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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 21:48

Le nouveau président français vient donc d'être désigné. Il est mal désigné avec un fort taux de votes blancs ou nuls. À cela s'ajoute un taux participation qui atteint 26 %. Un résultat pas terrible lorsque l'on regarde son adversaire ostracisée jusqu'à plus soif par les médias. J'aurais bien évidemment préféré que MLP atteigne 40 %, mais sa faible prestation lors du débat à dû fortement porté sur ce résultat. Et surtout si Macron a gagné contre Marine Le Pen, il n'est pas réellement devenu président, en tout cas il n'est loin d'être le président de tout les Français. Sa mauvaise élection va peser fortement sur les scrutins qui s’avéreront difficiles pour son mouvement dont on ne sait d'ailleurs pas vraiment la nature de la majorité qui présidera pour lui. Il n'a d'ailleurs pas du tout montré une esquisse de volonté de rassemblement derrière lui. Son programme c'est celui des maigre 24 % de son premier tour, rien d'autre. Cela promet pour l'avenir et la concorde civile. Il veut rassembler ceux qui sont comme lui, c'est un personnage bien de son époque en un sens.

 

Un président déjà en sursis

 

La question des législatives va être fondamentale. Non seulement pour savoir si le pays va avoir une majorité, car rien n'est sûr en la matière. L'élection législative est une élection locale avec des personnalités fortement implantée sur le territoire. Si le PS s'est effondré lors de l'élection présidentielle, il fera probablement un meilleur score à cette élection. À l'inverse des mouvements comme ceux de Macron ou celui de Mélenchon peuvent-ils s'implanter dans des élections locales ? C'est un grand mystère. L'autre question pour les législatives sera de connaître l'implantation ou non du FN. Parti extrêmement peu représenté en regard de son poids électoral réel, les législatives resteront un point important pour voir si la stratégie du FN lui permettra d'avoir enfin une représentation à sa mesure. La grande inconnue également sera de savoir si les désistements systématiques du pseudo front républicain fonctionneront encore. Car on le voit ce Front qui a servi à asseoir un banquier d'affaire à la tête de la nation française à nettement moins bien fonctionner cette fois. Il est à parier que la dédiabolisation va continuer son bonhomme de chemin. L'autre question est celle du comportement des partisans de Mélenchon . Nous allons vers des élections législatives avec un jeu à quatre voir cinq joueurs (le PS n'étant pas hors jeu dans les élections locales) et non plus à trois comme on en avait l'habitude.

 

L'on pourrait très bien se diriger vers une majorité de droite à l'élection présidentielle. Je dirais même qu'une majorité LR à l'assemblé avec un président parfait représentant du néolibéralisme rose bonbon serait un parfait moyen pour décrédibiliser encore plus ces politiques et ces partis politiques. Pour ce qui est du mouvement de Mélenchon ou du FN, il faudra voir quelles seront localement les conditions de désistement. Je vois mal Mélenchon organiser des désistements favorables à Macron après ce qui s'est passé pendant la campagne. De la même manière, je ne vois pas les socialistes ou les partisans de Macron favoriser le mouvement des insoumis. On le voit, l'élection présidentielle n'est pas aussi fondamentale qu'on le croit. En tout cas, elle ne l'est plus parce que la population est profondément divisée. On risque de se retrouver dans les mêmes conditions qui ont mis fin au fonctionnement de la quatrième république. Ce qui prouve que ce ne sont pas tant la solidité des institutions qui tiennent la stabilité d'un régime politique que les rapports de force au sein même de la société. Une société profondément divisée socialement et économiquement peut avoir les meilleures institutions qui soient et finir par se retrouver dans un régime instable et une société bloquée.

 

Le président de l'autodestruction libérale

 

Comme je l'avais explicité dans mon texte précédent le premier tour des élections, je persiste à dire que Macron sera le meilleur moyen de radicaliser le pays et de mettre fin justement à la domination du néolibéralisme en France. On pourrait voir ici la politique du pire, ce n'est pas le cas. Il s'agit d'une réflexion à long terme basée sur les rapports de force actuels. Qui plus est, Macron est dévoré par l'hubris comme la totalité de son milieu social. Cette hubris, et la suffisance qui va avec, ne sortait ouvertement que très rarement chez Hollande ou chez Sarkozy. Ces derniers étaient bien évidemment du même moule que Macron que ce soit sur le plan social ou sur le plan des idées. Cependant, ils pouvaient faire illusion, se gausser pendant leur repas des sans-dents tout en faisant des discours sur la gloire de la nation et du peuple français avec des trémolos dans la voix. Il n'y a rien de tout ceci avec Macron. C'est un Tony Blair français avec encore moins de charisme et de retenue. Le simple fait qu'il veuille diriger en grande partie avec le 49-3 montre toute cette suffisance, et ce déni naturel de démocratie qui caractérise les pensées suprématistes. Car oui avec Macron nous avons un vrai extrémiste au pouvoir. Un suprématiste capitaliste de pure souche qui va essayer de déboulonner la totalité de ce qui reste du système social français. Et le pire c'est qu'il le fera avec plaisir en souriant. De quoi réellement attiser la colère des Français. Et réveiller enfin les imbéciles de gauche qui pensent qu'une autre Europe est possible, que finalement le libéralisme rose c'est plus sympathique que ces affreux réactionnaires de la souveraineté.

 

Macron va se retrouver avec une société bloquée, et dont les blocages proviennent exactement des résultats des politiques qu'ils comptent mener avec assiduité. Je vous rassure cependant malgré sa volonté de saccage, il va vite se retrouver bloqué. D'abord parce que le pays va probablement multiplier les luttes sociales. Luttes qui seront d'autant plus faciles à mener que Macron n'a que peu de légitimité et qu'il semble particulièrement détesté par la France d'en bas. Sa suffisance et son incapacité à réellement cacher ses intentions et son mépris ne feront qu'aggraver encore la réaction d'une population qui reste au fond d'elle même encore attachée à une certaine décence et à un certain respect de l'égalité. Macron, malheureusement pour lui, est un anglo-saxon parlant français, et il a la mentalité qui va avec.

 

L'autre blocage tout aussi puissant sera sur la question européenne. Macron rêve d'avoir une fusion fédéraliste de l'Europe. Il rêve encore une fois de la réalisation du projet aussi dangereux que ridicule d'une nation fédérale européenne. Il sait comme ses collègues banquiers que le système économique européen actuel ne fonctionne pas. Mais plutôt que de le remettre en cause, il compte bien mettre la touche finale à l'édifice. Le problème que monsieur Macron n'a pas compris, c'est que si la vision d'une Europe fédérale ne s'est pas accomplie, ce n'était pas à cause de ses prédécesseurs franchouillards, mais bien parce que les autres nations et particulièrement l'Allemagne n'en voulaient pas. Ce que veut l'Allemagne actuelle ce n'est pas d'une nation européenne et des transferts de solidarité vers l’Europe du Sud, transferts qu'elle serait d'ailleurs bien en peine de fournir à la hauteur des nécessités. C'est un rééquilibrage des comptes français par la destruction de l'état social français.

 

L'Allemagne veut détruire la structure sociale française dans ses propres intérêts, car les élites allemandes contrairement aux élites françaises continuent de penser en terme d'intérêt national. Pour elle l'Europe n'est qu'un outil pour servir ses intérêts, rien d'autre. La destruction de l'industrie française met ce pays sous le joug allemand et l'Allemagne qui manque de main-d'oeuvre ne serait pas contre un effondrement social et démographique français pour nourrir son industrie en main-d'oeuvre qualifiée plus facilement absorbable que celle du Moyen-Orient. À cela s'ajoute le fait que l'Allemagne a tout intérêt pour l'instant au maintien de l'euro qui la protège contre la réévaluation monétaire. L'effondrement français a donc deux intérêts à moyen terme pour l'Allemagne. Favoriser une baisse de l'euro, ou au moins le maintient à des taux nettement plus faibles qu'un Mark solitaire. Le deuxième intérêt est de potentiellement faire de la France un fournisseur de main d’œuvre complémentaire pendant quelques décennies.

 

Contre ce mur-là, il n'y a que le seul fracas qui attend Macron. Du reste étant donné l'image que les élites allemandes ont de Macron, ils comptent bien lui réclamer un maximum d'effort pour lui et la nation française. Le Macronisme va donc très vite plonger dans les profondeurs de l'impopularité. Et l'Europe déjà très impopulaire finira par être vue pour ce qu'elle est une vaste entreprise de pillage pour les intérêts allemands et la grande finance. Dans cinq ans il sera bien difficile de défendre encore l'euro et l'Europe alors que le champion qui devait nous sauver avec plus d'Europe aura au nom de son fédéralisme croupion clochardisait quelques millions de Français supplémentaires . Et cela en n'obtenant rien d'autre que mépris de la part des chefs de l'Empire germanique. Reste à savoir qu'elle sera la réaction des adorateurs du macronisme actuels lorsque leur idole aura failli. Comme l'a dit récemment Guaino dans cette vidéo : « Quand les gens verront qui est MACRON il sera trop tard ! ». Cependant Guaino ne voit pas qu'il s'agit là malheureusement d'un mal nécessaire.

 

 

Préparer l’après Macron, pour le rebond national

 

Même si cette élection peut laisser un goût d'amertume, je tiens quand même à souligner que les idées de nation et de souveraineté ont été nettement en progrès. L'on voit aujourd'hui que l'unité de la gauche qui était encore valable en 2012 ne l'est plus. De son côté le FN a réussi à faire sauter le plafond de verre, quoi qu’en disent certains. Je vois déjà mon collègue Laurent Herblay me dire le contraire alors que cela me semble l'évidence. Si elle veut faire fructifier, son élection Marine Le Pen doit accélérer son changement d'image. En changeant de nom pour son parti. En faisant monter des personnalités comme Phillipot sur le devant de la scène. Il faut délepéniser le FN, si je puis me permettre ce néologisme. Un petit coup à jouer pour les législatives serait de se désister lorsqu'un candidat des insoumis se retrouve en position favorable de façon à bien faire voir que la vraie opposition de notre temps n'est pas la droite ou la gauche, mais entre souveraineté et européisme.

 

Avant de désespérer comme beaucoup, dites-vous bien qu'en 2012 nous avions un Nicolas Sarkozy contre français Hollande au second tour des élections. Que la question de la souveraineté n'était pratiquement pas abordée et que le système de balancier entre la droite libérale et la gauche libérale fonctionnait encore. Cette fois c'est fini, le système néolibéral a dû jouer franc jeu et mettre en place un candidat rassemblant l'ensemble du libéralisme. Dites-vous bien aussi que le FN et la France insoumise sont de loin les électorats les plus jeunes, l'avenir est devant nous. Il reste évidemment un énorme travail pour faire comprendre la sortie de l'UE et de l'euro. Un travail de persuasion et de compréhension qui doit s'accélérer. Cette solution doit devenir une évidence pour la majorité des Français, mais pour cela il faut bien faire comprendre le lien entre l'euro et les politiques néolibérales. Lien qui n'est pas toujours compris surtout à gauche de l'échiquier politique.

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Published by Yann - dans politique
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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 15:43

Puisque les candidats à l'élection présidentielle ne semblent pas très au courant de la situation réelle du pays. Je crois qu'il est d'intérêt public de faire quelques mesures pratiques. En effet, comment ne pas être surpris de voir un président catastrophique nous sortir l'idée qu'il a un bon bilan ? Ou voir son ancien ministre de l'économie nous sortir l'énormité d'une baisse du chômage qui serait concomitante à l'entrée dans la zone euro. Il faut bien le dire, ce n'est pas la première fois que les politiques font semblant de ne pas voir la réalité. Qui se souvient encore aujourd'hui de la cagnotte Jospin ? À l'époque les socialistes tout fiers de la baisse du chômage et de l’amélioration des comptes sociaux s'étaient empressés d'y attacher le mérite de leur politique. Ainsi ont-ils pris au sérieux l'idée que les 35h avaient fait baisser le chômage. Hypothèse aussi ridicule que démontré par la suite des évènements. La poussée du chômage après Jospin sans remise en cause des trente-cinq heures fut démonstrative. Cela aurait de la pousse les socialistes à réfléchir à la question, il n'en a rien été. La vérité c'est que c'est essentiellement la dévaluation du franc qui a permis la reprise à partir de 1997 comme vous pouvez le voir ci-dessous. C'est l'évolution du taux de change de l'euro par rapport au dollar.

 

 

En fait la corrélation entre la situation commerciale et économique française et l'évolution du taux de change est tellement évidente qu'il faut sérieusement se demander comment nos politiques peuvent être à ce point aveugle. La légère amélioration de la situation commerciale pendant la fin de l'actuel mandat tient aussi au fait que l'euro s'est dévalué depuis fin 2014. C'est d'ailleurs étrange de voir tous les défenseurs de la zone euro s’esbroufer sur la sortie de la zone à cause du risque de dévaluation alors même que la monnaie que nous utilisons s'est déjà dévaluée d'environ 20 % . C'est le grand mystère des sophistes du petit écran qui changent leur étalon de mesure dès que cela les arrange. On se souvient du drame de l'effondrement du rouble qui devait conduire au désastre la Russie alors même que le Japon avait fait une dévaluation nettement plus fortement seulement quelque mois avant. Et cela sans que cela ne chagrine non plus les médias mainstream. On ne saurait mieux démontrer le caractère hautement relatif des « économistes » institutionnels de la télévision et des médias français.

 

Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus (source), il y a une forte corrélation entre l'évolution du taux de change et l'évolution de la balance commerciale ici représentée par le taux de couverture entre les exportations et les importations. Il y a un léger décalage dans le temps parce que les effets des évolutions monétaires sur le commerce ne sont pas instantanés. L'amélioration commerciale sous Hollande tient essentiellement à la double dévaluation . La première est celle de 2008-2012 qui voit le taux de change passer de 1,6 € pour un dollar à 1,3. Puis une deuxième plongée qui se situe fin 2014 et qui fait passer le taux de change de 1,3 à 1,1€ par dollar. On est revenu à la limite qui permet à l'économie française de souffler un peu. Mais la situation risque de ne pas durer, car fondamentalement la zone euro est une zone fortement excédentaire. C'est d'autant plus vrai qu'à cause des politiques d'austérité en Espagne et en Italie ces pays sont devenus excédentaires. En 2015 par exemple le figaro nous dit que la zone a eu un excédent record de 246 milliards d'euros. Il n'y a donc aucune raison pour que l'euro reste indéfiniment avec une monnaie sous-évaluée. Le répit ne durera pas bien longtemps avant que la zone retrouve des niveaux à 1,3€/$ ou plus. LA zone euro est d'ailleurs avec la Chine le gros point noir de l'économie mondiale. Les USA commencent à remettre en cause les traités de libre-échange avec le Canada et le Mexique, mais l'autre gros morceau pour eux c'est l'Allemagne et ses satellites.

 

Pendant ce temps la France continue d'accumuler des dettes pour nourrir sa croissance. Ici l'effet de l'euro est encore plus net puisque l'on voit bien la rupture avec l'entrée de la France dans la monnaie unique. La croissance économique de la période Sarkozy fut bien une bulle alimentée par l'endettement massif. (source)

 

 

Si le gouvernement peut faire illusion en racontant n'importe quoi sur la croissance. Il est par contre très difficile de nier que la croissance de la dette n'est pas liée à l'euro. Non seulement la France a une croissance globalement plus faible qu'avant l'euro, mais en plus cette croissance s'est traduite par une forte augmentation d'endettement. Le plus drôle c'est que la population française a augmenté plus vite pendant la période 2002-2012 que pendant la décennie qui a précédé. En effet entre 1992 et 2002 la population active française avait augmenté de 1,7 million de personnes. Entre 2002 et 2012, la population active a augmenté de 3 millions de personnes. C'est-à-dire que malgré l'accroissement deux fois plus rapide de la population active la France a connu une croissance du PIB plus faible. Et c'est normal puisque la qualité des emplois s'est fortement dégradée. Et dans une période de stagnation économique « plus y a de fous, moins y a de riz » comme disait Coluche. La France crée des emplois à faible revenu dans les services nourris par la dette. C'est une société d'aristocrates entourés nouveaux domestiques .

 

 

Le taux de chômage du graphique précédent ne concerne que les catégories A. On sait que le gouvernement Hollande a fait beaucoup d'effort pour camoufler le taux de chômage réel en les planquant dans d'autres catégories. Contrairement à ce qu'affirme Macron le taux de chômage a baissé avant la mise en œuvre de l'euro. Cela coïncidence avec la période de dévaluation que nous avons vue précédemment. Par la suite si le taux de chômage semble stagner, il y a un changement dans la création d'emplois. C'est une période qui voit l'industrie automobile française disparaître et se multiplier les emplois dans l'immobilier et le coaching. Car il faut bien préciser que la crise que nous traversons n'est pas qu'une crise quantitative d'emploi, c'est aussi et surtout une crise qualitative. En un sens, la croissance française est maintenant comme celle des USA nourrie uniquement par l'accroissement de la population . La croissance par tête et donc la hausse véritable du niveau de vie sont très faibles, si elle n'est pas négative pour une bonne part de la population. En effet nous savons que cette maigre croissance du PIB se concentre essentiellement sur les 10% d'en haut qui pompent à eux seuls 50 % de la croissance annuelle.

 

 

Au-delà de la question du chômage c'est la notion même de civilisation qui est en question. Est-ce qu'une société de petit seigneur entouré de serviteur est quelque chose que l'on peut vouloir pour la France du 21e siècle ? Une société où les grandes décisions seront prises ailleurs en Allemagne ou à Bruxelles. Une société ou les différences entre riches et pauvres deviendront si grandes que l'on pourra parler dans quelques années de races différentes comme il y avait une différence physique entre le noble d'autrefois et le cul-terreux qui vivait de son lopin de terre. Cette société est-elle viable ? Peut-être. Est-elle vivable, c'est autrement plus discutable. Il est en tout cas certain que la démocratie bourgeoise aura de plus en plus de mal à maintenir l'illusion de politique agissant dans l'intérêt général. Les chiffres sont catégoriques, ce n'est pas le cas. Le dernier fusible présentable qu'est monsieur Macron sera le dernier maillon de la chaîne. Après lui soit il y aura une rupture réelle qui nécessitera une sortie de l'UE et de l'euro, soit une rupture ouverte avec la démocratie. Étant donné l'évolution du comportement de nos classes dirigeantes, ce n'est plus inimaginable.

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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 15:13

 

Les événements s'accélèrent à une vitesse incroyable. Le système médiatique et les classes sociales dominantes s'affolent aussi vite qu'elles se sont emballées au lendemain du premier tour des présidentielles. Le discours sur les heures les plus sombres de notre histoire est de retour. Il faut dire que le poulain pur sang du néolibéralisme à du mal à manier autre chose que les positions morales et les discours creux. Il est très difficile de cacher la médiocrité du personnage, d'autant plus que l'hubris qui caractérise les classes possédantes a tendance à leur faire dire malencontreusement tout haut ce qu'elles pensent tout bas. À l'image de Jacques Attali conseillé permanent de l'Élysée depuis les années 80, et pour qui les fermetures d'usine ne sont que des anecdotes. Faut-il y voir une resucée du point de détail de Jean-Marie Le Pen ? Ils se lâchent de plus en plus ouvertement les néolibéraux. Et cela à un rythme nettement plus rapide que ce que j'escomptais avec la mise en place d'une présidence ouvertement libérale. Car il n'y a plus ici d'illusion dans la présentation du discours. En 2012 l'ennemie de Hollande c'était la finance. Avant même d'être élu Macron nous dit : « Je ne vais pas dire aux Français que je vais défendre leurs intérêts face à Berlin ». Je l'aime bien ce Macron finalement . Son ingénuité va lui faire dire trop honnêtement pour qui il roule. Il est vraiment le candidat idéal pour faire couler le système.

 

Mais cela n’empêche pas les thuriféraires du système de continuer à nous vendre le discours du camp du mal contre le camp du bien. Et peu importe les réalités historiques comme le fait par exemple que le Nazisme était surtout le produit de la petite bourgeoisie et du patronat apeuré par la montée du communisme en Allemagne. À l'époque les riches votaient pour les nazis, les pauvres votaient pour les communistes. Cela donne une autre image au combat contre le fasciste dans l'élection française n'est-ce pas ? Qui détient la maîtrise des médias ? Qui défend l'intérêt des riches et des puissants ? Qui utilise la menace et toutes les bassesses pour arriver au pouvoir ? Marine Le Pen ou Emmanuel Macron ? Le fascisme n'est pas nécessairement là où l'on croit qu'il est. Du reste, rappelons pour l'anecdote et la culture du pitoyable ex-maire de Paris qu'Hitler n'a pas été élu. Son parti politique était même en déclin avant sa mise au pouvoir par des petits arrangements avec la droite conservatrice de l'époque. Le parti nazi a obtenu au maximum 36 % des votes allemands. Et citons Wikipedia sur cette affaire :

 

«  Le 30 janvier 1933 vers midi, Adolf Hitler atteint son but : il est nommé chancelier de la République de Weimar après un mois d’intrigues au sommet organisées par l’ancien chancelier Franz von Papen, et grâce au soutien de la droite et à l’implication du Parti national du peuple allemand (DNVP). »

 

C'est bien l'alliance de la bourgeoisie patronale avec un gourou venu de nulle part et soutenu par une propagande constante qui va monter au pouvoir. Mais arrêtons là les comparaisons vaseuses et approximatives qui permettent au système néolibéral de cacher la défense outrageuse de ses intérêts et parlons de la France actuelle.

 

La lutte des classes en France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'avais donné dans mon texte précédent la comparaison entre le vote Macron/Le Pen et le taux d’industrialisation du pays en 1958. Cette comparaison montrait l'opposition latente entre la France qui soufre du libre-échange, de la surévaluation monétaire, et celle qui est moins touchée par celle-ci. La France du fonctionnariat, la France du tertiaire, de la finance et des professions libérales. Cette dichotomie saute aux yeux, mais elle n'a rien de nouveau. Après tout Chirac en 1995 avait fait une campagne sur la fracture sociale. La fracture s'est simplement considérablement aggravée notamment par le fait que l'euro est entre-temps devenu notre monnaie. À cela s'ajoute la fragmentation spatiale provoquée par les bulles immobilières . En effet en 1995 si la fracturation économique avait déjà durement frappé le pays, les classes sociales étaient encore relativement mélangées. La période de la bulle immobilière en France va progressivement expulser les populations les moins fortunées des centres-ville. Cette évolution prenant littéralement un tournant caricatural dans la ville de Paris.

 

Cette concentration de la richesse expliquant l'incroyable disparité entre le vote des Parisiens et celui de la France dans son ensemble. Alors que le FN fait 21,3 % sur l'ensemble du territoire, il ne fait que 4,99 % à Paris. EM faisant lui 34,8 % contre 24% dans l'ensemble de la France. C'est à se demander effectivement si Paris peut encore réellement jouer son rôle de capitale du pays. Nous avons ici la démonstration des effets catastrophique de la bulle immobilière sur la vie politique française. Les élites du pays avaient déjà la mauvaise habitude de vivre séparément, elles vivent maintenant complètement en vase clos. Ce qui ne les empêche pourtant pas de déclamer leur ouverture au monde et la fermeture maladive dont seraient porteurs les ploucs de province. Paris est devenu un bunker géant pour personnes fortunées.

 

Pour en revenir aux questions économiques. L'évolution spatiale du pays est mise en exergue par les deux cartes précédentes. Mais un tableau statistique encore plus parlant sur l'évolution du pays a été mis en ligne il y a peu par le site Real-World Economic Review. Le site étant anglo-saxon il a l'immense mérite d'être peu influencé par la corruption et le copinage du système universitaire français. Il porte un regard neutre sur la situation française. Et l'image des deux courbes suivantes est absolument limpide, mais aussi dramatiquement caricaturale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que nous dit ce graphique ? Il indique deux courbes, en bleue nous avons l'évolution de la croissance sur la période 1950-1983, en abscisse nous avons les couches sociales de la population séparée par tranche de 20 %. Cela va des 20 % les plus pauvres au 0,01 % les plus riches. La courbe verte nous indique la croissance économique pour ces mêmes couches sociales de 1983 à 2014. Je crois que la comparaison se passe pratiquement de commentaire. On voit que, pendant les trente glorieuses, la croissance a été non seulement plus forte pour la majorité de la population, mais qu'elle a en plus été nettement plus favorable aux couches populaires. Cela démontre les effets des politiques keynésiennes, et dont Keynes lui-même nous disait qu'elles finiraient par euthanasier les rentiers. Les 85 % du bas de la pyramide sociale ont eu une croissance moyenne de 3,5 % par an et par adulte, c'était une remarquable homogénéité dans l'évolution économique.

 

La croissance depuis 1983 se concentre elle majoritairement sur les 5 % d'en haut. Et plus vous êtes haut dans la pyramide du revenu et plus vous bénéficiez de la croissance économique. Les classes sociales du milieu sont les grandes perdantes du système néolibéral. Je ferais remarquer au passage qu'une bonne partie des classes moyennes ont voté Macron et continueront à le faire alors même qu'elles sont les principales perdantes du système. On ne peut pas gagner une élection présidentielle avec seulement 5 % des électeurs. Ces deux courbes montrent, plus encore que les cartes, la lutte des classes qui se joue dans notre pays et qui prend la forme de la lutte entre la nation et le parti de l'étranger. Elle montre aussi la fragilité de cette domination. Car la classe sociale à laquelle appartient Macron ne peut dominer le système que parce que les classes moyennes ont l'illusion d'appartenir au même monde et aux mêmes intérêts. C'est cette illusion qui pourrait paradoxalement éclater avec l'élection de cet illusionniste de plateau télé. Macron n'est pas le candidat de la France qui gagne, c'est le candidat des rentiers et des parasites qui tuent notre pays à petit feu depuis trente ans.

 

Le vrai racisme d'aujourd'hui est social

 

Au stade où nous en sommes peut-on encore parler de lutte des classes ? En effet une lutte semble désormais un terme trop faible pour définir la réalité dans laquelle nous sommes. Car l'explosion des inégalités s'accompagne d'une culture de la haine, une véritable celle-là. Celle de la haine de classe. Une haine qui prend de plus en plus ouvertement forme avec des références constantes aux diplômes par exemple. Les sans-diplômes votent Le Pen. Étant sous-entendu les imbéciles votent Le Pen. Tel est le discours dominant chez les classes supérieures parisiennes. Quelques regards aux propos tenus par certains journalistes sont suffisants pour voir cette réalité. Il n'y a ni compassion, ni compréhension, ni empathie, juste une avalanche d'insultes et de grossièretés comme on pouvait en voir contre les noirs aux USA dans les années 60. Mais en fait le simple fait que ces pauvres votent Le Pen montre qu'ils sont loin d'être des imbéciles justement. Car ils ont bien compris où sont leurs intérêts réels. Et si l'on regarde la courbe que j'ai donnée précédemment c'est bien plus les cadres supérieurs et autres classes moyennes qui votent Macron qui sont des imbéciles en votant contre leurs intérêts. Qui est le plus malin, celui qui se fait couillonner en applaudissant, ou celui qui sort des négociations en renversant la table ?

 

Dans la France de 2017, interdire à quelqu'un d'aller dans un lieu parce qu'il est Arabe ou Noir est, heureusement, considéré comme inadmissible. Il est par contre totalement toléré de chasser les habitants d'une ville en faisant grimper les prix de l'immobilier. Il est tout aussi normal de sélectionner les gens en fonction de leurs revenus. L'épuration économique est totalement tolérable . On peut briser des millions de vies par une monnaie surévaluée et conduire des millions de gens à l'indigence puis au suicide. Ce n'est pas un génocide, hein, c'est la loi du marché. Un peu comme naguère, l'on justifiait le commerce d'esclaves au nom de la loi de l'offre de la demande. Rien de très nouveau au pays du libéralisme décomplexé. On 'a même des sites de rencontre où le premier critère passe par la taille du portefeuille. De fait si le racisme ethnique a bien disparu contrairement au discours lénifiant des élites qui combattent des fantômes pour faire oublier les vrais problèmes. Le racisme social lui ne s'est jamais aussi bien porté. Il est même un gage de haute valeur qualitative quand on est président de la République n'est-ce pas, monsieur Hollande ?

 

Ce racisme social, dont les propos d'un Jacques Attali ne sont finalement qu'une minuscule démonstration, tant à produire un fascisme d'un nouveau genre. Un fascisme ouvert aux immigrés, mais fermé aux pauvres du pays local. Un fascisme qui a en plus la prétention d'une pureté morale absolue se présentant comme le camp du bien contre les sans-dents, et bientôt les sans âmes. La question que je me pose au final est: « Est-ce que ce fascisme peut aller aussi loin que ses glorieux ancêtres ? » Aura-t-on bientôt des camps de concentration pour mal pensant ? Ces gens finiront-ils par exterminer les gueux au nom du bien ? J'ose espérer que les Français se réveilleront avant que nous n'en arrivions à ça. Macron, je l'espère, va servir de détonateur et faire exploser le lien entre les classes moyennes et les 5 % d'en haut. On verra si à long terme, c'est le FN ou un autre camp politique qui bénéficiera de cette rupture. Ce qui est certain c'est que l'élection de Macron marque une rupture durable et la fin des illusions sur une nation égalitaire. La France de 2017 est effectivement raciste, elle déteste ses pauvres.

 

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 16:00

Quelques heures ont passé depuis le résultat de la présidentielle. Le calme est revenu même si les médias mainstream ont lancé l’hallali contre le méchant FN . Mais la mobilisation fonctionne moins bien qu'en 2002, il faut dire que de l'eau a coulé sous les ponts depuis. La France vit désormais sous le régime de l'euro, elle en subit les conséquences. Et le FN n'est plus vraiment le parti repoussoir bien pratique qu'il a été durant les années 80-90. De fait si Marine Lepen perdra certainement au second tour, rien n'est encore joué sur son score . Et comme je l'ai déjà dit, c'est bien la préparation postélectorale qui compte. Une Marine Lepen avec près de 40 % au second tour sera plus à même de se présenter comme la seule vraie opposition au libéralisme Macronien, alors que ce sera plus discutable si elle peine à dépasser son score du premier tour comme son père en 2002. La population commence à bien comprendre y compris à gauche que le fameux Front Républicain© est en fait un front libéral contre toute alternative politique au libre-échange et à l'européisme. L'on aurait eu certainement le même type de déchaînement avec un Mélenchon contre un Macron au second tour. La teinture du Front aurait simplement changé de couleur avec un Front anti-bolchévique pour la liberté individuelle, ou quelque chose du genre.

 

Quoi qu'il en soit même dans la presse classique l'évidence de la fracturation du pays en deux camps diamétralement opposés devient évidente. Certains y voient la lutte de la France d'en haut contre celle d'en bas,d'autres un retour au clivage de 2005, d'autres enfin un retour de la lutte des classes. Mais c'est probablement notre bon vieux Todd à qui il arrive de sortir de sa torpeur cérébrale pour nous sortir une carte relativement parlante. Il s'agit comme vous pouvez le voir ci-dessous de la carte de l'industrie française en 1958. La comparaison avec les résultats électoraux de dimanche est relativement parlante. On y voit une France industrielle qui, on le sait, a été détruite en grande partie par le libre-échange et l'euro. Et de l'autre la France globaliste vivant de service relativement protégé du désastre. La seule exception étant la région parisienne qui n'a pas trop souffert de la désindustrialisation grâce à la captation du flux monétaire des échanges commerciaux et financiers. L'on sait cependant que ce n'est que momentané les déficits extérieurs français devant être à terme rééquilibrés. La purge libérale qui vient avec le concours de Macron et de l'Allemagne fera probablement rentrer la capitale dans le marasme généralisé que les élites autistes ont imposé depuis trente ans au pays. Paris ne pourra pas rester éternellement protégée des effets du libre-échange alors que l'on sait que la région parisienne est la principale source du déficit extérieur français.

 

A gauche résultat de 2017 à gauche proportion de l'emploi industrielle en France en 1958.

 

Pour revenir à l'élection en elle même, une étude de l'Ipsos vient d'être publiée et donne quelques données intéressantes sur l'élection. On constate notamment que Macron est le politique qui inquiète le moins l'électorat. C'est extrêmement étrange d'autant que François Fillon lui inquiète énormément ce même électorat. Il faudra m'expliquer la différence entre la politique de Fillon et celle de Macron en terme d'orientation macroéconomique, car en dehors d'une affaire de quantité les deux s'alignent sur les poncifs de la politique de l'offre. Cette opinion n'est à mon sens compréhensible que par le fait que les Français considèrent que Macron sera la continuité de François Hollande. Cependant qu'ils considèrent cela comme rassurant, peut inquiéter sur l'état de santé mentale de la population. Puisque par ailleurs Hollande est le président le plus impopulaire de l'histoire. Il faut aussi modérer ces chiffres, il ne s'agit après tout que d'une étude sondagière qui n'est pas nécessairement solide scientifiquement parlant. On remarquera par ailleurs que Fillon est considéré comme tout aussi inquiétant que Marine Lepen pour son programme. Étrange non ?

 

Autres données intéressantes, c'est la motivation derrière le vote des électeurs. Le tableau suivant indique quelle est la motivation principale qui a poussé l'électeur à choisir son candidat.

 

 

On voit très bien ici le caractère très solide du vote pour MLP. En effet, c'est elle qui a le soutien le plus fort de ses électeurs pour son programme et simultanément c'est elle qui sert le moins au calcul électoral. C'est exactement le contraire pour Macron qui est le candidat qui est le plus utilisé comme moyen de pression vis-à-vis des autres candidats avec près du quart de ses électeurs. Cela relativise encore plus le succès du poulain libéral. Plus étonnant Hamon arrive encore à avoir 18 % de gens qui votent pour lui par calcul malgré son score catastrophique. Nicolas Dupont Aignan quant à lui ferait bien de faire attention à l'avenir puisqu'il semble que près d'un électeur sur deux a voté pour lui par civisme et parce qu'ils ne trouvaient pas mieux ailleurs. Je lui laisse le soin de trouver une stratégie pour solidifier cet électorat à l'avenir.

 

 

Maintenant, intéressons-nous aux sujets qui sont jugés par les Français comme prépondérants. L'on voit tout de suite que l'économie et l'immigration sont au centre des préoccupations des Français. Le pouvoir d'achat arrivant en tête de gondole. Le paradoxe suprême est que la question Européenne, elle, ne se retrouve qu'en dixième position. Ce qui pourrait chagriner les eurosceptiques que nous sommes. Mais à y regarder de près rien n'indique ou n'explique si les français font le lien ou non entre les problèmes économiques, l'immigration et l'Europe. En fait le questionnaire est biaisé sur cette question puisqu'il a pris comme comme décision de séparer volontairement les deux. Peut-être pour mieux cacher l'euroscepticisme montant qui sait. Il aurait fallu une question plus précise sur le sujet pour se faire une idée réelle de l'état de l'opinion sur l'Europe et l'euro. Cependant la domination europhile dans les corps sociaux supérieurs, qui font et financent ce genre d'études, jouent naturellement contre ce genre d'analyse politiquement incorrecte. Il en va des études de l'opinion sur l'euro ou l'Europe comme du sujet de l'intégration et de l'immigration. Ceux qui étudient ces questions portent souvent des lunettes partisanes empêchant la nécessaire neutralité qui permettrait de produire des données objectives.

 

Quoi qu'il en soit si les Français continuent de différencier les problèmes européens des problèmes macroéconomiques du pays c'est qu'il nous reste encore du pain sur la planche pour leur faire comprendre qu'il n'en est rien. La poussée des partis eurosceptique tend quand même à penser qu'en pratique les gens ont bien conscience du lien même s'ils n'ont peut-être pas encore les idées claires sur ces sujets. Et comme nous l’avons vue, la peur du changement est probablement la dernière réelle motivation au blocage sur les questions européennes puisque les Français préfèrent souffrir avec Macron comme ils l'ont fait pendant 5 ans avec Hollande que de tenter autre chose. Loin d'être mouvement de marche en avant le mouvement de Macron a surtout l'intérêt pour les électeurs d'être un immobilisme. Il faudrait rebaptiser En Marche, le mouvement stationnaire.

 

 

Pour terminer sur l'enquête de l'Ipsos, la majorité des Français ont trouvé la campagne inintéressante. On ne pourra pas leur donner tort, le fond des problèmes ayant rarement été mis en avant. On n'oubliera pas non plus les affaires et les manipulations de toutes sortes qui ont permis en grande partie de fausser l'élection. Mais à titre personnel ce ne sont pas les candidats le problème même si le niveau n'était pas terrible. Après tout la campagne de 2007 avec Sarkozy et Royale n'était-elle pas aussi au ras des pâquerettes ? C'est surtout la dérive des médias dont le manque de plus en plus criant de neutralité commence à faire tache. Le manque flagrant de pluralisme médiatique se fait vraiment sentir . Je dirai même que la possibilité qu'ont eue les « petits » candidats de parler de sujets transversaux peu discutés d'ordinaire a souligné l'effroyable pauvreté des débats habituels.

 

 

Pour terminer, voici un petit tableau assez drôle indiquant « l'efficacité » médiatique des candidats en rapportant le nombre de citations dans les médias au nombre de voix obtenues par le candidat à l'élection. Nicolas Dupont Aignan arrive largement gagnant devant Asselineau. Hamon est le moins efficace, mais il faut mettre cela sur le compte de la trahison formidable de son parti et de François Hollande. Macron arrive en tête des grandes têtes de la campagne avec plus de deux fois plus de citations par millions de voix que Marine Lepen ou Mélenchon. Cela devrait rassurer un peu ceux qui pensent que les médias dominent tout et fabriquent le futur gagnant de l'élection. La réalité est plus compliquée que ça. Je rajouterai d'ailleurs, que ces de chiffres ne prennent pas en compte la « qualité » de la citation. En effet, être cité dans un grand journal sur Le Monde ou sur TF1, et être cité sur un site obscur du web, il y a évidemment un effet médiatique complètement différent. Le nombre pur de citations n'indiquant pas du tout cette qualité, on peut sans trop se mouiller que Macron et Fillon ont eu une qualité de citation bien meilleure que NDA ou même Marine Lepen.

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 14:29

 

Deux ans sans écrire sur son blog, et voilà que le tenancier du Bondosage se met à faire l'apologie d'un candidat globaliste et ouvertement néolibéral. Aurait-il perdu la raison? Se serait-il fourvoyé avec une vieille rombière richissime lui volant sa lucidité habituelle et son innocente neutralité vis-à-vis de la lutte des classes ? Que t'est-il arrivé ? Le syndrome du centrisme béat et europhile t'aurait-il frappé ? Tu avais ta carte au PS et la trahison t’a semblé naturelle comme à tous tes condisciples ? Je vous rassure tout de suite. Si je pense que Macron est le meilleur candidat pour la France actuelle ce n'est certainement pas pour son brio, son smoking, son sourire ultra bright , ses idées approximatives, ou son appétence pour la gérontophilie. C'est bien au contraire parce qu'il me semble concentrer tout ce qui nous a conduits au désastre actuel qu'il est le meilleur candidat. Il est en quelque sorte la fusion de la droite néolibérale affairiste et de la gauche libertaire consanguine. Il est l'incarnation de ce duopole qui dirige la France depuis quarante ans, mais qui n'a jamais assumé ouvertement sa propre unité d'intérêt. Par la force des choses et la lente dégradation de leur pouvoir de séduction propre aux idéologies mortifères, les globalistes sont aujourd'hui contraints de fusionner ouvertement pour accéder au pouvoir.

 

Gardez bien en tête cependant que Fillon ou Hamon sont aussi des représentants de ce courant, mais qu'ils incarnent la mécanique d'essuie-glace qui a permis plus ou moins bien au système de contrôler l'apparence de démocratie en France. Voter Hamon, Fillon, ou Macron c'est voter pour le système globaliste dans tous les cas. Il n'y aura aucune différence une fois au pouvoir si ce n'est les éternelles distinctions sur les affaires sociétales sans intérêts autres que d'abuser un peuple au demeurant de moins en moins aveugle sur cette supercherie. Le Fillon faisant du patriotisme théâtral pour plaire à ceux qui pensent que le Gaullisme est affaire de superlatifs nationalistes, et de discours ronflants sur une indépendance factice faite de gesticulations verbales et de génuflexions économiques envers l'empereur germanique du SELG (Saint-Empire Libéral Germanique appelé aussi Union européenne pour les plus naïfs). Le Hamon ou le Macron distillant à l'envi leur vision communautariste de la France de demain toujours moins française, toujours plus diverse et toujours moins unie. Les communautaristes définissant la nation comme un agglomérat de communautés fermées unies entre elles par un pacte vénal. Il s'agit bien sûr là de la vision type Terra Nova qui est désormais l'unique programme en la matière qui sert d'orientation à la « gauche » dans sa quasi-totalité.

 

Il est trop tôt pour le souverainisme

 

Alors s'il n'y a guère de différence entre Fillon, Hamon et Macron, pourquoi vouloir voter pour Macron  et pas pour un candidat correspondant mieux à mes propres envies souverainistes et anti-UE ? Il y a deux raisons à cela. La première est d'abord qu'il y a objectivement peu de chance à l'heure actuelle pour qu'un candidat souverainiste gagne le second tour des élections. En l'occurrence, je parle évidemment ici de Marine Lepen. Elle n'est pas ma candidate favorite en matière de souveraineté nationale, mais elle défend tout de même plus que partiellement cette orientation. Elle est malheureusement de loin la candidate souverainiste qui a le plus de chance d'accéder au second tour. On peut le regretter, on peut sauter comme un cabri sur sa chaise en disant que c'est trop injuste, mais c'est ainsi. Le FN récolte les effets du néolibéralisme globaliste essentiellement parce qu'il était le premier dans l'esprit de la population à en faire ouvertement son ennemi. Les souverainistes de droite ou de gauche sont arrivés trop tard. L'histoire eut été probablement différente, si une partie de la gauche avait ouvertement rompu avec le PS lors de la forfaiture de 2005, mais il n'en a rien été. On ne refait pas l'histoire. De fait, le FN se retrouve comme étant le principal porte-étendard de l'indépendance nationale. Au second tour sa trop forte orientation clivante sur des sujets comme l'immigration l’empêchera de prendre le pouvoir. Tout du moins, ceci est encore valable pour cette élection.

 

Ajoutons à cet argument de la non-éligibilité potentielle du FN le fait qu'on ne voit guère comment ce parti pourrait ensuite avoir une majorité pour gouverner. Les mésaventures de Trump devraient faire réfléchir ceux qui pensent que la montée au pouvoir d'un président anti-globaliste suffirait à faire reculer le système en place. En fait, non seulement il faut gagner les élections, mais il faut aussi casser tout espoir d'entrave aux globalistes. Même dans un pays où le président a de grands pouvoirs comme la France l’opposition pourra bloquer toute modification profonde du pays et de la politique générale. Sachant que par ailleurs il nous faudra affronter les intérêts de la puissance germanique et les institutions européistes un semblant d'unité nationale est préalablement nécessaire à cette ambition. Sans quoi nos adversaires useront de toutes les ficelles possibles, même les pires, pour empêcher le gouvernement souverainiste d'arriver à ses fins. Pour gagner, nous devons au préalable affaiblir et délégitimer le globalisme y compris chez les classes sociales les plus enclines à voter encore pour lui. Or le meilleur moyen de parvenir à cela est l'application de la théologie néolibérale en elle même. On ne le dira jamais assez, les néolibéraux sont leurs meilleurs ennemis. Tant leurs thèses et leur idéologie sont à l'inverse de ce qu'il faut faire et penser pour redresser la situation.

 

La seconde raison découle en grande partie de la première hypothèse. Puisqu'il n'y a pratiquement aucune chance pour qu'un candidat de la rupture réelle avec le globalisme puisse monter au pouvoir lors de cette élection, et qu'en plus cela pourrait être mauvais pour ce mouvement à long terme, il nous faut fonder une stratégie permettant de maximiser un rebond souverainiste pour les prochaines élections présidentielles. C'est de cette hypothèse-là que découle mon choix pour Macron. Ce candidat comme je l'ai expliqué précédemment est un candidat de rassemblement. Je ne parle pas ici d'un rassemblement de toute la France contrairement à ce que baragouine lamentablement le candidat d'En Marche. Il s'agit surtout du rassemblement de toutes les forces globalistes que compte le pays. Il sera l'aspirateur idéal de tous les parasites du globalisme, il a d'ailleurs commencé à aspirer les moins résistants des représentants de LR à l'image d'Estrosi, tout en ponctionnant le PS et le Modem. Il faut dire que l'appel de la gamelle est toujours plus fort que l'appel de la patrie chez les partisans du patriotisme d'apparat. Ces derniers montrant l'accointance et la forte ressemblance programmatique et dogmatique entre LR, le Modem ou le PS. Une fois Macron élue, son mouvement entraînera probablement la mort de ces trois partis et mettra fin à la fragmentation fictionnelle qui a nourri les diverses alternances de ces quarante dernières années. L'élection de Macron aura l'immense mérite de clarifier la situation électorale pour mettre en exergue la vraie opposition de notre temps qui n'est pas entre droite et gauche, mais entre globalisme et souverainisme. S'il y a une bonne chose qui est apparue lors de cette campagne c'est unification des forces globalistes.

 

Il est donc impératif que le mouvement en marche termine cette démarche d'unification par l'élection de Macron. En effet si Fillon ou Hamon arrivent à gagner nous repartirons à nouveau vers un phénomène classique d'essuie-glace avec une nouvelle alternance potentielle aux prochaines élections. Le candidat de fausse opposition pouvant encore paraître comme opposant au méchant Fillon. Ce cirque qui dure depuis Mitterrand doit cesser et Macron est le meilleur candidat pour y mettre fin involontairement.

 

L'hypothèse Mélenchon, le pire des scénarios.

 

Vous remarquerez que je n'ai pas encore parlé de l'autre alternatif qu'est le candidat Mélenchon. Ce candidat est actuellement la lumière montante si l'on en croit les sondages. Mélenchon dépassant sur sa gauche le PS. À en croire Jacques Sapir ce dernier est un souverainiste tout comme le FN ou le parti de Nicolas Dupont Aignan. Je reste éminemment sceptique sur cette affirmation. Le fait que le parti de Mélenchon a comme électeurs potentiels des résidus du PS et de l'extrême gauche ne prête guère à l'espoir dans cette direction. D'autre part, la sortie de l'UE ou de l'euro n’est chez eux que des hypothèses de travail secondaire. L'affirmation d'une 6e république par exemple n'est-il pas le signe d'une fuite potentielle vers des leurres programmatiques postélectoral ? Sortir de l'UE et de l'euro nécessite une foi inébranlable dans la nation et une priorité absolue sur cet objectif. Toute dispersion n'est que perte de temps et mise en danger de l'objectif en lui même. Mélenchon en homme de gauche peut-il réellement faire passer l'intérêt national avant ses croyances idéologiques ? L'expérience d'autres pays montre plutôt une abdication générale des gauches lorsqu'il s'agit de rompre avec le néolibéralisme. De fait, l'élection éventuelle d'un Mélenchon pourrait détruire pour une très longue durée le changement réel. En montant au pouvoir puis en rompant ses promesses à l'image de Syriza en Grèce, il pourrait hypothéquer pour longtemps l'alternative réelle. Ensuite, rappelons que comme pour Marine Lepen il sera difficile d'obtenir une majorité. Des compromissions pour gouverner seront nécessaires. Compromissions qui se feront sur l'essentiel si l'on se fit à l'historique du bonhomme même si ce dernier fait semblant d'avoir changé. Je ne crois donc guère au candidat Mélenchon et je pense même qu'une hypothèse Lepen/Mélenchon au second tour serait le pire des scénarios.

 

Préparer l'après Macron dès la fin de l'élection

 

Au demeurant, mon vote pour Macron est abominablement machiavélique. J'ai tout à fait conscience des innombrables souffrances que provoquera le candidat d'En Marche une fois au pouvoir. Son programme est celui du Medef et de Pierre Gattaz avec comme seul horizon le néant de la réduction éternelle des déficits publics, et la dette perpétuelle parce que non remboursable dans le cadre du néolibéralisme. Le massacre du Code du travail, la destruction des derniers restes de l'état providence provoqueront une explosion du chômage et de la précarité sans résoudre la question du déficit commercial. Macron réussira peut-être même à privatiser la santé et l'éducation comme en rêvent les plus cinglés des néolibéraux à l'image des pitoyables Madelin et Minc. Le fait que ces politiques n'aient jamais marché nulle part ne les inquiète pas. Cela fait longtemps que la raison a disparu du camp libéral. L'implosion de l'économie française pourrait même faire imploser l'euro sans l'intervention du camp souverainiste. Les néolibéraux sont assez grands pour détruire leur propre édifice comme des grands. Avouons qu'une telle hypothèse est plus séduisante même si l'implosion de l'euro dans le désordre ne serait pas des plus sympathique sur le plan macro-économique.

 

Il n'est pas encore venu le temps du souverainisme en France, il est encore trop tôt. Le corps électoral n'est pas près quand bien même il semble s'y éveiller. La France n'est pas la Grande-Bretagne ou les USA. L'état y protège encore les dormeurs éveillés qui pensent que l'euro et l'Europe c'est chouette tout en se plaignant du chômage et de la précarité montante. La poussée de Mélenchon tend à montrer que l'électorat n'est pas prêt . L'Europe on y croit plus assez pour la fêter, mais on y croit encore trop pour en sortir. Tel est la situation actuelle. Les souverainistes plutôt que de rêver, l'impossible ou le dangereux à court terme feraient mieux de préparer l'après-élection de Macron. Ce dernier montrera l'inanité de ses idées et de son programme dès le lendemain de l'élection. Il faut impérativement que les souverainistes, les vrais, se rassemblent pour montrer qu'ils sont sérieux et qu'ils préparent la seule et véritable alternative qui soit, celle qui implique le retour de la souveraineté nationale. De sorte que nul doute ne puisse subsister lors de la prochaine élection en 2022. Peut-être plutôt si le pays se retrouve bloqué par la magie du Macronisme révolutionnairement passéiste. Pour cela il faudra faire fi des différences programmatiques secondaires. En un sens, le petit candidat Asselineau, dont je n'ai pas encore parlé, a raison de se concentrer sur la sortie de l'UE et de l'euro. Mais c'est après l'élection et en oubliant ses ambitions personnelles que l'on pourra valider une telle stratégie même si cela veut dire une alliance avec le FN. Le camp globaliste a clarifié la situation en s'unifiant derrière l'incarnation du vide qu'est Macron. C'est au camp souverainiste de s'unifier ensuite.

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 21:52

614_image-02.jpgLa débandade de la gauche à l'élection municipale vient donc de produire sa première conséquence à travers le changement gouvernemental. Et comme à chaque cycle électoral le pouvoir en place fait croire à un changement en replaçant les hommes avec en arrière cours une stratégie purement électoraliste en ligne de mire. On change les hommes pour ne pas changer de politique, voire au contraire pour affirmer encore plus la direction prise. Il ne fait guère de doute que l'arrivée de Valls, le carriériste girouette, au pouvoir ne risque pas d'améliorer la situation du pays. L'homme a plus d'amour pour sa propre personne que pour son pays c'est un Sarkozy socialiste pour le dire crument. Il parle souvent le langage de la république tout en violant régulièrement les principes mêmes de celle-ci. Mais peu importe de toute manière que Valls ou un autre clown du PS ou de l'UMP soit au pouvoir, la grande décadence libérale ne peut plus être stoppée produisant des esprits grégaires et incapables de diriger le pays autrement qu'en répétant inlassablement les mêmes erreurs. Il y a la crise parce qu'il n'y a pas assez de libéralisme, ou d'Europe. Peu importe les faits contraires, l'effondrement des pays dans lesquels ont été appliquées avec rigueur les solutions néolibérales. Il faut toujours plus de baisses des salaires, des taxes de l'état, etc. On connaît la chanson. C’est la même ritournelle depuis quarante ans et oui déjà, mais qui s'en soucie ? Pas le parti socialiste en tout cas.

 

Un communicant vociférant ne changera rien au destin du pays. D'ailleurs, l'on s’aperçoit à l'occasion ou l'on fait mine de s'apercevoir que l'électorat du PS ce sont surtout les bourgeois aujourd'hui. Ce qui explique la bonne tenue de celle-ci dans de grandes villes comme Paris. Les pauvres et les ouvriers votent désormais clairement pour le FN même si cela ne réjouit pas certains alternatifs comme mon collègue Laurent Pinsolle qui n'en finit plus dans l'art de l'euphémisme pour minimiser les scores du FN. Rappelons tout de même que le FN n'a jamais vraiment été un parti implanté et que le changement de direction du parti de Marine Le Pen porte des fruits extrêmement rapidement. Mais comme nous le verrons, le changement de direction pour transformer le FN en parti de gouvernement ne sera pas sans causer de friction interne.

 

L'UMP et le PS bourgeois contre le FN prolétaire.

 

Dis-moi qui vote pour toi et je te dirais qui tu es. Si l'on peut convenir que le FN fut à la base un parti raciste. On ne peut pas affirmer comme beaucoup le font que la montée du FN représente un risque pour la démocratie. En réalité ceux qui commettent ce genre de raisonnement n'ont guère compris le sens même du mot démocratie. Ce n'est pas aux hommes politiques d'imposer les débats ou ce qui est autorisé dans l'expression publique. Il est d'ailleurs étrange que dans un pays si soucieux de démocratie comme la France on ait autant recours à la censure. Même Tweeter s'est étonné que la France soit le pays où il y a le plus de demandes de censure. La liberté d'opinion et d'expression n'est-elle pas la base d'un débat rationnel et démocratique?Car c'est très exactement ce type de comportement qui est l'un des fondements du fascisme tant décrié par ailleurs. Sinon le fascisme en France est essentiellement imaginaire pour la bonne et simple raison que la nature même des comportements individualistes français interdit ce type de mouvement. La censure permanente voulue par le pouvoir politique a même tendance à fortement agacer la population. On ne crée pas un parti fortement autoritaire avec un peuple d'anarchistes latent. Mais comme l'a noté le blogueur Descartes sur son blog en citant un poème de Constantin Cavafy, c'est bien pratique d'avoir des fascistes ou des barbares imaginaires à nos portes cela permet petit à petit d'imposer des politiques en manipulant des fantasmes. Surtout que lorsque l'on ne peut pas vraiment censurer on dénigre, on calomnie, on amalgame. Quoi ? Vous être contre l'immigration de masse, vous êtes un raciste. Vous être contre l'UE vous êtes un facho. Vous êtes contre le libre-échange, vous êtes un communiste (remarque généralement faite par des gens qui ne connaissent rien au communisme vraisemblablement). Sauf que comme pour tout mensonge il ne doit pas trop être employé sous peine de perdre de son efficacité. Nos Goebbles de l'antifascisme systématique ont scié la branche sur laquelle leur démarche de rhétorique était assise. Peu de Français marchent encore dans la combine hors des lieux bien pensants de la bourgeoisie ou des milieux étudiants bon teint.

 

Il y a même fort à parier que maintenant ce discours arriverait même à rendre sympathique de vrais racistes aux yeux du grand public. C'est un effet contre réaction, quarante ans de propagande finissant par se retourner contre leurs auteurs, les rendant non crédibles même lorsqu'ils ont raison, rarement toute fois. L'affaire Dieudonné fut d'ailleurs assez symptomatique de la chose. L'humoriste médiocre s'est ainsi transformé en dissident politique grâce à l’extraordinaire absurdité des actions et des discours de Valls et son appel à l'antiracisme. Valls a en effet transformé Dieudonné en héros de la liberté d'expression alors qu'il est juste con et paranoïaque. Miracle des temps modernes de la communication et de l'obsession médiatique de nos dirigeants. C'est la même chose avec le FN. « Conspué pendant tant d'années, il ne doit pas être aussi mauvais », se dit le français de base devant l'invraisemblable nullité des dirigeants français. Si le FN a eu comme utilité au départ de dénigrer un patriotisme qui gênait à la fois la gauche pour des raisons idéologiques et la droite patronale pour des raisons bassement financières, l'animal semble aujourd'hui échapper à ses maîtres. Et il serait à mon sens dommageable de ne pas voir la mutation qui s'opère maintenant et qui est aujourd'hui malheureusement l'une des dernières possibilités pour le peuple de France de se sortir du piège dans lequel les eurolibéraux l'ont mis. C'est que peut-être les Français ne tiennent finalement pas tant que ça à disparaître.

 

 

La mutation possible du FN

 

Il faut bien comprendre que les partis politiques ont des dynamiques propres liées essentiellement à leurs composantes électorales. Si la gauche française est devenue une droite qui ne s'assume pas, ce n'est pas uniquement pour des raisons idéologiques. Il y a bien évidemment quelque chose de pourri dans l'esprit de gauche que je résumerai à la contradiction fondamentale entre leur esprit de liberté et leur envie de solidarité. Une contradiction évidente puisque l'égalité et la solidarité ne peuvent exister que contre la liberté des plus riches et des plus puissants. La solidarité, la communauté d'esprit, d'intérêt général, ne peuvent pas apparaître spontanément dans l'auto-organisation des individus. C'est l'une des grandes contradictions de la pensée de gauche que de croire que par l'opération du Saint-Esprit les gens puissent converger vers un mieux-être général uniquement par le fruit du bon sens. Les bons sentiments sont à la gauche libérale, ce que le marché autorégulé est la droite libérale, un fantasme qui n'existe pas, mais qui rassure quant à la validité du modèle politique et économique. De fait, la haine que porte la gauche à l'autorité la conduit irrémédiablement au blocage dès qu'il faut mettre en pratique les grandes idées solidaires. Comment réduire les inégalités sans contraindre la liberté des plus riches par des frontières commerciales et le contrôle des capitaux ? Mystère, c'est la quadrature du cercle. L'incarnation de la solidarité et de l'égalité était la nation française par excellence, elle fut pourtant conspuée par la gauche au nom d'une solidarité internationale au format bien évasif. La lubie de gauche a montré sa complète inanité dans le projet européiste.

 

Bien peu de gens aujourd'hui s'accordent encore à donner du crédit à l'énième chant entonné sur l'Europe sociale. S'il existe encore de vrais gens de gauche dans ce pays, s'il en a existé un jour, qu'ils sachent qu'il leur faudra un jour trancher d'avec leur penchant libertaire et anti-autoritaire s'ils veulent ne serait-ce qu'un peu du retour à l'égalité et à la solidarité dans ce pays. Car la liberté qu'ils défendent ardemment pour tous permet surtout la très grande liberté pour les très riches et l'agonie économique pour le reste de la population. Si la gauche continue à favoriser les libertés individuelles contre l'intérêt général, qu'elle ne s'étonne pas de son agonie électorale, car d'autres ont compris que la liberté n'est qu'une idée sympathique qui accouche de la chienlit générale et de l'explosion des inégalités économiques et sociales. Lorsqu’elle défend la « liberté », la classe politique française défend essentiellement la liberté des plus riches, rien d'autre.

 

Pour en revenir à la question de l'évolution des partis politiques si les idées ont de l'importance, il faut bien admettre que ces idées ne sont acceptées que si elles correspondent à l'intérêt de la population qui les écoute. Ou du moins à l'idée que ces groupes sociaux se font de leur intérêt. Ainsi le communisme a peu de chance de plaire aux plus riches pour des raisons évidentes. De la même manière, il est évident lorsque l'on connaît le côté bourgeois de l'électorat écologiste que ces derniers porteront peu d'intérêt aux questions de l'égalité sociale. D'ailleurs, on parle peu d'emploi chez eux. Ce n'est pas un hasard si le premier parti écologiste de France est aussi un parti européiste et libéral. Ce qui entre parenthèses est une aberration intellectuelle. Même si individuellement certaines personnes peuvent sortir de leur condition sociale parce qu'ils sont des individus d'exception, la règle veut que les idées soient essentiellement concomitantes aux intérêts des groupes sociaux qui les défendent. Il peut arriver cependant que certaines idées puissent avoir des effets contraires aux intérêts des classes sociales qu'elle prétend défendre. C'est en quelque sorte les effets indésirés. Ainsi si l'euro est ainsi encore défendu par les cadres et les groupes sociaux momentanément avantagés par la mondialisation. Il ne fait aucun doute que ces classes moyennes aisées finiront par payer lourdement la facture. Les emplois qualifiés commençant à délocaliser fortement comme naguère ceux des ouvriers. 

 

Il peut également y avoir des idées qui sont juste des phénomènes révélant la croyance de chaque groupe social. Ainsi les idées n'ont pas directement d'effet sur les partis politiques, mais les changements sociaux au sein des partis politiques peuvent faire changer les idées dominantes dans ces partis. C'est parce que le parti socialiste et les partis de gauche en générale ont changé de structure électorale et sociale que les idées de ces partis ont fini par changer. Le PS a désormais un électorat immigré et bourgeois, ses préoccupations vont donc vers les idées compatibles avec ces électorats. Du moins vers les préoccupations que le pouvoir politique pense être celui de cet électorat. Il est d'ailleurs possible qu'il y ait une contradiction entre les préoccupations sociétales de la gauche bourgeoise et le conservatisme religieux d'une grande partie de l'électorat immigré.

 

 

Quoi qu'il en soit ce qui est vrai pour le PS, l'UMP ou le parti communiste l'est aussi pour le FN. Marine Le Pen ne fuit pas le pouvoir comme le faisait son père, elle le cherche au contraire et ne veut plus que son parti serve uniquement de vote de blocage pour la droite. L'instrumentalisation de Mitterrand avec le FN a fini par se retourner contre ses créateurs. Le FN devenant de plus en plus le parti de la contestation et de l'anti-euro-libéralisme. Ce qui est passablement drôle lorsque l'on connaît le reaganisme qui alimentait encore le FN il y a quelques années. Mais si cette contestation était jusqu'à présent stérile et bien pratique pour le pouvoir en place en permettant de diaboliser les idées alternatives comme le protectionnisme, la sortie de l'UE ou le patriotisme. Il semble qu'au contraire le FN réintroduit petit à petit ces idées dans le débat public. En essayant de peser plus dans les élections pour atteindre le pouvoir Marine Le Pen sans trop s’en rendre compte transforme la démographie de son parti politique. Une transformation qui va nécessairement faire muter la sociologie et donc les idées à l'intérieur du Front National. C'est ainsi qu'une rupture se produira entre la composante de plus en plus minoritaire de la France racialiste anti-étatiste, et celle croissante qui veut surtout une France indépendante, prospère et plus égalitaire. Ce second électorat qui n'a plus de représentant depuis que la droite n'est plus gaulliste et que le communisme est mort peut se réincarner à l'intérieur du FN. Ce parti pourrait ainsi réussir sans le vouloir à faire ce que ni Seguin, ni Chevènement, ni le pauvre Dupont Aignan n'ont réussi à faire jusqu'à présent. Unifier les patriotes pour renverser la domination libérale. C'est évidemment un raisonnement un peu optimiste que je tiens ici. Mais il me semble plus crédible que le décollage de DLR, la mutation patriotique et eurosceptique de Mélenchon, ou la résurrection politique de Chevènement.  

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 16:16

Les-arguments-pour-une-Ecosse-independante_article_main.jpgUne information étonnante vient de passer sur le blog d'Olivier Berruyer. On apprend ainsi que 89 % des habitants de Venise seraient pour l'indépendance de leur ville et le retour à l'ancien temps de la grande république de Venise. Il s'agit d'une information qui serait passée comme secondaire et amusante dans une période normale, mais qui prend une tout autre dimension dans la situation dans laquelle se trouve le continent à l'heure actuelle. C'est comme si le destin s'acharnait à rappeler aux Européens qui pensaient être dans l'ère post-historique à quel point ils se sont trompés et à quel point l'hédonisme consumériste et libéral dans lequel nos peuples se sont enfermés les condamne à un retour brutal dans le monde réel. L'histoire se rappelle à nous. Nous qui voulions l'oublier et ne plus être des peuples pour nous affairer uniquement à nos amusantes vies individualistes sans esprit collectif. Las, il est fini le temps de la jouissance sans entraves et de la pensée facile et moralisatrice. Des nations et des peuples qui ont trop longtemps négligé l'essentiel se mettent souvent à dépérir. Ils meurent sans souvent comprendre d'où vient leur propre déclin.

 

Alors que l'Ukraine perd la Crimée avec un référendum. Résultat de la contre-réaction russe à l'ingérence infantile de l'occident. Voilà pour des raisons somme toute identiques que le risque s'étend à travers toute la vieille Europe de voir naître de nouvelles nations dans le découpage des anciennes. Et là encore, c'est bien souvent l'ingérence irresponsable de l'UE qui en est la cause. L'UE promouvant le plus souvent les régions pour mieux affaiblir les états nation. Croyant ainsi asseoir son pouvoir sur des pays désarticulés et désarmés entre le pouvoir économique octroyé à la commission européenne et le pouvoir régional légitimé par cette même commission. C'est qu'ils se croient malins les hauts fonctionnaires de l'UE en tout cas plus que la moyenne. En réalité, ils sont juste orgueilleux et ils manient des forces qui pourraient probablement se retourner contre eux exactement comme l'affaire ukrainienne s'est retournée contre ses investigateurs. Quel est donc l'intérêt d'être libre contre les vieilles nations, si c'est pour se retrouver enfermé dans le goulag géant de la construction européenne ? Si les indépendantistes locaux montent pour des raisons de souveraineté et de démocratie il y a fort à parier que sous la pression populaire ils se mettent également à rejeter les docteurs Folamour de l'UE qui les auront favorisés.

 

Peuple en recherche de la souveraineté perdue

 

Les cas se multiplient en Europe. De grandes régions historiques pourraient potentiellement devenir de nouvelles nations. Mon collègue Joe Liqueur s'inquiétait ainsi dans un texte récent de l’indépendantisme breton. Faisant des indépendantistes Bretons les jouets du néolibéralisme et des européistes voulant affaiblir la France jacobine. Bien que ne partageant pas l'amour du jacobinisme centralisateur je ne peux nier une certaine vérité à ces propos. Oui l'UE utilise les régions pour affaiblir les nations, mais n'y a-t-il pas derrière ces mouvements autre chose qu'une manipulation ? La question sera d'ailleurs bientôt renouvelée avec le référendum sur l'indépendance de l'Écosse en septembre prochain et nul doute que la question se posera également un jour en France. Voir resurgir des identités perdues au milieu de la construction européenne empreinte de gigantisme et d'une Europe rongée par son hubris pourrait à première vue paraître anachronique.

 

Alors même que l'on se pose la question de la fin des nations européennes devenues des succursales de l'empire américain. Alors qu'elles ne sont plus que des protectorats au mieux. Voilà que les irrédentismes régionaux nous explosent à la figure. Comment ne pas associé naturellement ce phénomène à la stratégie de division et de domination de l'empire américain et de ses sbires européistes ? Sauf que c'est leur donner en fait plus de poids qu'ils n'en ont et surestimer également leur intérêt dans la compréhension du monde tel qu'il va. Il ne faut jamais oublier que la décadence occidentale est le fruit de l'esprit libéral. Soit l'incapacité des individus à s'extraire justement de leur condition d'individu. Leur incapacité à voir au-delà de leur propre intérêt à court terme. Il n'y a nulle stratégie en Europe ou aux USA, qui soit autre chose que le flottement sur les eaux glacées de l'intérêt individuel à courte vue. La résurgence du régionalisme est peut-être simplement la résurgence du nationalisme tout court, mais qui s'exprime dans les conditions modernes.

 

C'est que les peuples d'Europe commencent à fatiguer de ne plus être des peuples justement. De ne plus avoir le droit de décider de leur avenir. Ce désir du retour dans l'histoire se traduit sous différente forme suivant les traditions locales. Comme le disait d'ailleurs à juste titre Emmanuel Todd qui faisait référence aux Japonais, face à la mondialisation les peuples font appel à leur histoire, à leur tradition. Ils font un retour en arrière pour souffler et contrecarrer en partie l'entreprise de démolition issue de l'impérialisme anglo-saxon d'essence néolibérale. Il y a probablement une part d'affect régressif dans l'amour abusif du terroir et du passé. Mais il y a aussi une recherche d'une réaffirmation de l'action collective. Une volonté de voir à nouveau le citoyen avoir du poids sur la destinée collective. Cette volonté de contrecarrer la dépolitisation voulue par les intérêts de la rente,des multinationales, et nourris par la culture libérale prend aussi la forme du régionalisme qui peut s'affirmer comme un nationalisme local. L'on voit d'ailleurs poindre ce type d'évolution au sein même du territoire impérial américain où la contestation du pouvoir économique de la haute finance et de sa mainmise sur l'état fédéral se voit opposer un indépendantisme chez certains états US.

 

On l'oublie souvent, mais la démocratisation de l'Europe qui a accompagné l'avènement des nations d'Europe moderne s'est faite en remodelant les frontières. Les vieux empires trop hétérogènes et incapables de défendre des intérêts divergents sur leur territoire se sont fragmentés alors qu'ils avaient vécu parfois pendant des siècles et apparaissaient comme immortels. Nous sommes peut-être dans les prémisses d'une nouvelle fragmentation du continent européen en de plus petites structures plus proche de la population. La construction européenne entrainant avec elle les nations historiques qui l'avait construite. L'idée que la taille est la seule chose qui compte est d'ailleurs battue en brèche par les faits puisque l'UE a accouché d'une impuissance collective sans équivalent dans l'histoire européenne. Et puis il n'est pas certain que la France ou l'Italie soit plus optimale que l'UE au final. En effet, ces États-nations ont eux-mêmes démoli certaines de leurs régions au nom d'un centralisme et d'une unification venté aussi à leur création comme une nécessité inéluctable. Que de régions dépeuplées et déclinantes dans la France moderne. La Creuse ou la Lozère sont elles heureuses de leur sort dans la domination française qui les a transformés en territoire vide? Au final l'on peut trouver autant de disparité en France qu'il y en a dans l'UE. Seules l'absence de conscience locale et l'acceptation de de la domination poussent ces régions et départements déclinants à accepter leurs sorts sans broncher. Rien ne dit que l'avenir n'appartiendra pas à un monde peuplé de petits états de la taille de la Suisse ou plus petite. L'histoire peut être surprenante. Cette dernière ne nous donne-t-elle pas d'ailleurs des leçons démocratiques à intervalle régulier dont les grandes nations feraient bien de s'inspirer?

 

 

Unité monétaire, unité nationale.

 

Il y a cependant quelque chose de surprenant dans ces mouvements indépendantistes locaux. C’est qu'ils sont souvent le fait de régions relativement prospère. L'on peut y voir ici à la manière d'Olivier Berruyer l'un des effets de l'individualisme et de la non-solidarité avec les régions pauvres. Il faut alors bien affirmer que ces régions indépendantistes comme bien souvent ont une image d'elles-mêmes et de leur prospérité complètement biaisée. En effet, comment ne pas remarquer que si elles sont riches en tout cas plus riches que leurs voisines à l'image de la Lombardie en Italie c'est que peut-être quelque part le système national les a favorisés. À l'inverse, les régions les plus pauvres des nations européennes font peu montre de velléité d'indépendance, persuadées probablement que la solidarité nationale est la seule chose qui les maintient encore en dehors du tiers-monde. C'est exactement comme à l'échelle de l'UE où l'on voit l'Espagne ou la Grèce continuer contre vents et marées à rester dans l'UE parce qu'elles sont persuadées que ce serait pire sans elle. Alors que dans le même temps la richissime Allemagne, qui bénéficie totalement de l'euro qui lui permet de piller ses voisins sans risque de représailles monétaire, s'est autopersuadée qu'elle ne doit sa prospérité qu'à son talent naturel. Et peut-être même aux gènes supérieurs de sa population qui sait ? Et l'Allemagne sera pourtant probablement la nation qui mettra fin à la fête alors même qu'elle en est la principale bénéficiaire de l'euro.

 

On ne saurait mieux ici décrire le phénomène bien connu qui veut que les hommes écrivent l'histoire sans bien comprendre quelle histoire ils écrivent. Ce que nous connaissons aujourd'hui en Europe, cette fragmentation liée à une monnaie unique sur un territoire fortement hétérogène c'est une histoire qui s'est déjà produite au sein même des états nations. Comme ne pas voir par exemple que l'unification monétaire italienne a détruit le sud de ce pays jadis prospère ? Comment ne pas voir qu'au final un pays comme la France a concentré toutes les richesses dans quelques villes et dans le bassin parisien ? Est-il normal que tout un tas de régions en France ne vive que des transferts de l'état comme des colonies dépendantes de la métropole ? La question de la fin de l'UE doit également être, une occasion de poser des questions plus profondes sur ce qu'est la démocratie ou encore comment doit fonctionner, une nation. L'UE n'est en fait quelque part qu'un Jacobinisme des temps modernes. À la différence près qu'à l'époque de la Révolution française il n'y avait ni internet ni les connaissances économiques et politiques actuelles. La critique de l'UE ne doit donc pas nous faire oublier les grossières erreurs qui ont tapissé la construction de nos propres nations et au contraire nous faire voir des solutions iconoclastes aux problèmes des inégalités territoriales. Inégalités qui si elles enflent trop finissent par mettre en danger la fameuse unité nationale tout comme l'explosion des inégalités met en cause l'avenir de la construction européenne.

 

 

Les mouvements indépendantistes qui apparaissent aujourd'hui en Europe ne sont en fait à mon sens qu'un appel à un retour à la vraie politique et à l'implication des citoyens dans le choix de leur destin collectif. Il vaut mieux vivre dans un petit pays où les citoyens ont le choix que dans un grand sans liberté politique. Tel semble être le mouvement de l'histoire. Et si la France demain est confrontée à sa propre dislocation, elle ne le devra qu'à un état qui n'agit plus dans l'intérêt de ses propres citoyens. Les mouvements locaux comme le vote FN expriment une volonté simple de démocratie face à un état de plus en plus ouvertement gouverné par les puissances d'argent.  

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 16:49

ukraine-poutine-jeu-echecs1.jpgAinsi donc, l'histoire semble ne jamais vouloir se terminer. À l'aune de l'affaire ukrainienne, comment ne pas rire des propos de Francis Fukuyama qui nous annonçait la fin de l'histoire dans les années 90 au moment même où la Russie semblait rejoindre le club des démocraties libérales d'occident. Emmanuel Todd lui-même s'était assez largement moqué de cette pensée même s'il avait finalement rejoint l'idée en mettant un sens de l'histoire mue par la hausse progressive du niveau scolaire comme moteur. Cette hausse du niveau scolaire devait d'après Todd faire converger en partie des nations en faisant augmenter l'individualisme et l'attachement aux libertés individuelles. C'était dans « Après l'Empire ». Œuvre majeure de Todd, mais au combien fausse sur bien des plans. Todd n'avait ainsi pas prévu que l'Europe occidentale s'effondrerait à son tour dans le maelström du libéralisme total. Le déclin de l'empire concernait finalement aussi la vielle Europe. Alors que Todd voyait à l'époque se confronter la puissance en déclin des USA avec une Europe qui l'aurait en quelque sorte remplacée. Au final, ce que Todd ne pensait pas qu'il adviendrait est finalement arrivé. On peut aujourd'hui vraisemblablement décrire l'occident comme un système oligarchique inégalitaire et violent déclenchant de multiples conflits à travers le monde pour maintenir ses prétentions et ses équilibres internes. Les USA loin de s'être affaiblis ont au contraire totalement pris le contrôle du continent européen par l'entremise de leur machine de corruption. Le fait est que la France, jadis nation indépendante, s'est aujourd'hui muée en sous-fifre des USA. Et la mutation est totale puisque l'alignement géopolitique s'est même aggravé avec le remplacement de Sarkozy l'américain par Hollande encore plus atlantiste.

 

Cette mutation qui voit l'UE se transformer en extension du pouvoir impérial US n'est cependant pas une grosse surprise pour quiconque s'est un peu intéressé à l'histoire de la construction européenne. Mais il est tout de même surprenant de voir à quel point les pays de l'UE sont attachés à l'abandon total de toute forme de souveraineté. Les élites européennes se comportent comme si finalement il était infiniment plus intéressant pour elles de n'avoir aucun pouvoir que d'exercer celui-ci. Todd voyait l'attraction du modèle inégalitaire américain des élites du monde comme un des effets du blocage des niveaux scolaires des strates supérieures. Les élites scolaires bloquées à environ 20 à 30 % de la population réintroduisant la notion d'inégalité là où l'instruction de base généralisée avait laissé une société plutôt égalitaire. De fait, l’Amérique des années 2000 était devenue le champion de l'inégalité dont le modèle se devait d'être imité non pour son succès économique très relatif, mais pour ses capacités inégalitaires. Dans cette perspective la France et sa doctrine républicaine égalitaire ne pouvaient qu'être rejetées par des élites, y compris les siennes. Si l'explication est séduisante et répond en partie à l'étrange orientation inégalitaire des peuples avancée où partout se dégrade la démocratie, cela n'explique cependant pas pourquoi on assiste à une décomposition du pouvoir politique plus qu'à un retour à l'ancien régime. Et c'est l'opposition avec la Russie qui démontre en partie cette décomposition.

 

La décadence d'homoéconomicus, le jouisseur immédiat et collectivement irresponsable

 

Je dois admettre que le lien entre accroissement du niveau scolaire et hausse de l'individualisme m'a toujours paru peu fiable même s'il s'agit d'une des bases de la théorie toddienne. J'ai toujours plus vu l'individualisme comme l'axiome des civilisations d'occidents que comme le résultat de la hausse du niveau scolaire. De fait, il ne me semble pas que la hausse du niveau scolaire ait réellement entamé le nationalisme nippon. Pas plus qu'il ne semble le faire en Corée du Sud pays au niveau scolaire extrêmement élevé et bien peu individualiste. Je ne parlerai pas de la Chine où l'ombre d'un abaissement du niveau de nationalisme n'est même pas visible malgré une prodigieuse ascension du niveau scolaire. De fait, il me semble que beaucoup de peuple et de pays semblent résistants à la décadence libérale occidentale, des pays où pourtant la transition démographique et scolaire est tout aussi avancée que chez nous. Il y a bien sûr l'explication des structures familiale, mais cela ne me convainc pas plus de l'automatisme qu'il y aurait supposément entre hausse du niveau scolaire et hausse de l'individualisme. Je vois bien plus l'effet culturel de l'influence des modes de consommation. Sans parler de l'effet à long terme de la pensée cartésienne elle-même, qui segmente et compartimente la réalité dans l'esprit des individus. Comme le disait Keynes, il ne faut jamais sous-estimer les effets des idées même anodines à long terme, elles peuvent restructurer des sociétés entières à l'image du christianisme sous l'Empire romain. Le libéralisme mène sa propre vie et ne voir dans la domination de cette idéologie que le simple effet de la hausse des niveaux scolaire ne me semble pas vraiment pertinent. De toute façon, le fait est que, quelle que soit l'origine de l'explosion de l'individualisme celui-ci a bel et bien un effet politique et macroéconomique en occident.

 

J'ai souvent parlé sur ce blog des effets néfastes sur le plan macro-économique. Le principal problème étant l'incapacité des individus à penser la société comme un mécanisme collectif dans lequel chacun est à la fois bénéficiaire et créateurs du bien commun. L'individualisme pousse au contraire la population à se comporter comme si toutes ses propres actions, ses propres gains, n'étaient dues qu'à son propre travail et à son propre talent. L'une des conséquences est la multiplication des discours poujadistes traitant tel ou tel groupe responsable de tous les maux des fonctionnaires, aux immigrés, en passant par les jeunes, les vieux, les femmes, etc. L'individu occidental sait bien mettre en valeur ses propres mérites, mais ignore parfaitement ce qu'il doit aux autres. L'on pourrait ici rapprocher ce comportement économique lié à la culture libérale, des comportements sur le plan affectif. Tout comme l'individu libéral devient irresponsable sur le plan social et économique, il le devient également d'un point de vue familial. Préférant son propre plaisir à l'effort de se plier à l'exigence que nécessite la vie collective. L'instabilité des familles modernes est un exemple frappant de cette évolution culturel. Du célibat généralisé aux divorces multiples, en passant par les enfants rois qui manquent singulièrement d'autorité parentale. L'individu roi du monde occidental moderne n'en finit pas d'avoir des conséquences collectives désastreuses. On peut parler ici d'une culture littéralement mortifère puisqu'elle détruit la capacité même de la société à transmettre les valeurs qui lui permet de se perpétuer. On juge souvent la France comme un avion sans pilote, mais c'est également le cas de tous les grands pays d'occident y compris l'Allemagne. Mais l'origine de ce phénomène n'est pas dans le capital, ou la corruption, c'est confondre à mon sens les symptômes du mal et sa cause. C'est lié essentiellement à la culture profondément individualiste qui pétrit notre population et nos élites.

 

La Russie révélatrice de la faiblesse occidentale

 

On pourrait presque dire de l'occident qu'il est aujourd'hui une civilisation en perdition, un bateau ivre qui navigue au milieu des flots sans savoir où il va. Cette réalité est l'arrivée à complétude d'une culture qui nie toute forme de relation collective et de lien social. Une civilisation qui depuis deux siècles n'a cessé de rire et de dénigrer toute forme de contrainte s'appliquant à l'individu. Bien évidemment, cette culture libérale a mis du temps pour chasser les anciennes formes de pensée. L'esprit de groupe résultant de la foi religieuse, nationale, et autre, a longtemps empêché l'arrivée à complétude du projet libérale. Et l'homoéconomicus ne fut longtemps qu'une élucubration fantasmagorique. Mais force est de constater que nous arrivons finalement au bout de la course et que la culture libérale a maintenant réellement triomphé de toutes ces résistances. L'individu est tout, la société n'est rien, tel est le nouveau credo. Malheureusement, les premiers effets semblent confirmer la non-viabilité de cette nouvelle culture occidentale. La crise économique est l'apparence matérielle de cette crise mentale qui détruit nos sociétés, tous comme l'adulation de l'inégalité. Mais c'est sur le plan géopolitique que l'individualisme occidental semble bien donné toute sa force autodestructrice.

 

L'affaire ukrainienne a ceci de particulier qu'elle se trouve à la croisée de plusieurs champs de crise à la fois. D'une part la crise économique de l'Europe de l'Ouest qui n'en finit pas de pratiquer des politiques économiques contraire au bon sens collectif le plus élémentaire. S'affairant à piller encore plus les pays les plus faibles selon le principe inverser de la solidarité qui doit d'abord aider le plus faible. Ainsi l'UE qui porte le boulet incommensurable d'une monnaie absurde et idéologique, ajoutent à sa peine les effets délétères d'une pratique qui consiste à détruire les plus faibles plutôt que de les aider à s'en sortir. On voit en Grèce et en Espagne les étranges effets de la solidarité par le pillage généralisé. Ce comportement ne choque pourtant personne en haut lieu et pourtant aider les pays en appauvrissant leur population au nom de critères abstraits est un oxymore évident. Mais nos technocrates sont à l'image de leur comportement hautement individualiste, pour eux les pauvres sont pauvres parce qu'ils le méritent. Et les riches ne le sont que par leur talent. Il s'agit là d'un des piliers de la culture libérale après tout. Pourquoi s'étonner de sa résultante collective ? C'est en partie l'aide empoisonnée de l'UE qui produit ses effets secondaires en Ukraine. L'affaiblissement de la position de l'occident dans ce pays et le partage de sa population sur l'orientation ou non vers l'occident, tient en grande partie à l'échec constant des politiques économiques de l'Ouest et à sa vision libérale de l'économie. Une partie des Ukrainiens a probablement peur d'être « aidée » par l'UE comme les Grecs l'ont été. On ne saurait leur en vouloir d'hésiter à prendre les potions amères de l'occident qui transforme des pays développés en pays du tiers monde. En ce sens, il est encore étonnant de voir des Ukrainiens vouloir rentrer dans l'UE. Tout comme il est étonnant de voir encore d'autres peuples vouloir adhérer à ce glacis macroéconomique.

 

L'autre champ de crise de l'Ukraine est la contrainte énergétique. Nous le savons, les énergies fossiles s'épuisent. Il s'agit là même de la grande contrainte qui va peser sur les affaires du monde pour les 20 prochaines années. Or il se trouve que si l'Ukraine n'a pas de ressource elle est cependant le passage obligé du gaz russe. L'interdépendance évidente des intérêts de l’Europe de l'Ouest avec la Russie est niée par un raisonnement en tranche saucissonnée. Les individualistes dirigeants l'Europe oubliant ce léger détail dans leur grande inconséquence à provoquer l'ogre Russe. Et les menaces économiques sont juste risibles, la coupure de gaz aurait des effets bien plus immédiats que les rétorsions économiques européennes. D'autant que la Russie pourra toujours s'appuyer sur la seule superpuissance industrielle réelle à savoir la Chine. Le manque de responsabilité sur les questions énergétique est d'ailleurs largement démonstratif du peu d'intérêt que porte nos élites sur le futur collectif de leur nation. Y a-t-il seulement une personne dans nos ministères pour se demander comment fonctionneront nos armées sans pétrole ? Sur ces questions comme sur toutes les autres c'est l'intérêt individuel qui prime. On parlera d'écologie pour sauver la planète parce que ça plait au public. On dira stupidement que l'on va arrêter le nucléaire même si c'est totalement irresponsable, mais ça plait à la presse. Et on ignorera totalement les alternatives réelles, parce que tout le monde s'en fiche. Sur les questions énergétiques comme sur l'écologie, le discours public est rétréci au simple dictat de la communication et de l'intérêt personnel des élites individualistes d'occident.

 

Enfin dernier champ de crise, le champ culturel. Nous avons affaire à un véritable choc de culture entre la Russie et l'occident. Un choc qui va bien au-delà de la simple altercation géopolitique. Après tout des altercations il y en a toujours et il y en aura encore. Mais ici ce choc est caractérisé par l'absence totale de réflexion collective de la partie occidentale qu'elle soit européenne ou américaine. On a eu l'impression que les Russes étaient seuls. Littéralement. L'occident passant son temps a lancé des menaces sans queue ni tête pendant que la Russie fit une démonstration de force physique. Il se trouve que par un étrange concours de circonstances la vieille Russie est aujourd'hui le dernier bastion en Europe de la grande politique, celle que nous pratiquions nous même il y a quelques décennies seulement. Une politique qui peut bien évidemment être critiquée, fausse, et cynique, mais une politique cohérente et pensée. En face de cela l'occident semble n'agir sans aucune espèce d'intelligence, sans la moindre parcelle de pensée collective. Cela vaut également pour les USA, la puissance droguée à l'impression monétaire et dont l'économie est un casino géant vivant à crédit vis-à-vis de l'extérieur. Les Occidentaux font maintenant de la géopolitique comme ils font de l'économie, par un amoncellement de mesures incohérentes dont le seul fil directeur est l'intérêt à court terme des dirigeants politiques eux-mêmes.

 

On comprend dès lors pourquoi Poutine dérange. Angela Merkel a eu cette étrange réflexion en disant du président russe qu'il vivait dans un autre monde. Qu'il avait perdu tous sens des réalités, mais de quelle réalité parle telle la chancelière allemande ? De cette réalité qui fait que l'Allemagne détruit commercialement ses voisins et qu'elle organise sa propre extinction démographique sans que cela ne semble le moins du monde inquiéter les élites du pays ? Une Allemagne qui fait une course à l'excédent commercial sans se soucier des conséquences macroéconomiques ? On se demande effectivement dans quel monde vivent les élites d'occident. Et effectivement, voir un dirigeant agir pour d'autres considérations que sa propre réélection et pour son image médiatique doit avoir de quoi choquer un esprit purement libéral et individualiste. En fait la Russie vient de donner un choc du réel à nos élites. Elles semblent entrapercevoir le déclin des sociétés dans lesquelles elles vivent sans vraiment comprendre qu'elles en sont responsables. Mais rassurons-nous, elles auront vite fait de retourner à leurs occupations si importantes du mariage gay aux atermoiements sur l’archaïsme du système social français. D'ailleurs, la commission européenne vient de mettre sous surveillance la France. Elle dépense trop et ne fait pas assez d'efforts pour résoudre ses grands déséquilibres. À quand la potion grecque pour la France ? En attendant, la Russie continuera à améliorer sa situation économique et à faire de la grande politique pendant que nos élites continueront à détruire leur nation pour sauver leurs postes politiques et leur petit intérêt particuliers. Rira bien qui rira le dernier. Avec de la chance dans quelques années les chars russes iront jusqu'à Paris et il n'y aura vraisemblablement plus grand monde pour s'y opposer.

 

 

 

 

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 16:45

Flag_of_Europe.svg.pngLes élections municipale et européenne approchant les Français sont encore appelées à légitimer un pouvoir dont on sait pertinemment qu'il n'a plus aucune influence réelle sur les événements en cours.Les politiciens français n'ayant cessé, depuis quarante ans, de déplacer tous les leviers de pouvoir vers des lieux le plus éloignés possible de l'influence des électeurs et des citoyens. L'illusion démocratique aura cependant duré plus d'une génération. Et l'on peut dire sans trop se tromper que la démocratie française est morte dans l'opinion publique en 2005 avec la non-prise en compte du rejet du TCE par les élites politiques du pays. Depuis lors, nous faisons tous semblant de vivre en démocratie. On parle toujours de journaux et non d'organisme de propagande. On parle d'intérêt général là ou il n'y a qu'un amoncellement d'intérêts mafieux. On parle encore de débats lorsque l'on invite que des gens qui sont d'accord sur tous et surtout de la nécessité de ne rien changer au non de l'intérêt supérieur de la rente et de la finance. Le président Sarkozy puis Hollande ont fait semblant de réformer le système bancaire, comme ils ont fait semblant de lutter contre le chômage et la misère qui s'étend. Tout comme Montebourg fait semblant de lutter pour l'industrie du pays. La novlangue qui sert aujourd'hui de verbiage à nos élites aurait d'ailleurs de quoi éblouir ce pauvre Orwell. La réalité dépassant largement la fiction.

 

Au fur et à mesure, les Français semblent cependant enfin se rendre compte que leur démocratie n'est plus qu'une coquille vide. Enfin pour les moins dépolitisés d'entre eux. Une voiture qui s'élance à deux cents kilomètres-heure sur l'autoroute avec un mur en face et un conducteur qui s’échine à régler l'orientation du rétroviseur au lieu de freiner des quatre fers. Et au milieu de cette désespérance collective, l'on continue à appeler les gens à voter pour des pouvoirs fantoches. C'est dans ce contexte que l'on trouve de plus en plus de gens pour prôner l'abstention. C'est ainsi que la gauche la moins bête, celle du MPEP dirigé par Jaques Nikonoff, prône l'abstention massive aux prochaines élections européennes. Tout comme Emmanuel Todd qui appelait lui aussi dans Marianne à l'abstention aux Européennes pour délégitimer ces élections. Soit. Mais devrait-on ici rappeler que le parlement européen n'a guère de pouvoir ? La dernière affaire des OGM où la commission a contredit de force l'avis de ce parlement fantoche ayant largement démontré où se situer le pouvoir. Je ne vois pas en quoi délégitimer l'Europe antidémocratique pourra en quoi que ce soit changer les choses. Les élites se fichent de l'avis du peuple et la commission européenne n'est que l'incarnation de la vague oligarchique qui traverse tout l'occident. Par ailleurs d'un point de vue purement pragmatique je constate que l'abstentionnisme aux USA n'a guère fait progresser la démocratie locale et les intérêts des plus pauvres. Je pense même que nos élites n'attendent que ça pour revenir au suffrage censitaire et à l'abrogation du suffrage universel qui les embête tant.

 

Bref loin de nous sortir de l'ornière de la dérive ploutocratique et oligarchique de l'occident l'abstention ne fait qu'accentuer les choses. D'ailleurs, une bonne part du problème de nos sociétés tient au faible intérêt de nos citoyens vis-à-vis de la politique. Que ce soit sur internet ou dans la vie quotidienne, peut-on réellement affirmer que nos citoyens remplissent leur rôle? Ils sont où les révolutionnaires potentiels et les activistes du changement démocratique ? Je revois ces pauvres militants du FG sur la place de la Comédie dans ma pauvre ville de Montpellier s’affairant à distribuer des tracts sur le traité transatlantique avec des passants qui n'en avait tout simplement rien à foutre pour parler crûment. Ils me firent pitié et pourtant je ne porte guère dans mon cœur le parti de Jean Luc Mélenchon dont la béatitude européiste schizophrène est emblématique de la génération politique issue de l'époque Mitterrand. Le fait est que le désintérêt pour la politique n'est pas uniquement le fait de quarante ans de n'importe quoi macro-économique. En vérité, je crois que l'on inverse la cause et l'effet. C'est plutôt le désintérêt pour la chose publique et la politique qui a conduit la France et l'occident à avoir des dirigeants de plus en plus médiocre et corrompu. De cette simple intuition, j'en déduis que l'absentéisme n'est pas seulement dû au fait que nos votes n'ont plus d'influence. Mais que l'individu idéologiquement libéral ne s’intéresse plus à la destinée collective. L'on se renferme de plus en plus dans nos jardins privés où la vie se résume à soi et à ses proches. Ce qui correspond au comportement de l'homoéconomicus qui n'agit que dans son intérêt propre. Même si cela conduit la civilisation au désastre. C'est une victoire libérale à la Pyrrhus en quelque sorte.

 

L'inéluctable chemin de l’extrémisme

 

De ce fait, il me semble éminemment dangereux de décourager les quelques citoyens qui se comportent encore comme tel prônant l'abstention volontaire. Alors que nous aurions tellement besoin qu'ils se multiplient, qu'ils fassent éloge de la cause commune de la nation et de l'intérêt général. Prenant acte de l'inutilité du vote alors que devons-nous faire si ce n'est favoriser les groupes politiques, les partis et les hommes qui tranchent d'avec la consanguinité intellectuelle qui s'est emparée de notre pays ? J'écarte ici la révolution. En effet comment peut-on espérer une révolution avec un peuple qui traîne déjà des pattes pour voter et s'intéresser à autre chose qu'à la consommation et aux faits divers ? Tout juste aura-t-on des mouvements de violence sporadique qui n'accouchera d'aucune forme d'action politique . Une révolution dans un pays aussi dépolitisé fera vraisemblablement plus de mal que de bien. Les idées les plus simplistes pouvant intéressées rapidement dans le discours public pour peu qu'il corresponde à un fantasme un tant soit peu populaire. C'est plutôt par le réveil de l'intérêt pour la politique que l'action doit se faire. Et pour cela il faut réintroduire le lien qui tient l'individu dans le collectif. Il faut rappeler des idées qui pourtant devraient être des évidences. Que l'individu n'est rien par lui même. Que le choix collectif est le seul qui en soit réellement un. Car nous avons en réalité bien peu de liberté. Nous sommes contraints par la nature, par les lois de la physique, par le temps, par nos liens familiaux. La vie politique est la seule chose dans laquelle nous pouvons choisir librement les contraintes. C'est la politique qui fait de nous des individus libres par les choix que nous faisons collectivement.

 

Pour ce faire, nous devons faire bouger les lignes et pour ce faire, avoir un esprit pragmatique qui s'occupe de toujours faire reculer l'ennemie. En l’occurrence l'ennemie c'est le pouvoir libéral et oligarchique qui s'emploie à dépolitiser la masse. Qui fait pleuvoir sur elle un torrent de propagande en lui faisant croire que rien n'est possible, que tout est inéluctable, que la politique est une chose trop sérieuse pour être confié aux citoyens. Face à cela nous sommes trop peu nombreux et trop faibles pour faire la fine bouche sur nos alliés. Et de ce fait loin de rejeter le FN nous devrions au contraire l'utiliser comme il a été utilisé par le pouvoir pour discréditer la nation. L'on peut sans nul doute regretter que nous en soyons aujourd'hui réduits à cela, mais le fait est que le FN est aujourd'hui le seul parti dont la masse est suffisante pour faire trembler le pouvoir et bousculer en partie les fondations du néolibéralisme européiste. Il faut à mon sens pour toutes les élections avoir une règle simple, et c'est en tous cas la mienne. Il faut faire barrage au front antinational. Ce front antinational est composé de toute force politique, économique ou autre, prônant l'UE,l'euro, le libre-échange ou le laissez-faire économique. Je décide personnellement de voter pour tous parti ou groupe rejetant ces idées, quelles que soient les idées défendues par ailleurs par ce parti politique. De fait, il s'agit ici d'une lutte à mort, et tout manquement, tout recule, pour des écueils moraux ou idéologiques, ne feront que renforcer le camp d'en face. Il n'est plus temps aujourd'hui de tergiverser. Alors que l'oligarchie européenne produit misère et amoncellement de crimes, il n'est plus temps de discuter sur le sexe des anges. Le général de Gaulle n'avait pas fait la fine bouche à Londres faisant alliance avec des royalistes, des communistes ou des nationalistes pur jus.

 

 

Il existe des moments dans la vie où l'on sait pertinemment ce qu'il ne faut pas faire. Et ce qu'il ne faut pas faire aujourd'hui, c'est permettre la continuation de l'ignoble. Permettre la destruction de millions de vies au nom d'une idéologie absurde. La Grèce meurt, l'Espagne s'enfonce, l'Italie boit la tasse et la France coule. L'UE met le feu partout pour éviter que son évidente folie collective ne paraisse trop évidente. La voilà maintenant qui met le feu en Ukraine pour le plus grand plaisir de l'empire américain qui veut se débarrasser de la dernière grande puissance européenne autonome. Quitte à provoquer une guerre dont nul ne sait sur quoi elle déboucherait. Les USA font en Europe ce qu'ils ont fait en Amérique du Sud et au Moyen-Orient, ils se débarrassent des régimes qui les gênent de façon plus voyante qu'à l'époque de mai 68. Ils ne se contentent plus de soudoyer les régimes et corrompre les élites, ils vont carrément provoquer des conflits militaires au cœur du continent. Il est plus que temps de sortir de l'UE et de rompre avec les USA. Et si l'on doit s'allier au FN pour cela, alors tant pis. Votez donc aux prochaines élections, l'abstention serait un crime. Mais votez contre le Front antinational, faisons barrage à l’extrémisme des élites.   

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 16:27

 Cette question peut sembler saugrenue à quiconque observerait que ce n'est pas un gouvernement de droite qui dirige, mais bien un gouvernement de gauche. C'est que les étiquettes droite gauche continuent malheureusement à servir d’aiguillon à toute réflexion politique en France. Avec la sempiternelle question qui revient sur la table « Mais cette politique est-elle de gauche ? » Avec en arrière-plan, l'idée que la gauche c'est la raison progressiste, et que la droite c'est l'irrationnel conservateur. Même notre pauvre Emmanuel Todd ne cesse de ramener toutes ses réflexions à la question droite-gauche. Quoi qu'il en soit en matière d'éducation la gauche ne saurait historiquement se faire l'avocate de la privatisation de l'éducation nationale. L'instruction pour tous étant théoriquement l'un des mamelons du progressisme moderne. Du moins, c'est ce que la charte définissant ce qu'est une politique de gauche stipule. On pourrait ici se moquer gentiment d'un tel présupposé en rappelant que l'église et le christianisme ne furent pas les derniers à défendre l'éducation et que bon nombre d'élèves et de penseurs de la gauche furent formés par des hommes d'Église, mais peu importe. Dans l'imaginaire actuel l'éducation c'est un truc de gauche. À droite c'est Sarkozy la quintessence de la débilité anti-éducative.

 

Cependant le problème c'est que la population française depuis quelques décennies semble de plus en plus préférer l'éducation du secteur privé à celle du secteur public. C'est un phénomène qui était passablement courant dans les pays anglo-saxons, mais qui semble connaître une véritable force dans notre pays. Ainsi dans mon humble ville de Montpellier bon nombre d'établissements privés catholiques sont obligés de sélectionner leurs élèves dès le primaire faute de place pour répondre à l'ensemble de la demande. Alors que dans le même temps des établissements publics se vident et sont en sous-effectifs surtout au niveau du collège qui est un moment crucial pour l'évolution des élèves.

 

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Source latribune.fr

 

 

Je ne parlerais pas ici de l'explosion de l'enseignement du type acadomia, ou d'autres services sortant du cadre de l'école a proprement parlé. Bien qu'il s'agisse là d'un phénomène, qui en dit long sur l'évolution actuelle de la société à ce niveau. Le fait est que les Français semblent de moins en moins satisfaits de l'éducation nationale et que loin des discours de comptoirs sur le statut des profs, les parents français détournent volontairement leurs chérubins de l'enseignement public. Dès lors même si la gauche se dit pour l'enseignement public, et qu'elle est théoriquement volontariste sur le sujet. La privatisation se fait de facto par le comportement des parents. Si demain la majorité de la population décide de mettre ses enfants dans le privé, la notion même d'éducation nationale deviendra caduque. À cela l'on pourrait cependant objecter que les programmes restent entre les mains du ministère de l'Éducation et que la plupart des établissements privés sont sous contrat les enseignants étant en fait payés et formés par l'état. En réalité, seule la gestion est privée dans ce système.

 

Une privatisation par résignation

 

Cependant même si le raisonnement précédent peut rassurer en se disant que même les établissements privés sont en partie publics, l'on devrait tout de même s'inquiéter devant cette déconvenue. Je suis toujours étonné devant l'inlassable pratique consistant notamment à gauche à nier un problème pour éviter d'avoir à s'y frotter. Cette peur du réel, on la retrouve dans de nombreux domaines comme l'économie, l'immigration, l'Europe, etc. À chaque fois la gauche botte en touche laissant le champ libre parfois aux pires crétins que l'on puisse imaginer. Cette fuite vers le privé semble conforter l'idée que l'enseignement public est un échec. À savoir qu'il est incapable d'instruire correctement les élèves qui s'y soumettent. Et cette idée d'une baisse du niveau que Todd ou d'autres penseurs rejetteraient en parlant de démagogie vient pourtant d'être à nouveau démontrée dans une étude récente sur le niveau des élèves de collège en histoire et géographie. L'étude en question a été relayé, pas seulement par la presse de droite habituée à haïr tout ce qui est public, mais aussi par les médias de gauche comme Le Monde. Entre les comparatifs internationaux tous mauvais pour la France et les études comparatives nationales, le doute n'est plus vraiment permis, à moins d'être d'une mauvaise foi sans bornes.

 

Cette étude n'est pas la première, elles se sont accumulées depuis plus d'une décennie. Certains enseignants ont même fait leur beurre et leur succès sur ce déclin à l'image de Jean-Paul Brighelli ou de Natacha Polony. Il ne faut donc pas voir dans cette évolution un mécanisme produit par le « c'était mieux avant » illusoire issue de la psyché d'un peuple vieillissant, mais bien d'une certaine réalité. Si les pouvoirs publics ne prennent pas acte de cette réalité qu'ils continuent à la fuir comme ils le font depuis trente ans sur bien d'autres sujets. Nous assisterons dans les décennies qui viennent à une privatisation par la résignation des parents qui se tourneront de plus en plus vers l'enseignement privé. Un enseignement privé qui d'ailleurs ne sera pas meilleur pour autant contrairement aux idées reçues. Il est ainsi facile de faire du chiffre sur plan des résultats scolaires lorsque l'on ne reçoit que les meilleurs élèves.

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Un déclin aux origines multiples

 

Bien évidemment certains professionnels des idées reçues vont nous ressortir les éternels problèmes de moyens. Je vais être très clair là dessus, les moyens l'éducation nationale les a déjà. Nous n'avons absolument pas à rougir en terme de budget éducatif, sauf pour l'enseignement supérieur. Il suffit de regarder l'évolution du nombre d'élèves par classe ou la part du budget de l'éducation nationale par rapport à d'autres pays pour voir que l'argumentation budgétaire ne tient pas la route.

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Les graphiques proviennent du site de l'éducation nationales et sont consultables ici

 

On remarquera également que les pays de l'Est largement moins bien dotés que nous obtiennent des résultats scolaires souvent meilleurs, sans parler des pays asiatiques. L'on pourrait ici éventuellement soulever le problème migratoire, qui n'est sans doute pas pour rien dans le phénomène. Ce n'est, en effet, pas faire insulte à l'intelligence que de souligner qu'avoir une part importante de population originaire de pays à faible niveau scolaire signifie inéluctablement avoir des cultures familiales moins riches sur le plan éducatif. Car une bonne part de l'éducation se fait à la maison. L'on sait qu'un enfant issu d'une famille favoriser aura un langage plus riche qu'un enfant issu d'une famille à faible niveau scolaire. L'éducation peut pallier en partie à cela, mais elle ne peut pas inverser complètement cette inégalité. En tout cas pas sur une seule génération. Le retard scolaire des enfants d'origine immigre en trop forte proportion, fait donc dès lors baisser le niveau moyen du pays. Les études de l'éducation nationale évitant soigneusement ce sujet explosif préférant mettre en avant le fait que le niveau se dégrade plus dans les lieux dits « défavorisé ». Bien sûr, on ne parle pas de la Creuse ou de la Lozère. L'absence d'immigration dans des pays comme le Japon, la Corée ou la République tchèque faciliterait leur score sur le plan scolaire, comparativement à des pays comme la France, la Grande-Bretagne, ou aux USA. C'est une hypothèse tout à fait valable, mais le tabou fondamental sur l'immigration empêche d'avoir des chiffres sérieux sur la question. Faute de chiffre nous ne pouvons donc conclure sur cette hypothèse.

 

La dernière hypothèse plus philosophique serait un désintérêt général pour l'instruction. Un phénomène qui peut se mesurer par la baisse des ventes de livre et par la grande appétence de notre population pour la facilité intellectuelle. J'en avais déjà un peu parlé dans ce texte. L'esprit utilitariste de l'époque actuelle réduit même l'instruction à un moyen d'obtenir un diplôme et un travail. Naguère nous instruisions les enfants pour en faire des citoyens capables de faire vivre la démocratie en votant, les diplômes étant là pour parachever un parcours d'effort et de passion pour les plus hauts niveaux. Aujourd'hui les diplômes ne sont plus vus que comme un vulgaire permis de conduire, rien de plus. Pour avoir enseigné quelque temps dans le domaine scientifique. Une question des élèves revenait sans cesse : « À quoi ça sert ? » Nul curiosité, ou intérêt autre que la visée de l'obtention des précieux sésames et des notes. En côtoyant des enseignants dans le supérieur, on remarque les mêmes propos tenus pourtant par des élèves censées avoir un intérêt certain pour leurs matières. Mais est-ce vraiment surprenant qu'une société à ce point matérialiste, et éconocentrique produise des individus à son image ? Car après tout, ces élèves, ne sont-ils pas mieux adaptés que nous, pauvres idéalistes à cette société individualiste et libérale. L'intérêt général, les sciences, les arts, l'histoire autant de choses inutiles pour le monde libéral et utilitariste. Au fond en accusant l'éducation nationale de tout les maux, les français ne se défaussent-ils pas leur propre responsabilité ?

 

Il est ainsi plus aisé de faire croire que tout arrive par la force des choses, par le marché, par l'état, par l'Europe. Nous oublions tout de même facilement à quel point notre peuple a été complice en mettant au pouvoir les dirigeants qui nous ont conduits au désastre. Nos dirigeants n'arrivent tout de même pas par hasard au pouvoir. Et les Français peuvent continuer à déplorer le peu de succès des chaînes de télévision moins bêtes comme Arte, cela ne sert à rien s'ils continuent à regarder TF1. La passivité de la population est en réalité mère de tous les vices. Les Français critiquent, mais ne font rien pour que les choses changent. C'est probablement aussi le cas dans le domaine éducatif. L'on pourra toujours crier sur les toits à quel point l'éducation nationale ne fait plus son boulot. Quand des enfants arrivent en classe sans même connaître les rudiments de la politesse et du savoir-vivre et qu'ils ne portent aucun intérêt au savoir, ce n'est guère la faute de l'éducation nationale.

 


 

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