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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 22:44

friedmantime.jpgL'une des idées les plus néfastes exprimées par la "pensée" néolibérale fut probablement de vouloir présenter le vice sous les traits de la vertu. Non seulement en préconisant contre le bon sens naturel des individus l'égoïsme, et la compétition sans règle qui se résume au massacre des plus faibles par les plus forts, mais aussi en présentant les inégalités entre les êtres humains comme un phénomène naturel. Les néolibéraux sont même allés jusqu'à justifier la croissance des inégalités à des niveaux délirants, comme le connaissent à l'heure actuelle les USA, en produisant tout un verbiage savant cherchant à démontrer que toute la société finirait par bénéficier de ces inégalités. On connait ainsi le proverbe néolibéral qui présente le communisme égalitariste comme étant une doctrine partageant équitablement la misère. Le raisonnement néolibéral pensant au contraire qu'en favorisant les individus "exceptionnels" que seraient les entrepreneurs et les créateurs de richesses, on augmenterait la richesse globale et donc le niveau de vie des moins bien lotis. La pensée néolibérale est ainsi en partie une perversion des théories de Darwin. Théorie probablement incomprise des néolibéraux eux-mêmes, celle-ci s'attelant surtout a expliqué l'évolution des espèces sur de longues périodes de temps. Appliquer les idées de l'évolution par la compétition directement à la sphère culturelle et économique est en fait une démarche bien peu scientifique. D'autant que l'on sait que la coopération et les symbioses existent aussi dans la nature où tout ne se réduit pas à la compétition.  

 

  On pourrait même dire par certains côtés que le néolibéralisme est une caricature des pensées inégalitaires de la fin du 19e siècle coincé entre le naturalisme d'un Nietzsche ultrasimplifié et un délire de darwinisme social. L'idée de se référer à la science naturelle pour justifier les comportements les plus méprisables est de toute façon une constante dans le fonctionnement de la pensée économique. On peut penser à Mandeville et ses abeilles par exemple. Le néolibéralisme partage aussi avec les réflexions du 19e siècle le scientisme, et cette espèce de conviction de toute puissance lui interdisant le doute sur ses propres réflexions. Une absence d'humilité qui condamne en réalité toute réflexion réellement scientifique, car le doute est la base même de la raison et de l'esprit scientifique. Réduire d'ailleurs la vie humaine à une question d'optimum économique révèle le caractère essentiellement maladif des penseurs du néolibéralisme.

 

Le néolibéralisme, une sauvagerie faussement libérale

 

 

  Il y a également une opposition logique entre le fait de rechercher la liberté et le fait de supprimer les règles et les mécanismes d'organisation sociaux. En effet, la notion de liberté est une notion fortement élastique dès que l'on commence à chercher et à comprendre un peu le sens des mots. Comme je l'avais dit dans un texte précédent, on est jamais libre dans l'absolu, on est libre par rapport à quelque chose. Nous ne serions réellement libres de tout que si nous étions des êtres éthérés sans aucun besoin d'aucune sorte. Mais qu'adviendrait-il alors de nous si nous n'avions aucun besoin? Dans le monde réel, nous avons des contraintes qui sont le fruit de notre existence, nous devons manger, boire, dormir. Nous craignons le froid, nous aimons, nous détestons, nous sommes curieux, etc.. Autant de choses qui sont à la fois des contraintes et des motivations à l'existence, car ce sont ces contraintes qui font que nous existons. Nous naissons donc esclaves, en quelque sorte. La liberté dans ce sens est donc très relative, et elle consistera essentiellement à nous rendre libres de choisir la façon dont nous répondrons à nos contraintes. La liberté est essentiellement une notion qui interviendra dans la recherche de la satisfaction de ces besoins, ce n'est donc pas la liberté dans l'absolu.

 

 

C'est ici qu'il faut un peu sortir des raisonnements purement individualistes comme le font les néolibéraux et qu'il faut un peu commencer à se questionner sur la mécanique collective. En effet, nous vivons dans un monde physique limité. Par exemple un monde où il y a autant d'hommes que de femme et donc un monde où il sera difficile de parvenir à satisfaire les envies et les désirs sexuels de tous en même temps. Car la nature n'est pas ainsi faite que chacun puisse trouver un partenaire à la hauteur de ses désirs, si tant est que cette hauteur soit réellement atteignable. Le domaine de la sexualité est d'ailleurs fortement intéressant, car il s'agit probablement du lieu sur lequel le marché libre et sans règle a fait le plus de dégâts. En effet en amour il n'existe pas de gain de productivité pouvant accroitre le gâteau. Et en attendant le jour très fantasmé chez nos amis japonais où les robots sexuels feront leur apparition, comme dans « Ghost in the shell », le marché du sexe restera un gâteau stagnant. De fait, la logique de compétition produit une maximisation non de la satisfaction en moyenne, mais de la satisfaction d'une petite partie de la population. Et une immense frustration chez tous les moins bien lotis. À cela s'ajoutent la mécanique marchande et les médias de masse qui nous ont inculqué des désirs de perfection trop excessifs pour que notre entourage proche puisse y répondre. Le marché du sexe est donc une caricature de ce vers quoi conduit une logique de pure confrontation des individus sans règle et sans limitation collective. Cela mène vers une société très inégalitaire malheureuse et fortement dépressive où quelques-uns ont tout, et les autres riens.

  

Dans le domaine économique, l'absence de règle ne conduit pas à la victoire des individus les plus aptes à améliorer le sort de la collectivité, mais de ceux qui au contraire sauront maximiser leur ponction sur le reste de la société. La compétition sans règles ne mène qu'à la barbarie et à la domination, non pas des plus intelligents ou des plus travailleurs, comme aiment à le dire les néolibéraux, mais à la domination de ceux qui sont le plus aptes à violer les plus élémentaires des règles de vie sociale. La profusion de corruption et l'inefficacité spectaculaire de nos élites malgré les milliards qu'elles pompent sur le dos de l'appareil productif, devraient nous faire enfin comprendre une chose, l'individu qui n'est mû que par l'appât du gain n'est pas le plus efficace pour diriger une société. Et l'absence de règles n'a pas libéré la créativité, elle l'étouffe en écrasant ceux qui aiment les arts, les sciences, la création au profit de ceux qui n'aiment que l'argent que ces processus créatifs produisent . Notre société néolibérale favorise ceux qui aiment créer pour gagner un statut social et non ceux pour qui l'acte de créer est le but même de leur action. C'est ce qui explique le déclin généraliser les arts et des sciences occidentales. Au lieu de favoriser les meilleurs, le néolibéralisme favorise les plus mauvais pour l'intérêt collectif. Maximiser l'individualisme n'a pas maximisé l'efficacité collective, et ce n'est guère étonnant en réalité.

 

L'inégalité réduit l'efficacité économique

 

Mais au-delà des questions d'ordre philosophique,si l'on s'en tient à la simple question économique, les raisonnements néolibéraux qui consistent à présenter les inégalités comme un moyen d'optimiser la croissance et la prospérité sont tout simplement faux. Ils sont faux non seulement dans la pratique, les nations fortement inégalitaires n'étant pas plus productives, mais aussi d'un strict point de vue logique. Tout d'abord, rappelons que comme je l'ai dit précédemment l'absence de règle de limite ne permet pas aux créateurs, ceux qui créent pour créer et non uniquement pour gagner de l'argent, de s'imposer. Ces derniers sont en général écrasés par les individus les plus égotiques et moins créatifs. Sans règle les gros écrasent les petits et les nouvelles idées, les nouvelles techniques peuvent avoir bien du mal à sortir. On sait d'ailleurs d'expérience que les marchés sans règles et sans acteurs externes pour limiter les abus conduisent toujours au monopole ou au cartel. Dans un tel cadre, la compétition et la concurrence n'ont plus guère de sens. L'univers sans frontière et sans règle des néolibéraux conduit donc à l'inverse de ce qu'ils semblent chercher à promouvoir. Un peu comme l'on remarquera avec Frédéric Lordon que le néolibéralisme est une politique qui produit du surendettement et non du désendettement public et privé. En un sens, le néolibéralisme est naturellement antinomique avec ses objectifs affichés.

 

Ensuite si l'on raisonne au sens collectif et plus uniquement au niveau des individus, l'idée de maximiser les inégalités consiste au final à concentrer la consommation des biens en haut de la pyramide sociale. L'idéal, en ce sens, étant la société victorienne de la fin du 19e siècle en GB, toutes les richesses étant essentiellement accaparées par une fine tranche de la population. Le problème de ce raisonnement est que d'une part l'on ne voit pas en quoi il serait normal que ceux qui produisent la richesse ne bénéficient pas de son accroissement fruit de leur labeur. Car il ne faut quand même pas oublier ici que ceux qui s'enrichissent sont essentiellement ceux qui possèdent les moyens de production, on ne contredira pas Marx sur ce point. Et que les possesseurs de ces moyens de production sont rarement les créateurs dont je parlais précédemment, mais bien plus souvent des héritiers bien nés y compris et même surtout aux USA. Ensuite, cette concentration des richesses produit le fameux problème des débouchés que Keynes a si bien décrit. À savoir que les riches ont une propension à consommer qui décroit au même rythme qu'ils s'enrichissent. En quelque sorte, il est bien difficile de continuer à gaver quelqu'un qui n'a plus faim.

 

De ce fait, il arrive un moment où la quasi-totalité de l'augmentation des richesses des plus aisée se transforme uniquement en épargne et en capital. C'est la situation absurde ou nous arrivons en Europe et aux USA. Et cette épargne contrairement à la vulgate libérale ne se transforme pas en investissement, car l'investissement n'est pas égal à l'épargne. Une bonne partie va se planquer à la bourse faisant monter artificiellement les cours, ou va faire grimper les prix de l'immobilier, ou alors va nourrir les dettes des états ce qui accroitra encore le fossé entre riches et pauvres, ces derniers devant s'acquitter des impôts pour rembourser les dettes. Et plus les inégalités sont fortes d'ailleurs et moins l'investissement sera fort, car pour investir il faut de la demande. Car c'est l'augmentation de la demande qui rendra à long terme rentable les investissements qu'une entreprise fera. Donc non seulement la hausse des inégalités produit un assèchement de la demande, un riche consommant toujours une part moins grande que mille pauvres ayant collectivement le même poids économique. Mais en plus cette baisse de la demande stérilise l'épargne dégagée par la concentration vers le haut des revenus. C'est ce qui explique que les USA ont conjointement eu une forte hausse des inégalités et une baisse des investissements productifs ces vingt dernières années. L'inégalité économique est non seulement moralement inacceptable, démocratiquement dangereusement, mais en plus économiquement c'est une aberration.

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 18:06

impact.jpgLes bourses semblent s'être momentanément calmées ce lundi, les médias en profitent pour détourner l'attention de la population vers ce qui se passe en Libye. Même s'il est vrai que l'occident agit là-bas comme naguère les puissances européennes le faisaient. Le conflit libyen est typiquement un conflit théâtral, car qui peut croire un instant que la volonté occidentale et surtout américaine est réellement de vouloir installer dans ce pays un régime démocratique alors même que la démocratie est morte en occident. À moins que l'on appelle désormais démocratie tout régime en accord avec les intérêts occidentaux. Quoi qu'il en soit le guignol au pouvoir va tomber, on va pouvoir voir à quoi ressemblera la démocratie libyenne. Avec un régime politique qui devrait fonctionner à l'occidentale, c'est à dire par le jeu d'une gauche libérale qui fait semblant d'être contre la droite libérale, mais qui sont tous fondamentalement proaméricain et pour le libre-échange intégral. Pendant que cette mauvaise farce continue à se jouer, le monde occidental continue lui son rapide déclin dans le monde réel. La situation en Europe est particulièrement préoccupante puisque l'on vient d'apprendre que grâce aux "remèdes" miraculeux proscrits par les néolibéraux européens la Grèce connait un véritable plongeon économique. Ainsi son PIB pourrait reculer de 5.3% cette année. Ce qui devrait rendre négatifs les effets des plans de contrition économique sur les déficits et la dette publique. Comme prévu les politiques de déflation salariale et d'austérité économiques n'ont aucun effet positif, surtout si tous les pays font la même chose en même temps, ce qui est aujourd'hui le cas sur toute la zone  euro et sur une large partie de l'occident décadent. C'est dans ce contexte-là que la sortie de l'euro, loin de produire une catastrophe comme nous le répètent les médias, pourrait nous donner au contraire une bouffée d'oxygène. Mais encore faudra-t-il faire un bon usage de cette sortie et de l'éventuelle dévaluation qui s'en suivrait.  

 

Sortir de l'euro ne détruira pas la France, bien au contraire 

 

  Pour rassurer mes lecteurs sur l'hypothétique catastrophe que représenterait la fin de l'euro, comparons un peu les quelques pays européens membres et non membres de la zone euro sur le plan de la croissance économique. J'ai pris l'exemple de pays ayant beaucoup souffert de la crise parce que c'est dans ces cas là, que la différence entre le fait de faire ou non partie de la zone euro se fait le plus sentir. Commençons tout d'abord par deux pays membres des fameux PIGS l'Irlande ex-championne de la croissance européenne, et la Grèce, le pays de la feta du sirtaki, et des fainéants. Si l'on en juge par les simplismes racistes qui ont nourri nos médias depuis que la crise grecque a commencé. Le premier graphique représente l'évolution du PIB irlandais.

 

PIB-Irlande.png

 

PIB-Grece.png

 

 Dans les deux cas, on constate que la croissance n'est toujours pas revenue à un niveau d'avant crise. Et même si l'Irlande semble connaitre une remontée celle-ci stagne à un magnifique 0.037% de croissance en moyenne annuelle pour janvier 2011. On remarquera également dans le cas de l'Irlande que la croissance a fortement ralenti lorsque le tigre celtique a rejoint la monnaie unique à la fin des années 90. L'avantage de ces graphiques à plus ou moins longue durée c'est que contrairement au verbiage des économistes de salon, ils nous disent la vérité au sujet de l'euro. Quoi qu'il en soit nos deux PIGS sont loin d'être sorties de la crise. Et la rechute qui s'annonce un peu partout que ce soit aux USA où la croissance ralentit, en Allemagne où la production industrielle baisse, ou même en Chine où la croissance connait un déclin progressif, ne devrait pas améliorer la situation de ces deux nations. D'autant que comme je l'ai dit au début de ce texte les politiques visant à faire des dévaluations compétitives à travers les compressions salariales et la contraction de la demande intérieure ne peuvent fonctionner que dans un monde ou peu de nations les pratiques. Ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque l'humanité a décidé de s'enfermer toute seule dans une vaste dépression salariale et économique.  Dans ce contexte-là, vouloir tirer sa croissance par l'exportation  est probablement du suicide à plus ou moins long terme sauf peut-être pour des pays de petite taille comme nous allons le voir maintenant. Si l'on regardait la situation dans quelques pays non membres de la zone euro :

 

PIB-Suede.png

PIB-Islande.png

 

Première remarque, ces deux pays la Suède et l'Islande sont comme la Grèce et l'Irlande des petits pays par leurs marchés intérieurs. Ils sont donc naturellement plus influençables que les grands pays aux variations économiques mondiales. D'autant que ces pays ont tous plus ou moins choisi de faire du commerce extérieur un élément essentiel de leur économie. Il est donc normal que ce genre de pays subissent des secousses plus grandes lorsque la terre économique tremble. La Suède et l'Islande ont toutes les deux subi une forte récession en fin 2008, comme tout le monde, mais en plus fort. Dans le cas de l'Islande, ce fut même dramatique puisque ce pays avait la situation bancaire la plus catastrophique loin devant l'Irlande par exemple. Nous avions d'ailleurs déjà parlé du cas islandais dans ce texte. L'Islande n'a heureusement pas fait le choix de nationaliser les pertes bancaires du secteur privé contrairement à ses homologues du reste du continent, elle a ainsi évité la crise sur la dette que les Européens subissent aujourd'hui. Quoi qu'il en soit son PIB s'est fortement contracté en 2008. Cependant, la forte dévaluation de la monnaie locale a permis au commerce extérieur du pays de rapidement connaître une amélioration . On peut dire aujourd'hui que contrairement à la Grèce et à l'Irlande, l'Islande est belle et bien sortie de la zone rouge. Ce que ne dit pas  ce graphique c'est que la balance commerciale du pays est aussi dans le vert et que le chômage recule. Même chose en Suède où la croissance est redevenue très forte, elle progresse même à un rythme asiatique. Et c'est bien la dévaluation de la couronne suédoise et le fait que le pays ait gardé sa monnaie qui permet à la Suède d'afficher de tels taux de croissance, à un moment où  le reste de l'Europe sombre dans le marasme.

 

Il est probable d'ailleurs que la bonne santé de la suède soit en fait indirectement un effet de la monnaie unique. En effet, la Suède fait l'essentiel de ses échanges avec le reste de l'Europe et notamment la zone euro.  Si le reste de la zone connait une surévaluation prolongée de sa monnaie, la Suède peut engranger facilement des excédents commerciaux, en ce sens la Suède a bel et bien un modèle à l'asiatique vis-à-vis de la zone euro. Mais on voit bien ici la limite du raisonnement, il s'agit ici de petits pays dont les PIB ne représentent qu'une faible part du PIB du continent. Si la Suède et l'Islande nous montrent que la dévaluation et le fait d'avoir sa propre monnaie ne sont pas les catastrophes annoncées par certains, il n'est pas certain que des dévaluations mêmes de cette ampleur auraient les mêmes effets dans des pays au PIB plus important comme la France ou l'Italie. On le voit avec l'Allemagne qui même avec de très gros excédents ne connait pas un rythme de croissance très important. Il faut bien prendre en compte la taille des nations pour évaluer les effets des politiques, et c'est particulièrement vrai lorsque toute l'économie mondiale se contracte et que tout le monde pratique la dévaluation compétitive ou la contrition salariale.

 

La sortie de l'euro, seule, ne suffira pas



Dans le cas de pays comme la France l'Italie ou l'Espagne, la dévaluation et la sortie de l'euro devraient impérativement s'accompagner d'une politique de relance de la demande intérieure. Celle-ci peut prendre n'importe quelle forme, du moment que la demande stimule l'appareil productif du pays à un moment où les exportations seules ne pourront pas tirer notre croissance, faute de demande mondiale suffisante. C'est un point que les partisans de la sortie de l'euro peuvent parfois oublier, mais qu'il est bon de rappeler. Si dans le cas de la Grèce ou de l'Irlande la simple dévaluation peut être suffisante, la France, l'Italie ou l'Espagne sont trop grosses pour que la relance ainsi provoquée puisse être durable et d'un niveau suffisant. Seule une politique coordonnée de relance de la demande intérieure et d'une dévaluation, et d'un certain protectionnisme pourront contrecarrer le destin vers lequel la situation actuelle nous conduit. En régime de dépression planétaire, la dévaluation seule, ou les politiques de relance dans un cadre de libre-échange ne mènent nulle part, surtout pour les pays de taille importante. Nous ne devons pas substituer une politique déséquilibrer, celle de la relance sans protectionnisme et dévaluation, par une autre tout aussi déséquilibrer et qui consisterait à remplacer le dumping salarial par le dumping monétaire. Les dévaluations ou le protectionnisme ne doivent servir qu'à soutenir des politiques de plein emploi et d'investissement. Ce sont les politiques de dumping et de dévaluations agressives visant à l'accumulation d'excédents commerciaux qui ont mené l'économie mondiale à la situation actuelle. Nous ne devons pas rentrer dans ce cercle infernal en essayant d'expatrier à travers des excédents commerciaux nos problèmes.

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 18:49

  2007-05-16-merkel-und-sarkozy-property-poster.jpgLa prise de décision d'hier méritait bien un titre en allemand puisque les gesticulations verbales de Nicolas Sarkozy et de sa maîtresse allemande ont surtout servi à cacher le refus allemand dans la fuite en avant européenne. Et ce n'est pas la proposition d'une misérable taxe sur les échanges financiers qui y changera quelque chose. L'idée des eurobonds a, fort heureusement, été définitivement enterré, c'est la seule bonne nouvelle dont on peut se réjouir. Car malheureusement rien de concret n'a été annoncé pour résoudre la fameuse quadrature du cercle infernal de l'euro et de la crise des dettes européennes. Il est vrai que, dans le cadre des outils intellectuels et économiques dont disposent nos dirigeants politiques européens, il n'y a tout simplement aucun outil capable de résoudre la contradiction structurelle de l'euro.  Et l'Allemagne, qui commence à sentir la contradiction qu'il y a dans son modèle économique extravertie, ne semble pas décidée à prendre la seule direction qui vaille. Celle de la relance des salaires et des politiques d'équilibre des balances des paiements pour chaque membre de la zone euro. L'Allemagne au contraire déduira de la situation actuelle qu'elle souffre de l'euro et qu'il lui faudra en sortir. C'est décidément le scénario le plus probable, même si paradoxalement il est le plus dangereux pour l'économie germanique. La réflexion intellectuelle dominante baigne dans de telles erreurs conceptuelles, que les hommes politiques se verront en quelque sorte contraints de prendre des décisions catastrophiques. Les idées défendues sur ce blog, ou par certains économistes politiques et intellectuels, à savoir les idées de régulation commerciale par variation monétaire et par le protectionnisme visant à rendre possible à la fois des politiques de plein emploi et l'équilibre des balances de paiements, ne sont pas majoritaires dans ces groupes sociaux loin de là. Dans les milieux autorisés comme le disait un certain humoriste, l'ambiance est toujours libérale et la logique politique se résume à des raisonnements purement comptables à court terme. Il ne faut donc pas attendre de ces groupes d'individus des solutions alternatives. Ils auront des réflexes qui correspondent à leur cadre de pensée. Même si cela nous conduit irrémédiablement à la catastrophe.  

 

La taxe Tobin, une escroquerie intellectuelle

 

L'une des propositions phares de cette petite réunion fut de créer une taxe sur les transactions financières. C'est une espèce de tarte à la crème qui revient généralement chez les pseudoalternatifs, ceux qui font des propositions pour que seules les apparences changent. Il faut savoir que la taxe Tobin fut à l'origine proposée pour empêcher la fuite des capitaux aux USA lorsque le dollar fut décroché de l'or en 1971. À l'époque, la grande peur des économistes américains, et en l'occurrence celle de James Tobin, était de voir les capitaux s'enfuir à cause d'une éventuelle dégradation de la valeur du dollar. Cette taxe ne fut en fait jamais mise en place et c'est au contraire à cette période que les capitaux du monde entier ont commencé à affluer pour nourrir la bulle économique qu'est devenue l'économie américaine depuis. En réalité, les taxes sur la circulation des capitaux dans un système mondial où ces capitaux sont libres d'aller où ils veulent n'ont un sens que si TOUS les pays du monde font la même chose en même temps. Sinon la seule chose que produirait cette taxe serait de faire fuir les capitaux vers des zones non taxées. En vérité, cette pseudorégulation vise surtout à faire oublier la seule solution possible qui est un retour au contrôle des changes et au contrôle de la circulation des capitaux. Ce qui signifie mettre fin aussi au système des changes flottants qui a montré depuis longtemps sa nocivité. Un contrôle que nous aurions bien fait de ne jamais supprimer. De nombreux pays pratiquent d'ailleurs déjà ce type de politique. On pourrait citer la Malaisie,Singapour, la Chine, etc. En général, ce sont des pays qui résistent bien mieux aux crises, car ils n'importent pas chez eux les problèmes de voisins. Ils contrôlent la valeur de leur taux de change et la circulation des capitaux ce qui les rend imperméables aux facéties de certaines nations et des certains groupes financiers. Avec de telles politiques, l'influence de la finance se réduirait instantanément. Évidemment pour en arriver là encore faudrait-il que nos hommes politiques ne soient pas si proches sociologiquement des milieux financiers. Comme l'avait souligné l'économiste Joseph Stiglitz, ce sont les pays asiatiques contrôlant leurs changes et la circulation des capitaux qui ont réussi à éviter les graves conséquences de la crise asiatique de 1997. La taxe Tobin sert donc surtout à amuser la galerie en faisant semblant d'agir sans rien changer de réellement concret d'autant que son application pratique est toujours renvoyée aux calendes grecques.

 

Plus d'europe c'est surtout plus de problèmes

 

La deuxième grande annonce ne fut guère plus reluisante. Là encore, nous sommes dans la publicité mensongère. En effet, l'annonce d'un gouvernement européen est une vaste blague. Comme je l'avais déjà dit précédemment, l'idée d'une solidarité sur les dettes, à travers le mécanisme des eurobonds, a été oublié. Ce n'est pas pour accoucher d'une solidarité encore plus forte à travers un gouvernement fédéral. Car un réel gouvernement fédéral devrait avoir un budget à la hauteur de ses ambitions. Ce qui signifierait nécessairement un transfère de revenu important entre les états nations actuels et le fameux état fédéral. On parle ici d'au moins 10% du PIB de la zone euro, soit dix fois le budget actuel de l'UE. Il y a fort à parier que les peuples, et les différents états membres y seront opposés. Encore une fois, il n'y a pas de peuple européen et donc pas de solidarité suffisante pour accoucher d'une nation européenne. Une telle évolution ne pourrait se faire que de force et nous conduirait tout droit vers une dictature à la façon soviétique. Qui plus est, cette centralisation extrême, entre des régions économiquement, et démographiquement aussi disparates, ne pourrait que produire des déséquilibres encore plus forts que ceux que nous connaissons à l'heure actuelle. Face à ces disparités, les états membres sous l'autorité suprême du nouveau Politburo bruxellois n'auront plus aucune capacité à diriger leurs propres politiques. Sans dévaluation, sans contrôle sur les impôts qui deviendraient européens avec une « harmonisation fiscale » mettant fin aux libertés des peuples à choisir leur propre modèle social, et sans aucune possibilité pratique de faire quoi que ce soit, la seule solution qui resterait pour équilibrer les comptes extérieurs des pays membres serait l'aggravation des compressions salariales et des budgets publics. Une grande purge libérale pour l'éternité des siècles en quelque sorte.

 

Un état fédéral européen ne serait viable que dans une énorme panne de croissance. L'Europe serait alors unie dans le déclin. Un tel état ne ferait qu'augmenter les politiques régressives que nous connaissons depuis trente ans. L'histoire le prouve d'ailleurs, plus d'Europe c'est surtout moins de croissance, moins d'emplois et moins de hausses salariales. Ceux qui pensent pouvoir à long terme faire du continent un véritable pays avec ce type de politiques se font des illusions, car il est impensable que les populations d'Europe acceptent cette situation sans réagir. Il est de toute façon illusoire de penser que cet état européen puisse un jour exister. Les contradictions de l'UE actuelle sont suffisantes pour couler les structures actuelles. Qui plus est, les exemples abondent sur la dynamique des pays non membres de l'eurozone. On pourrait citer la Suède qui manifestement se porte assez bien malgré le fait qu'elle ait gardé sa propre monnaie. On peut aussi citer l'Islande qui s'est redressée de façon spectaculaire simplement parce que la démocratie y a été respectée, et que les dévaluations ont permis à l'économie et à l'industrie locale de repartir. Ces multiples exemples sont là pour rappeler aux Européens que l'UE et l'euro ne sont pas une obligation. Et que nos peuples ne sont pas obligés de mourir pour réaliser la sainte union des européistes. Cela fait trente ans que les dirigeants français on fait le choix de l'Europe contre celui du plein emploi et de la croissance. Ils avaient promis monts et merveilles. Or tout ce qu'ils trouvent à dire face à la catastrophe à laquelle ils nous ont conduits, c'est qu'il faut plus d'Europe pour s'en sortir. Mais de qui se moquent-ils? J'ose espérer que nos concitoyens si mal informer finiront tout de même par voir la réalité eux qui aujourd'hui sont massivement pour le protectionnisme. Il faut que nos concitoyens passent à l'étape suivante et se rendent compte que rien ne se fera tant que nous serons membres de la zone euro et de l'UE. Rien à part une dégradation constante de leur qualité de vie.

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 12:45

 

voyage_dans_le_temps.jpgNous avions déjà abordé cette thématique lorsque nous avions parlé du problème des retraites, mais il me semble important de bien comprendre le lien qu'il y a entre la question de la monnaie et la question du temps qui passe. Le temps est une machine infernale qui avance sans relâche modelant nos vies les entrainant sans cesse vers l'avant et le changement. Le temps permet aux choses de naitre, de vivre et de mourir, c'est un compagnon de tous les jours que nous cherchons souvent à oublier, car l'on sait qu'un jour le temps nous consumera et que notre vie aura un terme. Il en va de même pour toutes les choses que nous connaissons. Pour les plantes, les astres, les gens, les animaux, les actes, le travail, tout est assujetti à l'horloge qui tourne. Du coup, il est étrange de voir que la monnaie que nous utilisons tous les jours est, elle, imperméable au temps qui passe. Le temps est un acteur fondamental, dans le fonctionnement de l'économie il est pourtant bien souvent totalement ignoré des économistes. La plupart étant enfermé dans une vision instantanée du fonctionnement des choses. La célèbre théorie des avantages comparatifs qui légitime le libre-échange est ainsi particulièrement représentative de cet oubli manifeste de la « science » économique. En effet, la théorie des avantages comparatifs est une théorie instantanée qui prend les avantages à un instant t et les figent pour l'éternité des siècles. Elle ne prend pas en compte la transformation des sociétés et les effets que ces politiques de libre-échange entrainent dans le fonctionnement à plus long terme des sociétés. Il vaut souvent mieux perdre à court terme, en payant des objets plus cher que l'on fabrique soi même, que d'importer et de gagner plus momentanément, mais en produisant une perte massive de savoir-faire qui condamne en réalité la prospérité à long terme de la société.

 

L'échange, la monnaie et le temps

 

Le premier lien entre le temps et l'économie se retrouve dans la question monétaire. Comme je l'ai dit en commençant mon texte le temps agit sur tout ce qui nous entoure. Il use les objets et les hommes. Votre pain ne conservera pas sa fraîcheur plus d'une journée. Pourtant l'argent avec lequel vous l'avez acheté hier a gardé l'entièreté de sa valeur. La monnaie est un quantificateur médiocre qui perd une grande partie de la nature de l'échange lorsqu'elle est utilisée. La monnaie n'est pas un voile transparent comme aiment le penser nos amis libéraux. Sa nature même pollue l'échange en éliminant le temps et l'usure des choses ou des services qu'il produit. Le fait est que le temps qui passe ne s'inscrit pas dans la nature de la monnaie que nous utilisons. Le temps est effacé dans la transformation du travail échangé en monnaie. La plupart des crises que nous connaissons proviennent de cette rupture entre la réalité de la richesse du travail qui est instantané, et qui est soumis à la seconde loi de la thermodynamique, et la monnaie qui représente la richesse, mais qui ne subit pas les affres du temps qui passe.

 

Cette déconnexion produit les crises que nous connaissons en déformant la représentation des richesses réelles. L'inflation et les crises sont en fait en grande partie les remèdes ou les résultats de ces déformations sur une longue période. À un moment donné, la réalité reprend le dessus et la déformation excessive entre la mesure des valeurs et la réalité du monde se met à apparaître au grand jour. L'idée d'un pays de rentier qui ne vivrait que de sa rente financière apparaît alors pour ce qu'il est, une absurdité. De la même manière que l'épargne s'effondre si la richesse réelle du pays, celle qui est le fruit de sa capacité à répondre à ses propres besoins, a disparu. L'accumulation de signes monétaires ne fait pas la richesse. Celle-ci n'est véritable que s'il y a la possibilité d'user de cette richesse accumulée dans le monde réel. Si toutes les usines ont fermé et que plus personne ne produit ce dont vous avez besoin, vous pouvez avoir toute l'épargne du monde, elle ne vaudra plus rien. L'inflation traduit en partie cette baisse de la valeur de la monnaie en regard de ce qui est produit. L'exemple le plus parlant sur ce sujet c'est celui des retraites par capitalisation aux USA. Certains voient dans ce mécanisme un meilleur moyen de gérer les retraites que notre système par répartition, rien n'est plus faux en réalité. Les générations des années d'après-guerre ont accumulé un capital pendant une période où les USA étaient encore un pays productif et où la démographie était avantageuse, les actifs étant bien plus nombreux en proportion. Mais ils vont utiliser leur épargne à une époque où la pyramide des âges a changé et où le pays s'est profondément désindustrialisé. Le résultat c'est que le pouvoir d'achat de cette épargne s'est dégradé avec le temps et se dégradera encore fortement lorsque le dollar tombera en provoquant une inflation massive. Car in fine que l'on soit dans un système par répartition ou dans un système par capitalisation ce sont toujours les actifs qui payent pour les inactifs. Dans le cas de la répartition, les choses sont claires, mais dans le cas de la capitalisation il y a une multitude de facteurs qui rendent ce lien indirect. L'un de ces liens est la dépréciation des actifs qui sont le produit de la dégradation de la situation économique réelle du pays. Quelle que soit la stratégie des épargnants, ils n'échapperont pas finalement à la dégradation économique réelle du pays. Et il ne faut pas oublier le coût inhérent à la retraite par capitalisation liée à tous les intermédiaires à nourrir qui sont bien plus couteux que les fonctionnaires de la sécurité sociale française. L'épargne n'est donc qu'une illusion de protection en réalité. Si la société dans son ensemble se dégrade au fur et à mesure que le temps passe, cela finira fatalement par se ressentir sur les actifs financiers et l'épargne.

 

L'industrie, les savoir-faire et le temps  

 

C'est probablement sur l'accumulation de savoir-faire d'un pays que le temps a le plus d'influence sur les questions économiques. La fameuse théorie des avantages comparatifs dont je parlais dans l'introduction de ce texte a été créée à une époque ou l'industrie était relativement négligeable dans les échanges marchands. À l'époque c'était l'agriculture qui représentait l'essentielle des activités humaines. C'est probablement cette réalité qui a induit en erreur les théoriciens libéraux. Dans le domaine agricole, la spécialisation spatiale est relativement logique et il est assez vraisemblable que la culture des bananes en Islande ne deviendra jamais rentable. Il est donc assez logique de faire dans ce cas une spécialisation spatiale des économies. Dans le cas de l'industrie, il en va autrement.

 

La plupart des industries n'ont pas de contraintes spatiales en terme d'avantages économiques. Une industrie de semi-conducteur peut être identique que ce soit en Chine, en Australie ou en Islande. Les contraintes géographiques si elles peuvent agir en partie sont surtout liées à la proximité d'un marché de vente, au coût de la main d'œuvre en regard de la productivité locale, ou au taux de change. Mais ces contraintes-là sont humaines et artificielles, elles peuvent être rapidement changées contrairement aux contraintes géographiques. Les avantages comparatifs sont dans le cas de l'industrie des avantages construits et non naturels et cela change tout par rapport à la question agricole. Les avantages sont fabriqués et cette fabrication prend du TEMPS. Le temps entre en jeu très fortement dès qu'il s'agit de construire des savoir-faire. Car il faut former la main-d'œuvre et apprendre à faire le métier. Comme on dit communément Rome ne s'est pas faite en un jour, il en va de même dans les questions de production industrielle. Il faut du temps pour passer de l'état de novice à celui de maître. Or ce temps d'apprentissage de construction n'est absolument pas pris en compte par la théorie du libre-échange.

 

Le cas de la Corée du Sud fera ici un bon exemple. Dans les années 70, le FMI conseillait à ce pays d'abandonner sa production de voiture au profit des importations japonaises notamment. La Corée qui avait alors un énorme avantage comparatif sur la sidérurgie aurait dû, selon les dogmes courtermistes en place, se spécialiser dans ce qu'elle avait de plus efficace. Elle aurait pu ainsi à court terme consommer de meilleures voitures que les horribles voitures coréennes de l'époque, et ce, à moindre prix. Mais les Coréens ne l'ont pas entendu de cette oreille et ont continué à taxer les importations de voitures. Ils ont continué à rouler dans des voitures moins belles et moins efficaces, mais leurs entreprises ont appris ainsi petit à petit à améliorer leurs produits en copiant les voisins. C'est ainsi que de grandes marques de voiture sont aujourd'hui Coréenne, Daewoo, ou encore Hyundai en sont de grands exemples. D'autre part, ces industries ont stimulé l'investissement et la recherche dans d'autres secteurs. Et l'informatique et électronique qui n'étaient pas du tout des spécialités coréennes dans les années 70, s'y sont développées. Grâce en partie à l'industrie auto qui fut heureusement protégée. Le fait est que le temps a changé les avantages comparatifs de la Corée du sud qui si elle avait écouté le FMI serait resté un pays pauvre fabriquant essentiellement de l'acier et des bateaux. Et qui serait aujourd'hui en difficulté face à la montée en gamme dans ces secteurs de pays comme la Chine ou l'Inde.

 

Il faut donc prendre en compte le temps si l'on veut voir les coûts qu'engendrent les politiques de libre-échange. Nos économistes à courte vue qui ne s'intéressent qu'à leur portefeuille du présent et limitent les avantages économiques sur une durée maximum de six mois sont tout simplement incapables de voir le prix exorbitant qu'engendre le libre-échange sur certains pays désavantagés pour telle ou telle raison. Il faut prendre en compte l'apprentissage économique si l'on veut vraiment appréhender la question des couts. Combien d'entreprises et d'activités ne se sont jamais créées en France simplement parce que l'on a préféré importer à moindre prix à court terme? Combien de grandes entreprises ne sont jamais nées en France simplement parce que l'on n’a pas planté les graines qui nous permettraient aujourd'hui d'en récolter les fruits? La France qui a de grands informaticiens n'a pas développé ses propres logiciels d'exploitation et utilise aujourd'hui le monopole mondial de Microsoft. Que se serait-il passé si l'état avait protégé notre secteur informatique et investit dans la création de solutions locales dans ce domaine? Étant donné les savoir-faire de la France dans ces secteurs au début des années 80 il est probable que Google ou Windows auraient eu des équivalents français peut-être même plus performants. On ne le saura jamais puisque l'on a préféré ne pas protéger et ne pas intervenir. En supprimant un secteur d'activité à court terme, vous ne supprimez pas uniquement lui. Vous supprimez toutes les graines qu'il aurait pu planter, toutes les activités qu'il aurait pu favoriser, tout l'avenir qu'il aurait pu créer. À ce compte-là, on réalise l'appauvrissement considérable qu'a engendré en France le laissez-faire généralisé. Le temps est l'allié de celui qui prend soin de son jardin, c'est également vrai pour l'économie. On peut préférer avoir une grosse récolte à court terme en épuisant les sols et ce faisant en appauvrissant les futures récoltes. Ou on peut récolter moins à court terme, mais en étant sûr d'améliorer les récoltes sur une plus longue période. Finalement, l'économie française et occidentale est aujourd'hui à l'image de son modèle agricole, en voie d'épuisement à force de courte vue.

 

La succession des générations

 

Dernier point qui n'entre jamais dans la réflexion des économistes, et qui est pourtant essentiel, la succession des générations. Comme dans le cas des savoir-faire, le temps va agir sur le comportement des citoyens, car chaque génération n'aura pas vécu et été éduquée de la même manière. Le fait est que c'est cette succession des générations et leurs différences inhérentes construites par la variation de leur expérience qui vont constituer l'essence même de ce que l'on appelle l'histoire. Chaque génération connaissant une vie différente de la précédente, elles auront chacune leur propre vision des choses et des priorités. La génération 68 était différente de celle de ses parents en ce sens qu'elle n'avait connu ni la guerre, ni la misère. Son hédonisme est le fruit en partie de la société particulièrement prospère que la génération de ses parents lui avait légué. Génération qui, elle, n'avait connu que misère et conflit. L'esprit de la génération 68 celui qui a résulté du progrès des trente glorieuses poussera cette génération dans l'erreur. Elle construira finalement les germes des crises qui détruiront la société dont elles avaient hérité. On constate à nouveau ces phénomènes de changement générationnel. On sait par exemple que les jeunes d'aujourd'hui épargnent comme jamais dans l'histoire récente. La peur du lendemain, le fait de vivre dans une société instable et qui s'appauvrit ont construit une génération de jeune méfiant et pessimiste à l'inverse de leurs propres parents.

 

L'expérience des nouvelles générations qui arrivent aujourd'hui sur le marché de l'emploi est celle du chômage de masse, de la précarité, des salaires faibles et des loyers exorbitants. C'est une génération dont la grande ambition dans la vie, c'est de fonder un foyer, guère plus. Cette mentalité entraine donc à son tour un changement comportemental qui finit par produire des effets sur la société dans son ensemble. Cette génération ne votera d'ailleurs certainement pas comme celle de ses parents. Les notions de protections de régulation sont des notions qui horrifiaient la génération 68, elles ont au contraire le vent en poupe dans les générations récentes. C'est du moins ce que l'on peut espérer à plus ou moins long terme puisque c'est justement de protection et de régulation que la société française à besoin, surtout dans le domaine économique. On peut donc émettre ici l'hypothèse que les grands cycles de libéralisme et de protectionnisme sont liés en partie aux conditions de naissances des générations qui se succèdent. Les générations bien nées, et ayant une vision d'ascension dans une société en progrès sont libérales et provoquent la chute de la prospérité. Celles nées dans l'incertitude et le pessimisme sont protectionnistes et régulationnistes, elles produisent une régénération de la société et de son économie dont leurs enfants bénéficieront à plus long terme, avant de tout casser à leur tour.

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 18:00

  d 04C'est fait, pour sauver l'euro l'Union européenne se met à imiter les USA et à vouloir monétiser la dette des états membres. L'on pourrait croire qu'effectivement cette politique pourrait éventuellement maintenir la zone en état. Je prône d'ailleurs moi-même une monétisation progressive d'au moins une partie des dettes publiques européennes. Cependant dans le cas de la zone euro dans son ensemble, c'est oublier bien vite que cette politique ne peut en aucun cas résoudre les problèmes de fond des déséquilibres commerciaux extra et intraeuropéens. La solution de la monétisation par la BCE n'est qu'une solution momentanée à un problème structurel. A moins bien sûr que la BCE ne soit partante pour une purge régulière des dettes de la zone. Car ces dettes se reconstruiront rapidement une fois la première purge faite. Les déficits commerciaux qui sont au cœur des déséquilibres ne sont pas comblés, et rien n'indique le début d'un commencement d'une politique de rééquilibrage des balances commerciales de la part des dirigeants de la construction européenne. Par contre, on peut s'attendre à une nouvelle aggravation des politiques d'austérité. La BCE profitant de la crise pour accroitre encore son pouvoir autocratique sur les états de la zone euro en les poussant à s'affaiblir.

 

 

  Les Shadoks et Diafoirus sont au pouvoir

 

  Jamais les élites politiques et les économistes mainstreams n'auront autant ressemblé au docteur Diafoirus qu'à l'heure actuelle. Les mêmes qui n'ont pas vu venir la crise, et qui ne l'ont d'ailleurs toujours pas compris, produisent aujourd'hui des politiques qui aggravent encore la situation. Tels les Shadoks, les grands dirigeants du monde et leurs conseillés triés sur le volet pour n'avoir aucune idée originale, continuent à pomper et à pomper encore. Cette fois la BCE s'est mise à pomper de l'argent ex nihilo pour remplir les  passoires italiennes, espagnoles, grecques et bientôt françaises. Les sources des dettes restent, mais l'on pompe pour maintenir le niveau d'activité artificiellement. Ces pays ont besoin de rééquilibrer leurs balances extérieures, soit par une dévaluation, soit par une forme de protectionnisme, ou les deux, mais le dogme l'interdit. Les autorités sont donc dans une impasse et donnent des solutions temporaires qui en général aggravent la situation au bout de quelques mois et cela dure depuis 2008 tout du moins en Europe.  Combien de temps l'Europe va-t-elle tenir en rachetant les bonds des états membres?



Le paradoxe c'est que dans le même temps on préconise des politiques de restriction des budgets publiques. La France va probablement se voir infliger une lourde politique d'austérité même s'il est peu probable que les dirigeants les appliquent avant les élections. À moins d'une surprise électorale nous aurons des Diafoirus socialistes au pouvoir à la prochaine présidentielle. Des gens "sérieux" qui, pour effacer les dettes, feront revenir le droit social au niveau de celui du moyen-âge avec de la chance. Une dette dont pourtant les budgets publics ne sont en réalité pas responsables puisqu'essentiellement le fait du rafistolage régulier de la finance et des banques. Ce sont quand même les contribuables et les couches pauvres et moyennes de la population qui payeront au final les dégâts provoqués par un système financier absurde. J'en profite pour rappeler au passage qu'une bonne part de la dette française d'avant la crise était aussi le fruit d'une autre crise économique celle du SME en 1993-94, et de la politique du franc fort. Une époque où c'était, monsieur Balladur, le papa spirituel de notre actuel président qui était premier ministre. Sous Édouard Balladur la dette augmenta fortement pour soutenir le franc fort et permettre la future monnaie unique. Le franc fut ainsi collé au Deutshmark au début des années 90. Il suffit de voir le graphique de la dette au sens de l'OCDE pour voir que celle-ci augmente périodiquement quand les élites commencent à torturer l'économie du pays avec une monnaie surévaluée. Ce fut le cas durant toute la première période des années 90, et c'est le cas depuis que l'euro est passé à plus de 1,1€ pour un dollar.

 

dette-francaise.png



Accuser les dépenses publiques d'être responsable de la dette est donc complètement hypocrite ou être amnésique. Ce sont les contraintes stupides que nous donnons à notre économie qui sont responsables d'un PIB atone et d'une augmentation déraisonnable de la dette publique. La monnaie surévaluée produisant des crises et un ralentissement économique qui produit mécaniquement la baisse des rentrées fiscales et une hausse de la dette. Ajoutons à cela l'aberration qu'il y a eu à emprunter sur les marchés pour financer les investissements intérieurs. Que nos gouvernants cessent l'emprunt sur les marchés pour l'investissement public et qu'ils arrêtent le système de change flottant et le libre-échange, et la dette redeviendra rapidement raisonnable. Il est vrai cependant que nos élites font tout pour éviter ces sujets. On préfère amuser la galerie et provoquer la population en éliminant les maigres avantages dont les populations pouvaient encore bénéficier au risque de provoquer de graves crises politiques et sociales.

Les effets des contritions vont vite se faire sentir



Cependant, la crise en Europe ne commencera réellement à mettre en danger l'euro que lorsque son pilier central, l'Allemagne, commencera à flancher. Pour l'instant, la domination allemande et l'apparente bonne santé de l'économie outre-Rhin semblent interdire l'explosion de l'euro. Même si beaucoup y pensent là-bas. Les politiques d'austérité vont rapidement ralentir la demande en provenance des autres pays de la zone. On peut s'attendre à de très mauvais chiffres économiques en Allemagne lorsque la France, le premier partenaire commercial de l'Allemagne, commencera sa purge libérale. Une purge qui sera pratiquée par Hollande ou par un autre guignol du PS ou de l'UMP, une fois l'élection de 2012 passée. Étant donné que la France est le premier pays où l'Allemagne fait des excédents commerciaux, la contraction en France aura rapidement des effets sur la balance des paiements allemande. On peut d'ailleurs déjà voir les effets des premiers ralentissements sur la balance commerciale allemande. Le tableau suivant montre par exemple qu'en juin la production industrielle a reculé de 1,1 %. Globalement, la première moitié de l'année 2011 est moins brillante que celle de 2010.

 evolution-production-industrielle-allemande.png

source le site des statistiques allemandes :http://www.destatis.de/

 

Les contractions de l'Europe latine commencent déjà à faire ses effets. D'autant plus que les USA ou la GB ne seront plus là pour tirer encore les exportations allemandes. Lorsque le chômage recommencera à augmenter en Allemagne, il est probable que la population ou les politiques locaux, toujours avides d'externaliser les problèmes, sauteront sur l'occasion pour accuser les pays latins et la crise des dettes. À ce moment-là, l'Allemagne sera prête politiquement à la rupture avec l'euro, une rupture qui paradoxalement pourrait lui être fatale. Si la BCE pour l'instant semble donc avoir calmé le jeu sur les dettes italiennes ou espagnoles, les politiques d'austérité et la nécessité d'équilibrer les comptes, dans un cadre qui contraint à la seule régulation par le chômage, vont préparer la nouvelle crise de l'euro. Une crise qui sera essentiellement politique et que l'on peut attendre pour la fin de 2012, le temps que l'austérité française fasse son effet en Allemagne. Nos médecins européens sont les meilleurs ennemis de la zone euro, ce sont leurs politiques qui le plus surement feront sauter la zone euro. Il est possible également que le peuple français refuse de mettre un bourreau de l'UMPS à sa tête et rompe lui-même avec la monnaie unique, ce qui serait dans son intérêt. Mais il faut bien reconnaître malheureusement qu'il y a peu de chance pour que nous puissions y échapper. Je continue à penser que c'est plutôt d'Allemagne que viendra la mort de la monnaie unique.

 

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 16:25

image003C'est la question que l'on peut se poser après la dégradation-surprise de la note de la dette américaine. Cette annonce fait l'effet d'un coup de théâtre. Même si, en réalité, l'on pouvait être surpris par la très grande tolérance, dont des agences de notation, on fait preuve vis-à-vis de la situation catastrophique des finances des USA ou de leurs cousins britanniques. Parce que ces pays ont en réalité des situations tout à fait comparables sinon plus dramatiques que celle du Portugal ou de la Grèce. Leur seul avantage est en réalité la possibilité de dévaluer, mais c'est justement ce que des investisseurs peuvent craindre lorsque ces dévaluations sont fortes et prolongées. Or il se trouve que pour sauver l'industrie US ou britannique, ou ce qu'il en reste, les monnaies respectives de ces nations devront fortement se dévaluer, et sur une longue période. On comprendra donc pourquoi les investisseurs peuvent s'inquiéter pour la valeur de leur titre de dette américain. Dès lundi on pourrait donc assister à une vente massive de ces titres désormais pourris. Pour empêcher cela, la Fed et le gouvernement américains seront dans l'obligation d'augmenter les taux pour rendre leurs titres de dettes toujours attractifs. Et cette augmentation des taux aura un cout extrêmement important pour le budget US, un budget qui est déjà fortement dans le rouge. Avec la pression du parti républicain et la faiblesse d'Obama il est impensable que les USA entrent en rupture avec le modèle néolibéral. On assistera donc à des coupes budgétaires énormes et à une compression de la demande sans précédent aux USA. Les conséquences se feront vite sentir sur le commerce extérieur et les importations, ce qui devrait mettre fin à leur rôle de consommateur ultime de la planète. Aucune région du monde ne voulant consommer pour les autres, on devrait rapidement se retrouver avec une dépression mondiale, celle qui a été évitée de justesse en 2008 grâce justement à ces politiques contracyclique et aux injections monétaires des USA. Il ne faut jamais oublier que dans un système économique mondial les exportations des uns sont les importations des autres et que par conséquent les déficits extérieurs importants des USA sont la source des excédents chinois ou allemands. Il n'y a pas de bon ou de mauvais élèves, il y a juste une structure économique mondiale totalement absurde qui contient en elle même les germes de sa propre déliquescence. Une économie-monde qui maintient des déséquilibres, et permet à certains de faire leur croissance au détriment d'autres régions du monde ne pouvait que conduire à la catastrophe. Il est maintenant difficile de continuer ces contradictions sous un tas de dettes privées ou publiques.    

 

Les conséquences pour l'économie mondiale

 

Dans cette affaire, il faut bien comprendre qu'il n'y aura pas de gagnants contrairement à ce que certains commentateurs affirment. Ainsi l'on dit que cette affaire va renforcer la Chine, c'est bien mal connaitre la réalité des interdépendances que son modèle d'expansion a construit avec les USA. La Chine est très loin de pouvoir se passer de la demande américaine ou européenne. Il semble pourtant que les autorités de Pékin, enivrées par leurs illusions passablement nationalistes, se croient plus fortes qu'elles ne le sont en réalité. La croissance actuelle de la Chine doit beaucoup aux divers plans d'injection de liquidité de Barack Obama entre 2008 et 2009, et aux multiples plans de relances que les puissances occidentales ont pratiqué. L'abandon de ces politiques pour cause d'endettement aura nécessairement des répercussions catastrophiques sur l'économie chinoise. D'autant que les plans de relance de la chine sont extrêmement inflationnistes notamment sur les denrées de bases, la structure productive chinoise étant une structure de pays lourdement exportateur. La Chine n'est pas l'Amérique de 1929, l'essentielle de sa production est exportée, et les besoins des Chinois de bases sont assez éloignés des biens que produisent massivement les industriels chinois. En cas de disparition de la demande occidentale, les plans de relance chinois en vue de pallier à ce manque à l'export relanceront surtout la consommation de produits de base. Produits sur lesquels il faut attendre une très forte inflation, car les usines auront du mal à suivre. À l'inverse cela relancera à peine la consommation des produits gadgets qui sont surtout exportés au Japon, en Europe et aux USA, le chinois moyen voulant l'eau courante avant d'avoir l'iPhone. Par ailleurs, l'on sait que la Chine est déjà en proie à une énorme bulle spéculative dans l'immobilier et les infrastructures. Le taux d'épargne délirant et le surinvestissement risquent de rendre caducs les plans de relance du gouvernement. L'arrêt de la consommation occidentale sera donc extrêmement violent pour l'économie chinoise. En espérant toutefois que cette situation ne pousse pas l'oligarchie en place à se lancer dans des aventures militaires pour rester en place. On a déjà connu de telles situations en Europe.



L'Europe justement qui devrait-elle aussi en prendre plein la figure avec cet arrêt de la surconsommation US. La locomotive allemande devrait ressentir lourdement l'éventuel effondrement de la demande US. On l'a vu en 2008-09, le PIB allemand est celui qui a le plus reculé avec la panne de l'économie américaine. Qui plus est à court terme l'on pourrait assister à un renchérissement de l'euro face au dollar et cela malgré les difficultés de l'Italie, de la France ou de l'Espagne. C'est une course à qui tombera le plus vite entre l'euro et le dollar et cette dégradation de note devrait permettre au dollar de tomber plus vite, ce qui aggravera encore la situation explosive en Europe. En effet, il est de notoriété publique que c'est la forte valeur de l'euro qui condamne les pays méditerranéens de la zone euro à l'impasse. Et à l'effondrement de la demande US s'ajoute la multiplication des compressions des demandes internes dans la zone euro. On le voit donc, l'Europe devrait encore être la zone la plus touchée par la crise, car elle concentre toutes les politiques les plus mauvaises qui soient et accumule les tares. Monnaie forte, effondrement des exportations à l'extérieure, compression de la demande intérieure et course à la déflation salariale sous l'effet de maximisation de la concurrence entre états que produit l'existence de la monnaie unique. Il n'y a pas d'autres régions dans le monde, où l'on voit une telle concentration de politiques aberrantes. Les Américains vont souffrir, mais certainement moins que les Européens,car la baisse du dollar soulagera l'industrie US. L'Europe elle est condamnée par ses contradictions qui ne laissent aucune porte de sortie aux nations d'Europe, à moins d'une rupture radicale dont on a peine encore à imaginer la réalisation.



Dans le reste du monde, on devrait rapidement se voir dessiner des crises, mais aussi voir poindre le monde d'après la mondialisation. Le Brésil par exemple commence à vouloir détacher son économie du reste de la planète avec des mesures protectionnistes. L'incendie mondial devrait produire exactement le même phénomène que dans les années 30. Le protectionnisme et les frontières étant les seuls mécanismes permettant de rapidement reprendre le contrôle d'une économie trop imbriqué dans une économie mondiale ingérable. Le protectionnisme est le seul moyen pour permettre une régulation économique concrète. Loin des propos de principe qui font bien dans les diners, mais qui ne changent pas grand-chose dans le monde réel. Avec la fin du consommateur en dernier ressort, c'est l'idée même de mondialisation qui va petit à petit s'effondrer. Car c'est bien les USA qui permettaient à ce grand n'importe quoi de fonctionner. Ce sont les fameux déficits US qui ont maintenu la demande mondiale et permis à la mondialisation de fonctionner malgré ses contradictions. Sans eux l'économie monde issue du système de Bretton Woods ne peut pas marcher. Il n'existe aucune alternative sérieuse au rôle de régulateur mondial, même si la Chine se voit bien jouer ce rôle. On va donc assister à la démondialisation qui sera mécanique. Car soit les pays reprendront le contrôle de leur économie qui passe par un contrôle des frontières commerciales et par le contrôle monétaire et financier. Soit ils couleront et subiront les effets de la dépression mondiale qui se prépare. La seule inconnue est de savoir si la démondialisation se fera sur des bases nationales traditionnelles ou sur des bases un peu plus larges formées de groupe nationaux. Je pense personnellement que dans le cas des pays latins il serait intéressant de s'appuyer sur une Europe méditerranéenne comme je l'avais écrit dans ce texte. Des pays aux caractères similaires s'appuyant sur l'expérience ratée de l'UE et de l'euro pour éviter les erreurs pourraient tracer une alternative intéressante pour l'avenir.

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 22:40

  Obama_mad-magazine-cover.jpgAprès l'étrange panique boursière de ces derniers jours (étrange parce que la nullité des chiffres de l'économie mondiale on les connait depuis longtemps), le pauvre Barack Obama s'est cru obligé de tenir des propos positivistes concernant le futur de l'économie américaine. Ainsi la déclaration du président américain ressemble de plus en plus à la bonne vieille méthode Coué, c'est d'autant plus vrai que ce pauvre président a dû se battre récemment pour faire admettre aux républicains la nécessité de relever encore une fois le plafond de la dette du pays. Cette situation au passage montre à quel point l'organisation politique des USA est archaïque, le pouvoir même bien élu y est relativement faible, surtout face aux divers lobbys qui se partage l'influence sur la chambre des représentants. Quoi qu'il en soit la tenue des propos d'Obama se résume à cette phrase tirée de la dépêche AFP: "nous allons nous en sortir, les choses vont s'améliorer". À cette phrase gratuite, s'est ajouté un vibrant plaidoyer pour la relance de l'économie américaine: "Nous devons créer un cycle qui s'autosuffise, dans lequel les gens dépensent et les entreprises embauchent tandis que l'économie croît". Cette phrase est importante, mais elle est contradictoire avec les propos que tient régulièrement ce même Obama sur les questions du commerce extérieur, ce dernier étant un farouche défenseur du libre-échange comme tous les bien-pensants dominant les USA. Or c'est totalement contradictoire avec ses propos sur la nécessité tout à fait réelle de créer un cycle de croissance auto-entretenu. Le pauvre Obama continue de chérir la cause des problèmes de l'Oncle Sam, sans qu'en apparence la contradiction ne le frappe. Au rythme où ça va, Obama devra rapidement échanger son célèbre slogan par un "Yes, we lost".

 

Une Amérique toujours empêtrée dans son déficit extérieur

  

  J'en parle souvent sur ce blog de la question des déficits extérieurs. C’est parce que c'est au coeur du problème, surtout aux USA.  Obama a fait une énorme relance. Bien sûr, elle était mauvaise, car elle a été mal gérée, et avec des priorités étranges comme sauver les plus riches et les banques au détriment de la classe moyenne et pauvre,et probablement insuffisante. Elle aurait dû surtout faire en sorte que les gens puissent garder leurs logements et relancer les bas salaires, mais les USA ont quand même bien fait une relance dite keynésienne. Ce n'est que dans un deuxième temps lorsqu'il devenait manifeste que la relance ne marchait pas vraiment, en tout cas, que la croissance n'allait pas à un rythme permettant un retour rapide au plein emploi, que les républicains ont contre-attaqué avec leurs idées idiotes et très européennes de faire une contraction généralisée des dépenses. C'est d'ailleurs drôle comme remarque quand on connait l'europhobie et surtout la francophobie naturelle d'une grosse partie de la droite américaine. Si on leur expliquait que leurs recettes sont justement déjà appliquées en Europe, ils n'en reviendraient pas. Cependant il est vrai aussi que la plupart des membres du parti républicain pensent que la France est un pays communiste.

 

  Comme je l'avais expliqué au tout début de ce blog en fin 2009, un plan de relance keynésien a des conditions d'application. Conditions qui font que l'argent dépensé par l'état sous la forme d'emprunt public (on évitera ici la question de la nature de cet emprunt sur marché financier ou vis-à-vis de la banque centrale), doit impérativement revenir dans les caisses de l'état au bout d'un certain temps. En clair, la relance ne fonctionne que si l'augmentation artificielle de la masse monétaire se fait en circuit relativement fermé. Si vous injectez 100 milliards de dollars pour relancer l'activité des entreprises américaines, mais que 90 milliards vont en Chine, en Allemagne ou en Corée du Sud sous la forme d'achat de produits, votre relance n'aura fait que creuser votre déficit extérieur et n'aura relancé l'emploi que dans les services locaux. Le cœur du problème américain et des problèmes de tous les pays en crise à l'heure actuelle ce sont les déficits extérieurs. Car c'est vrai pour les différents membres de la zone euro qui sont en crise y compris la France. Car ce sont ces déficits qui tôt ou tard entrainent un surendettement externe et une faillite brutale lorsque l'on se rend compte que le pays a détruit sa base industrielle et ne pourra donc jamais rembourser les dettes contractées. Et quand on regarde les chiffres US comme je le fais régulièrement depuis ma lecture de Todd et de son « Après l'empire » en 2002 , on ne voit nulle amélioration sur ce point aux USA. Il y avait eu une vraie rupture en 2008 avec la crise puisque le déficit extérieur avait alors été divisé par deux, mais depuis le déficit recommence régulièrement à augmenter.

 

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Les derniers chiffres de mai qui viennent directement des statistiques officielles des USA confirment que les USA pour leur reprise font à nouveau une consommation excessive de produits étrangers. La relance Obama de 2008-09  a bien fonctionné, mais elle a surtout relancé les importations et elle a accru la croissance de la Chine. Obama se retrouve donc dans le dilemme de Mitterrand en 1983 quand la relance à l'époque en France ne marchait plus et creusait trop les déficits extérieurs. Les USA n'ont toujours pas choisi entre le modèle de plein emploi par la relance nécessitant un protectionnisme pour en éliminer les effets sur le commerce extérieur, et le modèle européen de régulation du commerce extérieur par le chômage de masse et la réduction de la demande intérieure. Mais si les USA n'ont pas eu à choisir jusqu'à présent c'est essentiellement à cause du rôle du dollar chose maintenant assez connue de mes lecteurs. Il se trouve que le niveau de dette commence à sérieusement mettre en doute ce rôle de devise absolue de réserve. Même Putine, venant de déclarer que les USA ne sont qu'un parasite économique, semble s'être aperçu du problème et a dit tout haut ce que d'autres pensent tout bas. On peut donc s'attendre un jour ou l'autre à la remise en cause du statut du dollar, et à une brutale chute de celui-ci . Bien sûr, étant donné le rôle des USA, celui de grande tractrice de la demande mondiale, le reste du monde connaîtra alors une crise bien plus forte que celle qu'il a traversée en 2009. Au passage en 2009 le déficit extérieur US n'a été divisé que par deux. Je vous laisse imaginer la tête des grandes économies exportatrices, lorsque les USA, mais aussi la France, l'Espagne, la GB ou l'Italie, se mettront à équilibrer leurs comptes extérieurs. Et cela quels que soient les moyens utilisés pour y parvenir, le résultat sera catastrophique pour les pays exportateurs.

 

Car si Obama veut réellement un cycle auto-entretenu il lui faudra nécessairement passer par la case protectionnisme et dévaluation. C'est le seul moyen pour que les politiques contracycliques puissent fonctionner eu égard aux écarts de compétitivités entre les USA et ses principaux pays d'importation. Bien évidemment, cette réalité est un point de vue qui ne s'échine qu'à réfléchir sur la problématique purement économique, il faut prendre aussi en compte ici la réalité politique des USA. Obama est sur le déclin, il a laissé passer sa chance en donnant trop aux lobbys financiers. Il n'a pas su s'appuyer sur l'enthousiasme qu'il a déclenché lors de son élection. Il aurait dû alors soulager les plus faibles, annuler les dettes produites par les subprimes et ainsi sauver la consommation à court terme, cela aurait empêché l'effondrement de l'immobilier. Par la suite, il aurait de toute façon fallu s'atteler à équilibrer les comptes extérieurs, mais Obama aurait été plus fort sur le plan politique à court terme. Ce qui lui aurait permis d'échapper aux délires de l'extrême droite US. Il n'avait malheureusement pas la carrure et les idées pour en arriver là, après tout comme notre cher président il est le fruit d'une époque où seule compte la « communication ». C'est ce qu'il continue de faire le mieux d'ailleurs, comme, Sarkozy il communique. En attendant la crise, continue et emporte tout sur son passage. Une fois l'euro disparu il ne restera plus de fusible pour protéger l'économie américaine et sa monnaie du désastre.

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 00:20

 

38ce4623-30cf-4986-b983-ea24e7349325.jpgIl n'est plus guère nécessaire de démontrer la nocivité de la spéculation. Les bulles et les krachs qu'elles produisent sont des fléaux qui ravagent des nations entières. Mais ces phénomènes ne sont pas d'ordre naturel ou météorologique, comme aiment à le faire croire nos médias dominants et tous ceux qui ont intérêt à défendre une aberration conceptuelle. L'économie n'a pas besoin de la spéculation pour fonctionner, elle n'a d'ailleurs pas besoin de bourse non plus au risque de surprendre. L'on sait d'ailleurs qu'aujourd'hui la bourse a plus une fonction de parasite économique que de mécanisme de prise de risque et de financement de l'économie réelle. Une PME ou une startup auront intérêt à chercher ailleurs que sur la bourse un endroit pour financer leur futur développement, enfin si elles veulent faire de vieux os. Il est vrai que dans notre univers de communication virtuel l'exemple de quelques exceptions suffit souvent à faire croire à la nécessité de ces parasites que sont les différentes bourses mondiales. Pour en revenir à la spéculation, il n'est pas nécessaire d'être un génie pour comprendre que les bulles et les krachs ne sont pas intrinsèquement nécessaires au fonctionnement d'une économie. Et que l'on ne me sorte pas le chaos créateur d'un Shumpeter. Car sa théorie s'adressait surtout à la question de l'évolution technique et au changement de technologie, non à la spéculation financière. Il est donc logique de vouloir mettre fin à la spéculation. Encore faut-il savoir comment faire en pratique et non jeter un concept creux comme "Interdisons la spéculation" ou "Interdisons les paris sur les variations de prix" ce qui revient en fait au même.

 

La séparation des activités bancaires

 

 

Le premier moyen est aussi celui qui a le plus été utilisé par le passé. Ce fut d'ailleurs l'une des mesures phare de Roosevelt lors de son accession au pouvoir, la séparation des activités bancaires grâce à la fameuse loi du Glass-Steagall Act. Il faut dire qu'après la crise de 1929 la haine vis-à-vis du système bancaire était très forte aux USA. Dans ces conditions politiquement extrêmement favorables à la régulation, FDR eut les coudées franches pour faire ce qu'il voulait en la matière. Le Glass-Steagall Act  consistait en une séparation entre des banques dites de dépôt et les banques d'investissement ou d'affaire. Cela limitait en quelque sorte le terrain de jeu de la spéculation en interdisant aux banques de jouer avec l'argent que les épargnants avaient mis en dépôt. À l'heure actuelle, les grandes banques occidentales jouent avec tout l'argent dont elles disposent sur les marchés financiers. Cela permet aux effondrements financiers d'avoir des répercussions sur l'épargne. Ce qui peut produire les fameux bankrun puisque rien n'est en fait à l'abri d'un effondrement total pas même votre petit compte épargne à 3.5%. Avec le Glass-Steagall Act on met une grande partie de l'épargne du pays à l'abri d'un tel effondrement. En France la Banque postale ou les caisses d'épargne étaient des exemples de banque de dépôt, l'argent mis sur ces comptes ne pouvait servir qu' à des investissements sûrs, mais à faible rendement à l'image du financement des HLM.  

 

 

On peut voir ce principe de séparation des activités bancaires comme en quelque sorte une extension du principe de séparation des pouvoirs de Montesquieu. On sépare ici les pouvoirs d'influence économique et non les pouvoirs législatifs et exécutifs, mais le but est le même, éviter les abus. On peut imaginer d'ailleurs aller plus loin dans la séparation des activités bancaires et faire en sorte qu'il y est des métiers bancaires et des instruments de financement hautement spécialiser et cloisonné. On réduirait certainement ainsi la fameuse fluidité des marchés, mais on y gagnerait certainement en terme de stabilité économique. Quand on voit les multiples erreurs d'investissement qu'ont produit les diverses spéculations ces vingt dernières années, il n'est pas certain que l'innovation des entreprises en pâtirait. Ce serait probablement le contraire qui se produirait. Car le métier d'investisseur serait de nouveau un métier de gens sérieux et non de croyants accrochés aux variations instantanées de la bourse.

 

La limitation monétaire



La deuxième source de la formation des bulles c'est dans la nature même de notre système monétaire qu'on la trouve. C’est ce que Irving Fisher le grand économiste contemporain de Keynes avait bien compris lui qui mettait les effets de levier des banques au cœur de la formation des bulles. Car c'est cet effet de levier qui permet aux banques en pratique de créer de la monnaie à travers les prêts qu'elles procurent. En effet, les banques pouvant prêter plus qu'elles n'ont en caisse, cela revient à leur permettre de créer de la monnaie qui sera ensuite utilisée dans l'économie réelle par l'emprunteur. Bien évidemment, cette monnaie laisse une trace comptable contrairement à l'émission de monnaie pure que peut produire la banque centrale. Cette monnaie est une monnaie-dette qui a nécessité un emprunt pour exister, mais son effet sur l'économie réelle est équivalent à l'émission monétaire traditionnelle. On peut donc dire que les banques privées créent la monnaie au même titre que la banque centrale.



Le problème c'est que les banques défendent avant tous leur intérêt particulier, elles n'ont pas une vision globale de la société et de ses besoins. Elles émettront donc de la monnaie de façon décentraliser sans tenir compte des besoins globaux de la société. Elles ne changeront pas d'attitude même si les chiffres globaux de l'inflation sont trop forts ou les prix dans tel ou tel secteur sont trop bas ou trop forts. La seule chose qui compte ce sont leurs profits et leurs intérêts. Cette manière décentraliser de produire de la monnaie est extrêmement dangereuse. D'une part parce que les banques par effet de contrainte par mouvement de foule seront obligées d'aller dans le sens du vent des marchés. Ainsi si les prix dans un secteur grimpent, les banques doivent y investir et suivre le mouvement. Car comme le disait Keynes, sur un marché mieux vaut avoir tort avec la foule que raison contre elle. Les acteurs privés bancaires sont sujets aux mouvements de foule au même titre que les individus, car les banques qui passeraient à côté d'un « bon coup » par prudence, risqueraient de se faire racheter par un concurrent plus gros, et verraient leur cote s'effondrer. Il ne faut pas nécessairement en vouloir aux banques pour leur comportement, car c'est la structure de notre organisation qui les conduit à se comporter comme elles le font. Ensuite, cette décentralisation conduit les banques à ignorer les effets qu'elles ont sur l'économie globale du pays. En décentralisant l'émission monétaire, on rend caduque la possibilité pour la banque centrale de maitriser l'inflation dans un sens ou dans un autre. On l'a bien vue pendant la crise quand les banques ne voulaient plus prêter par manque de confiance. Elles ignorent parfaitement le fait que leur comportement collectif produit des phénomènes de type autoréalisateur et que la crise se nourrit de leur comportement égocentrique. C'est cela qui avait poussé un économiste comme Lordon à prôner la nationalisation des banques pour éliminer ce comportement de joueur en solo. Face à un problème collectif, il n'y a que des solutions collectives qui sont impossibles à obtenir avec des acteurs bancaires privés.



C'est dans ce contexte que la proposition de Fisher prend tout son sens. Il s'agissait pour lui d'interdire tout simplement aux banques de pouvoir prêter de l'argent qu'elles n'ont pas. Pour cela on oblige les banques à emprunter à la banque centrale l'argent qu'elles comptent prêter aux particuliers ou aux entreprises. On change ainsi la hiérarchie en rendant effectivement le pouvoir monétaire à la banque centrale et à l'état. Ce qui est finalement normal puisque l'émission monétaire est le fait du prince qui dans une démocratie est le peuple qui est représenté normalement par ses élus et son état. Cette centralisation de la production monétaire permettra à la banque centrale de mieux contrôler l'émission de monnaie et de faire en sorte qu'il n'y est pas d'émission monétaire trop élevée ou trop faible en regard des besoins globaux de la société. On sort ainsi d'un système anarchique dans lequel chacun joue seul dans son coin conduisant à des mécanismes de crises auto-entretenues et l'on rentre dans un système de jeu collectif. Ce système n'a pas besoin de nationaliser les banques. En les obligeant à emprunter auprès de la banque centrale, on les oblige naturellement à rentrer dans le cadre des besoins nationaux. Dans ce système la banque centrale aura un réel moyen de maitriser l'inflation ou la déflation.

 

La limitation des acteurs sur les marchés



Dernière chose pouvant permettre de mettre fin à la spéculation, la mise en ordre des marchés eux-mêmes. La spéculation née en partie du fait que les acteurs des marchés ne se comportent pas tous comme le suppose la théorie sur laquelle les marchés sont basés. L'hypothèse de l'offre et de la demande se base en effet sur l'axiome qui veut que celui qui achète un bien en ait BESOIN. Un fabricant de câbles électriques a besoin de cuivre, il est donc normal qu'il en achète. Le producteur de cuivre, lui, va essayer de répondre au besoin de l'acheteur, le prix se fixant suivant la fameuse loi de l'offre et de la demande. Le problème dans ce petit jeu, c'est qu'il y a d'autres acteurs qui se fichent éperdument du cuivre et qui n'en ont pas besoin, par contre ils sont intéressés par le fait de pouvoir faire des gains substantiels sur le marché du cuivre et ils ont de l'argent. Ces acteurs que l'on nommera spéculateurs vont donc fausser la loi de l'offre et de la demande en produisant une demande artificielle uniquement mue par l'appât du gain.



C'est contre ce phénomène qu'il nous faut agir si l'on veut que les bulles ne se forment plus en faisant en sorte que les seuls acteurs d'un marché soient ceux qui ont un réel besoin à remplir. Bien évidemment, le concept est plus facile à décrire qu'à mettre en pratique. Suivant les secteurs une telle limitation sera plus ou moins facile à mettre en œuvre. On pourrait imaginer des permis d'échange permettant à certains acteurs d'acheter telle ou telle chose sur tel ou tel marché. Comme dans la première mesure de ce texte ,on se retrouve donc avec une logique de compartimentation qui permet de mettre en œuvre une rationalisation de l'organisation économique. Mais ce n'est pas très surprenant. Car comme le disait dans son dernier livre Régis Debray, la mise en place des frontières, de limites, ramène de l'ordre là où leur suppression amène le chaos. Le cloisonnement des activités, des nations, des pouvoirs politiques ou économiques permet l'action du logos. Les cloisonnements les frontières permettent à l'esprit humain d'organiser, de mettre de l'ordre dans le chaos. Sans cela l'action devient impossible, car l'esprit ne peut comprendre le fonctionnement des choses et les multiples imbrications rendent irrationnel le fonctionnement des sociétés. Dans le cas du marché la liberté totale s'est traduite par la mort de la régulation par l'offre et la demande. La limite ne vise donc pas à mettre fin au marché, mais à lui rendre la raison et sa fonction de base. Fonction qui n'est pas d'enrichir une minorité, mais de permettre l'échange.

 

 

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:25

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Un article paru sur le site de Lepoint.fr on apprend que la compagnie Foxconn, premier fabricant de composants électroniques de la planète, va massivement automatiser ses chaines de fabrication. On parle ici d'une suppression de 500000 emplois dans cette entreprise dans les années qui viennent, avec la mise en place de près d'un million de robots en remplacement. Certains en profitent pour accuser les ONG qui voulaient une amélioration de la situation des salariés et une augmentation des salaires de détruire les emplois. Il est vrai que l'on apprend en même temps que les salaires dans les usines du groupe ont augmenté des près de 70%, et que les conditions de travail se sont améliorées. Nous verrons que la destruction de ces emplois, si elle est accompagnée de la hausse des salaires, ne détruira pas globalement d'emploi en Chine bien au contraire. Les emplois sont en fait juste déplacé vers d'autres secteurs. Cette évolution nous apprend tout de même plusieurs choses et nous permet d'aborder un peu la question de l'emploi, de la productivité. L'automatisation et les hausses de la productivité ne sont pas les méchants ennemis de l'emploi comme on aime les présenter en général. La productivité ne détruit de l'emploi que sous la condition expresse que la société ne profite pas du gain de richesse que celle-ci peut procurer. C'est notre organisation sociale qui transforme les gains de productivité en catastrophe pour un grand nombre de personnes. Qui plus est dans le cas de l'emploi en général les délocalisations font en réalité bien plus de mal que les gains de productivité.  Comme on le verra par la suite, on peut même dire que d'une certaine façon les gains de productivité nous protègent en partie des délocalisations. Même si cette protection est bien plus mince que ce que croient en général nos libre-échangistes obsessionnels.

 

1-Les gains de productivité et l'amélioration des conditions de travail

 

On constate grâce à cet exemple de Foxconn que la hausse des salaires et la pression pour l'amélioration des conditions de travail ont obligé l'industriel à faire des gains de productivité pour limiter les pertes sur ses profits. Alors que depuis trente en Europe et aux USA l'on présente la hausse des salaires comme un frein à la bonne santé des entreprises, on s'aperçoit ici que la pression salariale peut obliger les entreprises à revoir leur façon de travailler.  Non seulement la stagnation des salaires a produit les conditions de la déflation et de la baisse générale de la demande, mais elle a probablement aussi ralenti la croissance des gains de productivité. Après tout, pourquoi investir dans l'automatisation ou dans l'amélioration des processus de production quand on peut délocaliser ou baisser les salaires. C'était le même rapport de force qui semblait séparer le nord et le sud des USA avant la guerre de Sécession. Le nord ne pratiquait pas l'esclavage et s'industrialisait, améliorant ses processus de productions. Le sud grâce à sa main d'œuvre pas chère pouvait continuer à produire sans optimiser son processus de production agricole. S'il est bien difficile d'être catégorique sur les effets à long terme de certaines pratiques sociales sur le développement économique d'une nation ou d'une région. Il semble tout de même que l'amélioration des conditions de travail peut être un puissant moteur pour l'orientation productive de l'investissement industriel. Maltraiter les salariés n'est pas la meilleure façon de pousser les patrons à investir et à améliorer la productivité physique par le progrès technique et organisationnel.

 

Maintenant, l'on pourrait ici objecter que dans le cas des pays asiatiques il y a bien eu en premier stagnation du niveau de vie, maltraitance salariale et enfin hausse de la productivité du travail et amélioration des salaires. C'est oublier un peu vite la spécificité de l'époque qui fait que les pays d'Asie ont pu exporter leur production et importer des usines clefs en main livrées par les Occidentaux.  L'histoire récente de cette région du monde aurait été certainement bien différente si les Occidentaux n'avaient pas décidé de démolir leur appareil productif pour contenter la mince couche sociale aisée qui les dirige. Cependant, il est vrai que l'on ne peut pas déduire ainsi un lien automatique de causalité entre la hausse des gains de productivité et l'amélioration systématique du niveau de vie de la population. La GB et l'Europe du 19e siècle n'avaient bien souvent qu'une fine couche de consommateur, reste de la société féodale qui faisait que l'on trouvait absolument normal d'avoir des niveaux d'inégalité extrêmes. Les gains de productivité à l'époque servaient surtout les riches et la caste dominante. Mais les gains de productivités du 19e siècle étaient en fait extrêmement lent si on les compare au niveau de ceux que le monde a atteints au 20e siècle. Le modèle inégalitaire et aristocratique de production Européen n'a pas survécu aux affres de la Seconde Guerre mondiale et de la crise de 1929. Les gains de productivité et le niveau de richesse nécessaire à l'occupation de toute la force de production ne pouvaient plus résulter de la seule consommation des très riches. Il fallut alors construire une classe moyenne capable d'absorber les produits fabriqués pour éviter aux entreprises de faire faillite. On peut donc penser la productivité et son origine de deux manières. D'une part en la voyant comme un mécanisme extérieur à la question économique et ne résultant que du progrès technique. Ce fut probablement le cas au début de la révolution industrielle qui naquit d'ailleurs sous l'effet de la révolution agraire de l'Europe au 18e siècle comme l'a très bien expliqué Bairoch dans son livre « Le Tiers-Monde dans l'impasse ». En effet, ce sont les surplus agricoles et la forte demande en outils métalliques qui produisirent en partie la mise en place de la future industrie qui plantera les graines de la révolution industrielle. Mais on peut voir aussi l'origine de la productivité comme le résultat d'un désir social de changement dans la qualité du travail. De fait depuis la Seconde Guerre mondiale c'est bien la cause sociale et l'amélioration du travail, produit en sous-main par la contrainte de la surproduction, qui a obligé l'industrie à accélérer ses gains de productivités. De la même manière avant la Seconde Guerre mondiale les USA était le pays qui rémunérait le mieux le travail salarié. Ce pays qui était hautement protectionniste jusqu'en 1945 et qui connaissait alors des gains de productivité très élevés comparés à la vielle Europe. C'était aussi le pays où les conditions de travail étaient les meilleures même si bien évidemment bien loin de nos standards actuels.



C'est donc la symbiose du progrès technique et du changement de paradigme social qui rend possible l'amélioration globale de la qualité de vie et du travail. Que l'un des éléments manque et le progrès devient un cauchemar. En effet en cas de non-redistribution des gains de productivité la surproduction guette ainsi que le chômage de masse. Cette situation finit toutefois par produire un ralentissement du progrès technique sous l'effet de la dégradation de l'intérêt à investir dans l'amélioration du processus technique. La France et les pays d'occident en sont presque là, ils vont dans un régime de stagnation. Ils progressent encore un peu par inertie et par l'effet de l'influence des nouvelles nations industrielles. Mais petit à petit, l'on voit poindre une nouvelle société inégalitaire et stationnaire. Le désintérêt pour les sciences et le savoir en général ne faisant que parachever, en quelque sorte, l'adaptation de la population à la nouvelle société féodale d'occident. Comme nous le voyons avec ce cas de Foxconn, c'est en Asie que l'histoire aujourd'hui s'écrit. Il faudra également voir si ces sociétés seront capables de produire un progrès social susceptible de nourrir leur productivité galopante. Rien n'interdit en effet d'imaginer une cassure lorsque l'occident ne pourra plus consommer les produits asiatiques comme il l'a fait jusqu'à présent. La Chine notamment doit faire sa mue et produire une véritable classe moyenne on en est encore loin. Quoi qu'il en soit il faut cesser d'opposer productivité et hausse de salaire, les contraintes sociales sont au contraire un bon moyen de contraindre les entreprises à investir pour accroitre leurs gains de productivités.

 

2-Les délocalisations, le chômage et la productivité



 

Deuxième point, il faut bien voir que contrairement à ce que l'on croit en général les gains de productivité nous protègent de la concurrence des pays à bas salaire. C'est un des seuls arguments des néolibéraux qui soit vrai. Le fait est que lorsqu'une usine améliore sa productivité elle permet au travailleur français de maintenir son emploi malgré son prix plus élevé. Le problème ce n'est pas que les gains de productivité en occident produisent trop de chômage comme on peut le lire parfois dans les commentaires d'articles, il s'agit là d'une idée reçue. Le problème c'est que les gains de productivité en occident ces trente dernières années ont été trop lents en regard de la hausse de celle des pays en voie de développement. Ces pays ont d'ailleurs souvent pu maintenir des salaires de pays sous-développé tout en ayant des niveaux de productivité élevée de pays développés, ce qui est fatal pour notre industrie. Si les gains de productivité s'étaient maintenus en France au niveau de celui des années 60 il n'y aurait pas eu de délocalisations massives. En ce sens, les libéraux ont raison.

 

Cependant, c'est ignorer les effets de la mondialisation sur l'investissement des entreprises occidentales. En effet l'ouverture des frontières, la hausse du niveau scolaire dans les pays en voie de développement et le progrès dans les télécommunications et le transport ont permis une rupture dans le raisonnement des investissements des entreprises. Car il est devenu plus rentable d'investir dans des lieux éloignés même moins productifs pour gagner sur le niveau salarial de quoi augmenter les profits. Les capitaux nécessaires aux délocalisations n'étaient plus là pour améliorer la productivité locale. De fait, l'ouverture aux échanges qui avait été imaginée par Ricardo ne prenait pas en compte cette possibilité de délocaliser des unités de production, c'était évidemment inimaginable à l'époque de Ricardo. À cause de cela l'investissement productif en occident s'est amoindri, ralentissant ainsi les gains de productivité et accélérant les délocalisations permises par le libre-échange généralisé. Le tout accompagné par un ralentissement du progrès technique qui connait lui-même des évolutions non linéaires et difficilement prévisibles. Les nouvelles technologies font de piètres gains de productivité si on les compare à la machine à vapeur ou à l'arrivée du modèle fordiste. Dans ces conditions, il est fantasmagorique de demander aux pays développés d'améliorer toujours plus leur productivité pour répondre à la concurrence des pays à bas salaire. D'autant qu'il est toujours plus facile de copier que de concevoir et que donc les avantages momentanés qui sont gagnés par un éventuel progrès technique sont rapidement copiés par les pays en voie de développement rendant caduque l'avantage en très peu de temps. Les gains de productivité ne sont donc pas des remèdes absolus à nos problèmes commerciaux et même s'il est bon de vouloir améliorer la productivité du travail, il est suicidaire de vouloir en faire le seul outil de protection de la base industriel de nos pays.



Enfin si la productivité peut nous protéger un peu de la concurrence, il ne faut pas pour autant rejeter entièrement les arguments de ceux qui voient dans le progrès technique l'ennemi absolu de l'emploi. Comme je le disais dans la première partie de ce texte, la productivité n'est mauvaise que si l'on ne s'en sert pas. En effet à niveau de production constant, la hausse de la productivité produit la réduction du besoin de travailleur. La productivité n'est bénéfique que si l'on emploie la richesse supplémentaire qu'elle nous permet de produire. Soit en augmentant la demande et la production pour employer toute la population active, soit en réduisant le temps de travail à niveau de consommation constant. On peut faire les deux en même temps d'ailleurs. Nous l'avons fait pendant les trente glorieuses, la hausse des salaires et la baisse du temps de travail permettant durant cette période une absorption constante de la production, tout en maintenant le taux de chômage à bas niveau. Il ne faut donc pas pleurer sur les emplois perdus à cause du progrès techniques, d'autant que les emplois détruits par l'automatisation sont souvent des emplois répétitifs et peu enrichissants pour le salarié. Il vaut mieux crier sur le fait que l'on n’utilise pas à bon escient les gains de productivité ainsi dégagés. Plutôt que de nourrir la bourse, les actionnaires et les rentiers, ces gains seraient plus utiles dans les salaires, dans la réduction du temps de travail ou dans l'investissement productif. Vouloir arrêter les gains de productivité pour maintenir l'emploi c'est se tromper de combat. La seule question c'est celle du choix de la répartition des richesses. Et cette question de la répartition des richesses est liée à la possibilité de protéger le modèle social français et les salariés d'une concurrence déloyale face à laquelle ils ne peuvent rien. Accuser le progrès technique de faire du chômage c'est en fait dédouaner les décideurs politiques de leur responsabilité. Le progrès technique et les gains de productivité étaient bien plus élevés durant les années 60 sans qu'à l'époque nous eussions à souffrir d'un tel sous-emploi et de tels déficits commerciaux.

 

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 23:40

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Entre deux mouvements de peinture, de démontage de meuble et de déménagement, votre blogueur trop absent va enfin prendre un peu de temps pour écrire et répondre à  quelques commentaires . D'autant que je risque de ne plus avoir de net pendant quelques semaines. Et l'occasion était trop belle en cette période de grande incertitude monétaire pour ne pas parler un peu du destin de l'euro et du dollar. J'en parle aussi parce que je viens de lire un texte qui est à mon avis en grande partie erroné sur le site de Marianne2. Ce texte est en fait un interview de Myret Zaki qui parle de l'économie des USA et de la nature spéculative de la croissance américaine. Si l'on peut être en accord sur le fait que la croissance américaine s'est faite à crédit et sur l'influence qu'a eue le rôle du dollar sur la nature de la croissance américaine. Il ne faut pas non plus oublier trop vite les multiples interactions qui lient aujourd'hui les différentes économies de la planète à la monnaie américaine. Si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez compris que mon opinion personnelle est qu'il n'y a pas vraiment de bonne ou de mauvaise économie dans l'absolu. Les pays déficitaires commercialement ne sont pas plus mauvais que les pays excédentaires. En réalité ce sont les interactions trop grandes entre les économies qui finissent naturellement par produire des désastres. Surtout lorsque l'on encourage des politiques de croissance non coopérative, c'est à dire des objectifs de croissance qui se feront au détriment d'autres peuples. Car lorsque l'on rentre dans ce type de processus l'on produit inéluctablement des déséquilibres qui finissent par mettre tout le monde dans l'embarras. Il suffit de voir dans quelle direction la politique salariale de l'Allemagne conduit l'eurozone pour s'en rendre compte. Comme vient de rendre compte l'Expansion le miracle allemand n'est pas vraiment généralisable, à moins de produire une dépression massive. C'est ce que nous avions appris lors de la crise des années 30, et c'est malheureusement la leçon que nous allons devoir réapprendre dans les années qui viennent.



Une économie mondiale viable ne peut être qu'une économie dans laquelle les pays équilibrent à peu près leurs échanges sur une certaine période de temps. Il ne peut pas y avoir en permanence des pays en déficit et d'autres en excédent. Car tôt ou tard les dettes contractées par les pays en déficit devront être remboursées. Et si elles ne le sont pas, ce qui est probable puisque la croissance dans les pays en déficit commercial permanent traduit un sous-investissement productif local, alors des catastrophes macroéconomiques se produisent. Purge de dette, dévaluation massive, protection douanière, toutes choses qui auraient été indolores, pratiquées à temps, mais qui deviennent désagréables à court terme à cause de l'accumulation de mauvais investissements et de choix biaisés à court terme. Le fait est que de toute manière le rééquilibrage finira par se faire quoique l'on décide. Le mieux étant d'accompagner ces rééquilibrages plutôt que de vouloir les combattre comme le font les Occidentaux et particulièrement les Européens. Et de faire en sorte que ce soient des rééquilibrages ne concentrant pas tous les efforts sur la masse miséreuse de la population au risque de se voir rajouter à la crise économique une crise politique ou pire une guerre civile.  Le mieux serait bien sûr que les pays en excédent réduisent ces derniers par la hausse de leur demande intérieure, mais ce n'est, soit, pas dans leur mentalité comme dans le cas du Japon de l'Allemagne ou de la Corée. Soit ce n'est pas dans leur possibilité. Ainsi, même en triplant les salaires chinois les productions occidentales resteraient trop onéreuses en regard de la faible différence de productivité, pour que cette hausse produise une demande chinoise suffisante pour réduire l'énorme excédent. Et je ne parle même pas ici du patriotisme de consommation que certains pays pratiquent sans même s'en apercevoir et sans nécessairement faire appel à des lois ou des encadrements administratifs de protection douanière. Tous les peuples ne se comportent pas du point de vue de leur consommation à la manière française, anglaise ou américaine. Certains peuples attachent de l'importance à l'achat national au-delà du simple calcul de l'homo-économicus obsédé par le profit à court terme.



Il ne reste donc que le choix de la réduction des importations. Soit par la méthode libérale et négative, celle qui consiste à diminuer les salaires en espérant que l'investissement ne décroisse pas en proportion ce qui annulerait l'effet des baisses salariales et en plus réduirait les futurs gains de productivité. Soit par la méthode listo-keynésienne de protectionnisme commerciale par la dévaluation, les quotas ou les droits de douane. On peut même mélanger les trois méthodes en même temps suivant les secteurs, et cela avec toujours pour but l'équilibre de la balance des paiements. Cerise sur le gâteau, cette deuxième méthode peut même nous permettre de réduire le chômage à néant et d'augmenter les salaires en changeant la répartition des richesses à l'intérieur même de notre pays. En effet grâce au protectionnisme on élimine la contrainte extérieure et l'on peut enfin avoir des politiques de plein emploi tout en ayant une balance commerciale à l'équilibre. Bien évidemment cela se traduit par un changement dans la répartition des richesses à l'intérieur de l'économie nationale. On constatera sans trop s'étonner que seules la solution des contritions et des baisses salariales sont régulièrement envisagées pour palier aux déficits commerciaux chronique. Cela n'étonnera bien sûr que les naïfs.

 

L'euro et le dollar, une divergence fondamentale

 

 

Pour en revenir à la question du dollar et de l'euro qui est quand même au centre de ce texte, il faut bien voir que ces deux zones ont chacune leur propre problème. Vouloir rejeter les problèmes de l'euro en s'en prenant au dollar comme le fait ici Myret Zaki. Ou comme le fait régulièrement le groupuscule du LEAP, européiste et passablement antiaméricain (ce qui est étrange quand on connait l'histoire de l'UE). Cela revient en réalité à regarder la poutre dans l'œil du voisin pour éviter de voir le Séquoia géant planté dans le nôtre. Le problème de la dette américaine est évidemment énorme, mais la solution pour le salut de l'oncle Sam passe par la purge de cette dette donc par l'effacement d'une partie de l'épargne européenne et asiatique et par une dévaluation massive du dollar qui rendra à l'économie US plus compétitive. La mentalité américaine n'est d'ailleurs pas totalement étanche à l'idée de protection commerciale et les USA pourraient rapidement se replier sur leur continent pour faire redémarrer une économie trop largement amputée de sa sphère productive par les délires des années libre-échangistes. Les Américains perdraient certainement leur empire militaire, mais gagneraient aussi une société plus juste et moins inégalitaire. Ce que cette économiste d'une revue suisse ne semble pas avoir compris. Mais il est vrai qu'en Europe c'est surtout l'intérêt de rente qui inquiète la plupart des économistes, l'emploi ou les salaires sont très secondaires.



Les USA connaîtront des difficultés avec la fin du dollar comme monnaie de réserve internationale. Ils auront une forte poussée inflationniste liée à la dévaluation, mais cette apparente mauvaise nouvelle cachera une évolution positive sur le plan de l'égalité économique et une restructuration des richesses qui permettront à long terme à une économie réindustrialisée d'apparaître. Le dollar sera malmené, peut-être les statuts de la Fed et le fonctionnement de la monnaie américaine seront-ils changés, mais cette monnaie continuera à exister même sans son rôle international, un peu à l'image de la livre sterling actuelle. On peut souhaiter d'ailleurs que l'on n’ait plus jamais une devise nationale comme devise de réserve internationale tant cela provoque des problèmes en matière de gestion économique comme le rappellent très justement Pierre Sarton du Jonchay et Jean-Luc Gréau dans ce texte. Car comme ils le disent très bien :

 

« Tous les pays insolvables sont émetteurs de monnaie de réserve. L’utilisation internationale d’une monnaie renchérit son taux de change par rapport à ce qu’il serait sur la seule base des échanges commerciaux de biens et services. Non seulement il est plus facile d’emprunter à l’étranger avec une monnaie de réserve, mais la compétitivité du travail domestique est amoindrie. Un pays émetteur de monnaie de réserve est fortement incité à vivre à crédit, à sous-employer et sous-rémunérer les salariés domestiques. »

 

Le destin du dollar n'est pas de disparaître, mais de changer de nature. Le dollar doit se restructurer et changer de but. La monnaie américaine doit redevenir la monnaie du peuple américain. Et donc cette monnaie ne doit pas être trop surévaluée et elle doit permettre à l'économie américaine d'équilibrer ses comptes extérieurs tout en ayant des politiques de plein emploi. Le rôle de monnaie de réserve et l'avantage que cela octroie à court terme ayant un effet désastreux sur une longue durée.



L'euro s'il a des problèmes importants comme ceux du dollar pour diverses raisons à une grosse particularité. L'euro n'est pas seulement trop surévalué comme l'est le dollar. Il est structurellement une mauvaise monnaie. C’est beaucoup plus grave que la situation du dollar, ce que les européistes cherchent à cacher de plus en plus maladroitement. Encore une fois, la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale. Il n'y a pas de nation européenne et pas de solidarité à la hauteur des niveaux de différence de productivité entre les différentes régions qui composent la zone euro. Il n'y a même pas de fiscalité unique, ni de langue unique, ni de démographie convergente. La seule chose qui unisse les Européens c'est la contrition salariale et le masochisme macroéconomique. De fait, l'euro pour pouvoir fonctionner aurait dû avoir dans sa valise conceptuelle des mécanismes permettant la régulation commerciale interne pour pallier à l'impossibilité de dévaluer pour les nations avec une inflation plus forte. Aucun mécanisme n'a été prévu ou pensé pour permettre à ces déséquilibres de se résorber. La seule solution étant la diminution de la demande salariale et celle de la dépense publique.



De fait, la seule chose à laquelle pensent les européistes aujourd'hui, c'est de changer les peuples. Comme à la grande époque de l'Union soviétique ou des divers courants religieux et impérialistes qui ont mis l'Europe à feu et à sang dans sa longue histoire. L'obsession de l'uniformisation organisationnelle du continent conduit à vouloir transformer tous les peuples en un peuple européen moyen pour permettre à l'euro de continuer à exister sous sa forme actuelle. Bien sûr, le projet est tellement grotesque qu'il se casse la figure face à la réalité divergente des nations d'Europe. On peut donc dire que si l'euro et le dollar sont tous les deux dans une situation difficile leur destin ne sera probablement pas le même. Le dollar est la monnaie d'une nation qui même avec toutes ses tares et ses défauts a quand même quelques zestes d'unité qui lui permettront de continuer à exister, une fois la tempête passée. L'euro est un machin artificiel dont la nature même produit sa propre crise. L'Europe se retrouve avec plus de problèmes que les USA, le Japon, ou la GB alors même qu'elle aurait dû en connaître moins, puisqu'elle avait été moins portée aux déficits commerciaux et aux dettes. Mais la nature de sa monnaie produit des inquiétudes et des aggravations de crises qui sont structurelles. Même bien géré, l'euro ne peut pas fonctionner. Il ne peut qu'alimenter les divergences internes de la zone, en étant trop fort pour certaines nations et trop faible pour d'autres. La seule façon pour faire fonctionner l'euro tel qu'il est étant d'exporter les problèmes de la zone par d'énormes excédents commerciaux. Ce qui n'est pas possible dans les conditions actuelles et ce qui produirait d'autres crises ailleurs qui finiraient par se retourner contre l'eurozone.



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