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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 17:30

135123.jpgSi je parle régulièrement sur ce blog de la question de la régulation commerciale par le protectionnisme c'est qu'à mon sens il s'agit là de la priorité absolue à court terme pour redresser la situation. Cela ne signifie pas cependant que ces mesures seules parviendront à nous sortir du bourbier dans lequel nous sommes empêtrés. C'est pour cette raison que je parle également de la relance de la demande par des mesures d'investissement, mais aussi, et surtout, par la relance des salaires. Il s'agit là du deuxième pilier sur lequel peut s'appuyer une véritable politique de sortie de crise. Mais comme en mécanique un système n'est stable que s'il a trois points d’appui, il y a un troisième pilier nécessaire au redressement économique du pays. C'est celui du financement de notre développement et du choix des orientations de ce même développement. S'il est nécessaire de rendre à l’investissement public, toute la place qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ne faut pas oublier non plus que l'actuel système qui permet de financer les entreprises a totalement échoué sur le plan collectif. La finance actionnariale et le système qui a jusqu'à aujourd'hui prétendu à l’efficience la plus grande s'avèrent incapables de financer le plus petit projet collectif. Notre système d'investissement est incapable de financer des projets portés par autre chose que l'intérêt à très court terme et à taux de retour sur investissement démentiel. Il ne faut pas douter du fait qu'il s'agit là d'un tournant majeur dans l'histoire économique, car c'est une rupture avec l'ancien capitalisme. Celui qui certes avait ses défauts inégalitaires, mais qui savait financer les idées les plus folles faisant bouger l'innovation et l'économie. C'est cette réussite apparente qui permettait aux gens d'accepter les inégalités du système comme l'avait bien compris Keynes.

 

Le capitalisme ne doit son succès qu'à la passion non économique de ses investisseurs



En vérité, l'on s'est bien trompé sur l'origine du succès du capitalisme occidental. Et c'est encore une fois la pensée libérale qui nous a induits en erreur, car elle a pris une contrainte pour cause et a ignoré ce qu'était le moteur réel du capitalisme et des sociétés occidentales. À la base de la thèse libérale, c'est l'intérêt purement économique qui motive l'investisseur, de la même manière que c'est l'intérêt purement économique qui motive le salarié, le consommateur et toute la société. Chez les libéraux il y a une espèce de cynisme qui considère toute autre apparente raison comme un cache-sexe aux intérêts économiques auxquels tous se rapportent. Nous ne sommes pas trop durs avec eux cependant, leurs cousins marxistes en pensent autant. Là est à mon avis une des erreurs fatales de ces pensées économicocentriques. On pourrait parler d'ailleurs parler pour qualifier ces théories économiques d'éconocentrique.



La vérité c'est que le capitalisme occidental s'est développé dans des cultures particulières et dans des cadres qui lui ont fourni une qualité d'individu qui lui a permis son développement. Comme le dit si bien Jean Claude Michéa, ce n'est pas le capitalisme et l'intérêt individuel qui ont construit l'honnêteté, la passion des arts et des sciences, ou qui ont donné aux hommes l'envie du savoir et la puissance créatrice. Le développement du capitalisme fut le fruit d'hommes passionnés. On pourrait sortir les célèbres créateurs américains de Ford à Edison pour montrer que la passion première de ces hommes n'était pas en réalité la passion de l'argent. La première volonté d'Henry Ford était par exemple d'alléger la charge du travail des agriculteurs qu'il connaissait bien, lui qui venait d'un milieu agraire. Si la Ford-T était d'ailleurs une voiture capable d'être utilisée par les gens de la campagne ce n'était pas un hasard. Loin de la seule motivation pécuniaire Ford avait le souci de la société qui l'entourait et des passions qui le guidaient. On peut en dire autant de la plupart des grands créateurs d'entreprise ou d'innovation majeurs. Le succès du capitalisme fut donc surtout le succès des hommes qui le portait, hommes produits d'une éducation particulière et de passions. Ce ne sont pas des gens avec des mentalités de banquier qui innovent ou qui créent, ce sont les passionnées.



Le problème c'est que le capitalisme actuel est porté justement par des individus de pensée marchande qui ne sont justement passionnés que par l'argent. Loin de sa passion des débuts, le capitalisme n'est plus que l'ombre de lui même. Les générations de rentiers qui ont hérité des héros du passé ont sclérosé le capitalisme. Cette sclérose n'est pas le fait du capitalisme lui-même, même si sa nature avare en matière de richesse accélère considérablement le processus. Toutes les organisations humaines sont touchées par le même mal, celui de la dégénérescence consubstantielle à l'héritage sociologique. Les héritiers des bâtisseurs de jadis ne souhaitant plus que jouir de leur rente le système met à sa tête des gens sans talent et sans passion. On retrouve la même dégénérescence dans le système politique français, combien de députés sont enfants de ministre ou de députés ? Combien y a-t-il d'enfants d'ouvriers ou de classes sociales inférieures chez les ministres ? Et surtout combien y a-t-il d'hommes passionnés par la politique et par l'intérêt du pays ? Bien peu malheureusement. Et c'est bien là le problème. Plus que l'inégalité économique c'est la nullité de ses élites qui condamne notre société.



Les artistes, les scientifiques, et les créateurs d'abord !

 

Notre décadence créative est donc surtout due au fait que les pouvoirs économiques, ceux qui permettent l'action collective des hommes, sont aux mains de gens peu à même d'en faire bon usage. Tout comme ceux qui dominent l'espace politique sont incapables de résoudre les problèmes de la nation. Problèmes qui en vérité les intéressent bien moins que leurs intérêts propres et carriéristes. Pour redresser la barre, nous devons donc remettre à la tête de nos entreprises et de la finance ceux qui ne sont pas passionnés par l'argent ou par l'intérêt économique, mais ceux qui sont passionnés par la création par l'invention par l'originalité et l'intérêt général. Ce n'est pas de banquier dont nous avons besoin pour diriger nos entreprises, mais d'artistes, de scientifiques, d'ingénieurs et de créateurs. En mettant le marketing et la finance au cœur de la domination économique ce qui s'est traduit par le remplacement des polytechniciens et des normaliens par des gens de HEC ou de l'ENA, nous avons cassé la créativité collective et la passion du bien commun.Ils nous faut des gens passionnés par l'art de créer et non par l'art d'accumuler. Ce n'est qu'à cette condition que la mécanique positive du capitalisme pourra reprendre, celui de la création et de l'innovation.



Réinventer le financement de projet



Vous allez me dire : « Tout cela, c'est très bien. Mais comment peut-on faire concrètement ? » Quelles décisions un état peut-il prendre pour redresser la situation ? Au-delà de la question du contrôle des capitaux nécessaires au redressement productif national, il est important d'imaginer des systèmes de financement alternatifs pour les créateurs d'entreprises. Pour ce qui est de la création d'entreprises, on peut penser à des prêts à taux nul ou même négatif pour les entreprises. Cependant, nous tombons là dans un problème essentiel, même si l'état décide de faire ce type de prêt il y aura toujours le problème du choix. Des fonctionnaires ne sont pas forcément mieux placés que les banquiers pour financer des projets. Pour des activités relativement normales du type petite entreprise de BTP ou de commerce, ce n'est pas un problème. Pour des activités plus pointues, ce n'est pas l'idéal. L'idéal serait que des passionnées de l'art puissent décider collectivement de l'investissement à fournir. En clair, le choix d'un financement d'une entreprise particulière devrait pouvoir se déclencher grâce à un choix collectif fait par ceux qui sont le plus à même de juger de la qualité intrinsèque du projet. Par exemple si un scientifique veux créer une entreprise dans un domaine de génie génétique il faudrait que l'octroi du prêt soit décidé par des gens neutres, mais de culture scientifique suffisante pour générer le prêt. On pourrait donc imaginer que des prêts publics à taux nul ou négatif soient octroyés dans tous les domaines, mais chapeauter par des décideurs non intéressés et neutres, mais ayant des capacités techniques leur permettant de faire une mesure de la potentialité de la future activité de l'entreprise. L'idée étant d'exclure autant que possible le choix sur des critères purement économiques, pour se concentrer sur l'intérêt proprement scientifique, technique, artistique et collectif. Pour ce qui est de la gestion des grandes entreprises, l'inclusion de processus démocratique me semble à l'heure actuelle la meilleure façon d'éliminer l'influence de la finance et de l'actionnariat. Associer les salariés au processus décisionnel de l'entreprise est non seulement nécessaire, mais vital. On pourrait aussi responsabiliser les actionnaires en diminuant fortement la liquidité des titres. On obligerait un titulaire de titre d'action à garder celle-ci au moins 5ans avant de la revendre. Responsabiliser les actionnaires c'est aussi améliorer la prise de décision à long terme.

 

Mais d'autres solutions moins concentrées sur l'état, plus rapides, et moins administratives peuvent également se faire. Je vais prendre un exemple qui nous vient d'une industrie particulière, celle du jeu vidéo et de l'informatique. En effet, le jeu vidéo est une industrie qui entre en crise à l'heure actuelle. On assiste à une désaffection croissante d'une partie des anciens joueurs face à ce que l'on peut considérer comme une baisse notable de la qualité globale des titres produits. L'industrie du jeu vidéo si elle est une industrie relativement récente, a connu très rapidement toutes les étapes qui font passer de l'artisanat à la superproduction. Elle est passée à la maturité en une vingtaine d'années tout au plus. Dans les années 80-90 une poignée d'individus suffisait à faire un jeu à succès, le faible nombre d'individus permettait à la créativité d'être grande et la prise de risque maximum. Les dirigeants des entreprises du jeu vidéo à l'époque étaient essentiellement les créateurs eux même. L'exemple typique fut le français Éric Chahi qui créa seul l'un des jeux les plus culte de l'histoire, Another World. Cependant petit à petit comme dans le cinéma, les investisseurs, les financiers et les actionnaires ont vu que le jeu vidéo pourrait être rapidement une industrie hautement lucrative. Et comme dans la musique, le foot ou le cinéma les créateurs ont perdu la main et se sont fait dominer par des gens qui ne s'intéressent aux jeux vidéo que pour gagner de l'argent. On assiste depuis à la création de jeux de moins en moins innovants, de moins en moins intelligents, et de plus en plus violents, stupides et simplistes. Les marketeux fonctionnant avec leurs lunettes sociales particulières ils pensent que des jeux cons sont plus susceptibles de se vendre que des jeux intelligents puisqu'ils pensent que la majorité des gens sont stupides.

 

Face à cette décadence, certains créateurs ont décidé de réagir et ils ont eu une idée que je crois simplement géniale. C'est le projet Kickstarter. L'idée est de faire financer les projets directement par les personnes qui sont intéressées en payant d'avance. Les personnes présentent leur projet sur le site, puis les gens font des donations par palier et avec un certain niveau par exemple vous donnez 15 euros pour acheter le programme d'avance dans le cas d'un projet de programmation. Les projets peuvent être informatiques, vidéoludiques ou autres. Et tout un chacun peut financer le projet et en bénéficier par la suite si le projet aboutit. Le principe contourne directement les banques, l'état ou le système financier. C'est un peu le principe du lien direct du producteur vers le consommateur, mais inversé. On pourrait dire que c'est une production directe du créateur vers les passionnés. De gros projets sont déjà financés grâce à ce système totalement novateur et qui mériterait d'être imité en France. Ainsi le créateur de jeux vidéo Brian Fargo a-t-il réussi à financer son projet de jeu à hauteur de 3 millions de dollars sans emprunt et en tout indépendance financière. Un jeu qu'aucun financier ne voulait créer sans le façonner à la mode pour « optimiser » les ventes selon les règles du marketing (simplification, vulgarité, sexe abondant, etc.). On pourrait imaginer un tel système en France soutenu par l'état pour attirer le chaland. Bien sûr tous les projets ne réussiront pas, mais le mécanisme permettra sûrement de financer des projets originaux et audacieux, bien plus audacieux que ceux du système actuel. Il s'agit peut-être de la naissance du véritable capitalisme 2.0, car ce type d'initiative n'aurait pas pu émerger sans internet .

 

Quoi qu'il en soit, il faut mettre fin à l'idée que la bourse, l'actionnariat et le système financier actuel sont le nec plus ultra du financement d'entreprises. Au contraire, dans les conditions actuelles ils réduisent à néant la créativité en mettant au centre du choix de financement l'intéressement économique à court terme. Ils produisent du laid parce que ce serait trop cher de faire du beau. Ils prônent la stagnation et le conservatisme, car il serait trop risqué pour les investissements de créer de nouvelles activités et potentiellement de nouveaux marchés. Enfin, n'oublions pas qu'aujourd'hui la finance se nourrit bien plus des entreprises qu'elle ne les finance. La finance a perdu son rôle d'investissement pour devenir un énorme parasite qui se nourrit de l'activité productive. Tuons là avant qu'elle ne nous tue.

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 17:01

1227221702_small.jpgEt voilà, ils palabrent les néolibéraux espagnols. Ils viennent de sauver leur pays grâce à la "rigueur" et à l'amélioration de la "compétitivité". Certes, on augmente les impôts, et on fait baisser le niveau de vie local, mais c'est pour le bien du peuple, pour améliorer ses performances à l'exportation et pour retrouver la croissance à long terme. On connaît le discours en France et plus généralement en occident, on justifie toujours les sacrifices du présent pour soi-disant sauver l'avenir, les petits enfants ou les ours polaires du 29e siècle. Le fait est que l'on pourrait copier/coller les discours des mêmes politiques en France aux USA ou en GB dans les années 70-80 et trouver exactement les mêmes justifications néolibérales. En France déjà le rouleau compresseur médiatique prépare la population à une énième politique d'austérité pour sauver la croissance. Et déjà l'on salue le "courage" des élites espagnoles comme on donnait en exemple hier le courage des élites britanniques puis le courage des élites grecques. Et cela sans que jamais l'on ne regarde les résultats désastreux de ces entreprises d'autoflagellation massives et autodestructrices. Le bilan est pourtant calamiteux y compris d'ailleurs sur le plan de la fameuse compétitivité. 

 

Les libéraux ne comprennent rien au fonctionnement de l'économie réelle!

 

Ils ignorent parfaitement les interactions et raisonnent en cryptocartésien, segmentant chaque secteur de la société et de la vie économique en autant de petites robinsonnades sans voir la structure générale d'ensemble. Comme je l'avais dit dans un de mes premiers textes sur ce blog, le libéralisme est un enfant bâtard du cartésianisme le plus simpliste. Il a une pensée segmentée, fragmentée, incapable de voir les interactions énormes entre les différents compartiments de la société. Le libéral peut à la fois prôner l'austérité partout sur terre et penser que la croissance continuera grâce aux exportations. Il ne semble pas se poser la question de savoir où seront exportés les surplus si tout le monde contracte sa demande. Nous vivons pourtant dans un monde économique en contraction et pas seulement en Europe. Même les pays asiatiques flanchent, et pour cause leur croissance provient des exportations vers l'occident ou le Japon, qui sont aujourd'hui sinistrés. Dès lors, faire croire à ces pauvres pays en perdition d'Europe qu'ils s'en sortiront grâce à l'amélioration de leur « compétitivité » c'est-à-dire grâce à l'amélioration des exportations est une escroquerie. D'une part parce que même en supprimant les charges, l'état et les méchants fonctionnaires, les pays d’Europe resteraient infiniment plus coûteux que ceux d'Asie ou d'ailleurs. Mais même une forte baisse des salaires n'y parviendrait pas. On est dans des rapports de 1 à 20 ou 30.

 

Le rééquilibrage des balances commerciales ne se fera pas alors par l'amélioration des exportations, mais bien par l'effondrement de la demande intérieure et par l'explosion du chômage comme aux USA ou en GB. Ensuite même si les pays européens devenaient compétitifs face aux Asiatiques d'où viendrait donc la demande puisque ces mêmes pays asiatiques comptent eux aussi sur leurs exportations vers l'occident pour boucler leurs fins de mois ? C'est le cercle d'Ouroboros littéralement. Et cela nos petits économistes libéraux ne peuvent le voir. Puisqu'il faudrait pour cela qu'ils laissent tomber leurs pseudo-modèle microéconomiques farfelus pour s'intéresser à la globalité des choses et des interactions internationales. En suivant leurs raisonnements de toute façon, on se demande comment l'Europe ou les USA ont pu se développer sans marché extérieur au 19e siècle. C'est au-delà de la compréhension libérale qui croit que le commerce international est le moteur des économies nationales alors qu'il est en fait une conséquence du développement des états nations. La politique du gouvernement espagnole va donc se terminer exactement la même manière que la politique grecque, portugaise, italienne ou britannique par une accélération de la crise. Et cela alors que le taux de chômage en Espagne est déjà très élevé. La France doit s'attendre à une explosion de réfugiés espagnols pour les deux ou trois ans qui viennent. Le temps que les mêmes politiques poussent les Français à quitter eux aussi leur propre pays pour des contrées moins folles. ( S'il en existe, elles ne sont pas situées en Europe de l'Ouest) .

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On n’améliore pas la productivité en réduisant les débouchés !

 

L'autre billevesée de ces raisonnements crétins de contrition généralisée c'est l'idée que ces contractions amélioreraient la productivité . Quelle ânerie ! Où a-t-on vu qu'une baisse de la consommation et donc des investissements des entreprises améliorerait la productivité du travail ? Car, ne nous y trompons pas, on n’a jamais vu une entreprise augmenter ses investissements avec une baisse de ses commandes. À moins qu'elle ne soit gérée par un farfelu. Au contraire, la baisse de la demande accélérera les délocalisations en convainquant les derniers industriels produisant en Europe que le continent est condamné et que l'avenir est ailleurs. Loin d’accroître les investissements et l'amélioration de la productivité, ces politiques d'austérité dégradent encore plus la situation de l'investissement et réduisent encore les gains de productivité. Car il est irrationnel pour un acteur d’accroître ses investissements dans un marché qui lui semble en déclin. Les politiques déflationnistes conduisent en réalité toujours vers les situations qu'elles prétendent combattre. Elles accroissent les déficits, démolissent les investissements et réduisent le niveau de vie des populations en produisant un cercle infernal de dépression qui s'aggrave indéfiniment.

 

 

Comme le disait Keynes la seule chose qui empêche ces politiques de mener à des taux de chômage de 100% ce sont les diverses « rigidités » que nos dirigeants libéraux s'empressent par tous les moyens de supprimer. Ce sont ces rigidités qui maintiennent encore un semblant de vie économique. On imagine déjà la tête du marché automobile le jour où l'on supprimera le SMIC et le statut du fonctionnaire en France. Le parc automobile vieillissant va encore vieillir, car le niveau de vie déclinant des Français et des Européens ne leur permet plus d'acheter des voitures neuves. Ainsi en 1990 les voitures en France avaient en moyenne 6 ans d'âge, elles ont aujourd'hui en moyenne 8 ans. Plus intéressant serait de voir l'âge moyen des acheteurs, car nous savons que la crise a surtout concentré ses effets sur les nouvelles générations. Même si les écologistes souhaiteraient que ce fussent pour sauver la planète que les jeunes cessent d'user de l'automobile, les raisons en sont plus bassement matérialistes. Ils n'ont pas les revenus suffisant pour se loger ou pour acheter des véhicules. Et l'instabilité de l'emploi résultant des politiques néolibérales aggrave encore les choses en rendant impossibles les emprunts de consommation à moyen terme. On peut parier que sans les derniers stabilisateurs keynésiens de l'économie française on assisterait à un effondrement bien plus spectaculaire. Quoi qu'il en soit la situation espagnole ne risque pas de s'améliorer avec les dernières politiques menées. Le gouvernement espagnol pense-t-il vraiment sauver son pays en condamnant ainsi sa jeunesse ? J'attends avec impatience dans un an un discours du même acabit que celui du premier ministre portugais qui n'a d'autre conseil à donner à sa jeunesse que de quitter le pays. Et ces gens se disent responsables et sérieux ?

 

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Imaginez le taux de chômage lorsque la rigueur aura été instaurée en Espagne !

 

Comment les Espagnols pourraient-ils se sauver?  Et nous avec ?

 

En premier lieu plutôt que de quitter leur pays pour rejoindre des nations qui font exactement les mêmes politiques stupides je pense que les Espagnols devraient plutôt conseiller à leurs élites et aux euro-libéraux de quitter le pays ou de les pendre directement. Oui, il faut cesser l'euphémisme face à la violence délirante des oligarques, ils ne comprennent que la force. Si les peuples n'agissent pas, les européistes libéraux iront jusqu'au génocide par chômage et misère interposé. Ils l'ont déjà fait en Amérique du sud et en Russie. Une fois des gens plus sérieux au pouvoir que pourrait-on faire ? La voie pour l’Espagne est étroite, mais pas impraticable. Et pour peu que les nouvelles élites éventuellement bien intentionnées veuillent agir correctement les solutions sont en fait très simples, même si la guérison des effets du néolibéralisme sera longue. En premier lieu, il faut sortir de l'euro pour rendre au pays sa capacité en matière de politique monétaire et d'investissement.

 

Mais la sortie de l'euro n'est qu'une condition pour pratiquer des politiques de réindustrialisation et de relocalisation seule à même de permettre de nouvelles politiques de hausse de la demande intérieure et de plein emploi. Car le plein emploi n'est pas du tout une utopie ou un fantasme qui nous serait inaccessible à l'âge de la robotique. Il y a beaucoup de fantasmes d'ailleurs sur ces questions. Le but des relocalisations et de la réindustrialisation n'est pas, et n'a jamais été de réemployer tout le monde dans l'industrie. Le niveau de productivité ne le permettant pas où alors il faudrait augmenter la consommation dans des proportions délirantes. Le but est de permettre une politique de plein emploi y compris grâce au service. Comment ? Pour faire une politique de plein emploi, il faut d'abord jeter à la poubelle l'idée d'autorégulation des marchés qui est totalement fausse. En vérité il n'y a aucune raison pour que l'offre et la demande s'ajuste naturellement, par les forces du Saint-Esprit de sorte que tous les salariés soient employés. Le marché est la résultante de multiples décisions indépendantes et donc potentiellement contradictoires sans aucune sorte de correction collective puisque sans mécanisme coïncidant naturellement avec l'intérêt général.

 

Le marché n'est pas un système autorégulé. Plus exactement le véritable régulateur a toujours été extérieur au marché, c'est l'état, la loi, les mœurs, la culture, les croyances et tout ce qui fait le cadre au-dessus de la pure logique économique. Il ne faut pas oublier non plus que le moteur même de l'économie le désir, l'inventivité, la passion sont autant de choses qui échappent à la question économique et qui forment pourtant un substrat sur lequel s’appuie sans le savoir le marché pour fonctionner. Si la logique libérale de l'intérêt individuel était le seul mécanisme, on voit mal pourquoi les gens respecteraient les lois ou la propriété individuelle. En effet si rien ne vous en empêche, l’inhibition et la morale notamment, il est plus simple de voler que de travailler durement. Il est plus simple de copier que d'inventer, plus facile d'écraser son concurrent en le tuant, ou en le corrompant, que de le battre à la loyale en usant de l'inventivité et de la créativité. Le marché n'est donc rien sans un bon substrat culturel, sans état et plus généralement sans un cadre de régulation.

 

La régulation est donc une nécessité ontologique au marché et à son fonctionnement. La régulation n'est pas son opposé, mais son complément nécessaire comme les lois, le droit, l'instruction, etc.. Pour obtenir le plein emploi, il faut faire en sorte de favoriser la hausse des salaires, la stabilité de l'emploi au contraire des politiques dites de flexibilité. Il faut un salaire minimum. Il faut augmenter la demande nationale jusqu'à obtenir un taux de chômage très faible et de courte durée. Ces politiques n'augmenteraient aucunement la dette publique puisque ce qui serait investi dans l'économie serait de toute manière récupéré par l'impôt. L’économie fonctionnant de nouveau en circuit fermé et non en circuit ouvert comme à l'heure actuelle. Dans le cas de l'Espagne, un fort investissement dans la recherche scientifique ne serait pas non plus un luxe. Mais au préalable de ces politiques de dépense, il faudra bien évidemment mettre en place des politiques protectionnistes visant à favoriser l'investissement local au détriment des importations. Sans parler de la nécessité de fermer ou de réguler très étroitement l'entrée et la sortie des capitaux comme dans la plupart des pays asiatiques. Et cela de façon à garder un équilibre de la balance des paiements malgré l'inflation. On peut remarquer d'ailleurs que le fait d'user d'une monnaie européenne a perverti les élites en les déresponsabilisant. Pourquoi se soucier de ses équilibres extérieurs si on est dans l'euro et que la monnaie ne risque pas de s'effondrer ?

 

Cette politique sera douloureuse pour une partie des Espagnols, car elle entraînera inéluctablement une hausse des prix. Cependant, l’expérience montre que  les gains de productivité s'accélèrent très rapidement lorsqu'il y a protectionnisme et une forte dévaluation. La hausse des prix ne sera que momentanée le temps de la réindustrialisation qui sera plus rapide qu'on ne le croit. De plus à mon sens le chômage de masse est socialement et économiquement bien plus dangereux que l'inflation. Même si elle atteint 10% . Il faut bien comprendre que les politiques protectionnistes, et les politiques de dévaluation n'ont que pour but de rendre possible des politiques de relance intérieure. Il faut cesser d'avoir des ambitions mondiales, et faire en sorte que le tissu économique fasse ce pour quoi il existe, c'est-à-dire répondre aux besoins locaux de la population. On se contrefiche de savoir que Renault vend des voitures au Brésil qui sont fabriquées au Maroc. Les écologistes disent qu'il faut « penser global et agir local ». Je crois qu'en matière de politique économique il faut « penser local et agir local aussi ». En réduisant l'interdépendance des peuples, nous résoudrons naturellement les problèmes de l'humanité que ce soit sur le plan du chômage ou sur le plan du développement économique. L'Espagne a en plus un formidable atout à jouer dans les énergies nouvelles grâce à son ensoleillement. Elle pourrait devenir un poumon énergétique pour l'Europe grâce à l'évolution rapide de la production d'énergie solaire. Encore faut-il que son état cesse de se torturer et son peuple avec.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 23:53

 

EURSS.pngLes médias qui ont largement soutenu François Hollande pendant la campagne continuent sur leur lancée en défendant inlassablement les politiques qu'ils pratiquent même si elles sont contradictoires avec les idées mêmes des médiacrates. Voici donc nos médias trouvant superbe une idée qu'ils rejetteraient immédiatement si elle était défendue à l'échelle française. Mais il est vrai que c'est le propre des religions que de ne pas voir les contradictions qui sont inscrites dans leurs propres raisonnements. Il suffit de sortir le mot magique Europe et alors tout devient merveilleux. Je crois que jamais le continent européen n'avait été à ce point religieux ce qui peut paraître paradoxal puisque bon nombre d'intellectuels s'inquiètent de l'effondrement des croyances collectives, politiques ou religieuses. La foi européenne dogmatique et folle est pourtant bien installée. On accepte tout en son nom, même l'abolition de la démocratie. Démocratie que l'on dit pourtant défendre grâce à l'UE. Ainsi nos médias et amis européistes se battent pour recevoir la pauvre Daw Aung San Suu Kyi, l'icône de nos pseudodémocrates pendant que l'on conduit le continent vers le totalitarisme bureaucratique.

 

On croit rêver. L'Europe aime la démocratie quand elle ne s'impose pas à elle, sinon c'est du populisme. En attendant, les difficultés s'amoncellent et le pauvre président français se comporte exactement comme je l'avais prévu lors de l'élection et même avant. Son fond intellectuel libéral et pro-européiste lui fait prendre le pire chemin imaginable pour le continent européen à court terme. En même temps, son dogmatisme, et son incapacité à comprendre l'évolution réelle des choses, font de lui le candidat idéal pour provoquer la dernière grande crise, celle qui poussera l'Allemagne a mettre fin à l'expérience digne de du monstre de Marie Shelley, la construction européenne. Car je le rappellerai ici, pour moi il n'y a aucune chance pour que l'Europe soit victime des élections. Le système est bien trop installé et violent pour pouvoir être brisé par une élection dans un état membre. Ce sont les intérêts contraires et les égoïsmes nationaux provoqués par les quelques restes de patriotisme en Europe qui permettront la mise à mort de ce golem monstrueux qu'est l'UE. Il faut rappeler d'ailleurs que les peuples d'Europe sont soumis à une propagande phénoménale visant à présenter toujours l'UE ou l'euro comme la seule voie possible. Dès les petites classes l'Europe c'est formidable et le nationalisme c'est la guerre. Comme à la grande époque de l'URSS nul ne peut imaginer l'écroulement de la superstructure postnationale et pourtant elle s'est effondrée. Il en ira de même pour l'UE, mais les chemins seront probablement différents de ceux de l'URSS.

 

L'apparente victoire de notre président sur la question du plan de relance est typiquement un mécanisme qui va nourrir la crise plutôt que l'arrêter. Car l'important ce n'est pas que Merkel, une dame aussi peu brillante que notre actuel président, ait cédé sur cette question. L'important c'est l'opinion allemande. Les Allemands jouent aujourd'hui le même rôle que la France dans les années 30, un pays dont Keynes disait qu'il était peuplé de petits paysans assis sur leurs tas d'or. Ils accumulent les excédants et sont obsédés par le maintien de la valeur de leur monnaie. Ils pratiquent ainsi des politiques déflationnistes aggravant la crise du continent. Ils sont également pétris d'un certain sentiment de supériorité qui les fera prendre toute politique de solidarité, ici avec les plans de relance, comme une spoliation de la richesse allemande. Je ne discute bien évidemment pas ici du bien-fondé de ce type de réaction, je constate juste que toute orientation allant vers plus de solidarité en Europe conduira à ce phénomène. De sorte que la victoire de Hollande ne fera que précipiter les Allemands vers un plus grand rejet de l'Europe, et ce alors même que le patronat de ce même pays a lui bien conscience de l’origine de la croissance allemande. À savoir qu'elle est elle même le fruit d'une politique de spoliation de la richesse de ses voisins par excédent commercial interposé. Mais nous savons bien que ce n'est guère leurs intérêts réels qui guident les hommes et les peuples, mais leurs croyances dans ce qu'ils pensent être leurs intérêts. La nuance est de taille. De fait, ce n'est pas par intérêt réel que les Allemands mettront fin à l'UE, mais par intérêt imaginaire produit de l'idéologie qui domine, l'idéologie libérale.

 

Les Allemands tout comme les Français sont idéologiquement libéraux. Ils pensent tout comme les Français que l'état doit dépenser moins et que la dépense publiques, ou la hausse des salaires sont les ennemis de la croissance. On n’effacera pas quarante ans de propagande libérale rapidement, la crise n'a d'ailleurs pas conduit à une destruction de l'idéologie libérale dans la tête de nos concitoyens, mais à la réaffirmation des principes libéraux. La plupart des Français sont ainsi contre toute hausse des dépenses publiques. Il en va de même en Allemagne et plus rares encore sont les citoyens qui remettent en cause la dette publique et son mécanisme absurde d’auto-engendrement par intérêt composé. Ainsi les pays latins sont-ils des laxistes qui méritent leur châtiment. Le fait que ces pays tout comme l'Irlande aient été les meilleurs élèves du néolibéralisme n'entame pas la foi de charbonnier de nos citoyens dans la Sainte Trinité des dépenses publiques minimales, du marché libre et de la modération salariale. Le plus drôle est que c'est cette croyance néolibérale qui est à la fois à l'origine de l'UE et qui va maintenant la tuer. Car si c'est au nom de l'efficacité des marchés et de la marginalisation de l'intervention étatique que l'Europe réelle a été fabriquée, c'est aussi au nom de la Sainte Trinité libérale que les Allemands voudront la peau de l'UE. Le pauvre Hollande pourra toujours psalmodier son discours profédéral au nom de la solidarité européenne, il y aura en face de lui le rouleau compresseur de l'idéologie libérale allemande et française. En ce cas, je dirai « vive le libéralisme » s'il peut nous débarrasser de la mécanique européenne. Tout comme le rouleau européen nous a imposé le libéralisme.

 

 

Un plan de relance Européen uniforme ne pourra jamais marcher

 

Mais vous me direz: « la relance çà peut marcher à l'échelle de l'Europe, c'est même Todd qui l'a dit ». Il se trouve qu'un plan de relance européen c'était l'idée subversive de Todd dans « Après l'Empire », mais à cette époque le continent n'avait pas les déficits commerciaux actuels. La Chine se suffisait alors de la carcasse américaine. Il faut bien voir que dans la tête de nos dirigeants cette relance ne pourra être qu'égalitaire. Le syndrome universaliste français interdisant la proposition d'un plan adapté aux économies locales et à leurs grands déséquilibres. De fait nous aurons un plan qui touchera tous les pays en particulier les plus sinistrés comme la Grèce ou l'Espagne. Le problème c'est que ces relances ne transformeront pas ces économies en pays productif. Et ce pour les mêmes raisons que les plans de relance aux USA n'ont jamais réparé le tissu industriel du pays. François Hollande avec son plan stupide me fait penser à un type qui essaierait de planter un clou avec une perceuse, la perceuse c'est un très bon outil, mais pas pour planter les clous. Il en va de même pour les plans de relance. Ils sont adaptés pour résoudre des problèmes de demande insuffisante lorsque l'appareil productif est fortement ralenti. Mais dans les pays latins comme en France d'ailleurs il n'y a plus de tissu industriel. Les problèmes de ces pays sont les déficits commerciaux dus aux importations. Un plan de relance seul ne fera qu'aggraver la situation.

 

Heureusement pour nous le plan de Hollande est totalement sous-dimensionné. C'est d'ailleurs la preuve que sa solution il n'y croit pas. Il suffit de voir les décisions prises sur l'emploi dans la fonction publique en France. Si Hollande pensait faire une relance réelle de la demande: pourquoi donc contracter l'emploi dans la fonction publique ? Sans parler de la ridicule hausse du SMIC. Hollande devait faire mumuse devant les caméras pour faire croire à son électorat qu'il faisait quelque chose. Je rappelle au passage que la hausse des salaires c'est encore mieux que les plans de relances surtout dans des pays aussi saturés que les nôtres d'infrastructures en tout genre. Pour stimuler réellement la demande, la hausse des salaires et celle du pouvoir d'achat sont les seuls mécanismes réellement probant. Mais évidement on se heurte ici directement à la question du libre-échange et de la mondialisation. Ce choix là Hollande l'a fait depuis bien longtemps. Il l'a même affirmé devant les caméras de télévision « les salariés français il s'en fiche ». Il ne peut pas y avoir de croissance tant que l'on considère le libre-échange comme une nécessité ontologique. On peut l'affirmer aujourd'hui pour les pays les plus avancés. Le libre-échange et la croissance sont exclusifs l'un de l'autre. Et ce n'est pas le ralentissement rapide de la croissance des BRICS qui va arranger les choses de ce point de vue.

 

 

Relancer la croissance

 

Pour fonctionner à minima un plan de relance européen devrait prendre en compte les grands déséquilibres qu'ils soient intraEuropéens ou extraEuropéens. Disons-le tout net. La première chose qui devrait être entreprise avant la relance serait une dévaluation massive couplée à une mise en place d'un protectionnisme européen. Deux choses qui sont impensables pour nos élites qui considèrent cela comme des ignominies. On le voit, un plan de relance réel et effectif à l'échelle de l'Europe aura bien du mal à commencer avec ces deux conditions indispensables à son fonctionnement. Sans une dévaluation et une forme de protectionnisme, la relance européenne fera exactement comme la relance US, une petite étincelle en Europe et une relance de la croissance en Asie où toute la demande sera absorbée à travers les excédents commerciaux qu'ils ont vis-à-vis de nous. Il suffit de regarder les courbes de croissance en Asie pour s'apercevoir que les plans de relance américains ont surtout fait croître leurs déficits commerciaux et la croissance chinoise. Il en ira de même en Europe.

 

Mais même ces précautions prises, nous aurons toujours le problème des déséquilibres internes à la zone euro. Un plan de relance appliquée à la Grèce accroitra les importations de ce pays plus que la production locale, car l'Allemagne et les pays de l'Est seront exclus des mesures de protection et de dévaluation. La seule solution en restant dans la zone euro serait alors une régulation du commerce interne de la zone euro. En permettant aux pays déficitaires de se protéger. Ou alors en faisant en sorte que la relance soit plus forte dans les pays excédentaires. Il faudrait donc un plan asymétrique et inégalitaire par essence. Paradoxalement, il faudrait que l'Allemagne fasse un plan de relance et augmente ses salaires. En espérant que cette relance tire les importations et rééquilibre les pays dont la balance est déficitaire avec elle. Nous entraînerions alors par ricochet les pays déficitaires. Cependant, je vois mal le président français, tout socialiste et égalitariste qu'il est, proposer un plan de relance et d'augmentation des salaires en Allemagne. Cela serait « injuste » pour les pays qui souffrent. Mais comme on dit, l'enfer est pavé de bonnes intentions. L'Europe est une idée qui pouvait séduire les générations qui ont vécu la guerre, mais le fait est qu'elle est la plus grande horreur que le continent a connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle nous ramène la misère, les crises et peut-être demain la guerre. Tout comme le communisme elle voulait changer les peuples, changer le monde, elle l'a finalement défiguré. Il ne nous reste plus qu'à espérer que les Allemands soient suffisamment égoïstes pour mettre fin à notre agonie collective.

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 16:28

 

  Il est fascinant de voir les grands dirigeants de ce monde tenir des propos complètement contraires aux faits et aux chiffres du monde réel. C'est particulièrement vrai de la situation économique outre-Atlantique, mais aussi sur notre vieux continent tout décrépi. Le commerce mondial n'étant pas vraiment reparti à la hausse, et étant donné que les pays occidentaux n'ont toujours pas pris le chemin de la réindustrialisation, il serait tout à fait étonnant donc que la croissance mondiale reparte durablement et c'est bien ce que montre l'évolution macro-économique dans les pays dits émergents. Pays qui connaissent des ralentissements de plus en plus prononcés en attendant la panne finale faute de clients vers qui exporter leur fabuleuse surproduction industrielle. On peut cependant se poser la question de l'aveuglement actuelle des élites en Europe et aux USA. Cet aveuglement est probablement le résultat de divers phénomènes d'intérêts de classe à court terme, croyance collective ou encore naissance de groupes sociaux internationaux sont autant de pistes nous permettant d'expliquer partiellement la folie collective actuelle de l'occident. Quoi qu'il en soit il ne faut pas espérer des nations émergentes qu’elles sauvent l'économie mondiale. En effet sauf exception leur propre croissance se fait uniquement grâce au système de la mondialisation. Elles en seront donc parmi les premières victimes lorsque celui-ci s'effondrera.



Une guerre commerciale planétaire pour absorber l'unique demande US



La mondialisation commerciale et la déconstruction de l'organisation commerciale de la planète ont produit une course à la dépression salariale qui a été cachée jusqu'à présent par le comportement de quelques états capables de soutenir momentanément d'énormes déficits commerciaux. Ce système mis en place par les USA en 1945 est aujourd'hui à bout de souffle sans qu'aucun des participants n'en ait encore conscience. L'Amérique qui s'est mise au centre de l'économie mondiale après guerre en devenant le marché au centre de tout n'a plus les capacités pour tirer l'économie mondiale par sa demande intérieure. Cependant, aucune des autres  régions n'est intellectuellement mûre pour prendre le relais. Ne serait-ce qu'en faisant une politique contracyclique locale. Tout le monde cherche à avoir des excédents commerciaux en minimisant la demande locale pour tirer la croissance en ignorant parfaitement le fait que si tout le monde fait cela il n'y a plus de demande nulle part. L'entrée de la Chine et de l'Inde dans le concert de la mondialisation ayant définitivement déséquilibré le système économique planétaire en réduisant à néant les possibilités d'amélioration des conditions salariales. C'est ce que Jean Luc Gréau avait appelé dans son libre « L'avenir du capitalisme » la dépression salariale.



Dans ce grand merdier planétaire ne subsistent que quelques poches de bon sens. On pourra donner l'exemple de l'Argentine qui continue sur sa lancée protectionniste en déconnectant petit à petit son économie du reste de la planète. Elle vient par exemple de réaliser l'expropriation partielle de la compagnie pétrolière YPF qui appartenait à l'Espagnol Repsol. Cette histoire de nationalisation est la dernière en date d'une longue série comme l'indique ce texte de l'AFP. À cela s'ajoutent les mesures protectionnistes prises par l'Argentine et dont nous avions parlé il y a quelque temps. Les résultats sont là. Il faut savoir que la croissance de l'Argentine est aujourd'hui supérieure à celle d'un pays comme la Chine. Elle est en effet à plus de 9% en moyenne annuelle. Le protectionnisme va rendre le pays de moins en moins sensible à la conjoncture mondiale. Mais l'Argentine est exception même en Amérique du Sud. La preuve, le Brésil voisin, lui, a clairement dévissé en ce début d'année la croissance passant de 7% à moins de 2,7% cette année. En Chine si la croissance reste très forte suivant nos critères celle-ci ne cesse de se détériorer. Faut-il rappeler à quel point les Chinois ont une économie fragile et très déséquilibrée ? En tirant leur croissance par l'exportation, ils se sont mis dans une situation dangereuse. Avec un taux d'épargne délirant atteignant 50%, la Chine a trop de capital inemployable. Surinvestissement et bulle dans tous les secteurs sont le résultat de ces déséquilibres qui menace le système chinois d'une rupture extrêmement brutale.

croissance PIB Argentine

PIB brésil

Chine.png

Il en va de même pour toutes les nations qui tirent leur croissance des déséquilibres mondiaux. Les énergumènes qui pensent que les BRIC vont tirer la croissance mondiale n'ont décidément rien compris au fonctionnement réel de la mondialisation qu'ils prônent. Les USA sont le seul état keynésien de la planète, c'est-à-dire la seule nation qui s'évertue à faire des relances de la demande fréquente. Avec le libre-échange et la désindustrialisation massive, les USA se sont naturellement retrouvés avec un déficit commercial constant et croissant eu égard à leur rôle dans l'économie mondiale. Comme le disait très bien Todd dans après l'empire « Les USA ce sont un peu nos pyramides ». Elles ne servaient à rien en elles-mêmes. Mais elles justifiaient l'immense travail collectif qui lui permettait de donner des emplois à tous et de faire société. Les USA sont en faite, à l'heure actuelle, le seul état réel de la planète. Les autres n'étant que des subsidiaires qui se battent pour devenir le fournisseur industriel favori de l'Oncle Sam. En fait, les gros pays excédentaires sont les meilleurs larbins de l'empire. Ils fournissent du travaille, des marchandises, et divers produits réels gratuitement aux USA contre leur papier toilette vert qu'il ne tient qu'à eux d'émettre comme disait le général. Et tout ça pour que ces derniers continuent à leur acheter leur bazar. Sinon les pauvres ils seront en surproduction et ils feront faillite. La mondialisation c'est çà. Une aberration intellectuelle maintenue parce que nos dirigeants sont incapables de revenir aux bases d'une bonne économie qui n'a nul besoin d'échanges commerciaux superflus.

 

Tant que nos pays ne décideront pas de revenir à la raison c'est-à-dire de relocaliser la production et la demande, de relier production et consommation, il n'y aura pas de fin de crise. Surtout en Europe, car nous n'avons plus aucun avantage face aux géants à bas coût qui se lèvent en Asie. Les relances successives de l'Empire américain sont désormais totalement absorbées par l'Asie et pourtant elles sont insuffisantes pour maintenir longtemps la croissance. La dernière relance Obama commence déjà à s’essouffler. Il va falloir que la FED intervienne en permanence pour maintenir à flot une économie US qui ne produit rien de ce qu’elle consomme. Bien évidemment certains objecteront que le dollar finira bien par tomber, mais c'est à mon avis ne pas comprendre que le statut du dollar est une convention bien difficile à casser. Ce petit jeu pourrait bien durer encore trois ou quatre décennies. Mais si l'Asie peut se satisfaire de cette situation, l'Europe n'en a plus les moyens. Soit les peuples d'Europe réagissent et sortent de la mondialisation, soit ils finiront par ressembler à un nouveau tiers-monde. Il faut bien comprendre que la mondialisation est d'essence américaine, elle est le socle de la domination des USA. Seul le dollar permet à cette nation de dominer encore la planète malgré ses incapacités productives.



Les USA ont trouvé des producteurs moins chers et plus efficaces en Asie. Ils ont déjà jeté l'Europe à la poubelle, elle ne leur sert plus à rien. Les Asiatiques quant à eux sont déjà pris dans l'engrenage même si quelques mouvements peuvent faire croire que ces pays veulent se passer de la tutelle US. Certains voient ainsi dans les accords sino-japonais sur l'abandon du dollar comme monnaie d'échange entre les deux pays une volonté de rupture avec la domination des USA. C'est ne pas comprendre que cela ne sert à rien de ne plus utiliser le dollar comme monnaie d'échange si vous ne substituez pas dans le même temps la demande US par une demande locale. Ce n'est pourtant pas le chemin pris par la Chine et le Japon qui continuent à ne pas avoir de politique de relance de la demande intérieure. Ces pays continuent de faire du commerce extérieur l'alpha et l'oméga de leur croissance économique nourrissant ainsi la domination perverse de la puissance US.

relance-USA.png

Les USA n'ont de la croissance que si leur déficit commercial s'accroit, ce qui en dit long sur l'état réel de leur économie.

Les USA, l'empire protecteur des riches



On peut se poser la question de savoir pourquoi les peuples de nations aussi avancées que celles d'Europe ou d'Asie continuent ainsi à se faire piller pour maintenir l'empire américain. Après tout, il est probable qu'une politique économique plus centrée sur leur propre marché leur permettrait de croitre plus vite. La crise US de 2008 a détruit une grande quantité de capitaux provenant des riches d'Europe ou d'Asie. Quant au matelas de dollars des puissances excédentaires, il ne sert à rien puisque son usage ferait immédiatement s'effondrer le cours du dollar vaporisant d'un seul coup toute cette richesse fictive faite de promesses de remboursement sur la dette américaine.



La réponse à cette question est double. Il y a d'abord une filiation directe entre les élites des pays du monde entier et celle des USA. Marx rêvait d'une internationale socialiste, il va bien falloir se rendre à l'évidence que l'internationalisme pratique est surtout vrai chez les élites économiques. Et même si elles parlent mal le français il y a fort à parier aujourd'hui que les riches français ou britanniques se sentent plus proche des riches américains ou indiens que de leurs concitoyens socialement inférieurs. Il est possible que les nouveaux médias et les transports rapides aient réellement réussi à mettre en place une hyperclasse mondialisée qui se pense comme un corps collectivement soudé. Même si des tensions peuvent apparaître entre elles, elles restent ensemble pour défendre leurs intérêts généraux à l'échelle mondiale. Les USA sont ici le socle culturel légitimant et protégeant cette nouvelle classe mondiale qui fait peu de cas de l'effondrement de tel ou tel petit pays. Cette classe ayant une vision mondiale et se sentant partout chez elle, comme disent les soi-disant « citoyens du monde », peu importe pour elle le destin de leur pays d'origine. Une telle vision peut effectivement permettre d'expliquer en partie le comportement de certains dirigeants. On peut aussi imaginer que comme dans tous les groupes humains il y a des idées reçues, des « croyances » qui permettent au groupe de créer un langage commun permettant l'assemblage de personnes aux origines très différentes. Le libre-échange et la libre circulation des capitaux faisant partie du socle indiscutable de la« culture » de ces mondialistes.



On peut aussi voir ces choix contraires à la raison et aux intérêts nationaux comme le résultat de simples calculs d'intérêts de classe à court terme. La croissance par l’excédent commercial n'est possible que si l'inflation est relativement basse dans un pays. En effet, l'inflation nuit à la compétitivité externe d'une nation. En faisant miroiter, que la croissance ne peut s'obtenir que par l'excédent commercial, les riches utilisent un argument qui permet de neutraliser définitivement les revendications des salariés locaux. Bien évidemment comme tous les pays du monde ne peuvent avoir d'excédents en même temps il faut bien une nation pour absorber ces excédents planétaires, cette nation ce sont les USA. Les élites de l'Ancien Monde se servent dans cette hypothèse des USA pour maintenir de fortes inégalités sur leur propre territoire. Dans cette vision les USA sont un empire mondial par défaut, une nécessité pour maintenir la croissance sans inflation et sans hausse des salaires. Seulement le problème que Keynes avait si bien vu c'est que par nature la hausse des gains de productivité entraine un besoin toujours plus croissant en terme de demande. La contradiction du système actuel c'est que le modèle fondé sur la demande US n'est plus valable, mais qu'aucune oligarchie locale européenne ou asiatique n'est prête à renoncer à ses rentes pour relancer la croissance économique mondiale. En Europe on voit bien que les rentiers sont prêts à plonger le continent dans la misère pour ne pas fermer les frontières commerciales et pour relancer une croissance nécessairement plus égalitaire et inflationniste. Si le protectionnisme est si détesté, c'est bien parce qu'il est le seul outil réellement efficace pour réduire les inégalités. Et çà les riches l'ont bien compris.

 

Les officines néolibérales choisissent la dépression



Comme il n'y a plus de portes de sortie possibles dans le système mondial actuel. Qu'il est impossible de maintenir à la fois la croissance économique et la croissance des revenues de la rente financière, en tout cas en Europe. Les riches ont décidé qu'il n'y aurait plus de croissance sur le continent. Il ne faut donc guère s'étonner de voir fleurir des politiques visant à réduire toujours plus la demande en Europe. C'est le résultat de la collusion entre les croyances des imbéciles du néolibéralisme qui continuent de croire en leurs fadaises et les intérêts de la rente et de la finance européenne. Une finance qui juge à juste titre impossible l'adéquation entre croissance et intérêt financier en Europe. Les riches d'Europe ont compris que le continent n'avait plus d'avenir en régime de libre-échange à son niveau de vie moyen actuel de salaire. Les flux de dollars allant surtout alimenter la croissance asiatique. Le seul moyen de réenclencher la croissance serait de faire une forte dévaluation et du protectionnisme ce qui serait fortement contraire aux intérêts de la finance européenne. Ils vont donc plutôt aller vers la stratégie du pire exactement en faisant des purges ultraviolentes. À l'image de ce qui s'est passé en Amérique latine dans les années 80-90. Ces politiques pour riches ont déjà commencé et c'est en Grèce que c'est le plus spectaculaire. Cependant il ne faut pas oublier nos amis britanniques qui détruisent toujours plus leur propre société pour maintenir la finance anglaise en état. La totalité des pays européens sera touchée. Il faut s'attendre même en France à des réductions de salaire extrêmement importantes. On voit déjà poindre le retour de Bolkestein pour faire baisser les salaires des emplois non-délocalisables. Après l'élection du nouveau gounerneur de la France on devrait voir poindre des politiques de suppression du SMIC, en attendant la suppression de la sécurité sociale et des allocations chômage. Ces politiques aggraveront considérablement la crise économique, mais maintiendront l'euro à son niveau actuel et les intérêts de la finance seront sauvegardés. Du moins si quelques inconvénients politiques ne mettent pas fin aux calculs financiers comme cela fut le cas dans les années 30...

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 21:33

 

lamyDSK800 milliards de dollars c'est l'estimation du coût lié au retour du protectionnisme dans le monde selon monsieur Pascal Lamy le président de l'officine ultra-libérale de l'OMC, et passablement membre éminent du parti socialiste français. On ne sait pas comment Lamy calcule ses chiffres, mais le côté grossier des arguments employés atteint véritablement les limites d'un comportement relevant de la psychiatrie. La peur du protectionnisme est une hérésie puisque la crise nous y somme et que ce n'est vraisemblablement pas les mesures actuellement prises qui nous ont fait rentrer en récession. À moins que monsieur Lamy et ses collègues notablement incompétents ne pensent que le simple fait d'y penser produise des crises. D'ailleurs, c'est en Europe, la région la moins protégée de la planète, que la crise est la plus grave et de loin. L’Europe battant tous les records de stagnation et de déclin industriel. Osons le dire. L’Europe actuelle c'est l'Empire ottoman du 21e siècle, c'est l'homme malade de l'économie mondiale. Et pourtant l'Europe est elle protectionniste ? Met-elle des quotas ou des droits de douane à ses frontières ? Devant l'effondrement de leur ordre, les libéraux s'enferment dans des argumentations toujours plus pitoyables ressortant les mensonges historiques comme ceux du protectionnisme responsable de la crise des années 30.



Dans les années 30, c'est bien la crise de la demande mondiale qui a fait chuter les échanges. Le protectionnisme n'est arrivé que bien plus tard. Cette confusion provient essentiellement du fait que la science économique fut grandement influencée par les Américains. La puissance américaine étant déjà alors la première puissance économique du monde sa situation fut prise pour une situation générale. Il se trouve que dans les années 20-30 les USA étaient un état fortement protectionniste. Mais il était depuis la fin de la guerre civile en 1865  avec des droits de douane moyens de 50% ! Ce qui a comme par hasard correspondu à l'époque de leur expansion économique maximale. Ces droits de douane ne prendront fin qu'après la Seconde Guerre mondiale d'ailleurs. À la même époque, l'Europe était beaucoup moins protectionniste sans parler des colonies qui n'avaient tout simplement pas leur mot à dire sur leur commerce extérieur. Il se trouve donc qu'historiquement affirmer que la crise de 1929 ou son aggravation fut le résultat du protectionnisme est faux puisque la majorité de la planète était plutôt sur une pente d'abaissement des droits de douane (voir les multiples travaux de Paul Bairoch sur le sujet). À la rigueur on peut dire que le problème de l'époque était l’excédent commercial US à l'égard du reste du monde. Un excédent effectivement provoqué par le protectionnisme. Mais surtout par les extraordinaires gains de productivité provoqués par le progrès technique aux USA pendant les trente ans qui précédèrent la crise. Des gains de productivité dont l'origine était aussi le fruit d'un manque de main-d'œuvre constant. Le protectionnisme a probablement accéléré les gains de productivité parce qu'il rendait le travailleur rare et cher poussant les industriels locaux à l'innovation. À l'inverse d'un monde libre-échangiste en stagnation parce que le salarié à l'échelle mondiale est abondant et qu'il est moins coûteux de faire travailler des esclaves que d'inventer de nouveaux moyens de production. Quoi qu'il en soit le vrai problème n'était pas le protectionnisme US, mais l'absence de réaction du reste du monde et particulièrement de la vielle Europe. Une vielle Europe qui déjà à l'époque se laissait flotter sur le fleuve du grand libre-échange mondial sans se protéger. On connait la suite de l'histoire.



  Le retour du protectionnisme en Europe et dans le reste du monde fut donc surtout la conséquence de la crise. L'impossibilité pour les états de réguler leur économie et de relancer l'activité locale à cause du libre-échange les a contraints à refermer les frontières. Car hier comme aujourd'hui les nations dominantes ne souhaitaient pas jouer leur rôle en rééquilibrant les balances commerciales par des actions positives par exemple par la hausse des salaires ou par la baisse des barrières douanières. Des politiques qui pourtant en permettant de relancer la demande mondiale auraient aussi comme avantage de rééquilibrer les balances des paiements. Cependant force est de constater qu'à cette époque comme à la nôtre il s'avère impossible de coordonner des politiques macroéconomiques contracyclique à une telle échelle. À cela s'ajoutaient en plus les délires français de l'époque sur le maintien d'un étalon or déjà archaïque. Cette lubie française produisit des catastrophes macroéconomiques en France alors que notre pays avait été moins touché que les autres par la crise de 29. C'est d'ailleurs étrange comme on a l'impression que ce moment historique se répète actuellement avec l'euro dans le rôle de l'étalon or. Les mêmes dogmes conduisent à la même catastrophe et notre pays relativement épargné par la crise de 2007 a préféré s'enfoncer dans la récession et le déclin pour maintenir une monnaie surévaluée et un étalon monétaire sans avenir. La France est vraiment un pays d'idéologues suicidaires.



Protectionnisme, mercantilisme des mots incompris aux sources de nos maux.



  Cependant avant les mensonges historiques ,la première bataille à mener devant tant de mensonge et d’hypocrisie est bien celle des mots. Car si nous ne sortons pas de trente ans de protectionnisme nous ne sortons pas non plus d'une situation de libre-échange. En réalité comme l'a souvent souligné Frédérique Lordon nous ne vivons pas en régime de libre-échange, pour la bonne et simple raison qu'il est irréalisable. Nous vivons dans un système commercial mondial bâtard c'est-à-dire dans un mélange le laissez-faire et de mercantilisme.  Un monde dans lequel certaines nations sont sans protection et d'autres sont totalement protégés. Le fait est que le libre-échange n'est mesuré qu'à l'aune du taux de droit de douane à l'entrée des nations. Comme si la seule manière de protéger le commerce intérieur d'un pays était les droits de douane. Dans un monde où les taux de change sont flottants, on s'étonne pourtant qu'il ne soit jamais fait mention des taux de change pratiqués par les pays asiatiques. Le Japon a longtemps fait de sa monnaie une arme dans le commerce mondial. Il en va de même de ses héritiers de la Corée du Sud à la Chine qui ont des taux de change largement inférieurs à ce qu'ils devraient être. Officiellement pourtant il ne s'agit pas de protectionnisme. Pas plus que les multiples lois locales qui obligent à des transferts de technologie. On pourrait ajouter d'ailleurs que les déséquilibres des salaires à niveau de productivité égale sont aussi des formes de protectionnisme. Il n'y a aucune raison que la hausse de la productivité en Asie ne soit pas suivie par une hausse des salaires. On arrive là au nœud gordien de la crise actuelle. Les pays d'Asie préfèrent faire des excédents plutôt que d'augmenter les salaires locaux, c'est moins inflationniste et plus profitable aux couches aisées de la population.



Nous sommes donc dans un monde qui ne se regarde pas tel qu'il est. Un monde ou le protectionnisme est réel, mais caché au profit de politiques largement mercantilistes. Le libre-échange n'est une réalité que dans quelques zones comme l'Europe et encore les disparités salariales locales ne permettent pas là non plus de dire si nous sommes libre-échangistes ou protectionnistes. En fait, notre choix se résume à distinguer le degré et l'usage du protectionnisme que nous voulons. En supprimant tous les quotas et les droits de douane, nous avons remplacé le protectionnisme de régulation, bien organisé et démocratique par un protectionnisme de délitement salarial, de concurrence fiscale ou de guerre monétaire. Le protectionnisme est un outil, et non une politique en soi. Et comme tout outil il peut y avoir plusieurs utilisations suivant les intentions de celui qui le manipule. En l’occurrence, les souverainistes français et ceux qui parlent généralement de protectionnisme en France sont pour un usage régulationniste du protectionnisme. C'est essentiellement en vue de pouvoir réactiver l'emploi local et de relancer les salaires que l'on veut le protectionnisme en France. Il ne s'agit pas de faire notre prospérité sur le dos d'autres peuples. À l'inverse de l'Allemagne qui a déjà démontré que son protectionnisme à elle était un protectionnisme agressif et mercantiliste. Il vise l'accumulation d'excédents au détriment même des salariés allemands dont les salaires sont écrasés. L'idée de condamner tout protectionnisme revient donc à confondre l'outil et l'usage. Un peu comme si l'on interdisait l'automobile sous prétexte que certains roulent trop vite. Ou le gaz parce que certains se suicident avec.



Il faut mettre les nations mercantilistes devant les conséquences de leurs actes. La réaction peut se faire alors de deux manières. En premier on peut adopter les politiques à l'Européenne qui consistent à appauvrir la population pour réduire le déficit commercial. Cette politique finira certes par atteindre les pays excédentaires et par casser leurs outils de production en réduisant les commandes, mais elles provoquent chômage précarité et instabilité sociale. Il suffit de voir l'état actuel de la Grèce pour comprendre que ce genre de politique est une impasse. La deuxième solution est en réagissant aux assauts des nations mercantilistes par un protectionnisme de régulation celui-ci ne visant pas l'excédent commercial, ce qui ferait de nous des mercantilistes, mais l'équilibre de celle-ci. En effet, tous les pays du monde ne pouvant avoir d'excédent en même temps, la seule solution équilibrée à l'échelle de la planète est d'avoir une balance commerciale en équilibre pour chaque pays. Les pays qui cherchent l'excédent à tout prix sont les véritables coupables de la crise actuelle et il est dramatique de voir certains hommes politiques les donner en exemple. Un pays exemplaire doit avoir un modèle généralisable. Ce n'est pas le cas des politiques mercantilistes à moins de conduire la planète vers une dépression sans fin. Tous les pays du monde compressant leur demande pour avoir des excédents.

 

  La démondialisation qui va s'accélérer dans les années qui viennent n'est donc pas coupable de la crise. Pas plus qu'elle ne va l'aggraver. Les nations cherchent simplement à se protéger des grands champions de l'excédent mondial totalement irresponsables qui s'imaginent pouvoir accumuler toute la production de la planète sans que les autres ne réagissent. Ce protectionnisme va permettre des relances locales, relances qui provoqueront un retour à des croissances régulières. Ceci ne provoquera pas une perte de 800 milliards, chiffre ridicule au passage quand on le compare à ce qu'a couté la crise de la finance mondiale depuis 2007. Au contraire si le monde doit avoir encore un certain dynamisme économique ce sera bien grâce à ces régions qui auront su se protéger des délires de concentration industrielle planétaire auxquelles rêve ce pauvre Pascal Lamy. Dans ces petites poches de nations protectionnistes se préparent les grandes nations industrielles de demain, pendant que celles qui auront renoncé à leur industrie couleront pour se transformer en pays sous-développé. C'est bien parce que le protectionnisme est de retour sous sa forme régulationniste que le monde a encore un avenir. Il vaudrait donc bien mieux s'en réjouir. Bien évidemment si les états régulent eux-mêmes leur commerce extérieur, il est évident qu'un organisme comme l'OMC, bras armé des USA pour imposer le libre-échange dans l'intérêt des multinationales US, devient caduc. C'est peut-être simplement la perte de son job pour lui et ses amis qui motive le pauvre Pascal à accumuler les arguments vaseux.

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 16:50

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J'aurai pu parler aujourd'hui de la prestation ridicule de Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon sur France 2 hier, mais le fait est que la caricature que ces deux olibrius ont faite d'eux-mêmes pendant 20 minutes rend cet exercice peu intéressant. Je dois dire qu'avec des ennemis pareils les partisans du néolibéralisme n'ont guère à avoir peur pour leur avenir. Entre Marine Le Pen incapable de défendre un programme qu'elle n'a pas vraiment compris. Et un Mélenchon bourré de contradictions et au comportement ridiculement agressif. On peut dire que les deux grands alternatifs au système en sont les meilleurs alliés en ce moment. Mais passons. Je préfère parler d'un énième texte aux idées fossilisées dans les années 70 et qui se croit hautement intelligent. Un texte provenant d'une des nombreuses Pravda du libéralisme à savoir "Le Nouvel économiste", une revue qui devrait plutôt s'appelait « Le grabataire économiste » au regard des propos qu'ils tiennent en général, et dans ce texte en particulier.  

 

  Comme à l'accoutumée les économistes mainstreams défendent l'idée que la réindustrialisation est impossible, que c'est une chimère. Que le  CDI c'est pour les vieux cons et que l'intérim c'est super chouette. Bref un classique de la pseudo-rationalité qui voit dans l'évolution de nos sociétés un courant "naturel" auquel nul ne pourrait s'opposer et qui oublie en général que cette évolution est le fruit de choix collectifs et non justement le fruit d'une évolution naturelle. D'ailleurs, l'article en question ne fait strictement aucune démonstration, juste des citations et des affirmations qui font office d'autorité et de sérieux. Un ex-PDG à la con sortant son diplôme des arts et métiers comme garanti de sérieux et qui a évidemment tout intérêt à dire à quel point la délocalisation c'est inévitable. Un économiste de l'OFCE, organisme qui se trompe régulièrement et qui n'avait pas vu la crise de 2007. Avec en plus à la fin de l'article une sortie sur l'Amérique qui sort de la catastrophe comme par miracle. Il faut éviter de rire. Et l'auteur de déclarer classiquement que l'avenir de l'industrie en France c'est l'industrie verte et la haute valeur ajoutée. Comme si celles-ci n'étaient pas délocalisables. Autant d'idées reçues qui passent par l'hypothèse idiote que les partisans de la réindustrialisation proposent celle-ci dans le même cadre commercial que celui qui prévaut aujourd'hui.



C'est à dire un cadre de libre-échange intégral et de monnaie totalement surévaluée. L'auteur prend d'ailleurs l'exemple du textile où l'on nous dit qu'une pièce de lingerie coûte 13 euros à produire en France et 7 en Tunisie. Et que donc il n'y a aucun intérêt à produire en France. Mais que se passerait-il si la monnaie était dévaluée de 50% ? L'hypothèse n'est même pas soulevée. Et que se passerait-il si la France remettait des quotas comme il y en avait autrefois? L'industriel serait bien obligé de relocaliser non? Et les droits de douane, inconcevables. Puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas le choix, c'est une évolution « naturelle ». À croire que le protectionnisme US de 1865 à 1945 (droits de douane à 50% en moyenne), ou celui du Japon des années d'après-guerre (et pendant l'ère meiji) n'ont jamais existé. Au 19e on présentait aussi la montée en puissance de l'industrie britannique comme naturelle. Si nos élites de l'époque n'avaient pas réagi en faisant du protectionnisme ni l'Allemagne ni la France ne se seraient industrialisées. Il en va de même pour les pays comme la Chine dont le protectionnisme est multidimensionnel. Elle qui oblige les entreprises étrangères à partager leurs savoir-faire avec les locaux pour bénéficier de la main d’œuvre à bas prix nationale. Le journaliste du nouvel économiste prend ici vraiment le lecteur pour un imbécile, il suppose que les défenseurs de la réindustrialisations veulent rester en régime de libre-échange. Bon évidemment si l'on pense que seuls les candidats du centre tel Bayrou parlent de réindustrialisation on peut effectivement se moquer d'eux de cette manière. Des pays comme l'Argentine ou le Brésil pratiquent ouvertement des politiques de réindustrialisation avec un succès indéniable. Mais qui se soucie de ce détail ? Certainement pas notre économiste-journaliste crypto-libéral.

 

La mondialisation commerciale est responsable de la crise

 

Ce que semble complètement ignorer également ce fumeux article ce sont les effets dépressionnaires que produit cette désindustrialisation et qui ne se comprennent que si l'on raisonne à l'échelle mondiale. En effet à quoi correspondent donc les délocalisations?  À une réduction quantitative du revenu de la masse salariale. C'est-à-dire que si l'on se place à l'échelle mondiale à quantité de production constante ou augmente, on diminue le volume d'argent qui va vers les salariés et donc vers les consommateurs. À l'échelle mondiale, tout se passe comme si l'on contractait volontairement le volume de consommateur potentiel puisque les salariés des pays à basse pression salariale se voient distribuer une moindre quantité de salaires en volume que les salariés qu'ils remplacent. Bien évidemment ceci étant un jeu de vase communiquant certaines nations y gagne pendant que beaucoup d'autres y perdent. Mais globalement, on assiste à une contraction de la demande mondiale solvable. Une contraction qui ne s'est pas traduite jusqu'à présent dans la consommation parce que justement le système a délibérément laissé filer l'endettement privé comme public dans les anciens pays industrialisés dont on nous dit dans cet article bidon qu'ils doivent leur croissance au tertiaire...

 

 La traduction de ce mécanisme est un accroissement délirant des déséquilibres commerciaux et in fine un effondrement brutal de  la croissance mondial lorsque le niveau d'endettement devient trop important. L'actuelle croissance américaine que l'on voit n'est que l'effet momentané d'une immense injection monétaire. Ce que relance celle-ci ce sont surtout les importations, car les USA ne produisent que des emplois dans le tertiaire justement. La balance commerciale US recommence à plonger à chaque fois que la « croissance » redémarre, préparant ainsi la prochaine crise financière. C'est un jeu idiot qui ne peut que mal se terminer d'autant que les états ne pourront pas sauver le système financier lors de la prochaine crise qui ne tardera pas à se produire. Celle-ci entrainera d'ailleurs les nations comme la Chine qui sont hautement dépendantes de leurs exportations et dont on verra à quel point elles ne sont pas des marchés, mais uniquement des usines de production à faible coût. Il est impressionnant de voir encore des gens défendre l'idée d'une société sans usine au moment où tout démontre que ce modèle n'a pas d'avenir.

 

La vérité est que croire que la croissance peut perdurer en régime de libre-échange et de désindustrialisation est une chimère. Contrairement aux propos tenus par ce journaliste. L'état de délabrement industriel occidental est tel que toute forme de relance économique ou de croissance est instantanément absorbée par les nations mercantilistes d'Asie et par l'Allemagne et ses satellites à bas revenus, comme la Pologne ou la République tchèque. La croissance mondiale fait donc du Stop and Go. À peine redémarre-t-elle que déjà les nuages s’amoncellent. Les cycles que les économistes médiocres croient naturels ne sont que le fruit de cette incohérence structurelle que produit la déconnexion de la rémunération et de la production. Plus on éloigne le producteur du consommateur et moins le marché s'autorégule.



L'instabilité du contrat de travail aggrave la crise économique



Cependant dans le genre accumulation de poncifs le texte ne s'arrête pas là puisque bien évidemment une attaque contre la réindustrialisation devait nécessairement s'accompagner d'une attaque sur la sécurité de l'emploi. Le journaliste nous présente l'éternel choix cornélien entre l'emploi rigide, mais en faible quantité, à l'emploi flexible, mais en plus grande quantité. Dans un raisonnement simpliste qui présente l'emploi global comme une quantité stable que l'on devrait partager au mieux. La moindre rémunération ou l'instabilité salariale devant maximiser la quantité d'emploi globale. Là encore, la vérité est en fait contraire à ces élucubrations. Car plus l'emploi est flexible et plus la propension à consommer est faible. Lorsque votre emploi est précaire, vous avez tout intérêt à épargner un maximum et à minimiser votre consommation à court terme. Ce n'est pas un hasard si un pays comme la Chine qui n'a ni protection salariale, ni sécurité sociale, si salaire suffisant, a un tel niveau d'épargne incompatible avec son niveau de production sans ses excédents commerciaux phénoménaux. Là encore la flexibilité nuit à la croissance en réduisant la demande, et en réduisant la propension à consommer. Ce faisant une moindre croissance entraine une moindre création d'emploi. Si les économistes d'après-guerre ont milité pour la sécurité de l'emploi ce n'était pas par simple générosité, mais parce que les gens de l'époque avaient vécu la grande dépression et savaient pertinemment que le grand danger pour une économie industrialisée c'est la déflation et l’insuffisance de la demande.



La hausse de la protection sociale après guerre ne fut pas le fruit du hasard de l'époque ou une erreur. C'était un choix murement réfléchi fait par des gens avec un niveau intellectuel nettement plus élevé que les énergumènes qui sévissent dans les journaux soi-disant spécialisés dans l'économie. La stabilité de l'emploi n'est pas seulement morale, elle est le fruit d'un raisonnement rationnel. C'est d'autant plus vrai que la stabilité de l'emploi accompagne en réalité une société productive. Car qui peut raisonnablement croire que l'on peut être réellement productif en changeant sans arrêt d'emploi ? C'est parce que notre société ne produit que des emplois médiocres de vendeur ou de journaliste économique, emplois nécessitant visiblement peu de qualification, que l'on peut en changer aussi aisément. Quand on fait de l’ingénierie, de la recherche ou que l'on est ouvrier spécialisé, on ne change pas de métier aussi vite, car il faut des années avant d'être réellement productif. L'emploi stable était donc aussi la caractéristique d'une société productive et industrielle à l'inverse de notre société de rente et d'emploi précaire peu qualifiés.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 10:11

   Le délire néolibéral continue à broyer les populations d'Europe comme il a broyé naguère celles d'Amérique du Sud. Les décisions prises au nom du remboursement de la dette et pour la survie de l'euro sont d'une stupidité difficilement compréhensible même pour des individus aussi médiocres que ceux que produit le système médiatico-politique européen.  Il est évident que les décisions irresponsables prises par les dirigeants européens vont conduire le continent dans une situation en tout point comparable à celle des années 30. Et cela dans une configuration mondiale qui ne peut qu'aggraver la situation. Car l'Europe est aujourd'hui coincée  entre une Amérique qui n'arrive plus à tirer sa croissance par la demande intérieure faute d'industrie, et une Asie ultramercantiliste qui ne tire sa croissance que par ses excédents commerciaux. Le fait est que l'Europe n'a aujourd'hui aucun avantage commercial sur le plan mondial, qu'elle a une monnaie totalement surévaluée et qu'en plus elle s'interdit toute possibilité de protectionnisme pour amoindrir les dégâts provoqués par les nations mercantilistes d'Asie. Dans ce cadre déplaisant, les nations d'Europe se retrouvent dans une situation de déclin collectif, cependant quelques pays ont trouvé un moyen pour couler moins vite que les autres en expédient chez leurs voisins directs les effets dévastateurs de la mondialisation commerciale en régime hautement inégalitaire. De fait, le champion allemand n'en est un, que parce qu'il est capable de créer des excédents importants vis-à-vis des autres nations développées, essentiellement européennes. Il n'y a derrière le miracle allemand (qui n'est d'ailleurs pas si miraculeux sur le plan de l'emploi) aucun remède à trouver à nos maux. En effet, la multiplication des politiques à l'Allemande annulerait instantanément les avantages du modèle germanique, celui-ci n'étant viable que s'il est pratiqué par une minorité de pays. La politique de contrition salariale n'est en définitive que la resucée des politiques que l'on appelait autrefois les dévaluations compétitives. Un mécanisme de concurrence qui vise à transvaser la prospérité d'une nation vers une autre grâce à l'accumulation d'excédents commerciaux. Si tous pratiquent cette dévaluation alors on se retrouve devant un jeu de chaise musicale qui n'a pas de fin.



Il ne faut jamais oublier que le protectionnisme, la dévaluation ou l'actuelle baisse des salaires en Grèce, n'a de sens que si la demande externe est suffisante pour tirer la croissance économique. Les Européens trop habitués à voir la croissance américaine tirer la leur grâce aux relances de l'Oncle Sam après guerre n'ont pas compris quel était véritablement le sens d'une politique contra-cyclique. Rassurons-nous, les USA n'ont guère mieux compris, eux ignorent parfaitement le danger inhérent aux déséquilibres commerciaux sur le plan monétaire. Le dollar semblant flotter invariablement au-dessus des eaux sans que jamais, jusqu'à présent, le déficit commercial monstrueux ne l'emporte vers les abysses.  De fait, l'incompréhension est semblable des deux côtés de l'atlantique, mais le nœud de l'ignorance locale diverge. Les uns s'échinant à réduire sans arrêt la demande intérieure en priant pour que les exportations repartent, les autres creusant déficit commercial sur déficit commercial en espérant que la croissance suffira à faire croitre suffisamment la productivité pour reboucher le trou à long terme. Il se trouve que cependant des deux expédients approximatifs et mal compris celui des USA est le moins tragique. Surtout dans une économie mondiale en pleine dépression, les dernières évolutions du Baltic Dry confirmant la non-reprise mondiale. Il est vrai que comme les deux moteurs de la demande planétaire sont en panne ou sur le point de l'être dans le cas des USA, on ne voit guère où les nations mercantilistes pourraient déverser leurs exportations et leur surproduction. Les limites du raisonnement mercantiliste donnent ici tout leur sens comique puisque les vainqueurs finissent par mourir faute de client solvable. L'exemple le plus criant étant celui du japon qui vient de retomber en récession et qui préfigure la futur récession en Allemagne. Le problème c'est que la planète n'a plus de client en dernier ressort pour absorber l'énorme surproduction planétaire. De cela les acteurs du jeu économique mondial n'ont pas encore pris conscience.

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 Le Baltic Dry indique la demande mondiale pour le transport maritime de marchandise. des prix bas indique une faible demande à l'échelle planétaire. Le niveau actuel est inférieur à celui qui prévalait en pleine crise de 2009.

 

 

C'est avant tout pour cette raison que la politique actuelle en Grèce est stupide et criminelle. Si l'Europe était en pleine croissance ainsi que l'économie monde, les remèdes stupides et violents actuellement mis en œuvre dans ce pays auraient tout de même une maigre chance de fonctionner. Mais de telles conditions ne sont absolument pas réunies, on fait donc souffrir le peuple grec pour rien. Et l'on va aggraver fortement l'endettement local au passage puisque les revenus des salariés et donc in fine de l'état vont fondre. On peut déjà s'attendre à une forte dégradation de l'économie locale déjà passablement abimée pour l'année qui vient.

 

La baisse des salaires est moins efficace que la dévaluation



Cependant même en ignorant volontairement la question de la demande mondiale on peut tout de même s'insurger contre la pratique visant à remplacer les dévaluations par les baisses de salaire. S'il y a bien une leçon qui aurait bien dû rester de Keynes c'est bien que l'ajustement monétaire est infiniment plus efficace et moins douloureux que les politiques de contrition salariale, et ce, dans n'importe quel pays, même en Allemagne. Je rappellerai d'ailleurs que dans une démocratie, ou tout du moins d'après les règles qui établissent le droit du travail dans nos pays théoriquement démocratiques, le salaire n'est pas directement l'affaire de l'État sauf dans le cas de la fonction publique. Il se trouve d'ailleurs que ce ne sont pas les salaires qui sont baissés en Grèce, mais uniquement le salaire minimum dont on peut être sûr que la réduction ne touchera que la partie la plus fragile de la société. Même dans des dictatures comme celle de chine l'état ne contrôle pas les salaires, ou alors difficilement. Vouloir remplacer la dévaluation par la baisse salariale consiste donc en pratique à favoriser certaines populations au détriment d'une autre. En effet, certaines classes sociales ne seront pas touchées par la baisse et d'autres oui. Dès lors les libéraux truquent ici le jeu du marché en imposant une baisse de type bureaucratique qui produira un effet totalement inégalitaire suivant les couches sociales.



La baisse des salaires ne serait une politique équivalente à la dévaluation qu'à la condition stricte que tous les salaires bougent uniformément et de façon synchrone au sein de la société. De fait, les prix aussi devraient suivre la baisse des salaires, cependant nous savons par expérience que l'élasticité des prix est moindre que celle des salaires à la hausse comme à la baisse. Il faut donc parier ici sur une stagnation des prix au maximum, ou sur une très légère décrue. Du coup, l'amélioration externe recherchée sera très faible et en tout cas insuffisante pour accroître de façon importante la compétitivité externe de la Grèce. Et cette très faible amélioration se sera faite au prix d'un alourdissement incommensurable des difficultés locales, de la dette au chômage. On notera également que cette politique de contrition aura comme effet immédiat de pousser les entrepreneurs à diminuer au maximum leurs dépenses d'investissement en attendant des jours meilleurs. Donc au final la hausse de la productivité grecque sera renvoyée aux calendes du même pays. Pour toutes ces raisons, l'on voit bien que la baisse théorique des salaires reste toujours avec un effet très théorique, surtout dans un pays n'ayant pas la discipline des pays du nord.



Au final, on se rend compte ici à quel point l'euro aggrave considérablement les difficultés européennes. En interdisant les dévaluations, l'euro condamne les pays à faire des ajustements structurellement inefficaces et socialement violents. On constate aussi que l'euro permet aux castes dominantes d'accroitre indéfiniment les injustices locales en leur faveur puisqu'elles ne sont tout simplement jamais touchées par la crise. Quand il y avait dévaluation, les pauvres perdaient du pouvoir d'achat sur les produits importés, mais c'était également le cas des riches du même pays qui devaient bien payer les marchandises avec la monnaie locale dévaluée. Grâce à l'euro, l'adaptation monétaire n'est plus de mise et tous les efforts sont concentrés sur les classes sociales les moins protégées, celles qui vivent du SMIC et des salaires facilement ajustables. On voit bien qu'il y a quelque chose de profondément nauséabond dans le système européen qui a été entièrement pensé pour une petite partie de la population du continent, celle qui donne des leçons de morale dès qu'un peuple se met en travers de ses projets délirants.



Il ne faut pas attendre une relance par les exportations



  Cependant, il ne faut pas pour autant croire que la dévaluation résoudrait tous les problèmes, si nous y avions recours, tant s'en faut. La dévaluation, comme le protectionnisme commercial qu'il soit sous forme de droit de douane ou de quota, ne sont pas des buts en eux-mêmes, mais des outils à l'usage d'une politique de plein emploi. Il faut bien comprendre que face à une croissance mondiale en berne et avec des pays asiatiques imbattables commercialement, la France ou la Grèce seront toujours trop chères à l'exportation. Et il ne suffit pas de crier à l'innovation, l'innovation, en sautant comme un cabri sur sa chaise celle-ci ne changerait rien à l'affaire. Je pourrai toujours vous dire qu'Apple emploie dix fois plus de gens en Chine qu'aux USA pour inonder le marché américain pour que vous compreniez enfin que ce n'est pas la recherche qui sauvera l'emploi sous nos latitudes. L'économie mondiale est malade d'un système qui ne donne pas assez de revenus globaux pour que la production s'écoule en totalité à l'échelle de la planète. Cette sous-consommation mondiale est à l'origine de l'explosion du chômage dans une période ou pourtant de nombreux pays connaissent un ralentissement démographique majeur. Qu'un pays comme l'Allemagne ou le Japon produise du chômage est en soi une étrangeté puisque la population de ces contrées commence à baisser.

 

  Les USA ont permis avec leurs déficits commerciaux de stabiliser la croissance mondiale depuis la fin de la guerre. Ce sont leurs relances régulières qui permettaient à l'économie de la planète de connaître une croissance constante. Mais les USA ne sont pas une nation de taille infinie, ils ne pouvaient absorber indéfiniment les excédents européens, puis japonais et aujourd'hui chinois, sans que cela ne remette un jour en cause leur privilège monétaire. Nous sommes depuis 2007 dans une situation où le seul état du monde à faire de vraies relances ne peut plus les faire. Du moins, pas à l'échelle à laquelle cette relance serait efficace. Dans le même temps les acteurs qui eux pourraient effectivement aider à cette relance ne le font pas, attendant passivement que d'autres relancent à leur place. C'est le cas d'un pays comme la Chine, le Japon, la Corée ou plus proche de nous l'Allemagne. C'est dans ce contexte là qu'il faut envisager la politique macro-économique, c'est-à-dire un contexte où les exportations ne pourront en aucun cas relancer la croissance locale. On remarquera d'ailleurs que malgré ses excédents l'Allemagne n'a pas connue une croissance très forte ces dix dernières années. C'est une preuve que l'excédent n'est pas le remède miracle que certains croient à tort.



  Si l'on veut relancer véritablement la croissance, il faut nécessairement passer à une stratégie d'autonomie vis-à-vis de l'économie mondiale. En ce sens, il ne faut pas voir la dévaluation ou le protectionnisme comme des moyens pour relancer les exportations, en regard de la croissance mondiale et de nos concurrents c'est un objectif irréaliste. Il faut voir la dévaluation et le protectionnisme comme des moyens pour relancer notre propre demande intérieure en minimisant au maximum l'effet de fuite produit par les importations. Dès lors, le remède pour la Grèce serait, à l'inverse de la politique actuelle, de relancer les salaires et de dévaluer en même temps. Cela dans le but de relancer la croissance en orientant la demande des consommateurs vers les produits locaux bien plus compétitifs grâce à la dévaluation ou aux taxes à l'importation. Évidemment il n'y a pas de remède miracle et reconstruire une industrie cela prend du temps surtout lorsque l'on a fini de démolir la sienne grâce aux conseils mal avisés des théoriciens néolibéraux. Il se peut que cette politique soit momentanément inflationniste dans un pays comme la Grèce. Mais c'est seulement à ce prix que l'industrie du pays peut-être ressuscité et l'avenir assuré à long terme. En France nous disposons encore de quelques morceaux d'industrie, mais le temps joue contre nous comme on le voit avec l'affaire Renault. Plus nous attendrons et plus le moment du redressement sera douloureux et inflationniste. Encore une fois, l'histoire récente des pays d’Amérique du Sud nous éclaire fortement sur le devenir du continent européen. La forte inflation est en quelque sorte le prix à payer pour avoir eu une monnaie surévaluée pendant des décennies et pour avoir laissé couler l'industrie locale.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 20:12

  S'il est une certitude pour les prochaines élections, c'est que les conditions économiques vont être la principale source du débat public. D'ores et déjà la machine démagogique libérale tourne à plein régime avec des partis politiques dominant qui se disputent pour savoir qui sera le plus rigoureux pour rembourser la dette. De fait, Hollande ne fait illusion à gauche que dans la tête des plus naïfs puisqu'il est certain que l'homme de Corrèze est le plus à même, à l'heure actuelle, de pratiquer une politique de contrition salariale. Le PS a toujours été plus à l'aise dans les "réformes" que ses homologues de droite qui doivent affronter la méfiance populaire et les syndicats. Le PS comme la plupart des partis de gauche, dite de gouvernement, ont toujours plus de liberté, la population leur faisant confiance parce qu'ils sont de "gauche" théoriquement. Comme je l'avais affirmé il y a presque un an, Hollande est le candidat idéal pour faire une grande purge libérale, sauce Thatcher, avec trente ans de retard. Et la crise couplée aux idéaux néolibéraux profondément ancrés dans la population, grâce en grande partie à une propagande constante ces dernières décennies, va pouvoir faire son œuvre et permettre aux pseudo-socialistes de démanteler les derniers restes de l'état providence.

 

De la crise de la France à la fin de l'euro



Nous pouvons donc déjà prévoir la suite du scénario même si certains se complaisent à croire que la prochaine élection présidentielle pourrait produire des surprises. Le fait est que pendant une crise les populations ont plutôt tendance à se tourner vers le conservatisme surtout lorsque la crise est encore relativement lointaine comme c'est le cas en France. Je rappellerai au passage qu'en Grèce ou en Espagne, pays où la crise est largement plus violente qu'en France, il n'y a toujours pas de révolte ou de montée de partis insurrectionnels. On a toujours au pouvoir les partis centristes qui sont pourtant entièrement responsables de la crise. Il est long le temps de la révolte des peuples. Nous ne nous dirigeons donc probablement pas vers un effondrement qui sera provoqué par une crise politique tout du moins à court terme. La passivité politique de nos concitoyens rendant ce type de réaction fortement improbable, il y a d'ailleurs fort à parier que nos élites du centre en ont pleinement conscience. Elles jouent de leur cynisme parce qu'elles sont persuadées à juste titre que la population ne réagira jamais à leurs provocations. Encore une fois, les peuples ont les élites qu'ils méritent. C'est la dépolitisation de ces quarante dernières années qui ont permis la dégradation qualitative du personnel politique. La crise actuelle n'est que le résultat d'une absence de démocratie produite en grande partie par la hausse du niveau de vie et l'effondrement des croyances collectives pour reprendre la terminologie des analyses Toddiennes.



De fait, il ne faut guère espérer des prochaines élections. Nous aurons comme d'habitude un match PS/UMP ou peut-être un trublion bien utile pour faire croire au choix du type MODEM ou FN. Un faux choix en réalité puisque le gagnant électoral sera toujours l'UMP ou le PS,  quel que soit l'opposant en face. Il faut se faire une raison dans les conditions actuelles du fonctionnement de nos pseudo-démocratie, tout changement réel par les urnes est hautement improbable. C'est justement à cause de cela d'ailleurs que nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Si le changement avait dû avoir lieu par les urnes cela fait longtemps qu'il serait advenu. Car des alternatives par le passé il y en a toujours eu. À l'image de Chevènement en 2002. Mais elles n'ont jamais réussi à se faire entendre ou à monter au pouvoir le panem et circenses maintenant en l'état les rapports de force politique. Il faudrait un degré de souffrance sociale et économique largement supérieur pour qu'un changement survienne, mais même dans ce cas cela ne signifierait pas pour autant que le changement produit par cette souffrance serait bon. Il suffit de regarder l'état des révolutions arabes et leur conclusion pour voir que les révoltes ne mènent pas toujours vers plus de rationalité au pouvoir c'est même souvent l'inverse.



Le seul changement sur lequel nous puissions réellement compter est l'explosion du système mue par ses propres contradictions. La grande mécanique absurde de la mondialisation est en réalité sa meilleure ennemie. Comme le dit si bien Todd les néolibéraux se fracassent contre le mur des réalités. Ce sont ces réalités qui produiront le changement, bien plus surement que le sursaut du peuple français. Un peuple dont on a des difficultés aujourd’hui à voir la grandeur, tant il est devenu amorphe politiquement parlant.



Le déclencheur de la crise finale de l'euro c'est bien la France qui va la produire. La montée au pouvoir des socialistes signera la fin de l'UE, non pas parce que ces derniers auraient muté vers l’euroscepticisme, mais bien au contraire parce qu'ils voudront sauver l'Europe à tout prix. « Plus d'Europe »est ainsi le meilleur moyen pour nous d'obtenir rapidement «  plus d'Europe du tout ». On imagine déjà les remèdes de cheval néolibéraux que les socialistes concoctent en secret loin des plateaux TV ou on laisse croire encore, aux naïfs, que Hollande veut sauver le soldat ouvrier français. Alors qu'il n'en a rien à faire depuis toujours. À ce titre il est probable que le seul tort aux yeux des pseudo-socialistes de l'officine néolibérale type Strausskanienne Terra Nova est sa trop grande honnêteté vis-à-vis du public. Ce think tank révélant la pensée profonde d'une grosse partie des élites socialistes. Une pensée que l'on peut résumer par : « les Français on s'en fout pourvu que nous et nos copains sociologiques on soit au pouvoir ». Ne vous inquiétez pas dès que l'occasion se présentera, Hollande fera un grand discours plein de trémolos dans la voix nous indiquant que c'est à contrecœur, nécessité faisant loi, qu'il renonce à tous ses projets . Projets qu'il savait pourtant pertinemment irréalisables sans une remise en cause de l'euro et du libre-échange.



Et c'est tant mieux puisque c'est bel et bien en contractant la demande française par des politiques dites de réduction des dépenses que la crise de l'euro atteindra son point de non-retour. Les socialistes se jetant à corps perdu dans les politiques de déflation salariale à l'allemande ils provoqueront une grave crise outre-Rhin. C'est que la France est la première destination des excédents allemands. Pour tout dire les excédents allemands vis-à-vis de la France permettent à ces derniers de cacher l'énorme déficit commercial qu'ils ont avec la Chine. Si les excédents allemands dans la zone euro s'effondrent par la faute d'une germanisation des politiques salariales des pays latins , le roi germanique se sentira bien nu et tout aussi désindustrialisé que ses pauvres voisins. De fait, la crise en France provoquée par la future politique de Pierre Hollande... ou de François Laval, je ne sais plus, provoquera la crise terminale de l'euro. Le rebond du chômage en Allemagne vers fin 2013 poussant alors le nationalisme allemand à mettre fin à l'existence de la zone euro. Les Allemands, nourris à l'idée qu'ils seraient victimes et non-bénéficiaires de la structure de l'euro, finissant par provoquer une politique contraire en réalité aux intérêts allemands. Ce scénario, j'en avais déjà parlé, mais il me semblait opportun de vous en rappeler les hypothèses de base. De fait, la fin de l'euro sera plus le fait des contradictions entre la vision des intérêts des élites des différentes nations européennes que du fait des révoltes populaires. Il n'y a plus guère qu'en Islande que la démocratie a encore un sens sur le vieux continent. Si tant est qu'elle ait déjà réellement existé dans un pays d'Europe.



Découplage de l'économie-monde

 

La suite du scénario est déjà plus difficile à écrire. L'effondrement du château européen mettant fin au statut dominant des idées qui la portaient, la crise politique pourrait être totale. Il n'est pas certain que le prochain président puisse d'ailleurs finir son mandat à terme tant les remous seront importants. La fin de l'euro n'étant pas préparée elle provoquera une grave crise. D'autant plus que les élites au pouvoir continueront de pratiquer leur chère politique de contrition salariale dans un contexte de dévaluation compétitive. N'ayant aucune conscience du fait que l'équilibre entre l'offre et la demande ne peut pas être le fruit des seuls mécanismes du marché, elles continueront inlassablement à dégrader la situation économique du pays. Un peu à l'image des guignols qui dirigent actuellement la Grande-Bretagne, pays libre monétairement, mais enkysté dans la dogmatique néolibérale.

 

En supposant tout de même qu'un soupçon de raison puisse un jour guider notre nation, nous pourrions tout de même esquisser quelques pistes. La fin de l'euro entrainera en premier la fin de l'illusion d'un monde sans nation. Monde qui n'était d'ailleurs rêvé qu'en Europe. Ailleurs dans le monde c'est bien au contraire la nation qui triomphe partout. L'incapacité à penser autrement l'avenir qu'en terme d'uniformisation/américanisation cessera probablement d'être et c'est très bien ainsi. C'est plutôt une bonne nouvelle. Cette fin du dogmatisme uniformisant remettra les peuples d'Europe devant une évidence que jamais ils n'auraient dû oublier, nous sommes tous différents et il en va de même des peuples qui ont des histoires, des démographies, des us et coutumes différents. Ces différences si elles sont dangereuses lorsque les peuples se partagent une même frontière peuvent être un enrichissement mutuel si justement la différence est acceptée par l'existence d'une frontière partagée. Car seule la frontière permet à ces différences d'exister en même temps. C'est la frontière qui rend la différence soutenable. L'exemple le plus simple et le plus matérialiste étant la différence en matière de fiscalité. Seule la frontière permet à des peuples voisins d'avoir une fiscalité différente. En effet sans frontière sur les capitaux, ces derniers vont systématiquement vers le lieu où la fiscalité est la plus basse interdisant par là même toute possibilité de choix aux nations qui doivent s'aligner sur l'imposition la plus basse. Un jeu de concurrence fiscale dont les fondateurs des traités sur la libre circulation des capitaux avaient pleinement conscience.

 

Les Européens à cause de la crise redécouvriront que l'autre ne peut exister que s'il existe une frontière, une limite qui définit le champ d’exécution d'une politique. La démondialisation ou plutôt ce que j'appelle le grand découplage de l'économie-monde permettra à nouveau l’expérimentation économique et sociale. Il n'y aura plus un modèle, mais une multitude de modèles tous disparates et fondés sur des principes différents en fonction des cultures et des visions locales de ce que doit être une société. Les peuples d'Europe penseront à nouveau l'économie dans le cadre de leur propre culture, et non plus dans l'idée de faire comme le voisin. En France le rôle naturel de l'état devrait revenir, la France n'existant pas sans son état, après tout c'est l'état monarchiste qui a fait la France contre les féodalités locales. Sans politique nationale de grande envergure, il n'y a rien qui se passe en France. Que ce soit dans la recherche scientifique, l'industrie ou même l'agriculture. Le laissez-faire libéral est particulièrement inadapté à la mentalité française. Dans ce cadre nouveau, le but principal devrait être le plein emploi. Quelle que soit l'inflation, tout en se fixant une balance des paiements à l'équilibre. Une équation qui ne peut être obtenue que grâce à des plans de relance massive , couplée à des dévaluations et à un protectionnisme douanier. Les quotas ont naturellement ma préférence puisqu'ils sont insensibles aux variations du taux de change. Une inflation à 5% pendant quelques années ne serait pas nécessairement une catastrophe si les salaires suivent. Un retour à l'indexation de ces derniers pouvant garantir un maintien, voir une élévation du pouvoir d'achat salariale. On aurait ici un mécanisme indolore de transfert des revenus des capitaux et de la rente vers le travail et l'investissement.

 

  Le retour de la maitrise de la monnaie nationale nous permettrait des innovations en matière économique. Ainsi pour nous réindustrialiser on pourrait consentir des prêts publics à taux zéro aux entreprises du secteur industriel pendant quelques années, ce qui avec une inflation élevée reviendrait pour elles à emprunter avec des taux d'intérêts réels négatifs. Au passage le remboursement de la dette publique serait grandement facilité par une inflation élevée. La fin de l'euro n'est pas la fin du monde, c'est au contraire le début d'un nouveau. Nous tournerons alors enfin la page de la Seconde Guerre mondiale et de la domination américaine sur le continent européen. Nous redeviendrons enfin des acteurs de l'histoire le jour ou nous aurons cessé de croire que celle-ci à une fin.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 23:40

Les récents démêlés entre la France et la Turquie m'ont récemment poussé à étudier un peu la macroéconomie de ce géant de l’Asie mineure. Je ne polémiquerai pas ici au sujet du génocide, car génocide il y a bien eu. Même si ce n'est pas à l'état de décider des vérités historiques, mais bien aux historiens eux-mêmes. Il me semble d'ailleurs que cette affaire arrange bien les deux dirigeants de nos vieux pays, avec d'un côté un Sarkozy très peu attaché aux intérêts nationaux et qui peut se donner momentanément une bonne image dans les médias notamment ceux  de la gauche bienpensante. Et de l'autre côté, un dirigeant turc qui peut faire voir à quel point il défend l'honneur bafoué de la Turquie à un moment où la situation économique du pays pourrait très bien se retourner. Car si la croissance turque peut en émerveiller certains. Elle ne fera certainement pas frémir les lecteurs de ce blog qui sont maintenant habitués à comprendre que le seul taux de croissance est largement insuffisant pour mesurer si un pays progresse ou pas. Nous allons voir ici que la Turquie donne malheureusement tous les signes d'une économie bulle qui ne tiendra plus très longtemps étant donné son commerce extérieur. Et c'est peut-être parce que les élites turques viennent de voir leurs consoeurs grecques s'effondrer qu'elles cherchent un bouc émissaire extérieur pour le moment où la Turquie tombera.

 

  L'économie turque en quelques chiffres

 

  Décidément, les économistes mainstream n'ont toujours pas compris à quel point il est dangereux de ne voir l'économie d'un pays qu'à travers le prisme de la croissance. Les crises en Europe et un peu partout sur la planète auraient pourtant dû les éduquer un peu. Les champions d'hier, telles l'Espagne, la Grèce, ou l'Islande, ayant sombré avec pertes et fracas sous les coups des incohérences macroéconomiques de leurs modèles respectifs on aurait pu espérer une plus grande prudence avant de déclarer des nations comme modèle. Pourtant on nous présente les nouveaux champions avec la même désinvolture que l'on présentait ceux d'hier sans voir qu'eux aussi ont des problèmes structuraux de grande importance. De la Chine, dont le modèle exportateur pourrait lui être mortel avec l'effondrement de la demande en occident, à l'Allemagne qui a fondé toute sa croissance sur le pillage de ses voisins, en passant par le Brésil qui n'est dynamique qu'en parole puisque sa croissance annuelle est instable et qu'elle retombe aujourd'hui à seulement 2%. Bref rares sont les nations sur cette planète à pouvoir se targuer d'avoir un modèle cohérent et pour cause elles ont toutes été empoisonnées par l’idéologie néolibérale et son sabir pseudo-scientifique. Et les nations qui ont des modèles cohérents sont souvent d'anciennes victimes du néolibéralisme à l'image de l'Argentine qui cumule croissance économique et balance commerciale à l'équilibre, mais qui a tout de même une inflation élevée.

 

pib

 

    Dans le cas de la Turquie, il suffit de voir l'état de la balance commerciale pour voir qu'il y a une couille dans le potage comme on dit vulgairement.  Avec un joli -10% au compteur, on peut dire que la Turquie fait largement mieux que la Grèce qui n'avait jamais dépassé les 4% de déficit commercial malgré sa tare génétique de pays méditerranéen, dixit Angela Markel. Même l'Espagne championne d'Europe des déficits commerciaux avant sa panne sèche n'avait jamais dépassé 9.5% et pourtant elle était protégée par l'euro.... C'est dire si la situation turque est dramatique, et le pire c'est qu'elle aimerait y entrer dans l'euro.

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*source gecodia

Alors se pourrait-il que ce déficit commercial soit lié à une industrialisation intensive et au fait que les entreprises étrangères investissent massivement et importent donc des machines-outils? Ce qui se traduirait par un déficit commercial massif sur les biens d'équipements qui ne serait que momentané en attendant que la hausse de la productivité locale permette à la Turquie de voir sa balance se rééquilibrer. Le problème c'est que si la production industrielle augmente assez vite +11% l'année dernière les effets ne s'en font pas ressentir sur le commerce extérieur. De plus, l'industrie ne représente que 28% du PIB et seulement 25% de l'emploi. L'économie turque est déjà très post-industrielle dans le mauvais sens du terme. Et lorsque l'on regarde qui exporte en Turquie, on voit effectivement l'Allemagne grand fournisseur de bien d'équipement, mais on voit aussi la Chine et la Russie grands exportateurs de produit fini et de matière première.

 

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principaux-part.png

*source lemoci

 De fait lorsque l'on regarde ces chiffres on voit bien que la Turquie n'est pas en voie d'industrialisation accélérée qui pourrait justifier un déficit commercial aussi abyssal à l'heure actuelle. Elle bénéficie juste de quelques délocalisations européennes sur son sol sans que cela ne se traduise par une amélioration de la balance des paiements contrairement au cas chinois. Mais il faut dire que les Chinois eux sont protectionnistes et ont une monnaie fortement sous-évaluée. On peut donc tout à fait conclure que ce pays va droit dans le mur et que le crack sera encore plus violent que ce que la Grèce a connu. Nous allons voir par la suite que cette situation est en grande partie imputable à la politique monétaire menée par les élites turques. Une politique en tout point similaire à ce que l'Argentine ou les pays déficitaires de la zone euro ont connu. Même cause, mêmes effets. Au passage, on constate bien l'effet des délocalisations allemandes. En effet l’Allemagne représente 10.1% des exportations turques et 9.5% des importations, ce léger déficit de l'Allemagne est un signe que ce pays est un des piliers de la mécanique de domination commerciale allemande en Europe. Il n'y a pas que l'Europe de l'Est qui serve de zone de basse pression salariale aux exportateurs allemands. L'Allemagne ne milite-t-elle pas activement pour l'entrée de la Turquie pour cette unique raison? Sur cette page Wikipedia, on apprend ainsi que des partis autrichiens et allemands (CDU) militent activement pour l'adhésion de la Turquie à l'UE. On sait maintenant qu'elle est le motif réel. Le patronat n'est pas loin derrière.

 

La Turquie voulait elle aussi son franc fort

 

  Mais d'où vient donc cet énorme déficit commercial? La Turquie n'a pas des salaires très élevés même si la productivité elle non plus n'est pas très élevée.  Jusqu'aux années 2000, la Turquie équilibrait à peu près sa balance commerciale et puis les idées néolibérales ont dû franchir le Bosphore. Les Turcs ont eu l'idée saugrenue de vouloir être européens jusqu'au bout en incorporant chez eux les idées très idiotes de leurs voisins de l'ouest. Probablement avec l'idée sous-jacente d'entrer dans l'UE. Et, pourquoi pas? Dans la fabuleuse monnaie unique dont tout le monde aujourd'hui a compris les immenses qualités. Il faut dire que l'inflation en Turquie a toujours été extrêmement élevée, quand on pense que nos élites ont peur de 3% d'inflation alors que l'inflation turque était souvent de 50 ou 60% par an dans les années 80-90. Cette période de forte inflation n’empêchait pourtant pas la hausse progressive du niveau de vie lorsque l'on regarde l'évolution du PIB par tête exprimé en PPA. Et la croissance était là aussi dans les années de forte inflation. Mais l'inflation ayant été déclarée mal du siècle voila les élites turques qui partent en guerre contre elle. Oubliant au passage que la forte inflation de la Turquie était aussi le fruit d'une démographie galopante que les vieillards du Nord n'ont plus depuis très longtemps. D'ailleurs si la hausse du niveau de vie s'accroit aujourd'hui en Turquie ce n'est pas parce que la croissance économique s'accélère, c'est surtout parce que la croissance démographique ralentit et permet une hausse par tête plus élevée.



Pour créer une nouvelle Turquie, les élites ont créé une nouvelle monnaie en 2005, la nouvelle livre turque. On notera que jusqu'à l'apparition de cette monnaie la livre n'était pas librement convertible dans les autres monnaies. Elle avait un cours forcé en quelque sorte un peu à la chinoise. Sur le deuxième graphique ci-dessous on peut remarquer une forte appréciation de la livre turque à partir de l'an 2000. Et étrangement le cours de la livre suit un peu l'évolution de l'euro. On peut en conclure que les élites turques ont voulu une monnaie forte qui suit les évolutions de l'euro pour favoriser leur saint Graal de l'adhésion à l'UE et à l'euro. L'arrivée des islamistes au pouvoir n'ayant rien changé dans la politique monétaire du pays.

 

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* Source université de Sherbrooke

 

 

Les conséquences directes de cette livre turque forte sont les mêmes qu'en France dans les années 90 avec le franc fort ou dans les années 2000 avec l'euro, c'est une dégradation constante de la balance commerciale du pays. Dans le cas turc, cela est encore plus grave, le pays n'ayant pas une productivité forte et des secteurs capables de résister à cette dégradation de sa compétitivité. De fait, la Turquie est dans une situation en tout point similaire à la situation grecque d'avant la crise du secteur bancaire. Une forte largement surévaluée et un niveau de vie qui s'accroit artificiellement gonflant les déficits commerciaux et créant une multitude d'emplois dans les services. Il faut d'ores et déjà s'attendre à un effondrement du système financier turc dans les années qui viennent et à un effondrement monétaire puisque les déséquilibres atteignent des niveaux encore supérieurs à ceux que les nations les plus déficitaires de la zone euro ont connus. On remarque au passage que les élites turques sont aussi aveugles que leurs collègues européennes à ceci près qu'elles sont en décalage avec elles, répétant les mêmes erreurs. Et même si à court terme cette pseudo-croissance fondée sur du vent réduit le chômage, elle ne réduit pas les inégalités qui sont très importantes dans ce pays. Le coefficient de GINI est de 0,436 contre 0,34 en Grèce faisant de la Turquie un pays pratiquement aussi inégalitaire que la Chine. Qui plus est cette croissance finira, nous le savons d'expérience, en catastrophe. Il serait peut-être temps que les élites turques se soucient un peu plus de leur balance commerciale si elles ne veulent pas d'un enterrement à la grecque.



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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 22:40

 Silvio_Gesell_-1895-.jpgMon collègue blogueur Laurent Pinsolle relance la question de la monnaie et du rôle joué par le système monétaire international dans la crise actuelle. Si je crois tout à fait pertinent le fait que le dérèglement du système de Bretton Woods a une place centrale dans la crise actuelle, il ne faut toutefois pas tout confondre. La question monétaire doit être en réalité coupée au moins en deux parties pour permettre une analyse cohérente. En effet la question de la monnaie peut se voir de deux manières différentes. D'une part elle peut consister à vouloir résoudre la question du développement économique propre à une société. Et à faire en sorte que la nature de la monnaie ne déforme pas l'échange commercial, et permette un développement harmonieux de l'économie. On pourrait parler ici de contrainte endogène. Et la deuxième façon de voir la monnaie est de se poser la question du rapport commercial et économique entre les différentes sociétés qui composent cette planète. On pourra parler ici de contrainte exogène. On verra que l'articulation entre ces deux contraintes d'analyse de la monnaie n'est pas une sinécure. En effet, avoir une monnaie fondante par exemple pour éviter l'accumulation capitalistique produit des difficultés dans l'échange commercial avec l'extérieur et des dévaluations constantes.  

 

 On peut ainsi chercher le meilleur système monétaire pour le développement économique d'une nation et se retrouver bloquer dans son application à cause des contraintes inhérentes au commerce international et des relations monétaires qu'il engendre. Il sera ainsi bien difficile de construire un système monétaire parfait et l'on devra certainement faire appel à des expédients extérieurs à la simple logique monétaire pour pouvoir faire en sorte d'avoir le meilleur système monétaire possible tout en gardant tout de même une cohérence vis-à-vis de l'extérieur du lieu d'application de ces solutions. Un bon système monétaire doit à la fois prendre en compte l'optimum monétaire endogène tout en prenant garde aux contraintes exogènes.    

Les contraintes monétaires endogènes

J'ai souvent parlé sur ce blog de la question monétaire et du principal problème que la monnaie produit sur le fonctionnement de l'échange. Par nature, la monnaie fait perdre une information capitale dans l'échange marchand, celle du temps. Le capital monétaire s'accumule sans perte alors que toutes les marchandises, tout ce que nous consommons est usé par le temps. De fait, la nature même de la monnaie telle que nous la concevons génère une déformation dans l'échange et produit un aveuglement sur la réalité des richesses d'un peuple ou d'une nation. Ce vice fondamental produit les crises et les cracks que nous connaissons régulièrement. L'inflation est en réalité le remède naturel que trouve le système économique pour réintroduire dans l'économie le temps et l'usure des choses. L'inflation érode ce capital qui ne devrait pas s'accumuler outre mesure. Ceux qui s'affolent en entendant le mot inflation ne se rendent pas compte que l'inflation est structurellement liée à un système monétaire qui permet l'accumulation sans limites du capital. Pour ne plus avoir d'inflation, il faut un système économique qui empêche l'accumulation.



À l'époque où Keynes réfléchissait à ces questions, il en était arrivé à la conclusion que seul un impôt très important sur les plus riches pourrait mettre fin aux accumulations délirantes et réduire ainsi le besoin d'inflation. Car l'inflation si elle est une nécessité dans une société trop inégalitaire et possédant une trop grosse part de rentier, elle n'en reste pas moins un remède hautement injuste et difficilement contrôlable. Elle punit le petit épargnant tout autant que le très gros alors que c'est surtout ce dernier qui est la cause des dérèglements économiques. De la même manière l'inflation ne distingue pas l'épargne à visée rentière, de l'épargne à visée consumériste qui elle serait un jour réintroduite dans le système économique sous la forme de gros achats. Keynes préférait donc un impôt très fort sur les grosses fortunes. Il prônait une réduction du problème de l'accumulation non pas en changeant la nature de la monnaie, mais en prenant en compte ses conséquences en introduisant des solutions politiques à postériori. D'autres ont voulu résoudre cette question en changeant la nature même de la monnaie. C’est le cas de Silvio Gesell qui lui proposait de rapprocher la nature de la monnaie de la nature de l'échange réel. De fait chez Gesell la monnaie a une durée de vie limitée, c'est une monnaie fondante. Sa nature rend donc impossible l'accumulation sur une très longue période et elle annule ipso facto le problème que la rente fait peser sur le reste de l'économie. Il est à noter qu'avec le progrès technique cette solution est de moins en moins utopique et pourrait très bien s'appliquer dès aujourd'hui.

Autre problème endogène. C’est le droit d'émission monétaire. Cette question est posée par certains économistes et par des citoyens actifs comme notre célèbre collègue A-J Holbecq. La monnaie devrait théoriquement être un bien public. Cependant par le hasard et la bêtise idéologique elle se retrouve aujourd'hui bien de particuliers, en l’occurrence les banques et les très riches. Alors qu'autrefois l'état empruntait les capitaux à la banque de France pour faire des investissements nationaux à des taux très faibles, ce dernier se retrouve aujourd'hui obligé d'emprunter à des taux très élevés, et de plus en plus à cause des récents événements, sur les marchés internationaux. D'un point de vue logique, il faut être clair, rien n'oblige un état à emprunter des capitaux exprimés dans sa monnaie nationale sur les marchés financiers. Ce truc absurde provient de l'idée néolibérale qu'ainsi l'état serait obligé de rembourser ses dettes pour reprendre les propos du très néolibéral Raymond Barre. Le but était théoriquement d’empêcher l'inflation ce qui n'a pas du tout marché bien évidemment. Cette politique a surtout donné à des acteurs privés des capacités croissantes dans la domination économique sur tout le reste du corps social au détriment de l'état et de la démocratie. Et cela grâce à l'endettement public et aux intérêts composés toujours croissants d'une dette indéfiniment remboursable. Nous arrivons aujourd'hui au terme de cette logique et nous voyons directement les banques et les acteurs des marchés financiers décider des politiques publiques. Une nouvelle féodalité s'installe en Europe et aux USA de plus en plus ouvertement et le capital est sa justification existentielle.

 

Les penseurs alternatifs sont donc pour un retour à une monnaie publique seule solution pour mettre fin à cette nouvelle tyrannie. Certains comme Todd vont jusqu'à réclamer l'annulation pure et simple de la dette ce qui aurait le mérite de remettre les pendules à zéro, mais qui ne résoudrait pas le problème à plus long terme. Comme la masse monétaire doit croitre avec les besoins d'échange et la croissance économique physique il nous faut nécessairement un système qui ne soit pas fondé sur de l'argent dette pour fonctionner à long terme. C'est-à-dire un système dans lequel chaque franc supplémentaire circulant dans le système monétaire ne provient pas d'un emprunt à intérêt, mais d'une création gratuite. Cette fonction ne peut être exercée que par un organisme public pas forcément sous la tutelle de l'état d'ailleurs. Après tout la justice est publique, mais les pouvoirs judiciaires et étatiques sont théoriquement séparés. On peut imaginer la même chose dans le cadre de la monnaie pour éviter les éventuels abus. Dans ce cadre-là, des économistes ont ressorti les thèses d'Irving Fisher le fameux « 100% money » qui consistent à faire en sorte que la banque centrale soit la seule à émettre la quantité totale de monnaie. Les autres banques ne pouvant plus émettre plus de monnaie qu'elles n'en ont à travers le système fractionnaire. On évite ainsi les crises, les bulles et les cracks liés aux délires dans un sens ou dans l'autre et à l'émission excessive de monnaie. On permet aussi à l'état de faire croitre la masse monétaire de façon régulière sans que sa dette enfle.

 

Les contraintes monétaires exogènes 

 

Comme on le voit, ces différentes solutions visent à construire un système économique plus stable et plus performant en vue de produire un meilleur bien-être de la population et d'éviter les errements du chômage de masse et de la déflation économique dans lesquels nous sommes plongés à l'heure actuelle. Il se trouve cependant qu'il y a d'autres problèmes monétaires à prendre en compte dans nos raisonnements. C'est ici qu'entre en jeu le fameux système monétaire international . Jusqu'à présent les questions monétaires étaient basées sur un raisonnement purement national et fermé, en introduisant les contraintes extérieures les choses se compliquent un petit peu. Nous ne pouvons pas vivre en autarcie. Nous pourrions fortement réduire les interactions économiques, ce qui serait souhaitable pour rendre nos nations plus stables et pour mieux contrôler le développement économique. Mais même avec le système le plus autonome nous aurions encore à faire du commerce. Ne serait-ce que pour les matières premières tant que nous n'avons pas trouvé de moyens de nous en passer. De fait, il faut alors voir que les monnaies nationales sont en relation les unes avec les autres. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'économie de la planète fonctionne avec en son cœur une monnaie de réserve internationale, le dollar. Cette situation a permis aux USA d'importer sans avoir à se soucier des grands équilibres commerciaux. Dans les années 70, avec la mise à mort de l'étalon or par les USA, ces derniers ont pu émettre autant de monnaie qu'ils le voulaient sans se soucier de leur taux de change.

 

Il faut bien comprendre que cette situation aussi ubuesque soit elle est une nécessité dans le sens où les autres peuples de la planète se sont volontairement piégés dans les griffes des USA. L'Europe et aujourd'hui l'Asie attendant stupidement année après année que les USA relancent leur consommation intérieure pour voir la croissance repartir. De fait, les USA sont devenus comme le disait Todd dans « Après l'empire » l'état de la planète entière. Malheureusement malgré leur voracité les Américains n'arrivent plus à consommer suffisamment pour permettre l'absorption de la production croissante de la planète surtout depuis que la Chine s'est jointe à cet absurde système. La crise actuelle est une crise de surproduction à l'échelle planétaire et sa genèse se situe dans les déséquilibres commerciaux monstrueux engendrés par un système monétaire et commercial mal pensé. C'est dans ce cadre là celui d'un système de change flottant que nos monnaies alternatives vont devoir vivre. La seule réforme monétaire ne suffira pas, l'Europe et l'Asie doivent aussi à vivre sans attendre un retour de la croissance uniquement par l'exportation. Elles doivent apprendre à faire des relances et pas seulement des plans d'austérité.

 

La question du système monétaire international est donc importante, mais elle est relativement indépendante de la question du système monétaire nationale dont nous parlions au préalable. Il est d'ailleurs probable que changer le système monétaire mondiale d'un coup soit impossible. La seule fois où cela fut possible fut après la guerre, une période ou une nation, les USA pouvaient imposer un système à toutes les autres. Ce ne sera plus le cas aujourd'hui. La réforme du système monétaire se fera donc par à-coups avec des évolutions comme celle récente de l’abandon de l'étalon dollar dans les échanges sino-japonais. En Europe la priorité est de mettre fin à la stupide monnaie unique et de revenir à un système plus flexible de monnaie nationale avec une monnaie commune pour éviter une dollarisation de la zone. En plus de cela il faut aussi parler du contrôle des capitaux et des marchandises aux frontières, la monnaie n'étant pas le seul moyen de réguler le commerce. Les quotas et les douanes pourraient tout à fait rendre viable même l'euro si nos élites étaient moins bornées.

 

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