausses de salaire concomitantes. Théoriquement pour combattre ce phénomène d'un point de vue économique il faut augmenter les salaires pour optimiser la propension à consommer de la population active et ainsi compenser la baisse du nombre d'actifs. Keynes avait montré dans ses analyses sur l'évolution de la population qu'une meilleure répartition des richesses pourrait permettre de minimiser les effets de dépression liés à la baisse de la population. Malheureusement l'Allemagne a choisi une autre option, celle d'exporter et de tirer sa croissance par ses excédents commerciaux. On voit ici que les futurs conflits en Europe pourraient bien avoir pour cause cette évolution démographique. Les pays comme la France qui ont une natalité raisonnable se voyant menacé dans leur commerce par des pays à trop faible natalité qui essayeront d'exporter leurs problèmes intérieurs vers eux. Quoi qu'il en soit cette réalité démographique indique que l'unification monétaire entre la France et l'Allemagne est une très mauvaise idée. D'autant que la situation ne semble pas d'arranger comme l'indique le graphique suivant.

 

Naissance-par-femme-par-generation.png 

 

Sur ce dernier graphique, nous voyons la descente finale, c'est-à-dire le nombre d'enfants que les femmes de chaque génération ont eus jusqu'à la ménopause. La génération née en 1939 a eu 2 enfants par femme, mais celle de 49 seulement 1.7, celle de de 1959 1.6. Celle née en 1969 n'a pas encore atteint la Ménopause, mais l'on constate qu'elle est très en dessous de la précédente et malheureusement celle née en 79 semble partie pour être encore en dessous. À moins d'une remontée subite chez ces deux dernières générations la natalité allemande continuera à descendre dans les années à venir. Ce qui aggravera encore à terme les tensions commerciales en Europe.  L'avenir de l'Union européenne semble ainsi condamné par la différence du nombre de bébé dans les berceaux.

 

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 17:30

  Emmanuel_Todd.jpg

C'est en lisant cet article sur l'évolution des bureaucrates bruxellois sur la question du libre-échange, ainsi que la dernière analyse du LEAP que j'en viens à me demander si finalement l'UE pourrait se décider enfin à contrôler ses frontières commerciales. Il est important de bien comprendre que ce qui compte en réalité ce ne sont pas les discours tenus, mais bien les pratiques courantes des politiques. En ce sens si le discours officiel de la commission européenne reste largement favorable au libre-échange total, dans les faits il semble qu'il y ait quelques timides changements. Peut-être faut-il y voir aussi l'influence de la puissance allemande qui contrairement aux idées reçues souffre autant que nous de la concurrence asiatique et particulièrement chinoise. Ainsi l'Allemagne a connu un déficit commercial avec l'empire du Milieu d'environ 20 milliards d'euro cette année, c'est loin d'être négligeable. Cela contredit d'ailleurs ceux qui pensent que l'euro fort est très bien supporté par l'Allemagne. En effet, les variations de l'euro n'ont pas d'effets sur la situation interne de la zone euro puisque tous les pays membres ont la même monnaie, en revanche c'est sur le commerce avec l'extérieur que l'on voit les effets de ces variations monétaires. Et lorsque l'on se penche sur la situation du commerce allemand, on voit bien que celle-ci est en difficulté avec le reste de la planète, mais compense par ses excédents à l'intérieur de la zone euro. Bien sûr, cela se fait au détriment des autres pays membres et cela produit les faillites en série que nous connaissons.

 

Une Europe au bord d'une catastrophe

 

      Les contradictions intrinsèques à la construction européenne sont démultipliées dans le cadre actuel de la compression de la demande mondiale et surtout occidentale. Jusqu'à présent si ces contradictions n'étaient pas aussi voyantes c'était avant tout dû au fait que l'Europe, comme le reste de la planète, pouvait compter sur les déficits jumeaux américains. Ce n'est pas un hasard finalement si ces deux zones économiques sont dans cet état catastrophique simultanément. L'Europe a longtemps tiré sa croissance de ses excédents avec les USA, durant toutes les trente glorieuses, notre continent a joué le rôle que joue aujourd'hui l'Asie pour l'économie US. À la différence près que chez nous les salaires et les niveaux de vie au départ étaient bien plus proches de ceux des Américains, et que l'Europe n'a pas la taille démographique de l'Asie. La construction européenne s'est faite dans ce cadre économique où l'Oncle Sam produisait des relances de la demande intérieure à un rythme régulier. À cela, s'ajouter bien évidemment le système de Bretton Woods qui garantissait une certaine stabilité monétaire. Pour les USA la situation était viable tant que les états européens ne pesaient pas trop sur le commerce extérieur. À l'Europe s'est ensuite ajouté le Japon dans les années 70, et là, la barque a atteint ses premières limites.

 

(Ci-dessous la baisse tendancielle de la proportion d'actif chez les hommes entre 25 et 54 ans, c'est une évolution qui montre bien le sous-emploi chronique apparu dans les années 70. Il est le fruit du libre-échange et  du fait que les pratiques mercantilistes se répendent sous l'influence allemande et japonaise. Les USA ne sont pas les seuls fautifs de la crise actuelle les pays excédentaires ont aussi une lourde responsabilité. Ils auraient du remplacer les USA en terme pôle de croissance et de hausse de la demande, mais ils se sont contentés du rôle de pays excédentaires et spectateurs)

 

   tauxemploiOCDE.jpg

 

Aujourd'hui il est évident que la fonction américaine de pôle de relance de la demande mondiale est devenue intenable. Le monde est trop gros pour les USA qui ne peuvent plus pratiquer leur relance, et d'ailleurs ces dernières ont de plus en plus de mal à maintenir un niveau de demande suffisant à l'échelle mondiale pour permettre une croissance durable et le plein usage des capacités de production planétaire. Le problème c'est que le reste de la planète ne semble pas comprendre le caractère non viable des politiques de l'offre sans une politique de relance de la demande s'effectuant en parallèle. Si certains se réjouissent de la fin de la domination américaine, il faut quand même comprendre quel rôle important joue ce pays dans l'organisation économique mondiale actuelle. Aujourd'hui, ni les pays européens ni les pays asiatiques n'ont de politique de relance de la demande intérieure. Tous s'amusent à vouloir faire sa croissance au détriment du voisin en produisant un excédent soit par la contraction de la demande intérieur, stratégie allemande et maintenant européenne, soit par des dévaluations compétitives en Asie et en Chine. Et d'ailleurs même si la zone asiatique s'amusait à faire des relances il est probable que les seuls bénéficiaires en seraient les Asiatiques eux-mêmes et à la rigueur les producteurs de matières premières.

 

L'Europe dans ce Nouveau Monde est isolée. Elle ne peut plus espérer tirer sa croissance de ses excédents vers les USA comme elle le fit entre 1998 et 2001, et elle est de plus en plus durement concurrencée par l'Asie et la Chine. Dans ce contexte il était plus que temps que l'Europe retrouve un peu la raison en commençant à contrôler ses frontières commerciales. Mais le protectionnisme seul n'est pas la solution à tous nos problèmes, il n'est qu'une variable nécessaire, mais non suffisante à lui tout seul. Une politique protectionniste doit nécessairement s'accompagner d'une politique de relance massive. Une relance qui ne passe pas forcément par des politiques de grands travaux à l'image des politiques de Roosvelt, mais surtout par une politique favorable à la hausse des salaires et de la demande intérieure. C'est un point que les défenseurs de la dévaluation ou du protectionnisme ont tendance à oublier et qu'il est quand même bon de rappeler. Le but du protectionnisme, quelle que soit sa forme ou son échelle, c'est de permettre la relance de la demande intérieure pour rétablir la croissance économique afin d'atteindre le plein emploi. Le protectionnisme tous seul dans son coin n'a aucun intérêt.

 

  Or si effectivement l'Europe ou les états membres  tournent lentement le dos au libre-échange, en tout cas on peut l'espérer. Les élites européennes sont par contre totalement incapables d'imaginer des hausses de la demande intérieure pour rétablir le plein emploi par la croissance. D'ailleurs même chez les défenseurs de la sortie de l'euro on ne trouve pas vraiment de politique de relance de la demande intérieure. On parle d'investissement productif, de sortie du pétrole, de nationalisation, tout ça, c'est très bien. Mais on ne voit pas de politiques de hausse salariale. Or encore une fois, les politiques d'investissement seules ne pourront pas tirer la demande avec suffisamment de force pour rétablir le plein emploi. Dans des pays qui ont de gros besoins d'investissement peut-être, mais nos pays, même s'ils font n'importe quoi depuis trente ans, ont encore des infrastructures et un tissu urbain développé. Il n'est pas certain non plus que l'investissement "vert" seul puisse occuper suffisamment nos entreprises pour atteindre l'objectif du plein emploi. Un pays comme le Japon l'a d'ailleurs amplement démontré ces vingt dernières années. Des plans de relance à répétition et une incapacité à maintenir une demande suffisante pour tirer la croissance longtemps. La seule chose que n'ait jamais fait le Japon c'est la hausse des salaires. Malheureusement s'il est une chose encore plus tabou aujourd'hui que le protectionnisme c'est bien la hausse des salaires. Elle est presque considérée comme un crime, voire comme une incitation au chômage de masse. Or c'est tout l'inverse, ce n'est pas la faiblesse des salaires qui permet le plein emploi, mais une juste rémunération en fonction des gains de productivité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ces vingt dernières années ont vu la productivité croitre beaucoup plus vite que les salaires, l'Allemagne est d'ailleurs caricaturale en la matière.

 

 

Le fait est que le risque en Europe est que nous passions d'une politique libre-échangiste à une politique protectionniste, mais sans hausse de la demande intérieure, et paradoxalement une telle situation serait propice à une forte hausse du chômage. En effet, le protectionnisme, la dévaluation, voir les deux en même temps, produirons mécaniquement une hausse des prix des produits importés ce qui devrait produire un recule de la consommation intérieure. Sans parler des politiques protectionnistes qui seront prises dans des pays concurrents touchés par le protectionnisme européen. Il faut impérativement compenser cet effet par une hausse de la demande intérieure sinon nous pourrions provoquer l'effet inverse de l'effet désiré. Et il ne faut pas avoir peur de l'inflation, celle-ci sera de toute façon nécessaire à la redistribution des cartes au niveau de la répartition des richesses. Les producteurs étant favorisés par rapport aux services financiers ou autres, le changement dans la répartition des richesses ne peut pas se faire sans inflation.

 

 

 

Vers un mercantilisme européen?

 

Mais si l'Europe commence à changer son fusil d'épaule, c'est peut-être aussi parce que les bureaucrates commencent à se rendre compte que la construction européenne actuelle, et le libre-échange ne peuvent en aucun cas fonctionner ensemble. Le protectionnisme européen vise donc à permettre aux pays déficitaires membres de compenser la hausse de l'euro. Et comme on l'a vu même l'Allemagne aujourd'hui souffre de la concurrence asiatique. Cependant, cela ne compense pas les déséquilibres internes à cette zone monétaire, pas plus d'ailleurs que la dévaluation ne compenserait cela. En fait, le seul moyen pour permettre aux pays lourdement déficitaires de la zone d'équilibrer leurs comptes commerciaux, tout en maintenant les excédents extravagants que l'Allemagne a sur eux, serait que la zone euro connaisse de forts excédents avec l'extérieur....

 

Et là, je crains malheureusement que nos bureaucrates européens n'aient une telle politique comme objectif. Dans leur tête il est impossible de revoir l'organisation de la zone euro en permettant par exemple aux pays déficitaires de se prémunir contre les pays excédentaires de la zone par des mesures de quotas ou de taxe. Ce serait pourtant une solution simple que celle d'interdire en pratique les excédents entre nations européennes. Cela pourrait d'ailleurs pousser les Allemands à augmenter leurs propres salaires et ainsi à réduire les déficits grecs, espagnols, italiens ou français tout en réduisant massivement le chômage en Allemagne. On pourrait garder l'euro tel qu'il est tout en résolvant ces problèmes de déséquilibres commerciaux. Mais c'est sans compter sur la peur de l'inflation et des hausses de salaire. Pour nos élites il serait plus commode de faire comme les Chinois, c'est-à-dire d'exporter leurs problèmes à l'extérieur de leurs propres pays par des politiques commerciales agressives. Car un fort excédent de la Grèce par exemple avec des pays non membres de la zone euro lui permettrait de compenser ses déficits avec l'Allemagne. Je crains donc que l'Europe n'aille vers le mauvais protectionnisme, celui qui n'est motivé que par des buts mercantilistes et qui cherchent à expulser les contradictions internes de la zone euro, plutôt que permettre des politiques de plein emploi par la hausse de la demande intérieure. Si l'Europe tend vers une telle orientation, elle ne sera plus seulement le problème des Européens, mais deviendrait un pôle de dépression pour la croissance mondiale, un deuxième pôle s'ajoutant à la Chine.

 

 

 

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 18:01

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J'ai souvent parlé sur ce blog de l'absurdité ontologique qu'il y avait à prôner un libre-échange total à l'échelle de la planète. Et par libre-échange j'entends une libre circulation des marchandises sans prise en compte des spécificités locales qui rendent par nature ce libre-échange inégalitaire. En effet, des règles identiques pour des peuples inégaux en terme de développement économique ne pouvait que produire des déséquilibres condamnant à terme le fonctionnement de l'économie monde. Comme l'avait dit Frédérique Lordon nous avons affaire non pas à un libre-échange, mais à un commerce distordu par les inégalités naturelles des sociétés. Le protectionnisme dans ce cadre consiste donc à rétablir une égalité là où il n'y en a pas, et à faire en sorte que le fort n'opprime pas le faible. Ici le fort étant celui avec le cout du travail le plus faible à productivité élevé. À cela s'ajoute le fait que beaucoup de pays ne pratiquent le libre-échange que s'il est avantageux pour eux, et le protectionnisme autrement. Même les bureaucrates européens semblent enfin s'en rendre compte comme on le voit dans cet article même si leurs réactions sont minimalistes, leurs mesures dérisoires et trop tardives. Entre des monnaies sous-évaluées et des politiques de soutien discrètes, des pays comme la Chine ont pu accumuler des excédents tout à fait déraisonnables pour l'équilibre économique planétaire. Là est le cœur de la production des crises économiques à répétition dont la crise de 2008 n'est que le denier avatar. C'est pour cela que l'on peut prôner comme le fait Jacques Sapir dans son dernier livre une démondialisation, dans le sens où il faut mettre un arrêt à ces déséquilibres monstrueux qui menace la stabilité du monde en revenant à une dose de régulation frontalière.

 

 

    Cependant à bien y réfléchir le terme démondialisation n'est peut-être pas le plus indiqué pour parler de ce processus. En fait que cherche-t-on à faire fondamentalement en rétablissant les frontières? Il ne s'agit pas simplement de rendre à l'économie son souffle et a rééquilibré l'offre et la demande en favorisant plus le travail que le capital. Il s'agit aussi de lutter contre le chaos qui découle naturellement de l'abolition des frontières. Un chaos qui est le fruit de la destruction de tous les pouvoirs des instances régulatrices qu'étaient les états nations. Ce que Régis Debray avait talentueusement démontré dans son éloge de la frontière.

 

Un découplage mondial plutôt qu'une démondialisation

 

 

  Et ce n'est pas qu'une affaire de pure rigueur sémantique. Il y a derrière cela une vision à plus ou moins long terme de ce que sera dans quelques années l'organisation de l'économie mondiale. Car le terme démondialisation pourrait d'une certaine manière soutenir l'idée qu'à l'heure actuelle, effectivement, la mondialisation est une mauvaise chose, mais que sous d'autres conditions cela pourrait fonctionner. C'est d'ailleurs un propos qui revient souvent chez bon nombre d'alternatifs à l'image des altermondialistes. À titre personnel je suis convaincu que cela ne pourra jamais marcher et qu'une telle vision découle plus d'un tropisme historique lié à l'histoire propre de l'occident de ces deux cents dernières années que d'un sens de l'histoire humaine à long terme. La mondialisation découle de la croyance en l'interaction totale de toutes les sociétés humaine entre elles. Si de tels liens existent, on a légèrement tendance à en amplifier les effets, souvent pour des raisons idéologiques. Historiquement les civilisations se sont surtout construites localement, et face à une adversité bien délimitée en terme d'espace géographique. L'idée que le monde a toujours été totalement interconnecté et que les civilisations se sont largement inspirées les unes des autres est une exagération d'ordre idéologique visant souvent à soutenir l'actuelle évolution du monde. Un monde actuel unit essentiellement par la force d'une puissance particulière celle des USA et dont l'avenir proche nous dira s’il pourra survivre à son créateur.

 

 

Mais effectivement le monde actuel est bien unifié, les problèmes des uns se répercutant sur d'autres. Et c'est bien là qu'est le problème, car un monde unifié au sens économique, mais qui ne peut pas l'être au sens politique est particulièrement vulnérable à n'importe quelle instabilité locale. Si nous vivons dans un monde chaotique, ce n'est pas parce que la mondialisation a été mal construite, c'est parce que c'est dans la nature même de la mondialisation de produire du chaos. On pourrait prendre l'exemple simple d'un pays qui pour équilibrer sa balance commerciale avec un autre pays dévaluerait sa monnaie. Même si ce faisant il rééquilibrait sa balance commerciale avec ce pays, il se pourrait que sa dévaluation produise dans le même temps un excédent avec un autre pays. Ce dernier serait alors à son tour obligé de dévaluer sa monnaie et ainsi de suite. On comprend alors aisément qu'un tel système produise des instabilités et des guerres monétaires. En fait, les multiples interactions entre nations rendent impossible une régulation correcte des économies nationales. Certains rêvent donc de créer un système mondial, un gouvernement mondial visant à rétablir ces équilibres. C'est le rêve d'un Jacques Attali ou des altermondialistes. Le problème c'est qu'en pratique il est impossible à réaliser. Mais il se trouve qu'en plus nous vivons déjà dans un tel système. En effet l'état mondial c'est l'état des USA qui par ses déficits commerciaux et financiers permet le rétablissement des comptes chez les autres nations. On verra d'ailleurs les effets de la contraction de la demande intérieure américaine lorsque le gouvernement US sera obligé de réduire la voilure. Sans les déficits américains, la mondialisation n'est tout simplement pas viable. Or c'est très exactement ce système monde organiser autour des USA comme pilier stabilisateur qui est en train de s'effondrer. Croire qu'en changeant de protagoniste nous créerons un meilleur système est à mon avis illusoire, nous ne ferions que repousser l'inévitable.

 

 

La réalité c'est que l'organisation humaine ne peut probablement pas fonctionner à une telle échelle, ou alors avec des gaspillages et une inefficacité monstrueuse. L'expérience européenne nous montre d'ailleurs que de telles échelles sont loin d'être des garanties de prospérité. Alors puisqu'il est impossible de trouver des solutions à cette échelle, il nous faut simplifier le problème. Lorsque les physiciens ont un problème insoluble pris dans son ensemble, ils le découpent en petits morceaux indépendants les uns des autres. Et cela de façon à résoudre chaque problème indépendamment, c'est la façon de faire scientifique depuis Descartes. Une fois que chaque partie est bien délimitée, on peut y appliquer des solutions locales, tout le problème étant souvent de bien découpler les variables. Ainsi un électronicien supposera que son circuit en cour de conception fonctionnera à telle température de façon à ce que la résistivité ne varie pas, c'est ce que l'on appelle des conditions de fonctionnement. Il s'agit d'éliminer des paramètres physiques pour qu’un appareillage fonctionne. Il en va de même pour tout modèle en physique, ils ont des limites de fonctionnement. Il n'est donc guère étonnant qu'il y ait la même problématique dans les sciences sociales ou économiques. Le découplage est un moyen pour l'esprit humain de concevoir des raisonnements applicables. La réalité prise dans sa complexité totale nous échappant totalement. C'est très exactement ce qu'il faut faire avec la mondialisation, et c'est d'ailleurs très exactement ce vers quoi nous nous dirigeons. Le monde actuel étant incapable de fonctionner, ou nos esprits humains étant peut-être simplement incapables de le gérer. Nous devons donc le découper en de plus petite partie pour rendre le système global intelligible. Et pour y arriver, chaque partie doit être découplée de sa voisine.

 

 

Le but de ce découplage des variables du problème étant de permettre de trouver une solution tout simplement. Les frontières et le protectionnisme entrent donc ici dans le cadre d'une vision plus générale visant à rendre à nouveau notre monde intelligible. Il ne s'agit donc pas d'une mesure temporaire visant à trouver des solutions pour construire plus tard un monde uni et « solidaire », tel qu'on le rêve à la gauche de la gauche. Il s'agit de construire le seul monde possible dans les limites de la faisabilité pratique. La division humaine est le fruit de l'histoire, des peuples, des cultures, des organisations se sont construites dans des espaces géographiquement localisés. Cette diversité est un fait, une politique rationnelle doit en prendre acte. Il n'est dès lors pas possible d'avoir une seule politique pour la planète entière, car il y a trop d'intérêts disparates qui l'en empêche. Dès lors, mieux vaut que chaque partie fonctionne de façon relativement autonome, l'idée même de mondialisation est donc profondément dangereuse. Je préfère donc parler de découplage mondial plutôt que de démondialisation. Et là où le découplage sera particulièrement important dans les années qui viennent, ce sera dans le cadre écologique. En effet, chaque peuple devra trouver des solutions locales à ses problèmes énergétiques. Et comme je l'avais écrit dans ce texte, face à la rareté la nature complexifie, elle diversifie. Il en ira de même pour la pénurie de matières premières et d'énergie, chaque peuple trouvera ses propres solutions qui seront parfois très différentes de celles de son voisin, même proche. Le découplage nécessaire produira un monde plus diversifié, et plus efficace au sens écologique, et non un monde standardisé comme on a pu le craindre avec la domination américaine.

 

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 15:17

 

La révélation du journal allemand Der Spiegel a fait l'effet d'une bombe dans les milieux d'affaires et les milieux européistes. En effet nous avons appris que les autorités grecques envisagent sérieusement de sortir de la zone euro. En réalité, ce n'est une surprise que pour les gens qui prennent la doxa économique actuelle comme référence absolue, doxa présentant l'euro comme une chance pour tous ses membres. La réalité est en fait inverse, c'est un gadget politique qui coute extrêmement cher aux pays membres, et il coute d'autant plus cher que vous êtes pauvres et faiblement industrialisés à l'origine. Bien évidemment, nos élites n'ayant plus le sens des réalités semblent persuadées qu'avoir une monnaie forte pour acheter ce que l'on veut à l'étranger est une bonne chose pour une nation. Nos élites ne voient plus que l'intérêt du consommateur sans jamais voir le point de vue du travailleur et des industries que ces monnaies fortes condamnent à une lente agonie. Tout se passe, comme si nos élites avaient oublié qu'il fallait aussi produire des biens pour pouvoir en consommer, il faut dire que nos élites ont souvent des emplois dont on se demande parfois à quoi ils servent concrètement. Quand on gagne des sommes astronomiques avec des emplois improductifs sur le plan collectif, il doit être plus difficile d'appréhender la signification du terme produire.

 

Quoi qu'il en soit la question de la sortie de l'euro pour la Grèce se pose de plus en plus crument face à une dégringolade économique dont les autorités locales ne voient pas le fond. Les remèdes libéraux ont produit ce qu'ils produisent en général c'est-à-dire une aggravation de la maladie par un affaiblissement de la croissance intérieure, et une absence de résultat sur la balance des paiements du pays. En réalité, ce que je dis n'est pas tout à fait exact, il y a bien eu une forte baisse des importations, mais aucune hausse des exportations. Le déficit commercial s'est réduit par la simple mise au chômage d'une grande partie de la population du pays, et par les coupes budgétaires réalisées dans le pays. Si l'on se place uniquement sur le plan du déficit commercial c'est donc une demi-victoire, la Grèce réduisant son besoin de financement à l'extérieur. Cependant pour espérer rembourser ses créanciers il lui faudrait un excédent et non uniquement un déficit moins important. Or il sera difficile d'engranger un excédent uniquement par la baisse de la consommation locale d'autant que des tensions sociales sont de plus en plus fortes, et pourraient à terme provoquer un effondrement du système politique Grecque. Qui plus est, le but d'une politique économique n'est pas par nature l'équilibre de la balance commerciale, si c'est une contrainte bien réelle elle peut-être obtenue même en situation de plein emploi et de dynamisme économique. Seulement, il ne faut pas oublier pour cela que la demande intérieure et le chômage ne sont pas les seules variables sur lesquelles un état peut jouer. La monnaie, les quotas, les douanes autant d'outils tout à fait essentiels qui permettent d'obtenir des équilibres commerciaux sans en passer par un chômage de masse et une forte précarité. Cependant, il est vrai aussi que ces outils ont la fâcheuse tendance de produire des hausses de salaire, de l'inflation et une meilleure répartition des richesses,qu'elle drame pour les actionnaires.

 

Balance-commerciale.png

(source Gecodia)

 

Equilibrer la balance commerciale par le chômage plutôt que par la monnaie est une absurdité

 

En réalité ce que cette situation Grecque démontre c'est que l'abandon des politiques monétaires et douanières a condamné nos économies à ne s'ajuster que par la demande intérieure. Le seul moyen d'équilibrer les comptes extérieurs étant de produire des récessions plus ou moins fortes suivant la situation locale. Cette tendance à réguler le commerce par le taux de chômage et la baisse salariale n'est pas nouvelle. En France c'est un modèle que nous avons adopté depuis 1983-84 et l'ouverture de la fameuse parenthèse libérale qui ne s'est jamais refermée. Mais pendant toute la période des années 80, la France avait encore la possibilité de dévaluer sa monnaie, c'était le cas jusqu'à la politique du franc fort dans les années 90. Depuis, le taux de chômage reste à des niveaux insupportables malgré un déclin démographique important et de faibles hausses des salaires. La France avait heureusement une industrie de pointe qui s'étiole d'année en année, mais qui avait permis jusque-là de maintenir une certaine prospérité malgré les aberrations monétaires des politiques menées par le pays. Mais, la Grèce n'est pas la France, et elle n'a même pas quelques industries de pointe pour compenser les délires monétaristes de ses dirigeants, c'est dans ce genre de pays que la régulation par la violence sociale fait le plus de victimes. Les marchés ont bien raison d'anticiper un effet boule de neige dans toute l'Europe si la Grèce décide qu'elle a atteint les limites de l'acceptable en matière de souffrance sociale. Car il ne fait aucun doute qu'après la Grèce viendra le tour du Portugal de l'Irlande ou le plus gros morceau l'Espagne. Une Espagne qui connaît un taux de chômage encore plus fort que la Grèce et dont on sait que près de la moitié des jeunes de moins de 30 ans se retrouvent actuellement au chômage, une véritable bombe à retardement dont apparemment tout le monde se fiche en Europe.

 

chomage.png

  (Taux de chômage en Grèce, source Indexmundi)

 

La fin de l'euro commencera en Grèce

 

  J'avais titré un texte il y a quelque temps "La fin de  la mondialisation commence par l'Argentine", on peut dire que la fin de l'euro, elle, se fera en premier par la sortie de la Grèce. Paradoxalement, le premier effet de la sortie des pays les plus faibles de la zone euro pourrait à court terme produire un effet de baisse sur l'euro. Je dis que c'est paradoxal parce qu'en toute logique une sortie des pays les plus déficitaires ne pourrait que produire une balance excédentaire à l'échelle de la zone euro, ce qui au contraire devrait plutôt produire une hausse de la valeur de l'euro. Cependant, c'est sans compter sur l'irrationalité naturelle des marchés qui eux s'inquièterons d'une explosion définitive de la zone et donc se sépareront de leurs avoir en euro. Étrangement donc, la sortie de la Grèce de l'Espagne ou d'autres pourrait produire un repli de l'euro et un mouvement d'accalmis pour les pays membres les plus faibles restant, à l'image de la France ou de l'Italie.  Les pays sortants seront rapidement avantagés par des dévaluations importantes, la Grèce par exemple aurait besoin de retrouver un taux inférieur de 40% au taux actuel de l'euro. Ce qui pourrait nuire à la France et à l'Italie, mais comme l'euro pendant quelque temps devrait lui aussi baisser, les dégâts ne seront pas aussi importants que l'on pourrait le craindre. Non, le vrai problème viendra ensuite quand le marché aura compris que la zone euro grâce aux excédents allemands pourrait voir sa monnaie gonflée à des niveaux plus importants que ceux auxquels nous avons droit à l'heure actuelle. Qui sait où une zone euro sans l'Espagne, la Grèce, ou le Portugal pourrait voir sa monnaie grimper grimper 1,6 ou 1,7 $, voir plus. Là effectivement ce serait dramatique pour les derniers membres à déficit chronique de la zone euro.

 

On peut donc estimer dans ce cadre que la Grèce en sortant, si elle sort évidemment, pourrait nous donner une fenêtre d'ouverture idéale pour quitter l'euro sans provoquer trop de remous monétaires.  En effet si le taux de l'euro tombe à 1,2 ou 1,1 $ c'est un niveau dont la France peut tout à se satisfaire si l'on regarde historiquement l'évolution de la balance commerciale française en parallèle à l'évolution du niveau de notre monnaie face au dollar. Une sortie dans ces conditions nous permettrait d'éviter d'avoir à faire une trop forte dévaluation une fois en dehors de la zone euro. De quoi rassurer tous les imbéciles qui tremblent à l'idée d'une dévaluation. Cependant, cette fenêtre de tire, si elle se crée, ne sera que de courte durée, les marchés pouvant par la suite faire grimper l'euro à des niveaux totalement insupportables pour notre pays. Dans ce cas-là nous nous retrouverions avec les pays latins armés de monnaies sous-évaluées et un euro à des niveaux plus élevés qu'à l'heure actuelle. Nous serions alors dans la plus mauvaise situation qui soit pour sortir de la zone, même si ces conditions rendront dans le même temps encore plus insupportable le fait de rester dans la zone euro devenue une nouvelle zone Mark. Pour résumer si la Grèce sonne la fin de la récréation européiste, il faudra impérativement que la France la suive le plus vite possible si nous voulons minimiser les problèmes liés à cette transition.

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 16:25

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On voit de plus en plus d'économistes ou d'intellectuels défendre l'idée d'un remplacement de la devise américaine en tant que devise internationale. Ce n'est d'ailleurs pas sur ce blog que vous trouverez une défense du système monétaire mondial actuel. Une bonne part des anomalies et des crises que rencontre le monde provenant de cette curiosité qui consiste à faire de la monnaie d'une nation une devise à caractère mondiale, à l'image de l'or autrefois. Les Américains n'ont fait qu'abuser de leur privilège, mais soyons honnête, n'importe quelle nation ayant ce type d'avantage l'aurait également utilisé. Les USA sont d'ailleurs pris à leur propre piège puisque cet avantage à court terme a un prix absolument considérable sur le long terme, celui de la désindustrialisation totale du pays. En effet puisqu'il est "gratuit" d'importer, pourquoi donc produire encore des biens? Il est donc clair que si les USA avec les avantages et l'avance qu'ils avaient au lendemain de la Seconde Guerre mondiale n'ont pu se maintenir à long terme avec une monnaie d'essence mondiale, alors aucune nation ou zone monétaire ne le pourra à l'avenir. Le système monétaire mondial actuel est mauvais, mais pour le remplacer il ne suffira pas de remplacer le dollar par une autre monnaie que ce soit l'euro ou le yuan. Nous conviendrons donc facilement qu'il faut trouver autre chose comme mécanisme monétaire.

 

 

C'est là que les économistes vont chercher la vieille idée keynésienne de Bancor. Un intervenant du blog de Paul jorion vient d'ailleurs de rappeler les principes de ce système monétaire. Mais à la place du Bancor on utiliserait les droits de tirage spéciaux, les fameux DTS du FMI. On pourrait facilement objecter à cette proposition que l'on ne ferait en fait ici que reporter le problème. Au lieu d'avoir un état irresponsable déversant toujours plus de monnaie dans le système monde, nous aurions une bureaucratie totalement libre puisque sans responsabilité démocratique. Ce qui en définitive serait peut-être beaucoup plus dangereux pour la planète, on le voit avec l'euro et la BCE. Si je suis un grand admirateur de Keynes je connais aussi les limites de certains de ses raisonnements. Ainsi chez Keynes la raison doit l'emporter chez les dirigeants pour que son système fonctionne, le problème c'est que généralement l'expérience montre que c'est rarement la raison qui sert de guide aux politiques. C'est d'autant plus vrai si le pouvoir est très éloigné des préoccupations des citoyens et des contraintes électorales qui peuvent les ramener sur terre.  Même en supposant que la fameuse devise internationale soit un panier monétaire, il sera en pratique difficile de limiter un tel pouvoir comme il a été impossible à l'Amérique de se retenir d'user de son exception monétaire. Qui plus est, tous les problèmes de monnaie ne proviennent pas uniquement du système monétaire en lui même. Ce que beaucoup oublient des théories keynésiennes, c'est que Keynes était pour une régulation du commerce et pas uniquement par des politiques monétaires dont il connaissait les limites.

 

 

Si l'on régulait le commerce avec autre chose que les variations monétaires, nous aurions peut-être un système plus stable que celui actuellement en vigueur. Mais les dogmes présents ont fait qu'il est accepté de dévaluer, mais pas de taxer ou de limiter les importations. Or comme nous l'avions vu dans un autre textela régulation du commerce uniquement par des variations de la monnaie rend le système monétaire totalement instable. C'est d'autant plus vrai que les valeurs des monnaies nationales ne reflètent que rarement la situation commerciale d'un pays. On a des pays avec de forts excédents dont la monnaie reste faible, alors qu'elle devrait s'apprécier. Et d'autres avec des déficits commerciaux, dont les monnaies, restent fortes alors qu'elle devrait se dévaluer. La liberté de circulation des capitaux où tout le monde peut acheter tout et n'importe quoi sur la planète n'est pas pour rien dans cette situation. Mais je constate que le volé protectionniste et la volonté d'user des frontières nationales pour limiter les aberrations commerciales, monétaires, ou financières sont rarement évoqués lorsque l'on parle de Keynes et de son Bancor. Pourtant Keynes avait été très clair dans certains de ces propos sur la régulation du commerce. Il disait lui même:

 

«  J’ai de la sympathie pour ceux qui veulent minimiser plutôt que maximiser l’imbrication économique entre les nations. Les idées, la connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages : autant de choses qui sont, par nature, internationales. Mais que les marchandises soient de fabrication nationale chaque fois que c’est possible et commode . » (voir « La pauvreté dans l’abondance » aux éditions Tel Gallimard) 

 

 

 Cet oubli ne serait-il pas volontaire de la part de certains ? Vouloir réguler l'économie mondiale uniquement par la création d'un système monétaire moins idiot relève plus de l'escroquerie intellectuelle qu'autre chose. En réalité, nous pourrions même garder le système actuel de l'étalon dollar, aussi stupide soit-il, tout en le rend fonctionnel avec une bonne dose de régulation commerciale par douane et quota. Mais pour cela, il faut sortir les gros mots internationaux comme protectionnisme ou nation. Ensuite, prôner comme le font certains une monnaie mondiale en faisant l'éloge du Bancor de Keynes c'est oublier que lorsqu'il a fait cette proposition il y avait des conditions politiques internationales très particulières. Pour la première fois dans l'histoire, une nation a pu pratiquement seule décider du sort du monde, enfin d'une grande partie du monde, celle qui formera le camp occidental après guerre. C'est parce qu'il y a eu la Seconde Guerre mondiale et la présence de la superpuissance américaine que l'on a pu construire un système mondial monétaire relativement cohérent, avec le dollar comme clef de voute. Et même dans ces conditions exceptionnelles, Keynes n'a pu imposer son idée, les USA préférant alors l'intérêt à court terme que leur apportait le dollar comme devise internationale alors que montait la pression de la future guerre froide avec l'URSS.  C'est le plan de Harry Dexter qui fut mis en œuvre à la place du Bancor, et cela non parce que Keynes avait tort, mais parce que les Américains étaient les plus forts. Dans le monde actuel, aucune nation ne représente plus de 50% du PIB de la planète. Aucun pays au monde ne pèse comme a pu peser l'Amérique à l'époque. Donc personne ne peut imposer un système international comme cela fut fait alors. Un système monétaire international dans les conditions actuelles ne pourrait être que la résultante d'accord, mais il n'y aucune chance pour que le monde trouve un terrain d'entente sur cette question tant les intérêts à court terme divergent. Il n'y aura donc vraisemblablement que des accords locaux, pour des monnaies régionales au maximum. Et c'est probablement une très bonne chose comme nous le verrons par la suite.

 

Une vision du monde complètement dépassée

 

 

      On voit donc que pour Keynes le commerce international n'était pas un but, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de défenseurs de la monnaie mondiale du Bancor au DTS.  Le système de monnaie mondiale tel que nous l'avons connu depuis la Seconde Guerre mondiale est dû à un accident historique. Il n'est pas certain que dans cent ans le monde sera toujours en train de commercer en échangeant sur toute la planète. Une monnaie mondiale est nécessaire à partir du moment où vous importez des produits et des matières premières de la planète entière. Mais n'est-ce pas ce commerce justement qui produit les catastrophes que nous connaissons à l'heure actuelle? En effet, c'est bien parce que tout le monde peut acheter ce qu'il veut partout que les hommes se sont mis à gaspiller des ressources qu'ils n'avaient pas localement. C'est bien parce que nous avons rendu planétaire notre mode de consommation que nous nous retrouvions avec un dilemme sur le pétrole ou sur d'autres matières premières. La monnaie planétaire est quelque part responsable du mur qui se trouve aujourd'hui devant nous et que la génération de l'époque de Keynes n'avait pas imaginé, elle qui était un peu éberluée par le progrès technique à court terme et dont on pensait qu'il résoudrait tous les problèmes

 

 

Vouloir une monnaie mondiale c'est penser résoudre les problèmes du monde d'aujourd'hui avec les outils du monde d'hier. L'abondance est terminée, nous le savons. Et une bonne part de l'épuisement est lié à l'uniformisation des modes de vie et des façons de consommer et de vivre sur toute la planète. L'unification monétaire du monde sous l'égide du dollar a engendré une unification des comportements de consommation. Là où il y avait des modes de consommation bien adaptés aux possibilités physiques locales, on a installé l'American way of life, engendrant des déséquilibres et des déformations dans la consommation. Les humains ont oublié qu'une bonne part de leurs comportements culturels n'étaient pas que le fruit de l'histoire et des habitudes, mais aussi des possibilités de production locale. Ce n'est pas un hasard si les Français mangent beaucoup de pain et les Japonais beaucoup de riz. C'est que la géographie avait dicté ces comportements culinaires pour prendre cet exemple simple. La mondialisation a permis à des peuples qui n'avaient pas de pétrole d'en user alors qu'ils auraient peut-être trouvé d'autres formes de production énergétique pour leurs besoins de déplacement. Vouloir une monnaie mondiale c'est donc quelque part vouloir maintenir un système dont on sait qu'il n'est pas viable et qu'il gaspille l'énergie et les matières premières. La Chine a d'ailleurs considérablement accéléré le processus de déclin de ce modèle. Il n'y aura pas assez de matière première sur terre pour faire vivre les Chinois comme des Américains.

 

 

Le monde de demain sera au contraire un monde local, un monde beaucoup plus petit dans l'échange. Cette réalité sera subie si nous ne faisons rien pour prévenir cette évolution inéluctable. Mais nous pouvons l'anticiper en relocalisant les activités et en réduisant les besoins en déplacements des hommes, des biens et des matières premières. Il va falloir réapprendre à vivre avec ce que l'on a, que ce soit pour les matières premières ou pour les marchandises. Dans ce sens, ce n'est pas vers plus d'échanges mondiaux qu'il faut aller, mais vers plus d'échanges locaux. Plutôt que de faire d'immenses zones monétaires, il faudrait  au contraire les réduire. On voit ici le caractère totalement anachronique de l'euro et de sa conception. Il faut favoriser les consommations locales en matières en hommes et en biens. La fameuse démondialisation c'est cela, et c'est inévitable. Le débat sur une monnaie mondiale est donc en retard de deux générations. C'est un débat que l'on pouvait encore avoir en 1950, mais qui est complètement suranné maintenant. La vraie question d'aujourd'hui c'est comment mettre au point des systèmes économiques qui permettent de minimiser les gaspillages et non ne maximiser les échanges sur toute la planète. C'est très exactement ce que disait Keynes dans la phrase que j'ai cité même si dans son esprit il s'agissait surtout de défendre les politiques de plein emploi. Aujourd'hui, nous devons mettre en place des systèmes économiques et sociaux permettant l'adaptation des besoins aux conditions locales de production, le contraire de ce que l'on a fait depuis 50ans en fait.

 

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 19:03

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Tel est à peu près la démarche actuelle du gouvernement consistante à inscrire la limite des déficits publics dans la constitution française. Cette pratique, directement inspirée de l'URSS et de l'UE, qui sont les deux seules organisations à avoir historiquement inscrit un système économique dans une constitution, est la nouvelle trouvaille des néolibéraux français pour casser définitivement l'appareil d'état. En regardant la fiche de l'Assemblée nationale décrivant la proposition de loi, on s'aperçoit d'ailleurs que ce texte s'inspire directement des "réflexions" d'un de nos grands économistes attitrés monsieur Michel Camdessus, oui, le même que celui qui dirigeait autrefois le FMI. L'homme qui a coulé je ne sais combien de nations avec ses poisons qui étaient sensés les soigner. Le pire est peut-être que ce triste sire n'ait pas encore réalisé les crimes réels que furent les politiques qu'il appliqua avec constance. Jamais monsieur Camdessus ne s'est excusé pour les catastrophes qu'il a provoqué. Il faut croire que c'est une constance chez ces bureaucrates irresponsables. Il est probablement qu'un jour les humains comprennent que la plupart des drames historiques furent le fruit d'esprit enfermé dans des bureaux et coupé du reste du monde à l'image des directeurs du FMI.  En appliquant que des principes qu'ils croient rationnels et bon, leurs réflexions se détachent des conséquences pratiques des politiques qu'ils mènent.



Pour en revenir à la question de la mise en place d'une limite des déficits publics dans la constitution, on peut se poser la question de savoir ce qu'il serait arrivé si une telle chose avait été mise en place en France avant la crise de 2008. On imagine l'état incapable constitutionnellement de s'endetter, comme il ne peut plus émettre de monnaie publique, puisque celle-ci est émise par la BCE, l'état n'aurait rigoureusement rien pu faire pour sauver les banques. De ce fait, nous aurions eu une immense panique et des retraits d'argent dans tout le système bancaire français. L'effet domino aurait alors enclenché une crise similaire à celle de 29 aux USA. Un système économique fondé sur le crédit, mais qui ne produit plus de crédit et donc voit se réduire la masse monétaire à la seule quantité de billets encore en circulation. On aurait ainsi paralysé totalement l'économie du pays pour des raisons purement artificielles. Une crise par manque d'argent en circulation et non par manque de salariés, d'entreprises ou de matières premières. On peut donc dire que cette décision d'inscrire les déficits dans la constitution montre à quel point les élites françaises n'ont rien compris à la crise de 2008. En plus, elles en sont revenues à une compréhension de la monnaie telle que l'on pouvait l'avoir en 1900, c'est une véritable régression mentale. Ajoutons à cela que l'on ne peut pas en pratique décider d'une politique dans un texte de loi. Car par essence la politique doit s'adapter à une réalité changeante et difficilement prévisible. Inscrire des lois de contraintes économiques dans des textes constitutionnels ou des textes de loi, c'est donc faire preuve soit d'une arrogance invraisemblable face à la réalité, c'est probablement le cas de Camdessus qui est  plus un religieux dogmatique qu'autre chose, soit faire preuve d'une imbécilité à toute épreuve, ce qui est le probablement le cas de la plupart des ministres de notre gouvernement actuel.

 

Un procédé totalement antidémocratique

  

Mais plus grave encore que l'impraticabilité de ce genre de mesure, mesures qui seront d'ailleurs toujours dépassées par évènements, à l'image de ce qui s'est passé avec les critères de Maastriccht balayés par la crise, c'est le caractère totalement antidémocratique du principe. On voit là en pratique l'opposition latente entre libéralisme économique et libéralisme politique, l'un se fondant sur des mécanismes politiques de choix populaire populaire pour exercer un contrôle sur la société, l'autre se fondant sur une "naturalisation" des rapports sociaux. Par naturalisation, j'entends ici le fait de remplacer le choix de la population par des constructions intellectuelles fondées sur des théories et des calculs vus comme scientifiques.  Les libéraux économiques cherchent à neutraliser l'animal politique humain qui leur fait peur, parce qu'imprévisible. Pour y parvenir, ils installent des règles envisagées comme extérieures aux intérêts des différents groupes sociaux de la population. Cette mentalité que j'appellerai, naturaliste, est une constante chez les économistes libéraux, et leur attrait pour les sciences dures comme la physique ou les mathématiques provient généralement de cette envie de construire une société sans rapports sociaux, sans rapport de force, mais fondée uniquement sur une règlementation rationnelle.  L'exemple le plus frappant est leur obsession des monnaies stables ou des étalons monétaires stables, à l'image de l'or autrefois. Les libéraux ont toujours voulu construire un système économique dans lequel la monnaie est "neutre", sous-entendant par là qu'elle ne peut être manipulée par l'état ou par des groupes sociaux puissants de la société. Mais la réalité du monde contredit ces principes sur la quasi-totalité des présupposés libéraux, et bien souvent ces intentions finissent par produire les effets inverses de ceux recherchés.

 

    En premier lieu, vouloir organiser la société de façon rationnelle en l'enfermant  dans des contraintes comptables, c'est présupposer que l'on est capable de prévoir la totalité du futur de cette même société. C'est aussi être capable de produire une politique économique dont les effets seront exactement ceux que les présupposés libéraux prévoient. En clair pour gérer "scientifiquement" la société il faut déjà que les politiques que l'on mène, celle du libéralisme forcené en l'occurrence, aient une validité scientifique. Le problème c'est que ces politiques n'ont en réalité jamais fonctionné, ni fait leurs preuves où que ce soit. Le libéralisme économique a en réalité enfermé la "science économique" dans ce qui semble bien être une impasse tant il y a d'écart entre les buts recherchés et les résultats produits. Faut-il rappeler que l'on ne mesure la scientificité d'une théorie qu'en regard des mesures pratiques. C'est le principe même de l'esprit positif de ce bon vieux Auguste Comte, la recherche de la vérité par des mesures pratiques qui valident ou non la théorie. Le problème c'est que nos amis libéraux préfèrent généralement ignorer la réalité et penser qu'un raisonnement logique, en apparence, suffit à produire une thèse scientifique. Oubliant au passage que la scolastique religieuse était elle aussi logique et parfois très complexe dans ses raisonnements ce qui ne l'empêcha pas d'être complètement fausse. À l'image du système de Ptolémée  qui mettait la terre au centre du monde dans un système extrêmement complexe, mais qui s'écroula sous les coups d'un modèle beaucoup plus simple, mais collant mieux à la réalité  basée sur l'héliocentrisme de Copernic.  Le libéralisme se pense scientifique parce qu'il est basé sur des raisonnements qui sont logiques dans le cadre qu'il s'est lui-même donné. Mais la science ce n'est pas la logique toute seule, la science c'est la logique portée sous le regard infaillible de la réalité. Quiconque s'abstient de mesurer ses théories sur des mesures pratiques ne peut être qualifié de scientifique. Dès lors même si l'intention des libéraux est de mettre la science et la raison au cœur de la gestion des sociétés humaines, en dehors des passions et des luttes sociales. Force est de constater qu'avant même d'en arriver là, il leur faudrait d'abord avoir des pratiques qui soient réellement scientifiques. On en est loin.

 

Ensuite il n'est pas certain que la société humaine puisse être dirigée de façon totalement rationnelle, et cela même si nous avions les moyens théoriques et pratiques de la gérer de cette façon. Ce qui n'est absolument pas le cas. Fuir les conflits sociaux et les rapports de force c'est vouloir contraindre la société humaine à se comporter comme elle n'est pas. La démocratie a permis d'améliorer un peu la lutte des classes et des rapports de force, elle a civilisé les rapports les luttes sociales. Et même si c'est loin d'être parfait cela reste en pratique la seule méthode permettant à une société de changer de direction lorsqu'elle se trompe sans trop de heurts. À l'inverse les libéraux économiques qui conçoivent le rapport de force en lui même comme étant un drame cherchent à l'éliminer. Par le marché, par la monnaie et par diverses façons de détourner le pouvoir vers des sphères qu'ils pensent neutres comme la BCE en Europe. Le problème est que bien évidemment ces institutions, ces marchés, sont aussi fait d'hommes et de femmes et qu'ils répondent aux aussi aux règles des rapports de force. Le marché laissé à lui même est d'ailleurs la quintessence de la lutte sociale et du rapport de force, entre producteurs et distributeurs, entre patrons et salariés. Les mécanismes de contrôle mis en place par les économistes libéraux ne réduisent donc pas l'arbitraire dans la société, mais bien au contraire l'encourage en supprimant les seuls mécanismes qui avaient un peu permis de civiliser les sociétés humaines. Ces politiques économiques inscrites dans le marbre de la loi ne font que détruire un peu plus les derniers morceaux de la démocratie française en enlevant les derniers restes du pouvoir régalien de l'état.

 

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 22:29

 

  Alors que certains continuent à croire que la croissance finira par repartir toute seule, parce qu'à chaque crise, ces trente dernières années, il en a toujours été ainsi. Les chiffres de fond démontrent qu'au contraire toutes les conditions sont réunies pour que la croissance zéro s'installe durablement, que ce soit en France, en Europe ou aux USA. Dans le cas des USA c'est une nouveauté, du moins en apparence, mais le fait est que ce pays est entrainé dans les contradictions, qu'il a lui-même mises en place. Les politiques semi-keynésiennes que les USA pratiquent depuis Regan n'ont plus du tout d'effet en terme d'emploi ou de croissance, et les déficits commerciaux replongent sous les effets de la relance de la demande intérieure par l'endettement public. De plus l'on sait aujourd'hui que le dollar est dans une situation extrêmement dangereuse puisque même l'euro, avec ses tares congénitales et ses pays en faillite, attire plus les investisseurs que la monnaie américaine. On peut le dire, si l'euro ne vaut pas grand-chose, en réalité le dollar vaut certainement beaucoup moins. L'euro sert donc momentanément de monnaie réserve ce qui bien sûr aggrave les problèmes internes cette zone monétaire, en accroissant les difficultés commerciales des pays qui sont déjà en déficit commercial. En tuant le roi dollar, l'euro se suicide, c'est une sorte de drame familial interoccidental.

 

  Plus grave, la masse monétaire de la zone euro se porte mal, très mal. Elle est loin d'avoir rejoint un niveau compatible avec une croissance économique raisonnable. Comme vous pouvez le voir sur ce graphique ci-dessous, la masse monétaire de la zone euro est au même niveau de rythme de croissance qu'en 1995, une année pourtant noire en terme de croissance économique en Europe à cause des délires monétaires de l'époque. Or sans croissance de la masse monétaire, il ne peut pas y avoir de croissance économique. N'en déplaise aux anxieux de l'inflation, la masse monétaire doit toujours croitre si l'on veut de la croissance économique. Du moins tant que les besoins en terme d'emploi, de production, augmentent. Pour qu'une masse monétaire stagnante ne pose pas de problème, il faudrait qu'il n'y ait ni progrès technique, ni gains de productivité, ni augmentation de la population, etc.. Bref, une masse monétaire stagnante n'est viable que dans une société en stagnation totale ce qui n'est pas le cas même dans la vieillissante Europe. Vous pouvez donc jeter toute idée d'un étalon or. Pour une société comme la nôtre, c'est impraticable, à moins de faire des dévaluations régulières comme pendant l'application du système de Bretton Woods.

 

la-croissance-ne-reviendra-pas-en-occident.jpg

 

 

   On m'objectera que tout de même M3 semble se réanimer en Europe d'autant plus que si l'on regarde plus précisément l'évolution de la masse monétaire M1 est en train de fléchir avec la fin des multiples plans de soutien à la croissance en  Europe. Les politiques d'austérité vont se faire sentir sur la masse monétaire et même s'il semble que le crédit aux entreprises et aux particuliers redémarre, c'est loin d'être suffisant. En effet, comme on le voit M3 est trop faible pour que l'on assiste vraiment à un retour à la croissance économique. D'autant qu'il est probable que cette croissance soit surtout le fait de l'économie allemande. Il faudrait les chiffres de la masse monétaire en circulation dans chaque pays pour faire un vrai bilan. Les PIGS ont ainsi probablement une masse monétaire toujours en décroissance, alors que les excédents commerciaux permettent à d'autres de connaitre une masse croissante comme en Allemagne au détriment des nations déficitaires. Ce problème s'aggrave dans le cas de certains pays soumis au changement des politiques de subventions européennes qui favorisent désormais les nouveaux entrants. Une masse monétaire en stagnation sur toute la zone euro ne signifie pas qu'il est de notables différences locales. On retombe là sur le débat concernant l'euro et sa tare ultime celle de vouloir faire vivre des peuples très différents avec une seule monnaie pour tous.

 

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Cependant si l'évolution de la masse monétaire en circulation est un élément capital pour la croissance, l'augmentation de cette dernière ne produit pas forcement que des phénomènes bénéfiques. La hausse de la masse monétaire est un élément nécessaire, mais pas suffisant pour produire de la croissance économique et surtout un recul du chômage et une amélioration des comptes publics. Pour simplifier, disons que si la masse monétaire décroit, vous êtes sûr d'être dans une situation désastreuse et en récession, mais si la masse monétaire augmente il n'est pas certain que l'argent aille là où il est réellement efficace, là où il serait utile. La croissance n'est réalisée et n'est solide que si l'augmentation de la masse monétaire produit une augmentation de l'emploi , de la production, de la productivité du travail, une augmentation des salaires ou si elle permet la mise au point de nouvelles techniques améliorant réellement la société. Si la masse monétaire nouvellement créée ne nourrit que l'inflation des prix ou des bulles spéculatives, elle n'aura servi rigoureusement à rien, sauf à accroître les inégalités et potentiellement à détériorer la balance commerciale pour les pays consommant trop de produits importés.  D'ailleurs en regardant l'évolution de la masse monétaire depuis 81 comme sur le premier graphique, on s'aperçoit vite qu'elle a été à un bon niveau sur la période 1981-2009 sauf pendant le trou de 1995. La croissance de la zone euro ou l'équivalent, puisque bien évidemment la zone euro n'existe en pratique que depuis 1999, n'a pas été aussi régulière que l'évolution de la masse monétaire. Quand dans les années 70 l'augmentation de la masse monétaire alimentait les salaires et les investissements, elle produisait certes de l'inflation, mais aussi une forte amélioration du niveau de vie global. Or depuis le tournant libéral, la hausse de la masse monétaire nourrit surtout les bulles immobilières et spéculatives en tout genre.

 

  À vrai dire cette évolution de l'effet de l'augmentation de la masse monétaire était assez prévisible. En libéralisant les échanges commerciaux et en déréglant la finance, on a fait baisser l'intérêt qu'il y eût à financer l'investissement industriel dont le rendement, sur le plan financier, ne pouvait pas concurrencer les bulles spéculatives comme celle de l'immobilier ou des matières premières. Tout se passe comme si la finance, laissée à elle même, sans la tutelle de lois et des politiques publiques, préférait gagner hypothétiquement des milliards en jouant au loto, même si elle a peu de chance de gagner, plutôt que de gagner quelques euros sûrs en faisant un travail utile à la collectivité. Les capitaux visant l'industrie ont d'ailleurs favorisé les investissements dans les pays à bas salaire pour accroitre les rendements puisque les frontières qui rendaient non rentables de telles opérations avaient été supprimées en 1974 (fin de la préférence communautaire européenne). Les investissements qui sont restés en France et dans la zone euro se sont plutôt concentrés dans les secteurs spéculatifs  très intéressants à court terme.  Le phénomène le plus représentatif de ça étant les énormes investissements franco-allemands en Espagne ou en Grèce qui ne devait leur extraordinaire rentabilité à court terme qu'à une immense bulle spéculative.

 

Tout cet argent qui a servi à construire des immeubles en surnombre et des hôtels de luxe surdimensionnés n'a pas financé la recherche ou le développement utile dans les énergies alternatives par exemple. Le résultat c'est que ces capitaux ont été, ou seront, vaporisés, car ils ont été investis dans des choses qui n'ont en réalité aucune valeur. On achetait parce que les prix montaient et non parce que l'on avait besoin d'un logement ou d'un hôtel. C'est ceux qui expliquent que l'augmentation de la masse monétaire de ces dix dernières années ait produit la crise actuelle. Contrairement aux discours  des libertariens, qu'il est malheureusement fréquent d'entendre, ce n'est pas la hausse de la masse monétaire qu'il faut accuser en allant acheter de l'or pour l'enterrer dans son jardin. C'est le mauvais usage de cette masse monétaire qui est fautif. Or le mauvais usage de cette masse monétaire est directement imputable aux dogmes libéraux de la libéralisation dans tous les sens possibles. On a laissé faire le marché, comme le voulaient certains, mais on préfère aujourd'hui accuser les méchantes banques centrales d'avoir trop émis de monnaie, c'est plus commode. En Chine, la masse monétaire a augmenté beaucoup plus vite, mais manifestement l'argent a été mieux utilisé qu'en occident, mais c'est surement parce que la Chine est très libérale.

 

La France est dans un trou et ses "élites" finissent de l'enterrer 

 

  Pour ce qui est des perspectives de notre pays ce n'est guère reluisant les défaillances d'entreprises par exemple reste à un haut niveau. De plus lorsque l'on regarde les statistiques en détail, on voit bien que c'est le secteur industriel qui a le plus souffert. Et le graphique suivant montre que la reprise n'est pas encore là, les défaillances d'entreprises restant à un niveau élevé.

 

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  Plus grave encore les investissements directs sont toujours plus lourdement déficitaires. On a souvent vendu au français le fait que la France est l'une des plus grosses destinations au monde d'investissements directs, c'est vrai. Sauf que notre pays est aussi l'un des champions mondiaux des investissements directs à l'étranger. En réalité, sauf quelques années exceptionnelles, il y a toujours eu beaucoup plus de capitaux sortants qu'entrants en France. Or ce déficit de capitaux produit une diminution de la masse monétaire circulant dans le pays aggravant notre situation de manque de croissance chronique. Bien évidemment, cela s'ajoute aux autres formes de sortie de capitaux ainsi qu'au déficit commercial.

 

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La France n'a pas beaucoup de capitaux et les seuls qu'elles possèdent sont investis dans des choses inutiles comme l'immobilier. Pas besoin d'aller plus loin pour voir d'où vient la morosité française. Et si certains comme mon collègue Laurent Pinsolle essaient de se rassurer en se disant que l'on fait tout même des gosses, force est de constater que les Français ont tout à fait raison d'être pessimistes. Sans une réelle rupture avec les dogmes libéraux, il n'y a pas d'avenir en France. Le pays devrait devenir dans les années qui viennent, et si rein ne change, un pays d'émigration cela a d'ailleurs déjà commencé chez les mieux formés. À ce moment-là, la surnatalité française perdra largement de son intérêt, à l'image de ce qui se passe sur le continent africain.

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 19:50

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Tel est en substance les propositions de monsieur Oliver Blanchard qui estime que la meilleure façon d'améliorer la situation en Grèce et dans les PIGS est de baisser les salaires, c'est ce qu'il affirme dans ce texte. Ce n'est pas sans nous rappeler les propos de ce pauvre Jean Claude Trichet, qui il y a quelques mois, nous disait qu'augmenter les salaires serait la dernière bêtise à faire. C'est certain, grâce à ce genre de mesure la situation se redressera, une bonne purge, une saignée, un bon lavement, et la maladie disparaitra. Olivier Blanchard fait partie de cette organisation, le FMI, totalement discrédité ces vingt dernières années et dont les remèdes ont, à chaque fois, bien aggravé les situations des pays qui ont eu la mauvaise idée de les mettre en pratique. De l'Argentine, au Chili, en passant par la Russie ou les pays d'Asie du Sud Est en 1997, à chaque fois le FMI et ses "spécialistes" furent pris en défaut. Le prix Nobel d'économie pas vraiment révolutionnaire Joseph Stiglitz s'étonnait lui aussi de l'incroyable capacité de cette organisation à répéter inlassablement les mêmes erreurs sans jamais remettre ses dogmes en question. Comme dans le cas de la construction Européenne les superstructures bureaucratiques de type transnational, produisent des politiques dogmatiques incapables de changer de braqué une fois des erreurs commises. Elles sont à l'image de la pauvre bureaucratie de l'URSS incapable de s'adapter au réel.

 

Il est assez drôle d'ailleurs de voir des instances libérales par nature, et capitaliste produire exactement les mêmes blocages que leurs collègues communistes. On remarquera aussi que comme dans les instances de l'union européenne les Français fournissent le plus gros bataillon d'imbécile dogmatique et illuminé. À la BCE c'est Jean-Claude Trichet  au FMI c'est Blanchard, DSK , Lamy et hier Michel Camdessus, une belle brochette d'ultralibéraux à faire pâlir de jalousie la pauvre Margarette Thatcher. Soyons fiers, la France produit la plus grosse quantité de bureaucrates attachés à la haine des états et de la régulation étatiques, tout en étant payés aux frais des contribuables. En France, on a pas de pétrole, mais on a beaucoup d'économistes libéraux et c'est bien plus grave. Des types capables avec un cynisme incroyable d'organiser l'appauvrissement de peuples entier tout en se donnant l'image de types responsables et parfaitement rationnels alors qu'en fait ils sont juste fous alliés.

 

La baisse des salaires est-elle une solution? 

 

    Maintenant, analysons la proposition de monsieur Blanchard et voyons sur quoi elle s'appuie.  Le raisonnement est simple comme le calcul comptable d'un épicier, c'est à peu près le niveau des économistes du FMI et encore c'est probablement insultant pour nos amis épiciers. Les PIGS ont des déficits commerciaux et il faut régler le niveau de la balance des paiements de ces pays pour qu'ils n'aient plus besoin d'emprunter chaque année et qu'ils puissent même rembourser leurs emprunts. Jusque-là nous serons d'accord. Mais pour parvenir à régler cette question du déficit commercial, il y a deux solutions apparemment logiques à appliquer. La première est de réduire les importations, la deuxième est d'augmenter les exportations. On peut également combiner une hausse des exportations et une baisse parallèle des importations.  Jusque-là, je crois que l'ont pourrait mettre d'accord tout le monde, enfin sauf peut-être Paul Jorion qui nous trouverait certainement une solution que nul autre que lui ne pourrait comprendre.

 

  Maintenant c'est pour l'application de ces solutions et sur les méthodes à employer que nous allons nous disputer avec les libéraux. Ces deniers depuis trente ans qu'ils dominent en apparence la "science" économique, ont toujours délimité le champ des possibles pour les nations. Ils ont cadenassé les possibilités et les outils que les états sont théoriquement capables d'employés. La plupart des libéraux n'acceptent que trois solutions à la problématique des déséquilibres commerciaux, la baisse des salaires, la dévaluation et la hausse de la productivité. Comme en réalité, la hausse de la productivité n'est pas vraiment un outil pratique, un état ne peut pas décréter comme cela "Que la productivité augmente" pour que cela se concrétise en pratique, il n'y en fait que deux solutions praticables. En plus, il faut rappeler que la baisse des salaires ou la dévaluation agissent comme des mécanismes d'augmentation de la productivité d'un point de vue comptable vis-à-vis de l'étranger. Cependant dans le cas des PIGS et particulièrement de la Grèce, il vous sera évident de voir que la possibilité de dévaluation est interdite par l'appartenance actuelle de ces pays à la zone euro. Donc Olivier Blanchard dans son cadre d'analyse libéral ne pouvait qu'arriver à la conclusion qu'il fallait une baisse des salaires. Au sens des théories libérales, c'est la seule solution possible.

 

  Les libéraux ne se posent pas de question sur l'effet de la contraction de la demande, car pour eux l'offre et la demande sont toujours à l'équilibre, les blocages proviennent toujours de mécanismes extérieurs aux marchés. Des excès liés aux politiques menées par les états et à tout ce qui peut entraver le bon fonctionnement d'un marché toujours autorégulé. On les voit prôner la dérégulation sous tous les sens avec des mots comme réforme qui aujourd'hui est devenue un synonyme de dérèglementation. C'est comme cela qu'il faut comprendre cette phrase de monsieur Blanchard:"qu'ils réforment les secteurs protégés qui ont une faible productivité". Je me demande si monsieur Blanchard s'est déjà posé la question de connaître sa propre productivité avant de tenir de tels propos. Quand Olivier Blanchard propose de baisser les salaires, il se fiche de l'impact sur la demande et la croissance. Parce que pour lui cette question n'a pas lieu d'être, c'est tout le problème des libéraux que Keynes avait déjà longuement souligné à son époque. Déjà dans les années 30 le monde était plein d'Olivier Blanchard, prônant l'ascétisme et la contraction économique. Ce qui provoquait famines pénuries et misère pendant que les usines n'arrivaient pas à vendre leurs produits faute de clients en nombre suffisant. Mais il est vrai qu'à l'époque les clients étaient souvent sur place comme les producteurs. Ce qui n'est plus le cas de l'économie mondiale actuelle et cela rajoute énormément à notre malheur. Le client est en occident le producteur en Asie. Croire que l'on pourra rééquilibrer un tel système avec des purges salariales est simplement grotesque.

 

  Je reprendrai cependant l'argument que Keynes faisait en son temps sur ce type de proposition. Nous ne contrôlons pas les salaires distribués, en dehors de ceux de la fonction publique. Pour pouvoir baisser les salaires de façon uniforme à l'échelle de la société il faudrait une discipline de groupe que seul un état fasciste pourrait produire et encore. C'est étrange de voir des libéraux prôner des politiques que seuls des états non démocratiques puissent produire. Quoique, en fait, ce n'est guère étonnant pour qui a conscience l'opposition naturelle entre le libéralisme politique d'où provient l'idée démocratique et le libéralisme économique. J'en avais parlé dans ce texte. On comprend mieux pourquoi le FMI adore la Chine et pourquoi certains idéologues du néolibéralisme fricotaient avec la dictature chilienne. En fait, la baisse des salaires dans nos sociétés produirait rapidement des conflits sociaux et des blocages, les groupes les mieux organiser subiraient mois de baisse que les autres et les inégalités engendrées ne pourraient produire que des conflits de masse. De plus, la baisse des salaires serait anticipée par les producteurs qui réduiraient en conséquence leurs investissements ce qui nuirait à la sacro-sainte productivité et aggraverait la crise économique.

 

  On en conclut donc que la baisse des salaires n'est jamais une solution. À l'inverse l'inflation et la dévaluation oui, mais cela n'est possible que si la Grèce sort de l'euro. Il est probable que Blanchard ne daigne pas taper sur les copains qui ont participé la construction de ce machin monétaire donc il n'en parle pas. Maintenant si l'on sort du dogme libéral d'un seul coup le nombre de possibilités augmente fortement même dans le cadre de l'euro. La Grèce pourrait unilatéralement rompre avec le libre-échange cher à Olivier Blanchard. En taxant les importations, elle pourrait améliorer sa balance des paiements sans sortir de l'euro. Elle pourrait même viser d'autres états européens qui s'amusent à accumuler des tas d'excédents pour ensuite se laver les mains des conséquences sur leurs victimes qu'ils traitent comme étant irresponsable. Mais ce genre de solution va bien au-delà de ce qui est admissible pour la doxa libérale qui dirige le FMI. En effet, accepter le protectionnisme ce serait accepter que finalement les marchés se trompent et ne permettent pas une bonne régulation du commerce mondial. Et qu’en définitive la loi de l'offre et de la demande a ses limites, surtout lorsqu’'on la pratique avec des sociétés aussi disparates que celles qui peuplent notre planète.

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