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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 17:37

 

520291_former-defense-minister-chevenement-listens-to-a-spe.jpgLaurent Pinsolle, le porte-parole de Debout La République (DLR) vient  d'entamer une discussion avec le secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) Julien Landfried. Cette discussion confirme encore une fois l'analyse d'Emmanuel Todd sur le fait que les discussions entre les alternatifs sont infiniment plus constructives et intéressantes qu'une discussion entre des alternatifs et les tenants de l'idéologie dominante. Ces derniers fuyant en réalité la discussion par manque d'argument et aussi parce que les derniers défenseurs du système, même s'ils sont nombreux et possèdent encore la domination médiatique, ont d'ores et déjà perdu leur autorité morale. La faute à une situation qui se dégrade de jour en jour sous l'effet de l'application des remèdes de la doxa dominante néolibérale, la réalité fera ce que l'argumentation logique et raisonnable n'a pas pu faire ces trente dernières années au détriment malheureusement d'une bonne part des Français. La plupart de nos concitoyens finiront par comprendre qu'il n'y a guère de différence entre un  François Hollande et un Nicolas Sarkozy sauf sur le plan des apparences et de la communication, le PS et l'UMP ne faisant qu'appliquer les mêmes recettes qui n'ont jamais marché.

 

La discussion entre ces deux alternatifs montre tout de même une véritable rupture de conception. Une rupture qui marque, je crois, la réalité d'un véritable clivage droite-gauche, pour ceux qui en cherche un. Les propos de monsieur Landfried et de Jean Pierre Chevènement montrent tout de même une vision de l'Europe qui diffère grandement de celle de Nicolas Dupont Aignan et de son représentant Laurent Pinsolle. Chez NDA et Laurent Pinsolle, on sent une vision utilitariste de l'Europe à des fins de défense de l'intérêt national français. Je précise que personnellement je me retrouve plutôt dans le camp de DLR, je défends avant tout l'intérêt de mon peuple en tant que français. DLR est un parti souverainiste qui défend d'abord l'intérêt français et ses partisans construisent donc des stratégies et une vision qui correspond à cet objectif premier. Bien évidemment un souverainiste qui a le sens de la mesure et la tête sur les épaules défendra également la souveraineté des autres peuples à cause de son attachement viscéral à la question de l'indépendance et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cette raison souverainiste tend donc naturellement vers une vision internationale prônant le respect de l'indépendance de chaque peuple et vers une discussion entre nations. C'était la vision d'un monde multipolaire d'un De Gaulle. Pour cette raison, l'Europe d'un Dupont Aignan ne peut-être qu'une Europe des nations indépendantes. Mais des nations pouvant tout de même travailler ensemble et visant un certain équilibre. C'est une vision d'équilibre entre puissances et de coopération, une coopération qui peut d'ailleurs ne pas se limiter à l'Europe, mais à l'ensemble du monde. Cependant, cela signifie également accepter le fait que les intérêts divergent parfois et qu'il est des fois nécessaire d'affronter une autre nation quand ses propres intérêts vitaux sont en jeux. Au final il ne s'agit pas de faire une France en plus grande, mais simplement de créer des relations apaisées et équilibrées entre les peuples respectant l'indépendance de chacun du moment qu'elle ne nuit pas à celle d'autrui.



En lisant les propos de Landfried et de son mentor Jean Pierre Chevènement, il me semble par contre y voir une autre vision que celle de la souveraineté. J'y vois personnellement le côté gauche universaliste, le rêve d'une nation française plus grande. Pourquoi puis-je affirmer cela? Par l'attachement que Chevènement a vis-à-vis de la monnaie unique en premier lieu. Mais aussi de cette volonté absolue de maintenir une organisation à l'échelle européenne avec comme motif premier qu'il serait risqué pour nous de faire autrement. Il y a aussi cette volonté de reprendre les commandes de l'avion, pour reprendre l'analogie entre le pilotage d'avion et le fait de sortir de l'euro. Comme le souligne Laurent Pinsolle, il n'est pas déraisonnable de sauter d'un avion condamné à s'écraser. Et j'ai même envie de dire que l'avion en question n'a tout simplement aucun gouvernail qui permettrait de reprendre le contrôle.Le fait de vouloir, trouver un compromis avec l'Allemagne pour imposer un changement de direction politique de la zone est en soit, faire montre de peu d'intérêt pour les autres membres de la zone euro. En effet, c'est comme si on les considérait comme quantité négligeable. Or pour le souverainiste que je suis, le peuple danois ou le peuple finlandais ont autant le droit à la souveraineté que les Français ou les Allemands. À croire que pour Chevènement l'indépendance n'est qu'une affaire de taille. Nous indiquions pourtant récemment que de minuscules pays se portaient très bien sans l'euro à l'image de l'Islande. Nous pourrions citer la minuscule Singapour ou même la Malaisie qui n'ont jamais hésité à résister aux délires du FMI et à la libéralisation des marchés financiers. L'indépendance n'est pas une affaire de taille, c'est une affaire de volonté politique et de projet. La dépendance française est le fruit d'une stratégie délibérée visant à contraindre notre nation à plier chaque année un peu plus aux exigences de cultures économiques et politiques qui lui sont parfaitement étrangères. L'Europe a servi uniquement de prétexte pour nos élites afin de démolir les acquis du CNR et l'organisation sociale d'après-guerre. La solution consistant à vouloir faire à l'échelle de l'Europe ce que nous pourrions fort bien réaliser à l'échelle française, la monétisation de la dette par exemple, montre bien cet attachement à l'UE. Quant à nos relations avec l'Allemagne qui nous seraient si spécifiques, n'oublions pas non plus les multiples conflits et les divergences profondes qui peuvent nous séparer. C'est probablement à trop vouloir faire vivre des peuples aux aspirations différentes avec les mêmes règles et les mêmes lois que nous finiront par raviver les plus grandes tensions. C'est avec la crise de l'euro que l'on a vu resurgir les réflexes les plus sectaires et les tendances les plus racistes, on se souvient de la façon dont la Grèce a été traité. Faire sauter l'euro pourrait être la seule chose raisonnable pour éviter une escalade de violence en Europe lorsque les effets des contritions économiques atteindront leurs paroxysmes.

 

La peur de l'isolement français

 

Autre point de divergence que je crois important, le MRC semble craindre l'isolement français. On sent ici poindre en soubassement l'argument habituel de la taille de la nation française. Parce que finalement c'est ce qui ressort du fait de vouloir s'accrocher à l'euro tout en sachant pertinemment qu'il s'agit d'une mauvaise monnaie. Quel serait l'effet premier de la sortie de l'euro? La dévaluation. Or la dévaluation si elle renchérit le prix des importations, elle abaisse aussi celle des exportations et donc elle permet une nette amélioration de la balance des paiements comme l'expérience récente l'a encore montré en Suède ou en Islande. La dette quant à elle sera de toute façon convertie en franc et monétisée, au moins en partie. Nous aurons une inflation un peu plus forte, mais ce n'est pas forcément un drame. La situation française était d'ailleurs meilleure lorsque l'inflation dépassait 3% par an. Et pour peu que l'on réajuste les salaires pour les adapter à ce changement c'est un bon moyen pour transférer du revenu de la rente vers le travail et l'investissement.



J'ai en fait la désagréable impression que JPC se laisse dominé par la peur. La peur de la rupture avec une politique qui est devenue un rituel ces trente dernières années, l'Europe étant devenue à tort comme étant le seul destin national présenté aux Français. Un peu comme si la France devait impérativement disparaître à cause d'un sens de l'histoire et d'une mauvaise analogie avec les cités antiques. Comme je l'ai déjà expliqué, je pense qu'au contraire le sens de l'histoire c'est la démocratie, une démocratie qui nécessite pour son application une certaine homogénéité culturelle et politique pour pouvoir advenir. C'est ce qui explique que plus la démocratie progresse et plus les grands ensembles multinationaux se disloquent sous l'effet de l'impossibilité de faire cohabiter plusieurs peuples aux aspirations différentes dans une seule nation démocratique. La dérive autoritaire européenne est d'ailleurs normale puisque seuls les empires et la violence permettent de maintenir des peuples disparates dans un seul corps politique.



Si Chevènement croyait réellement en la France il ne dirait pas que nous sommes condamnés à nous entendre avec l'Allemagne, car tel n'est pas le cas. Rien n'empêche physiquement le peuple français d'entrer en confrontation avec la puissance germanique, en dévaluant et en taxant les importations de ce pays. Nous sommes obligés d'avoir des rapports avec l'Allemagne certes, mais nous ne sommes pas obligés de nous plier à ses désirs. La domination économique de l'Allemagne ne sera de toute façon pas durable et elle provient en grande partie du fait que ses voisins ont abandonné toute politique de défense à son encontre. Je rappellerai à ici à monsieur Chevènement, que l'on ne choisit pas son adversaire, c'est lui qui vous choisit. L'Allemagne a choisi de faire sa prospérité avec des politiques mercantilistes et dix ans de « coopération » monétaire avec elle n'ont pas vraiment réussi à réduire les divergences franco-allemandes, bien au contraire. D'autant qu'il semble que les autorités allemandes n'aient pas vraiment conscience de l'origine de leur prospérité momentanée puisque ces mêmes autorités sont en train de pousser toute l'Europe à l'austérité ce qui ne sera pas sans effet sur les excédents allemands. Nous n'avons donc pas besoin de parler avec l'Allemagne, sous-entendu de nous plier à ses exigences. Nous avons surtout besoin de réaffirmer notre indépendance et cela passera nécessairement par des politiques unilatérales et un conflit. Les pays mercantilistes comme l'Allemagne, le Japon, la Corée ou la Chine doivent être remis à leur place et cela passe par des politiques de réactions fortes. Ce n'est pas en leur léchant les bottes qu'ils changeront d'attitude. Les USA demandent à la Chine de changer sa politique monétaire depuis des années, sans que les chinois obtempèrent il me semble.



En restant dans la zone euro nous pourrions d'ailleurs déjà faire des politiques unilatérales en désobéissant aux règles européennes et en rien face aux menaces ridicules des fonctionnaires européens. Faisons comme le Danemark, rétablissons donc les frontières françaises non seulement pour le contrôle migratoire, mais surtout pour taxer et réguler les échanges avec nos partenaires les moins coopératifs. Chiche, taxons les produits allemands à hauteur de 25% et voyons la réaction de Berlin. Les dirigeants allemands trouvent normal d'avoir un excédent de 27 milliards d'euros avec la France, leur nation « ami ». Soyons aussi égoïstes qu'eux et exigeons le rétablissement immédiat de l'équilibre de la balance commerciale entre la France et l'Allemagne. Mettons-les devant le fait accompli. C'est de toute manière la seule chance qu'il y est de voir les politiques européennes changer. Je rappelle d'ailleurs au passage que même si des alternatifs arrivent à monter au pouvoir ils ne dirigeront que la France en aucun cas l'Europe ou l'Allemagne. On ne peut pas dire comme le fait Chevènement que l'on veut défendre les intérêts de la France et ne pas risquer de froisser d'autres nations dont le comportement est manifestement agressif même si c'est uniquement sous forme commerciale. À l'heure actuelle la seule chose qui devrait nous faire peur ce n'est pas la sortie de l'euro, ou la colère de l'Allemagne, mais bien le statu quo et l'inaction, car c'est cette hypothèse qui mettra à long terme la nation française parterre.

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 17:24

 francais-demondialisation.jpgJe reprends ici la formule de Jacques Sapir qui avait qualifié l'idéologie des gens de gauche pro-libre-échange d'internationalisme des imbéciles. C'est en effet ce que l'on peut penser des deux textes sortis récemment, textes qui unissent étrangement un intellectuel de gauche et un néo-libéral à l'esprit étriqué. Tous les deux attaquent le protectionnisme de la même manière en minimisant les effets des délocalisations sur les pertes d'emploi. Les deux auteurs en question sont Pierre Larrouturou qui joue le rôle de l'homme de gauche qui, même bien intentionné, est un peu naïf et malhonnête dans sa démonstration, et dans le rôle du cryptolibéral Georges Kaplan. J'emploie le terme de cryptolibéral puisque les vieux libéraux n'ont eu de cesse de qualifier de crypto leurs opposants communistes durant toute la période de la fin de la guerre froide et de l'effondrement du bloc soviétique. Puisque c'est au tour de l'idéologie libérale et mondialiste de s'effondrer, je pense qu'il est juste de qualifier leur idéologie avec les mêmes termes.  Ces deux personnes aux idées en apparence diamétralement opposée se retrouvent donc dans le même camp dès qu'il s'agit du libre commerce entre pays.  

 

En réalité, cela montre bien les sources communes entre le marxisme et le libéralisme qui découle tous les deux du même moule utilitaristes et internationalistes. Leurs objectifs ne diffèrent guère, c'est seulement leurs moyens qui changent. Le marxisme pensant que le meilleur moyen d'améliorer la vie des hommes passe par la révolution internationale et prolétarienne, l'unification du genre humain par la prise de conscience des couches populaires. C'est une pensée qui réduit l'humanité à sa dimension collective. À l'inverse, le libéral, lui, pense que le meilleur moyen d'améliorer l'humanité est de laissez-faire les individus. Et d'éliminer toute tendance collective, qui forcément nuira à l'optimum du marché libre et non faussé. Mais là aussi les nations sont niées, elles sont considérées comme des choses du passé à abattre. La vérité c'est que l'homme est à la fois collectif et individuel. Il est comme la lumière qui est à la fois corpuscule et onde, il y a deux aspects dans sa nature. Vouloir réduire l'humanité à une seule de ses dimensions, c'est assurément se tromper totalement et construire des sociétés incapables de fonctionner comme l'a montré le destin de l'URSS ou celui de l'occident actuel. Je caricature leurs positions ici pour forcer le trait, mais le fond des choses est que ces deux idéologies partagent en quelque sorte un même dessein né de la philosophie des lumières, mais dont nous voyons aujourd'hui les limites et le danger. Car non seulement leurs moyens ne mènent pas à la fin désirée. C'est-à-dire que bien loin d'améliorer les choses ces idéologies transforment les sociétés en cauchemar. Mais qu'en plus l'on peut se demander si la fin désirée est si souhaitable que cela. Est-il en effet de l'intérêt de l'humanité de s'unifier? Est-ce que nous serions plus riches, au sens noble du terme, si tous les humains parlaient la même langue, avaient la même culture et les mêmes façons de penser. Car c'est bien vers cette destinée là que veulent nous mener les internationalistes libéraux ou marxistes. Quelques parts on sent dans ces idéologies les derniers restes de l'universalisme chrétien voulant s'étendre partout sur terre et ne laisser aucune terre païenne.

 

À titre personnel je pense que la diversité est au contraire une nécessité du vivant. Le fait de vouloir uniformiser, de vouloir standardiser, et de vouloir faire en sorte que toutes les civilisations vivent dans un même socle civilisationnel marchand ou collectiviste, est en réalité un crime contre nature. C'est le plus sûr moyen de détruire cet organisme qu'est l'humanité, car c'est la diversité qui permet la résistance sur une longue période historique. De la même manière que les espèces surspécialisées finissent par disparaitre en cas de changement de paradigme écologique, la monocivilisation entrainerait l'humanité vers l'extinction si le chemin emprunté par elle était mauvais. En un sens, les libéraux et les marxistes sont profondément impérialistes, ils veulent imposer au monde entier le même mode de vie. Un mode de vie s'appuyant sur le progrès technique et la façon de vivre occidentale qu'il juge comme étant le seul qui vaille, pensant ainsi qu'il y aurait un sens à l'histoire qui nous mènerait vers une société unique. La vérité c'est que l'histoire n'a aucun sens et que nos lointains descendants pourraient tout aussi bien vivre dans de nouvelles sociétés agraires et peu avancées techniquement parlant. Dans le cas des libéraux cette volonté d'imposer un modèle unique de développement et d'organisation économiques est d'ailleurs en contradiction avec l'idée de liberté. Mais il est vrai aussi que les libéraux sont persuadés que l'homme se fait tout seul et qu'il est mû de la même manière, quel que soit son substrat culturel de base. Il n'est mû que par son intérêt économique propre et aura donc naturellement tendance à adorer la société libérale et ses principes "émancipateurs". Il se pourrait cependant que l'effondrement de l'occident et la montée d'autres civilisations peu attachées aux libertés individuelles finissent par ternir quelque peu les ambitions libérales et la croyance en l'homme autodéterminé.

 

Le libre-échange est responsable de l'essentiel du chômage dans les pays développés

 

Pour en revenir aux deux textes que je critique vous pouvez les trouver à ces adresses:

 

Pierre Larrouturou: "Oublions la croissance"

Georges Kaplan: "Les fadaises de la désindustrialisation"

 

Rien que les titres sont déjà annonciateurs des propos tenus. Commençons par une remarque. Il n'y a aucune réflexion systémique dans les analyses de Larrouturou et dans ceux de Kaplan. On voit dans la simplification extrême des arguments le fait que ces deux personnes n'ont pas réellement pensé à la question du libre-échange et aux implications macro-économiques qu'elles entrainent. C'est notablement vrai pour Larrouturou qui a pourtant des réflexions intelligentes sur d'autres questions. Nous avons ici affaire aux mêmes types de réactions épidermiques que celles que nous avez réservé le conseil scientifique d'ATTAC sur le concept de démondialisation et dont nous avions parlé ici même.  C'est une réaction de chien de Pavlov littéralement automatique et n'entrainant qu'un amoncellement d'idées reçues répétées jusqu'à plus soif depuis trente ans. De la part d'un libéral comme Kaplan ce n'est guère étonnant. Ça l'est beaucoup plus pour un homme comme Larrouturou qui par ailleurs réclame une transformation des gains de productivité en réduction de temps de travail plutôt qu'en augmentation de salaire. Ce qui est assez subversif dans le contexte actuel. Je mets donc sa réaction plutôt sur le dos de son internationalisme mal compris que sur une réflexion mal intentionnée. Je n'en dirai pas autant de Kaplan qui prend fait et cause pour la rente, cela se ressent dans ses multiples textes sur Causeur qui l'oppose souvent à mon collègue blogueur Laurent Pinsolle.

 

L'erreur fatale de nos deux critiques provient essentiellement de leur obstination à ne voir la cause des pertes d'emplois industriels que dans le progrès technique. J'avais expliqué dans ce texte en quoi il était absurde d'accuser les gains de productivité dans les pertes d'emplois. La vérité c'est que les gains de productivité dans l'industrie ont fortement ralenti si on les compare aux chiffres de la période des trente glorieuses. À l'époque nous faisions facilement 5%  de gains de productivité moyenne par an. Or c'est une période ou nous créions près de 50000 emplois industriels par an. En reprenant l'un, des célèbres graphiques de Maurice Allais, on voit bien où se situe la rupture:

emploi-dans-l-industrie.jpg

Elle se situe en 1973-74, date à laquelle, commence la rupture avec la politique de préférence communautaire. Une période durant laquelle sera imposé l'ignoble système du change flottant. L'excuse des gains de productivité ne tient pas, d'ailleurs au risque de surprendre, l'industrie a connu des gains de productivité beaucoup plus lents que l'agriculture ces 50 dernières années. Et si l'on se fit à l'indice de l'évolution des gains de productivité l'industrie aurait au contraire dû ralentir ses pertes d'emploi et non les accélérer, puisque les gains de productivité ont largement été freinés. D'ailleurs, certains pays développés ont gardé une industrie florissante en terme de proportion d'emploi. L’Allemagne, le Japon ou la Corée du Sud ne sont pas moins productifs que la France, l'emploi industriel y est pourtant largement plus fort en proportion du nombre d'emplois totaux. C'est donc que le problème de l'emploi industriel français vient d'ailleurs et que Kaplan et Larrouturou font totalement fausse route. Le graphique suivant provenant du site d'alternatives économiques nous montre l'évolution des gains de productivité et l'on voit bien un ralentissement et non une accélération qui expliquerait les pertes d'emplois dans l'industrie:

 

A261053D.gifOn voit tout de suite que cela ne colle pas avec l'analyse de nos deux hurluberlus. D'autre part, le fait que la valeur ajoutée des entreprises ait tout de même augmenté ne signifie pas que notre industrie soit en grande forme comme le sous-entend Kaplan. Il faut différencier ici le territoire national et les entreprises nationales surtout les grandes entreprises qui aujourd'hui externalisent surtout leurs profits et qui payent de moins en moins d'impôts en France. Pour résumer, on peut dire que soit l'on se fit uniquement aux gains de productivité et l'on devrait alors conclure au contraire que l'emploi dans l'industrie aurait dû stagner ou augmenter puisque la consommation, elle, a continué à augmenter pendant que les gains de productivité ralentissaient leur rythme de croissance. Soit en conclure qu'en aucun cas les gains de productivité ne peuvent expliquer la baisse de l'emploi dans les secteurs industriels. Et cela même en prenant en compte les externalisations au sein même de la société française.

 

 

Mais il y a un indicateur plus efficace encore pour invalider cette théorie. C'est celui de la balance des paiements. Comment se fait-il que la France ou les USA connaissent des déficits commerciaux croissants si leurs industries sont toujours en pleine forme? Pourquoi un pays qui produit des biens et qui connait des gains de productivité mirifiques se retrouverait-il avec des déficits commerciaux? C'est d'autant plus curieux dans le cas de la France que la croissance française est faible depuis plus de trente ans et que le chômage endémique aurait dû au contraire entrainer une tendance structurelle à l'excédent commercial. Ce qui traduit l'état dramatique de la production française au contraire des propos de Kaplan ou Larrouturou.

 

commerc-france.png

 

Les illusions comptables

 

On touche là à l'un des gros points noirs de la "science" économique qui confond la réalité des choses avec la valeur marchande, et les implications qu'entraine la réduction de la réalité économique à sa mesure monétaire. J'en avais déjà parlé précédemment, mais la mesure même de la productivité telle que la pratiquent les économistes est des plus discutable. En effet, une bonne part des gains de productivité apparents résultent souvent des importations qui sont incluses dans le calcul du PIB et qui font croitre aussi la richesse comptable d'un pays. L'exemple le plus parlant de ce point de vue est le cas des USA. Officiellement, ce pays est hautement productif, mais sa balance commerciale est hautement déficitaire. Ce n'est pas logique. La plupart des produits consommés aux USA n'y sont en réalité pas fabriquée ce qui veut dire que la hausse de la richesse du pays est essentiellement une illusion comptable. Une illusion qui vaut tant que le dollar reste à sa valeur et que le monde ne s'aperçoit pas de la réalité économique du pays. À savoir que les USA ne sont riches que par convention. Que demain l'on permette au Nigéria de maintenir sa monnaie stable avec un déficit commercial de 800milliards de dollars par an et le Nigéria aussi affichera des gains de productivité avantageux avec un système financier hautement « productif ». Vous n'aurez rien dans vos magasins provenant du Nigéria, l'industrie y sera toujours inexistante, mais d'un point de vue comptable, le pays sera productif.

 

En réalité, la notion de productivité ne devrait pas sortir des usines, elle n'a aucun sens lorsque l'on compare des pays. Le Luxembourg qui affiche le niveau de vie le plus élevé de la planète est-il productif? Vous achetez souvent des produits fabriqués au Luxembourg? Non. C’est juste un parasite fiscal qui vit sur le dos des nations qui l'entourent. Par contre des produits chinois il y en a partout. La Chine est devenue le premier producteur dans la quasi-totalité des grands produits de consommation et cela se traduit aussi dans sa balance commerciale. Ses gains de productivité à elles sont réels, ils ne proviennent pas d'un truchement comptable. L'on peut dès lors affirmer que ce n'est pas parce que les entreprises industrielles françaises ont des valeurs ajoutées qui augmentent ou des gains de productivité que le pays ne se désindustrialise pas. Une bonne part des gains de productivité que nous connaissons provenant des produits chinois qui sont ensuite revendus en France et qui nourrissent les multiples intermédiaires et les supermarchés. La nature des gains de productivité en France a changé dès le moment où nous avons abandonné l'idée de réguler nos échanges commerciaux et que nos industries se sont mises à créer plus d'emplois à l'étranger qu'en France pour abreuver le marché français de produits fabriqués par de nouveaux esclaves. En attendant, la France produit de moins en moins les biens qu'elle consomme jusqu'au jour ou sa monnaie sera brutalement mise au niveau de sa production réelle. Ce jour-là j'aimerai voir la tête de monsieur Kaplan quand tous les produits qu'il consomme verront leur prix multiplier subitement par 5 ou 6. Pour parler de productivité, il vaudrait mieux parler de volumes de biens échangés, mais là on serait effrayé par le déséquilibre entre l'occident et l'Asie. Cela pousserait Kaplan comme beaucoup d'autres occidentalocentristes à réaliser que le centre du monde a déjà changé de place, mais que les acteurs ne s'en sont pas encore rendu compte.

 

Enfin, parlons d'un denier point pour contredire Larrouturou. Cette économiste n'a de cesse de se référer à Keynes et c'est très bien. Il a pleinement conscience que c'est l'inadéquation entre l'offre et la demande qui produit le chômage et que cette inadéquation est le produit naturel du laissez-faire. Cependant au lieu de prôner des politiques de relance il préfère la baisse du temps de travail pour absorber les gains de productivités. C'est un choix tout à fait raisonnable si l'on se place du point de vue des limites de notre écosystème. Cependant, Larrouturou ne parle pas des déséquilibres des échanges entre l'Asie et l'occident. Il feint d'ignorer que les plans de relance sont absorbés par les pays exportateurs, mais il en irait de même en cas de réduction du temps de travail. En effet que vous augmentiez les salaires pour accroitre la consommation et ainsi créé des emplois ou que vous diminuiez le temps de travail, cela accroit le coût du travail. Cela aggravera donc mécaniquement les déficits extérieurs et réduira en réalité la quantité d'emploi disponible. Si l'on ne s'attèle pas à faire du protectionnisme sous une forme ou sous une autre. Toute politique de relance est condamnée à finir absorbée par les nouvelles puissances industrielles. Les propositions de Larrouturou ne seraient valables que dans le cadre d'un monde uniforme où la productivité serait la même partout et où il n'y aurait pas de nations mercantilistes visant à tirer leur croissance uniquement par l'excédent commercial, nous ne vivons pas dans un tel monde. Et je rappellerai à Larrouturou au passage que Keynes était un partisan de la régulation des échanges commerciaux et un partisan du protectionnisme visant l'équilibre extérieur.

 

 

 

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 14:58

album_large_4312182.jpgQuel est le lien entre les émeutes en Grande-Bretagne, la faillite du système financier et les déséquilibres macroéconomiques massifs? La réponse est simple, c'est le chaos. Un chaos engendré par des politiques qui l'ont sciemment construit durant ces trente dernières années. Patiemment, les modernes ont déconstruit tout ce qui permettait à la société de fonctionner à peu près correctement, et cela en pensant bêtement que cela libèrerait les initiatives individuelles et la "croissance". En réalité, l'état de nature, la société sans règle, sans morale, sans état n'accouchent que d'une seule chose, la violence à tous les étages. Et ce ne sont pas les maigres discours tenus par une pseudoélite paniquée qui y changera quoi que ce soit. La GB paie aujourd'hui le prix de sa violence économique, sociale et démographique. Son instabilité montre aussi l'échec fatal des sociétés multiculturelles où le seul liant est le marché et l'argent. Une société où toute ambition collective a disparu et où les individus ne sont responsables que d'eux-mêmes et de leurs propres intérêts. Une société ne peut pas fonctionner avec comme seule organisation le marché, il doit exister d'autres liens qui lui sont externes pour que la violence n'emporte pas tout.

 

Le retour de la violence en occident

 

  La déstructuration des sociétés occidentales atteint aujourd'hui un niveau dramatique. La société de l'individu-roi n'accouche que d'un grand n'importe quoi. Ces violences gratuites en Grande-Bretagne si elles sont en partie le fruit d'une immigration trop massive, non intégré et communautariste , sont le fruit également de la poussée délirante vers l'individualisme le plus complet. Il en va de même d'ailleurs pour les crises économiques et financières. Contrairement à ce que vont nous proposer les penseurs d'obédience marxistes voulant faire croire que ce sont uniquement les inégalités sociales qui produisent ces crises de violence, l'économie n'explique pas tout. L'idée que c'est indirectement les coupes sombres budgétaires et donc la crise financière qui produirait ces phénomènes est tout simplement grotesque. Les luttes sociales n'ayant pas grand-chose avec ces pillages anarchiques. On n’a d'ailleurs pas vu les grands centres de la finance ou les banques se faire attaquer. C'est juste un phénomène de pillage digne des grandes invasions du passé. Le lien entre la crise économique et la violence urbaine est plutôt à rechercher dans sa genèse individualiste. En réalité, il n'y a guère de différence entre le comportement de ces pillards et celui de la haute finance alliée à notre corps politique irresponsable. Les deux sont mues par le même appel au désir individuel. Seul compte son intérêt quitte à piller des pays entiers,ou à mettre des millions de gens au chômage. Ces pillards ne sont pas vraiment différents de la classe dirigeante, seule la méthode diffère. Et je suis d'ailleurs prêt à parier que les réparations, suite aux émeutes, seront plus faciles à réparer que les dégâts produits par le pillage spéculatif et financier. C'est l'esprit individualiste de la maximisation de l'intérêt personnel et la suppression des interdits qui produisent ces mouvements de violence. La recherche de l'intérêt personnel même au détriment de la propriété d'autrui est le résultat d'une société qui a supprimé tous les mécanismes éducatifs d'interdit. Mécanismes qui permettaient sans qu'elle le sache à la société dite libérale de fonctionner. Le libéralisme pouvait fonctionner tant qu'il étendait son emprise uniquement sur le marché économique. Et tant qu'il ne commençait pas à saper les autres mécanismes sociaux. En étendant l'influence de l'esprit libérale à toutes les fonctions de la société, en faisant tomber tous les tabous, le libéralisme a en quelque sorte scié la branche sur laquelle il était assis. Contrairement à ce que pensait ce pauvre Mandeville les êtres humains ne sont pas des insectes collectifs comme les abeilles qui sont programmées pour fonctionner collectivement, leur action collective doit être le fruit d'une longue éducation et d'une culture. Supprimez-la et la société devient un asile de fous égotiques.

 

 

La Grande-Bretagne, le pays de la bienséance et de la politesse, ressemble maintenant à sa cousine décadente de l'autre côté de l'atlantique. Un pays où les catastrophes, loin de resserrer les liens et de favoriser les solidarités, produisent des émeutes et des guerres de tous contre tous. À l'image de ce que nous avons vu avec l'ouragan Katrina, ce qui avait choqué ce n'était pas la violence naturelle, mais les réactions humaines particulièrement pathétiques au pays du roi dollar. La société multiculturelle britannique nous montre ainsi son vrai visage, celui d'un pays fragmenté, divisé et au bord de l'implosion que seul l'argent tient encore en place. L'on comprend mieux dès lors le succès des partis indépendantistes en écosse. Mais ne nous mentons pas à nous même, la France en est probablement au même point. Entre la dégradation constante de l'esprit public, de l'état et du sentiment de solidarité national, l'occident et les grandes nations individualistes que sont les USA, la GB, et la France sont arrivées au bout de l'extrême. Il ne leur reste que deux possibilités. La première est de continuer dans le sens du délitement et de disparaitre purement et simplement à plus ou moins long terme. Les populations se restructurant sous une autre forme organisationnelle. Ou rebrousser chemin et arrêter de prôner et de favoriser un individualisme autodestructeur. Malheureusement, cette dernière possibilité pour être possible doit être le fait d'individus pensant encore à la collectivité. Les dirigeants sont malheureusement à l'image de l'évolution du pays individualiste et narcissique. L'esprit collectif est un genre de caractère en voie d'extinction, les individus, au pouvoir ayant suivi le même chemin que le reste de la population. Une fois au pouvoir il se comporte comme le reste du peuple, en individualiste roi prêt à tout pour jouir du court terme sans se soucier d'autrui ou du  lendemain. Nos sociétés sont des sociétés individualistes naturellement guidées par des individualistes, la boucle est bouclée. Comme le disait très justement Régis Debray, le narcissisme est au pouvoir, et l'on ne cherche plus le pouvoir pour l'utiliser à des fins plus grandes. On ne cherche le pouvoir que pour ce qu'il nous permet d'obtenir à des fins individuelles.

 

 

 

 

La violence économique de la logique individuelle 

 

L'économie est le secteur de la société où cette violence engendrée par l'individualisme et sa logique atteint les plus hauts niveaux. Plus personne au pouvoir ne pense en terme collectif, la vision même de la collectivité a disparu remplacée par un amoncellement de choix individuel vu comme indépendant les uns des autres. À cause de cette façon de penser, les idées comme le protectionnisme, ou les politiques contracycliques ont beaucoup de mal à percer dans l'opinion publique. En effet, les entreprises ne voient plus que la compression des salaires qu'elles pratiquent nuit à leurs ventes. Pas plus que les hommes politiques ne comprennent que la réduction brutale des dépenses publiques entraine une réduction de l'activité économique du pays. Chacun voit la société de son point de vue sans élargir son champ de réflexion. Chaque chose est séparée, dans l'esprit des gens. C'est la généralisation de l'esprit cartésien excessif, celui dont j'avais jadis parlé dans ce texte sur le libéralisme, qui est la cause de nos malheurs. Un esprit qui nous conduit à analyser les choses sans les remettre dans leurs interactions générales.  On pense ainsi la chose de l'immigration indépendamment de la question culturelle ou économique. On pense au budget public de l'état sans penser à ses effets sur l'économie, en ne le voyant que du point de vue de ceux qui paient l'impôt et jamais du point de vue de ceux qui bénéficient de l'action de l'état y compris dans les entreprises. L'exemple de la sécurité sociale est ainsi significatif. On voit toujours ce qu'elle coute et est fameux déficit. Sans voir que si elle est en déficit cela signifie d'une part qu'elle rembourse plus qu'elle ne reçoit. Et qu'en plus des entreprises pharmaceutiques et toute la profession médicales en bénéficient. Et eux-mêmes redistribuent l'argent sous la forme d'une consommation qui fera peut-être tourner le restaurant du petit patron du coin qui se plaint sans arrêt du coût des charges sociales. Le fait est que la société est un circuit et que tous les membres de ce circuit sont à la fois créditeurs et débiteurs. La logique comptable n'a aucun sens telle que vendue par les libéraux si on l'analyse sous cet angle.

 

Lorsque l'on raisonne en voyant les multiples interactions des membres d'une société sous la forme collective d'un circuit, et non de façon individualiste, on comprend beaucoup mieux le caractère dramatique du chômage. Le chômage est une violence et un gaspillage tout à fait considérable pour une société qui n'utilise pas une main-d'œuvre tout à fait apte au travail. Il n'y a aucune économie d'aucune sorte dans le fait de faire du chômage juste un appauvrissement général de la société. Comme on le voit, le raisonnement individualiste de cloisonnement est un poison de l'esprit qui dans le cadre de l'organisation d'une nation empêche de réellement comprendre les évènements. Cette raison cloisonnée est incapable de résoudre les problèmes, car elle n'a pas conscience des interactions qui lient la totalité du système. Ce n'est qu'en sortant de ces microraisonnements que l'on peut réellement commencer à penser les questions macroéconomiques.

 

Une société organisée autour du vice ne peut être vertueuse

 

La somme des intérêts individuels ne peut pas donner l'intérêt général. Tel est l'enseignement essentiel de ce qui se passe aujourd'hui en occident. Que ce soit dans le domaine économique, sécuritaire ou simplement pour la vie civile, le seul intérêt individuel ne saurait faire société. Les Britanniques s'aperçoivent ainsi que ce n'est pas la police qui empêche les voleurs de voler, mais bien plus les interdits qui nous sont inculqués dès le plus jeune âge. Si d'un seul coup ces interdits disparaissaient, il n'y aurait pas assez de policier pour surveiller tout le monde. Et d'ailleurs qu'est-ce qui empêcherait les policiers eux-mêmes de voler? Si nous n'étions réellement mues que par notre intérêt individuel en lequel les contrats seraient respectés? La justice serait impuissante face à l'innombrable multiplication des affaires, et les juges seraient d'ailleurs largement corrompues, car eux même muent par leur seul intérêt individuel. Le concept même de société libéral est une aberration, ce sont les tabous et les interdits multiples qui font la civilisation. Il est normal que leur suppression nous ramène la barbarie. On ne viole pas parce que l'on a peur de la police, mais parce que l'on maitrise ses pulsions et que l'on respecte autrui. On n’écrase pas le faible parce que l'on peut se mettre à sa place que l'on a de l'empathie et non parce que l'on a peur du gendarme. Une société ne peut pas fonctionner si la majorité de ses membres ne se met qu'à penser à son propre intérêt.

 

 

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 17:23

"Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux" (Jean-Jacques ROUSSEAU, Ém. I)

 

 

 

C'est, je crois, la phrase qui décrit le mieux ce que l'on peut ressentir en écoutant parler une certaine gauche.  C'est ce que l'on peut déduire en tous cas des comportements et des propos multiples qui sont tenus par la gauche officielle et institutionnelle. D'Eva Joly qui ne trouve rien de mieux à proposer que de supprimer les derniers marqueurs identitaires la nation française en éliminant le défilé du 14 juillet. Comme s'il n'y avait pas réforme plus urgente et nettement plus dans les préoccupations des Français moyens que la question du défilé militaire. C'est curieux de proposer la suppression du défilé du 14 juillet au moment même où l'on parle de l'éclatement éventuel de l'euro d'ailleurs. Au propos de François Hollande qui part en guerre contre l'économie française en se déclarant plus libéral encore que les libéraux,et à droite de DSK pour le situer économiquement. Pour l'occasion le site fdesouche (dont je suis loin de partager les fantasmes, mais qui a au moins le mérite d'avoir de la mémoire) vient de remettre en ligne une vidéo où l'on voyait ce même François Hollande déclarer, devant Emmanuel Todd, qu'il n'était pas là pour défendre ses (con)citoyens... Une affirmation pour le moins curieuse pour quelqu'un qui est un élu de la république, mais qui à mon avis traduisait malheureusement une véritable sincérité. Rappelons tout de même à ce bon François que les Indiens ou les Chinois ont déjà des élites pour les représenter et que si personne ne défend les intérêts des Français en France, il y a peu de chance pour que les élites d'autres nations s'en préoccupent.



Cependant Hollande, par ses propos, a dit tout haut ce que finalement la majorité de nos élites institutionnelles pensent tout bas. La France on s'en fout tant qu'on a l'ivresse que nous octroie notre statut social. Bien évidemment le Hollande, qui n'est pas si idiot, se défend en prétendant vouloir défendre le prolétariat indien, mais comme le sous-entend la phrase de Rousseau qui peut donc croire un instant qu'un homme incapable de solidarité avec ses proches ou ses voisins, pourra en faire preuve avec des inconnus lointains. Il est évident ici que cet esprit contradictoire est le fruit d'une fausse conscience au sens de Marx. On prétend faire de la solidarité avec le lointain pour en réalité justifier son égoïsme local. Et les différentes propositions de François Hollande et plus généralement d'une grande partie de la gauche comme de la droite ne font que confirmer cette intuition. L'aide au plus démuni du lointain est une excuse de plus en plus ridicule justifiant les plus immondes saloperies pratiquées sur notre propre territoire. De l'inégalité des richesses en pleine explosion, aux avantages multiples ou aux dérogations de droit pour certains Français bien nés. La France ne compte plus les multiplications d'injustices que la génération Hollande (et je mets notre cher président dans le lot) a produit. Toutes les plus grandes horreurs se sont faites au nom du progrès, de la solidarité internationale, de la morale, ou de la liberté. On détruit tout au nom de principes creux, qui ont le plus souvent été largement détournés de leur définition de base à fin de soutenir les plus bas instincts d'une élite en perdition. On a justifié la destruction de l'état providence au nom de sa sauvegarde, on a détruit l'instruction publique au nom de son amélioration. Et l'on a soutenu la destruction de l'industrie française et la mise au chômage d'une grande partie de notre population au nom de la solidarité internationale et de la liberté de chacun. On a présenté l'euro comme une chance pour la France et aujourd'hui que le chaos s'installe dans cette zone monétaire l'on déclare que la catastrophe s'abattrait sur la nation qui oserait rompre avec la monnaie inique.

 

La démolition de la solidarité nationale par la destruction de la nation, justifiée par des considérations simplistes d'aide supposée à l'étranger. Voilà bien la fourberie la plus grande qui soit. La France avait naguère le christianisme pour endormir les imbéciles, elle a aujourd'hui le socialisme qui est bien devenu le nouvel opium du peuple. On peut critiquer Sarkozy, il a au moins le mérite de ne pas faire semblant de s'intéresser aux plus pauvres. De plus comme je l'ai expliqué à de multiples reprises sur ce blog le malheur des ouvriers français ne fait pas le bonheur des ouvriers chinois, il fait surtout le bonheur des multinationales et des intermédiaires. Mais on fait fi du réel et l'on invente des effets qui n'existent pas pour donner de bons sentiments à ceux qui bénéficient de la mise au rebut d'une part croissante de nos concitoyens. Il détourne le revenu du travail de ceux qui produisent les richesses vers ceux qui détiennent le capital pour reprendre une terminologie que nos amis socialistes utilisent souvent sans vraiment comprendre le sens des termes qu'ils emploient.  De la même manière que les considérations du futur et des prévisions les plus fantasmagoriques sur notre avenir lointain servent bien souvent à justifier des injustices exprimées au présent. Les œuvres de solidarité avec le tiers-monde ne servent le plus souvent qu'à justifier un égoïsme de classe qui a de plus en plus de mal à se cacher, malgré ses multiples sophismes verbeux.

 

François Hollande, un irresponsable en costume trois-pièces

 

  L'habit ne fait décidément pas le moine et dans le cas de François Hollande on atteint les limites de la contradiction. Le pauvre François pense ainsi que la priorité pour la France est certainement de sauvegarder sa sacro-sainte note triple A auprès des investisseurs internationaux. Il faut dire aussi que le François, il considère que le fait que l'état emprunte sur les marchés est une bonne chose pour empêcher la méchante inflation de manger le panier de la ménagère Africaine. Oui Africaine parce que la ménagère Française de base çà ne l'intéresse pas même si elle est encore largement majoritaire dans le pays. Dire que l'on s'intéresse à la ménagère de base blanche et française çà fait trop TF1. Et puis cela permet au passage de justifier la défense des sans-papiers et de motiver les troupes à défendre un sous-prolétariat armé de réserve pour le capitalisme, permettant la baisse constante des salaires pour les emplois non délocalisables.

 

 

 

 

Donc on le voit bien le Hollande, il est tout à fait constant dans son analyse. Il est contre le protectionnisme, officiellement parce qu'il est solidaire des esclaves chinois qui fabriquent les iPhone de ses gosses. Il est contre l'emprunt public officiellement parce que ça limite l'inflation, ce qu'il oublie de dire c'est que l'inflation n'est pas forcement mauvais pour les salariés.  Donc très logiquement il nous annonce aujourd'hui qu'il est pour la rigueur. Mais sans préciser que c'est surtout pour les autres parce que la rigueur lui il ne connait pas. C'est bien évidemment pour le commun des mortels français que sa rigueur rédemptrice sera. Et bien sûr pour François Hollande l'euro c'est formidable et en sortir serait une folie.

 

   Le plus grave dans tout cela c'est  que finalement Hollande pense sérieusement que toute proposition en dehors de ces contraintes libérales serait une pure folie démagogique. C'est bel et bien un effet de fausse conscience, car en réalité c'est bien au contraire ces solutions dites "raisonnables" qui ne le sont pas. Car la vraie démagogie consiste à donner de fausses solutions qui ne résolvent pas les problèmes tout en mettant en avant leur propre inéluctabilité. Les solutions de contraintes telles que ce que propose François Hollande sont incapables de résoudre la crise que nous traversons. C'est d'autant plus vrai que tous les pays d'Europe font les mêmes politiques créant ainsi un cycle infernal de contraction de la demande continentale avec l'aveugle Allemagne pour guide.   La démagogie est de faire croire que la contrition est toujours plus sérieuse que la dépense, que le libre-échange c'est toujours mieux pour tous le monde parce que l'on achète des produits moins cher. La démagogie à l'heure actuelle cela consiste surtout à vendre une politique qui défend des intérêts particuliers, ceux de la rente sous toutes ses formes, en prétendant qu'elle défend l'intérêt général. Car c'est très exactement ce que fait François Hollande.

 

La chimérique solution européenne

 

Mais le comble de la démagogie est surtout dans le fait d'affirmer l'existence d'une possible solution politique européenne alors même que les divergences atteignent des sommets en Europe. De plus, je rappelle que la proposition de François Hollande, faire racheter les titres de dette grecque et autres par la BCE,  ne résoudra pas le problème des déficits commerciaux. Or ce sont ces problèmes qui sont à la base du gonflement de la dette des nations. Ces nations qui sont aujourd'hui attaquées par les marchés financiers après avoir sauvé les systèmes bancaires de la faillite. Le fait est qu'il n'y a pas dans la boite à outils du petit François Hollande de mécanisme capable de résoudre le problème des déséquilibres commerciaux. Si ce n'est le fait de faire payer ad vitam æternam les pays en excédent les déficits des pays plus faibles. Or ce type de solution Hollande, à moins d'un fieffé crétin, sait pertinemment que les pays en excédent ne l'accepteront jamais. Il fait donc bien de la démagogie en prétendant pouvoir résoudre les problèmes des déséquilibres européens par ce tour de passe-passe comptable consistant à effacer les dettes et à les enterrer sous un platane à Francfort.

 

L'effacement de la dette et son rachat aurait un sens, si le problème de base des déficits commerciaux courants était résolu. Il n'en sera rien avec les solutions de Hollande. Ce faisant, les pays en déficit se retrouveraient donc rapidement avec un seul prêteur, la BCE, les acteurs privés ne voulant prendre aucun risque à long terme. Mais peut-être est-ce là le vrai objectif d'Hollande, utiliser la crise pour définitivement démembrer les nations européennes et leurs peuples avec. On le voit déjà préparer le terrain à la mise sous tutelle de la nation française. Grâce à la dette et à son remboursement, la BCE aura tous les droits sur le peuple français du moins jusqu'à ce que ce dernier comprenne enfin que la légitime violence est sienne et que rien ne nous interdit véritablement la violence face à ce type de politique. Avec François Hollande à la tête du pays nous pourrions finir par l'avoir notre révolution, car elle serait la seule solution face au dogmatisme démagogique d'un PS en perdition. Ce que je viens d'écrire aurait pu l'être également pour la plupart des candidats dominants qui sont potentiellement les futurs représentants de la gauche aux prochaines élections présidentielles.

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 17:10

Notre démographe préféré vient de donner deux interviews sur le site à caractère fortement religieux  oumma.com. Il y tenait son discours habituel sur l'évolution future des pays musulmans et sur leur orientation à long terme sous l'œil impartial de l'évolution démographique:

 

 

 

 

 

Pour Todd la baisse continue de la natalité et la baisse de  l'endogamie produisent simultanément une ouverture au monde qui transforme radicalement les structures de ces sociétés comme cela fut le cas en Europe aux 19e et 20e siècles. Cependant, la nature des structures familiales arabes fait que cette modernité passe plus mal qu'ailleurs. En effet, cette modernité est en opposition plus forte avec le modèle de la famille arabe qu'avec les modèles de la famille française et anglo-saxonne, ces derniers étant à la base plus libéraux et individualistes. Todd explique aussi son point de vue sur les révoltes actuelles, mais prend bien soin de dire que l'on ne sait pas encore quel chemin prendront ces pays. D'ailleurs un pays comme la Chine avec des taux de natalité très bas et avec un niveau d'instruction élevé n'est pourtant toujours pas une démocratie. Le contexte aussi compte sur l'évolution des structures politiques. Peut-être que le régime économique d'exportation chinois a permis le maintien d'une société autoritaire qui n'aurait pas résisté si la Chine avait dû consommer ce qu'elle produit. En effet, la mondialisation a probablement freiné l'apparition d'une vaste classe moyenne, socle nécessaire à la démocratie représentative. Les pays arabes font leur révolution dans un cadre mondial qui n'est franchement pas favorable à la poussée de la démocratie puisque celle-ci est même en cours de disparition dans ses lieux de naissance. Les évolutions démographiques et scolaires ne permettent donc pas une véritable prédiction de l'évolution de ces pays. Mais cela reste tout de même l'élément explicatif le plus convaincant sur une très longue période historique.

 

 

 

Todd a donné deux interviews à la suite et le deuxième est à mon sens beaucoup plus discutable. Il concerne bien évidemment la relation de la France avec ses minorités musulmanes. Je ferai ici une première remarque. Il semble que Todd admette le terme islamophobe comme étant une forme de racisme. Je ne veux pas jouer sur les mots. Cependant s'il est vrai que beaucoup d'islamophobes officiels se cachent derrière ce terme pour cacher leur racisme, tout comme il y a beaucoup d'antisémites qui se cachent derrière l'antisionisme. Il n'en demeure pas moins vrai que l'islamophobie est une peur de l'islam. Or l'islam est une religion, pas une race. En tant que religion et dogme idéologique, elle peut donc parfaitement être critiquée, caricaturée ou même humiliée, au même titre que le catholicisme, le protestantisme, le libéralisme, le protectionnisme  , ou tout autre corpus intellectuel. La liberté d'expression et la liberté de blasphème font partie des socles les plus importants de notre civilisation. D'ailleurs, les intégristes musulmans, qui comme les intégristes de toutes les grandes religions n'aiment guère que l'on se moque d'eux, ont bien compris l'intérêt qu'il y avait pour eux à amalgamer critique de l'islam et racisme. Mais c'est absurde. En effet, c'est un peu comme si la critique du pape était assimilée à un racisme antiitalien sous prétexte qu'une majorité d'Italiens est catholique. Et sa sortie sur l'islamophobie qui serait presque est anti-française, est totalement ridicule. J'ai envie de dire qu'au contraire, les musulmans seront pleinement intégrés à la France le jour où ils pourront se foutre de la gueule du coran et de Mahomet. On en est très loin puisque le site sur lequel s'est exprimé Todd s'est offusqué des propos du présentateur Nagui qui a eu l'outrecuidance de rire de la religion musulmane et des prières de rue. À croire que certains musulmans n'aiment la laïcité que lorsqu'elle concerne les autres religions, çà sent l'hypocrisie à plein nez.

 

    Emmanuel Todd est trop intelligent pour ne pas voir le traquenard que représente cette confusion verbale. Surtout lui que l'on a qualifié d'antiaméricain parce qu'il critiquait la politique de l'oncle Sam. Les amalgames permettent de rendre flous les discours et les idées. Ils permettent d'échapper à la raison critique et les religieux musulmans comme certains courants juifs, d'ailleurs, usent et abusent de ces confusions pour éviter la critique.  La France est en pleine escalade communautariste et les dirigeants politiques ou les intellectuels comme Todd devraient rappeler qu'en France on est avant tout citoyen français. Et que l'on ne peut avoir de dérogation de droit, uniquement parce que l'on appartient à une secte ou à un groupuscule particulier. Parce que cela commence avec de la nourriture séparée et cela finira avec un droit séparé,  des habitations séparer, des vies séparer et à la fin la France sera devenue une nouvelle Yougoslavie. Personne ne force les étrangers à s'installer sur notre sol. Et le moins que l'on puisse demander c'est le respect des lois et des pratiques courantes du pays d'accueil, non? De plus, ce n'est pas aider ces minorités que de les enfermer comme le fait Todd dans le rôle d'éternelles victimes. D'autant qu'en réalité c'est une minorité dans les minorités qui impose son dogme à tous. Ainsi en amalgamant arabe et musulman par le terme islamophobe comme le souhaitent les intégristes, Todd fait preuve ici d'un racisme indirect. Il met tous les Arabes et tous les musulmans dans le même sac. Ne peut-on pas être arabe et juif, chrétien ou athée? Si Todd tient à dénoncer le racisme qu'il parle d'arabophobie ou de xénophobie, mais pas d'islamophobie.

 

Ensuite autre point de désaccord avec Todd, il n'est pas nouveau, j'en avais parlé dans ce texte au début de ce blog. Pour Todd les mariages mixtes représentent un moyen de mesurer le degré d'assimilation des populations étrangères dans la société d'accueil. L'idée étant que plus ce taux est élevé, plus rapidement les immigrés sont assimilés. Le problème c'est que le taux officiel de mariage mixte en France est faux. Il inclut en grande partie des mariages qui sont en réalité endogames. Ainsi, quelqu'un d'origine étrangère, mais née en France, qui va chercher une épouse dans le pays de ses parents, passera statistiquement comme un mariage mixte. Ce type de mariage représente les deux tiers des mariages mixtes officiels ce qui change largement l'image d'une France qui se métisse. Cependant, il est vrai aussi qu'aujourd'hui une forte proportion de la population ne se marie pas. Et il est certain que les mariages mixtes sont plus nombreux, en proportion dans les concubinages que dans les mariages officiels, ne serait-ce qu'à cause de l'attachement des populations les plus orthodoxes au mariage. Donc, disons que cet instrument du mariage mixte dans les conditions des statistiques actuelles n'est pas aussi pertinent que ce qu'en dit Todd. D'autant que quelle que soit la proportion de vrais mariages mixtes, les chiffres baissent. Ensuite, il y a d'autres indices que les mariages mixtes qui montrent des difficultés de relation entre les gens d'origines immigrés et la population autochtone. Que ce soit à l'école où certains rapports sont alarmants. Ou dans les milieux du travail où l'on constate un séparatisme revendicatif de plus en plus puissant.



À force de reste collé à ses statistiques démographiques, Todd risque de passer à côté de l'essentiel. Il le dit pourtant lui même dans certains de ses textes, les couches sociales se séparent sous l'effet de la montée de l'individualisme et de l'explosion des anciennes croyances collectives. Dans cette perspective, est-il si étonnant de voir un échec de l'intégration à la française? Admettre cela ne signifie pas que l'on va mettre tous les Arabes à la mer. Seulement le problème doit être regardé de front, sinon ce sont des personnes nettement moins compétentes et moins bien intentionnées que Todd qui se chargeront du problème. À force de laisser ces questions aux extrêmes pour éviter de les voir, on va au-devant de graves ennuis. D'autant que le problème migratoire n'est que partiellement religieux. Nous aurions 5 millions de Chinois en lieu et place des Africains du nord ou du sud, nous aurions autant de problèmes.

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 17:49

  drapeau-chine.pngSuite au texte d'hier sur Paul Jorion je poursuis une petite réflexion sur les évolutions possibles du géant chinois dont Paul Jorion et bon nombre de gens de gauche ou même de droite nous disent qu'elle nous sauvera. La chine, futur grand marché, qui a elle seule avec son 1.3 milliard d'habitants fait entrer en érection n'importe quel capitaliste à courte vue, et au cerveau atrophié par l'excès de raisonnements purement comptables. Le fait est que comme nous l'avons vue à de multiples reprises l'économie chinoise n'est pas un marché, en tout cas ce n'est pas un marché pour les puissances étrangères. Quand les entreprises françaises ou allemandes veulent y vendre leurs produits, elles doivent d'ailleurs transférer une partie de la production et des savoir-faire. Cette stratégie couplée à un niveau salarial très inférieur à ce que pourrait produire la productivité locale permet à la Chine d'engranger d'énormes excédents commerciaux qui sont avec ceux de l'Allemagne les plus importants de la planète. La Chine n’est qu'une usine, pas un marché, pour les puissances occidentales, et lorsque le marché chinois se développe il le fait surtout dans l'intérêt des producteurs locaux.  

 

D'un point de vue commercial, la Chine pratique un mercantilisme nationaliste agressif et investit près de la moitié de son PIB. Ce qui est un taux totalement anormal qui produirait une crise de surproduction n'importe où ailleurs. Seul l'écoulement dans le reste du monde des marchandises chinoises permet l'écoulement de la production. La crise de surproduction voila le danger mortel qui guette la Chine et qui pourrait sceller son destin dans les décennies qui viennent.  On pourrait cependant ici penser que cette situation n'est que le fruit du hasard ou de laissez-faire vers la plus grande pente. Ce serait un phénomène transitoire lié à un moment de l'histoire qui finira par se résoudre pacifiquement, la Chine ayant tout intérêt à développer son marché intérieur pour éviter l'implosion au cas où l'occident ferait faillite ou reviendrait à la raison en limitant ses importations chinoises. Mais on peut aussi imaginer que cette stratégie commerciale à d'autres visées que le simple développement économique. Car les Chinois ne sont pas des Occidentaux postnationalistes. Ils ont en eux encore un patriotisme puissant qui est à la fois un moteur, mais aussi un danger. Surtout, qu'avec l'emballement historique actuel, la Chine pourrait attraper la même folie des grandeurs qui a jadis fait tant de mal à l'Europe. De nombreux indices nous montrent que la Chine ne prend pas un chemin de pacifiste éclairé. On pourrait parler ici de son comportement dans les pays d'Afrique de moins en moins toléré. Mais c'est le domaine militaire qui est le plus parlant. En effet, les dépenses militaires chinoises officielles ont ainsi encore augmenté de 7.5% en 2010, et il s'agissait du chiffre le plus bas de ces dix dernières années en 2008 le budget avait augmenté de 14.5% nettement plus vite que le PIB. Et il s'agit là des données officielles. Le budget militaire chinois est aujourd'hui le second du monde  en valeur avec 82 milliards de dollars. On pourrait se dire que ce n'est rien à côté du budget américain totalement délirant, il est vrai, puisque représentant officiellement la moitié des dépenses militaires du monde. Mais c'est oublier un peu vite que la valeur des monnaies ne signifie pas grand-chose lorsqu'on compare des niveaux de vie. Les prix sont beaucoup plus bas en Chine qu'aux USA et avec un milliard d'euros vous faites beaucoup plus de choses en Chine qu'en Amérique ou en Europe. De fait, cette distorsion monétaire a les mêmes effets sur les budgets militaires.

 

  Pour faire une estimation des dépenses militaires, il serait donc plus logique de faire le calcul en tenant compte des parités de pouvoir d'achat. Si on prend les chiffres de parité de pouvoir d'achat qui avantage largement les USA à cause du rôle du dollar on se retrouve avec un PIB par habitant exprimé en ppa de 45934$ aux USA et de seulement 6778$ en Chine.   Pour un dollar de dépense vous obtenez environ 6.78 fois plus de choses en chine puisque le ppa local est 6.78 fois moins élevé que celui des USA. Les prix les salaires y sont nettement moindres, donc une même dépense en euro ou en dollars donnera un effet physique 6.78 fois plus important. Donc à parité de pouvoir d'achat on peut dire que les dépenses militaires chinoises représentent, une fois ramenées au niveau de vie américain, près de 555 milliards de dollars. L'écart entre les dépenses chinoises et américaines en matière de défense n'est donc pas si énorme que cela. Les dépenses US sont de 700 milliards de dollars, mais il faut prendre en compte la division de cette armée qui s'étale sur toute la planète là où l'armée chinoise se concentre sur son propre territoire.  D'autant que la Chine est en ascension, et que le simple maintien des dépenses en proportion du PIB suffit à faire grimper le niveau d'effort militaire au rythme du PIB chinois. Soit 10% par an en moyenne. On peut donc sérieusement s'inquiéter de l'évolution de la Chine sur ces questions. D'ailleurs si l'on compare les PIB en ppa on s'aperçoit que la Chine talonne déjà les USA en terme de poids économique. L'écart entre le PPA et la réalité du poids de la Chine dans nombre de secteurs est plus cohérent que lorsque l'on s'appuie sur le PIB qui lui est sensible aux variations monétaires. On sait que la Chine est déjà le premier producteur et consommateur mondial dans de nombreux domaines clefs et cela se sent plus dans sa place en PIB par ppa que dans le PIB exprimé classiquement. À ces problèmes de budget militaire s'ajoute la question des rendements décroissants qui touchent les matériels militaires. Si un avion américain vaut en prix dix fois son concurrent chinois, il est certain que l'écart au niveau des performances pures n'est pas aussi important. L'occident fasciné par le progrès technique a oublié de bien mesurer l'équation coût-bénéfice. Au point de se retrouver avec des armées ultrasophistiquées, mais tellement coûteuses que même, la France n'est plus capable d'aligner plus de 10000 hommes en intervention à l'étranger. En cas de conflit, il n'est pas certain que l'avantage technique suffit à compenser l'écart du nombre. C'est une question à se poser sur les rapports de force militaire. Alors que l'occident vient de se prendre une déculottée dans un pays aussi faible que l'Afghanistan.

 

pib par habitant en ppa

 

 

Mais il y a plus alarmant sur la Chine, c'est son comportement relationnel sur le plan diplomatique et géopolitique. Une note de l'IRIS paru sur Le Monde nous montre par exemple la dégradation récente des relations de la Chine avec ses voisins. Des contentieux apparaissent avec les Vietnamiens, les Indiens, les Japonais, et avec les Taïwanais. Les révolutions arabes semblent avoir fait oublier au monde que les plus grands conflits historiques se sont surtout produits dans les zones où les variations de puissance relatives se faisaient sentir. L'effondrement de la puissance US ainsi que l'affaiblissement du Japon de plus en plus palpable laissent le champ libre au géant chinois pour montrer ses ambitions. Les déséquilibres de puissance dans la région en faveur de la Chine pourraient rapidement entrainer celle-ci à se lancer dans des aventures dangereuses.

 

La guerre, un moyen de résoudre la contradiction de surproduction

 

  Je reprends ici à mon compte les analyses des gauchistes qui voient dans le militarisme américain le fruit de la contradiction capitalistique de l'Oncle Sam.  Les  USA ont en effet pendant la Seconde Guerre mondiale pratiquée un keynésianisme militaire. Et comme disait Keynes, les dépenses que l'on trouvait anormales pour améliorer le sort des plus pauvres, ou améliorer le développement économique du pays. On les trouve soudain totalement normales lorsqu'il faut les faire pour la guerre. Sur le plan comptable à court terme, les dépenses militaires peuvent effectivement relancer une demande neurasthénique et cela a très bien marché alors. Même si à long terme il vaut largement mieux investir dans des choses collectivement utiles. Car les dépenses improductives peuvent nourrir l'inflation, la hausse des dépenses improductives n'augmentant pas la richesse globale, mais redistribuent uniquement les richesses existantes. Mais la situation actuelle est très différente de celle de l'époque de la Grande Guerre. Aujourd'hui même si les USA produisent encore leur propre armement, les effets de ces relances keynésiennes militaires vont se faire sentir surtout à l'étranger à cause des importations massives que les USA produisent. Le keynésianisme militaire n'a de sens que dans un pays qui est en surproduction ce n'est pas le cas des USA qui sont plutôt en sous-production. Puisqu'ils n'arrivent même pas à pourvoir seuls à leurs besoins de base. Ils importent trop de choses pour que ces politiques relancent quoi que ce soit si ce n'est les déficits extérieurs. On peut constater d'ailleurs que paradoxalement ces dépenses militaires alimentent surtout aujourd'hui la puissance de leur principale rivale. C'est donc véritablement un suicide puisque les relances keynésiennes en régime de libre-échange nourrissent surtout l'ogre chinois et donc sa puissance militaire.



Par contre, la Chine répond beaucoup mieux aux critères d'un capitalisme plein de contradictions qui peuvent se résoudre par des dépenses militaires massives. Là est sans aucun doute le véritable danger qui nous guette, comme le disait Pierre Larrouturou la Chine peut « péter les plombs » face à ces contradictions insolubles, et dans le cadre d'un régime politique fortement oligarchique. Une fuite en avant militaire est donc beaucoup plus crédible en Chine qu'aux USA. De plus, croire que la Chine fera automatiquement les bons choix c'est par essence lui enlever son humanité. Un peu comme si les Chinois étaient génétiquement programmés à ne pas se tromper comme ces crétins d'Occidentaux. Certes, nos expériences peuvent servir d'exemple, mais le développement urbain chinois actuel calqué sur le pire de l'occident, ou la course à l'inégalité, que connait ce pays montre qu'il est tout aussi capable que nous de faire n'importe quoi de son progrès technique. Que la bulle immobilière chinoise éclate que les exportations vers l'occident s'effondrent pour X ou Y raison, et tout peut arriver.

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 17:50

 

franklin_delano_roosevelt.jpgLes articles se suivent, et se ressemblent tous, le populisme voilà la bête immonde à abattre. À elle seule, cette hantise constante pour ce phénomène dit de populisme en dit long sur la réalité de nos démocraties et de leur évolution. Car il fut un temps où le populisme était populaire. Un temps où effectivement, les hommes politiques avaient vocation a défendre autre chose que l'état de nature de la société telle qu'ils en héritaient. Car la lutte contre le populisme, souvent fantasmagorique du reste, est bel et bien un retour à l'ordre conservateur ou réactionnaire. Il a simplement changé d'habit, mais ce conservatisme sympa d'apparence, fait de luttes contre les discriminations ou le retour des frontières, n'a comme son ancêtre qu'un seul but. Celui de conserver les inégalités acquises et la structure sociale telle qu'elle s'est figée depuis trente ans.  Par tous les moyens, les nouveaux réactionnaires et les conservateurs cherchent à maintenir l'ordre établi, la grande nouveauté dans notre époque tient au fait que l'ordre établi actuel s'est justement construit contre toute contrainte. Il s'est construit sous l'apparence de la société libre et libérale. Bien évidemment, cette liberté était surtout une liberté pour les plus avantagés et la nouvelle société s’est rapidement muée, grâce au formidable mécanisme  de la concurrence libre et non faussé et sous l'effet de libre-échange, en société aristocratique d'un nouveau genre. Le haut de cette aristocratie étant aujourd'hui le chantre de toutes les ruptures morales et sociales. Elle a en elle la haine de toutes les limites sous toutes ses formes. Et elle ne comprend pas que tout le monde ne puisse jouir en même temps de toutes ces libertés. Pour qu'un riche ait des serviteurs, il faut nécessairement que ces derniers n'aient pas le même niveau de vie que lui. Vouloir ainsi créer une société où tous pourraient jouir sans entrave devait nécessairement mener à une société hautement inégalitaire sur tous les plans.

 

Populisme et démocratie

 

Le populisme a fait partie longtemps du jeu démocratique. On disait de Roosevelt qu'il était populiste et cela ne choquait pas l'intéressé. Car être populiste  c'était surtout s'intéresser aux problèmes de la masse de la population. De Gaulle aussi pouvait être qualifié de populiste à certains égards. Dans une société où les citoyens se sentent égaux, la question ne se pose pas de considérer le populisme comme une atteinte au bon sens. En effet, s'inquiéter du sort de la classe moyenne et des pauvres ne devrait pas faire peur à une démocratie en pleine possession de ses moyens. En quoi est-ce populiste de vouloir réduire la pression à la baisse sur les salaires de la population ? Le protectionnisme par exemple est souvent qualifié de populiste sous prétexte qu'il chercherait à réduire indument la concurrence sur le sol français. Mais si c'est ce que souhaite le peuple souverain dans sa majorité qui sont donc les antipopuliste pour le lui interdire ? On entend aussi le fait que les populistes diraient en fait des bêtises inapplicables, mais il y a un terme pour définir cela. C’est démagogue. Pourquoi utilise-t-on donc le mot populiste en lieu et place du terme démagogue ? Voilà un changement de terminologie étrange. Peut-être est-ce finalement pour disqualifier simplement toute possibilité de transformation sociale réelle ?



Il est facile de voir aujourd'hui que toute politique visant à réellement transformer le rapport de force économique est immédiatement taxée de populisme. Nous le voyons dans le cas du protectionnisme, mais c'est vrai pour les taxations de la finance, pour la monétisation de la dette, pour les politiques de contrôle migratoires ou même pour des choses aussi anodines que le mariage. Malheur à vous qui vous opposez à la marche du progrès qui se résume pourtant aujourd'hui à démolir toute structure stable, toute limite. On a ainsi fait passer l'ouverture des commerces le dimanche pour une avancée progressiste, alors qu'il s'agissait bien au contraire d'une énorme régression. Puisque, plus que jamais, la vie de l'être humain se retrouve résumer au travail et à la consommation. La liberté n'est plus entendue que sous l'angle de l'intérêt du consommateur anonyme et protéiforme. Il n'existe plus ni salarié, ni homme, ni femme, ni enfant, ni citoyen, juste des consommateurs. Celui qui considère qu'il y a encore autre chose que la consommation. Que l'on se doive de défendre certaines choses qui n'ont pas de prix sur le marché ou une certaine dignité humaine, on les qualifie de populistes. Sous couvert de raisonnements économiques, souvent très légers et sous axiomes très orientés, on légitime les pires horreurs parce que c'est ainsi. Parce qu'il y aurait un sens de l'histoire qui rendrait caduque toute forme d'organisation extérieure à la sphère marchande. Le protectionnisme que je défends sur ce blog est effectivement populiste. Il s'intéresse aux problèmes de la population. Et même s'il n'était pas efficace économiquement parlant, c'est-à-dire bon pour la croissance, ce qui reste à démontrer au populiste que je suis, la seule réduction des souffrances sociales qu'il permettrait en justifierait la défense. Car il existe d'autre source d'inspiration dans les politiques à mener que l'optimalité de la croissance ou le taux de profitabilité des entreprises du cac40. Si c'est faire du populisme de dire cela alors je suis pleinement populiste et fier de l'être. Même les pauvres n'ont qu'une seule vie et elle est bien trop courte pour qu'on la leur gâche avec les politiques folles du néolibéralisme. Par contre, je pense, personnellement, que la démagogie est, elle, l'apanage de nos dirigeants actuels. Parce qu'il faut être particulièrement démagogue pour prétendre sauver l'euro ou la Grèce avec les politiques actuellement menés. Si nos journaleux veulent faire la chasse aux démagogues qu'ils regardent vers Bercy, Bruxelles, ou vers le FMI. Le FMI qui vient d'obtenir une nouvelle dirigeante bien à l'image de la compétence générale dont a fait preuve cet organisme depuis trente ans.

 

La nouvelle aristocratie et son clergé

 

En définitive, le terme populisme est un peu devenu l'équivalent dans nos temps modernes du mot hérésie dans les temps anciens. Celui qui pense autrement que dans le cadre préétabli du champ des possibles libéraux est nécessairement un démagogue, un déviant, ou un fou. Pourquoi donc en effet penser au peuple ? Selon la doxa libérale çà n'existe pas le peuple. La société n'est que le fruit de la somme des choix individuels qui prend forme à travers les mécanismes du marché pur et parfait. Le populiste n'a donc aucun sens. Bien évidemment tout ceci n'est que la surface des choses. L'idéologie libérale elle-même n'est qu'un bouclier intellectuel et idéologique pour cacher des rapports de force sociaux. Autrefois, les puissants utilisaient l'église et les croyances religieuses pour protéger leurs intérêts, aujourd'hui ils doivent jongler avec les multiples idées et idéologies dont le monde moderne a accouché.

 

Les nouveaux aristocrates usent de n'importe quelles idées, ou termes de communication, pour justifier le maintien de leurs propres avantages sociaux. Ou pour cacher leurs vraies intentions. Après tout, qui aurait accepté le libre-échange si le grand patronat de l'époque l'avait vendu comme un moyen de faire baisser les salaires ? Qui aurait accepté l'immigration de masse pour la même raison ? Et enfin, qui aurait accepté la libéralisation des capitaux si nos élites économiques l'avaient représentait comme un moyen d'échapper à l'impôt et à la solidarité nationale? Le mensonge est à la base même du maintien de la domination d'un système fortement inégalitaire. Celui-ci a simplement changé de forme sous les effets des évolutions technologiques et idéologiques. On présente le libre-échange comme le seul moyen d'avoir la prospérité. On parle de la nécessité de la liberté d'invertir n'importe où pour la même raison. Les dominants piochent à gauche ou à droite toutes les raisons qui puissent justifier leur domination ou la cacher sans se soucier de la cohérence totale du propos. Et la lutte pour la diversité sert de socle à la justification migratoire. Il fut un temps où le libéralisme même économique était révolutionnaire dans le sens où il s'attaquait aux rentes et à l'oligarchie de son temps. Le libéralisme a changé de sens essentiellement parce qu'il a été repris par les élites économiques dominantes pour en faire leur allié et pour justifier leurs propres avantages. Avec l'épuisement des idées libérales, on sent bien quelques tentatives pour récupérer l'écologie. L'écologie dans les mains des puissances d'argent devenant une justification à l'inégalité qui prend par exemple forme sous la multiplication des taxes en tout genre. Taxe qui empêche surtout le pauvre de polluer, mais qui permet au riche de continuer à le faire sous prétexte qu'il a de l'argent. Nathalie Kosciusko-Morizet est la parfaite représentante de cette écologie, tendance défense des gros portefeuilles, qui nous promet des lendemains encore plus inégalitaires. Cette fois l'inégalité ne sera pas justifiée par le marché , la libre concurrence, ou l'efficacité économique, mais par la protection nécessaire de l'environnement. On pourrait pourtant faire tout à fait autrement. Comme nous l'avions vue dans ce texte, sauf qu'il faudrait pour cela sortir de la défense des intérêts des populations les plus puissantes.

 

 

On le voit donc nos structures sociales ne sont pas si différentes de celles d'autrefois. Il n'y a jamais eu de rupture que sur l'apparence des choses, le fond restant le même. À dire vrai seules les grandes catastrophes humaines ont parfois rebattu les cartes des structures sociales comme les guerres ou les pandémies. L'on qualifie donc aujourd'hui de populiste toute politique qui aurait des chances justement de rebattre ces cartes et de changer les règles du jeu qui manifestement ne sont guère juste pour la majorité de la population. Notre chance est que le discours des élites économiques est de plus en plus en contradiction avec les valeurs qu'ils prétendent défendre. C'est la multiplication des incohérences entre les discours et les actes qui devrait faire tomber le système. On parle de démocratie, mais l'on s'assoit sur les résultats des référendums. On confond populisme et démagogie, tout en n'hésitant pas à pratiquer justement la démagogie pour se faire élire. On prend tous les prétextes pour justifier les politiques les plus ignobles et l'on y met un vernis de progressisme pour en justifier l'existence. Non, vraiment, traiter quelqu'un de populiste par les temps qui courent. C’est lui faire grand honneur.

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 23:50

 Je continue un peu mon petit tour des candidats politiques alternatifs. Après Marine Le Pen et son procès qui, comme nous l'avons vue dans un autre texte, ne fût probablement pas une bonne stratégie pour les tenants du système. Tant elle est apparue comme victime dans cette émission sur France2. Nous avons vu ensuite les brillantes propositions de Chevènement qui reste tout de même l'homme politique français le plus précis, rationnel et cohérent dans ses propositions. Nous voyons aujourd'hui l'autre outsider de la campagne à savoir Nicolas Dupont Aignan avec qui je partage une bonne part des analyses et des propositions. Il a eu la chance de passer dans une émission moins caricaturale que celle à laquelle a participé Marine Le Pen. Même s'il est évident que les journalistes et le choix des différents économistes invités visaient essentiellement à discréditer ses propos notamment sur l'euro, la dette, ou encore sur les nationalisations. Quoi qu'il en soit, il a eu un temps relativement long pour s'exprimer, ce ne sera malheureusement pas toujours le cas. Sur la forme de l'émission si le temps imparti est déjà plus intéressant on constate toujours cette vilaine habitude des médias qui dans leur course à l'originalité et à l'audimat s'astreignent à produire des émissions à la forme douteuse. Ici il s'agit de mettre le candidat dans son costume de président. C'est grotesque à plus d'un titre. Tout d'abord, cela pousse à ignorer les changements de contexte dans le cas d'une telle élection. Ensuite, cela déforme nécessairement les propos et le discours tenu pour s'adapter au contexte futurologique de l'émission. En bref, cette forme nuit en partie au fond, mais il ne fallait pas s'attendre à ce que les journalistes"vedettes" se taisent et laissent le candidat seul proposer son programme. Ce serait trop demandé à des gens qui pensent plus à leur notoriété qu'au débat public.

 

 

 

 

 

Quelques remarques sur l'émission

 

Je remarque tout d'abord que les deux économistes invités à parler l'un sur le plateau, l'autre de façon enregistré, constituent une certaine idéologie économique. Encore une fois, l'on fait croire sous le vocable "économistes" que ces derniers formeraient un bloc homogène et que les évidences de ces deux personnes invitées représenteraient l'avis de l'ensemble des économistes. En fait, on suppute ici que les économistes se comportent comme les physiciens ou les mathématiciens et qu'ils ont un ensemble de savoir totalement accepté comme étant reconnu par tous. En réalité, les économistes sont très loin d'avoir cette homogénéité. Et les évidences des deux économistes invités ne sont des évidences que pour eux-mêmes et leur courant de pensée.  Mais il y a quelque chose de plus grave. NDA en parle, mais pas avec assez de force et de convictions. Il ne cite pas de chiffre par exemple. En effet, le premier économiste ment outrageusement. Il ment à plusieurs reprises et si ce n'est pas intentionnel c'est que c'est un incompétent. Tout d'abord, affirmer comme il l'a fait que la croissance allemande a été plus forte que la nôtre alors que ce pays est aussi dans l'euro. C'est une escroquerie comptable. Sur les dix dernières années, l'Allemagne a eu une croissance nettement plus faible que la nôtre. Ce n'est que récemment que la croissance allemande a été plus forte. Elle a profité des plans de relances des autres pays de la zone euro pour tirer son excédent vers le haut en pompant la croissance de ses voisins. Autre mensonge. Dire que l'euro nous protège est une insulte à l'intelligence humaine. La zone euro est lanterne rouge de la croissance mondiale depuis une décennie. Les pays de l'UE qui ne sont pas dans la zone euro ont eu une croissance plus forte que ceux qui sont dans la zone euro. Et cerise sur le gâteau, non seulement ces dix dernières années ont fait de la zone euro la zone mondiale à la croissance la plus faible, mais en plus notre zone monétaire est avec le Japon la zone du monde qui a senti le plus durement la crise mondiale. Le PIB de la zone euro a reculé bien plus que celui des USA d'où la crise des subprimes était pourtant partie.



Je regrette que sur ces sujets Dupont Aignan n'ait pas été à la hauteur. Comme il ne l'a pas été non plus sur la question de la dette où il a été trop flou, même s'il n'est pas dans l'amateurisme de Marine Le Pen. L'inflation qui obsède ce journaliste, visiblement parti à la défense des rentiers qui le font surement vivre à travers des investissements en portefeuille financiers, n'est pas la catastrophe qu'il défend. Il faut vraiment rappeler la base de l'économie puisque ces clowns semblent répéter inlassablement les mêmes bêtises pour plaire à leurs maitres. Ce qui compte ce n'est pas l'inflation dans l'absolue, c'est le pouvoir d'achat. Si les prix augmentent de 5 %, mais que votre salaire augmente de 6% votre pouvoir d'achat, augmente de 1%. À l'inverse si les prix n'augmentent que de 2% mais votre salaire de 1% vous perdez 1% de pouvoir d'achat. La peur de l'inflation est donc une peur imbécile, une peur qui en réalité a été instillée dans la population pour l'intérêt de la rente sous toutes ses formes. Car la rente elle craint évidemment l'inflation qui dévalue la valeur de son capital.



Autre problème que malheureusement NDA n'a pas souligné et qui montre qu'il devrait encore étudier la question. C’est sur la question de la dette publique une fois revenue à l'euro. Il aurait dû demander à son interlocuteur économiste si la dette libellée en franc en 1999 l'est restée après le passage à l'euro. Nos économistes défenseurs de la rente montrent ici toute leur inféodation puisque lors du passage du franc à l'euro les dettes publiques ont été converties. Pourtant nous aurions beaucoup gagné à les avoir gardés sous forme de francs puisqu'avec l'appréciation de l'euro la valeur des anciennes dettes se serait fortement allégée en euro. À l'époque personne ne s'est comme par hasard soucié de savoir si les dettes françaises anciennement acquises resteraient exprimées dans la valeur du franc de l'époque du passage. Mais étrangement lorsque l'on passe de l'euro au franc voilà que la question se pose. C'est étrange non? L'explication est simple en fait. Dans le premier cas, les rentiers, détenteurs de titres de dettes françaises, savaient que l'euro serait plus fort que le franc. Ils n'avaient donc pas d'inquiétude quant à leur valeur sur le marché international de leurs titres. Au contraire même. Ils savaient que ce passage ferait que leurs titres de dette française vaudraient plus de dollars ou de Yen une fois exprimé en euro. Cette fois c'est la situation inverse, ils savent pertinemment eux et leurs représentants bancaires, que le franc sera probablement plus bas que l'euro actuel. Ils insistent donc pour que la dette française accumulée jusqu'ici reste exprimée en euro CQFD. Mais c'est une aberration, on ne voit pas pourquoi la France ne convertirait pas sa dette dans sa propre monnaie. On laisse une période de trois mois aux détenteurs de dette pour faire leurs changements à la banque de France pour convertir leur titre. Pendant ce temps, un euro reste égal à un franc. Une fois ce délai passé, on laisse filer le franc et le tour est joué. Sur le plan intérieur, la valeur des titres n'aura pas changé, par contre effectivement la dette exprimée en euro vaudra moins et ces titres de dette auront perdu de la valeur à l'échelle internationale. Mais franchement on s'en fout un peu.



Enfin dernier point sur ce petit débat. NDA n'a pas été bien clair sur la question des moyens et de la monétisation. Il aurait dû à mon sens prendre plus appui sur la période de la reconstruction d'après-guerre, époque durant laquelle on émettait du crédit productif. Il faut vraiment expliquer aux gens que la monnaie cela se crée. Et que la valeur de cette monnaie va dépendre ensuite de son usage. Un capital cela se fabrique. Et il n'y a aucune raison pour que la monnaie de base soit produite par le système bancaire privé sous forme de prêt à intérêt plutôt que par l'émission monétaire de la banque de France et de l'état. Pour ceux qui s'inquiètent de la dégradation de la note des titres des dettes françaises, rappelons que l'emprunt à l'étranger n'a de sens que pour combler le déficit commercial. Si vous n'avez pas de déficit commercial, vous n'avez pas besoin d'accumuler les emprunts à l'étranger. Lorsque par exemple l'état construit une route en France, avec des salariés français, des entreprises françaises, etc. Pourquoi devrait-il emprunter l'argent sur les marchés extérieurs? Si ce système a été instauré ainsi depuis 1973 c'est pour donner un argument comptable à ceux qui veulent la mort de la sphère publique française. Car les intérêts de la dette servent à déséquilibrer le budget de l'état et in fine à justifier la destruction et la privatisation de tous les services publics. Pour conclure sur cette question, je mets cette vidéo sur l'économiste iconoclaste Louis Even qui expliquait déjà cela dans les années 60.

 

 

 

 

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 18:20

  Chevenement.jpg Il est invincible, il a survécu à l'isolement, au coma, aux années Mitterrand et au tournant de la rigueur de 83. Jean Pierre Chevènement semble donc vouloir à nouveau se lancer dans une candidature et il a pour cela produit un texte d'une grande qualité sur le site de rue89. Son texte fait d'ailleurs un peu tache sur un site dont la qualité globale est à mon sens très discutable, mais on se fiche un peu de cela pour l'instant. Ce qui frappe surtout dans l'analyse de Chevènement c'est sa proximité avec les textes et les analyses les plus fortes que l'on peut trouver chez les alternatifs de gauche ou de droite. On retrouve chez lui les stratégies de sortie sur l'euro d'un Sapir et les thèses protectionnistes d'un Todd. On peut ne pas être d'accord sur nombre de points ou sur l'agencement des politiques qu'il cherche à promouvoir, mais force est de reconnaître la grande rigueur et la grande cohérence de ses propositions. On pourrait cependant se poser quelques questions sur l'opportunité d'engager une course à la présidentielle à son âge. Et surtout de le faire seul dans son coin, en aggravant ainsi l'extraordinaire division actuelle des républicains souverainistes. Un homme de sa trempe, de son âge et de son expérience devrait au contraire essayer de rassembler tous ceux qui sont assez proches de ses convictions sur les sujets essentiels. Je parle ici bien sûr de Nicolas Dupont Aignan, mais aussi des gens du M'PEP, voir du PG si ce parti se décide enfin à trancher sur les questions européennes. Il pourrait même convaincre Montebourg de larguer un PS condamné à la dérive toujours plus libérale et ainsi montrer une ouverture réelle.  Après tout l'exemple de Chevènement qui a essayé sans succès depuis 1983 de faire changer le PS d'avis sur le libéralisme, devrait pousser Montebourg à abandonner cette idée. 

 

Quelques divergences avec les propositions de Chevènement



  Sur le constat de la crise actuelle, je ne crois pas qu'il y est de divergence quelconque. On retrouve à peu près les mêmes analyses chez Todd, Lordon, Sapir, chez le M'PEP, à DLR , chez Montebourg, etc. Bref, on ne discutera pas sur la question de l'analyse de la situation si ce n'est que Chevènement arrive en très peu de mots à bien définir les problèmes. Chevènement explique aussi en quoi la gauche n'a toujours rien compris à ces problèmes. Je parle bien évidemment de la gauche dite de gouvernement, et Montebourg et les quelques protectionnistes du PS ont beaucoup de mal à exister au sein de cette structure naturellement libérale. On voit déjà poindre là les attaques classiques contre la personne de Chevènement qui en cas de débandade du PS en 2012 sera probablement accusé d'avoir divisé la gauche. En vérité, c'est bien plutôt l'hypocrisie et la schizophrénie des dirigeants du PS qui poussent la gauche à la division et à la perte de son vivier électoral naturel. Au point que les think tanks du PS à l'image de Terra nova vont jusqu'à prôner l'abandon des couches populaires. On se demande vraiment qui divise la gauche à ce compte. Quoi qu'il en soit Chevènement ne doit pas avoir peur à mon sens de faire acte de division et de proposer un rassemblement le plus large possible.

 

Sur le plan purement économique, je constate que Chevènement reste tout de même en priorité dans une stratégie d'échelonnement sur l'euro et le protectionnisme. Il propose ainsi en premier lieu de tenter la stratégie toddienne consistant à tordre le bras de l'Allemagne. C'était en effet l'un des plans de bataille de Todd, jusqu'à il y a peu. Il se trouve que malheureusement l'Allemagne ne montre aucun signe apparent d'une quelconque volonté de changer de stratégie économique globale. Il est vrai aussi que le comportement des dirigeants français actuels, extrêmement suiveurs ne risque pas de les y pousser. On peut donc penser ici que le plan A de Chevènement est, soit une proposition purement stratégique visant à convaincre un électorat encore indécis sur le sort de l'Europe actuelle, soit le résultat d'un retard dans l'analyse géoéconomique du moment.



Le plan B de Chevènement est déjà beaucoup plus réaliste et à mon avis il a sa faveur, car en pratique on voit mal comment redresser la situation en l'état actuel de l'euro. Ce plan B consiste à faire de l'euro une monnaie commune, c'est une stratégie qu'il a en commun avec DLR et une bonne part des alternatifs. C'est la solution optimale dans le sens où l'on empêche les dévaluations compétitives en cascade tout en permettant aux pays les plus en difficultés de revenir à des niveaux de parité plus raisonnables pour leur économie. On regrettera qu'il n’y ait pas de plan C concernant l'euro parce que malheureusement il y a de grandes chances pour que même cette solution ne soit pas praticable ou en tous cas avec tous les pays membres de la zone euro actuelle. De ce fait et toujours dans la même optique. Le plan C pourrait consister à créer une nouvelle zone monétaire du type SME(système monétaire européen), mais avec un nombre plus restreint d'états. Je suis persuadé que les pays latins et la Grèce seraient assez faciles à convaincre, on pourrait en profiter pour lancer comme le propose d'ailleurs Chevènement dans son plan B un élargissement de ce nouvel euro à d'autres zones. En particulier celle du sud de la méditerranée qui pourrait ainsi bénéficier ainsi d'une monnaie de réserve et d'investissement qui les protègerait des attaques spéculatives. Je cite Chevèenment:


« Elle permettrait surtout l'extension de la zone euro à la Grande-Bretagne, aux pays scandinaves, aux PECO's qui s'en tiennent, à juste titre, éloignés, mais aussi à la Russie, à l'Ukraine, aux pays de l'Euroméditerranée, etc. Ce serait un système réaliste pour tout le monde, où des ajustements de parité négociés permettraient de corriger les déséquilibres commerciaux excessifs. »

 

Je rappelle au passage qu'une monnaie commune est très différente d'une monnaie unique. Dans un tel système, chaque pays a sa propre monnaie, mais pour pouvoir dévaluer il doit y avoir des règles construites pour éviter les dévaluations agressives. La règle d'or étant l'équilibre des balances des paiements de chaque état membre. En quelque sorte, un tel euro pourrait mettre en place les bases d'un nouveau Bretton Woods. Un système dans lequel les déséquilibres sont évités et qui favorise les relances intérieures plutôt que la recherche d'excédents commerciaux. L'euro aurait dû servir à cela, mais sa construction sous forme de monnaie unique visant à produire un état fédéral fantasmagorique a produit l'effet inverse. Un contrôle des entrées et des sorties de capitaux complèterait parfaitement un tel système et éviterait les problèmes qu'a pu connaître l'ancien SME.

Autre point de divergence ce sont les questions du nucléaire et de l'énergie qui sont tout de même des points très importants. Si je suis moi même partisan d'un débat serein sur les questions énergétiques. On ne peut pas réduire l'accident de Fukushima à un simple accident qui résulterait de la folie japonaise ayant consisté à confier à des acteurs privés la charge du parc nucléaire nippon. Si cela a probablement joué, c'est oublier un peu vite que l'URSS, qui ne respectait pas vraiment les mécanismes du capitalisme, a elle-même connu une catastrophe majeure en ce domaine. Le fait est que le nucléaire actuel n'est pas une bonne chose et que les calculs de risque sur ces questions sont particulièrement mal venus. Car en cas d'accident le prix à payer est beaucoup trop grand. L'autre point est que l'uranium s'épuise et qu'il ne peut en aucun cas constituer une garantie d'indépendance énergétique. J'aurai aimé que Chevènement ouvre ici d'autres pistes comme le thorium dont nous avions ici parlé. Ou encore les nombreuses énergies alternatives qui sont loin de s'arrêter aux panneaux solaires et aux éoliennes. C'est d'autant plus dommage que sa position pronucléaire sera utilisée à son encontre pour le qualifier de passéiste. Un qualificatif qui sera utilisé également pour son programme économique.

 

Pour un grand rassemblement d'esprits souverains

 

       On le voit s'il y a des divisions sur certains sujets, on peut très bien passer outre. Et proposer un programme minimal concernant essentiellement le retour à la souveraineté nationale sur tous les plans. Les sujets causant des conflits pouvant être réglés par l'usage du suffrage universel si besoin est.  Chevènement est l'homme le plus à même de faire ce rassemblement et de se mettre au-dessus des divisions secondaires. Si sa tentative de 2002 a échoué, il faut bien voir que les conditions ont profondément changé et changerons d'ailleurs encore d'ici l'élection présidentielle. En effet, il se pourrait bien que l'euro éclate avant même l'élection ce qui ne serait pas sans provoquer quelques effets sur celle-ci. Un tel rassemblement est d'ailleurs tout à fait capable de vider le FN de ses électeurs, et entre cet électorat et tous les abstentionnistes déçus par trop de lutte d'égo chez les politiques, il y a du monde à rassembler. D'autant qu'une ligne protectionniste propre, c'est à dire non entaché par le passé du FN, pourrait convaincre les électeurs que l'on sait nombreux à être favorable à de telles mesures. Je me demande d'ailleurs si le sondage récent sur le protectionnisme n'a pas décidé Chevènement à se lancer finalement en campagne. Les propositions de Chevènement visant à faire un plan A, ou un plan B, suivant telle ou telle condition, est assez proche de la méthodologie de Jacques Sapir, et des idées que défendent le M'PEP ou DLR. Il serait donc dommage de ne pas tenter de faire une convergence vers un programme commun. L'idée d'une confédération européenne peut ainsi très bien se mélanger à l'Europe à géométrie variable d'un Nicolas Dupont Aignan. Moyennant quelques précisions et réflexions sur ce que serait une confédération européenne. Mais la certitude et la volonté d'améliorer la situation de l'économie européenne et française par la régulation commerciale, le retour à un système monétaire raisonnable et des politiques de grands projets industriels sont des points de convergence suffisamment puissante pour réunir les souverainistes des deux rives. Il faut espérer que Chevènement se décidera enfin à prendre le risque de réaliser son destin national. Quitte à se fâcher définitivement avec des esprits trop étroits pour comprendre ce que signifie l'intérêt supérieur de la nation et du peuple de France. Après tout que doit donc Chevènement au PS à part des quolibets, des caricatures absurdes et des trahisons?

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 16:20

 

    Mon Dieu quel spectacle affligeant sur les antennes de France2 hier soir  ! Pour tout vous dire, je n'ai pas tenu et me suis contenté des extraits visibles sur internet. C'est qu'ils ont réussi à rendre Marine Le Pen sympathique à force d'attaques ridicules et caricaturales. On voit que les leçons à répétition que reçoit le système médiatique ne portent absolument pas atteinte à leur attitude. On retrouve ici l'inquisition libérale sommant l'accusé, en autre Marine Le Pen, à plier face à l'avalanche de poncifs et d'idioties répétées inlassablement comme étant des vérités établies. On applaudira d'ailleurs le final grotesque, avec la pauvre Caroline Fourest, et le pitoyable Laurent Joffrin en guise de juge. Laurent Joffrin qui est probablement la caricature la plus flamboyante avec Apathie de la sclérose actuelle du système médiatique français. Laurent Joffrin il n'y a pas si longtemps avait fait un réquisitoire ridicule pour faire arrêter l'émission de Frédéric Taddei trop libre à son goût. C'est que nos éditorialistes usagés ont de la suite dans les idées et ils défendent de plus en plus ouvertement la limitation de l'expression publique à ceux qui sortent des clous. Apathie a récemment proposé sur la chaine Canal+ de mettre la limite du nombre de parrainages à 1000, voir à 2000 parrains, histoire d'être sûr d'empêcher tout renouvellement démocratique des partis. Comme çà on reste entre gens de bonne compagnie, n'est-ce pas? À ce compte je me demande pourquoi ils ne vont pas au bout de leur idée en remettant au goût du jour le suffrage censitaire. Ou pourquoi pas, en limitant le droit de vote aux gens qui ont fait Science Po ou l'ENA comme çà cela marcherait encore mieux.  

 

Marine Le Pen n'en demandait pas tant

 

  Le plus risible dans tout cela c'est qu'il n'y a guère besoin de tant d'agressivité pour déboulonner Marine Le Pen qui maitrise mal ses sujets. Surtout sur les questions économiques, mais il est vrai qu'elle avait face à elle des gens encore plus incompétents. Joffrin qui n'a toujours pas compris qu'un état n'est en aucun cas obligé d'emprunter sur les marchés financiers sauf en cas de déficit commercial. Et la pauvre Cécile Duflot qui pense que la Bretagne est une nation après avoir mis le Japon dans l'hémisphère sud. Elle a vraiment besoin de manger à nouveau du confit de porc  . Bref, la nullité du débat est probablement liée aux inaptitudes intrinsèques des participants alliées à une très visible mauvaise foi. Au final, on s'est retrouvé avec une espèce de tribunal d'inquisition. Je préférai personnellement celui de Desproges, il était quand même nettement plus drôle.

 

 

 

 

   Au final, on ne peut que conclure une chose. Rien n'a vraiment été débattu hier soir, et l'on ne sait toujours pas si les positions de Marine Le Pen sont sérieuses ou non. La télévision a montré encore une fois son incapacité congénitale à produire du débat sérieux sur le fond. Il ne restait que l'émotion. Or quelle émotion va-t-il ressortir de cette inquisition? De la colère, de la colère parce que la population va en grande partie s'identifier à Marine Le Pen littéralement bafouée par les journalistes et les invités. Ce déséquilibre flagrant, qui n'aura échappé à personne, va finalement renforcer l'image d'une Marine Le Pen représentante de la France opprimée. Celle qui subit les effets de la mondialisation et de l'irresponsabilité migratoire. Le fait est que ces méthodes qui pouvaient marcher sans doute dans les années 80-90 face au père ne fonctionnent plus aujourd'hui et fonctionneront de moins en moins bien. On va rire le jour si la Grèce sort de l'euro avant l'élection de 2012. La caricature des idées de Le Pen, la non-discussion sur la dette, l'euro ou le protectionnisme pourrait totalement inverser le rapport de force au moment des élections. Si par malheur on assistait simultanément aux élections présidentielles et à l'explosion de la zone euro.  Ainsi les guignols ne seraient plus au FN, mais véritablement dans les médias. Marine Le Pen surfe sur le phénomène décrédibilisation des élites évoqué récemment par Todd. Elle peut allègrement jouer sur ce tableau puisqu'il lui suffit de se montrer dans un média pour être immédiatement attaqué de façon parodique.

 

    Une fois le moment venu elle n'aura plus qu'à ramasseur la mise, les médias ayant fait entièrement le travail pour elle. Il est surprenant de voir que les journalistes mainstream surestiment leur propre pouvoir d'influence sur la population.  On aurait pu penser la chose entendue depuis 2005, mais il n'en est rien. Toute personne prise en grippe par les médias se voit pourtant accorder une véritable amélioration dans l'opinion publique. La connivence entre média et pouvoir étant aujourd'hui une évidence dans les couches populaires. Or ce sont ces couches populaires qui font en grande partie l'électorat de Marine Le Pen, ces attaques ne font donc que renforcer son rôle d'égérie des petits contre les grands. D'autre part, les attaques que j'ai entendues sur le plan économique montrent toute l'ignorance de ces journalistes ou des politiques invités. Croire par exemple comme la pauvre Cécile Duflot que la question de la dette grecque peut être réglée par le changement du budget militaire c'est ne rien comprendre à la situation actuelle. C'est aussi ignorer la réalité de la situation géopolitique de la Grèce . Peut-être que notre petite écologiste ne sait pas par exemple que la Turquie occupe toujours militairement la partie  nord de Chypre. De plus, la réduction des défenses militaires a un effet dépressif sur l'emploi. D'un point de vue comptable, réduire les dépenses militaires ou sociales a exactement le même effet sur la dynamique globale du pays et sur la demande intérieure, dans les deux cas elle se réduit. La réduction des dépenses militaires aura donc exactement le même effet que les autres réductions à court terme que les réductions plus sensibles pour esprit de gauche, même si cela pourrait éventuellement réduire l'inflation à long terme. Mais ces réductions sont-elles si intelligentes que cela au moment où le nationalisme islamique se montre sous un jour assez agressif à Ankara? Il est probable que ces problèmes géostratégiques, Cécile Duflot s'en fiche. Évidemment les conflits se règlent toujours  par la discussion... 

 

  Quoi qu'il en soit le débat aurait eu une autre tenue avec des partisans du protectionnisme et non les défenseurs d'un système moribond qui ne pensaient qu'à améliorer leur image en abattant symboliquement la bête. Un Todd ou un Sapir aurait été bien plus à même de mettre le nez de Marine Le Pen dans ses contradictions, mais il est vrai que cela aurait aussi montré que le protectionnisme ou la monétisation de la dette pouvaient être défendus par des rationalistes. Or il faut faire sortir ces sujets du champ des possibles, car tel est l'usage  du FN pour les médias. Les Joffrin et compagnie sont d'autant plus inquiets, qu'ils ont surement pris connaissance du sondage récent sur le protectionnisme. Un sondage qu'ils n'ont guère relayé justement pour éviter de faire parler de ce sujet de façon trop positive.  Seulement, il se pourrait bien à ce rythme que ce soit leur créature du FN qui finisse par les dévorer. À force de laisser les sujets sérieux au FN, ils finiront vraiment par le mettre au pouvoir.  

 

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