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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:20

625461_0203104741331_web_tete.jpgL'action gouvernementale continue sur sa ligne visant à améliorer la compétitivité du pays par d'autres moyens que l'instrument monétaire. Instrument dont il s'est débarrassé par idéologie et conformisme sociologique plus par la rationalité économique. Encore une fois, l'euro n'est qu'un des multiples problèmes qui empêche la France de retrouver un semblant de dynamisme économique. Un dynamisme nécessaire pour absorber une population active qui s’accroît contrairement à des pays comme l'Allemagne par exemple. Mais même si la dévaluation n'est pas la solution absolue à nos problèmes, elle reste infiniment préférable aux politiques actuellement mis en œuvre et dont on connaît le peu d'efficacité. Rappelons que les politiques de compétitivité et de baisse des charges sont pratiquées à des périodes régulières depuis plus de trente maintenant. Déjà à l'époque de Raymond Barre, l'homme qui a introduit le néolibéralisme en France, on disait qu'il fallait passer le tunnel pour trouver la lumière. Il semble malheureusement que le tunnel libéral n'ait pas de sortie.

 

L'anticipation des acteurs économiques

 

L'idée que l'action des individus et des entreprises soient mues par une certaine rationalité économique n'est pas une idée fausse en soi, même si l'on exagère assez largement l'intelligence des acteurs économiques. Mais cette rationalité individuelle ne signifie nullement que l'action collective qui en découle soit elle rationnelle. Les comportements moutonniers des marchés ont prouvé qu'un amoncellement de décisions individuelles peut accoucher d'un comportement collectif complètement absurde. Comme l'avait si bien expliqué Keynes à son époque la somme des intérêts individuels n'a aucune raison d'être égale à l'intérêt collectif. Nous savons tous que le pétrole s'épuise, nous n'avons pourtant à titre individuel aucune possibilité de réellement nous en passer. Sans une action collective externe provenant d'une logique différente de la logique du marché nous continuerons à en utiliser jusqu'à l'effondrement complet de notre civilisation. De la même manière si en tant de crises du point de vue individuel il est logique et rationnel d'épargner et de réduire ses dépenses. D'un point de vue collectif, ce comportement individuel pratiquait par la majorité de la population, aggrave la crise et produit à long terme une déflation. Surtout si cette épargne est stérilisée ou exportée à l'étranger.

 

Cette contradiction fondamentale entre l'intérêt individuel et l'intérêt collectif donne tout son sens et son intérêt aux politiques macro-économiques. Des politiques qui ont malheureusement été abandonnées en Europe pour un retour à des politiques économiques dignes du 19e siècle le fameux « laissez-faire ». Les politiques macro-économiques consistent essentiellement à combattre des comportements individuels qui collectivement peuvent faire s'effondrer la société. Il n'y a là rien d'abominable ou de dictatorial. Mais l'individualisme libéral qui a fini par se muer en égoïsme totalisant et grégaire, pousse jusqu'à l’absurde aujourd'hui l'inaction collective. L'interdiction de l'action collective allant jusqu'à justifier des comportements contraires à l'intérêt général le plus évident. Ainsi voit-on des ministres conseillers aux jeunes d'aller travailler à l'étranger, promulguant l'inverse du bon sens collectif qui consisterait plutôt à fournir aux jeunes de quoi s'employer et rendre ainsi à la collectivité ce qu'elle leur a fourni durant leur jeunesse. Mais le principe de responsabilité collective est évidemment l'un des premiers piliers de la civilisation à avoir été scié par l'idéologie libérale.

 

Quoi qu'il en soit et pour revenir à mon propos, comprendre les comportements individuels fait aussi partie de la boîte à outils nécessaires pour pratiquer de bonnes politiques macro-économiques. Et l'un des concepts fondamentaux est le principe de l'anticipation. Les acteurs de l'économie anticipent généralement les évolutions de la société et du marché. Mais ces anticipations ne sont pas forcément fondées sur des concepts très rationnels ou scientifiques. Mais plutôt sur des croyances et des phénomènes de suivisme comportementaux. Exactement comme dans le célèbre exemple du concours de beauté de Keynes. Les gens ne votent pas pour la plus belle femme, mais pour la femme qu'il pense que la majorité élira. Et ce comportement moutonnier est en faite extrêmement rationnel, car dans le domaine économique il vaut mieux avoir tort avec la foule que raison contre elle. Ce raisonnement est encore plus vrai pour des individus élevés dans la logique pure de l'intérêt personnel. Il faut une force de caractère bien trempé pour s'opposer seul au mouvement populaire. Étrangement plus l'individu devient égoïste, plus son comportement est moutonnier. C’est un des multiples paradoxes de l'effet du libéralisme. Ceci explique peut-être l'incroyable faiblesse de la pensée individuelle au royaume du libéralisme triomphant. De la même manière, il était impossible pour une banque américaine d'éviter les prêts Subprimes aux USA avant la crise de 2007. Pour la bonne et simple raison que les banques plus rationnelle et timorée se faisaient racheter par les plus grosses qui gonflaient grâce à la bulle spéculative. Il était tout simplement rationnel individuellement d'être irrationnel collectivement. Il ne faut donc guère compter sur le marché pour s'autoréguler.

 

D'un point de vue macro-économique les conséquences sont multiples.Je vais donner un exemple en critiquant les politiques dites de compétitivité. Une telle politique vise à améliorer les bénéfices des entreprises, et suppose que l'amélioration de ces bénéfices va s'accompagner d'un retour à l'investissement. Et ce retour à l'investissement devrait logiquement enclencher un retour positif à la croissance par la création d'emploi et par ricochet à une augmentation de la demande. Il s'agit au passage d'une vieille croyance des libéraux qui consiste à penser que l'offre crée sa propre demande, ce qui suppose que l'épargne est égale à l'investissement. Hypothèse qui est fausse, et qui si elle s'avérait empêcherait toute crise économique par définition. Ignorons cela et passons à la conséquence des anticipations sur l'efficacité des politiques dites de compétitivité. Un chef d'entreprise qui verrait ses bénéfices s'accroître en France grâce à la baisse des charges, la baisse d'impôt ou ce type de technique, aurait-il réellement intérêt à investir ces bénéfices nouveaux sur notre territoire ? Ou au contraire devrait-il utiliser ces bénéfices pour accélérer la délocalisation de sa production hors de la zone euro en prenant en compte l'évolution macro-économique de ces dix dernières années ?

 

Poser cette question c'est déjà y répondre. Pratiquer une politique de compétitivité dans un pays qui est en crise depuis des années c'est exactement faire une politique de la terre brûler dans le domaine économique. Loin de ralentir les délocalisations, cela va les accélérer parce que les chefs d'entreprises n'ont d'un point de vue rationnel et historique aucune raison d'anticiper autre chose qu'une faible croissance et une faible demande pour les dix ans qui viennent. Une telle politique pourrait éventuellement marcher, si elle s'accompagner de mesures de relance de la demande et d'une dévaluation. En changeant les perspectives de long terme des chefs d'entreprises, on pourrait pousser les entreprises à investir sur notre territoire, mais dans le cadre actuel c'est exclu. Ignorer le contexte de l'économie c'est passer à côté d'une solution viable de relancer l'investissement.

 

 

Vidéo que j'avais déjà posté où l'on voit à la fin que le dirigeant de l'usine explique que l'usine aurait délocalisé encore plus vite si les bénéfices avaient été plus grands. 


Les effets de l'anticipation rationnelle : l'exemple de la déflation

 

De la même façon, l'anticipation des consommateurs peut produire la déflation à l'image de l'économie japonaise qui n'en finit pas de stagner depuis vingt ans. Mais qu'est ce que la déflation si ce n'est l'anticipation d'une baisse continue ? Pourquoi acheter un bien aujourd'hui puisque demain on pourra l'acheter pour moins cher ? Pourquoi dépenser notre épargne aujourd'hui puisque demain grâce aux taux d'intérêt et à la baisse des prix nous pourrons avoir plus en dépensant moins ? En tant qu'industriel, pourquoi augmenter les capacités de production puisque demain on vendra moins qu'aujourd'hui ? La déflation est l'une des pires catastrophes produites par les anticipations rationnelles des acteurs individuels de l'économie, et s'il est facile d'y renter par de mauvaises politiques macro-économiques, il est bien difficile d'en sortir comme nous le montre ce pauvre Japon. L'on pourrait également ajouter que des phénomènes démographiques peuvent aussi produire et encourager la déflation. La contraction de la démographie n'étant pas de nature à encourager l'optimisme sur la demande intérieure.

 

 

Comme nous le voyons si laisser fonctionner la société en roue libre en supposant que la société va naturellement remonter la pente grâce à l'action individuelle est un doux rêve au mieux, une idiotie au pire. Agir collectivement en ne prenant pas en compte les anticipations des individus et des entreprises est tout aussi malvenu. L'action collective doit favoriser les comportements bénéfiques à la société en jouant sur les désirs des acteurs de l'économie. Vouloir favoriser les bénéfices des entreprises n'est pas en soi une ignominie. Quoiqu'il faudrait au passage rappeler à quel point c'est l'extirpation des revenus financiers qui pèsent le plus aujourd'hui sur les bénéfices. Et que peu d'efforts sont demandés aux actionnaires en regard des efforts que l'on exige sans arrêt des salariés qui eux ont une réelle utilité pour la production. Mais permettre aux entreprises d'avoir plus de marges ne produira pas nécessairement un retour à l'investissement local. À moins bien évidemment de vouloir aller très loin dans la dégradation des conditions de vie des salariés, et d'aligner la France sur les niveaux de vie de l'Europe de l'Est ou d'Asie. Et encore même dans ces conditions les effets dévastateurs sur la demande intérieure annihileraient toute forme d’enthousiasme entrepreneurial dans le pays. Dois-je vraiment le rappeler, les entreprises n'investissent pas pour créer des emplois, mais pour accroître leur part de marché et leurs bénéfices. Elles ne le feront donc que si nous réunissons les conditions pour permettre à ces investissements d'être rentable. L'accroissement à court terme des bénéfices n'encouragera dans les conditions actuelles qu'une accélération des délocalisations. En permettant à des entreprises de délocaliser alors qu'elles n’avaient pas les moyens jusque là. Par contre si l'importation de produits et de services de l'étranger deviennent plus onéreux à long terme, alors les anticipations peuvent changer. Dévaluation et protection commerciale sont les seuls outils qui puissent permettre à ces bénéfices nouveaux de s'investir sur notre sol. Sans cela ces politiques ne feront qu'accélérer notre déclin.  

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 17:13

Francois_Hollande_-Journees_de_Nantes_2012-.jpgQue le temps passe vite. Que ce blog est mal entretenu, et son auteur un fainéant. Je l'admets, j'exagère un peu la latence qui s’imprègne entre chacune de mes interventions. Pour tout dire, une lassitude générale des affaires politiques et économiques s'est instillée sournoisement en moi. L'impression d'écrire dans le vide et d'avoir fait le tour des choses ayant fait place à l'engouement et à la verve de bataille. Pourtant plus que jamais alors que la France s'enfonce dans la dégénérescence libérale des voix un peu subversive et rationnelle doivent se faire entendre. L'obstination avec laquelle les pseudo-socialistes et notre élite surannée s'enferment dans l’inefficacité macro-économique est tout simplement stupéfiante. Il y a quelque temps déjà que j'avais pourtant imaginé le scénario qui se déroule sous nos yeux. J'avais même assez largement critiqué le Hollandisme révolutionnaire d'Emmanuel Todd en faisant de Hollande le bras armé du libéralisme doctrinaire. Je dois avouer que cette hypothèse, même si elle me paraissait la plus probable, me plongeait dans l'inquiétude.

 

Mais force est de constater que la réalité dépasse toujours vos plus mauvaises hypothèses. François Hollande est ainsi un zélote du libéralisme plus terrible encore que ce que mes pires cauchemars pouvaient imaginer. Et en ce sens, c'est une bonne nouvelle, car l'hypothèse qu'il puisse plonger l'Europe dans la récession est également favorisée. Je rappellerai ici que pour ma part la seule possibilité qu'un éclatement de la zone euro puisse se faire est par le truchement de l'action allemande. De par leur soumission et leur haine de leur propre peuple, les élites françaises ne peuvent en aucun cas agir dans le sens de l'intérêt du pays. C'est justement leur obstination à défaire la nation française qui est paradoxalement la meilleure chance de salut à long terme pour le pays. Mais j'y reviendrais par la suite.

 

 

Le non-sens économique de l'hypothèse libérale

 

Je vais rappeler ici brièvement pourquoi les politiques de l'offre ne peuvent en aucun cas fonctionner. François Hollande, comme tout bon libéral qui se respecte, n'imagine pas le monde fait de nation de peuples, et d'interactions entre ces différents peuples. Les libéraux sont des cartésiens extrémistes. Ils analysent le monde comme étant le résultat de l'assemblage logique des plus petites particules faisant fonctionner la société, à savoir l'individu. Dans la logique libérale, il n'existe que l'individu, rien d'autre. Il faut vraiment bien comprendre cette hypothèse de départ pour bien appréhender l'échec culturel que produit la pensée libérale et son corollaire extrémiste: le néolibéralisme. Il s'agit d'une forme dévoyée de cartésianisme, ce dernier étant une méthode de pensée décortiquant la réalité en petites parties pour en expliquer le fonctionnement par l'assemblage a posteriori. Le libéralisme agit de la même façon en coupant la société en actions individuelles et en rassemblant celles-ci il suppose pouvoir expliquer l'ensemble total du fonctionnement de la société. Cette méthode cartésienne appliquée à l'économie s'avère malheureusement fausse, car elle oublie une hypothèse qui n'est jamais réalisée dans le monde réel. Celle de l'indépendance des variables. Pour que l'assertion libérale soit juste, il faudrait que l’ensemble qui compose la société n’interagisse en aucun cas avec les parties distinctes le constituant. L'hypothèse libérale présuppose donc que la société n'influence en aucun cas l'individu qui en fait partie. Vous conviendrez ici qu'une simple étude de l'histoire humaine, la simple connaissance de base en psychologie ou la simple connaissance du monde qui nous entoure suffisent à infirmer cette hypothèse absurde.

 

Encore une fois, tout découle des axiomes libéraux de base. En réduisant la société à un ensemble d'individus qui n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts propres, vous ne pouvez pas comprendre l'impossibilité qu'il y a à résoudre la crise actuelle. Car cette crise n'est pas le fruit du hasard de la malchance ou d'un système politique qui se serait trompé précédemment. Ce n'est pas non plus le fruit d'une caractéristique naturelle propre au peuple français. La crise économique actuelle est le résultat de l’application de politiques économiques erronées liée à une vision du monde complètement contraire à son fonctionnement réel. Pour le dire plus crûment, nous sommes dirigés par des gens qui ont une vision du monde aussi proche du réel que celle des astrologues des marabouts ou des membres de l'église de la scientologie. L'une des nombreuses conséquences de cette vision erronée du monde est la fameuse politique de l'offre. Une politique économique qui démontre par l'absurde l'inanité et l'absence de compréhension générale des hommes politiques français et plus généralement occidentaux.

 

Celle-ci consiste à améliorer la sacro-sainte compétitivité du pays pour améliorer la situation de la balance des paiements. Elle présuppose d'ailleurs que le moteur de l'économie est le commerce. Alors qu'en réalité c'est essentiellement l'investissement qui est le moteur de la croissance. Et l'investissement peut être tiré par autre chose que les exportations. Mais ignorons cela et voyons quelle méthode la politique de l'offre utilise pour relancer la croissance. Il s'agit de réduire au maximum le coût local du travail soit par la baisse salariale ce qui implique une maîtrise des salaires distribués qu'aucun pays développé ne possède. L'on voit mal l'état imposer à tous les salariés une diminution des revenus. Ce type de politique se traduisant en pratique par la baisse des salaires minimaux, quand ils existent et par la baisse des salaires de fonctionnaire. La deuxième méthode est la baisse des charges diverses qui s'appliquent aux entreprises. Il s'agit là bien souvent de dégrader les comptes de l'état et l'investissement public en espérant que la simple baisse des charges permette une hausse même éphémère des exportations. Et enfin la dernière méthode la plus efficace consiste à faire une dévaluation monétaire. Ces politiques sont censées permettre de relancer la croissance en stimulant l'investissement par le truchement des exportations.

 

Comme à chaque raisonnement simpliste et pseudo-cartésien celui-ci implique deux hypothèses jamais mises en avant par les tenants de ces politiques. En premier lieu, il faut supposer qu'il y est un marché extérieur pour absorber l'offre nouvelle en quantité suffisante. Et il faut espérer que cette politique ne soit pas suivie par d'autres pays. Dès lors que plusieurs nations se mettent à faire la même politique de l'offre, l'on se retrouve rapidement à faire une guerre et une course à l’amoindrissement de la demande. En second lieu, il faut espérer également que les gains produit par les excédents commerciaux, et les exportations, surpasse les effets de la réduction de la demande intérieure. Car dans le cas contraire les politiques de l'offre produisent l'effet inverse à l'effet recherché en diminuant l'investissement global du pays. Les récents exemples espagnols et grecs montrent que les politiques de l'offre dégradent en pratique plus souvent qu'elles n'améliorent l'investissement local. Et lorsque ces politiques sont généralisés à la planète entière, la déflation née naturellement. Chacun cherchant à tirer la croissance du déficit commercial du voisin. On ne saurait mieux exprimer la catastrophe que représente l'esprit libéral que dans sa capacité à produire régulièrement des déflations. Il l'a fait, et avec quel talent, dans les années 30. Il recommence au centuple aujourd'hui.

 

 

Vous noterez au passage que j'ai bien stipulé que les dévaluations faisaient partie des méthodes pour pratiquer la politique de l'offre. Et c'est bien pour cela que l'on peut voir ici ou là des économistes libéraux prôner sporadiquement la sortie de l'euro et la dévaluation. Mais si je prône moi même la dévaluation et la sortie de l'euro, ce n'est certainement pas pour faire une politique de l'offre à la japonaise, bien au contraire. Car dévaluer simplement pour accroître sa croissance au détriment du voisin voila bien une politique qui ne nous mènera pas plus loin que celle que nous menons à l'heure actuelle. En ce sens, les européistes ont raison de railler ceux qui veulent sortir de l'euro pour simplement dévaluer. Car à l'image de ce qui s'est passé dans les années 90 la guerre des monnaies n'est pas forcément meilleure que l'agonie dans l'euro. Tout juste pourrions-nous mettre fin aux prétentions dominatrices de l'Allemagne sur le continent. Mais tel n'est pas l'enjeu et notre but en tant que nation ne doit pas se réduire à la simple vengeance nationaliste. Si nous devons nous libérer du carcan monétaire européen, c'est avant tout pour pouvoir mener des politiques de relances et de contrôle de la demande. Mais pour cela il ne faut pas simplement rompre avec l'euro et l'UE, il faut rompre avec la tranquillité d'esprit du libéralisme. Il faut rompre avec l'idéologie du tout marché, et de l'autorégulation économique. Rompre avec la croyance que la somme des intérêts individuels produit l'intérêt collectif. C'est une rupture copernicienne qu'il faut opérer et cela va bien plus loin que la simple rupture avec un instrument monétaire absurde.

 

Rompre avec l'esprit libéral

 

Car notre société est culturellement libérale. Du petit patron local qui vocifère sur les fonctionnaires fainéants, aux rentiers inutiles qui pourtant maudissent ces satanées pauvres et leurs « privilèges ». Ces petits bourgeois qui sans arrêt cachent leurs propres intérêts derrière un amoncellement de bienséances verbales. Et qui comme tous cosmopolites cherchent à être généreux envers le lointain pour ne pas l'être vis-à-vis de leurs proches. Ces petits consommateurs égocentriques qui ne mesurent pas que leur souffrance au travail découlent directement de leur façon de consommer. Ces politiciens délirants répétant depuis 40 ans déjà des politiques économiques qui ne marchent pas et ne marcheront jamais, faisant semblant de lutter contre un chômage qui arrange bien leur propre classe sociale. Tous ces gens qui font aujourd'hui la France sont soumis au même mal, celui d'une pensée fausse qui stipule que l'action collective n'existe pas et que seul l'intérêt individuel doit être pris en considération. C'est de deux siècles de propagande libérale qu'il faut débarrasser le peuple français. C'est l'idée que l'on puisse penser chaque chose indépendamment sans voir qu'en réalité elles interagissent les unes avec les autres. Que le destin de l'ouvrier mis au chômage par l’égoïsme de ceux qui vivent dans le secteur tertiaire finira par se retourner contre ses bénéficiaires à court terme. En un mot, il faut réapprendre à vivre un destin commun. Comprendre que l'intérêt général n'est pas une vue de l'esprit, mais une réalité tangible.Qu'un peuple qui l'a trop longtemps ignoré par des raisonnements saucissonnés en robinsonnades, ne peut que dépérir comme la France d'aujourd'hui.

 

 

L'Allemagne est le seul pays à pouvoir faire exploser l'euro

 

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Le miracle du chômage américain un trucage statistique

Mais cessons de tergiverser. La situation actuelle n'a guère évolué. L'économie européenne est toujours dans la tourmente et l'équilibre précaire qui s'établit en apparence dans les médias cache bien mal l'accumulation de déséquilibre au sein de la zone euro. De la même manière les pauvres USA ont-ils bien du mal à cacher la triste réalité macro-économique qui est le leur. Les politiques de relance ne fonctionnement pas. Et les injections monétaires de la Fed se transforment en inflation des marchés financiers sans impact pour l'économie réelle. S’il y a cependant une rupture, elle apparaît dans les statistiques limpides de John Williams. L'écart entre le taux de chômage réel et officiel aux USA ne cesse de se dégrader. La zone atlantique essaie encore de faire croire qu'elle a un quelconque dynamisme alors que pourtant s'étend le spectre de la misère du chômage et de la précarité. Le géant allemand qui accumule les excédents accumule également le sous-investissement chronique. On pourrait ici se demander pourquoi l'excédent augmente alors que l'investissement national chute. C'est en grande partie liée à l'organisation économique allemande qui fait des pays de l'Est une extension à son propre commerce extérieur. L'excédent allemand c'est surtout l'excédent de la Pologne, de la République tchèque et du reste de l'Europe centrale. On produit en Europe de l'Est, on assemble en Allemagne et l'on met un tampon Made in Germany dessus.

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Le formidable dynamisme allemand

 

C'est cette réalité qui explique que malgré un excédent commercial énorme la croissance allemande est en fait assez médiocre. Certes moins mauvaise que les pays qu'elle asphyxie avec l'euro, mais faible tout de même. Les élites allemandes ont tout de même quelques qualités pour nous, elles sont arrogantes , passablement racistes même si ce racisme se trouve emmitouflé sous des tonnes d'hypocrisie, et surtout elles croient encore en l'Allemagne. Et le fait est que l'Allemagne se pense au-dessus des autres. Elle ne peut imaginer sa situation moins dramatique, soit plus due à un hasard, qu'à autre chose. La dégradation économique rapide dans le dernier pays latin solvable à savoir la France devrait donc raviver assez rapidement les velléités d'indépendance de la grande Allemagne en produisant une dégradation économique par baisse des exportations. C'est là notre seul espoir dans l'explosion à court terme de la zone euro. Une explosion qui même si elle n'est pas la solution absolue à nos problèmes pourrait au moins représenter un commencement de prise de conscience de l'échec de la mondialisation libérale dont l'UE ne fut que l'une des multiples facettes. Il ne faut en tout guère penser que l'explosion puisse être volontairement produite par nos politiciens libéraux. Il n'y a rien à attendre de l'UMP ou du PS, si ce n'est une course à l’avilissement politique. Ils ne croient ni à l'existence de la France, ni même à l'existence d'un quelconque intérêt général. Mais il ne s'agit nullement de trahison comme j'ai pu le lire par ailleurs, ils sont simplement totalement libéraux. Pour eux la société n'existe pas, les pays n'existent pas, les frontières n'existent pas, il n'y a donc rien à sauver si ce n'est leur propre peau. Courte vue et absence de pensée collective sont les seules explications rationnelles à la bêtise crasse des dirigeants français et du pompier pyromane qui nous sert de président. Il n'y a rien à attendre d'eux si ce n'est une accumulation d'erreurs qui finira par être fatale.  

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 23:15

J'ai beaucoup parlé de l'Allemagne, du Japon des USA, de l'Europe, etc. Je me rends compte qu'il faudrait peut-être que je parle un peu plus de la France sur le plan économique. Alors que nombre de personnes commencent à imaginer une percée du FN. Ce parti devant malheureusement petit à petit la seule alternative crédible sur le plan électoral. Il est peut-être temps de rappeler les fondamentaux de la crise française et de donner quelques solutions pour extirper notre pauvre pays du bourbier économique dans lequel trente ans d'idéologie dogmatique l'ont plongé.

 

Le déficit commercial est le problème principal

 

On va s'appuyer sur les chiffres de la banque de France qui livre régulièrement ses analyses sous la forme d'un texte récapitulatif très bien fait et accessible à tous. On n’y trouve pas de solution, mais au moins les chiffres sont clairs et bien présentés ce qui a le mérite de poser de bonnes bases pour raisonner. L'on peut d'ailleurs se demander comment les élites françaises peuvent à ce point s'aveugler sur l'euro et le libre-échange tout en ayant sous les yeux de tels chiffres. Mais passons à notre sujet principal. Le déficit commercial français n'a cessé de se creuser depuis 2003, c'est à dire lorsque l'euro est passé au-dessus de 1,1 dollar. On remarque rapidement en regardant les graphiques que la croissance forte de l'ère Jospin était le fruit d'une forte dévaluation qui avait momentanément accompagné l'unification monétaire. C'est que d'un coup nous avions abandonné la politique du franc fort. Cela donna un coup d'accélérateur à l'investissement. Cette période 1999-2001 permit une croissance forte et un recul réel du chômage. Preuve de la puissance de la monnaie, car rien dans les politiques d'alors n'était réellement plus à la hauteur des enjeux macro-économiques que ceux d'aujourd'hui. Les socialistes ne se demandant même pas d'où venait la manne providentielle. Dire qu'il y en a encore probablement quelques-uns pour croire que les 35 heures ont fait baisser le chômage.

 

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Variation du taux de change entre l'euro et le dollar. source : le Senat.fr

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Le plus éclatant dans les chiffres proposés par la banque de France c'est cet incroyable graphique qui démontre de façon fatale que l'euro est en grande partie la source de notre désastre commercial. Il y a bien évidemment la Chine et l'Asie qui nous font du mal, mais c'est bien vis-à-vis de la zone euro et bien évidemment de l'Allemagne que notre déficit est le plus fort. Je crois que le graphique se passe de tout commentaire. Je ne sais pas qui est le malin qui a mis sous cette forme le rapport de force commercial, mais il a certainement voulu marquer les esprits. 

 

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La conséquence de ce déficit commercial est la création d'une dette extérieure, dette qui n'existait pas pour ainsi dire, il y a seulement dix ans.

 

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C'est cette dette et non la dette publique dont on nous bassine les oreilles sans arrêt qui représente le vrai danger pour notre pays. Cette dette est le résultat concret d'une décennie de déficit extérieur continue. De fait, l'économie française singe l'économie US et britannique sans avoir ni le dollar ni la City pour compenser les effets macro-économiques d'une économie de rente. Les USA peuvent monétiser leur dette parce que la valeur de leur monnaie est déconnectée de leur économie réelle, le dollar étant la monnaie universelle. Les producteurs de matières premières ou les nations fortement exportatrices ne pouvant pour l'instant se passer du dollar, ils protègent collectivement sa valeur en intervenant régulièrement sur les marchés. La France n'a pas cette possibilité de vivre avec un crédit indéfini vis-à-vis des puissances étrangères. Il nous sera vraisemblablement demandé de détruire une partie de notre économie pour rembourser cette dette, à l'image de ce qui s'est passé en Irlande en Grèce ou en Espagne. Les fameuses cures d'austérité qui ne mènent nulle part, mais qui permettent aux puissances étrangères de dépecer votre nation en toute « légalité ». Ainsi voit-on le Qatar acheter des bouts de France et nourrir l'islamisme avec le sourire des dirigeants français. Nous n'avons pas non plus les pirates de la City qui ponctionnent des revenus par le truchement de la spéculation financière à Londres. Je noterai finalement que l'absence de ces avantages est à mon avis une bonne chose pour notre pays à long terme parce qu'il va devoir retrouver une économie saine. Une économie fondée sur une production nationale plutôt que fondée sur des avantages qui de toute manière ne pourront pas durer indéfiniment.

 

Autre surprise des chiffres de la banque de France, les revenus issus des investissements à l'étranger sont en forte baisse. Eh oui, la crise économique est mondiale. Il est donc normal que le ralentissement planétaire fasse faire un recul aux revenus ponctionnés à l'étranger. L'idée de faire de la France une nation de rentier a donc du plomb dans l'aile. Nos riches retraités qui pensaient pouvoir vivre en regardant le reste du pays mourir vont devoir revoir leurs équations. Et encore une fois, il est probable comme à l'accoutumée que les investisseurs français se soient largement fait plumer par Wall Street comme en 1987, comme en 2001 et comme leur ancêtre avec les bonds russes. L'épargne française est ainsi gaspillée à l'étranger alors qu'elle serait infiniment mieux utilisée sur son propre sol. Il y aurait des taux d'intérêt plus bas, mais beaucoup plus sûr à long terme. Quoi qu'il en soit au final la balance entre ce que nous gagnons dans l'investissement à l'étranger et ce que nous perdons comme investissement local est très largement négatif pour la France. Comme je l'avais montré dans ce texte, le taux d'investissement en France est beaucoup trop faible. Et ce ne sont pas les maigres revenus issus de nos IDE qui rééquilibreront la balance. D'autant qu'une bonne part de ces revenus échappe à l'impôt et à la redistribution économique. Les multinationales françaises faisant tout pour ne pas jouer le jeu de la solidarité nationale. Pour la France l'Euro, le libre-échange et la libéralisation financière sont un abominable échec. Il va donc falloir pour sortir de notre crise nous attaquer à cette réalité et admettre une fois pour toutes que les frontières sont une nécessité vitale pour la prospérité à long terme d'un pays.

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Comme vous pouvez le voir, le solde des investissements directs pour la France est largement négatif. Nous n'avons jamais eu plus d'investissements rentrants que d'investissements sortant depuis 1999 et c'était le cas également avant cette période. La prochaine fois que quelqu'un vous dira que l'économie française est attractive, sortez-lui ce graphique. L'épargne française sert surtout aux puissances étrangères à commencer par l'Oncle Sam.

 

 

Sortir de la crise.

 

Plaçons d'abord un axiome au préalable à mes futures élucubrations. Le but de l'économie d'un pays n'est pas d'exporter, ou de commercer. Ce n'est pas non plus d'avoir de la croissance à tout prix, ou d'être la première puissance du monde. Le but premier de l'économie pour moi c'est de garantir aux individus qui peuplent un pays leur propre capacité à se reproduire et à prospérer. Quand je parle de reproduire, c'est non seulement au sens démographique ,ce qui implique de pouvoir subvenir aux besoins d'une famille, mais également au sens éducatif et culturel. Une société qui décroit, qui voit sa population s'appauvrir, se rétrécir, et être incapable de faire aujourd'hui ce qu'elle faisait hier est une société en décadence. Il faut mettre en place ce que j'avais appelé un développement autoreproductible, c'est-à-dire une économie dont la prospérité instantanée ne se fait pas au détriment de la prospérité à long terme. Cela va bien plus loin que le développement durable puisque cela inclut également la question du renouvellement des générations sur le plan démographique, éducatif, ainsi que la question des savoir-faire industriels et techniques.

 

Lorsque l'on part sur cette base, l'on est plus à même de comprendre toute la stupidité du libre-échange qui est une vision à court terme. Si le libre-échange a pu momentanément accroître la richesse de notre pays, cela s'est largement fait en détruisant les capacités de production de richesse à long terme. Un simple coup d’œil à l'évolution de la croissance économique en France montre le ralentissement continu depuis l'abandon de la politique de préférence communautaire dans les années 70. Depuis cette époque notre investissement productif n'a cessé de décroître amputant de facto la croissance future en interdisant le développement de nouvelles techniques et de nouvelles industries sur notre sol. La préférence pour l'importation a ainsi créé toute une nouvelle sociologie dans laquelle quelques hurluberlus ponctionnent des revenus essentiellement par l'importation au détriment de l'intérêt général. À ce phénomène s'est adjoint un accroissement déraisonnable de l'emploi dans le service, ce que Paul Bairoch appelait une hypertrophie des services caractéristique des pays du tiers-monde. Cette évolution s'est accompagnée d'ailleurs d'une baisse générale du niveau culturel, abaissement caractérisé par la chute de la maison TF1 qui est passé en trente ans de Cousteau à Nabila. Là où la société de l'ingénieur, de l'ouvrier et des créateurs nous avaient laissé une société digne intelligente, et en ascension culturelle. La société libérale postindustrielle et massivement importatrice nous laisse une société d'incultes glorifiant des frappeurs de balle, des imbéciles à Rolex et des poufs à airbag décomplexées et fières de l'être. Il y a probablement une corrélation entre cet affaissement culturel et nos choix macro-économiques, même si nous avons du mal à en comprendre tous les tenants et aboutissants.

 

Quoi qu'il en soit, sortir de la crise actuelle revient à rompre avec cette société factice relevant du confort de gens qui consomment sans avoir aucune idée de la façon dont on produit. Et si le consommateur est toujours nécessaire, il faudra à nouveau prendre soin du salarié, du producteur, de l'industrie, de l'entrepreneur, de l'enseignement, et des chercheurs. Les premières décisions concerneront la sortie de l'euro et de l'Europe. Il n'y a aucun choix là-dessus, et il n'y a aucun compromis à faire. L'on peut se gargariser des solutions de coopération théoriquement idéales. Elles ne se produiront pas pour la simple et bonne raison que la coopération aurait déjà dû avoir lieu avec la crise. Or loin d'avoir coopéré, les Européens se sont à nouveau collectivement suicidés avec comme d'habitude l'Allemagne comme chef d'orchestre. Je vais résumer quelques propositions de sortie de crise rapidement :

 

1- Sortir de l'Europe et de l'euro par référendum. La question du référendum est à mon sens extrêmement importante, car qui que soit le dirigeant d'alors, il aura besoin d'un appui populaire maximum à opposer aux oligarques et aux différents corps de la population qui gagnent leur vie par le pillage industriel et économique de leur propre pays. Ce référendum demandera aussi clairement aux citoyens français de choisir entre leur courte vue de consommateur égocentrique et leur vision pour leur avenir professionnel et ceux de leurs propres enfants.

 

2- Une fois l'hypothèse de la sortie acceptée. Il faudra préparer minutieusement cette sortie. Cela passe notamment par un retour au contrôle des changes, et par une taxation des mouvements des capitaux. L'on donnera aussi un ultimatum aux possesseurs de dette françaises qui seront obligées de convertir ces titres dans la nouvelle monnaie française. Il n'y a aucune raison pour que les titres de dettes françaises continuent à être libellé en euro une fois la sortie acceptée. Une fois la transition faite, on dévaluera d'au moins 20% le franc par rapport au dollar. Tout indique que la monnaie allemande montera alors si l’Allemagne rompt avec l'euro. La dévaluation s'obtiendra par une monétisation progressive de la dette publique à l'image de ce que font les Anglo-saxons à l'heure actuelle.

 

3- En accompagnement la banque de France redeviendra créditrice des comptes publics. On interdira l'emprunt sur les marchés financiers à l'état et on renouera avec le financement par la banque de France des investissements publics. Le but étant de mettre fin au servage monétaire par les marchés financiers interposés. L'émission monétaire n'aura plus qu’alors comme seul critère le plein emploi même si le taux d'inflation est de 4% par an. On va appeler cette politique l'anti-NAIRU, le taux d'inflation qui n'accélère pas le chômage. Car le chômage nuit à notre axiome de base (voir ci-dessus).

 

4- Nationalisation du système bancaire pour cause de restructuration. Nous devons refaire de nos banques des banques nationales dont le but est le développement de l'économie nationale et non la spéculation à l'étranger.

 

5- Fermeture de la bourse de Paris. Mise en place d'un financement à prêt gratuit (sans intérêt) pour les entreprises industrielles. Le but étant de favoriser rapidement la réindustrialisation. Les entreprises devront à nouveau se financer auprès des banques. La bourse ayant montré sont incroyable incapacité à financer l'économie réelle.

 

6- Mise en Place d'un nouveau commissariat au plan dont le but est de nourrir en projets scientifiques et industriels les politiques de dépense publique. La priorité à court terme étant mise sur l'autonomie énergétique puisque comme nous le savons tous le temps des énergies fossiles est compté. Le gonflement de la facture énergétique n'étant d'ailleurs pas totalement étrangère à la dégradation de notre balance des paiements. De plus l'importation de matière première nous oblige à dégager un léger excédent compensateur sur les biens ou les services en guise de paiement en retour.

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7- Mise en place d'un protectionnisme commercial sous forme de quota et de droit de douane suivant les cas particuliers. L'objectif unique de ce protectionnisme étant la survie d'une autonomie industrielle et l'équilibre de la balance commerciale des biens et des services. L'on pourrait même imaginer une inscription dans la constitution d'une interdiction des déficits ET des excédents commerciaux sur une période de 3 ans en moyenne. Et cela de façon à obliger les responsables publics à ne jamais plus négliger la santé de l'industrie nationale et celle de notre commerce. La France devant prôner une politique économique praticable par tous les peuples du monde en même temps. Une politique totalement fondée sur l'équilibre des comptes extérieurs. Cette politique d’exemplarité ayant pour objectif secondaire d'encourager les autres à faire des politiques de croissance coopérative et non mercantile.

 

8- Enfin les politiques publiques devront favoriser la hausse des revenus et des salaires. Seul un positivisme de la demande pourra redresser les investissements des entreprises privées. Les entrepreneurs n'investissant que s'ils pensent que la demande rendra rentable leurs investissements. Ce n'est pas de la misère que sort l'amélioration de la productivité et du système productif, mais bien au contraire de la hausse des revenus et de l'investissement que cette hausse produit par l'intermédiaire de l'accroissement de la demande et de la nécessité d'y répondre.

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:03

 

z_Tombe_canadiens.jpgS'il y avait encore quelques personnes pour douter du caractère fortement américaniste de l'UE, et des organisations européennes. Les doutes sont maintenant dissipés. La construction n'est plus qu'une émanation de la structure impériale américaine. Et après avoir dû transformer la chambre des députés français en chambre d'enregistrement des lois européennes, il va falloir maintenant introduire le droit américain en lieu et place. À bien y réfléchir au lieu d'adhérer à l'euro nous aurions dû adhérer au dollar, cela aurait été plus rapide. Plus le temps passe et plus la vérité se fait jour et les comiques de gauche avec leur Europe sociale doivent aujourd'hui se sentir légèrement contrariés. Un peu à l'image de Jean Quatremer qui semble comme un enfant à qui l'on vient de casser son jouet dans son dernier texte. Peut-être va-t-il enfin devenir adulte et voir la réalité de ce qu'est l'Europe ?

 

L'union d'un sidéen avec un cancéreux en phase terminale

 

Je n'ai pas trouvé mieux comme analogie tant la zone atlantique me semble être une zone économiquement morte. Elle est tellement morte qu'elle arrive à trouver dans l'Allemagne un pays dynamique à imiter. C'est dire l'état de léthargie dans lequel se trouve cette zone économique. Il est dès lors très étrange de voir cette espèce d'ambition incroyable qui consiste à faire fusionner ces deux ensembles cadavériques. Comme si, par la force des choses, une alliance redynamiserait par magie l'économie des pays membres. Un peu comme l'Union européenne qui par la magie de l'unification devait faire couler le lait dans les rivières, et faire rajeunir le continent en faisant exploser la croissance. On sait ce qu'il est advenu de ces ambitions. Plus large est l'union, moins grand est le dynamisme, c'est presque une logique inverse que celle du monde réel. L'Europe était en fait bien plus prospère et puissante lorsqu'elle était désunie. L'on sait donc dès lors où nous mènera ce mariage forcé avec les USA.

 

Mais si je critique cette fuite en avant, ce n'est pas par crainte d'une aggravation économique pour l'Europe. Mon collègue Laurent Pinsolle semble lui être vent debout devant cette alliance absurde. Mettant en garde contre le protectionnisme américain il s'inquiète à mon avis à tort des effets macroéconomiques de cette union sur notre économie. Le fait est qu'il surestime comme beaucoup la puissance américaine. Le protectionnisme américain est d'ailleurs très relatif surtout si l'on regarde les faits macroéconomiques. Le protectionnisme US il est comme la politique socialiste de Hollande purement verbale. Aux USA ce sont les multinationales qui dirigent et elles n'aiment pas les frontières commerciales puisqu'elles ont toutes leurs usines à l'étranger. La vérité c'est que malgré une monnaie qui a perdu beaucoup de sa valeur par rapport à l'euro les USA arrivent tout de même à avoir un déficit commercial de 41 milliards d'euros en 2012. Le plus drôle c'est que les USA ont un déficit avec tous les pays de l'UE y compris la Grèce ou la France. Le plus drôle en regardant les chiffres récents du commerce extérieur américain c'est que le pays de la technologie a de gros déficits sur les biens de technologie avancée. Les USA ont même un déficit dans ce secteur avec le pays des fromages qui puent. Il faut parfois se méfier des idées reçues. Et regarder les chiffres crus des statistiques officielles parce qu'ils sont les seules à pourvoir nous permettre de juger le vrai du faux.

 

Balance comme US-UE

 Balance commerciale entre l'Europe et les USA. On constate que l'euro n'est pas surévalué par rapport au dollars si l'on s'en tient à la balance commerciale. L'Europe a surtout des problèmes avec l'Asie. 

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 Balance commerciale entre l'Asie et les USA

 

On peut assurément se demander en fait si cet accord de libre-échange n'est pas plus dangereux pour les USA que pour l'Europe, et ce pour plusieurs raisons. La première est que la zone euro est en récession et que ses cures d’austérité ne vont pas relancer les importations américaines même en supposant un dollar encore plus faible qu'il ne l'est. Ensuite, l'Allemagne grande exportatrice européenne se cache derrière l'euro. L'euro est largement sous-évalué pour elle. Si les élites allemandes sont pour cet accord, ce n'est pas par dogmatisme contrairement aux Anglais ou aux Français , mais bien parce qu'elle compte encore élargir son périmètre de vente libre sans protection monétaire. Alors que la croissance européenne s'effondre sous les coups de l'absurdité monétaire européenne, l'industrie allemande doit sans cesse élargir son marché. Or comme l'avait très bien analysé criseusa sur son blog que j'avais déjà cité. L’Allemagne n'est réellement compétitive que vis-à-vis d'autres puissances anciennement industrialisées.Contrairement à la légende, l'Allemagne ne gagne rien en Asie et elle est incapable de s'imposer là-bas. Cette région du monde étant largement protectionniste elle. Et au contraire des USA l'Asie se protège, mais sans tenir un discours protectionniste un peu comme la Grande-Bretagne au 18e et 19e siècle. L'Asie est libérale pour les autres et protectionniste pour elle-même. Il ne reste plus pour le commerce allemand que les pays ayant un niveau social comparable au sien l'Europe et l’Amérique du Nord. D'un point de vue allemand le libre-échange total avec les USA, avec l'avantage de sous-évaluation de l'euro, est en fait une une occasion en or. Que cet accord soit mauvais pour les autres nous savons bien que cela n'émeut en aucun cas Berlin comme l'a si bien expliqué Frederic Lordon dans son dernier texte.

 

 

Le commerce n'est pas le moteur de l'économie

 

L'unification du marché transatlantique marque à mon sens le déclin terminal de cette zone économique comme l'a été l'UE pour les puissances purement européennes. On crée un marché artificiellement gros parce que l'on ne grossit plus. On compense la faiblesse de la croissance par un élargissement du marché. Bien évidemment tout ceci est très théorique puisqu'en réalité cela fait bien longtemps qu'il n'y avait plus de protection en Europe et aux USA. On est plus dans la validation d'un processus ancien que dans la révolution politique. Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure de cette évolution d'autant que l'expérience de l'ALENA a montré que ce sont surtout les USA qui y ont perdu commercialement parlant. Les USA enregistrant de lourds déficits commerciaux avec le Canada ou le Mexique. Cette évolution tenant au rôle monétaire des USA les empêchant de connaître une quelconque réindustrialisation. Produire de la monnaie étant la seule spécialisation accessible à la puissance américaine.

 

Mais en face de ce pessimisme qui touche mes collègues souverainistes. Je vais pour une fois opposer un optimisme au moins intellectuel. En effet si l'on peut s'effondrer devant l'ineptie de ces accords, sur le fait qu'ils n'apporteront aucune amélioration de quoi que ce soit pour la France si ce n'est des désagréments. Il faut par contre souligner deux phénomènes positifs. Le premier est que pour une fois le cœur de l’intelligentsia française est touché. Les artistes et autres parasites subventionnés du petit et du grand écran proche du pouvoir politique se retrouvent en effet attaqués par la mondialisation heureuse qu'ils ont eux-mêmes défendue contre les bouseux d'en bas pendant des décennies. La mondialisation a commencé à faire d'énormes dégâts chez les classes moyennes supérieures ce qui a pour effet de voir le discours protectionniste plus présent aujourd'hui dans les médias qu'il ne l'était avant la crise de 2007. Mais jusqu'à présent, la couche médiatique dominante était encore épargnée. Avec la fin du protectionnisme « culturel », l'on pourrait assister à une rebuffade soudaine de l'élite parisienne. Là on touche à la vache sacrée, le libre-échange et la concurrence libre et complètement faussée c'est bon pour les autres. On imagine déjà le dandy bien pensant, Francis Huster, défendre le "made in France" au nom de l'intérêt général. Un intérêt dont il s'est fichu pendant les trente années précédentes. Rien que pour ça, avouons que ces accords sont très intéressants pour la France.

 

Ensuite, ce serait l'occasion, une fois le massacre terminé, de reconstruire une nouvelle forme de développement du cinéma et de la production audiovisuelle française comme je l'avais imaginé dans ce texte. Parce qu’il faut être honnête, les subventions éternelles c'est un protectionnisme coûteux idiot et fondamentalement corrompu. C'est ce système qui empêche en grande partie le renouvellement de la créativité du pays. Les copains et les coquins s'entendant pour se partager la manne financière de l'état qui comme dans l'agriculture ne va qu'aux gros. Cette affaire est l'occasion de faire un tabula rasa du système.

 

Et pour terminer, nous pourrons affirmer qu'une fois toutes les fenêtres ouvertes, il n'y en aura plus d'autres à ouvrir. L'argument tout libéral qui donne le commerce comme moteur premier de la croissance sera ici complètement ridiculisé par les faits. La zone atlantique se transformant à l'image de l'UE en une zone de croissance faible et de fort chômage. Et l’Amérique pourra autant qu'elle veut inonder le marché de dollars, la croissance ne repartira pas à cause justement du libre-échange. En attendant comme nous l'avons vue l'Asie protectionniste et mercantiliste compte les points riant du ridicule des libéraux d'occident tout ouvert qu'ils sont à leurs productions. L'occident ignorant l’origine de sa propre prospérité à savoir les politiques industrielles et protectionnistes se suicide collectivement. Pour l'intérêt de quelques multinationales, les puissances occidentales ont décidé de mettre par terre leurs appareils industriels. Ce n'est pas de plus de liberté dont nos nations ont besoin. Ni d'un plus grand marché, mais bien plutôt d'une régulation du commerce et de l'industrie. Au lieu de s'inspirer dans l'ouest déclinant, la vieille Europe aurait mieux fait de regarder vers l'Est.

 

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 Balance commerciale américaine sur les biens de technologies avancés, comme le matériel informatique ou les biotechnologies. L'on constate que l'avance US n'est pas vraiment visible dans les bilans comptables. Les technologies étant breuvetés aux USA, mais produites ailleurs, cela ne sert pas vraiment l'économie américaine. Mais malgré ces faits les libéraux continuent à vendre la société postindustrielle hitech comme étant notre avenir. 

 

Tous les chiffres sont consultables sur le site du bureau des statistiques US : www.census.gov 

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 16:50

     S'il est vrai que l'on trouve peu de vertus en général au régime politique chinois. Il est dictatorial, peu intéressé par les droits l'homme et il n'est guère tendre avec ses minorités. On lui accorde pourtant souvent le contrôle et la rationalité à long terme comme qualité. Il est vrai que le chaos et la désorganisation des ex-démocraties occidentales empêtrées dans leurs délires libéraux semblent en apparence moins aptes au travail de groupe que l'ogre montant chinois. C'est d'autant plus vrai que la chine bénéficie de la mondialisation et tire largement sa croissance d'un modèle qui peut sembler pertinent aux moins observateurs d'entre nous. La Chine comme l'Allemagne peut servir facilement d'exemple de modèle de croissance pour quiconque n'irait pas plonger dans les méandres des chiffres macro-économiques réels. Alors l'on pourrait se poser cette question. Mais comment font les élites chinoises pour si bien diriger leur pays ? Sont-elles supérieures aux nôtres ? L'on voit déjà poindre l'orgueil chinois à travers des remarques xénophobes présentant le peuple de l'empire du Milieu comme supérieur. C'était d'ailleurs l'une des inquiétudes de Pierre Larrouturou que la chine devienne folle comme l'Allemagne des années 30.  La fin de la croissance forte en Chine pouvant produire une grave crise politique.

 

Il est ainsi que dans le monde moderne pseudo-rationnel l'on attache souvent la réussite d'une nation à un facteur endogène ou essentialiste. Hier la doxa disait que les blancs réussissaient parce qu'ils étaient supérieurs par la race, la culture, et l'intelligence. Aujourd'hui l'on voit presque poindre ce type de raisonnement en Asie. De la même manière que l'homme riche a tendance à oublier que sa réussite n'est jamais le fruit unique de son propre labeur, mais aussi le fruit de relations sociales et de conditions personnelles parfois hasardeuses. Les peuples qui réussissent tendent naturellement à oublier l'origine réelle de leur propre réussite pour s'enorgueillir de fantasmes nourris par leur hubris, et en oubliant les conditions pratiques réelles qui les ont portées au pinacle. De sorte qu'ils oublient même souvent l'origine de leur réussite. Et parfois cela les conduit à leur propre perte. On l'a bien vue avec les USA ou l’Angleterre, grandes nations du protectionnisme et de l'interventionnisme étatique, mais qui dans leur imaginaire collectif s'imaginent prospères grâce au laissez-faire économique passé. Il faut accorder beaucoup de crédit aux croyances populaires et à celles qui tiennent lieu de pensée dans les hautes sphères du pouvoir politique. Car c'est bien plus ces croyances qui façonnent l'action politique des nations que la raison pratique. Car comme nous le savons « Ce sont les hommes qui font l'histoire, mais ils ignorent l'histoire qu'ils font ».

 

L'état chinois ne contrôle rien

 

C'est dans cette optique qu'ils font bien voir le caractère factice de l'idée de puissance de contrôle de la part de l'état chinois sur son économie. J'en veux pour preuve le manque d'efficacité des politiques menées visant à des changements d'orientation macro-économique importants. Il ne faut pas tomber dans l'illusion du verbe comme le fait malheureusement Jacques Sapir dans un interview donné à BFM. Un interview dans lequel il affirme que l'état chinois réoriente son économie vers la demande intérieure et que cette réorientation a comme effet secondaire un ralentissement de la croissance économique. On voit ici chez Sapir, qui est un économiste que je respecte beaucoup, un aveuglement hyper-rationnaliste. Il fait sur la chine la même erreur que sur l'euro. Il disait ainsi que l'explosion de l'euro était inéluctable en 2010. De fait, il a surestimé la capacité des élites à réagir de façon rationnelle. Il faut bien comprendre que l'action des élites n'a pas grand-chose à voir avec l'idée que l'on s'en fait. Loin d'être des choix mue par la réflexion, la politique consiste souvent à faire des compromis à court terme. C'est vrai dans les oligarchies d'occident, mais ça l'est tout autant en chine. Compromis, copinage et corruption ou raisonnement tautologie de bonne tenue sociale visant aux bons rapports dans leurs milieux sociologiques. Autant de choses qui empêchent la raison de l'emporter chez les politiques. Sans parler de l'application des politiques qui nécessite la mise en marche d'une administration qui n'est pas toujours très obéissante, ou qui dispose d'une inertie telle que l'action finale est complètement édulcorée et qu'elle produit même parfois des politiques inverses.

 


 

 

En France et en occident, les administrations sont toutes vouées au libéralisme économique. Ce ne sont pas seulement les décideurs politiques qui baignent dans cette idéologie, mais tous leurs milieux sociaux. Ainsi que toute la chaîne de commandement de nos états. Et bien en Chine tout est fait pour l'exportation comme débouchée. L’idéologie locale est que l'exportation c'est le bien. Le mercantilisme tient lieu de politique depuis Deng Xiaoping, cette culture ne disparaitra pas en un jour.La chine a massacré des pans entiers de ses vétustes industries pour moderniser et orienter vers les marchés occidentaux sa production. Et le résultat est la spécialisation de la chine dans la production de masse de tout ce que la planète consomme en biens manufacturés. On sous-estime assez largement d'ailleurs les dégâts sociaux et humains produits par cette industrialisation accélérée. Nous ne verrons sûrement les effets désastreux de cette surcroissance déséquilibrée que dans quelques années. Lorsque la Chine sera un pays de vieux se dépeuplant. En attendant l'idée que parce que l'état chinois décide de sortir du mercantilisme, cela va se produire est un argument des plus discutable.

 

C'est d'ailleurs d'autant plus vrai que la Chine se retrouve aujourd'hui dans une situation inextricable à court terme. L'on peut d'ailleurs comparer la situation de la Chine à celle des USA en 1929, toute proportion gardée, car les USA avaient une économie beaucoup moins déséquilibrée que celle de la chine à l'époque. Si l'on moque souvent la croissance déséquilibrée des USA. Il ne faut pas oublier qu’à partir du moment où un déséquilibre commercial fait partie de votre modèle économique, vous êtes par nature en danger. Que cette croissance ait comme conséquence un déficit ou un excédant commercial ne change rien au caractère instable de votre croissance, car dans les deux cas vous êtes menacé par un rééquilibrage brutal. Il n'y a pas de vertu dans le déséquilibre, juste une préparation du chaos qui suivra l'inévitable rééquilibrage. La Chine ou l'Allemagne ne sont pas plus vertueuses que les USA parce que ces nations ont des excédents. Raisonner ainsi c'est justifier le mercantilisme et ne pas voir que tous les pays du monde ne peuvent être simultanément en excédents. Et donc oublier que ce modèle est un danger pour la paix du monde. Quelques analyses de données vont nous permettre de voir plus clair dans la situation chinoise. En premier lieu, nous voyons l'excédent commercial qui est à la source de la croissance chinoise.

 

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On voit bien sur ce graphique l'orientation prise par l'économie chinoise surtout depuis le début du 21e siècle.

 

Si l'analyse de Jacques Sapir, qui voit un changement de volonté politique visant à la réorientation de la croissance vers son propre marché intérieur, était vraie, nous en verrions les prémisses. Or rien de cela ne se voit en pratique. La vérité c'est que le ralentissement de l'économie chinoise n'est pas le fruit de la réorientation vers la consommation intérieure, mais de l'effondrement de la demande en occident. Les importations ont baissé en même temps que les exportations. Un coup d'oeil rapide au comportement des consommateurs chinois nous montre d'ailleurs le peu d'épaisseur de l'hypothèse d'une réorientation économique.

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(Source :forexagone)

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Comme nous pouvons le voir sur les deux précédents graphiques, la réorientation vers son marché intérieur ne se voit pas du tout. Le plus étonnant c'est que ces vingt dernières années la part de la consommation dans le PIB chinois n'a cessé de baisser, et ce alors même que la croissance battait son plein. Le taux d'investissement est tous simplement absurde et dépasse les 50% du PIB. Aucune économie ne peut fonctionner comme cela. Seul le caractère mercantiliste de l'économie chinoise permet d'expliquer ce phénomène. Nous avons affaire à une surproduction dépassant l'imagination et donc la fin sera aussi surprenante que son apparition. La crise chinoise qui se prépare va faire très mal et je ne vois aucune politique publique susceptible de l’empêcher même en présentant l'état chinois comme incroyablement rationnel et compétent, ce qu'il n'est pas sinon il ne serait pas dans cette situation. On remarquera de plus que depuis le début de la crise de la mondialisation libérale que malgré la baisse des exportations chinoises la consommation a continué à chuter en proportion du PIB.

 

Cela provient certainement des politiques pseudo-keynésienne chinoises qui ont eu comme effet de maintenir la demande croissante malgré l'effondrement simultané de la consommation extérieur et le tassement de la consommation intérieure. Il y a d'ailleurs de nombreuses incohérences dans les données officielles chinoises. D'un côté l'on voit la part de l'épargne qui reste excessive, de l'autre la part des dépenses publiques est stable et pourtant officiellement la croissance continue. Il faut prendre avec une certaine méfiance les statistiques officielles chinoises comme l'avait rappelé en 2009 le site WSWS.

 

 

Mais si le régime de croissance chinois est en danger, c'est aussi parce que sa structure est fondamentalement inégalitaire. La course à l'inégalité n'est en effet pas l'apanage de l'occident. Comme je l'ai déjà répété à de nombreuses reprises, l'économie mondialisée est un système de domination des riches à l'échelle planétaire. Les élites économiques de chaque pays tirant de la mondialisation un moyen pour faire plier ses propres forces de travail et pour concentrer les richesses vers le haut de la pyramide. La course à l'inégalité est un phénomène mondial pas uniquement occidentale. Il suffit pour s'en rendre de compte de voir les émeutes qui ont lieu en ce moment au Brésil. En général cette croissance des inégalités est le fruit d'une baisse étrange de l'inflation. Une inflation qui est sans cesse présentée comme un poison alors même qu'elle n'a pas vraiment dérangé la France des trente glorieuse. En Chine la baisse de l'inflation coïncide comme par hasard avec l'orientation massivement exportatrice du pays comme on peut le voir sur le graphique suivant.

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Le Brésil l'autre pays de la crise.  

 

L'inflation était en fait largement plus forte dans la période peu excédentaire de la chine. Grâce au libre-échange et à l'excédent, l'économie chinoise a permis une croissance peu inflationniste puisque l'on pouvait se passer de la consommation intérieure. Inutile de hausser les salaires pour que la demande soit là. La baisse de l'inflation étant parfaitement corrélée à la baisse de la part de la consommation intérieure chinoise dans le PIB. À cette époque la croissance du pays était pourtant aussi forte qu'aujourd'hui au cas où certains penseraient que globalement le pays a connu une accélération avec la mondialisation. Ce que le modèle mercantiliste a changé ce n'est pas la croissance chinoise, mais la répartition intérieure des richesses , tout comme les déficits commerciaux ont changé la répartition des richesses aux USA ou en France. On assiste en Chine comme ailleurs à un détachement des élites de leur propre pays.

 

Elles courent vers leurs intérêts à court terme. Il se trouve qu'en Chine cette course inégalitaire a pris l'apparence d'un modèle mercantiliste parce que l'élite chinoise avait une contrainte telle qu'elle n'avait pas le choix pour tirer son épingle du jeu. Le problème évidemment c'est que ce modèle est à bout de souffle et ce ne sont pas des plans d'investissement massifs qui changeront la donne dans le cas chinois. L'on sait par ailleurs que le pays est déjà inondé de villes vides et d'aéroports inutilisés. La Chine a effectivement besoin de recentraliser son système industriel pour sa consommation intérieure, mais cela ne se fera pas par la planification. Cela sera le résultat de contraintes que les autres nations lui imposeront par le biais de douanes et des dévaluations. Le Japon vient d'ailleurs de déterrer la hache de guerre en dévaluant. La fin de la mondialisation poussera la Chine à mieux traité ses salariés pour qu'ils épargnent moins et consomment plus.

 

 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 16:30

 Mon titre étrange résume à mon sens parfaitement la contradiction du système économique occidentale actuelle. Le fait est que ce que les objecteurs du libre marché oublient sans cesse c'est que l'action individuelle des entreprises est d'abord subordonnée à l'anticipation que ces mêmes entreprises font de l'avenir du marché et de la société en général. L'idée saugrenue d'une autorégulation de l'économie est ainsi battue en brèche par l'intuition simple que nous agissons d'abord en rapport à notre environnement. C'est vrai pour les animaux, les plantes, les hommes, et bien évidemment les entreprises. Les actions individuelles ne sont ainsi jamais réellement individuelles puisqu'en quelque sorte elles dépendent les unes des autres. Cela crée un système d’interaction complexe qui ne converge pas naturellement vers le plus grand bien-être général, mais vers un équilibre instable qui peut vaciller à tout moment autour d'une moyenne économique pas forcement très enviable. Le système économique libre et sans entraves est par nature chaotique. Il n'est ni bon ni mauvais, il est juste irrationnel et imprévisible dans ses évolutions.

 

Les états et les puissances publiques dans le passé n'ont pas mis sous les verrous la finance, les banques et le commerce pour des questions idéologiques, ou par amour du centralisme. De Gaule qui avait mis la finance sous clef et qui n'avait guère d'appétence pour le milieu boursier n'était pas vraiment un communiste. Le marché a été mis sous tutelle après guerre parce que les vivants d'alors avaient en leur mémoire les tristes effets du libre marché et de la finance globalisée qui avait concouru à la crise de 29 et par ricochet à la Seconde Guerre mondiale. Il fallait donner du sens à l'orientation économique. Il fallait maintenir des équilibres qui n'étaient pas possible d'obtenir par le simple jeu de la concurrence libre, et le plus souvent faussée. La situation de sous-investissement actuelle en Europe n'est pas le fruit du hasard, mais bien le résultat à long terme de la dérégulation économique qui tenait lieu de politique publique dans les années 70-80. À force de ne plus investir sur son sol l'occident se retrouve aujourd'hui dépourvu d'entreprise et d'hommes aptes à le faire avancer. Son élite vivant de sa rente en important des masses d'objets que nos pays ne savent plus fabriquer. Aucune nation ne s'est jamais enrichie en achetant aujourd'hui ce qu'elle faisait elle même hier. Tout juste, cette situation permet-elle à quelques groupes sociaux minoritaires de sortir enrichis pendant que la masse de la population s'appauvrit. L'Europe actuelle ressemble à l'ancien Empire ottoman en fin de vie, lui aussi a préféré au 19e siècle échanger ses industries et ses artisans contre un enrichissement commercial temporaire. Cela lui a couté la vie quelques décennies plus tard.

 

L'Europe en panne d'investissement

 

C'est sur le blog de Jacques Sapir que l'on trouve des chiffres très intéressants sur le désastre grec. Des chiffres qui comme d'habitude infirment par l'absurde l'efficience de mesure d’austérité sur l'économie des pays en crise. Et que l'on ne parle pas de faire des économies aujourd'hui pour rebondir demain, car on voit mal comment un pays qui connaît un effondrement de ses investissements productifs, seul à même d'hypothétiquement relancer la machine économique, peut préparer l'avenir. La Grèce est doublement punie. L’effondrement des salaires ne la rend pas suffisamment compétitive pour concurrencer l’Europe de l'Est ou l'Asie. Et dans le même temps, l'effondrement de la demande induite par ces politiques a produit un effondrement de l'investissement productif ce qui se mesure dans l'évolution de la formation brut du capital. Disons-le tout net. Les entreprises n'investissent que si elles pensent que cet investissement est nécessaire. À quoi bon accroître les capacités de production, si la demande que l'on prévoit est en baisse ? Le FMI et la BCE redécouvrent ce que Keynes avait démontré depuis longtemps, le lien entre l'investissement et la demande est l'inverse de ce que pense la doxa libérale. C'est la demande qui pousse l'investissement et non l'inverse.

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 Comment peut-on imaginer un redressement productif avec des investissements qui chutent?  : Source le blog de Jacques Sapir


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                             Evolution de l'investissement en Grèce : Source le blog de Jacques Sapir

 

En dehors de la Grèce, il faut aussi noter la triste situation française que vous pouvez voir sur ces deux graphiques. La FCBF sur les biens d'équipements notamment indique clairement le sous-investissement productif qui frappe notre pays. Plus étonnant, le blog crieusa vient de montrer dans son dernier texte le caractère illusoire de la croissance allemande. Il montre, chiffre à l'appui que l’Allemagne se désindustrialise et perd petit à petit ses capacités productives. C'est notamment la FCBf allemande qui contrairement aux idées reçues stagne, voir recule. Cela confirme l'analyse que Jean Luc Gréau avait faite du capitalisme allemand à savoir qu'effectivement les bons chiffres du commerce extérieur allemand sont complètement trompeurs sur le caractère réel de la force productive allemande. En réalité, l'Allemagne importe la plus-value qu'elle réalise dans les pays de l'Est réinventant au passage une nouvelle forme d'asservissement. Mais le territoire allemand lui se vide de sa substance industrielle hypothéquant ainsi l'avenir. Plus grave, la stratégie allemande est, selon criseusa, consubstantiellement autodestructrice. Le choix du capitalisme allemand est littéralement cannibale. L'Allemagne a un modèle de croissance fondé sur sa propre destruction et celle de ses voisins. Sa croissance étant fondée sur la réduction tendancielle de la demande intérieure et de l'investissement local.

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 L'Allemagne un géant aux pieds d'argile : source le blog de criseusa

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La FBCF de la france n'est même pas revenu au niveau d'avant crise.Le plus inquiétant est l'extrême faiblesse de l'investissement dans les biens d'équipement qui traduit la désindustrialisation accélérée du pays.

 

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Si l'on regarde à plus long terme l'on voit que le sous-investissement est bien le fruit de la vague de libéralisation des années 70. La fin de la préférence communautaire datant de 1974. Source l'INSEE.

 

 

Optimisme et investissement

 

Après ce petit aparté sur la situation de l'investissement en Europe, il faut rappeler quel est le mécanisme qui permet à l'investissement de repartir. L'idéologie, actuellement au pouvoir, ne conçoit l'investissement que comme un mécanisme répondant à un mouvement naturel des marchés. Pour les libéraux, le manque d'investissement ne peut venir que deux sources. La première est que la sphère publique est trop étendue et siphonne en quelque sorte le capital et l'énergie de la population. La lutte contre la fonction publique découle de l'imaginaire libéral qui considère le fonctionnaire comme totalement inutile et la fonction publique comme un gaspillage collectif. Car le privé peut faire mieux et moins cher en tous les cas. Ce raisonnement découle de l'hypothèse de départ du libéralisme qui est que l'homme donne le meilleur de lui même uniquement grâce au moteur de l'intéressement économique. Si vous suivez ce blog depuis longtemps vous savez ce que je pense de cette hypothèse. Il est donc évident en partant de cette hypothèse libérale que le fonctionnaire est inefficace puisque son salaire n'est pas directement le fruit de son labeur. Tous le discours sur la haine de la fonction publique et les discours du comptoir du commerce viennent de là. À ce stade l'on pourrait demander à ceux qui croient en ces fadaises s'ils feraient réellement confiance en un médecin qui ne serait mu que par l'appât du gain. En effet ce dernier aurait-il réellement intérêt à ce que vous soyez en bonne santé?

 

Bon, la première hypothèse libérale est fausse, mais la suivante est peut-être plus proche de la réalité. Celle-ci découle de l'équilibre naturel entre l'offre et la demande. Si l'investissement est trop faible, c'est probablement parce que le coût de l'offre est trop fort pour que la demande se fasse sur les produits proposés par les entreprises. Dans cette hypothèse, il faut réduire le coût de production pour que l'investissement reprenne et que la croissance reparte. C'est visiblement cette hypothèse qui sous-entend toute la politique dite de l'offre et qui vise à réduire autant que possible le prix des produits locaux. On remarquera cependant que dans ce cadre d'analyse et en supposant que l'on y adhère il existe de nombreuses solutions au problème. Pour réduire le prix des produits locaux, la solution la plus évidente est de réduire les salaires, ou en cassant l'état et en baissant les charges sociales. Cependant, il y a d'autres variables sur lesquelles nos amis libéraux pourraient pourtant jouer. Par exemple en réduisant la part de revenu de la finance à travers la réduction des dividendes pour les actionnaires. Une solution qui a l'avantage de ne pas comprimer la demande locale. On pourrait rajouter le fait que le protectionnisme commercial et la dévaluation ont exactement le même effet que les baisses de salaires sans en avoir les conséquences sociales. Mais aucune de ces solutions alternatives n'est jamais proposée. Preuve, s'il y en avait besoin, que ce sont bien les intérêts de la finance et de la rente qui tirent les ficelles de la commission européenne ou de l'état français.

 

Mais oublions le libéralisme et revenons à la réalité. Il y a d'abord plusieurs problèmes à l'investissement dans nos pays. Le premier est une folie de la rente capitaliste qui réclame des rendements de plus en plus délirants et qui rend des activités même très rentables non intéressantes. Pour rétablir l'investissement dans des secteurs peu propice à la profitabilité il nous faudra un jour ou l'autre rétablir la main mise de l'état sur les banques et produire du crédit à coût nul pour ce type d'activité. Car ce n'est pas parce qu'une activité a une faible rentabilité qu'elle est inutile. Ne tombons pas dans le piège de l'utilitarisme délirant des libéraux. L'agriculture est bien plus essentielle que l'industrie des semi-conducteurs elle est pourtant bien moins profitable. Ensuite, il faut bel et bien rompre avec l'idée que nous aurions besoin de capital. L'on présente souvent le capital comme un truc qui circule et que personne en particulier ne contrôle. Une ressource rare et précieuse qu'il nous faudrait apprendre à extraire avec l'aide de nos bons docteurs libéraux. Il faut attirer le capital étranger pour qu'ils investissent. Pour cela, cassons le Code du travail, privatisons l'éducation, euthanasions les vieux, etc.. Tout est bon pour attirer le capital si rare et si précieux. Cette vision du capital étonnait déjà Keynes qui y voyait une réminiscence de la société agricole fondée sur la rente terrienne. Les libéraux et la population considérant le capital financier comme le capital terrien et agricole. Sauf que cela n'a rien à voir. Si la terre est rare, le capital il se fabrique. Et que l'on ne sorte pas l'argument de l'hyperinflation. Car avec l'avalanche délirante de produits financiers et d'émission monétaire actuelle, le loup inflationniste met pourtant bien du temps à se montrer. L'émission monétaire publique permettra de se passer de la bourse et des produits dérivés et je crois que l'on ne s'en portera que mieux.

 

Les entreprises n'investissent que lorsqu'elles n'ont pas d'autres choix

 

Ensuite il faut rendre rentable un investissement en France. Là on en revient à la question monétaire et au libre-échange. À l'heure actuelle, la différence du coût du travail interdit l'investissement productif dans notre pays. Mais il faut bien se rendre compte de l'écart salarial phénoménal qu'il y a entre nos vieilles nations et les nouvelles puissances industrielles . Un écart qui s'ajoute au fait que les puissances agressives d’Asie utilisent abondamment leur monnaie pour tailler nos industries en pièces. Les politiques de baisse des charges sont en ce sens complètement à côté de la plaque puisqu'elles ne sont absolument pas à l'échelle du problème. Dans le meilleur des cas, nous diviserions par deux le coût du travail local et cela en ignorant le coût qu'engendre la privatisation des services publics qui accompagnerait inéluctablement la baisse des charges. Les USA nous montrent par exemple l'inefficacité spectaculaire d’un système de santé privé. Les entreprises US doivent dépenser bien plus d'argent au final que les entreprises françaises pour la santé de leurs salariés et cela pour une efficacité largement inférieure. La suppression des charges sociales ne produira aucun effet positif en France parce que les entreprises savent bien que le coût de l'importation du travail asiatique restera, même dans ce cadre, largement inférieur. Paradoxalement, il est probable que les baisses de charge accélèrent en fait la baisse de l'investissement puisque les économies réalisées grâce à ces baisses de charge permettent aux entreprises de délocaliser plus vite.

 

Pour réorienter l'investissement en France, il faut avant tout faire en sorte que les entreprises n'aient pas d'autre choix que de le faire. Tout d'abord en rendant les importations non compétitives en jouant sur la dévaluation, les quotas et les droits de douane. Ces politiques devront être à la mesure du problème. Ensuite en redonnant à la demande un vrai dynamisme, car comme je l'ai dit précédemment ce n'est pas l'investissement qui crée la demande, mais le contraire. Étrangement et contrairement aux idées actuellement très en vogue, relancer les salaires en France ne refera pas reculer l'investissement bien au contraire. En anticipant une demande en hausse et en bloquant les possibilités de faire appel à l'étranger pour produire nos entreprises seront beaucoup plus en clin à investir dans notre pays. On l'a bien vue dans la courte période 1998-2000, il a suffi d'une dévaluation et d'un retour à l'anticipation positive pour que l'investissement reparte fortement pendant quelque temps. Bien payer les salariés ce n'est pas amoindrir l'investissement, c'est bien au contraire le favoriser. Il faut sortir de l'idée absurde qui conduit à penser le dynamisme économique comme contraire au bien-être de la population.

 

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 16:03

 Emmanuel-Todd_IsUgoria_5-12-11_DSC88321.jpg Le dernier débat de l'émission de Frédéric Taddéi a vu un affrontement entre Emmanuel Todd et le célèbre eurobéat certifié Jean Quatremer. Un débat qui n'en était pas vraiment un puis qu’à mon sens on ne débat pas avec des intégristes et des idéologues, on les affronte. Les idéologues européistes et germanophiles compulsifs s'en prennent en ce moment à Todd. D'après eux il serait un infâme germanophobe à cause de ses attaques verbales répétées contre l'Allemagne. Emmanuel Todd, dont j'adore les œuvres, est, il faut bien le dire, un sacré poil à gratter national. Et si je l'ai souvent critiqué pour ses orientations politiques, ou ses propos légèrement angéliques sur l'immigration. Il n'en demeure pas moins l'un des esprits les plus importants de l'histoire française récente. Et nul doute que l'on parlera encore des œuvres de Todd en 2100 alors que le pauvre Quatremer aura depuis longtemps été oublié et son UE avec lui. Enfin j'exagère, il paraîtra sûrement dans les œuvres d'un historien parlant des penseurs décadents du début du 21e siècle. On pourrait toutefois ici dire que le Todd s'est encore laissé emporter par ses propos et son exubérance habituelle en faisant aussi ouvertement un procès à l'Allemagne et à son élite. 

 

Après tout, ce ne serait pas la première fois que Todd s'emporte. Ce n'est pas un homme de média qui calcule ses propos en fonction du nombre de caméra qui l'observe. Il est toujours naturel, et peut éventuellement avoir des termes qu'il regrettera ensuite. Cependant sur l'Allemagne je lui donnerais entièrement raison, et je pense même qu'il a été bien timoré sur ce coup.

 

L'Allemagne un pays sans avenir

 

Car la seule véritable critique que l'on peut faire de Todd c'est son étrange surestimation de la nation allemande. Loin d'être germanophobe, il y a même chez Todd une espèce de méfiance excessive quant à la puissance allemande. Une méfiance étrange puisque Todd est mieux placé que quiconque en tant que démographe pour savoir que l'Allemagne est un pays qui décline et qui va décliner de plus en plus vite. La situation actuelle est d'ailleurs en grande partie le fruit de ce déclin démographique qui aura nécessairement des effets extrêmement graves sur l'économie de ce pays à long terme. On pourrait dire en un sens que l'excédent allemand actuel est une espèce de chant du signe, ou de dernier feu d'artifice avec extinction définitive. Osons le dire, au rythme démographique actuel les allemands parleront le turc bien avant que l’Europe ne se mette à parler l'allemand.

 

Cet étrange paradoxe qui nous fait voir une nation mourante comme dynamique tient à la perception purement économique de l'homme moderne. La vision éconocentrique, si je puis user d'un néologisme, rend la perception de la réalité des nations étrange. Les intelligentsias modernes ne voyant et n'analysant la réalité qu'à l'aune du PIB ou du commerce extérieur d'un pays. Pourtant l'économie n'est qu'un paramètre lui-même assez secondaire. La démographie, la pensée, le progrès technique, la géographie, les ressources naturelles sont tous des données largement plus importantes que le taux de croissance du PIB qui dépend d'ailleurs essentiellement de ces éléments précité. La nation allemande est en train de se vider de ses hommes. Un coup d’œil rapide au taux de natalité et à l'évolution démographique suffit à s'en convaincre. Il ne faut pas avoir peur de l'Allemagne, il faut avoir peur pour elle et pour les conséquences macroéconomiques que cette situation va engendrer.

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(Source : dastatis.de

 

Les Allemands nous entraînent avec eux

 

Ce déclin démographique allemand extrêmement prononcé a évidemment de nombreuses conséquences sur l'économie allemande. Mais comme dans tous processus démographiques, ces conséquences suivent une évolution avec des phases séquentielles fort différentes au fur et à mesure que le temps passe. De la même manière, la transition démographique dans tous les pays du monde a eu des conséquences macroéconomiques différentes suivant le stade de la transition dans lesquels les pays se sont retrouvés. Un mécanisme qui peut être favorable à un pays à un moment donné de l'histoire économique peut aussi casser ce dernier à long terme. La transition démographique passe ainsi toujours par une phase dans laquelle la population active gonfle très fortement lorsque la natalité baisse . Il existe ainsi un laps de temps d'une trentaine d’années où les vieux sont encore rares et les jeunes sont en moins grand nombre. Cet allègement collectif du nombre de personnes à charge permet momentanément d'avoir une surcroissance et d'élever la quantité de capital par tête plus rapidement. L'Asie de l'Est et la Chine notamment sont dans cette phase particulièrement favorable de leur transition démographique. On notera d'ailleurs que moins un pays va avoir d'enfants et plus à court terme il va pouvoir élever le capital disponible par tête. On pourrait citer la Corée du Sud pour l'illusion de dynamisme fourni à court terme par la très faible natalité. Malheureusement, cet effet produira un très fort ralentissement économique lorsque le ciseau démographique aura fait son œuvre. Les jeunes actifs en surnombre devenant des retraités en surnombre. L'hiver démographique certains pays le connaissent déjà, le Japon et l'Allemagne notamment. Et l'on va voir que les conséquences économiques sont extrêmement désagréables non seulement pour ces pays, mais aussi pour leurs voisins.

 

La décision récente du premier ministre japonais de dévaluer le Yen a surpris beaucoup de monde. Et effectivement entre novembre et aujourd'hui le Yen est passé de 82¥pour un dollar à plus de 103¥. Mon collègue Laurent Pinsolle s'est empressé de voir dans l’accélération de la croissance japonaise au premier trimestre les effets bénéfiques de la dévaluation. Évidemment il défend la dévaluation en France à travers la sortie de l'euro, ce que je veux moi aussi. Il peut y voir un argument favorable aux idées qu'il défend à court terme pour la France. Sauf que la situation du Japon avant la dévaluation est très différente de celle de la France. Ce pays n'avait pas de déficit commercial majeur. Le Japon doit faire face comme tout le monde à la concurrence de la Chine et de la Corée du Sud. Il y a eu aussi l'affaire Fukushima qui a dégradé la balance des paiements en augmentant la dépendance au pétrole du pays. Mais on ne peut pas dire que le Japon avait un gros problème de déficit commercial surtout avec l'Europe et les USA. Or la dévaluation va surtout permettre au Japon d'exporter plus en occident c'est-à-dire avec une région du monde avec laquelle il était déjà en excédent. En fait loin de nous réjouir nous devrions plutôt nous inquiéter, car le Japon a compris une chose, il doit imiter l'Allemagne.... Il n'y a pas eu de relance au Japon, les salaires font du surplace et la demande intérieure est neurasthénique à cause de la démographie déclinante et d'une forte hausse des inégalités de revenu. Le Japon est l'un des pays développés où le coefficient de Gini s'est le plus dégradé depuis les années 90. Avec la dévaluation le Japon a choisi de faire comme l'Allemagne et de tirer sa croissance par l'excédent commercial avec les pays développés. Il va aggraver la crise mondiale en tirant vers lui la maigre demande de l'occident. On est dans un immense jeu de chaise musicale ou chaque pays essaie de faire son beurre au détriment du voisin. Les Américains étant hors jeu puisque produisant la monnaient pour que le jeu continue. 

 

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Exportation japonaises jusqu'en 2011 (sources stat.go.jp)

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 Importations japonaises jusqu'en 2011 (sources stat.go.jp)

 On voit bien en comparant les deux tableaux que le Japon avait des excédents avec l'Europe et les USA. Sans relance de la demande intérieure rien ne justifiait la dévaluation avec ces deux zones commerciales. Le vrai problème du Japon étant l'Asie de l'Est. 

 

Taux du Yen 

Dévaluation du Yen (source Bloomberg) 

 

Les Japonais ont des conceptions commerciales et économiques très proches de nos voisins allemands. Ils partagent en plus avec eux le même destin démographique. La différence entre les deux pays dans l'évolution commerciale récente est que l'Allemagne a un précarré de nations imbéciles soumises qui partage la même monnaie qu'elle. Le Japon n'a pas la possibilité comme l'Allemagne d'avoir une monnaie « faible » comme l'euro, tout en engendrant des excédents commerciaux pour stimuler sa croissance anémiée par sa démographie. En effet, l'euro évolue en fonction de la balance commerciale de l'ensemble des pays membres. Les déficits français, italiens, espagnols et autre compensent en quelque sorte les excédents allemands faisant de la zone euro une zone monétaire à l'équilibre. De fait, l'euro reste à son niveau stable, et l'Allemagne peut grâce à la faiblesse de ces voisins faire exploser ses excédents commerciaux. Le Japon, lui, est obligé de payer monétairement le prix de sa politique. Il faut bien comprendre que le Japon et l'Allemagne sont des nations mercantilistes anciennes, elles sont aujourd'hui concurrencées par les nouvelles venues et elles adaptent leurs stratégies de strangulation de l'occident à ces nouvelles venues.

 

Cependant si à l'origine ces stratégies commerciales agressives sont nées dans les années 70-80 avec l'ouverture aux échanges de leurs futurs victimes, la motivation de ces nations a quelque peu changé. En effet, la gueule de bois démographique commence à sérieusement se faire sentir que ce soit en Allemagne, ou encore pire au Japon. Le Japon ne faisant aucune politique migratoire il ne peut cacher comme l’Allemagne son effondrement humain. L'Allemagne quant à elle fait venir des immigrés en grand nombre, mais les problèmes s'accumulent comme chez nous. À long terme les démographes d'ailleurs pour dire que les nouvelles venues finissent souvent par faire aussi peu d'enfants que les locaux ce qui ne fait que prolonger l'agonie en quelque sorte. Cette contraction de la population produit mécaniquement une stagnation, voire une contraction du PIB, et ceci même si le PIB par tête augmente. Il induit dans les entreprises et la population un certain pessimisme sur le plan économique poussant à la réduction des investissements. La seule façon de compenser est alors de chercher ailleurs la demande qui manque à l'intérieur. De fait, au mercantilisme triomphant germano-nippon des années 70-90 a succédé un mercantilisme de survie. Il est probablement plus dangereux, car il est mu par un instinct de survie économique de ces nations. En un sens, on pourrait dire qu'avec la dévaluation du Yen intervenue cette année le Japon et l'Allemagne ont reformé l'Axe sur le plan commercial. Mais à la place d'un espace vital, ces pays cherchent maintenant une demande vitale chez les pays moins démographiquement suicidaires.

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Démographiquement l'Allemagne et le Japon ont le même destin. Va-t-on vers l'Axe des vieux?  

 

Stop à la francophobie française

 

Avec tout ceci on pourrait se dire comme Obélix « ils sont fous ces japonais et ces Allemands ». En quelque sorte oui puisque leur logique nous conduit irrémédiablement dans l'impasse, eux y compris. Puisque leurs excédents finissent par tuer leurs clients. Pour corser le tout, les Chinois et les Coréens sont aussi mercantilistes et ils suivent les mêmes traces démographiques que les prédécesseurs avec des déséquilibres encore plus graves d'ailleurs. On pourrait croire que quelques voix vont s'élever au milieu de cette folie pour dire qu'il faut peut-être relancer la natalité locale, et augmenter les salaires pour tirer la demande intérieure. Cependant, je crains qu'à moins d'une vraie réaction des victimes ces pays ne changent pas de politique. Nous nous dirigeons nécessairement vers un choc en retour, qu'il soit volontaire ou non.

 

Ce qui est cependant étrange c'est l'incroyable haine de soi que dégagent les élites françaises et une partie de sa population. Qui n'a pas entendu « les Français sont nuls », on a même des guignols d'extrême droite suisse nous disant du haut de leur paradis fiscal que la France est foutue, surtout à cause des immigrés. Cette haine de soi prend d'ailleurs des allures de farce chez l'extrême droite du FN dont le site fdesouche se fait le porte-parole. Pas un seul texte économique parlant de la France n'évitant les sempiternels délires sur la « France n’est qu'un pays d'assistés » ou le « imitons l'Allemagne, eux y sont travailleurs » . Avec des patriotes de ce genre, la France n'a plus besoin d'ennemis. De l'extrême gauche à l'extrême droite, tout le parc politique semble nourrir une incroyable haine de la nation française, un pessimisme totalement délirant. Pourtant notre démographie, même si trop faible, n'est pas catastrophique. Et étant donné les politiques absurdes pratiqués par nos élites depuis trente ans c'est un miracle que le pays ne soit pas dans une situation bien pire. Cela prouve au contraire l'incroyable résistance du pays. Plus tôt que d'essayer d’imiter une nation mourante comme l'Allemagne, laissons là s'enfoncer seul dans son délire. La simple sortie de l'euro fera déjà beaucoup de bien à l'économie française. Imposons à l'Allemagne l'équilibre de la balance commerciale à travers des taxes et des dévaluations, ils finiront par arrêter leur folie et retrouveront alors peut-être le chemin de la raison. Comme l'avait bien vue Todd dans l'illusion économique, les Français par leur veulerie et leur mentalité de dominé, poussent les Allemands à donner le pire d'eux mêmes.

 

Dans tous les cas, l'Allemagne ne peut pas être donnée en exemple. Ni le Japon d'ailleurs. Si encore Shinzo Abe avait relancé la demande intérieure et les salaires, la dévaluation aurait pu être considérée comme une relance keynésienne. Mais il n'en est rien. Les avantages comparatifs de ces pays mercantilistes se font au détriment de son propre avenir. Si tous les pays du monde pratiquaient la même politique qu'eux, nous irions droit vers l’extinction. Ce n'est donc pas un modèle généralisable. À nous français, d'inventer un modèle équilibré, fondé sur une politique d'équilibre extérieur et de relance intérieure. Nous devons inventer un modèle qui pourrait être généralisé. Pour cela il devra être fondé sur des équilibres économiques démographique et écologique à long terme. Le modèle germano-nippon est une impasse.

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 16:00

shadoks-3.1170669778Que le temps passe vite lorsque l'on n’écrit pas sur son blog. Il y a sept mois que je vous ai lâchement abandonnés. Je ne m'étendrais pas sur cette raison. Disons pour faire simple que des raisons techniques et personnelles m'ont empêché d'écrire dans un premier temps, et qu'une crise de fainéantise aiguë m'a empêché de reprendre lorsque cela aurait pu être possible. Il y avait aussi une espèce de lassitude face à la sombre débilité qui semble frapper nos gouvernants. Quelques mois après cet arrêt donc, tout semble plus clair, enfin non, pas vraiment en fait. Ce qui devait arriver est arrivé, et le PS s'enfonce de plus en plus vite dans la gadoue qu'il a lui-même fabriquée avec sa pseudo-opposition ces quarante dernières années. Malheureusement, il nous entraîne avec lui. Mais ne vous inquiétez pas, leurs collègues de l'UMP nous surprendront avec des propositions visant à faire couler la France encore plus vite que ne le font les socialistes.

 

Pour cette reprise du blog, il me semble nécessaire de faire une petite mise au point de la situation actuelle et de réexpliquer clairement l’impossibilité d'une sortie de crise dans les conditions actuelles. Car il faut bien avouer que les quelques bribes de réflexions qui fusent à travers le petit écran et les organismes de propagande officiels font montre d'une indécrottable bêtise dogmatique. Les chiens de Pavlov du néolibéralisme étant bloqué en position déflation salariale, et contrition des niveaux de vie. Et pourtant le désastre de ce genre de politique est déjà là en Grèce et en Espagne pour montrer en pratique le caractère complètement suicidaire d'une contraction volontaire de la demande intérieure. D'ores et déjà l'on signale des phénomènes de malnutritions en Grèce, en Europe, au 21e siècle. C'est tout simplement inacceptable et les responsables, intellectuellement irresponsables, de cette situation devront un jour, je l'espère, répondre de leurs crimes, comme naguère les nazis à Nuremberg. Car il s'agit bien aujourd'hui d'un crime contre l'humanité et contre les peuples d'Europe qui se trame chez les élites européennes. Loin de défendre leurs peuples, ces élites continuent sans faiblir à défendre les intérêts des multinationales et leurs petits profits personnels. L'affaire Cahuzac ne fut en ce sens qu'un révélateur de quelque chose de plus profond , d'une corruption systémique qui est profondément encrée dans les institutions françaises et européennes.

 

Comment sinon expliquer l'incroyable situation actuelle qui voit des politiques économiques infructueuses se faire reconduire inlassablement année après année ? Les deux piliers des politiques libérales sont le suivisme idéologique et la corruption. Je pensais assez naïvement jusqu’alors les deux piliers de même envergure, il semblerait pourtant que le second soit de bien plus grande importance que le premier. On comprendra donc mieux les propos récents de Frédérique Lordon qui pense maintenant qu'aucun changement ne pourra sortir des urnes. Il me semble cependant peu probable qu'un quelconque mouvement de masse renverse le système. Certes, les élections italiennes récentes semblent prouver que des changements peuvent arriver. L'union antinationale en Italie (appellation plus légitime, eu égard aux politiques qu'elle va pratiquer) prépare probablement l'effondrement général des institutions de ce pays. Car désormais les jeux sont clairs, la gauche officielle ou la droite officielle que ce soit en Italie en France en Grèce ou en Allemagne ce sont avant tout des libéraux qui agissent dans l’intérêt des multinationales et des possédants. L'UE et l'euro c'est leurs moyens de contrôle sur le revenu des peuples d’Europe. Ce sont des structures qui mécaniquement, par le libre-échange et la libre circulation des capitaux favorisent la rente au détriment du travail, de la production et du développement de nos nations. Mais ce n'est pas une éventuelle émeute française ou italienne qui mettra fin à l'UE et à l'euro. Mais bien plus les intérêts divergents des classes possédantes européennes. Et particulièrement l'imaginaire des classes possédantes allemandes qui mettra, je l'espère, fin aux délires européens par syndrome de supériorité interposé.

 

 

Petit résumé de l'origine de la crise.

 

Mais avant d'en venir à l’Europe, et à la France, parlons un peu de la situation mondiale. L'économie mondiale ne va pas bien. Même si l'Europe semble être l'homme mourant de la planète, le reste de l'économie mondiale n'est pas vraiment en meilleure forme. Et ce n'est guère surprenant puisque cela fait maintenant quarante ans que les libéraux et les multinationales euro-américaines poussent à la mondialisation et à la libéralisation des échanges. On a voulu rendre les peuples totalement interdépendants, il ne faut donc pas être surpris que l'agonie de l'Europe ou des USA ait des répercussions sur le reste de la planète. L'Asie a fait sa prospérité sur la destruction des industries européennes et américaines, oubliant au passage de rémunérer correctement leurs propres ouailles. Aux salariés bien rémunérer et protéger d’Europe et d’Amérique d'après-guerre ont succédé des esclaves sous-rémunérer et des riches vivant de leurs rentes en nombre infinitésimal comparativement à l'ancienne classe moyenne occidentale. De facto, cette situation a contracté mécaniquement la demande solvable de la planète, celle qui n'a pas pour moteur le crédit à la consommation. Et c'est bien là le hic dans la grande mécanique néolibérale. Les riches ne consommant pas autant que les pauvres en proportion croissante de leurs revenus. Ils achètent certes à profusion des choses inutiles. Mais malgré tout leurs délires consuméristes, ils ne parviendront jamais à maintenir le rapport entre le revenu épargné et le revenu consommé que les pauvres ont. De fait, la part du revenu épargné augmente pratiquement proportionnellement au niveau de richesse. C'est cette contradiction qui est fatale à cette mondialisation. La crise actuelle n'est que la démonstration par l'absurde que l'accroissement des inégalités de revenu est néfaste pour une économie aux gains de productivité croissants. Loin d'être le moteur de l'économie, l'inégalité est hautement nuisible. Les élites chinoises qui ne veulent pas de l'inflation salariale, pas plus que celles d’Europe, se sont donc mises elles aussi à la croissance par l'endettement des ménages et des entreprises. Avec des excès à l'espagnole puissance 10. La crevaison des bulles chinoises préparant la retombée du soufflé chinois avec toutes les conséquences géopolitiques que cela pourrait avoir en Asie. On imagine déjà une chine avec une croissance à seulement 2 ou 3% et un taux de chômage qui explose. Connaissant la mentalité chinoise on pourrait se retrouver avec quelques guerres à l'ancienne visant à exporter les tensions intérieures, on connaît ça en Europe.

Balticdry Avril2013

Sur le graphique ci-dessus on constate à quel point le commerce mondial est au point mort (source bloomberg) 

Cette concentration des richesses, aboutissement inéluctable de la globalisation, a produit la crise à travers les mécanismes d'endettement. Des dettes qui ont permis pendant quelques décennies de continuer à faire semblant de croire en Amérique comme en Europe que tout était comme avant. Et que l'on pouvait avoir de la croissance tout en voyant l'industrie, l'agriculture et toute la sphère de l'économie réelle partir en Asie ou en Europe de l'Est. La crise économique officiellement partie de l'explosion de la bulle immobilière américaine en 2007 n'est en fait que l'aboutissement d'une crise beaucoup plus profonde et datant des décisions économiques prises en occident dans les années 70. La libéralisation des échanges commerciaux condamnant toute forme de politique macroéconomique de relance en créant des phénomènes de vase communicant par l'intermédiaire des déficits commerciaux. Lorsque les USA relancent leur demande intérieure à coup de milliards de dollars, le seul effet qu'ils obtiennent aujourd'hui est une aggravation du déficit commercial. Ils ne créent d'ailleurs chez eux que des emplois de service lors de ces plans de relance. Il en va de même en Europe. De fait les pays mercantilistes, ceux qui attendent de leurs excédents commerciaux un retour à la croissance, pompent la demande mondiale dans une stratégie non coopérative destructrice aujourd'hui de la croissance mondiale. Et s'ils sont gagnants à court terme dans le jeu de la mondialisation, ils finiront par être rattrapés par la langueur que leurs avantages commerciaux provoquent ailleurs dans le monde. À l'heure actuelle la Chine l'Allemagne, le Japon, et la Corée du Sud qui forment ce que l'on pourrait appeler l'Axe du mercantilisme ont pompé collectivement toute la sphère productive de la planète.

 

On a oublié en Europe comme aux USA que les politiques de l'offre si chère aux libéraux sont des politiques intrinsèquement microéconomiques. C'est-à-dire qu’elles négligent le cadre collectif de leur application et supposent, sans le savoir, une indépendance entre l'évolution de l'offre et la demande. Pour les libéraux l'offre trouvera toujours une demande si le produit ou le service correspond à la demande. Dans leur « pensée », il n'existe pas de problème de demande, car « l'offre crée sa propre demande ». C'est évidemment faux, tout comme il est faux d'affirmer que l'épargne est naturellement égale à l'investissement. Il existe des déséquilibres qui produisent des crises s'ils ne sont pas corrigés par des politiques macroéconomiques compensatrices. Politiques qui sont évidemment impossibles dans le cadre du libre-échange total. Répétons cette évidence, tous les pays du monde ne peuvent pas avoir des excédents commerciaux en même temps. Une économie mondiale viable ne peut être réalisée que si les balances des paiements sont à l'équilibre partout à plus ou moins long terme. Et cela n'est possible que s'il y a une régulation du commerce mondial par le truchement des politiques protectionnistes, par des politiques de revenu et par des variations des taux de changes locales. Faire une politique de l'offre, dans un monde où la croissance est forte lorsque l'on est un petit pays, peut ne pas poser de problème, car notre propre poids est négligeable en regard du PIB mondial. Dans ce cas, et en partant de l'hypothèse que cette politique n'est pas imitée par les marchés visés à l'exportation, alors oui la politique de l'offre peut fonctionner. Mais cela fait bien longtemps que de telles conditions ne sont plus réunies. L’Allemagne et le Japon ont pu faire illusion dans les années 90-2000 grâce à l'énorme endettement qui s'est formé aux USA et ailleurs dans les pays de l’Europe latine. Mais aujourd'hui, ces pays sont exsangues, quant aux USA les relances n'ont plus aucune efficacité sur l'emploi. Et malgré l'avantage du dollar, on en vient à se demander si les USA ne vont pas en venir à n'employer que des fonctionnaires directement payer par l'impression de billets verts pour créer des emplois. Tellement les plans de relance sont devenus inefficaces sur l'emploi.

balance commer US 2012

 

La balance commerciale des USA a replongé sous l'effet des plans de relance Obama. Quand la croissance US plonge, la balance commerciale remonte. Ce qui finit par casser la croissance qui ne peut pas s'auto-entretenir. La consommation locale ne soutenant que partiellement l'emploi local, si ce n'est indirectement sous la forme d'emploi dans les services lié aux produits importés. C'est aux USA que la déconnexion entre l'offre et la demande est la plus grande engendrant des difficultés de plus en plus grandes dans la gestion macroéconomique du pays. C'est le prix à payer pour permettre à la finance rentière de vivre avec son train de vie délirant, pendant que le prolétariat US crève en silence.

 

 

Affirmons-le, aujourd'hui il y a une crise de surproduction planétaire. Trop d'offres et pas assez de demandes. La plupart des pays du monde attendent que les autres relancent leurs demandes intérieures. La Chine, pays de plus de 1,4 milliard d'habitants, attend impassiblement que l'oncle Sam arrose la planète de billets verts pour qu'elle puisse continuer d'exporter et d'employer ses millions d'esclaves. L'international des riches conduit la planète à une impasse. Et si tous les yeux sont rivés sur l'Europe, il ne faudrait pas oublier la très rapide dégradation des économies des pays émergents en commençant par la Chine et l'Inde. La grande déconnexion planétaire entre l'offre et la demande a créé une situation ingérable pour tous les pays du monde. La seule solution étant bien évidemment la relocalisation des activités et une réévaluation des rémunérations du travail à l'échelle de chaque pays. Il faut réapprendre à payer le juste prix des choses.

 

 

Et la France dans tout ça ?

 

En Europe et en France se rajoutent à la crise la lourdeur des structures européennes et le poids incommensurable de l'euro. Dans le système du libre-échange intégral, il ne reste en effet qu'un seul moyen de protéger un peu sa propre production et sa demande intérieure, c'est la dévaluation. Cet outil peut d'ailleurs être couplé à une politique de la relance intérieure pour réorienter la consommation vers les produits ou les services locaux en renchérissant le coût des importations. Et ceci tout en faisant baisser le coût de vos propres produits à l'exportation. La relance dans un cadre libre-échangiste doit donc toujours s’accompagner d'une dévaluation pour éviter le creusement du déficit commercial, le seul qui compte et dont on ne parle jamais. Hors cet outil-là, la France ne l'a plus. Nous partageons en Europe une seule monnaie pour des économies totalement divergentes. Cet état de fait concentre donc en Europe les effets de la crise de la demande planétaire.

 

Si l'on résume la situation mondiale actuelle, il y a trois zones économiques. La première, celle de l'empire américain est très particulière. En effet, les USA possèdent le dollar, une monnaie dont la valeur ne dépend pas de la situation commerciale des USA . Les USA peuvent inlassablement produire de la monnaie internationale leur permettant d'acheter des produits provenant de la planète entière. Cet avantage colossal leur permet d'exporter leur inflation et d'avoir une économie totalement désindustrialisée. En effet à quoi sert-il de produire quelque chose quand vous pouvez imprimer des billets et acheter indéfiniment tous les produits du monde ? La seule industrie américaine c'est celle de l'imprimerie et de la finance. De l'autre côté il y a l'Asie qui joue dans l'empire le rôle que l'Europe et le Japon d'après-guerre ont joué, celui de producteur. La chine est devenue en deux décennies le producteur attitré de l'empire, son avantage en matière de coût étant imbattable. La dernière zone est celle de l'Europe. Cette zone était il y a peu le gros fournisseur de l'empire, mais ce dernier a trouvé moins cher ailleurs. D'abord au Japon dans les années 70-80, puis en Corée et maintenant en Chine. Le problème des Européens c'est qu'ils n'ont aucun des avantages des deux autres zones. Les élites européistes ont voulu faire de l'euro le nouveau dollar, mais cette stratégie a échoué. Et nos pays ne sont pas compétitifs sur le plan industriel à moins de contracter de manière considérable le coût du travail comme le font les Allemands. Les élites européennes qui ne veulent pas de la dévaluation pour pouvoir elles même continuer à consommer des produits pas chers venant d'Asie ont donc choisi la stratégie du pire, celle de la déflation salariale et du chômage de masse qui lui est associé.

 

 

Si nous voulons continuer à vouloir vivre de l'exportation, il va soit falloir réduire fortement les salaires soit dévaluer massivement l'euro. Mais il existe une autre voie de sortie et j'en ai longuement parlé sur ce blog celui de la rupture avec la mondialisation impériale américaine. Il faut ignorer les marchés extérieurs et nous concentrer sur le nôtre comme nos ancêtres l'ont toujours fait. Nous devons relocaliser la production, mais aussi la demande en recréant un équilibre entre les deux. Un équilibre qui sous-entend évidemment une situation de plein emploi. Dans cette optique c'est bien vers le protectionnisme qu'il nous faut aller. Mais un protectionnisme qui ne vise pas les excédents commerciaux, mais le découplage progressif de l'économie mondiale. Et cela de façon à rendre à nouveau efficaces les plans de relance et les hausses de salaire sur le dynamisme de la production locale.

 

Du hollandisme révolutionnaire au hollandisme involutionnaire ?

 

L'avenir de la France est partagé. S'il n'en tenait qu'à notre propre pays d'agir et à nos élites de nous sauver, nous aurions bien du souci à nous faire. Car c'est à mon humble avis vers la dictature soft que les élites françaises aimeraient nous mener. Les solutions à la crise ne sont guère compliquées en fait. Tout le problème est d'imaginer la manière dont ces politiques pourraient arriver au pouvoir. Et dans le cadre de la « démocratie » française, il y a beaucoup de raisons d'être pessimiste. On imagine déjà l'élection de 2017 avec un taux de chômage officiel à 25 ou 30% et un FN qui arrive en tête au premier tour. Le gouvernement annule les élections puis interdit le parti de Marine Lepen au nom des droits de l'homme et de la démocratie.... Puis l'arrivée d'un gouvernement d'union national comme en Italie avec les militaires dans les rues pour empêcher les émeutes. Fort heureusement, l'euro aura peut-être explosé avant d'en arriver là. Mais ce n'est pas sur le suffrage universel qu'il faut compter, mais bien plus sur la bêtise des croyances collectives qui servent d'analyse économique à la masse des peuples européens. Comme je l'ai longuement souligner le scénario le plus probable de la fin de l'euro sera celui d'un rejet allemand. Même si c'est irrationnel et contraire à court terme aux intérêts de ce pays, tout concourt à cette hypothèse. En effet, ce n'est pas la réalité économique qui compte dans les politiques menées ,mais bien l'image que s'en font les élites et les peuples. La dialectique libérale a autant empoisonné le peuple allemand que le peuple français. Et les Allemands sont convaincus que l'euro est mauvais pour eux, non pas parce qu'il détruit la demande de leurs voisins,  mais bien parce qu'il nuit à l'économie allemande qui paye pour les irresponsables.

 

François Hollande grâce à son incroyable inaptitude à diriger le pays, et à sa formidable aptitude à pratiquer des politiques contraires aux intérêts du pays, va faire s'écrouler la demande française plus rapidement que je ne l'aurai espéré. C'est triste évidemment puisque cela va conduire à l'explosion du chômage, seulement ce n'est qu'à cette condition que la croissance allemande plongera puisque la France est son premier client. S'en suivra l'arrivée à complétude de mon hypothèse de fin de la monnaie unique, à savoir la sortie de l'euro de l'Allemagne. L'effondrement de l'euro permettra peut-être enfin à un bouleversement politique salutaire en France. Le Hollandisme révolutionnaire de Todd sera alors réalisé par l'involution économique produite par le libéralisme hollandien. Si Hollande devient révolutionnaire ce sera vraisemblablement par inadvertance.

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 22:40

TrouNoir1_defaultbody.jpgL'heure est grave, même les chantres de la mondialisation heureuse commencent, à voir le gouffre dans lequel l'humanité est entrée. Mais ne rêvons pas. Les libéraux, bien loin de comprendre la nature de ce gouffre, ne vont pas cesser de l'élargir avec leurs remèdes empoisonnés. Les statistiques sont maintenant formelles, les pays excédentaires, derniers illusions d'un modèle qui fonctionnerait tombent à leur tour dans la crise. Même l'immense Chine connaît un ralentissement économique important ce qui ne semble pas atteindre le cerveau de cette pauvre Angela Merkel qui croit sauver l'Allemagne en laissant périr ses voisins et en développant ses exportations dans le chimérique marché chinois. À quoi ressemblera donc ce marché lorsque les USA et l'Europe seront en récessions ? Cependant si cette crise qui ne devrait pas exister selon les théories pseudo-scientifiques du libéralisme produit des effets dévastateurs sur l'économie de nos nations, et si le discrédit des économistes est aujourd'hui total dans la population, le fait est que leurs idées malsaines continuent d'étendre inlassablement leurs effets pervers. Paralysant toujours les élites et les populations en les empêchant de faire la nécessaire rupture copernicienne d'avec l'Ancien Monde. En cette fin d'été 2012, les pensées sont paralysées, tétanisées face à l'ampleur du désastre que quelques jeux et diversions parviennent  tant bien que mal à cacher à l'opinion publique. En France même la vie est paisible, les médias sont aux anges depuis l'élection du saint socialiste qui va tous nous sauver. Et pourtant le chômage monte malgré les efforts désespérés des statisticiens pour camoufler le niveau de chômage réel du pays qui est au moins de double du taux officiel.

 

Allons-nous tous mourir pour sauver le libéralisme?

 

La crise actuelle est maintenant politique, bien avant d'être purement économique. Car les blocages des politiques sur le mode libéralisme sont plus le fait de lourdeurs politiques que d'une victoire intellectuelle d'un libéralisme agonisant. Cette rentrée scolaire va être redoutable et l'année 2013 qui arrive est porteuse de lourdes difficultés pour les élites occidentales et françaises en particulier. J'aimerai vous dire à la manière d'un Jacques Sapir qui voit la fin de l'euro à tous les coins de rue que cette monnaie absurde va disparaître et ainsi soulager momentanément l'économie française. Je pense malheureusement que l'euro se maintiendra ou plutôt que les élites le maintiendrons quel qu'en soit le prix. Face au chaos mondial qui pointe, nos élites ne sont pas prêtes à lâcher la seule bouée intellectuelle qui leur semble flotter. Même si celle-ci, nous le savons, est imprégnée de plomb. Nous allons donc au-devant d'une aggravation permanente de la crise et vers un renforcement démultiplié des politiques de réduction de la demande. Il va sembler à la majorité des nations du monde, non sans quelques raisons, que l'Europe devient le trou noir de l'économie mondiale. D'ores et déjà les effets de la réduction de la demande européenne font sentir leurs effets en Asie et particulièrement en Chine.



Mais le plus drôle dans cette histoire c'est que ce seront les systèmes sociaux et les politiques plus égalitaristes en Europe qui seront pointées du doigt comme étant la cause de l'aggravation de la crise. De sorte que l'on présentera ces politiques comme néfastes et que la crise sera l'occasion rêvée pour les rentiers et les multinationales de mettre fin à l'exception européenne. Ainsi l'on peut décrire la crise du libéralisme comme folie collective fonctionnant à la manière d'un emballement thermique ou d'une avalanche. Chaque décision prise par le système de pensée libéral aggrave la crise et autojustifie l'amplification des mesures libérales pour cause d'aggravation de la crise. Tout ceci aura une fin que lorsqu'il n'y aura plus rien à détruire, plus rien à privatiser. C'est alors seulement que le libéralisme se mangera lui même et cessera d'être au centre des prises de décisions. En un sens le libéralisme est tout à fait semblable au communisme ou au nazisme. Ces doctrines sont évidemment très différentes quant à leurs visées et aux moyens qu'elles emploient. Cependant une chose les réunis l'acharnement et l'entêtement. Ils iront jusqu'au bout du délire, l'humanité dut-elle disparaître pour y parvenir. Si ce n'est pas de la foi religieuse, une nouvelle forme de croisade et de délire messianique. Qu’est-ce donc ?

 

L'Europe dans le trou noir libéral



La politique européenne de contrition salariale est d'autant plus grave que le moteur consumériste américain ne redémarre pas contrairement à ce qu'affirmait la propagande médiatique de ces derniers mois. Le chômage remonte et la croissance américaine déjà faible, ralentie. Le seul moteur de la demande mondiale est en panne et n'est pas près de repartir. Et de toute manière même s'il repartait les pays mercantilistes accumulateurs d'excédents commerciaux sont aujourd'hui trop nombreux et trop gros pour permettre à la seule demande américaine de tirer la croissance mondiale. La stupidité d'un système commercial asymétrique mis en place ces trente dernières années atteint maintenant son rythme de croisière poussant à la récession permanente et à la contrition salariale. Le placebo du crédit et de l'endettement ne permettant plus de cacher l'ampleur du désastre en occident. La demande inlassablement va devoir s'aligner sur la maigre production encore solvable qui reste en Europe et aux USA. Il ne peut plus y avoir de croissance en Europe et aux USA dans ce cadre libre-échangiste, cependant les tenant du pouvoir font encore semblant de ne pas l'avoir compris.

 

 Les pays exportateurs cherchent de la demande, mais ils ne la trouvent plus. Quant à l'idée que la chine devienne un marché solvable, c'est simplement une escroquerie intellectuelle. Le taux d'épargne reste énorme en chine. Qui plus est même en supposant que la chine prenne une direction plus égalitaire, ce qui est peu probable, il faut tenir compte de l'hyperspécialisation économique du pays vers l'exportation. Et même si la demande augmente en chine pourquoi importerait elle nos produits puisqu'elle cherche depuis des années à devenir autosuffisante dans tous les secteurs industriels ? Les pays qui font un pari sur le développement de la chine pour leur propre croissance à l'image de l'Allemagne ou du Japon vont rapidement s'en mordre les doigts. La croissance en Europe et aux USA ne peut revenir que si l'on recrée un lien entre production et consommation. Ce qui revient à relocaliser les activités économiques pour rendre aux politiques de régulation de la demande toute leur efficacité. Toutes les autres voies sont juste de la poudre de perlimpinpin. Seulement, nous le savons, pour des raisons de rapport de force sociologique et économique ces décisions ne seront jamais prises.



François Hollande le dernier des présidents socialistes?



Face à cette réalité, on préfère détourner l'attention, et faire semblant de résoudre les problèmes. Je l'avais exprimé assez durement sur ce blog le lendemain pratiquement de l'élection de François Hollande. Cela fait quelque temps déjà qu'il est au pouvoir et le fameux changement ses partisans l'attendent toujours. Arnaud Montebourg celui qui a semblé un instant ramener la raison au PS s'est autodétruit en devenant membre d'un gouvernement qui pratique le libéralisme rose bonbon. Notre ministre du redressement productif ne possédant aucun levier économique réel s'est mis à gesticuler comme les autres, mais lorsque l'on se rappelle de ses positions préélectorales on ne peut plus que le trouver pathétique. La rose est déjà fanée et le président socialiste pourrait bien devenir le champion toute catégoriel du désenchantement. Il a déjà battu Sarkozy sur le plan de la vitesse de dégringolade d'opinion favorable. Cette situation ne fait que confirmer en passant qu'Hollande n'a guère convaincu, il était juste là en face d'un énergumène que plus personne ne supportait. Un autre candidat socialiste aurait pu tout aussi bien être élu. Seulement voilà Hollande est désormais au pouvoir et sa faiblesse intellectuelle due à son libéralisme tranquille ne peut que le pousser à aggraver sans cesse les problèmes qu'il prêtant combattre.



On peut d'ailleurs se demander à quoi ressemblera le parti socialiste dans quatre ans quand le taux de chômage sera de 20 ou 30% et que la seule chose que l'on retiendra de ce parti politique est son incroyable tolérance vis-à-vis de l'appauvrissement du peuple français. Sarkozy faisait au moins semblant de s'y intéresser, le PS ne fait même plus cet effort. La population comprend que plus rien ne sera fait pour inverser la tendance. De toute façon, les seules manières d'inverser cette crise seraient de contredire toute la doxa eurolibérale de ces trente dernières années. C'est simplement impossible pour les membres du PS et de l'intelligentsia française dans son ensemble.



Il n'y a plus vraiment d'espoir pour notre continent



Mon pessimisme latent peut certainement rendre mon discours noir. Cependant, il faut se rendre à l'évidence, cette crise va durer. En réalité, elle dure déjà depuis trente ans, mais elle était jusqu'à présent cachée par divers mécanismes. Je vois bien poindre ici ou là de multiples discours sur une révolution, sur une révolte des peuples, mais je crois qu'il est vain d'espérer cela. Nous nous dirigeons vers un pourrissement de longue haleine. À dire vrai sur une longue période historique je crois que c'est la période des trente glorieuses qui apparaîtra comme une anomalie historique. L'Europe va devenir une extension du tiers-monde, c'est maintenant inéluctable et c'est ce qu'elle a choisi. Il n'y aura ni révolte, ni mouvement d'aucune sorte. La vraie question est l'effet qu'aura cette crise ailleurs qu'en Europe, ce continent étant d'ores et déjà mort. À l'image de la Grèce du Portugal ou de l'Espagne, où il n'y a rien qui se passe malgré la violence de la crise. Cette région du monde se laisse porter par l'histoire, elle a cessé de l'écrire, et s'est suicidée. La chine pourra-t-elle survivre à la fin de son modèle exportateur ? Les états d’Amérique du Sud pourront-ils continuer à s'extirper de la mondialisation autodestructrice ? Quel sera l'effet géopolitique mondiale de la fin de l'empire américain ? Autant de questions véritablement importantes pour l'avenir. Je crois que je vais laisser l'Europe agoniser en silence cette année de blogue.

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 15:00

comfra.pngL'élection législative à peine terminée voila que la réalité reprend pied dans l'actualité sur les sornettes et les mensonges à répétition. Le pauvre François Hollande se voit obligé de montrer toute son impuissance verbeuse deux mois seulement après sa victoire. Quant aux pauvres électeurs de gauche encore aveugle sur la nature fondamentale du parti socialiste, ils sont maintenant condamnés à se voir répéter l'affaire Vilvoorde. Cela tombe bien d'ailleurs puisque le gouvernement refait appel à celui qui avait arrêté la politique. Le génial Lionel Jospin. Le monsieur qui n'a pas réellement compris d'où venait son relatif bon bilan à savoir de la dévaluation monétaire d'alors. Les socialistes ne peuvent rien faire puisqu'ils ont renoncé aux seuls outils réellement efficaces pouvant inverser la tendance à la désindustrialisation. Rappelons ici que les deux seuls outils sont les dévaluations et les protections douanières (droit de douane ou quotas d'importation). Les joies européennes se font au prix fort cher de l’appauvrissement général de notre nation. Et il faudrait être d'une mauvaise foi absolue pour affirmer l'inverse. Cela fait trente ans déjà que les socialistes ont troqué l'intérêt du peuple contre leur dogme postnational euromondialiste.

 

Une grande créativité justificatrice :

 

Bien évidemment pour justifier leur inaction collective les gens de « gauche » ne peuvent sortir les arguments sur l'efficacité économique comme les guignols libéraux de droite. Ce faisant, ils vont inventer tout un tas de justifications alternatives pour faire admettre cette destruction. Mieux que cela, ils vont réussir probablement à présenter cela comme un progrès. Il suffit de lire les réactions de la gauche pseudorévolutionnaire sur cette affaire pour s'en convaincre.

 

1-C'est la faute aux patrons

 

Argument habituel du type bouc émissaire. Cependant, ne dites pas aux gauchistes que les riches et les patrons sont leurs boucs émissaires. Ils risqueraient de vous menacer, ou pire encore. Le fait est que les riches et les patrons sont à la gauche française ce que les immigrés et les fonctionnaires sont à la droite française. Des arguments simplistes permettant de ne jamais vraiment penser de façon argumentative. Il suffit de lire ce type d'article sur couillon89 ( journal numérique ayant réussi à battre Libération , Le Monde et le Figaro sur le plan de la nullité journalistique)pour comprendre le caractère limité de ce type d'argumentation. Le fait est que les patrons de PSA ont en fait été bien plus patriotes que ceux de Renault et qu'ils en payent aujourd'hui le prix. Le vice est récompensé et la vertu punie grâce au fabuleux monde mondialisé que les petits gauchistes sont incapables de réellement critiquer puisqu’un monde non mondialisé est ipso facto un monde d'états nation. Or la gauche a horreur de la nation et des frontières.

 

En fait en suivant ce type d'argument il faudrait littéralement fermer toutes les usines en France pour que les groupes français puissent lutter et être efficaces à l'internationale. Mais alors se pose la question fatale : « Quid de l'intérêt pour le peuple français ? Avoir des multinationales championnes du monde, mais qui n'embauchent aucun français. Ça sert à quoi ? » Mais c'est probablement une question de facho nationaliste. À un moment donné, il faut se poser la question de savoir si l'on défend l'intérêt des entreprises ou l'intérêt du peuple et de la nation. Ici l'on voit bien que la gauche française défend en réalité l'intérêt des multinationales d'origine française bien plus qu'elle ne défend l'intérêt du peuple français. Paradoxalement, ces arguments pourraient même être utilisés par les riches qu'elle prétend honnir tant ses visées idéologiques coïncident comme par hasard avec l'intérêt de ces derniers. Évidemment ce n'est pas une coïncidence puisque la gauche bobo est issue en réalité du même milieu social. On entendra donc rarement, voir jamais, un type de gauche dire que la mondialisation est peut-être la cause du problème. Et si tant est qu'ils l'admettent, ils se retourneront en déclarant que c'est inévitable et que tout arrêt de l'ouverture des frontières produirait une catastrophe. Ce qui est illogique si l'on admet que la mondialisation est à l'origine de la dégradation de la situation économique de la majorité de nos concitoyens. Il est donc plus facile à gauche de jeter la pierre sur les patrons plutôt que de voir qu'en réalité ces derniers n'ont guère le choix eu égard aux conditions économiques construites par les défenseurs du libre-échange et de l'Europe mère de toutes les « prospérités ».

 

2-L'argument pseudosociologique

 

C'est probablement l'argumentation la plus pitoyable et la plus hypocrite que je connaisse voir ici. Il s'agit de présenter l'automobile comme un truc de beauf et de français archaïque. Un truc d'individualiste qui ne pense pas aux autres, un outil affreusement réactionnaire. C'est le recyclage à l'infinie des idéologies de la gauche des années 60-70 qui présentait la consommation de masse comme un truc affreux alors même qu'elle était issue de milieux aisés pour la plupart de ses membres. Je doute fortement que les soi-disant critiques de l'automobile vivent sans elle. Et s'ils le font, c'est généralement parce que leur milieu social et leur niveau de vie leur permettent le plus souvent de vivre dans les centres-ville et d'habiter à côté de leur lieu de travail. Bien loin de ce milieu périurbain où vit la majorité de la classe moyenne française. Des lieux de travail qui rendent obligatoires les déplacements en voiture. Les bobos veulent que tout le monde arrête la voiture ? Et bien il va falloir qu'ils se serrent un peu parce que l'on va manquer de place dans les centres-ville. Il va falloir également qu'ils acceptent que des pauvres « blancs » (Quoi ça existe ?) s'installent dans des logements sociaux près de chez eux. Un vrai cauchemar pour boboland ? C'est que les pauvres blancs ils s'entassent et font des gosses qui vont polluer la planète, ils pourraient en plus croiser nos filles. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur (© Chirac). Les noirs on les veut bien tant que l'on ne les croise que dans la rue. Ils décorent et mettent de la diversité, mais des pauvres blancs vous n'y pensez pas.

 

Avant de vouloir que les gens cessent d'utiliser la voiture, il faut penser aux conséquences pratiques et aux conditions sociologiques qui poussent les gens à s'entasser dans les embouteillages. Si les bobos pensent que la classe moyenne fait ça par plaisir, c'est qu'ils ont une vision du peuple français encore plus exécrable qu'on aurait pu le penser. C'est toutes les structures de nos villes de notre distribution et de notre organisation économique et agricole qu'il faut revoir si l'on veut que les gens abandonnent la voiture. Mais pour faire ça, il faut une industrie et des gens capables de transformer cette organisation. Pas seulement de beaux discours et des postures morales visant à discréditer une population et à s'exonérer soient même de toute responsabilité.

 

 

3-Il faut sauver la planète !

 

 

Là c'est le pompon. L'argument massue répété à l'envi par des réactionnaires qui s'ignorent. Oui parce qu'on le veuille ou non la décroissance est fondamentalement réactionnaire. La thématique a d'ailleurs pignon sur rue à l'extrême droite même si la pseudogauche n'a pas encore compris que son idéologie verte est fondamentalement d'extrême droite. Les groupuscules de gauche s'étonnent de la récupération que fait l'extrême droite de la thématique écologique, et pourtant l'écologie ne fait que revenir à son origine (voir cet article de Slate). Les nazis étaient de grands écolos, ils sont même passés maîtres dans le contrôle de la croissance des populations. Je ne dis pas bien évidemment que toute préoccupation écologique fait de vous un nazi, mais en faire une justification pour l'acceptation de la misère sociale voila bien qui nous ramène vers les heures les plus sombres de notre histoire . De plus, ce n'est pas en perdant les capacités de production et de création des automobiles que l'on préparera l'après-pétrole. Ne comptez pas trop sur le pizzaiolo du coin, et encore moins sur les énarques. Bien au contraire nous avons besoin de ces savoir-faire de ces ouvriers, de ces ingénieurs, de ces créateurs pour fabriquer des alternatives. Qui plus est, ce qui serait véritablement écologique serait un abandon de la production suite à une baisse propre de la consommation pour cause de substitution. Si la consommation baisse pour cause d'alternative, c'est très bien, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. Celle-ci baisse essentiellement à cause de l'appauvrissement croissant de la jeunesse. Ensuite, une part croissante de la consommation se tourne vers des véhicules importés, ce qui accroît encore l'impact écologique de cette production automobile. Car ne soyons pas dupe. Si les productions faites ailleurs que sur le sol national sont si peu onéreuses, c'est aussi parce que les normes environnementales y sont minimalistes. Tout comme les salaires et les droits sociaux.

 

 

L'industrie automobile est une nécessité vitale

 

L'automobile est l'un des derniers remparts industriels de la nation française dont les déficits commerciaux battent record sur record. Après elle l'industrie aéronautique suivra plus rapidement qu'on ne le croit puisque d'ores et déjà une bonne partie des Airbus sont réalisés à l'étranger. Il ne faudra guère de temps pour que la création suive la production, comme c'est le cas à chaque fois qu'une industrie est délocalisée. Nous perdons les derniers savoir-faire, les derniers ingénieurs, et techniciens, qui ont permis à la nation d'atteindre son actuel niveau de vie. À n'en pas douter une telle perte ne fera que provoquer à long terme une tiers-mondisation de la nation française. Le niveau de bêtise atteint par les dirigeants français en la matière est proprement hallucinant. Comment imaginer qu'un pays totalement désindustrialisé puisse inventer ou préparer l'avenir ? Nos dirigeants croient-ils qu'une avancée technique et des révolutions industrielles peuvent naître simplement dans le cadre d'un simple laboratoire de recherche. En supposant bien sûr qu'il en reste une fois les industriels partis, et les délocalisations des centres de recherche terminés. L'économie ne marche pas toute seule par l'opération du Saint-Esprit, il faut des hommes ayant la culture industrielle et technique pour porter des idées et des innovations vers des réalisations industrielles concrètes. Et ces hommes ils doivent se nourrir et nourrir leurs familles. S'il n'y a plus d'emploi dans leur secteur, ils en changent quand ils le peuvent, et perdent ainsi petit à petit leurs liens et leurs connaissances pratiques. De plus, ils ne transmettront plus aux prochaines générations ces savoir-faire. On peut parler de biotope techno-industriel. Et ce biotope français s’appauvrit à grande vitesse, il se vide de ses bras et de ses cerveaux. On embauche des polytechniciens pour faire des modèles mathématiques idiots sur les marchés financiers au lieu de les employer dans l'industrie et la recherche. On laisse nos thésards partir à l'étranger parce qu'ils ne trouvent aucun emploi pour leur qualification en France. Et l'on s'étonne ensuite de la désaffection croissante des jeunes pour les études scientifiques et techniques. Ils ne font pourtant que s'adapter à l'évolution du marché de l'emploi.

 

Ce que font nos élites à l'heure actuelle est totalement irresponsable et les socialistes porteront à jamais la marque de l'infamie s'ils laissent s'accélérer encore le niveau de désindustrialisation du pays. Cela relève de la haute trahison, voir du crime contre l'humanité si l'on se réfère à la violence, à la mort et à la misère que ces politiques provoquent. Et accuser le gouvernement précédent qui lui même accusait ses prédécesseurs n'excuse rien. Combien de temps nous faudra-t-il pour réparer les dégâts ? Deux ou trois décennies minimum si les désindustrialisations se poursuivent. Il est encore temps de tout stopper et de nous appuyer sur les quelques industries qui nous restent en les protégeant pour redresser la barre et régénérer le tissu industriel. Il n'est pas encore trop tard, mais la fin est proche. Des mesures brutales et protectionnistes sont nécessaires en rompant les traités néolibéraux. Que les dirigeants prennent enfin leurs responsabilités et agissent comme des adultes responsables. Ce n'est pas des hypothétiques réactions mondiales, si nous nous protégeons, qui devrait inquiéter nos élites, mais bien plus le destin funeste vers lequel ils conduisent actuellement la nation française.

 

 

 

Cette vidéo montre comment les socialistes de l'époque ont géré le déclin de la sidérurgie. Loin de vouloir l'arrêter il l'on juste accompagné. Il se passe excactement la même chose avec l'automobile. (La vidéo date de 1985)

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