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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 22:05

 

Les crises que traversent les sociétés d'occidents ne sont pas simplement le produit d'un contexte historique ou le fruit d'une évolution naturelle. Ce n'est pas la crise du pétrole , de l'énergie ou le changement soudain dans les processus techniques qui a produit la crise de l'occident. Mais le retour invraisemblable d'une idéologie qui avait pourtant été complètement abandonnée après guerre. Celle du libéralisme décomplexé du 19e siècle et dont les défenseurs actuels n'ont fait que reprendre les mythes. C'est en relisant Karl Polanyi et son célèbre livre « La grande transformation » que j'ai pris conscience du rôle extrêmement profond qu'a eu l'idée de marché autorégulé sur les économies du 19e. Le livre de Polanyi semble d'ailleurs aujourd'hui sorti véritablement d'un autre temps ,celui de l'après-guerre. Époque où plus personne ne croyait à la magie du marché qui régule la vie des gens.

 

Il faut rappeler tout de même que Polanyi est mort en 1964, il n' a donc pas connu le retour de cette idéologie absurde que l'on croyait pourtant enterrée avec le reste des croyances héritées du 19e siècle. Ce qui ressort du livre c'est une inversion véritable du cadre de la raison dont on a peine à imaginer qu'il fut tel que décrit par l'auteur. Si aujourd'hui l'on imagine fort mal que l'économie dans le cadre officiel puisse être rationnelle sans « les lois » du marché, à l'époque où Polanyi écrit son livre, il aurait paru incongru de penser cela. Car les dégâts du laissez-faire, la population en venait d'être largement victime. Partout, les états remettaient des barrières au commerce et aux capitaux. L'âge du 19 siècle était mort, non seulement par la faute des guerres, que le commerce n'a su empêcher contrairement aux affirmations prétentieuses que les libéraux ont pu avoir. Mais aussi et surtout parce que l'économie libérale avait produit de tels déséquilibres et catastrophes que nul ne pouvait plus s'en servir de référent intellectuel après guerre. En ces temps de retour du protectionnisme et du questionnement sur la globalisation il est à mon avis temps de rappeler que tout ce que nous vivons s'est en fait déjà produit. Les acteurs diffèrent, mais les contraintes sont les mêmes. Les idées libérales déstabilisent les nations jusqu'à produire de graves crises sociales et internationales . Il reste juste à espérer qu'il ne faudra pas en venir à une nouvelle guerre mondiale pour nous en sortir cette fois-ci.

 

L'étalon or, le marché et la dépolitisation de l'économie

 

Polanyi fait un constat assez original sur l'évolution historique internationale. L'on pense généralement que le 19e siècle fut le siècle de l'empire britannique. Celui où la France défaite laissera l'Empire anglais seul pour un siècle sur le trône de la domination mondiale. C'est effectivement vrai. Pour la première fois, une nation était assez puissante pour imposer en grande partie sa loi au reste du monde. L'industrialisation qui a permis en grande partie ce miracle fut l'autre changement auquel on pense quand on regarde le 19e siècle. Mais pour Polanyi si ces évolutions sont effectivement d'une grande importance, un autre phénomène passé en fait inaperçu fut le changement dans la civilisation . Un changement si important qu'il a affecté toute la sphère de la société.

 

Ce changement c'est ce que l'on pourrait appeler l'économicisme, une importance démesurée de la question économique. Pour la première fois dans l'histoire, le marché qui n'était qu'une petite partie de la vie en société s'est accaparé l'essentiel de l'activité humaine. Au point où tout a fini par s'y référer. Polanyi le rappelle dans son livre, le marché est une invention en réalité récente et le commerce n'a pour ainsi dire jamais joué un rôle vraiment primordial dans l'économie et l'organisation des peuples. Contrairement à une idée reçue dans l'histoire longue pour les grandes nations, le commerce était souvent très secondaire dans la source de revenus. L'organisation économique était souvent structurée de façon collective sans aucune forme de marché avec des prix qui fluctuent. Il s'agit là d'une vision de l'organisation sociale et économique qui nous vient essentiellement du 19e siècle et de son étalon or . Organisé toute la vie sociale autour de la fluctuation souvent aléatoire des prix des marchandises sur un marché d'échange aurait paru totalement stupide et incongru à la majorité des civilisations qui ont précédé la nôtre. Et les dogmes du 19e ont tellement imbibé les intellectuels que cette façon de penser a resurgi de sa tombe dès que les générations d'après-guerre ont commencé à donner le relais à leurs descendants. C'est probablement grâce à sa simplicité et à sa logique apparentes que le libéralisme tient son succès. La loi de l'offre et de la demande par exemple est simple à comprendre, le problème c'est qu'un peu comme la terre plate, c'est une théorie fausse. Ce qui est logique n'est pas nécessairement vrai, les physiciens en savent quelque chose.

 

Au 19e siècle s'est donc fait jour le rêve d'une société rationnelle, parce qu'organisée autour du marché. Si les premiers penseurs du libéralisme sont bien antérieurs au 19e, il a fallu du temps pour que les penseurs de cette école finissent par véritablement influencer la politique. Comme l'avait si bien dit Keynes, les hommes politiques vivent souvent en s'appuyant sur les penseurs et des idéologies qui sont nés bien avant eux. Il en a été de même pour la domination politique des libéraux comme des marxistes, leurs cousins utilitaristes et matérialistes. L'idée de marché autorégulé par les prix est donc au fondement en réalité de toute l'organisation qui va s'établir sous la férule et le bras armé de l'Empire britannique. La loi de l'offre et de la demande qui règle la vie du commerce devant devenir l'alpha et l’oméga de tout choix économique, il apparut très rapidement qu'il fallait inclure dans le marché toutes les formes de socialisation et d'activité humaine. De sorte que la marchandisation de la vie sous toutes ses formes n'est que le pur produit du marché et de l'organisation de la civilisation libérale.

 

L'on critique souvent de nos jours ce poids de l'économie sur la vie humaine, mais il ne s'agit là que de la conséquence d'une pensée qui croit que les marchés s'autorégulent parfaitement et qu'il est rationnel de faire des choix en fonction uniquement de l'évolution des prix du marché. C'est cette forme d'organisation de la vie sociale qui constitue la véritable rupture du 19e siècle et qui en fait une civilisation à part dans l'histoire humaine. Si l'on pense que le marché est rationnel, que la loi de l'offre et de la demande est logique et qu'elle est parfaitement rationnelle alors très rapidement l'on en vient à penser que tout doit s'y référer. Dès lors, la suppression des frontières et de toutes les formes de régulation collective en découle très logiquement. En fait, le libéralisme économique est un totalitarisme, soit il englobe toute la société, soit il n'existe pas. Les formes de libéralisme qui ont coexisté avec les états nations ne sont que des formes momentanées d'un libéralisme qui n'a pas encore atteint sa pleine capacité de nuisance.

 

Alors que nous avons vécu le retour de cet ordre social depuis quarante ans, nous sommes bien placés pour voir ce phénomène que l'on pense irréversible que l'on appelle suivant ses propres croyances le progrès, la dérégulation ou encore l'ouverture. Il y a cependant une différence importante entre la période du libéralisme triomphant du 19e et notre époque, il s'agit de l'ordre monétaire. Dans le cadre du 19e les états étaient soumis à l'ordre économique par le fait que la monnaie internationale était l'or. Si l'or avait l'énorme inconvénient d’empêcher l'accroissement régulier de la masse monétaire au rythme nécessaire pour des sociétés en développement. Il avait au moins l'avantage de ne pas dépendre d'une nation en particulier. Ainsi l'Empire Britannique n'a pas eu comme les USA le privilège d'acheter des marchandises au reste de la planète avec de la monnaie qui ne tenait qu'à eux d'émettre comme le disait De Gaulle à propos du Dollar. Il s'agit d'une différence assez significative entre le libéralisme actuel et celui du 19e.

 

Il y a cependant eu une conséquence tout à fait semblable au libéralisme économique à savoir la dépolitisation progressive des prises de décisions. Comme leurs prédécesseurs les politiciens du 21e siècle ne font que se référer à l'ordre du marché à ce qui peut leur permettre d'améliorer la part de marché leur société. Il ne s'agit plus de chercher ce qui est bon pour la population ou pour le pays, mais de savoir si ce que l'on fait est bon pour le marché qu'il soit commercial ou financier. Le marché étant devenu l'oracle parfait incapable de se tromper. Cette croyance est si forte de nos jours que même les crises extrêmement graves comme celle de 2007-2008 n'ont pas encore fait douter la majorité des décideurs d'occident. Et pourtant on devrait se poser la question, car les marchés ne sont pas rationnels, ils ne l'ont jamais été et ils n'ont aucune raison de l'être en fait. L'on sait depuis longtemps que les marchés sont plus proches du fonctionnement irrationnel des foules que d'un quelconque calcul approximativement scientifique.

 

L'UE et l'euro, les enfants terribles du 19e siècle

 

Alors si nous voyons ici le libéralisme dans son évolution historique, comment ne pas voir que l'UE et l'euro ne sont en fait que des résidus de la pensée du 19e siècle ? L'idée par exemple d'organiser toute la vie de la société autour du marché est le centre même de la constitution européenne, celle qui avait pourtant été rejetée par la majorité des Français en 2005. L'euro et sa volonté de stabilité monétaire permanente, sa chasse aux déficits ne sont que le résidu de l'étalon or hérité du 19e siècle. Une monnaie pour rentier et petit bourgeois si l'on veut. La grosse différence étant que l'étalon or s'appliquait partout alors que l'euro ne s'applique que dans la zone euro créant de graves distorsions entre les membres de la zone et l'extérieur. En définitive, l'UE et l'euro sont littéralement des projets d'un autre siècle, présentaient comme extraordinairement modernes.

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 21:58

 

Les choses ne s'améliorent pas sur le plan commercial en France. La venue de Macron au pouvoir et ses « réformes » n'ont eu aucun effet tangible sur le commerce extérieur comme on aurait pu s'en douter. Malgré une croissance atone depuis des années le déficit commercial ne se réduit pas. La légère amélioration qui s'est produite lors de la baisse de l'euro conjuguée à la baisse du prix des produits pétroliers n'avait pas suffi au pays pour revenir à l'équilibre, loin de là même. On notera tout de même une pointe d'optimisme puisque l'industrie automobile française va moins mal. Elle a eu tendance à se redresser depuis 2009 même si le pays connaît maintenant un déficit commercial permanent sur le secteur automobile alors qu'il s'agissait d'un des points forts du commerce français avant l'euro.

 

La région parisienne est toujours un gouffre pour la France

 

En 2018 le déficit commercial de la France avec les productions militaires incluse atteignait 59,9 milliards d'euros. Le déficit commercial de la seule région Ile-de-France atteignait à lui seul 51 milliards d'euros . Ce fait que j'avais relevé en 2017 sur le poids excessif de la région parisienne dans le déficit commercial français n'a pas vraiment changé. Il faut dire que les conditions économiques du pays n'ont guère évolué depuis. Le déficit commercial parisien représente donc 85 % du déficit commercial total du pays. On peut se rassurer en se disant que la situation s'est améliorée puisqu'en 2017 les chiffres montraient alors un déficit commercial régional supérieur à l'ensemble du déficit commercial du pays. Cependant, rappelons que la région parisienne pèse seulement un tiers du PIB national, pas 85 %. Ce déficit comme on l'avait vu s'explique en grande partie par le niveau des prix de l'immobilier qui entraîne mécaniquement une sur-spécialisation dans le secteur des services et des activités non directement productives. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur a le même problème, elle accumule près de 12 milliards de déficits cette année.

source http://lekiosque.finances.gouv.fr

Il n'en reste pas moins que la région parisienne loin d'être le moteur économique de la France est en réalité la grande victime de l'euro et de la surévaluation monétaire de ces vingt dernières années. Cela peut effectivement paraître étrange de dire cela alors que Paris concentre le gratin du pays et que le niveau de vie y est plus élevé qu'ailleurs . Mais ce niveau de vie est artificiel. Il est le produit de la bulle immobilière et de l'endettement extérieur global de la nation. Et cette dette extérieure commence à être grosse. En 2017 la dette extérieure française a dépassé les 20 % du PIB avec plus de 461,5 milliards d'euros. Tels les pays d’Amérique latine la France s'enfonce dans une spirale dont elle aura beaucoup de mal à se remettre tant qu'on ne redressera pas la balance des paiements. Redressement qui ne passe pas par les réformes structurelles idiotes, mais bien par des dévaluations et des mesures protectionnistes.

 

La gentrification qu'ont démontrée bon nombre d'auteur et de chercheur à l'image de Christophe Guilluy n'est pas seulement effet socialement désastreux. C'est surtout un non-sens économique qui entraîne en réalité des déséquilibres mortels pour la région et le pays. Loin d'être des centres d'activités productives, les grandes métropoles mondiales de Paris à Londres en passant par New York sont surtout des pôles de consommation complètement déconnectés des réalités économiques. Elles sont des trous noirs commerciaux que les nations supporteront de moins en moins bien. Car ces centres ne sont pas productifs sans quoi ils n'accumuleraient pas ces déficits. Ils sont avant tout des centres de commandes d'ancienne nation. Mais l'on peut se demander dès lors si en définitive les périphéries n’auraient pas quelque part intérêt à se débarrasser d'un centre devenu économiquement trop pesant. On aurait ici le scénario inverse de ce pauvre Gaspard Koenig. Une périphérie française se débarrassant d'un boulet parisien devenu trop encombrant.

 

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10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 21:57

Dans sa dernière revue, Natixis trouve que la France se désindustrialise . L'analyse est assez courte, mais recèle effectivement des données passablement inquiétantes pour la France même si au fond elles ne sont guère surprenantes. Le plus étonnant c'est plutôt l'incroyable silence de l'analyste de chez Natixis quant au rapport entre ce phénomène de désindustrialisation et l'euro. Parce que les graphiques donnés montrent largement le lien entre les deux, les déboires français commençant avec le dépassement de la monnaie unique du taux de 1,2 dollar pour un euro vers 2003 . L'on peut évidemment penser que les économistes officiels ainsi que les chercheurs du secteur savent parfaitement de quoi il retourne, les graphiques accumulés dans cette étude montrant un lien évident entre les deux. Mais l'idéologie dominante étant ce qu'elle est les économistes un tant soit peu honnêtes se retrouvent à camoufler plus ou moins adroitement ce lien. L'industrie française avait réussi à résister plus ou moins bien à trente ans d’imbécillité macroéconomiques entre le libre-échange, la liberté de circulation des capitaux, la financiarisation excessive du système bancaire, des dérégulations du marché sous toutes ses formes et le franc fort. L'euro aura finalement eu la peau de l'industrie de notre pays. Sa résilience fut tout de même étonnante, preuve que notre nation n'est pas si nul qu'on veut bien le faire croire. Je ne suis pas certain que l'industrie allemande ou japonaise aurait aussi bien résisté au politique mené par nos énarques idéologues du libéralisme.

 

L'une des données les plus importantes est effectivement la baisse de la production manufacturière comme nous pouvons le voir sur le graphique provenant de cette étude. L'industrie automobile française a été complètement démolie avec l'euro, c'est surtout elle qui a entraîné cette baisse globale de la production manufacturière. Mais le graphique de Natixis ne commence qu'en 1998 probablement pour ne pas trop faire remarquer l'énorme impact de l'euro sur l'évolution de la production industrielle française. L'autre graphique que je vous propose produit avec les données d'eurostat montre combien l'euro a fait diverger les évolutions des productions industrielles des pays de la zone euro. L'impact est ici évident à moins d'être d'une mauvaise foi absolue.

Evolution comparé de la production manufaturière

 

Le mythe de l'économie du savoir et de la startup nation.

 

Le plus curieux dans cette étude est finalement la conclusion. Ne pouvant explicitement accuser l'euro pour des questions évidentes l'auteur de la note va chercher dans l'éducation l'explication ultime de la désindustrialisation. C'est parce que les jeunes se détournent des sciences que le pays se désindustrialise. On a bien là un biais d'analyse typiquement libéral à savoir que l'évolution d'une société est le produit unique de l'action des individus qui la compose. L'ensemble de la société n'ayant pas d'influence sur ces derniers. Mais de la même manière que la désindustrialisation relative des USA a entraîné la baisse du nombre d'étudiants dans les filières scientifiques aux USA ne peut-on pas imaginer la même chose ici ? Pourquoi faire des études scientifiques dans un pays qui préfère importer ce qu'il consomme ? Les étudiants français s'adaptent simplement à la réalité du marché du travail et des besoins de la société. Quand une structure économique valorise les écoles de commerces, les footballeurs, les spéculateurs financiers et les baratineurs de salon pourquoi s'embarquer dans des études difficiles et finalement peu valoriser par la société?

C'est d'autant plus vrai que même les débouchés secondaires comme l'enseignement sont aujourd'hui largement dévalorisés, ne serait-ce que par la dégradation constante des conditions de travail et des faibles rémunérations du secteur. Les jeunes Français ne sont tout simplement pas masochistes. Combien de nos thésards et de nos postdoctorant sont obligés de s'expatrier pour trouver un travail dans leurs secteurs ? Combien d'ingénieurs et de techniciens la France a-t-elle produits pour les puissances étrangères ces vingt dernières années ? Il suffit de voir ce petit graphique sur le niveau scolaire des diplômés pour s'en rendre compte. Les jeunes le savent parfaitement, ils s'adaptent donc au marché ce qui bien évidemment va aggraver la situation du pays à long terme l'analyse Nataxis à raison sur ce point. On peut facilement passer d'ingénieur informaticien à banquier d'affaires, l'inverse est beaucoup moins vrai. Réindustrialiser le pays passera par un effort important sur la formation professionnelle le jour où nous aurons enfin une vraie politique macro-économique digne de ce nom.

 

 

Il y a un lien entre l'éducation et le fonctionnement d'une société . L'école n'est pas indépendante de la sphère économique. La dévalorisation du secteur industriel et de la production y compris la plus essentielle comme l'agriculture est allée de pair avec l'illusion de la société de service qui s'est répandue dans la société à la fin des trente glorieuses. Ce discours qui voyait la désindustrialisation comme la suite logique du « progrès » était une illusion d'optique provoquée par les délocalisations et non par les gains de productivité comme ce fut le cas justement des trente glorieuses. Si la part de l'industrie devait effectivement diminuer à cause des gains de productivité et de l'automatisation, ces gains ces quarante dernières années n'ont pas été aussi importants que ce que l'on a connu justement après guerre et durant la période fordiste.

 

La robotique actuelle peut impressionner au premier abord, mais le fait est qu'aucune nouvelle technologie actuelle ne peut se comparer aux gains de productivité qu'on produit la mise en place du travail à la chaîne des premiers temps. C'est d'ailleurs l'un des gros problèmes du capitalisme depuis les années 70, les gains de productivité sont en fait de plus en plus faibles. Et ce n'est pas le mirage de l'intelligence artificielle qui y changera quelque chose. L'idée que les robots et l'automatisation sont responsables du chômage est contredite par ce fait d'ailleurs. C'est bien après guerre que les gains de productivité ont été les plus forts et pourtant il y avait peu de chômage. À l'inverse l'on assiste à une poussée du chômage depuis le ralentissement des gains de productivité dès la fin des années 60. La fin du compromis keynésien a été produite par ce ralentissement que les capitalistes et les rentiers n'ont pas accepté.

 

La crise de l'éducation arrive donc dans une société qui sort d'une phase aiguë de désindustrialisation provoquée par de mauvais choix macro-économiques . Il ne faut pas inverser la cause et les conséquences comme le fait l'étude Natixis. En tous cas, cette évolution donne aussi un coup à la vision de la startup nation de ce pauvre Macron. En effet, non seulement la France forme de moins en moins de scientifiques, mais elle en embauche aussi de moins en moins. Il suffit de voir ci-dessous l'évolution de l'embauche dans le domaine de la recherche. Et l'affaiblissement de la recherche française ne passe pas seulement par la baisse des effectifs, mais aussi par les absurdités managériales qu'on y impose comme l'explique très bien le blogueur Cincinnatus dans ce texte. Les chercheurs passent de plus en plus de temps dans des activités administratives ne correspondant pas à leur métier de base faute de personnel pour l'effectuer. Et le problème n'est pas nouveau, je me souviens très bien d'un de mes profs de DEA en 2002 qui se plaignait déjà de cette évolution . Les thésards servaient d'ailleurs souvent de bouche-trou pour tout un tas d'activité secondaire par manque de personnel administratif.

 

 

On voit mal comment la France dans ces conditions pourrait devenir le champion de la technologie et de l'innovation cher à ces idéologues qui nous gouverne. Avant de vouloir à nouveau être une nation scientifique, il va sérieusement falloir revoir notre politique macroéconomique et donc revoir la question du libre-échange et de la monnaie. Il va falloir également expliquer aux Français qu'on ne peut pas être une société de consommation sans avoir d'industrie parce que le reste du monde ne va pas accepter indéfiniment l'accroissement de notre dette extérieur.

 

 

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 15:51

 

La campagne pour les Européennes commence enfin . Nous avons même eu droit à une incroyable aventure juridique en ce début de campagne puisque France 2 a été obligée par un tribunal administratif à inviter les trublions anti-européens que sont le mouvement des patriotes et l'UPR. Les grands démocrates que sont les petits journalistes parisiens se sont même offusqués de l'obligation qui leur a été faite par la justice alléguant qu'ils n'avaient de compte à rendre à personne sur la question de la pluralité des opinions politiques sur leur chaîne. Affirmation totalement infondée et grotesque comme l'a rappelé le blog Vu du Droit et à fortiori sur le service public. Les journalistes ont le devoir de garantir la pluralité d'opinion. Mais il est vrai que le monologue eurolibéral qui s'est imposé depuis la fin des années 90 a pu faire oublier ce léger point de détail aux défenseurs de la démocratie et de la liberté d'expression à géométrie variable.

 

 

Quoi qu'il en soit et même si au fond cette élection n'a pas d'importance en elle même, le parlement européen n'ayant aucun réel pouvoir c'est la commission qui dirige (et l'Allemagne derrière), l'on ne peut que se réjouir de la possibilité de débattre du fond. Si du moins l'on peut encore espérer que le fond puisse surgir par hasard au milieu des litanies libérales dans ce qu'on appelle le débat public en France. Cette élection en elle même est inutile, mais il est évident qu'avec la dégringolade de la Macronie et le phénomène des Gilets jaunes cette première élection depuis le coup d'État électoral bourgeois de 2017 revête une importance relative particulière. Les médias verront sûrement à tort ou à raison cette élection européenne comme un soutien ou non à la politique néolibérale d'Emmanuel Macron. Et c'est au milieu de cette situation que l'on voit poindre de drôle de phénomènes politiques.

 

Car l'élection de Macron n'a pas seulement été une surprise bien qu'elle ait été souhaitée par cynisme sur ce blog. Cette élection a complètement déstabilisé le système politique français jadis bloqué sur la fonction d’essuie-glace droite-gauche visant à camoufler le compromis libéral entre les classes moyennes aisées et des ultra-riches. Pendant près de quarante ans, le libéralisme en France a dirigé en cachette la France en se camouflant derrière les fausses oppositions du RPR de l'UDF et du PS. C'est ce camouflage que Macron, en fusionnant la gauche libérale et la droite patronale, a détruit avec son élection, et c'est pour cela que je me suis réjoui personnellement de son élection. Il a clarifié la situation. Alors évidemment si le camp libéral est aujourd'hui encore au pouvoir il n'en demeure pas moins qu'il a perdu énormément de poids par rapport à son niveau de domination qui a culminé avec la réélection de Chirac en 2002. Macron est, en quelque sorte, le domino qui entraîne avec une lui une suite d’événements qui débloquent petit à petit la société française qui était engluée dans le libéralisme honteux des années 1974-2017. Désormais, les libéraux vont devoir assumer l'échec de leurs politiques au lieu d'en accuser le collectivisme ou le marxisme imaginaire de la société française. L'effet secondaire du macronisme est l'on va assister de plus en plus à l'apparition de bizarrerie idéologique. Les notions floues de droite gauche devenant de moins en moins lisible.

 

Le protectionnisme européen et ses contradictions

 

C'est dans ce contexte d'étrangeté que réapparait un concept qui avait été un temps le cheval de bataille d'Emmanuel Todd au début des années 2000 avec le protectionnisme européen. Le protectionnisme européen ce fut même la question du dernier texte du blogueur Malakine en 2011 qui relatait alors le débat entre Henri Guaino et Emmanuel Todd. C'est dire si la question du protectionnisme a déjà été longuement débattue du moins chez les penseurs alternatifs au système dominant. Mais c'est aujourd'hui le résidu du parti socialiste sortant de sa torpeur libérale qui semble redécouvrir le protectionnisme. Alors le PS parle d'un protectionnisme vert parce que ça fait mieux. Un protectionnisme qui défend les travailleurs français et européens ce n'est pas intéressant pour les bourgeois, il faut surtout qu'il protège la planète. On peut voir ici l'effet fétichisation des idées dont j'ai parlé récemment, l'écologie devenant un totem qui permet de justifier tout et n'importe quoi et même l'eugénisme chez certains fous. Mais bon, passons ce détail. Ainsi donc monsieur Raphaël Glucksmann fils du philosophe du même nom devenu tête de liste pour le PS aux Européennes nous ressort donc de la naphtaline le protectionnisme européen . C'est gentil de sa part, mais l'idée a malheureusement dépassé la date limite de consommation, et ce pour plusieurs raisons.

1- La crise de l'euro est aujourd'hui au cœur du problème macro-économique français et européen. Il ne s'agit plus seulement d'un problème de commerce les taux d'intérêt divergent suivant que vous êtes Italien français ou allemand. En un sens, l'euro est déjà mort.

 

2-Le principe du protectionnisme européen présuppose un fonctionnement relativement homogène de l'UE. En d'autres termes, cela aurait du sens si les pays au sein de la zone avaient un commerce équilibré et un fonctionnement convergeant sur le plan de la croissance du PIB, de l'inflation, des taxes, etc. Bref cela va de pair avec la notion de zone monétaire optimale. Cela pouvait s'imaginer encore en 2002-2003 à une époque où les pays européens avaient encore des économies semblables. Mais les 20 années de monnaie unique ont cassé cette convergence et fait diverger les nations européennes. Certaines comme l'Allemagne accumulent des excédents pendant que d'autres accumulent des déficits. L'Allemagne est une nation industrielle, la France ne l'est plus vraiment. Paradoxalement l'euro a rendu caduc le protectionnisme européen montrant bien qu'il fallait faire le protectionnisme européen avant l'euro en fait si l'on voulait que cela fonctionne à peu près. Et encore aurait-il fallu une contrainte pour obliger les membres de la zone à ne pas déséquilibrer leur commerce avec leur voisin et à faire des politiques mercantilistes au détriment des autres membres comme le fait l'Allemagne depuis vingt ans maintenant.

 

L'euro divergence n'est plus à démontrer, c'est un fait.

 

3-Le protectionnisme européen ne peut pas être adopté sans l'unanimité des nations membres. Quel politicien sérieux pourrait affirmer que l'Allemagne, les Pays-Bas ou l'Autriche auraient intérêt à l'heure actuelle à ce protectionnisme ? Ces pays ont déjà des excédents. Pourquoi voudraient-ils d'un protectionnisme qui pourrait les mettre en conflit avec les USA, la Chine ou d'autres pays avec lesquels ils commercent à leur avantage? Dans ce domaine comme dans d'autres, le seul dénominateur commun des Européens s'avère être le laissez-faire. Le protectionnisme nécessite une véritable structure politique légitime et forte que l'UE n'a pas et n'aura jamais . Elle reste plus une institution flasque digne du Saint-Empire germanique qu'une nation moderne. Il est donc absurde de croire que ce soit politique faisable si tant est que ce soit souhaitable dans les conditions actuelles.

 

4-Le protectionnisme Européen avec l'euro et la structure de l'UE actuelle poserait d'énormes problèmes au reste du monde. En effet comme nous l'avons vu certains pays de la zone accumulent des excédents commerciaux. C'est le cas bien évidemment de l'Allemagne, mais ces excédents concernent non seulement d'autres membres de la zone euro, mais aussi des pays extérieurs. En cas de protectionnisme européen si des pays déficitaires comme la France ou l'Italie ne faisaient que rééquilibrer leurs échanges. Les pays excédentaires auraient une accentuation de leurs excédants, déjà énormes, causant ainsi inéluctablement des réactions probablement violentes et justifier dans d'autres zones économiques en premier lieu aux USA. Ces derniers menacent déjà l'UE de taxation essentiellement à cause de l'excédent protubérant allemand d'ailleurs.

 

 

Alors j'ai critiqué ici cette approche du protectionnisme européen auquel je n'ai personnellement jamais vraiment cru. Mais cette simple évocation de la part d'un représentant du PS montre que la structure politique française change. Cela me désole d'un côté de voir resurgir cette impasse intellectuelle, mais de l'autre cela me rassure en montrant qu'enfin les choses commencent à bouger doucement . J'espère simplement qu'il ne faudra pas encore vingt ans pour qu'on se rende enfin à l'évidence que seul l'échelle nationale peu permettre une réelle action dans ce domaine et que les structures comme l'UE sont essentiellement des structures paralysantes à l'action politique.

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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 22:53

Parler de la Grande-Bretagne en cette période de lutte pour la liberté des peuples à disposer d'eux même est assez difficile. La violence du pouvoir Macroniste et les incroyables atteintes au principe même de la démocratie en France et au sein de l'Union européenne nous font paraître le pays de sa gracieuse majesté comme un pilier de la défense des valeurs démocratiques. Mieux avec le Brexit la Grande-Bretagne est presque devenue en Europe le petit village d'Asterix défendant à cœur et à cris les principes les plus essentiels de la civilisation européenne de ces 200 dernières années l'autodétermination des peuples et le respect de l'indépendance nationale. Il est tout à fait normal les principaux opposants à l'UE et à l'euro cherchent dans les donnés britanniques des preuves que ces institutions ne sont ni nécessaires ni aussi utiles qu'elles le prétendent. Mieux les défenseurs de la fin de l'UE et de l'euro vont souvent trop loin en présentant la Grande-Bretagne comme une nation performante et enviable tout cela grâce à sa non-présence dans la zone euro, et à sa presque sortie de l'UE.

 

Mais comme toujours la réalité est assez différente. L'on exagère à la fois le poids de l'appartenance à l'UE sur l'économie anglaise et l'importance qu'aura la sortie de l'UE sur l'économie anglaise. Il est tout de fois normale qu'un pays aussi malade que la France lorgne avec envie vers l’Angleterre. Que ce soit au niveau de la croissance ou du taux de chômage ou même des inégalités la France est maintenant derrière la perfide Albion .

 

La situation économique britannique

 

En France de plus en plus l'information économique se réduit progressivement à quelques paramètres. L'on nous présente ainsi certains pays comme dynamique avec des taux de croissance nettement plus forts qu'en France ou des taux de chômage nettement plus bas. Mais en réalité la vision de l'économie d'un pays ne peut être à peu près correcte que si elle inclut un ensemble de données plus large . Ainsi la Grande-Bretagne affiche un taux de chômage nettement plus faible que la France, mais est-ce suffisant pour en conclure que la Grande-Bretagne va beaucoup mieux ? Pas vraiment . L'Espagne et la Grèce ont longtemps fait figure de champion de la croissance jusqu'à ce que la réalité de leur dynamisme apparaisse au grand jour. Il en va de même de la Turquie par exemple qui est aujourd'hui rattrapée par la réalité et son déficit extérieur monstrueux. En réalité, la France et la Grande-Bretagne ne diffèrent guère sur le plan macro-économique, et ce malgré l'euro sur la période 2002-2012 ce qui n'est pas vraiment flatteur pour les Anglais. C'est essentiellement depuis 2012 que l'on assiste à un écart constant entre la croissance anglaise et la croissance française en faveur des Anglais. L'écart entre la croissance française et britannique diminue sur la période 2014-2017 qui correspond comme par hasard au fléchissement de l'euro de 20 % par rapport au dollar entre 2013 et 2014 et qui avait permis la légère amélioration économique en France et en Europe sur cette période.

 

Cependant si les écarts de taux de change expliquent en grande partie les écarts de croissance il ne faut pas oublier que la Grande-Bretagne accumule maintenant de gros déficits commerciaux extérieurs. La Grande-Bretagne même si elle n'est pas dans l'euro a quand même un déficit commercial équivalent à celui de la France. Alors c'est un déficit commercial qui est accompagné d'une hausse du PIB plus importante entre 2012 et 2017, mais c'est tout de même préoccupant quand à durabilité à long terme de ce régime de croissance. Tout comme dans le cas des USA la Grande-Bretagne a une croissance alimentée par l'importation et les déséquilibres . Plus grave lorsque l'on regarde qui sont les principaux partenaires économiques de la Grande-Bretagne l'on retrouve les USA comme principal acheteur déficitaire ainsi que l’Irlande en second. Les principaux pays avec lesquels la GB est en déficit étant la Chine, et l'Allemagne. De ce fait ce qui permet en partie à la GB de compenser ses déficits extérieurs avec la zone euro et la Chine ce sont ses excédents avec les USA . De sorte que la situation britannique est amplement liée à la situation américaine. Or comme je l'ai dit et comme on le verra dans une prochaine analyse économique rien n'est moins viable que la croissance américaine actuelle qui est repartie comme à l'époque de Bush sur les envolées d'endettement publiques et privées.

 

Balance commercial de la GB (source https://www.gov.uk)

 

Que deviendra donc la balance commerciale britannique quand la demande intérieure américaine se retournera et que les Usa rééquilibreront volontairement ou non leur balance commerciale ? Quid des effets d'un éventuel protectionnisme américain vis-à-vis des Anglais ? Hypothèse qui n'a rien de farfelu en soi, les nations n'ont pas d'ami, elles n'ont que des intérêts. Il n'y a pas lieu de penser que les USA ne veuille pas rééquilibrer leur commerce avec la Grande-Bretagne après tout même le Canada est touché par les changements de politiques à Washington. En ce sens, la question de la sortie ou non de l'UE n'est donc pas si importante que ça. La Grande-Bretagne reste un pays néolibéral pratiquant avec conviction l'idéologie dominant l'économie mondiale depuis les années 70. L'accumulation de contradiction produite par cette idéologie qui conduit certains pays à accumuler des excédents pendant que d'autres accumulent des dettes n'est toujours pas discutée en Angleterre. Même les défenseurs du Brexit anglais sont pour la plupart de farouches partisans des dérégulations macroéconomiques à commencer par le plus célèbre d'entre eux Nigel Farage. Dès lors que l'Angleterre sort ou pas de l'UE n'a guère d'influence sur les politiques économiques britannique.

 

Le plus surprenant par contre lorsque l'on regarde les données comparatives entre la France et la Grande-Bretagne c'est maintenant les inégalités sont semblables dans les deux pays. En Effet si l'on se fit à l'indicateur du coefficient de Gini donné par la banque mondiale la France a rattrapé la Grande-Bretagne sur le plan des inégalités de revenu. Il s'agit en réalité d'un croisement qui s'est opéré sur la décennie 2006-2016. Le coefficient de Gini a diminué en GB alors qu'il a clairement augmenté en France. Rappelons que plus ce coefficient est bas, moins il y a d'inégalité, et vice-versa. Il s'agit là d'un des effets les plus défavorables de l'euro sur l'économie française.

Coefficient de Gini comparé entre la GB et la France (source Banque mondiale)

Les effets du Brexit

 

Comme nous l'avons vu, l'économie anglaise dépend pour ses importations de la zone euro et de la Chine principalement. La Norvège elle joue évidemment un grand rôle pour des questions énergétiques. L'Union européenne à 27 représentait tout de même 43,5 % des exportations britanniques en 2015. Il est donc évident qu'il y aura un effet s'il n'y a aucun accord commercial entre les différents partis. Cependant l'UE est lourdement excédentaire avec la GB. Comme nous le voyons sur le graphique suivant qui compare la balance commerciale entre la GB et les pays de l'UE ou ceux qui sont en dehors de l'UE. Ainsi en 2018 la Grande-Bretagne avait un excédent de 37,4 milliards de livres sterling contre un déficit de 61,4 milliards avec l'UE.

Liste des pays où la GB est excédentaire
Liste des pays où la GB est déficitaire

On peut donc se poser la question fatale. En cas de fermeture commerciale brutale qui est le gagnant qui est le perdant. Celui qui a des déficits commerciaux ou celui qui a des excédents ? Et bien sans vouloir faire une réponse de normand « ça dépend ». Tout dépend des facteurs de production potentiels locaux, des possibilités de substitution par importation et de la réactivité du pays en question ainsi que des politiques menées. Les Anglais sont des ultralibéraux, leur première réaction va donc être de vouloir substituer leurs importations européennes par d'autres provenances. Mais l'Angleterre est une île et les substitutions rapides ne sont pas si simples que ça ni forcément si rentables. Ce que l'on peut dire c'est que les premiers bénéficiaires de la rupture entre la Grande-Bretagne et l'UE vont être les pays les plus proches de la Grande-Bretagne n'appartenant pas à l'UE. Les Suisses vont probablement bénéficier de la situation tout comme les Norvégiens. La Russie voire même les pays du Maghreb pourraient en tirer profit. Les gros perdants seront la France, l'Allemagne et l'Italie avec une baisse de la demande de leurs produits alors même que leur demande intérieure est atone. La Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud profiteront eux aussi de l'amoindrissement de leurs concurrents européens. Mais la Grande-Bretagne pourrait aussi voir une élévation de sa production nationale avec évidement comme effet secondaire possible une remontée de l'inflation au grand dam de la City. Une situation qui serait favorable aux travailleurs anglais, mais beaucoup moins aux rentiers du coin ce qui explique d'ailleurs très largement la haine du Brexit chez les riches et les classes supérieurs britannique. Il n'est pas exclu non plus que le pays connaisse une très forte inflation dans le pire des cas. Il ne s'agit pas là de soutenir l'abandon du Brexit, mais de bien voir qu'en réalité personne ne maîtrise totalement la question. La Grande-Bretagne est un pays qui est grandement désindustrialisé, reconstruire une industrie prend du temps . Des changements trop brutaux engendrent potentiellement des effets d’emballement, voire d’effondrement monétaire. C'est peu probable, mais pas totalement exclu. Le plus probable sera certainement la substitution massive d'importation malheureusement pour les producteurs locaux.

 

 

Bien évidemment tout dépendra globalement de la réaction en Europe. La Grande-Bretagne ne deviendra pas protectionniste avec le Brexit et c'est bien dommage pour sa population d'ailleurs. Les réactions hystériques sur le Brexit sont globalement absurdes. Il est même probable que l'on assiste à des changements quasiment négligeables. Il est par contre indéniable que cette sortie aura un effet psychologique réel sur les membres de l'UE car pour la première fois cette construction perdra un membre et pas des moindres en taille. C'est donc surtout sur le plan de la communication et de la propagande que le Brexit se passe bien plus que les seules questions économiques. La situation économique anglaise nous rappelle d'ailleurs que la sortie de l'euro ne saurait en aucun cas à elle seule résoudre les problèmes français. Le modèle anglais est tout aussi déséquilibré que le nôtre bien que ces derniers aient conservé leur monnaie. Ils vont juste un peu moins mal.

 

 

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 18:37

 

 

 

Comme nous venons d'élire un digne représentant du néolibéralisme européiste décomplexé et qu'il nous prépare avec son tuteur allemand un régime grec pour la France. Il me semblait opportun de faire un bilan sur la situation de ce pauvre pays coincé entre une extrême gauche préférant l’absence de frontière à la solidarité nationale et une construction européenne obsédées par la pratique de concepts économiques aussi erronés que néfastes. Les Grecques ne sont évidemment pas innocentes dans cette affaire, après tout ils ont élu leurs bourreaux tout comme les Français ont élu Macron. Mais même en faisant cette remarque cela ne signifie pas pour autant que cette responsabilité nous dédouane de toute analyse sérieuse. En effet, bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques. Le simple fait que même le FN veuille abandonner la question de la sortie de l'euro montre toute l'incompréhension de ces questions y compris chez les principaux partis de l'anti-système. Certes, les questions économiques peuvent sembler abstraites ou trop éloignées des préoccupations immédiates.

 

L'économie est pourtant à la politique, ce que la logistique est à la stratégie militaire. La logistique n'est pas le cœur de l'action militaire, mais elle la rend possible en pratique. Combien d'armées puissantes sont-elles tombées par la faute d'une mauvaise logistique ? Il en va de même pour les questions économiques et monétaires. Elles ne sont pas le but réel de l'action que doit mener une politique alternative, mais elles sont le moyen par lequel s'exerce cette politique. Même de Gaulle faisait de l'économie non pas par intéressement particulier sur cette question, mais bien parce qu'il avait compris tout l’intérêt de la maîtrise de ces questions dans l'intérêt général de la France. Quand de Gaulle dévalue le franc de près de 30 % en deux fois en 1958 c'était pour résoudre les questions de déséquilibre commercial français. Et il a bien fait puisque la croissance s'est améliorée tout comme la situation du commerce et de l'emploi. Entre la rente et le travail productif, le général de Gaulle choisit alors le travail productif. Nous vivons encore sur les restes de ces politiques affreusement étatistes et interventionnistes.

 

La Grèce ne fait plus de politique économique

 

La nation grecque est un exemple particulièrement parlant des effets d'une absence de liberté monétaire et économique pour un pays. Voilà une nation qui a vendu son indépendance nationale pour pouvoir faire partie de la zone euro . Les gouvernements de « gauche » qui dirige ce pays depuis la crise n'ont pas cessé de préférer l'euro à la lutte contre le chômage et la pauvreté. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la suppression de l'indépendance monétaire est en soi une politique. Ce n'est pas quelque chose de neutre, mais un choix va mécaniquement imposer une certaine répartition des richesses au sein d'un pays. Le grand ennemi de la rente c'est l'inflation et son corolaire la baisse du rendement des actions et des intérêts. Cette peur fondamentale de l'inflation qui a été érigée en pilier de la bonne gouvernance économique n'est pas le fruit du hasard. C'est la contre-réaction du capital et de la finance qui était naturellement rongée dans les années 70 par la baisse concomitante des gains de productivité et le ralentissement de la croissance démographique. Il leur a fallu faire peur sur la question de l'inflation pour défendre en réalité leurs intérêts.

 

Or comme l'a très bien démontré Keynes, l'inflation n'est pas du tout cette horreur que décrivent les libéraux. C'est au contraire le remède naturel qui se produit lorsque la richesse est trop concentrée. L'inflation fluidifie l'économie, elle ronge les rentes sous toutes leurs formes. Elle contrebalance la fameuse formule des taux d'intérêt composé qui tend naturellement à concentrer toutes les richesses entre quelques mains. Rappelons qu'il n'y a pas besoin de faire de marxisme pour comprendre la nature dangereuse du capitalisme. Les mathématiques suffisent puisque la formule des taux d'intérêt composé est une progression géométrique . L'utilité de l'inflation est de plus particulièrement vraie dans des pays où la gestion du personnel travailleur est difficile, là où les négociations sont mal organisées et la vie sociale relativement brutale. S'il est difficile de négocier avec ses salariés, l'inflation vient faciliter la tâche. En effet, imaginons qu'un producteur de bien ait besoin de faire baisser le prix de sa production alors qu'il vit dans un pays où la négociation salariale est difficile. Que peut-il faire ? Si les prix stagnent, c'est-à-dire si l'inflation est faible, il est coincé. Il devra se battre avec ses salariés pour obtenir généralement au mieux le statu quo. Par contre s'il y a de l'inflation, c'est-à-dire si les prix généraux sur le marché augmentent il peut essayer de moins augmenter ses prix que ses concurrents. Si l'inflation est de 5 % par an, mais que ses coûts salariaux ne sont finalement augmentés que de 2,5 %, il va pouvoir faire une baisse relative de 2,5 % par rapport au prix moyen du marché. Et cela sans avoir à demander une baisse des salaires ou même une simple stagnation. De fait, l'inflation facilite la gestion des ressources humaines et la flexibilité des entreprises.

 

Vous voyez ici la source de la différence fondamentale entre un pays comme l'Allemagne par exemple et la Grèce ou dans une moindre mesure la France. La Grèce comme la plupart des pays du sud à besoin d'inflation pour que son corps social fonctionne correctement sans quoi la société se bloque et les rentes s'accumulent encore plus vite. La compétitivité s'essouffle et l'économie périclite. La gestion à l'allemande est inconcevable dans ce type de société, il était dès lors complètement absurde de donner la même monnaie à la Grèce et à l'Allemagne. Ajoutons à cela que les contraintes géopolitiques et les risques militaires obligent ce pays à maintenir des budgets de défense pour sa propre survie ce qui rajoute à l'incompatibilité avec la gestion à l'allemande de l'économie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En regardant le taux d'inflation de l'économie grecque précédant la monnaie unique l'on voit que ce pays avait un taux naturel d'inflation très élevé. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir que l'euro a eu des effets extrêmement mauvais pour l'emploi et la croissance dans ce pays. Mais pour les élites du pays, c'était certainement un objectif. La dépression n'est pas le résultat du hasard, mais l'effet voulu par les décisionnaires. On remarque d'ailleurs que depuis 2014 la Grèce est maintenant en déflation, la vie rêvée du rentier qui voit le coût de la production baisser pendant que ses actions et sa rente immobilière rapportent des intérêts positifs.

 

 

 

 

 

 

 

Comme on peut le voir sur le graphique précédent, le chômage en Grèce atteint des niveaux dramatiques . C'est d'autant plus grave que la population diminue comme en Espagne, les jeunes fuient un pays qui est pourtant extrêmement vieillissant. L'amélioration relative depuis 2014 tient aussi à la baisse de l'euro qui comme je l'ai signalé dans un texte récent donne un petit souffle aux pays du sud y compris à la France. Le taux de change est maintenant de 1,1$ pour un euro ce qui rend les produits grecs moins chers et permet aussi une reprise du tourisme.

 

 

 

 

 

 

Sous l'effet conjugué de la baisse de l'euro et des politiques de contrition salariale, la balance commerciale du pays s'est améliorée . Ces politiques ont encore fonctionné comme en Italie et en Espagne en attendant la France. Cette amélioration s'est faite surtout par la réduction de la demande intérieure comme dans les autres pays latins. Si l'on regarde les importations et les exportations, la situation est très nette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le niveau actuel des importations et des exportations a rejoint en valeur le niveau de 1999 il y a 18 ans de cela. La Grèce a perdu près de vingt ans de développement. Mais grâce à sa monnaie surévaluation, les rentiers locaux ont la belle vie. Encore une fois, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise politique, il y a juste des choix qui sont faits et qui vont dans tel ou tel intérêt. Clairement, le choix de la Grèce est un choix de rentier comme en France. Peu importe que le pays soit plus pauvre, plus inégalitaire et globalement moins vivable tant que les intérêts de ceux qui dirigent sont gagnants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ce graphique on voit l'évolution du taux de croissance économique. Je me suis amusé à comparer avec la petite Islande qui n'a pas suivi les conseils du FMI et qui n'est pas dans l'euro. Non seulement elle a redémarré plus vite et plus fortement que la Grèce ou le Portugal, mais en plus chez elle les inégalités ont reculé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme vous pouvez le voir ici, la vraie rupture entre les pays qui ont une politique monétaire propre, et ceux qui ont la monnaie unique, c'est que le taux de pauvreté n'a augmenté que chez les seconds. C'est-à-dire que là où la variable d'ajustement se fait sur la monnaie et la dévaluation, la pauvreté recule. Lorsque l'on ne peut pas dévaluer et faire augmenter l'inflation, la pauvreté et le chômage augmentent. C'est très visible avec le graphique ci-dessous concernant la croissance du taux salarial horaire. On voit très bien la baisse des salaires en Grèce. Or comme on l'a vue, la Grèce n'a pas de meilleur résultat que l'Islande par exemple, c'est même l'inverse. L'Islande n'a pas baissé ses salaires, mais sa monnaie. Les effets ont été plus fort sur la reprise et en plus il n'y a pas eu d'augmentation des inégalités contrairement à la Grèce. C'est donc bien un choix entre deux solutions, l'une favorable au travail, aux salariés, l'autre favorable à la rente et à la finance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'économie grecque n'est pas en bonne santé. Le pays connaît un appauvrissement majeur pour une partie croissante de sa population, tout ça pour éviter l'inflation et la dévaluation. Il ne s'agit pas de savoir ici s'il s'agit d'une bonne politique ou pas, mais bien de montrer quels intérêts se cachent derrière la façade la bonne gouvernance et de la gestion libérale. L'UE et l'euro sont les outils idéologiques et pratiques qui permettent la mise en oeuvre de ces politiques. C'est bien parce que la gauche pseudo-alternative aime l'euro qu’elle se permet de faire boire ce cocktail empoisonné mélangeant politique de l'offre et rigueur salariale suicidaire. La Grèce pourrait sortir de l'euro et dévaluer. Elle pourrait mettre en place une politique de réindustrialisation, un protectionnisme, etc.. Mais pour cela encore faut-il rompre avec la religion européenne. En attendant la Grèce meure à petit feu, elle fait de moins en moins d'enfants et fait partir sa jeunesse ou la paupérise. Leurs ancêtres se sont-ils battus pendant des siècles contre l'Empire ottoman pour mourir à nouveau tel Byzance en étant absorbé cette fois par un empire barbare peuplé de tyrans en costumes trois pièces? Jean Claude Juncker sera-t-il le Mehmet II de la Grèce moderne ? Dois-je rappeler le rôle néfaste des Occidentaux dans la chute de l'Empire byzantin avec la quatrième croisade.

*Les graphiques bleus proviennent de l'OCDE. Si vous les trouvez trop petits, vous pouvez les agrandir en cliquant sur le bouton droit de la souris puis en appuyant sur "Afficher l'image".

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 19:42

Cette élection a marqué les esprits de plusieurs manières. Elle a tout d'abord confirmé une dérive qui date maintenant d'une vingtaine d'années de dislocation territoriale. Comme l'a analysé Christophe Guilluy, il existe maintenant une opposition entre la France périphérique et la France des centres-ville. Cette coupure n'est pas uniquement liée à la crise en tant que telle. Mais aussi, et surtout à la flambée délirante des prix de l'immobilier de ces deux dernières décennies. Le phénomène est simple à expliquer la simple hausse du prix de l'immobilier et des loyers chassent la population la moins fortunée des villes. Un coup d’œil à ce graphique provenant du huffingtonpost montre l'absurdité de prix en France et la décorrélation qui a eu lieu entre l'évolution des salaires et celle des prix de l'immobilier. C'est d'autant plus vrai que l'on constate que contrairement à la situation américaine, qui s'est relativement assainie, la France se maintient à faire payer beaucoup trop cher les logements par rapport aux revenus disponibles. La bulle spéculative des années 2000-2006 n'a pas été corrigée en France. Il s'agit là d'un facteur essentiel à la déstructuration territoriale du pays. Car le phénomène de séparation spatiale était beaucoup moins marqué dans les années 80-90, période pourtant elle aussi touché par le chômage de masse et la surévaluation monétaire.

 

 

Il y a donc deux crises qui cumulent leurs effets pour donner la situation présente. D'un côté, la crise de l'emploi et de la désindustrialisation liée au libre-échange et à l'euro. De l'autre une crise du logement liée très clairement à une surévaluation des biens immobiliers et des loyers. Les deux crises ne sont pas tout à fait indépendantes l'une de l'autre. Ne faisons pas l'erreur classique des raisonnements en robinsonnade libérale. Les loyers et le prix de l'immobilier ont une influence sur la viabilité d'un revenu. Il est évident qu'une entreprise qui paye ses salariés à un niveau insuffisant pour leur permettre de se loger va avoir des difficultés à recruter des employés. De sorte que les entreprises sont généralement contraintes d'appliquer des salaires plus élevés là où les prix d'habitation sont plus forts. Ainsi la région parisienne a des salaires plus élevés que le reste du pays parce que les loyers et le coût de la vie en général y sont aussi plus élevés. Il y a une question ici de savoir ce qui différencie la cause de l'effet. L'obsession des néolibéraux et de la gauche bourgeoise pour les travailleurs détachés tient d'ailleurs en partie à cette contrainte qui les enquiquine. Pour pouvoir payer moins cher des salariés qui sont rares dans leurs quartiers à haut prix du mètre carré, ils veulent maintenant importer des populations qui seront moins regardantes sur la qualité d'habitation qui leur est offerte. La disparition du petit peuple de paris a en effet créé un trou dans le remplissage du besoin pour réaliser les basses besognes des cadres à haut revenu. Pour combler ce trou, on importe du lointain de nouveau travailleur. Paradoxalement cette méthode aggrave les déséquilibres en nourrissant artificiellement le prix de l'immobilier. Parce que finalement, il faut bien les parquer quelque part les nouveaux venus.

 

Une région lourdement déficitaire

 

Cette coupure entre centre-ville et périphérie n'est pas la seule finalement que l'on peut observer. Il y a une coupure beaucoup plus dangereuse et qui s'est traduite notamment par surreprésentation du vote Macron dans la capitale française. La vision générale qu'ont les élites du pays est que la France est en quelque sorte à la remorque de la capitale française. C'est très exactement le même type de réaction que l'on a pu observer lors du Brexit avec des personnages aussi caricaturaux qu'approximatifs comme monsieur Gaspard Koenig. Un personnage qui a évidemment appelé à voter Macron, et qui se demandait ouvertement, au lendemain du Brexit, si Londres ne devait pas devenir indépendante. De la même manière voit-on le pape de l'industrie mensongère du marketing alias monsieur Jacques Seguela nous dire que c'est à la France des villes (des cadres sup) de diriger le pays. Il y a là un suprématisme qui ne souffre plus d'aucune espèce de décence ou de retenue. L'élection de Macron a fini par libérer la parole des aristocrates des temps modernes. Le problème de ce type de raisonnement particulièrement dans le cas de la région parisienne c'est qu'ils sont fondés sur une croyance plus que sur la raison. Ce qui est normal pour un suprématisme, me direz-vous.

 

*source : http://lekiosque.finances.gouv.fr

 

Première remarque et non des moindres, la région parisienne est lourdement déficitaire sur le plan commercial. Je sais que cela étonnera beaucoup de monde et c'est pourtant un fait avéré. En 2016 la région parisienne a eu un déficit commercial de près de 54 milliards d'euros. Pour vous donner un ordre de grandeur, le déficit commercial de la France en 2016 était de 48,1 milliards d'euros. Oui vous avez bien lu, le déficit commercial de la région parisienne est supérieur au déficit commercial de la France dans son ensemble. C'est à se demander qui porte qui sur ses épaules n'est-ce pas ? De fait le syndrome de supériorité des élites parisiennes est loin d'être fondée. Non, la France ne vit pas grâce à la région parisienne, et non, elle n'est pas la région dynamique que certains dépeignent. Et pour cause s'il y a bien un endroit caractérisé par un immobilier au prix délirant c'est bien Paris et sa région. De fait, la surélévation du coût local de l'immobilier entraîne une désindustrialisation locale. Une délocalisation des activités productives qui peuvent aller dans d'autres pays, mais aussi ailleurs en France. D'ailleurs l'autre grande région française très déficitaire est elle aussi un lieu de haut niveau de prix pour l'immobilier à savoir la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui affiche un déficit d'environ 10 milliards d'euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De fait, les activités qui se développent majoritairement dans ces régions sont des activités à haut revenu, mais non productives sur le plan commercial. Or je dois le rappeler à minima, ce sont ces activités productives qui font le niveau de vie du pays. L'agriculture et la production industrielle sont des deux piliers qui fondent l'économie d'une nation, car un pays ne peut pas vivre en achetant indéfiniment des produits étrangers sans rien produire et vendre en retour. Les services ne sont pas inutiles bien évidemment, mais ils doivent être proportionnés aux capacités industrielles du pays. Du reste, les échanges dans le domaine des services sont largement inférieurs en volume aux échanges des biens et des marchandises. Il est difficile de couvrir un lourd déficit commercial avec des services sauf si vous êtes un petit pays parasite fiscal à l'image du Luxembourg. Même la Grande-Bretagne championne de la finance a aujourd'hui du mal à joindre les deux bouts sans son pétrole de la mer du nord qui s'épuise et pourtant les Anglais ont la chance de ne pas souffrir de l'euro eux. La spécialisation de l'espace français n'explique pas de tels déséquilibres, et il faut le rappeler, pendant longtemps la région parisienne était exportatrice et représentait une partie importante de la base industrielle du pays. Cette carte rend tout à fait grotesques les raisonnements de monsieur Gaspard Koenig puisque l'on voit bien que la région parisienne aurait beaucoup de mal à vivre sans le reste du pays. L'autre apprentissage de la carte c'est que l'on retrouve l'intuition toddienne puisque l'on voit bien que les régions excédentaires ont un lien avec les familles souches du même type que celles qui sont en Allemagne. Le découpage administratif des régions actuelles cache cependant la clarté du comparatif avec les structures familiales de l'analyse toddienne.

 

Les crises de l'immobilier et de l’eurolibéralisme sont concomitantes et produisent une fracturation non seulement entre ville et périphérie, mais aussi entre région. Le cœur intellectuel et social de la France qu'est la région parisienne se retrouve dans une situation de dépendance à cause de l'idéologie qu'elle-même fait subir au reste du pays. Sa richesse illusoire fondée sur des rentes immobilières et financières lui permet d'accepter un modèle économique qu'elle devrait pourtant rejeter puisque sa substance économique réelle est progressivement détruite. C'est véritablement paradoxal de voir la région la plus lourdement déficitaire qui est une grande victime de l'euro et du libre-échange, se faire pourtant l'avocat la plus acharnée de ce système. Ce paradoxe tient à la bulle immobilière et aux rentes financières qui permettent à la région parisienne de continuer à fonctionner. Il y a cependant fort à parier que la nécessite du rééquilibrage de la balance commerciale frappera d'abord la région parisienne. Parce qu'elle est aujourd'hui le cœur improductif du pays. Si la France doit faire des économies pour sauver le soldat euro c'est avant tout dans cette région que les efforts seront portés. Les effets des politiques de contrition de la demande intérieure produiront une flambée du chômage essentiellement partout en France. Mais c'est certainement la capitale qui subira cette fois les effets palpables de l'eurolibéralisme. La baffe libérale dans la tête des Parisiens sera peut-être le meilleur moyen pour leur faire prendre conscience de la réalité et de l'inanité du projet européiste. La capitale française ne peut pas durablement vivre en dehors de son propre pays et des conséquences de ses propres décisions. Elle a voulu Macron qu'elle en subisse les conséquences, elle redeviendra peut-être ensuite une capitale digne de nom quand elle aura remis en cause ses dogmes.

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 15:43

Puisque les candidats à l'élection présidentielle ne semblent pas très au courant de la situation réelle du pays. Je crois qu'il est d'intérêt public de faire quelques mesures pratiques. En effet, comment ne pas être surpris de voir un président catastrophique nous sortir l'idée qu'il a un bon bilan ? Ou voir son ancien ministre de l'économie nous sortir l'énormité d'une baisse du chômage qui serait concomitante à l'entrée dans la zone euro. Il faut bien le dire, ce n'est pas la première fois que les politiques font semblant de ne pas voir la réalité. Qui se souvient encore aujourd'hui de la cagnotte Jospin ? À l'époque les socialistes tout fiers de la baisse du chômage et de l’amélioration des comptes sociaux s'étaient empressés d'y attacher le mérite de leur politique. Ainsi ont-ils pris au sérieux l'idée que les 35h avaient fait baisser le chômage. Hypothèse aussi ridicule que démontré par la suite des évènements. La poussée du chômage après Jospin sans remise en cause des trente-cinq heures fut démonstrative. Cela aurait de la pousse les socialistes à réfléchir à la question, il n'en a rien été. La vérité c'est que c'est essentiellement la dévaluation du franc qui a permis la reprise à partir de 1997 comme vous pouvez le voir ci-dessous. C'est l'évolution du taux de change de l'euro par rapport au dollar.

 

 

En fait la corrélation entre la situation commerciale et économique française et l'évolution du taux de change est tellement évidente qu'il faut sérieusement se demander comment nos politiques peuvent être à ce point aveugle. La légère amélioration de la situation commerciale pendant la fin de l'actuel mandat tient aussi au fait que l'euro s'est dévalué depuis fin 2014. C'est d'ailleurs étrange de voir tous les défenseurs de la zone euro s’esbroufer sur la sortie de la zone à cause du risque de dévaluation alors même que la monnaie que nous utilisons s'est déjà dévaluée d'environ 20 % . C'est le grand mystère des sophistes du petit écran qui changent leur étalon de mesure dès que cela les arrange. On se souvient du drame de l'effondrement du rouble qui devait conduire au désastre la Russie alors même que le Japon avait fait une dévaluation nettement plus fortement seulement quelque mois avant. Et cela sans que cela ne chagrine non plus les médias mainstream. On ne saurait mieux démontrer le caractère hautement relatif des « économistes » institutionnels de la télévision et des médias français.

 

Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus (source), il y a une forte corrélation entre l'évolution du taux de change et l'évolution de la balance commerciale ici représentée par le taux de couverture entre les exportations et les importations. Il y a un léger décalage dans le temps parce que les effets des évolutions monétaires sur le commerce ne sont pas instantanés. L'amélioration commerciale sous Hollande tient essentiellement à la double dévaluation . La première est celle de 2008-2012 qui voit le taux de change passer de 1,6 € pour un dollar à 1,3. Puis une deuxième plongée qui se situe fin 2014 et qui fait passer le taux de change de 1,3 à 1,1€ par dollar. On est revenu à la limite qui permet à l'économie française de souffler un peu. Mais la situation risque de ne pas durer, car fondamentalement la zone euro est une zone fortement excédentaire. C'est d'autant plus vrai qu'à cause des politiques d'austérité en Espagne et en Italie ces pays sont devenus excédentaires. En 2015 par exemple le figaro nous dit que la zone a eu un excédent record de 246 milliards d'euros. Il n'y a donc aucune raison pour que l'euro reste indéfiniment avec une monnaie sous-évaluée. Le répit ne durera pas bien longtemps avant que la zone retrouve des niveaux à 1,3€/$ ou plus. LA zone euro est d'ailleurs avec la Chine le gros point noir de l'économie mondiale. Les USA commencent à remettre en cause les traités de libre-échange avec le Canada et le Mexique, mais l'autre gros morceau pour eux c'est l'Allemagne et ses satellites.

 

Pendant ce temps la France continue d'accumuler des dettes pour nourrir sa croissance. Ici l'effet de l'euro est encore plus net puisque l'on voit bien la rupture avec l'entrée de la France dans la monnaie unique. La croissance économique de la période Sarkozy fut bien une bulle alimentée par l'endettement massif. (source)

 

 

Si le gouvernement peut faire illusion en racontant n'importe quoi sur la croissance. Il est par contre très difficile de nier que la croissance de la dette n'est pas liée à l'euro. Non seulement la France a une croissance globalement plus faible qu'avant l'euro, mais en plus cette croissance s'est traduite par une forte augmentation d'endettement. Le plus drôle c'est que la population française a augmenté plus vite pendant la période 2002-2012 que pendant la décennie qui a précédé. En effet entre 1992 et 2002 la population active française avait augmenté de 1,7 million de personnes. Entre 2002 et 2012, la population active a augmenté de 3 millions de personnes. C'est-à-dire que malgré l'accroissement deux fois plus rapide de la population active la France a connu une croissance du PIB plus faible. Et c'est normal puisque la qualité des emplois s'est fortement dégradée. Et dans une période de stagnation économique « plus y a de fous, moins y a de riz » comme disait Coluche. La France crée des emplois à faible revenu dans les services nourris par la dette. C'est une société d'aristocrates entourés nouveaux domestiques .

 

 

Le taux de chômage du graphique précédent ne concerne que les catégories A. On sait que le gouvernement Hollande a fait beaucoup d'effort pour camoufler le taux de chômage réel en les planquant dans d'autres catégories. Contrairement à ce qu'affirme Macron le taux de chômage a baissé avant la mise en œuvre de l'euro. Cela coïncidence avec la période de dévaluation que nous avons vue précédemment. Par la suite si le taux de chômage semble stagner, il y a un changement dans la création d'emplois. C'est une période qui voit l'industrie automobile française disparaître et se multiplier les emplois dans l'immobilier et le coaching. Car il faut bien préciser que la crise que nous traversons n'est pas qu'une crise quantitative d'emploi, c'est aussi et surtout une crise qualitative. En un sens, la croissance française est maintenant comme celle des USA nourrie uniquement par l'accroissement de la population . La croissance par tête et donc la hausse véritable du niveau de vie sont très faibles, si elle n'est pas négative pour une bonne part de la population. En effet nous savons que cette maigre croissance du PIB se concentre essentiellement sur les 10% d'en haut qui pompent à eux seuls 50 % de la croissance annuelle.

 

 

Au-delà de la question du chômage c'est la notion même de civilisation qui est en question. Est-ce qu'une société de petit seigneur entouré de serviteur est quelque chose que l'on peut vouloir pour la France du 21e siècle ? Une société où les grandes décisions seront prises ailleurs en Allemagne ou à Bruxelles. Une société ou les différences entre riches et pauvres deviendront si grandes que l'on pourra parler dans quelques années de races différentes comme il y avait une différence physique entre le noble d'autrefois et le cul-terreux qui vivait de son lopin de terre. Cette société est-elle viable ? Peut-être. Est-elle vivable, c'est autrement plus discutable. Il est en tout cas certain que la démocratie bourgeoise aura de plus en plus de mal à maintenir l'illusion de politique agissant dans l'intérêt général. Les chiffres sont catégoriques, ce n'est pas le cas. Le dernier fusible présentable qu'est monsieur Macron sera le dernier maillon de la chaîne. Après lui soit il y aura une rupture réelle qui nécessitera une sortie de l'UE et de l'euro, soit une rupture ouverte avec la démocratie. Étant donné l'évolution du comportement de nos classes dirigeantes, ce n'est plus inimaginable.

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 17:43

 

Alors que la campagne présidentielle devient de plus en plus pestilentielle et de moins en moins rationnelle grâce à l'éclairage obscurantiste des médias mainstream. Les difficultés inhérentes de la construction européenne continuent de s'accumuler. Pour ceux qui se poseraient quelques questions sur le programme de monsieur Macron, sachez que ce dernier a déjà été appliqué avec rigueur dans d'autres nations européennes. Car le programme économique de monsieur Macron n'est pas le sien à proprement parler, mais la résultante des contraintes produit par la monnaie unique et le libre-échange. Il faut le dire et le répéter pour ceux qui ne le comprennent pas, il n'y a pas de choix au sein de l'UE et de l'euro. Il n'y a pas de choix parce que le choix d'une autre politique est contraint par la structure même de la zone euro et de l'UE. On peut bien comme beaucoup, et même comme monsieur Macron dire que l'on veut une autre Europe. La réalité pratique est que la contrainte produite par la fixité monétaire avec nos principaux partenaires commerciaux nous oblige à dégrader l'emploi plutôt que la valeur de la monnaie. Et ce n'est pas le fruit du hasard puisque le but réel de la construction européen a toujours été la déconstruction des politiques sociale par la mise en concurrence libre et « complètement faussée » des différents systèmes sociaux composant l'UE.

 

L'Italie et l'Espagne détruisent ce qui reste de leur jeunesse pour sauver l'euro, leurs rentiers et la croissance allemande.

 

Les pays du sud de l'Europe sont littéralement en train de devenir des caricatures du célèbre mythe de Cronos. La structure de la zone euro empêche en pratique toute forme de dévaluation monétaire. Elle ne laisse comme seule possibilité d'adaptation que la compression salariale et le taux de chômage. Je ne parlerais même pas du libre-échange qui est la source de la souffrance profonde des sociétés occidentales depuis trente ans. D'autres pays comme les USA ou la GB, bien que ne faisant pas partie de la zone euro souffrent aussi du libre-échange. Il est cependant assez clair que l'euro a fortement aggravé la situation européenne en empêchant la seule mécanique de régulation commerciale qui reste dans un système de libre-échange à savoir la fluctuation monétaire. Certains s'échinent à penser que l'euro a mis fin à la guerre des monnaies pour le plus grand bien de tous. Il s'agit là d'une escroquerie intellectuelle puisque les dévaluations compétitives ont été remplacées simplement par les dépréciations salariales compétitives. Une guerre salariale qui a d'abord été déclenchée par l'Allemagne paye qui manifeste une agressivité commerciale dont il faudra bien un jour que les Européens comprennent qu'il s'agit d'une politique mercantiliste. C'est d'ailleurs ce que rappelle très justement Jean Claude Werrebrouck dans son dernier texte à propos de l'Allemagne et de l'euro. L'Allemagne a aujourd'hui le plus gros excédent commercial de la planète. Et cette situation ne pourra pas durer éternellement tant elle met en danger les pays déficitaires.

 

On pourrait même dire que la guerre économique est la continuation de la violence passée sous d'autres formes. Puisqu'il n'est plus possible physiquement et moralement d'annexer un pays par la guerre, pourquoi ne pas le faire par l'économie ? Nos chantres du plus jamais ça, et de l'antifascisme compulsif, devraient alors se regarder sous un autre jour. Ils ne sont finalement que les défenseurs d'un nouveau Reich prenant une forme économique. Un nouveau Reich dont la violence n'a d'égale que l'aveuglement des classes sociales françaises dominantes. Les couches sociales supérieures françaises actuelles sont finalement tout aussi collabo que leurs ancêtres en 1940. Pour en revenir à nos amis italiens et espagnols, quelques chiffres bruts. La politique de l'offre pratiquée par les gouvernements de ces pays semble conforter les milieux européistes puisqu’effectivement les balances commerciales italiennes et espagnoles ont retrouvé des couleurs. Ces pays sont devenus excédentaires, mais il faut bien comprendre que ces excédents ne sont pas le fruit d'une réelle dynamique économique propre à ces pays.

 

 

C'est essentiellement la contraction de leur demande intérieure qui a permis ce redressement. Et cette contraction de la demande intérieure a produit une très forte hausse du chômage dans des pays qui sont pourtant tout aussi vieillissants que l'Allemagne. Le taux de fécondité en Italie est de 1,39 enfant par femmes exactement le même qu'en Allemagne, il est encore plus bas en Espagne avec 1,27 enfant par femme. Malgré ces démographies les remèdes libéraux de la politique de l'offre ont réussi l'exploit de faire exploser le chômage local qui atteint 12 % en Italie et 18 % en Espagne. On relativisera ces chiffres en prenant en compte qu'il s'agit des taux officiels. On sait d'expérience que ces chiffres sont souvent sujets à discussion. Il y a quand même quelque chose d’extraordinaire de voir que le continent le plus vieux du monde est aussi celui où le taux de chômage des jeunes est le plus élevé. Dans un pays comme le Japon où la natalité est aussi faible qu'en Italie. Vous avez un rapport entre salarié et employeur totalement différent avec 1,45 offre d'emploi par demandeur d'emploi. Un rêve pour le jeune français ou italien moyen. Mais le Japon a sa propre monnaie et n'a pas décidé de jeter à la poubelle son industrie pour tout importer d'Allemagne ou d'Europe de l'Est.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On rajoutera dans le cas de l'Espagne que la baisse du chômage doit aussi beaucoup à l'émigration. Car oui l'Espagne est redevenue un pays d'émigration. En 2013 par exemple, le solde était de -251531 habitants au pays de Cervantès. Le solde migratoire est fortement négatif depuis 2010. De quoi largement relativiser les chiffres du chômage et probablement réjouir l'Allemagne « Arbeit macht frei » . Qui n'existe plus ne peut plus consommer ni être au chômage. L’Espagne a donc trouvé la solution libérale absolue au chômage, faire disparaître physiquement ses gueux. L'Allemagne se frotte déjà les mains de l'application de ce même type de remèdes en France, une main-d’œuvre qualifiée lui tend les bras. On comprend un peu mieux sous cet angle l'engouement pour Macron des élites allemandes. Est-ce que c'est l'intérêt de la France d'appliquer ce genre de remède? C’est à vous de voir. Mais comprenez bien qu'il s'agit d'une fuite en avant. Ce n'est en aucun cas viable à long terme.

 

 

Cependant il faut bien voir que lorsque la France prendra le même type de direction que les pays du sud. À savoir une politique de contraction de la demande intérieure par diverses méthodes, on peut faire confiance au nouveau président pour y arriver. Les excédents commerciaux italiens et espagnols vont fortement se contracter. Car une part importante de ces excédents se font avec la France. L'on verra alors probablement quelques hurluberlus prôner un nouveau tour de vis dans les pays du sud lorsqu'à nouveau la balance se creusera. Nous voyons bien ici que la logique des dévaluations compétitives a juste changé d'apparence. Cependant, il y a bien une distinction à faire sur ce plan. Les dévaluations touchent à égalité toutes les catégories de la population d'un pays. Lorsque votre pays dévalue, toutes les importations coûtent plus cher. C'est la grande hantise des classes sociales dominantes. À l'inverse les politiques de déflation salariale touchent les populations les plus pauvres en premier. C'est un point extrêmement important que Keynes notait déjà dans les années 30. Si les classes sociales dominantes préfèrent les baisses de salaires, et la destruction de la demande intérieure, c'est bien parce qu'elles en sont généralement protégées. Là où l'inflation est égalitaire, la déflation salariale est fondamentalement inégalitaire. L'euro c'est bien surtout si c'est les pauvres qui en payent les pots cassés.

 

L'euro est un outil de suicide collectif

 

Le pire dans tout cela c'est que cette souffrance n'a pas les effets que l'on croit généralement. Tout d'abord il faut le répéter, la croissance européenne est plus faible avec l'euro. Il suffit de regarder la croissance des pays non membres de la zone pour voir que la dynamique économique est moindre en zone euro. Si l'euro semble effectivement en apparence favoriser l'Allemagne. Et il est vrai que l'Allemagne affiche d'énormes excédents commerciaux, pour ce qui est de la croissance économique c'est beaucoup plus discutable. Car si l'euro a permis à l'Allemagne de réaliser son fantasme de domination commercial, la croissance du PIB germanique n'est guère foudroyante. Elle est globalement plus faible qu'avant la mise en place de l'euro, elle est aussi caractérisée par une plus forte instabilité. Il y a fort à parier que la souffrance de ses voisins n'arrange guère en faite la dynamique allemande sur le long terme. C'est plus un jeu de perdant perdant, il y a un caractère fortement sadique dans cette situation. Les Allemands donnent l'impression de vouloir dominer, pas de vouloir être prospère. Ensuite le principal problème de l'Allemagne n'est pas économique, mais démographique. Il s'agit là d'un problème que ce pays refuse d'aborder. L'euro et l'accumulation des excédents commerciaux sont en quelque sorte des illusions de stratégie pour les élites allemandes. Une espèce de diversion en attendant la fin.

 

 

Car accumuler des excédents commerciaux peut certes sauver le capitalisme allemand de la léthargie de la demande intérieure à court terme, mais en aucun cas cela ne résoudra l'inéluctable effondrement de la société allemande. De plus en pillant comme elle le fait les pays du sud en attendant le gros morceau qu'est la France, elle ne fait que reculer pour mieux sauter. En effet, la très grave crise humaine que produisent ces politiques de l'offre a comme effet corollaire d'aggraver encore la crise démographique de ces pays. La France n'est d'ailleurs plus épargnée puisque grâce aux réformes récentes des socialistes concernant les politiques familiales, la France est à son tour touché par la baisse de la natalité. Pour prendre un exemple, un pays comme le Portugal est en voie d'extinction. Le taux de chômage atteint 14 %, la natalité est l'une des plus basses du monde et les jeunes comme en Espagne partent à l'étranger. On estime que la population portugaise devrait baisser de plus de 20 % d'ici 2060, et ce n'est qu'un début.

 

Tout ceci n'est pas raisonnable et n'est pas du tout le fruit d'une politique intelligente fondée sur l'intérêt général. Un modèle économique fondé sur le pillage des pays les plus faibles pour compenser momentanément ses propres faiblesses n'est ni saint ni viable à long terme. Plutôt que d'accumuler des excédents commerciaux, nos pays devraient se demander comme relancer la natalité, et mettre fin à 40 ans de déclin démographique. Et ce n'est pas imitant l'Allemagne que la France s'en sortira . Au contraire, elle est l'un des seuls pays d'Europe qui avait jusqu'à présent su résister au suicide démographique. Le rêve allemand c'est une caricature de l'esprit capitaliste. Avoir des salariés sans faire d'enfant et sans avoir à les éduquer. Produire des biens sans avoir de salarié, produire sans avoir à consommer. Accumuler toujours plus, accumuler sans savoir où tout ceci nous mène. Cette vacuité absolue, ce nihilisme moderne sont tout entier incarné par l'euro et son leader l'Allemagne . En un sens, Macron est bien un dirigeant européen modèle, il incarne parfaitement le Cronos moderne.

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 22:54

 

Les élections c'est pour dimanche au cas où vous l'auriez oublié. On peut d'ores et déjà dire que cette campagne fut exceptionnelle, non par sa qualité argumentative hélas. L'on pourrait même dire que sur ce plan elle fut extraordinairement médiocre. La faute en revient avant tout à la presse-système de plus en plus autiste et de moins en moins ouverte aux opinions divergentes. La surreprésentation des intérêts des classes moyennes et bourgeoises devenant horriblement monopolistiques. Non, si cette campagne fut exceptionnelle c'est surtout par l'accélération formidable du mouvement historique. On a senti tout au long de la campagne l'ombre du Brexit et de l'élection de Trump. Les médias classiques tremblent à l'idée d'un choc de ce type en France alors même que l'édifice néolibéral semble de plus en plus vaciller sur sa base. À tel point que la campagne française fascine même les médias américains d’ordinaire peu intéressés par les affaires du vieux continent et particulièrement par celle des Froggies. C'est en soi le signe d'un mouvement général qui frappe l'occident et particulièrement les principales sociétés libérales par excellence que sont les USA, la Grande-Bretagne et la France. La gueule de bois du néolibéralisme qui se fait sentir de plus en plus fortement emporte tout sur son passage.

 

Car le spectre de la crise hante le néolibéralisme. On ne peut plus faire semblant, depuis 2007-2008 rien ne fonctionne plus comme avant. C'est particulièrement vrai au sein de la zone euro où les tensions sont maximisées par la combinaison du libre-échange doctrinaire, d'un euro absurde et d'un comportement mercantiliste quasiment pathogène de la part de la puissance commercialement dominante du continent. Cette élection est sous la pression de ces contraintes extérieures avec la confrontation d'intérêts particulièrement conflictuels que ce sont ceux de la France périphérique pour reprendre la terminologie de Christophe Guilluy et ceux de la France des métropoles. Je mettrais cependant un bémol à la définition de Guilluy car pour lui les métropoles sont les gagnantes du système alors que pour ma part je pense qu'il s'agit ici d'une image momentanée. La France métropolitaine est gagnante à court terme, mais elle s'effondrera avec le reste du pays si rien n'est fait pour arrêter la direction actuelle. Les vraies métropoles gagnantes se situent plutôt en Asie ou partiellement en Allemagne et chez ses satellites. Les métropoles comme Londres ou Paris sont essentiellement des lieux de parasitisme macroéconomique vivant une hypertrophie du secteur tertiaire adossé à une dette extérieure sans cesse croissante de leurs nations respectives. Ces métropoles aspirant la substance économique de leur nation, elles ne sont nullement productives sur le plan commercial ou industriel.

 

Pour en revenir à l'élection, mon dernier texte sur le sujet était surtout mon avis personnel sur ma vision de l'élection. Je conçois tout à fait que mes lecteurs n’adhèrent pas à une vision basée sur une stratégie à plus ou moins long terme. L'on peut tout à fait préférer voter en son âme et conscience pour le candidat qui semble le plus proche de nos idées respectives. Pour ce faire, l'on doit discerner dans les propositions ce qui semble le plus successible, à nos yeux, à résoudre les problèmes français. Je donne donc ici quelques points vu keynésiens et protectionniste à la question. À vous de voir quel candidat fournit les réponses les plus proches de ces assertions. Je crois qu'il n'y a guère de doute sur les candidats validant ou invalidant les raisonnements qui suivent.

 

 

1- L'origine de la crise

 

Ma vision de l'économie est celle du keynésianisme pur qui par essence se place sur une échelle macroéconomique au niveau des collectivités nationales . La plupart des hommes politiques ont une vision parcellaire de l'économie, c'est particulièrement vrai des hommes politiques actuels. Depuis quarante ans l'école néoclassique rebaptisée néolibérale, ou ordo-libérale suivant les courants dominant qui souffle d'outre-Atlantique ou d’outre-Rhin, domine la totalité de l'espace public. Avec ces courants de pensée s'est imposée une vision microéconomique de la gestion des affaires économiques. Cela ne s'est pas fait instantanément, il a fallu pour cela que les anciennes générations d'après-guerre, celles qui avaient vécu dans leur chair les effets du marché libre et non faussé, disparaissent. Pour ces écoles de pensée dont Macron est une caricature, les actions collectives n'ont aucun sens. Les acteurs économiques doivent être laissés par les autorités publiques. L'état doit être le moins présent possible dans les affaires économiques. Les crises lorsqu'elles existent ne peuvent être que le résultat d'une déformation du marché par les puissances publiques. Partant de ce postulat faux, ces théories retomberont toujours sur un discours accusatoire de l'état par tout un tas de subterfuges de rhétorique. Pour eux la crise actuelle en France est le résultat de salaires trop élevés, de taxes trop fortes, et d'état trop présent. Nous aurions un problème d'offre résultant d'une mauvaise allocation des ressources parce que l'état est trop présent dans l'économie. Les libéraux peuvent avoir des divergences sur les détails, mais le fond de leur raisonnement est toujours basé sur ce type d'analyse.

 

Pour ces libéraux la seule porte de sortie pour la France est donc de réduire le coût du travail par tous les moyens possibles. Cette baisse du coût du travail réduira le prix de la production en France et finira par produire une hausse des exportations, ces hausses relançant l'investissement et la croissance. Ces politiques sont appelées politique de l'offre parce qu'elles considèrent que l'offre crée sa propre demande et que l'activité économique ne dépend que de ça. Dans le même ordre d'idée, les libéraux accuseront par exemple l'éducation nationale de ne pas fournir les bras pour créer cette offre magique qui relancera la machine. Les libéraux sont obsédés par l'offre et n'imaginent même pas qu'un problème puisse venir d'ailleurs. Ces remèdes sont appliqués avec obstination depuis des décennies un peu partout dans le monde. La Grèce est un parfait exemple récent d'une politique de l'offre poussée à son extrémité. Pour le keynésien que je suis et qui raisonne en terme macroéconomique tout ceci est un tissu d’âneries. La notion même de compétitivité est l'émanation d'un esprit malade qui pense que le but de l'économie n'est que compétition et continuation de la guerre par d'autres moyens. Il s'agit toujours d'écraser l'autre, de faire sa prospérité sur la misère d'autrui même si l'on prétend qu'à terme tout le monde sera gagnant malheur à vous si vous constatez que non. Il n'est guère étonnant, vu sous cet angle que les Allemands soient les champions du libéralisme, et de la politique de l'offre, quand on connaît leur histoire.

 

Le point de vue keynésien est tout autre. La crise est avant tout un problème de demande. Car c'est la demande qui conditionne l'investissement. Contrairement aux divagations de certains, les entreprises ne sont pas là pour créer des emplois, leur but est de faire du profit. Elles ne créent des emplois que si elles pensent que la demande va augmenter et que le seul moyen d'y répondre tout en faisant des profits sera de créer des emplois. C'est là que le raisonnement macroéconomique est important, pour les libéraux la demande viendra de l'extérieur, la situation de cet extérieur est ignorée parce que les libéraux raisonnent d'un point de vue microéconomique. Il est pourtant très simple d'un point de vue macro de comprendre que si tout le monde réduit les salaires pour faire une politique de l'offre, alors la demande générale s'effondre, et les bienfaits supposés de l’attrition salariale se transforment en hécatombe. La baisse de la demande générale entraînant une baisse de l'investissement , qui entraîne à son tour une baisse de la consommation et ainsi de suite. Mais pour raisonner ainsi encore faut-il appréhender le monde de façon holistique et non uniquement cartésienne. Les plus petites parties ne sont pas indépendantes du tout, malheureusement pour les théories libérales.

 

Sur le plan macroéconomique, la globalisation commerciale a créé une dépression de la demande globale. L'endettement extérieur privé et public de certaines nations a cependant permis à la globalisation de continuer à fonctionner, mais avec des déséquilibres macroéconomiques de plus en plus grands. On a maintenant une économie qui fonctionne avec un duopole extrêmement instable avec d'un côté un groupe de nations surendettées avec des déficits extérieurs extrêmes (USA, GB, France, etc..) et de l'autre un groupe de pays aux excédents commerciaux extrêmes (Allemagne, Chine, Corée du Sud, Japon, etc..). La crise actuelle couvait en fait depuis des décennies, elle n'est devenue apparente qu'avec la crise des subprimes. L'action déstabilisatrice du nouveau président américain Donald Trump ne fait que confirmer le fait que les nations déficitaires sont arrivées au bout du rouleau et qu'elles doivent impérativement retrouver un équilibre extérieur. Mais que cet équilibre ne peut pas uniquement se faire par l'effondrement de leur demande intérieure et par l'appauvrissement généralisé de leur population comme le feraient des politiques de l'offre.

 

 

2- Le protectionnisme est une nécessité

 

Trump a réhabilité le protectionnisme. Rappelons qu'historiquement les USA ont été pendant longtemps l'un des pays les plus protectionnistes de la planète. Le premier théoricien du protectionnisme était américain puisque c'est Alexander Hamilton l'un des papas de la constitution américaine qui rédigea le Rapport sur les Manufactures passablement protectionnistes. Un texte qui inspirera plus tard le théoricien du "protectionnisme dans l'enfance", Friedrich List. Dont l’œuvre servit de point d'appui au projet de Bismarck d'industrialisation allemande durant la deuxième moitié du 19e siècle avec le succès que l'on sait. Soyons précis ici. Le protectionnisme n'est pas le mercantilisme. Une politique mercantiliste vise à accumuler des excédents commerciaux bien souvent dans un but de puissance. Si le mercantilisme peut être le résultat d'un protectionnisme, il peut tout aussi bien être le résultat du libre-échange. Il suffit d'observer la Chine qui utilise ses énormes avantages comparatifs pour accumuler des excédents au lieu de faire profiter les Chinois de la hausse de sa productivité. La Chine n'a pas besoin de protectionnisme pour être mercantiliste. À l'inverse un pays qui fait du protectionnisme pour rééquilibrer sa balance commerciale ne fait pas du mercantilisme puisque son but est l'équilibre et non l'excédent.

 

Maintenant que cela est précisé, le protectionnisme est un outil qui rentre parfaitement dans le cadre d'une politique keynésienne de relance de la demande. Je dirais même plus, elle lui est d'autant plus nécessaire que la coopération internationale est faible. La réaction de la Chine et de l'Allemagne au protectionnisme de Trump montre que ces nations ne sont certainement pas prêtes à mettre fin à leurs agressions commerciales et à leurs politiques mercantilistes. Le protectionnisme est dès lors la seule possibilité pour sortir de ce cadre non coopératif. Les scénarios de relance dans un cadre non coopératif sont tous simplement irréalistes. En effet une relance de la demande en France par exemple sans une dévaluation ou une mise en place de protection commerciale ne ferait qu’accroître encore un peu plus les déficits extérieurs tout en créant peu d'emploi productif sur le sol français. de politiques tiennent de genre de propositions. Ceux qui s'amusent à proposer ce genre de solutions pour éviter les foudres de la critique libre-échangiste sont au mieux des irresponsables au pire des personnes malhonnêtes. Je vous laisse deviner quels types

 

3- L'euro, la relance et la post-globalisation

 

Et l'euro dans tout cela ? La crise mondiale de la demande ne peut pas être résolue de façon globale contrairement aux affirmations des globalistes. Il n'y a pas d'état global, ni de nation globale et encore moins de gouvernement mondial. Il y avait jusqu'à Trump un gouvernement américain qui par la taille de sa nation jouait en partie à ce rôle, mais avec un succès de moins en moins probant et de plus en plus coûteux pour l'américain moyen. Les USA sont trop petits pour tirer la croissance mondiale et les déséquilibres externes que cela provoque ont induit un appauvrissement massif d'une grande partie des Américains. Les énormes inégalités aux USA sont le prix à payer pour jouer les régulateurs macroéconomiques planétaire . Si ce rôle n'a pas déplu aux élites locales, c'est beaucoup moins vrai pour le reste de la population qui a fini par craquer en essayant Trump. En Europe la situation diverge un peu. L'euro a considérablement aggravé les tensions provoquées par le globalisme. Les données montrent que l'euro a agi comme un amplificateur de déséquilibre. Les pays excédentaires le sont plus que jamais, les pays déficitaires le sont plus que jamais. Et pour cause, la valeur de l'euro est une valeur qui dépend de la balance commerciale globale de la zone. Tant que la balance commerciale n'est pas déficitaire, l'euro n'a pas à se déprécier. Si votre pays a des déficits, la seule variable d'ajustement devient le taux de chômage et les salaires. À l'inverse le pays excédentaire se retrouve systématiquement avec une monnaie sous-évaluée parce que tiré par le bas par les pays déficitaires. Il est dès lors facile de comprendre les effets absurdes de la monnaie unique.

 

L'euro n'aurait été viable que dans un cadre fortement régulé dans lequel justement les déséquilibres commerciaux auraient pu être contrecarrés par des politiques protectionnistes de régulation des échanges ou par des politiques de relance contraintes pour les pays excédentaires. Pour que l'euro fût fonctionnel, il aurait fallu inclure une clause interdisant les excédents commerciaux. Évidemment les pays mercantilistes à commencer par l'Allemagne auraient refusé une telle clause. Tout comme le protectionnisme est une nécessité, la reprise du contrôle de la monnaie est un point essentiel à la mise en place d'une véritable politique de plein emploi et de relance. Là encore je vous laisse lire les programmes des candidats pour déceler ceux qui vous disent « demain on rase gratis », sans sortir de l'euro.

 

Le protectionnisme et la sortie de l'euro ne sont pas des buts, mais des moyens !

 

L’objectif de plein emploi et de résindustrialistion nécessite la sortie de l'euro et du libre-échange. Il est impératif de ne pas confondre les deux. La confusion entre les moyens et les fins en la matière étant malheureusement fréquente, il me fallait, je crois, bien préciser la question. À cela s'ajoute la sortie de l'UE à proprement parler puisque de toute manière on voit mal comment l'UE pourrait survivre à l'euro. Les élites européistes en sont bien conscientes d'où leur acharnement à sauver le soldat euro quitte à mettre tout le continent dans la misère grecque. Enfin le contrôle des capitaux est tout aussi essentiel. Car comment avoir une politique fiscale propre à notre pays, si tout un chacun peut s'exonérer des contraintes collectives en planquant son argent dans des pays à la fiscalité moindre. Là encore, on enfume trop souvent les Français en parlant de lutte contre les paradis fiscaux. C'est une vaste blague. Il y a toujours eu des divergences fiscales, mais avant il y avait des frontières pour empêcher les fuites. Soit l'on est pour la libre circulation des capitaux, et l'on ne vient pas pleurer parce que les états sont obligés de s'aligner sur le moins-disant fiscal. Soit l'on remet des frontières. Il n'y a pas d'entre-deux en la matière.

 

Nous allons résumer ici mon point de vue keynésien et protectionniste. Pour revenir au plein emploi, il nous faut passer par plusieurs étapes :

 

A- Il n'y a pas de solution globale. Il n'y a même pas de solution européenne réaliste. Comme il ne peut y avoir de relance globale, il faut retrouver la possibilité de relancer la demande nous même.

 

B- La construction européenne nous empêche ce type de politique. Il nous faut donc en sortir. Elle est l'émanation du libéralisme qui s'est imposé à nous depuis 40 ans. Tout politique prétendant qu'il est possible de faire autre chose que du libéralisme et des politiques de l'offre dans ce cadre est un charlatan.
 

C- Le protectionnisme et la dévaluation sont des outils au service de la relance de la demande intérieure. L'objectif étant la réindustrialisation du pays pour permettre à une politique de relance de la demande intérieure de fonctionner, et ainsi d'atteindre le plein emploi d'ici une décennie. Tous les emplois ne seront pas industriels, mais l'autonomie en la matière permettra une relance sans les déficits extérieurs dangereux.

 

Je n'ai pas abordé dans ce texte les questions écologiques. Je reviendrai sur cela en analysant un livre qui a été écrit par Philippe Murer il y a quelques années. J'espère que ce petit texte aussi synthétique que possible vous aidera un peu à faire votre choix. Le mien étant plus tactique qu'autre chose. Ces questions reviendront de toute manière rapidement sur la table. L'élection d'un libéral ne faisant que repousser à terme un changement inévitable. Les peuples ne peuvent pas accepter leur propre extinction pour les lubies de quelques fous tout aussi dominants soient-ils.

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