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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 20:13

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Étrangement j'ai toujours eu une certaine antipathie pour Arnaud Montebourg. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours eu quelques doutes sur ses convictions profondes, ou plutôt il m'a toujours donné l'impression de défendre des idées non pour ce qu'elles représentent, mais pour ce qu'elles peuvent lui rapporter pour sa propre carrière. En ce sens, Montebourg est pour moi un véritable carriériste capable de changer de point de vue uniquement si cela lui parait favorable à sa carrière personnelle. Je l'avoue en disant cela, je n'ai aucune preuve de ça et c'est peut-être mon intuition qui m'induit en erreur sur sa personne. Et après tout, il est vrai que je ne le connais pas personnellement et qu'il n'a jamais eu les hautes fonctions publiques pour montrer si ces convictions sont réelles ou juste simulées.

 

 

 

Cependant quelles que soient ses intentions, il est vrai que Montebourg représente maintenant l'aile protectionniste au sein du PS, avec son collègue Benoit Hamon. Il est maintenant candidat à la candidature socialiste et même s'il a peu de chance de l'emporter il représente une évolution sensible au sein du PS, puisque maintenant on peut parler protection douanière à l'intérieure du parti socialiste. Bien sûr, il faut y mettre les formes pour éviter de choquer l'âme de gauche du socialiste si sensible au vocable et à l'idéologie. Oui parce qu'au PS on aime la liberté d'expression quant celle-ci est très limitée dans l'espace du pensable et d'idéologiquement conforme aux principes du socialisme version post1984. Le protectionnisme est donc un mot assez tabou et les politiques font d'énormes contorsions verbales pour ne pas user du terme. Dans cette tache digne de l'art de la rhétorique de la cour de Louis XIV, Montebourg a choisi son angle verbal d'attaque avec le terme démondialisation, il a fait sien le mot employé par Jacques Sapir dans son dernier livre.

 

 

Montebourg parle de relocalisation, de protectionnisme, de taxe pour le contrôle financier. Mais comme beaucoup de gens à gauche il est en retard de plusieurs guerres, si je puis dire. En premier lieu le protectionnisme de Montebourg est un protectionnisme européen. Car si Montebourg est effectivement dans une position iconoclaste par rapport à la majorité de ses collègues du PS il a quand même le virus européen dans le sang. Et c'est là le cœur du problème pratique qui s'élève contre ses idées. Car c'est bien gentil de prôner le protectionnisme européen, mais en pratique un président de la République française, même  bien élu, aura le plus grand mal à imposer une telle idée en Europe. Et il aura surtout bien du mal à vendre cette idée à une Allemagne qui accumule des excédents commerciaux à notre encontre. Le fait est que le protectionnisme européen est une solution théorique qui n'a pas de possibilité d'application dans le monde réel. Imaginons que Montebourg soit élu, que fera-t-il si nos voisins refusent une telle politique? Que choisira-t-il? L'Europe et son libre-échangisme radical au protectionnisme impossible ou la France et son protectionnisme réalisable. Ce choix là Montebourg n'en parle pas et c'est une constante chez les gens de gauche y compris chez les plus radicaux comme Mélenchon. La gauche se fracasse sur la haine de sa propre nation, une haine qui rend impossible en pratique l'action collective. Une fois au pouvoir je doute sérieusement de la capacité des gens de gauches à véritablement agir dans le sens de l'intérêt du pays. Ils sont tellement persuadés que la nation est un reste inutile du passé.

 

 

Dans les propos de Montebourg, il n'y a donc rien sur les problèmes de l'euro, ni même sur la question de la dette publique et de son éventuelle monétisation. En effet pour cela il faudrait au préalable que l'état français reprenne rapidement le contrôle de sa propre monnaie ce qui veut dire mettre fin à l'euro. Ces problèmes-là seraient pourtant posés à Montebourg si éventuellement il devenait candidat à l'élection présidentielle. Marine Le Pen aurait facilement sa peau en abordant de tels sujets et en le mettant face à ses contradictions. Seulement même s'il pensait à ces questions là, ce qui est possible. Montebourg pourrait-il en pratique devenir le candidat du PS tout en allant aussi loin dans la critique des politiques que son propre parti a défendu ces trente dernières années? Peut-on rejeter l'Europe parce qu'elle empêche une politique plus sociale tout en étant au parti socialiste? Montebourg est peut-être un homme neuf, comme Benoit Hamon, mais le parti dont ils cherchent à modifier le comportement ou le programme a une histoire, une idéologie de base. Le transformer sera tout aussi difficile que transformer un parti comme le FN en un parti républicain. (oui je suis provocateur). On m'objectera que ce genre de transformations prennent du temps, je veux bien l'admettre. Mais la France est aujourd'hui empêtrée dans une crise extrêmement grave, elle n'a pas le temps d'attendre que le PS se transforme dans les dix prochaines années. La crise de l'euro c'est maintenant, la crise du libre-échange c'est maintenant, le chômage de masse c'est maintenant  tous ces problèmes n'attendrons pas dix ans. Nous assistons à une accélération de l'histoire et les membres du PS comme ceux de la majorité au pouvoir semblent avoir dix ans de retard sur la réalité. Le protectionnisme européen on pouvait encore le défendre au moment du référendum sur le  TCE dont c'est le sixième anniversaire demain d'ailleurs. Aujourd'hui après la crise grecque et l'explosion d'égoïsme à l'échelle européenne ce n'est plus crédible. L'euro sera d'ailleurs très certainement au cœur de la campagne. La sortie de l'euro de la Grèce étant maintenant évoquée officiellement, on imagine l'effet de contagion une fois que celle-ci aura quitté le titanique de la monnaie unique européenne.

 

  Si Montebourg peut sortir renforcer de la disparition de DSK, il serait beaucoup plus crédible s'il osait aborder ces questions qui pour l'instant ne le sont que dans les partis alternatifs au système. Un discours réaliste sur l'euro et sa nécessaire transformation ou explosion pouvant d'ailleurs lui faire accéder au média. Un candidat PS portant une forte critique sur la construction européenne voila bien une révolution qui pourrait peut-être faire revenir une partie des classes ouvrières vers le PS. Il y a malheureusement peu de chance pour que cela arrive.

 

 

 

Video où Montebourg souligne le soutien que lui apporte Emmanuel Todd  
 

Arnaud Montebourg est bien présent sur internet. Il y a un site pour son groupe défendant sa candidature au PS c'est "des désirs et des rêves".  Sur ce site on voit d'ailleurs une partie de ses propositions, il y en a douze mises en avant. Elles sont tout de  même assez floues. On est loin d'un programme pratique à la Jacques Sapir. On remarquera au passage l'obsession pour les taxes à caractère écologique dont j'ai dit sur ce blog qu'elles étaient particulièrement inégalitaires ce qui fait tache pour un socialiste. Il vaudrait mieux proposer des quotas mais c'est un autre sujet.

 

 Les propositions d'Arnaud Montebourg:

 

1-Doter l’Union européenne d’une « diplomatie écologique et sociale »
 
Son rôle sera de faire intégrer dans les traités de libre échange de l’OMC de nouvelles conditions non-marchandes, afin de garantir que la compétition ne se fasse pas au détriment du travail et de l’environnement
2-Invoquer les règles sanitaires, sociales et environnementales pour encadrer le commerce mondial
 
 Invoquer dès à présent l’article XX du GATT qui octroie des dérogations aux obligations du Traité de l’OMC si sont en jeu « la protection de la santé et de la vie des personnes et des animaux ou la préservation des végétaux » et « la conservation des ressources naturelles épuisables », afin d’imposer des interdictions de commercialiser ou des taxes douanières sur les produits en provenance de pays violant les obligations du Protocole de Kyoto relatif à la lutte contre le réchauffement climatique. 
 
3-Créer une agence française sanitaire, sociale et environnementale chargée de calculer le coût écologique et social des biens
 
 Créer une agence française sanitaire, sociale et environnementale chargée de calculer le coût écologique et social des biens produits hors d'Europe, selon des critères transparents (normes sociales de l’Organisation Internationale du Travail, kilomètres carbone…). Cette agence sera capable d’établir un « juste coût carbone », mais aussi sanitaire et social, produit par produit, et de proposer à l’Union Européenne des mesures anti-dumping. 

 

4-Instaurer une taxe carbone extérieure aux frontières de l’UE 

 

Cette taxe carbone aura pour but que les produits importés reflètent leur « juste coût carbone, sanitaire et social »

 

5-Reverser les sommes collectées aux frontières de l’UE au Fonds d’Adaptation prévu par le protocole de Kyoto

 

 Ce fonds permettrait la conversion écologique des industries du Sud et obligerait le Nord à des transferts de technologie

 

6-Créer une taxe carbone européenne progressiste et progressive

 

 Cette taxe serait applicable à l’intérieur de l’Union Européenne. Elle encouragerait les entreprises à changer leurs manières de produire et établirait une équité avec les firmes non européennes soumises à la taxe carbone extérieure.

 

7-Instaurer par des traités bilatéraux un système de préférences commerciales

 

 Cette mesure s’établirait au bénéfice des pays s’adaptant au mieux et au plus vite aux normes sociales et écologiques internationales

 

8- Cette mesure s’établirait au bénéfice des pays s’adaptant au mieux et au plus vite aux normes sociales et écologiques internationales

 

 Cette taxe ciblerait notamment le transport maritime sous pavillon de complaisance et afin d’améliorer le bilan carbone

 

9-Adopter une loi en France faisant appliquer la responsabilité sociale et environnementale des entreprises transnationales produisant dans les pays à faible coût

 

 Adopter une loi nationale en France, applicable aux entreprises transnationales disposant d’unités de production dans les pays à bas salaires, les tenant pour responsables des dommages environnementaux et sociaux imputables à leurs filiales et à leurs sous-traitants. Le vote d’une loi permettant d’engager la responsabilité des maisons mères, ayant leur siège en Europe ou hors l’Europe, pourra conduire à des sanctions judiciaires d’interdictions de produits fabriqués en violation des standards internationaux. Possibilité sera ainsi donnée à la justice de poursuivre une entreprise pour des fautes lourdes commises à l’étranger en matière de pollution ou de mise en danger de la vie des travailleurs

 

10-Obliger toute entreprise cotée en bourse à publier un rapport annuel sur l’impact social et environnemental de leurs activités

 

 Ce bilan social et environnemental serait sous peine de sanctions, aujourd’hui inexistantes. Il s’agit d’établir et de publier les comptes des entreprises pays par pays, et de publier des registres complets des actionnaires significatifs pour renforcer la coopération judiciaire et fiscale.

 

11-Sanctionner les Etats et entreprises non coopératifs

 

Lutter contre la corruption et augmenter les risques de sanction sur les Etats et entreprises non-coopératifs.

 

12-Doter notre pays d’une procédure anti-dumping à la française

 

Il s’agit de mécanismes d’interdiction unilatérale (provisoire ou non) de la commercialisation de certains produits (hors UE), en cas d’agression commerciale par des prix déloyalement bas. Il faut faire reconnaître par l'Union européenne un droit à la subsidiarité en la matière.

 

 

PS:Arnaud Montebourg a aussi un blog si vous voulez poster vos critiques...

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 20:05

guaino

  Henri Guaino a montré hier soir le caractère totalement fantasmagorique de ses actions en tant que conseiller de Nicolas Sarkozy. Face à Emmanuel Todd il n'a fait qu'aligner des poncifs et de multiples mensonges sur la réalité gouvernementale et les politiques menées. À tel point qu'il a fini le dialogue par des propos totalement mensongers du type "La France ne s'est couchée devant personne ni devant l'Allemagne ni devant l'Amérique". Pour ensuite affirmer "Je vous mets au défi de montrer où la France s'est couchée face aux USA", je ne sais pas par exemple en rejoignant l'OTAN. Ou encore en laissant les troupes françaises en Afghanistan alors même que Sarkozy avait promis durant la campagne de les retirer. Bref un véritable foutage de gueule en règle. C'est à croire que monsieur Guaino rêve la politique menée par ses collègues ou qu'il est complètement sur une autre planète.

 

 

Mais n'ayant aucun argument à présenter, car prisonnier de son statut personnel, le pauvre Guaino a passé son temps à pratiquer les conseils de Goebbels mentir en permanence en espérant que le mensonge se transformerait en vérité. Sur l'euro il n'a rien démontré, il n'a fait qu'affirmer. Sortir de l'euro serait irresponsable, je crois exactement l'inverse, c'est irresponsable d'y rester. Je l'ai d'ailleurs démontré à de multiples reprises sur ce blog. D'ailleurs, l'une des plus grosses erreurs intellectuelles de Guaino fut d'annoncer benoitement que le problème de l'euro était sa gestion. En réalité, vous pourriez mettre le meilleur des hommes à sa tête, ce qui est loin d'être le cas à l'heure actuelle que vous auriez les mêmes problèmes. L'euro est en pratique ingérable puisque ne pouvant satisfaire en même temps à tous les intérêts divergents des peuples européens. Le plus drôle dans l'affaire c'est que cet ancien partenaire de Philippe Seguin a employé les mêmes méthodes que les défenseurs de Maastricht en 1992. Pour défendre l'euro, il a déclaré les propos de Todd irresponsables et nous annonce la fin du monde si nous en sortions. Il aurait fallu rappeler à ce monsieur que les mêmes annonces étaient faites en 1992 par un Delors ou un François Mitterrand. On nous présentait alors le choix comme étant entre Maastricht ou la mort de la France. Il est quand même étrange d'entendre un antimaastrichien de l'époque user de ce genre de procédé pour justifier le maintien d'une monnaie dont on constate tous les jours les effets néfastes.

 

C'est la faute à nos prédécesseurs  

 

 

Cette expression pourrait résumer la défense choisie hier soir par Guaino. Dédouanant Sarkozy de toute responsabilité alors même qu'il a le pouvoir depuis quatre ans, il fait feu sur les prédécesseurs du gouvernement actuel. Nous remarquerons au passage que Guaino oublie un peu vite que la droite est au pouvoir depuis 2002 et non depuis 2007, et que Sarkozy était membre du gouvernement précédent. Il oublie également que si le quinquennat de notre petit président fut effectivement victime d'une crise phénoménale, il n'en demeure pas moins que le modèle prôné par son champion était largement inspiré des mécanismes qui ont justement provoqué cette crise. Nicolas Sarkozy voulait même importer les subprimes en France. On est bien loin d'un champion gaulliste défendant un secteur public puissant et ayant une stratégie industrielle. Alors oui la crise a tout balayé, mais heureusement au final. Si la crise avait pris du retard, la France aurait sans doute adopté le modèle délirant anglo-saxon dans toute la grandeur de sa stupidité structurelle et nous aurions eu une crise bien plus grave en France. Donc la crise nous a finalement sauvé in extrémis du néolibéralisme, planqué derrière des discours gaullistes, qui tiennent lieu de politique économique à Sarkozy. Pire Sarkozy avait une opportunité historique de rompre, avec le système il n'en a rien fait. Et ce ne sont pas les beaux discours de Guaino qui changeront cette triste réalité.

 

 

Où est la régulation financière ? Où est la politique monétaire ? Est-ce Nicolas Sarkozy a-t-il réussi, ou seulement, tenté de convaincre la BCE et l'Allemagne de l'intérêt pour l'Europe d'une dévaluation ? C'est quoi en fait le bilan de Sarkozy ? Dire "C'est la faute des prédécesseurs" est bien pratique, cela fait trente ans en France qu'on entend ce discours. La politique fiscale favorable aux hauts revenus c'est la faute aux socialistes? La réduction des budgets de recherche alors même que l'on fait des discours ventant une politique scientifique d'envergure c'est aussi la faute aux prédécesseurs ? La suppression d'un fonctionnaire sur deux, qui est là effectivement une politique totalement démagogique, c'est aussi la faute aux prédécesseurs ? On peut dire "c'est la faute à l'Europe", mais dans ce cas il faut rompre avec elle et non continuer à la légitimer comme le fait Guaino en prévoyant la fin du monde si nous en sortons. Et s'il ne veut pas rompre alors qu'il se taise et laisse la politique sérieuse à d'autres.

 

 

Guaino, la puissance verbale au service de l'impuissance volontaire

 

 

  En réalité, Guaino et ses discours sont l'exact contraire du gaullisme ou du volontarisme politique. Il confond les discours et les actes. Il fait comme si tenir des propos suffisait à changer le réel. Guaino c'est un peu le socialiste de l'UMP. On fait de grandes envolées lyriques avec de grands principes, mais l'on ne produit pas de réflexion sur  « Comment faire pour y arriver ? ». Cette question-là Guaino ne se la pose pas à l'image de ses concurrents socialistes. Il est plus dans une posture qu'autre chose. Comme un Villepin il s'attache au verbe pour cacher son impuissance et ses incohérences. Car en renonçant à critiquer l'Europe, à en sortir ou à sortir de l'euro Guaino sait pertinemment qu'il renonce de fait à changer véritablement de politique. Ici son opposant était en fait bien mal choisi pour lui en faire la remarque. Emmanuel Todd prônant surtout un protectionnisme européen dont on voit mal en pratique comme il pourrait advenir. Quelque part, Henry Guaino montre dans quelle impasse les élites françaises se retrouvent à cause de leur choix pro-européen. Et face à cette réalité d'impuissance qu'ils n'acceptent pas, eux qui n'ont en réalité que le pouvoir de parler, ils conspuent ceux qui donnent les seules solutions rationnelles possibles. Accuser sans arrêt les autres d'irresponsabilité, n'est-ce pas finalement reconnaître que c'est bien la question du sens des responsabilités de nos élites qui est posée ?

 

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 17:43

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Comme cela était prévisible les tension politiques au sein de la zone euro commencent à devenir importante. La chancelière allemande vient par exemple de remettre au gout du jour le racisme antilatin de son pays avec des propos tout à fait provocants à leur encontre. En effet pour Angela Merkel :«Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l'Espagne, le Portugal on ne parte pas à la retraite plus tôt qu'en Allemagne, que tous fassent un peu les mêmes efforts, c'est important», c'est ce que nous apprend cette dépêche AFP. En version plus crue, cela donne "faut aller bosser bande de fainiasses", j'espère que d'éventuels germanophones pourront traduire ça en allemand. Ce commentaire est d'une gravité extrême, il émane tout de même d'une représentante de la plus haute fonction politique allemande. Dans les pays latins excédés par un chômage qui flambe et des salaires qui s'effondrent, on va surement apprécier ce type de discours complètement à côté de la plaque. Mais le plus étonnant c'est que les élites allemandes semblent sincèrement croire qu'elles n'y sont pour rien dans la situation actuelle des pays latins. Pourtant comme nous l'avions vu, hier les chiffres parlent d'eux même, c'est bien l'excédent allemand le problème numéro un de la zone euro, la surévaluation arrivant en seconde position.

 

 

      La réaction des élites allemandes à la crise semble souligner un esprit d'innocence totale en regard des problèmes que produisent leurs propres politiques commerciales. On dirait presque un état d'esprit à l'américaine, je fais des choses pour moi même sans me soucier des conséquences chez les autres et je feins d'être surpris de ces mêmes conséquences.   Alors est-ce de la mauvaise foi, ou un mélange d'idiotie ou d'ignorance, je n'en sais rien, il n'empêche que les propos d'Angela Merkel sont particulièrement déplacés. Cela confirme aussi mon hypothèse d'une révolte contre l'euro et l'Europe produit par l'égoïsme de certains rentiers d'âge élevé ce qui est le cas d'une bonne partie de la population allemande. Cela peut paraître paradoxal puisque c'est justement l'euro qui permet à l'Allemagne de produire ses excédents, mais c'est sans compter sur les croyances diverses et variées.

 

 

  Les familles souches croient en la hiérarchie entre les hommes, entre les organisations et donc entre les peuples, même si effectivement à cause du passé de l'Allemagne les gens ont tendance à cacher ou à maquiller ces croyances. Cela ressort de temps en temps, et les crises sont des moments propices pour voir ce type de comportement ressortir. Les Allemands pensent leurs sociétés mieux organisées et pense que naturellement les autres devraient les imiter, bien que si cela se produisait les avantages allemands fondraient comme la neige au soleil. Si tout le monde cherchait l'excédent, il n'y aurait plus de clients nulle part. C'est un fait rationnel, mais il est plus grisant et plus euphorisant pour un esprit de famille souche de penser être au sommet de la hiérarchie européenne. Nous avons affaire à un sentiment de supériorité plus qu'à autre chose. À l'inverse chez les pays latins on croit à l'égalité, les propos de Merkel vont donc heurter de plein fouet cette croyance et les Latins vont eux accuser, à juste titre d'ailleurs, l'Allemagne d'égoïsme ou d'être responsable de la situation. Mais comme les mentalités divergent, il y a peu  de chance qu'un tel imbroglio puisse être résolu autrement que par un divorce. Cependant dans ce cas ce n'est pas la victime  de maltraitance qui demandera le divorce, mais l'agresseur en l'occurrence l'Allemagne. Car dans la tête des Allemands il est inimaginable de payer pour des fainéants ou des incapables latins.

 

Une Espagne en pleine crise sociale

 

 

    L'autre grande nouvelle sur le plan de l'instabilité politique en Europe c'est l'apparition de mouvements populaires contre la paupérisation généralisée provoquer par la crise et surtout par les pseudoremèdes à la crise économique espagnole. C'est ce que nous apprend par exemple cet article. Comme je l'avais dit il n'y a pas longtemps, le chômage des jeunes espagnoles dépasse les 50%, un taux de pays du tiers-monde à forte natalité ce qui n'est pas le cas de l'Espagne qui est un pays qui vieillit rapidement. Il est étonnant d'ailleurs que la population espagnole n'ait pas réagi plus tôt et avec plus de violence tant les politiques menées ont été cruelles et stupides.

Chomage-espagnole.png

 

 

 

Cela ne va pas aller en s'arrangeant, car l'Espagne doit créer beaucoup d'emplois pour revenir à la situation antérieure à la crise. Même si cette situation n'était pas encore idéale le taux de chômage n'étant pas alors à zéro, mais à 8 ou 9 % ce qui était déjà trop. Le pays a tiré sa croissance sur une bulle immobilière qui a aujourd'hui éclaté. Un tel modèle n'était bien évidemment pas viable, non pas à cause de la montée des prix irrationnels de l'immobilier, mais à cause du déficit commercial que la surconsommation espagnole produisait. Il faut bien comprendre qu'un modèle économique est viable pour une nation, que si les comptes extérieurs sont équilibrés. C'est la seule véritable contrainte, tout le reste c'est du blabla savant sans intérêt. Qu'un pays ait un déficit public n'a aucune importance s'il n'y a pas de déficit extérieur, c'est juste un problème de répartition interne des richesses et d'impôts mal dosé. La crise espagnole était inscrite dans son déficit commercial, ce qui a permis à des économistes sérieux comme Jean Luc Gréau de prévoir la catastrophe.

 

balance-commerciale.png

 

 

L'Espagne doit reconstruire une industrie, seulement dans le cadre de l'euro on ne voit pas bien comment cela peut-être fait. L'appartenance à la zone euro condamne ce pays à produire des déficits commerciaux en permanence et la seule méthode qu'il ait pour équilibrer ses comptes est dans la hausse du chômage et la baisse du niveau de vie. Seulement comme nous en apercevons maintenant même les Espagnoles ont des limites. Le graphique suivant montre bien la paralysie engendrée par la monnaie unique sur la production industrielle espagnole, non ce n'est pas un hasard si celle-ci stagne à partir de 99. Les quelques années de croissance entre 2005 et 2007 étant surtout dues à l'emballement de la bulle spéculative immobilière comme l'atteste le déficit commercial de ces mêmes années.

 

Production-industrielle.png

 

 

 

En Ecosse  aussi çà chauffe

 

 

Autre effet des crises de l'Europe et du néolibéralisme, les indépendantismes régionaux sortent renforcés de l'incapacité des états européens à régler leurs problèmes économiques. Un référendum sur l'indépendance écossaise pourrait ainsi être bientôt organisé ce que réclame le dirigeant du parti indépendantiste écossais Alex Salmond. Il est aussi le premier indépendantiste à devenir le dirigeant du gouvernement autonome d'Écosse qui était remis en place à l'époque de Tony Blair. L'Écosse qui fait pourtant partie de la Grande-Bretagne depuis 1701 ne supporte plus sa dépendance à l'égard de l'état britannique et la crise a surement donné une certaine dynamique à ces courants indépendantistes. Je rappellerai à nos lecteurs férus de Todd, que l'Écosse est d'ailleurs un état où la famille souche est dominante, alors que la famille anglaise est de type nucléaire absolue. La famille souche est caractérisée par l'inégalité et l'autorité, la famille nucléaire absolue par l'individualisme et l'absence d'intérêt pour l'égalité . Cette différence se traduit probablement par une meilleure résistance de l'identité écossaise à la globalisation et à l'américanisation. Un peu comme l'Allemagne, grande nation de famille souche, résiste mieux à la mondialisation avec un certain nationalisme latent. Dans un système économique qui s'effondre comme c'est le cas de la GB, les gens se rattachent alors à ce qui les unit, mais le fort individualisme anglais empêche une telle évolution. Les habitants de l'Écosse se tournent donc naturellement vers leur identité résiduelle écossaise.  Avec tous ces problèmes, on pourrait se demande si finalement l'Union européenne ne va pas finir par produire plus d'états nation une fois que sa disparition, pratiquement inéluctable, se sera produite. L'Europe d'après l'UE pourrait être composée de plus d'états qu'au départ. Ce qui serait un paradoxe historique de plus puisque le but de l'UE était à l'origine de faire un état plus grand que les états nations membres.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 20:50

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Dominique Strauss Khan vient à nouveau de faire parler de lui, mais pas forcément en sa faveur. Notre candidat potentiellement le mieux placé à gauche vient en effet de se faire arrêter aux USA pour agressionsexuelle. Je tiens à préciser avant toute chose que l'on ne sait pas encore grand-chose des accusations. Même si l'on déteste cet homme et ses idées, ce qui est mon cas, il est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire. Même s'il est vrai qu'aux USA c'est l'inverse un accusé doit démontrer qu'il est innocent. C'est une précaution d'autant plus importante à prendre que l'on sait que les USA sont aussi connus pour leurs absurdités judiciaires en matière de mœurs. Les féministes enragées américaines ayant transformé le rapport homme femme en lutte sanguinaire, produisant une société où les sexes se séparent comme en Arabie Saoudite, mais pour des raisons de sécurité judiciaire. Il se pourrait simplement que notre DSK soit victime d'un de ces excès typiquement nord-américains et d'une accusation à but purement pécuniaire. Cependant cette affaire, si elle est fondée et même si elle ne l'est pas, pourrait quand même remettre en cause la candidature de DSK ce qui pourrait bouleverser la situation électorale en France. Car l'élection n'est pas pour dans très longtemps et ce genre d'affaires pourrait bien durer plus que le laps de temps qui nous sépare de 2012. Ce qui ipso facto met fin à la candidature de DSK.

 

Et si DSK n'était pas candidat?

 

 

On pourrait donc se poser la question de savoir ce qui se passerait électoralement si DSK n'était pas candidat. Si l'on se fit aux divers sondages d'opinion qui ont été réalisés sur les candidatures potentielles, on pourrait conclure à une catastrophe pour le PS. En effet d'après la plupart des sondages DSK était le candidat socialiste avec le plus fort potentiel électoral, sa non-candidature pourrait donc provoquer une catastrophe pour les socialistes aux prochaines élections. D'autant qu'avec sa disparition il pourrait très bien y avoir quelques nouvelles personnalités du parti tentées par une candidature. Auquel cas la disparition électorale de DSK pourrait produire une véritable guerre des candidats au PS. D'autant que les divergences à l'intérieur du PS augmentent, ce parti étant partagé depuis longtemps entre l'idée qu'il se fait de lui-même, à savoir, être un parti social et sa base électorale liée à ses choix économiques favorables aux classes moyennes supérieures. Lorsque l'on voit les propositions du think tank proche de DSK, Terra nova, et ses propositions toutes plus libérales les unes que les autres et les réactions de rejet que cela suscite, on se dit, que le PS n'est pas si stable que cela et pourrait très bien éclater. Un éclatement qui pourrait être produit par les pressions croissantes exercées par les multiples courants se partageant l'électorat centriste et libéral allant du Modem à Europe Ecologie, en passant par Borloo. À cela s'ajoute la pression exercée par Mélenchon et de l'autre côté Marine Le Pen qui désormais est largement majoritaire chez les ouvriers et les couches populaires. D'ailleurs, même les classes moyennes aisées commencent à ressentir les effets dévastateurs de l'euro et du libre-échange. Il n'est pas dit qu'elles de finiront pas dans le giron de la seule alternative économique qui puissent paraître crédible celle du FN. Mais le PS ne veut pas choisir entre son socialisme et son internationalisme libéral. Il essaie de mélanger la carpe et le lapin.

 

 

Le PS a de moins en moins la possibilité de jouer sur tous les tableaux comme il l'a fait depuis le tournant de la rigueur dans les années 80. Il a voulu se maintenir chez les couches populaires avec des discours sociaux, mais des pratiques libérales libertaires qui plaisaient aux classes aisées. Cette dichotomie ne fonctionne plus, ou, en tout cas, de moins en moins. Le PS va devoir enfin trancher et choisir son camp. C'est le sens des propositions de la fondation Terra Nova qui voulait que le PS abandonne la classe ouvrière française pour se focaliser sur sa réélection et son « marché » électoral propre le bobo du centre des grandes villes en quelque sorte. La candidature de DSK aurait pu valider cette évolution définitive et comme je l'avais écrit dans un autre texte, le plan idéal de cette transformation assumée aurait été un match DSK/ LE PEN au second tour de la présidentielle avec une victoire écrasante de DSK. Ce dernier aurait pu produire la purge libérale dont le pays a tellement besoin d'après les libéraux et cela avec une validation démocratique apparemment totale puisque résultant d'une victoire écrasante au second tour, le FN jouant le rôle de grand repoussoir des idées nationales et protectionnistes. Manque de chance, ce beau scénario vient de tomber à l'eau, encore une farce de la ruse de l'histoire.

 

La fin de la candidature DSK serait une chance pour le PS

 

 Mais on pourrait aussi faire un raisonnement tout à fait différent de celui-ci et envisager que peut-être le libéralisme affiché de DSK aurait été plus un handicap qu'autre chose pour des élections présidentielles. Il aurait peut-être eu beaucoup de difficultés à s'imposer au premier tour, surtout avec l'orgie de candidats centristes et libéraux Borloo, Bayrou, Villepin, Hulot... Il y avait embouteillage au centre. Un candidat moins marqué libéral idéologiquement pourrait donc en fait être une vraie chance pour le parti socialiste, enfin sauf s'il s'agit de mettre François Hollande à la place. Et soyons fou, c'est peut-être le moment pour les quelques socialistes ayant encore un minimum le sens de l'intérêt général, de proposer des politiques radicalement différentes de celle du camp dominant Strauskhanien, aujourd'hui vaincu par une affaire de mœurs. Il paraît qu'il y a des gens qui défendent l'idée protectionniste au PS. Il serait peut-être temps qu'ils se montrent plus féroces. D'autant que la seule force réelle de la candidature DSK était sa marque de « sérieux », notre coureur de jupon étant également président du FMI. C'était la seule façon d'imposer un candidat encore plus libéral que Sarkozy à la tête de l'état français, en vendant à la population l'idée que DSK était le meilleur économiste de France, à l'image d'un autre fossoyeur de l'économie française jadis premier ministre. Imposer un candidat libéral qui n'aurait pas cette aura serait suicidaire sur le plan électoral pour le PS, son électorat se réduisant à rien face à la concurrence au centre. On peut donc espérer que le futur candidat du PS n'ait pas l'intention de prendre conseil chez Terra nova à moins d'une envie de suicide collectif chez les socialistes.

 

 

 

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 17:20

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Décidément, l'histoire s'accélère sur le continent européen malgré la vieillesse de la population, ou peut-être à cause d'elle en fait. Le Danemark a décidé de rétablir ses douanes et ses frontières avec ses voisins, sans doute pour arrêter Grindel qui semble s'être échappé de Tunisie ou de Lybie, on ne sait pas trop. Oui parce que malheureusement ce retour des frontières est essentiellement centré sur la question migratoire figurez-vous ? Non que les mouvements de populations ne soient pas un problème, mais j'aurais préféré une réflexion plus profonde sur les questions commerciales. Encore une fois, les Européens modernes me surprennent par leur capacité à l'incohérence politique. Les élites politiques du Danemark arrivent à se mettre d'accord sur la fermeture des frontières pour les personnes, mais pas sur le commerce des marchandises c'est un peu étrange, non?  Le gouvernement est apparemment arrivé à un accord sur ce retour des frontières parce qu'il devait composer avec l'extrême droite. Je rappelle au passage que le Danemark a eu l'ingénieuse idée de ne pas renter dans l'euro ce qui quand même simplifie grandement la gestion de la situation économique de ce petit pays de 5.5 millions d'habitants. Cette remise en place des frontières tend donc à penser que ce pays n'est plus guère enthousiaste quant à son appartenance à l'UE. En effet si le Danemark refuse l'euro et qu'en plus il décide de ne plus accepter la règle la plus emblématique de la construction européenne, celle de la liberté de circulation des personnes, alors on peut se demander pourquoi le Danemark ne sort pas simplement de la construction européenne.

 

La preuve par le Danemark

 

 

  Cette affaire montre en tout cas que contrairement à ce que les libéraux et les européïstes racontent tous les jours, il est tout à fait possible de rétablir rapidement les frontières d'un pays, y compris au sein de l'UE. Même si bien évidemment cela déplait aux pseudoautorités bruxelloises qui restent spectatrice en ce domaine. Le Danemark montre encore une fois que le pouvoir réel n'est pas à Bruxelles il ne l'a jamais été. L'Europe sert d'excuse en réalité à des politiques qui seraient rejetées par les populations, si elles n'étaient faites sous l'obscure raison supérieure de la construction européenne. Le Danemark rétablit ses frontières et il n'y aura aucune sanction à son encontre et de toute manière l'Europe n'a aucune capacité réelle d'autorité, c'est en réalité une immense farce jouée par les élites nationales à l'encontre de leurs peuples respectifs. C'est d'autant plus vrai que le Danemark n'est pas un pays dépendant de l'aide européenne, et c'est un pays qui a gardé une base industrielle importante.

 

 (ci-dessous le taux de chômage au Danemark source Indexmundi)

 

Taux de chômage

 

 

Au passage, on remarque aussi que le petit Danemark ne connait pas de déficit commercial, lui qui a opté pour rester avec sa propre monnaie, la Couronne danoise. Le fait est que le pays n'a pas connu de formidable dégradation économique comme d'autres nations européennes. Son chômage est à des niveaux extrêmement faibles pour un pays européen à 4% et sa croissance a été plus forte que celle de la moyenne des pays membres de l'euro. Pourtant, c'est un pays qui vieillit lui aussi, et rapidement la natalité n'étant guère vigoureuse même si au-dessus de la moyenne européenne à près de 1,9 enfant par femme. On remarque d'ailleurs que le Danemark fait partie de ces rares pays européens avec la France a connaître un léger rebond de la fécondité. C'est d'autant plus remarquable que ce pays est petit et n'a pas de marché intérieur de grande taille, il est donc sous l'influence économique de ses voisins notamment de l'Allemagne. Or celle-ci connait en réalité une crise et une très faible croissance depuis dix ans. Malgré le fait que le Danemark est entouré de pays malades, il a réussi à tirer son épingle du jeu. Et un peu à l'image de la Suisse ce pays joue le rôle de révélateur, il montre aux yeux des Européens crédules que ce pour quoi on leur a vendu l'UE et l'euro est un immense mensonge. Un minuscule pays sans ressource et sans grande population arrive se débrouiller seul dans la mondialisation, et il y arrive d'autant mieux qu'il n'obéit qu'à une seule chose son intérêt propre. C'est parce qu'il a sa propre monnaie qu'il réagit mieux aux évènements macroéconomiques qui le frappent. La taille d'une nation n'a rigoureusement rien à voir avec sa capacité d'adaptation économique.

 

 (Ci-dessous la balance commerciale du Danemark source Gecodia)

 

balancecom.png

 

Vers une dislocation progressive de la construction européenne

 

 

Cette affaire arrive au plus mauvais moment pour la construction européenne déjà passablement ébranlée par l'instabilité économique croissance des PIGS. Nous avions parlé de la situation grecque dimanche dernier, mais il semble que le plus gros morceau sera l'Espagne qui coule à une vitesse tout à fait prodigieuse dans l'indifférence médiatique totale, en tout cas en France. Figurez vous que le PIB espagnol baisse plus vite que ce qu'avait prévu le gouvernement, ce qui n'est guère étonnant vu les « remèdes » économiques pratiqués par ce dernier. En plus, les revenus ont aussi baissé plus vites que prévu. Les revenus en Espagne ont ainsi dégringolé de 16,2 % rien que çà, alors que le gouvernement tablait gentiment sur 12 % et des brouettes. On remarque donc une accumulation de nouvelles dramatiques remettant en cause la nature même des structures économiques de la construction européenne actuelle. Mais le plus étrange c'est que ce sont en fait les pays les moins touchés par la crise, ceux qui apparemment souffrent le moins qui commence à remettre le plus vite en question l'organisation européenne. À l'exception de la Grèce, et encore, il est possible que la menace de sortie de l'UE soit uniquement un moyen de pression pour les négociations, on remarque que les pays qui commencent à s'éloigner du bordel européen sont des pays comme le Danemark ou encore la Hongrie. On voit, également les futurs membres de la construction européenne commençaient, à douter de leur intérêt pour la chose, ce n'est pas demain que l'Islande rejoindra la construction européenne par exemple.

 

 

  On peut donc imaginer que les pays qui feront exploser le système ne seront pas forcement ceux qui en aurait le plus besoin, mais ceux qui ont l'impression de payer pour les autres. Je pense bien sûr ici à l'Allemagne, c'est d'ailleurs un journal allemand Der Spiegel qui a révélé l'affaire grecque, ce n'est peut-être pas un hasard. Étrangement, le vieillissement qui serait responsable de la stagnation du continent et de son enfermement dans la stagnation, comme le prétend Todd, pourrait ici produire un mouvement historique. C'est l'égoïsme des vieux riches au Danemark ou en Allemagne qui pourrait avoir la peau de la construction européenne et cela probablement au détriment de la force encore productrice de ces pays, surtout de l'Allemagne. C'est un véritable paradoxe que de voir un phénomène démographique qui a paralysé le continent, se transformer soudain comme par magie, en un phénomène de basculement historique. Pour l'instant la fermeture des frontières ne concerne au Danemark que les personnes, ce qui montre l'origine sociologique de ce choix (celui d'une classe d'âge relativement élevée), mais peut-on franchement croire que ce pays en restera là ? De la même manière, cet événement devrait produire rapidement un phénomène de boule de neige. Chaque pays se demandant pourquoi il obéirait alors que son voisin passe outre les accords passés à l'échelle européenne. Je pense de plus en plus que nous irons vers une sortie de l'UE et de la zone euro de l'Allemagne et de ses satellites les plus proches. On assistera comme au Danemark à une politique non pas dirigée par la raison économique, mais par les peurs d'une partie vieillissante, mais également dominante de l'électorat. L'Europe est peut-être en train d'inventer un nouveau mouvement révolutionnaire historique, celui des vieux radins. Mais à l'inverse de celui des jeunes qui étaient  motivé souvent par la volonté d'égalité et d'amélioration du niveau de vie, comme dans le monde arabe à l'heure actuelle. C'est le genre de révoltes qui comme en 68 aboutissent généralement à l'effet inverse. Nous pourrions avoir des révoltes de vieux motivés par l'égoïsme et la défense de la rente, mais aboutissant finalement à une amélioration des conditions de vie des travailleurs et à l'étiolement de la rente financière. Ce serait probablement l'une des fameuses ruses de l'histoire pleine d'ironie et de paradoxes, si la révolte des vieux riches radins finissait par détruire la machine inégalitaire et monétariste qu'est l'Union européenne.

 

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 20:42

 

Louis-XVI.jpgC'est une des grandes marottes de notre démographe préféré Emmanuel Todd, déclarer la nullité des élites. Il vient de réitérer ses propos en face de Valérie Pécresse membre du gouvernement et personnage particulièrement représentative de cette nullité. Si l'on ne peut que constater la dégradation constante de la qualité des dirigeants aux seuls résultats des politiques économiques sociales ou même géopolitiques qu'ils mènent, il est par contre relativement difficile de bien cerner l'origine de cette nullité apparente. Tout ce que l'on peut faire c'est éventuellement citer les multiples causes potentielles de cette nullité sur le plan collectif des élites de la nation. C'est ce que je vais faire dans ce petit texte, un compte rendu des hypothèses expliquant la paralysie mentale des élites du pays. On peut en effet produire différentes hypothèses, mais il est malheureusement en pratique bien difficile de mesurer qu'elles en sont les plus probables. Tout ce que nous pouvons dire c'est que la rupture ne va faire que s'aggraver jusqu'au moment où il finira forcément par y avoir une rupture. Celle-ci sera d'autant plus violente que les élites auront laissé pourrir la situation.



Certains voient dans Marine Le Pen cette claque qui pourrait bousculer le système, avec un FN jouant le rôle d'une révolution par les urnes. Pourquoi pas ? Il est aussi possible que le FN soit en fait le dernier mécanisme qui permette au système de fonctionner comme nous l'avions vue dans un autre texte. Le rôle du FN étant, à l'insu de sa propre volonté, de stériliser des votes qui auraient pu ailleurs nourrir une vraie alternative crédible. Mais nous pourrions assister aussi à des mouvements de violence et d'instabilité. Les élites s'enfermant de plus en plus dans leur groupe social, avec au final le rétablissement possible de régimes non démocratiques en Europe. Nous n'en sommes d'ailleurs déjà pas loin quand on connait un peu les mécanismes de fonctionnement des démocraties européennes actuelles. Nous sommes peut-être en train d'assister à la naissance de nouveau régime dictatorial en Europe prenant des formes du type corporatiste et oligarchique.

 

 


Les hypothèses :

 

1-Elles ne sont pas nulles, mais mal intentionnées

 

 

  Première hypothèse, celle qui motive en grande partie les mouvements  conspirationnistes est celle qui consiste à penser que nos élites ne sont pas nulles au sens toddien du terme. Elles n'ont juste aucun intérêt à défendre le pays. Nos élites seraient devenues apatrides et peu intéressées au devenir de leur propre peuple. L'intellectuel le plus représentatif de cela étant un type comme Jacques Attali pour qui la France n'est rien qu'un hôtel. Dans cette hypothèse, nous devons imaginer que le corps social de nos élites s'est fondu dans celui des élites internationales, un peu à l'image des anciennes aristocraties européennes  qui n'avaient pas vraiment de nationalités. On ne se mélangeait qu'entre gens d'un même milieu social, même si cela signifiait ne pas prendre comme conjoint quelqu'un de la même nationalité. La mondialisation néolibérale alliée à la colonisation culturelle américaine dont a été victime l'Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a peut-être créé un tel phénomène. Un dirigeant français élevé à Neuilly se sentant plus proche d'un riche américain ou allemand que d'un pauvre de la banlieue parisienne. De ce fait, cette situation a créé un phénomène de lutte des classes internationale inversé, car ce ne sont pas les travailleurs qui se sont unis, mais les riches de tout l'occident contre leurs pauvres respectifs. C'est le milliardaire américain Warren Buffet qui a le mieux expliqué cette hypothèse en une phrase "Bien sûr que c'est une lutte des classes, et ma classe est en train de gagner". Cette hypothèse d'une trahison des élites n'est pas dénuée d'arguments et peu tout à fait expliquer certains comportements de nos élites à l'image de notre pauvre président, dont la première action fut de faire un dîner au Fouquet's.

 

2-Elles sont achetées par des puissances étrangères

 

La deuxième hypothèse rejoint la première, mais sous une autre forme. Car dans cette hypothèse la trahison ne serait pas directement volontaire, mais plutôt le fruit de la corruption. Ici nous penserons directement à l'influence corruptrice des grands groupes financiers du secteur privé, mais aussi aux influences de puissances étrangères. On sait d'ailleurs que la construction européenne, qui a beaucoup fait pour couper les élites de nos nations de leurs populations respectives, est en grande partie le bébé de l'oncle Sam. Les USA ne se sont d'ailleurs jamais cachés lorsqu'il fallait corrompre les nations d'Amérique du Sud et soutenir des dictateurs allant dans le sens de leurs intérêts. On se souvient par exemple des récentes révolutions orange dans les pays de l'Est qui furent en grande partie des manipulations américaines. Il faudrait être un peu naïf pour croire qu'ils n'en ont pas fait de même en Europe de l'Ouest. Bien évidemment, ces pays étant plus puissants, il fallait prendre des chemins détournés, mais il y a fort à parier qu'ils ont largement participé à la montée d'une élite favorable à leurs intérêts et non à ceux des Français ou des Allemands. Ne disait-on pas de Sarkozy qu'il était un américain à passeport français par exemple ? Les USA ont soutenu et soutiennent encore des politiciens favorables à leurs intérêts à l'image de DSK par exemple. Ils avaient d'ailleurs tout fait pour se débarrasser de l'emmerdeur De Gaule en soutenant tous ceux qui pouvaient lui nuire. Si l'influence américaine n'explique pas tout, elle a probablement une part non négligeable dans les situations actuelles des pays européens pour ne citer qu'eux.

 

3-Nos élites ne sont pas la vraie élite du pays

 

 

Une autre hypothèse que l'on peut formuler est simplement que les élites actuelles qui dirigent le pays ne sont pas vraiment l'élite politique du pays. Il s'agit d'une hypothèse qui s'attaque directement à notre organisation démocratique et sociale. Car admettre cette hypothèse c'est admettre que notre système de sélection des élites est mauvais voir catastrophique. Par exemple, on peut affirmer que le fonctionnement des partis politiques ne permet en aucun cas de sélectionner les hommes les plus aptes à diriger le pays. En effet, les partis sélectionnent avant tout les personnes les plus aptes à prendre le pouvoir au sein du parti, ce n'est pas du tout la même chose. Tout se passe comme si notre système électoral sélectionne des gens sur des critères qui n'ont rien avoir avec les compétences nécessaires pour réellement diriger le pays. De sorte qu'en fait notre système démocratique garde les mauvais et élimine les bons, il fait donc l'inverse de ce qu'il faudrait faire. On sélectionne ainsi des gens qui ont une ambition personnelle et un égo démesuré, là où il faudrait au contraire des gens à l'ambition collective et au caractère humble.



J'écarte ici évidemment les critères purement scolaires qui n'ont rien à faire là, on en parlera dans une autre hypothèse. Le système électoral actuel semble favoriser les bonimenteurs et les escrocs du verbe, et défavoriser les honnêtes gens. On peut y voir probablement aussi l'effet non de l'évolution des mentalités, mais du système médiatique qui donne à l'image et à l'émotion un poids démesuré par rapport aux critères de rationalité. Enfin, on notera que dans le système électoral les élus passent plus de temps à défendre leur réélection qu'à défendre réellement l'intérêt de la collectivité. La nullité des élites serait donc simplement le fruit de la démocratie représentative basé sur l'élection des représentants comme nous en avions parlé avec ce texte sur la stochocratie.

 

4-Baisse générale du sens collectif dans nos sociétés

 

 

  Autre hypothèse celle qui est le cœur de l'analyse de Todd c'est celle de l'explosion de l'individualisme comme moteur de la dissociation entre les individus et la société en générale. Dans son débat avec Pécresse il met en avant la révolte des Français face aux élites, mais on sait que Todd pense que la dislocation de l'esprit collectif ne touche pas que les élites. Elle est le fruit d'un mouvement général produit par la hausse moyenne du niveau d'instruction de la population qui d'après Todd produit une poussée de l'individualisme et donc un affaiblissement naturel de la croyance collective. Si vous ne pensez plus qu'à vous même la notion même d'intérêt général disparaît et les élites ne remplissent donc plus leur rôle d'organisateur de la société. Elles ne sont plus que des individus comme les autres qui cherchent à optimiser leur propre niveau de vie au détriment souvent de l'intérêt de la société dans laquelle ils vivent. Dans cette hypothèse les élites ne seraient que le symptôme apparent d'une maladie plus large qui touche toute la société. On remarquera que cette hypothèse facilite aussi l'acceptation de l'hypothèse 2, des individus qui ne pensent qu'à eux sont plus facilement corruptibles puisqu'ils n'agissent que pour eux. Cette hypothèse peut rendre très pessimiste pour l'avenir, puisqu'il s'agirait d'un mouvement social de fond difficilement réversible.  Nous serions ici condamné à assisté à la monté indéfinie des inégalités et de l'oligarchie à l'échelle planétaire.

 

5-Baisse réelle du niveau intellectuel du pays

 

 

Une hypothèse qui contredit la précédente puisqu'ici au contraire d'un effet de la hausse du niveau scolaire générale qui induit une vision inégalitaire et individualiste de la société, c'est plutôt la baisse du niveau culturel des élites qui produirait un effet de baisse général de leur qualification. Nous serions mal dirigés parce que les élites ne seraient tout simplement plus à la hauteur de leur métier. Personnellement, je ne suis pas vraiment convaincu de la baisse du niveau scolaire, surtout chez les élites du pays. Par contre, il est certain que nous sommes confrontés à une surspécialisation de l'enseignement. Nos élites ont peut-être des formations trop cloisonnées, et une culture pas assez généraliste pour pouvoir faire correctement leur travail. On voit très peu de dirigeants ayant par exemple des connaissances scientifiques, ce qui a notre époque est assez dommageable. En matière d'économie, on entend des idioties proférées par nos hommes politiques qui ne font généralement que répéter un discours que d'autres leur ont inculqué. Ils sont souvent incapables de démontrer leur propos et leurs politiques économiques et ne font que reprendre à leur compte les émanations intellectuelles d'autres corps de la société. On est très vulnérable et influençable lorsque l'on ne maîtrise pas un sujet et c'est particulièrement vrai pour l'économie. On a peut-être aussi trop concentré les lieux de recrutement des élites l'ENA, science PO, ou le droit comme seule source de dirigeants, c'est trop limité. Il faudrait peut-être augmenter la variété de formation chez nos hommes politiques. Plus que le niveau scolaire c'est surtout le manque de variété des compétences qui fait crise. Dans les domaines essentiels de l'économie ou de la science et techniques, nos énarques se font balader par des lobbys et des groupes d'influence.

 

6-Hypothèse du phénomène dit "d’escalade d’engagement"

 

 

Cette hypothèse c'est mon collègue blogueur RST qui m'en a appris l'existence dans ce texte.  Il s'agit ici de s'appuyer sur des phénomènes liés à la psychologie de masse et à la contrainte qui s'exerce sur les individus. Il s'agit d'un principe psychologique simple lié à la peur d'être isolé. Un individu qui a participé à une action en groupe, une action qui a échoué ou qui s'est mal finie, préfèrera s'obstiner dans l'erreur avec le groupe, même s’il est conscient d'être dans l'erreur. Parce qu'il a peur d'être isolé du groupe, et qu'il ne peut s'attacher à un autre groupe. Ainsi nos élites s'enfonceraient dans l'erreur pour éviter de se retrouver seules face à leurs responsabilités et au reste de la population. Étrangement c'est le même type de comportement que l'on peut trouver dans des groupes violent et des bandes. Dans les petits groupes violents, vous avez souvent un meneur et d'autres qui savent pertinemment que ce qu'ils font est mal ou que cela se finira d'une mauvaise manière. Mais ces personnalités faibles et dominées préfèrent généralement couler et faire le mal avec le groupe plutôt que de changer et de se retrouver seule. Avec en plus dans ce cas la peur des conséquences potentielles sur la sécurité de leur propre personne. En fait cela caractérise surtout un manque de courage individuel, et cette hypothèse intéressante montre une fois de plus que l'être humain est tout sauf rationnel. Ce comportement des politiques est ici similaire à ceux des individus sur les marchés financiers dont Keynes disait qu'il valait mieux avoir tort avec eux que raison contre. Le phénomène moutonnier est un processus constant dans les sociétés humaines et il explique autant les réussites que les catastrophes. Nous avons peut-être tout simplement en face de nous un phénomène de ce type.

 

Conclusion

 

 

Il est probable que la situation réelle soit un mélange de toutes ces hypothèses. Nous subissons aussi le contre coup des changements trop rapides qu'ont connu nos sociétés en l'espace d'un demi-siècle. L'accumulation de changement a rendu impossible le raisonnement par causalité directe, nous sommes face à un nœud de fils impossible à défaire. Il est dur de trancher entre les différentes hypothèses, car les causes qui ont pu les provoquer se sont cumulées et se sont produites simultanément. La forte hausse du niveau scolaire, l'influence américaine où l'arrivée des masses média se sont produites simultanément sur le plan historique, il est donc difficile de distinguer historiquement une cause première. Cela peut paraître pessimiste ce que je dis, mais en même temps cela nous laisse un espoir. Rien n'interdit de penser que la situation ne pourrait pas se transformer pour des raisons obscures et chaotiques liées à cet imbroglio de causalités multiples. Emmanuel Todd espère tirer les élites vers la raison et le bon sens de l'intérêt général. Qui sait peut-être que l'effondrement de la puissance US et la sortie de l'euro de quelques pays pourraient réveiller les élites ou les libérer du carcan dans lesquelles elles sont prisonnières. Nous pourrions aussi avoir une explosion révolutionnaire produite par les vraies élites avec l'aide d'un prolétariat fortement agacer par la situation actuelle. En fait, rien n'est écrit, la page du futur est encore blanche, tout ne va donc pas si mal.

 

 

 

(La peinture qui sert d'image de support à ce texte représente l'arrestation de Louis XVI  à Varenne, tout un symbole de la situation présente de nos élites. C'est un mélange de trahison, de couardise et d'incompétence qui mène à une catastrophe) 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 18:58

Je ne ferai pas un long texte ce soir, fatigue oblige, mais je voudrai quand même souligner, en ce jour anniversaire de l'élection de François Mitterrand, le côté absurde qu'il y a à fêter cet évènement. C'est d'autant plus absurde que ces célébrations proviennent généralement des membres politiques de la gauche, la même gauche qui a était définitivement détruite par les politiques mis en œuvre par monsieur Mitterrand . En réalité, les seules qui devraient fêter l'élection de François   Mitterrand sont les libéraux et tous ceux qui croient au libre marché ou dans les délires de l'euro. L'euro justement nous en voyons aujourd'hui les conséquences comme tout le reste. Je fais partie de la génération qui n'a vécu que sous la crise économique et le chômage de masse. En mai 1981 j'avais 3ans et c'est notre génération et les plus jeunes qui voient  aujourd'hui les conséquences désastreuses des décisions prises à cette époque. Voir ainsi des politiques fêter l'évènement me révulse au plus haut point. Comment fêter un homme qui a tout démoli. Il a détruit les structures de l'état. Il a éliminé les contrôles des capitaux et privatisé le système bancaire français. Il a enlevé l'indexation des salaires sur l'inflation. Il a favorisé une dérégulation des frontières commerciales et humaines. Et enfin il a mis la France sous la tutelle monétaire de l'Allemagne. Souvenez-vous du franc fort et de ses conséquences sur l'emploi.   Mitterrand  fut l'homme du renoncement à la souveraineté nationale, loin d'avoir était en rupture avec le clown qui l'a précédé, il a au contraire accéléré la démolition du pays. Cet ancien collabo a gardé ses bonnes vieilles habitudes une fois au pouvoir ne gardant qu'admiration et crainte vis-à-vis de la puissance allemande. Ce faisant ses politiques furent incohérentes. Il a voulu empêcher la réunification et a cru bêtement que la France pourrait contrôler l'Allemagne en l'enfermant dans une monnaie unique. Le résultat fut l'inverse, c'est la France qui a fini ligotée au sein de la construction européenne. Le bilan des multiples politiques de cette époque nous l'avons aujourd'hui sous les yeux et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est guère brillant.



  Et je ne parlerai pas de son passé sulfureux et de sa manie de faire de la politique par des coups bas. Comme le dit mon collègue Laurent Pinsolle,   Mitterrand c'est l'exemple parfait de tout ce qui rend la   politique odieuse. J'aurais préféré que la gauche profite de cet anniversaire pour faire un inventaire des erreurs de cette époque plutôt que de se lancer dans un mouvement nostalgique. Si la gauche n'arrive plus à gagner, c'est en grande partie parce qu'elle refuse de rompre avec l'héritage catastrophique de   Mitterrand. 



François Mitterrand c'est l'homme de droite qui a fait croire à la gauche qu'elle avait gagné en 81. 

 

Dans cette vidéo Jacques Cheminade dont je ne partage pas toujours les points de vue, donne ici un réquisitoire assez exemplaire sur la période   Mitterrand.  Je pense franchement qu'il a amplement raison.   

 

 

 

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 21:40

Apres-l-Empire-Essai-sur-la-decomposition-du-systeme-americ

C'est vrai, le grand méchant international est officiellement mort, même si apparemment il n'y a ni cadavre, ni preuve, nous devrions croire les autorités concernées sur la foi de photos apparemment truquées. Mais de toute façon ce n'est pas Ben Laden qui est mort, c'est l'objet de son existence médiatique. Ce terroriste islamiste fut le symbole d'une époque folle, celle qui commença avec l'effondrement de la bulle internet au début des années 2000 et l'effondrement des deux tours jumelles le 11 septembre 2001. Dix ans plus tard, on constate que l'économie US est dans un état bien pire qu'à l'époque et que l'argument militariste qui avait permis de cacher la catastrophe macro-économique américaine par quelques années de conflits militaires n'est plus possible aujourd'hui. La mort officielle de Ben Laden clôt donc cette curieuse époque, celle où une nation et une région du monde en déclin accéléré ont cru qu'elles étaient encore en ascension, se permettant des aventures délirantes sur le plan militaire. Aventures dont on a pas encore mesuré toute l'étendue des effets néfastes pour l'occident comme pour le reste de la planète.

 

Du micromilitarisme, au microréformisme économique théâtral

 

  Je ne parlerai pas ici des multiples thèses sur l'effondrement des tours jumelles, personnellement je n'ai guère de doute sur le fait qu'il s'agissait bien d'un attentat et non d'un complot ourdi par une obscure organisation américaine. Cependant, l'usage de la situation qu'en on fait les autorités américaines rend compréhensible ce doute. Car le 11 septembre a bien été utilisé à des fins géostratégiques et non pour faire la guerre au terrorisme comme dans les discours de ce pauvre Bush. Cependant avec le recul et la vitesse d'effondrement de l'empire américain, qui peut encore croire que les dirigeants de ce pays sont capables de tels complots. Eux dont les politiques extérieures n'ont fait que fragiliser encore plus la position américaine dans le monde. La situation des USA n'a en effet jamais été aussi fragile depuis dix ans. Les bulles qui ont été fabriquées pour maintenir la consommation américaine n'ont plus d'effet et l'Amérique n'a pas réussi à refaire son tour de passe-passe de l'ère Clinton qui avait, il est vrai, coïncidé avec l'apparition des nouveaux médias comme internet pouvant alors faire croire à une nouvelle révolution industrielle. La suite n'a pas vraiment donné raison à cette thèse, la révolution informatique n'ayant pas produit la progression de la productivité escomptée avant l'explosion de la bulle internet. Le fait est que les politiques économiques de la décennie qui s'est écoulée furent, comme Ben Laden, des produits virtuels, fantasmatiques, n'ayant que peu de lien avec le réel, mais ayant pourtant largement orienté les efforts publics des puissances occidentales. On a fait la guerre à un terrorisme mondialiste totalement virtuel. Comme on a englouti des sommes délirantes dans les multiples produits financiers tous plus pourris les uns que les autres comme la montré la suite de l'histoire. Dans les deux cas, c'est le fantasme et l'idée que se firent les Occidentaux de la réalité du monde à travers leurs médias et leurs visions des choses, qui enfantèrent ces crises monstrueuses. Crises qui aujourd'hui emportent tout sur leur passage.

 

    Le caractère anecdotique de la mort du leader virtuel de l'intégrisme islamiste révèle les changements et la rupture qui s'est produite depuis le début de la crise économique américaine de 2008. L'illusion ne marche plus, ou de moins en moins. Le toc des discours virtuels se montre sous son vrai jour, c'est un simple échappatoire à la réalité que l'on ose plus affronter en occident. Le système médiatique occidental est lui-même emporté dans la tourmente. Le réel montrant toutes les affabulations économiques ou politiques à répétition, dont ce système s'est rendu coupable. Je dis occident parce que malheureusement l'Europe est dans le même état. Son virtualisme,  pour reprendre le terme de Philippe Grasset, c'est l'euro et l'UE. Mais ce fantasme aussi se fracasse sur le mur du réel. De la même manière que la mort de Ben Laden n'influera en rien sur les conflits moyen-orientaux déclenchés par la folie occidentale de ces années délirantes. Les guerres officiellement déclenchées pour arrêter ce terroriste perdureront, alors que ce dernier est mort. Guerres qui continueront à affaiblir des puissances occidentales aussi orgueilleuses qu'impuissantes. Emmanuel Todd avait qualifié à juste titre le comportement américain de micromilitarisme théâtrale, mais dans la situation actuelle même ce micromilitarisme devient hors de porté. Les USA dont la monnaie ne tient plus qu'à un fil ne peuvent plus accroître leurs déficits qu'ils soient commerciaux ou budgétaires. La mécanique est définitivement enrayée, comme on a pu le voir récemment en analysant une nouvelle fois la situation économique des USA. Rien n'a vraiment changé depuis que Todd a écrit son bestseller "Après l'empire", les déficits commerciaux sont toujours là, mais les relances de la demande intérieure par de multiples endettements, même protubérants, n'ont plus aucun effet sur la croissance du pays. Ils ne font en fait qu'alimenter la croissance de la puissance montante chinoise accélérant ainsi le déclin de la puissance nord-américaine. La seule chose que n'avait pas prévu Todd c'est le spectaculaire affaissement des puissances européennes. Il a manifestement sous-estimé les effets de l'euro sur les sociétés d'Europe occidentale. On ne voit d'ailleurs guère aujourd'hui comment l'Europe actuelle pourrait survivre à l'effondrement de sa puissance de tutelle, à moins de tomber sous la coupe d'une nouvelle tutelle, chinoise cette fois-ci.



  Les USA comme l'Europe ne pouvant plus changer leur situation en restant dans les règles qu'elles ont elles-mêmes mises en place, ne leur reste que la démonstration verbeuse. Dans le cas des USA le micromilitarisme théâtral n'est plus possible, on le sait en coulisse. Même si on évite de le dire en public. Un pays qui voit certaines de ses villes licencier tous ses profs d'un coup, comme dans le Wisconsin, aurait bien du mal à justifier de nouvelles dépenses militaires. L'occasion était pourtant belle avec ces « révolutions »  arabes dont on ne sait pas d'ailleurs si l'Oncle Sam y est totalement étranger, mais les limites de l'empire sont atteintes. D'autant que les multiples défaites pour des coûts astronomiques ont rendu le contribuable américain nettement plus regardant en la matière. Le patriotisme américain s'arrête souvent au niveau du portefeuille, c'est d'autant plus vrai lorsque ce dernier se vide très vite. Après tout les USA n'ont il pas était fondé sur une simple affaire de taxe. Alors que faire quand vous allez dans le mur, que vous dirigez les USA et que vous ne pouvez en aucun cas violer les principes qui officiellement ont fait votre prospérité comme le libre-échange? La cartouche militaire n'étant plus viable on se rabat sur des microréformes financières et économiques, à l'image de la souris dont ont accouché les autorités américaines sur la réforme du système financier qui a pourtant provoqué la plus grande crise depuis 1929. L'impuissance actuelle de l'occident n'est pas uniquement liée à l'idéologie qui habite nos élites, elle est en grande partie liée à la communication et aux images que le système a donné de lui-même.



Comment donc les USA pourraient-ils rompre avec le système qu'ils ont mis en place ? D'autant que la situation du dollar les contraint à ne rien faire à court terme pour inquiéter leurs principales sources de financement asiatiques. Car n'en doutons pas, si les USA se mettent à se protéger de la chine commercialement, le dollar plongera instantanément. En Europe la situation est assez similaire, la construction européenne est une bureaucratie incapable de s'adapter aux contraintes changeantes. Elle ne peut que répéter son logiciel fondateur néolibéral. Ce qui est étonnant c'est qu'en définitive les contraintes extérieures sur l'Europe sont beaucoup moins fortes que sur les USA. La zone ne dépend pas encore des finances chinoises, la paralysie est entièrement due à l'organisation de l'Europe elle même. Pire, ce qui pose problème au continent est également ce qui justifie l'existence même des instances européennes, l'abolition des frontières et des nations. De sorte que seul l'effondrement de la construction européenne pourrait en réalité sortir l'Europe de sa léthargie économique et de son impuissance congénitale. Dès lors, on comprend pourquoi les discours fantasmatiques ont remplacé les discours rationnels. Puisqu’il est rationnellement impossible de s'en sortir en restant dans le cadre du système, alors autant détourner l'attention de la population sur d'autres préoccupations. Mais l'histoire s'accélère, et la mort de Ben Laden rappel au système que diriger par les mensonges ne peut avoir qu'un temps. Un jour ou l'autre, le réel nous rattrape.

 

 

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 21:34

 

Vous allez dire en voyant mon titre, encore un blogueur qui va surfer sur la polémique footballistique lancée par médiapart au sujet du quota de "blancs" minimal dans l'équipe de France. Eh bien oui et non, en fait je me fiche complètement du foot à titre personnel et comme je l'avais déjà expliqué sur ce blog je suis contre le professionnalisme sportif. De plus d'autres blogueurs plus connaisseurs de ce milieu en parlent avec talent comme David Desgouilles sur son blog. Donc cette affaire me fait plus rire qu'autre chose. Cependant ce qui se passe en équipe de France est tout de même assez symptomatique de problèmes plus profonds. En premier les problèmes des joueurs formés en France, mais aussi souvent nés sur notre sol, mais préférant le pays de leur parent relèvent ce que certains préfèrent ne pas voir, un échec patent de l'intégration française. Une absence souvent totale d'attachement au pays qui leur a pourtant permis de réussir. Cela relativise en quelque sorte les arguments économiques nous expliquant que l'intégration n'est qu'une affaire d'argent ou de taux de chômage. Avec les revenues qu'ils ont, les joueurs professionnels ne donnent pourtant pas vraiment l'impression d'être attaché à ce qui est théoriquement leur pays. On retrouve cela chez d'autres personnes issues de l'immigration et ayant réussi qui font surtout de l'entraide communautariste ou qui rapatrient une grosse partie de leur fortune dans leur pays d'origine. Non l'intégration n'est pas qu'une affaire d'argent ou de réussite économique, elle n'est même que partiellement cela. C'est avant tout une affaire de croyance individuelle, d'attachement à des pratiques à une langue, c'est de l'affectif. On n’achète pas l'amour ou l'affection même avec des millions.

 

Sur le plan statistique comme nous l'avions vu dans ce texte et sur le graphique ci-dessous, les immigrés et leur descendance font sortir des capitaux chaque année en quantité  plus importante de notre sol. On peut donc légitimement se demander quel est l'intérêt pour la France d'être ici solidaire de ces populations. Quel est l'intérêt de l'immigration si les immigrés qui réussissent repartent? Et dans ces conditions on voit mal comment cette immigration pourrait payer notre fameux système de retraite pour lequel elle a officiellement été justifiée. De la même manière que nos dirigeants footballistiques peuvent se demander quel est l'intérêt pour eux de former des jeunes qui iront ensuite jouer pour des pays étrangers. À un moment donner il faut bien qu'il y ait retour sur l'investissement ,sinon ce dernier n'a plus aucune utilité. Maintenant, je condamnerais évidemment les solutions proposées qui se fondent sur les mêmes principes discriminants que la discrimination dite "positive". Je suis sur ce plan totalement d'accord avec les propos de David  Desgouilles. Cependant les autorités du football ont raison de s'inquiéter de l'ampleur du phénomène.

 

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  Ensuite, cette affaire souligne l'ambiguïté de la double nationalité. Il y a toujours une nationalité de coeur et c'est celle-là qui compte in fine. Et c'est là qu'en fait se situe certainement le problème du moins sur le plan footballistique. On est jamais à la fois français et algérien, ou français et italien, l'une des nationalités l'emporte toujours, dès lors c'est le principe même de la double nationalité qui est farfelue. D'autant qu'il permet à certains d'échapper souvent aux contraintes des deux pays en jouant sur les particularités locales et les différences de lois et de droit. La double nationalité permet de créer des hypocitoyens pleins de droit, mais sans devoir vis-à-vis de la collectivité. Or ces devoirs sont des contraintes qui sont la condition de l'existence même de ces droits. En fait, ces hypocitoyens ont plus de droits que ceux qui n'ont qu'une seule nationalité et moins de devoirs qu'eux. On pourrait également parler des problèmes pratiques que pose la double nationalité. Ainsi chez les dirigeants français qui ont la double nationalité cela pourrait les mettre dans des situations délicates parfois. Par exemple le maire de Paris est-il neutre lorsqu'il parle des réfugiés tunisiens? Lui qui a la double nationalité franco-tunisienne.  Quel intérêt défend-il? Celui des Français et des Parisiens, ou celui des Tunisiens? Et que l'on ne se cache pas derrière les arguments moraux à deux balles.   Même s'il est sincère la suspicion existera parce qu'il a justement la double nationalité. On imagine les problèmes en cas de conflit grave. La nationalité nécessite, pour qu'elle ait un sens, un réel attachement, un véritable lien qui rende la réciprocité et la solidarité possible. Pour reprendre l'exemple du football imagine-t-on un instant qu'un joueur puisse appartenir à deux clubs différents jouant dans un même championnat? La réponse est non, alors pourquoi le faire sur la nationalité?

 

La solidarité nécessite la réciprocité dans un cadre national

 

 

La solidarité française n'est gratuite qu'en apparence, en réalité la solidarité sous-entend toujours qu'il y est réciprocité, surtout lorsque l'on a réussi financièrement.  Quelqu'un qui réussit grâce au groupe doit être à son tour solidaire de ce groupe sans quoi la machine se casse. C'est très exactement ce qui est en train de se passer dans le vieux royaume de France et cela ne concerne pas uniquement les immigrés. Entre les politiques fiscales de moins en moins égalitaires, les gens d'origines étrangères qui rapatrient leurs gains chez eux, ou ces Français bien formés qui s'en vont à l'étranger, on peut dire que la France a un gros problème de réciprocité. Et ce problème est bien évidemment lié à la disparition du sentiment national. On touche là du doigt ce que certains à gauche ne veulent pas voir. C'est l'esprit patriotique qui a rendu possible les multiples systèmes de solidarité nationale. En faisant exploser la nation, vous cassez ce qui permettait la réciprocité à  travers le lien qui unissait les citoyens entre eux. Dès lors chacun voit midi à sa porte et se fiche de l'intérêt général de la nation et vous vous retrouvez avec des individus égotiques qui ne cherchent que leur intérêt à court terme.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:20

Voilà un débat intéressant qui vient d'avoir lieu à l'émission arrêt sur image. Un débat qui opposait deux façons de voir l'alternative au système actuel. Emmanuel Todd et Melenchon ont eu un temps important pour placer leurs arguments et l'on s'aperçoit surtout vers la fin d'une vraie divergence de vues. Notamment sur la question du marché et de la planification, mais aussi sur la Chine ou sur le rôle des élites dans le mouvement historique qui vient. Je dois dire que même si je reste en désaccord sur beaucoup de points avec Mélenchon, il s'est révélé ici tout à fait percutant. En tout cas bien plus que face à Marine Le Pen mais, mais c'était un autre format d'émission. Quoi qu'il en soit la plupart des thèmes abordés le sont régulièrement sur ce blog du protectionnisme, à la question de la dette. Todd cite même la loi de 1973 sur la privatisation de l'émission monétaire c'est la première fois que je l'entends à ce sujet. Mais aussi la montée en puissance de la Chine question sur laquelle Todd et Melenchon vont s'affronter sérieusement.

 

 

 

Je ferai tout de même quelques petites remarques sur les propos tenus:

 

-Mélenchon et Todd ont commencé l'émission en se disputant sur la question de  la période des trente glorieuses. Pour Mélenchon l'existence de l'état providence d'alors fut essentiellement liée à la pression et à la peur qu'exercer l'URSS sur les capitalistes de l'ouest. Le système social de l'ouest n'était accepté par les élites que tant que la peur d'une éventuelle révolution était présente, le système avait donc besoin d'une raison exogène à son existence. À l'inverse pour Todd l'évolution des sociétés d'Europe occidentale fut le fruit d'un mouvement endogène lié à l'évolution démographique et éducative. Tout comme la décrépitude actuelle de l'état providence est liée à l'inégalité du mouvement scolaire supérieur qui produit une préférence collective pour l'inégalité uo plutôt une indifférence à celle-ci. Le problème dans ces affirmations c'est qu'elles peuvent toutes les deux se révéler exactes et trouver dans l'histoire des preuves les attestant. Mais comme pour l'effondrement de l'URSS la multiplication des chemins explicatifs rend difficile, de savoir lequel est le bon. Il se peut d'ailleurs que l'explication globale de ce genre de phénomène historique, s'il y en a une accessible à nos pauvres cerveaux d'homo sapiens, soit une combinaison complexe de ces différentes explications. On pourrait ajouter à l'apparition de l'état providence les effets de la seconde guerre mondiale sur les mentalités et rappeler que les économies de guerre étaient devenues naturellement des économies monétaires de production. Les pratiques mises en œuvre pour l'effort de guerre furent ensuite utilisées pendant la reconstruction produisant l'état providence permettant de réguler plus efficacement l'offre et la demande que le système du marché libre.

 

-Sur la Chine, il y a là aussi eu une divergence entre les deux hommes et je soutiens plutôt la position de Todd. Si le libre-échange à l'origine fut une stratégie américaine sous la pression locale des grandes entreprises, la Chine est aujourd'hui un acteur qui joue délibérément la carte du mercantilisme commercial. Je remarque au passage qu'il n'y pas eu un mot sur le commerce allemand pourtant tout aussi violent la Chine et l'Allemagne se partageant les deux premières places sur le podium de l'excédent commercial mondial. Mais il est vrai que la situation de l'Allemagne est assez embêtante pour qui défend encore le protectionnisme européen  .

 

-Le protectionnisme justement est le plat de résistance de ce débat. Et là Mélenchon nous sort la vielle théorie de zone commerciale ou région de niveau de développement homogène, la thèse avait était réintroduite par Allais puis Todd, mais c'est en fait Friedrich List lui-même qui avait imaginé ce type d'évolution. Cependant cette thèse si intéressante soit elle aura bien du mal à s'appliquer à l'Europe actuelle. Il est dommage que Todd n'ait pas fait remarquer à Mélenchon qu'il serait maintenant bien difficile de convaincre les Allemands d'arrêter leurs excédents commerciaux. Au contraire nous sommes déjà à l'étape suivante d'une explosion de la zone euro soit pour revenir à des états individuels soit pour aller vers des versions plus petites et plus cohérentes de la zone euro. À l'image de l'union méditerranéenne dont nous avions parlé dans ce texte. Malheureusement cette problématique ne fut pas abordée, j'espère que nous aurons un jour un débat sur cette question peut-être entre Sapir et Todd.



On peut dire que Todd avait encore une fois raison, le débat économique est infiniment plus intéressant entre les alternatifs qu'entre les alternatifs et les défenseurs du système actuel. Il est dommage que le service public ne diffuse pas des débats sous un tel format à une heure de grande écoute. Nous aurions enfin un retour de la politique, la vraie, pas celle qui se fait à coup de slogan pour cacher les rapports de force et les divergences de point de vue.

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