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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 20:30

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On parle souvent sur ce blog de la ré-industrialisation du pays, de la nécessité de faire une grande politique nationale industrielle comme à la belle époque du commissariat au plan. Cependant ce que présuppose ce genre de proposition, c'est qu'il reste en France suffisamment de savoir-faire industriel et scientifique pour y parvenir. Nous savons que le temps n'est pas de notre côté en la matière, car la désindustrialisation, de plus en plus massive, de notre pays fait perdre bon nombre de capacités humaines de production. La plupart des savoirs ne s'acquièrent pas à l'école, mais au sein des entreprises et dans la pratique. C'est surtout vrai dans les secteurs industriels qui tiennent leur compétence sur une multitude d'expérience de réussites et d'erreurs cumulées au fil du temps.  En bref, on peut dire que pour avoir une véritable industrie, il faut une accumulation de compétence, qui bien évidemment se tarit naturellement lorsque cette industrie  vient à disparaitre. Les gens se séparent et changent de métiers et les savoir-faire disparaissent. Toute personne désirant ré-industrialiser son pays doit avoir conscience de cela, on ne fabrique pas un secteur industriel d'un claquement de doigts. Il faut du temps, des formations, et une motivation pour les gens qui entreprendront cela. Le secteur industriel français était le fruit des efforts des générations d'après-guerre, nous avions accumulé un capital de savoir-faire considérable qui été en grande partie dilapidé à cause des délires du libre-échange intégral et sans restriction.

 

C'est ce besoin de temps qui explique que les mouvements rapides de réindustrialisation ne peuvent se produire que si un pays possède encore une certaine base. Dans ce sens les dévaluations monétaires ont un effet immédiat sur la balance commerciale d'un pays uniquement si cette base de savoir-faire industrielle est encore là. Si les machines et les hommes ont disparu, la dévaluation ne pourra rien changer à la situation productive du pays. Elle ne fera que réduire la demande intérieure en augmentant le prix de produits importés face auquel aucune production locale n'existe. À plus long terme, il n'est bien évidemment pas exclu que petit à petit le pays se réindustrialise, mais encore une fois cela prend du temps. Nous avions vu que l'Argentine qui a commencé sa réindustrialisation après la crise en 2002, en est encore à vouloir reconstruire certaines industries comme le secteur du jouet. Dix ans après la crise provoquée par les aventures monétaires néolibérales des années 90 l'Argentine n'a pas encore totalement récupéré sa base industrielle. On peut donc tout à fait se poser la question de savoir si la France aura elle aussi à faire face à une telle attente. Notre pays aussi a subi une forte désindustrialisation, le secteur automobile l'un des derniers bastillons industriel français s'en va en Europe de l'Est et ailleurs. Si nous ne réagissons pas rapidement, il ne serait guère surprenant que la France ne produise plus un seul véhicule d'ici cinq ou dix ans.

 

Le déclin des étudiants scientifiques français

 

    Mais si nous devons nous inquiéter du destin tragique de l'industrie française qui vivote encore, nous ne devons pas négliger un signe encore plus inquiétant, celui du déclin rapide du nombre d'étudiants dans les sciences et techniques. Comme le montre cet article, la situation devient vraiment préoccupante dans les universités. On assiste à une crise des vocations sans précédent, en dix ans le nombre d'étudiants en science à l'université en première année a ainsi diminué de  40%. Le doctorat n'a plus la cote et la recherche scientifique non plus. L'article cite d'ailleurs un  professeur d'université qui affirme: « Pour faire de la recherche scientifique, il vaut mieux aujourd’hui aller en Chine, en Inde ou au Brésil. Les politiques menées là-bas ressemblent à celles qui prévalaient chez nous il y a vingt ans ». Voilà qui a de quoi montrer la dure réalité de la science française et qui explique en partie la désaffection que suscite le professorat ou la recherche scientifique. Baisse de considération, baisse des rémunérations et absence totale d'ambition sont à l'origine de ce déclin qui si on ne le stoppe pas aura un effet catastrophique à long terme sur le pays. Car s'il n'y a pas de scientifique ou de techniciens, il n'y a pas d'industrie. D'autant que les quelques scientifiques français préfèrent s'expatrier ou aller s'employer dans des activités aussi utiles que la spéculation financière à l'image du malheureusement symptomatique Jérôme Kerviel.

 

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La France d'aujourd'hui vit essentiellement sur ses acquis et sur l'usage d'anciennes générations qui avaient effectivement eu un niveau scolaire de qualité. La France a d'ailleurs acquis dernièrement deux médailles fields ce qui pourrait nous rassurer à première vu. Mais il ne faut pas oublier que ces gens ont eu leurs diplômes il y a plusieurs années déjà, le déclin actuel dans les sciences ne se fera réellement sentir que dans une dizaine d'années. Avec une violence d'autant plus grande que la société sera bien désindustrialisée si l'on continue comme on le fait actuellement à tout importer. Sur le plan de l'investissement en recherche et développement nous baissons d'année en année, et là il faut bien voir que la droite au pouvoir depuis 2002 a bien fait fléchir les budgets R&D. Dans sa dernière analyse, Jacques Sapir prône une politique active en matière d'investissement de recherche proposant une part de 3% du PIB. Nous en sommes loin et les coupes budgétaires se font toujours dans ce secteur peu revendicatif. Quand le Général De Gaulle a quitté son poste suite aux évènements de 68, la France dépensait 6% de son PIB en R&D. Même si ce chiffre inclus la recherche militaire on voit le peu d'ambition de la France actuelle qui ne croit plus au progrès même si ses élites ont ce terme plein la bouche. 6% du PIB c'est le minimum qu'il nous faudra pour rapidement trouver des solutions aux pénuries en tout genre du pétrole au cuivre, ces produits vont rapidement manquer à l'échelle mondiale. Notre pays devrait orienter et soutenir massivement sa R&D pour préparer cette fin inéluctable de l'abondance en matière première. Mais on ne fait rien on préfère gaspiller l'argent du contribuable à faire des guerres à l'autre bout du monde ou à financer un système bancaire qui nous produit crise sur crise.

 

La baisse de l'industrie a produit la crise des vocations en science 

 

    En réalité ce que subit la France actuellement n'est pas vraiment étonnant. Les USA avaient déjà été touchés par un tel phénomène, mais bien avant nous. Emmanuel Todd en avait d'ailleurs fait l'un de ses arguments de choc dans "L'illusion économique". En effet dans son célèbre livre Todd avait commencé son argumentation sur le déclin américain par une partie intitulée "le plafond culturel". Il y décrivait très bien  le lien entre le déclin technologique américain et le déclin éducatif représenté par un effondrement des étudiants en science au début des années 80. Ce que Todd n'avait pas prévu c'est que la France prendrait exactement le même chemin, mais quelques décennies plus tard.  Cependant bien que grand admirateur de l'œuvre toddienne je ne crois pas que les structures familiales sont ici l'élément explicatif le plus approprié y compris e définitive pour les USA. Pour Todd l'évolution de l'éducation et du niveau éducatif est un mécanisme pratiquement exogène à tous les autres ingrédients qui font société. Le niveau éducatif augmente et produit des effets sur la société des révolutions, des mouvements d'industrialisation, des déclins , des augmentations ou des diminutions des inégalités. Pour ma part je reconnais la puissance de la logique toddienne en matière d'explication de long terme, les révolutions arabes actuelles lui donnant encore une fois raison. Cependant si les effets de l'évolution du niveau scolaire d'une population sur son histoire sont vrais cela n'exclut pas le fait que l'évolution d'une société puisse aussi influencer le niveau scolaire.

 

  La France et les USA n'ont pas les mêmes structures familiales. Ces deux pays connaissent pourtant tous les deux un effondrement de leur nombre d'étudiants en science, mais avec un décalage temporel. Il se trouve que l'explication la plus simple pour moi, et qui est souvent la meilleure est que la population met un certain temps à s'adapter à ses nouvelles conditions économique, une génération en fait. Les USA ont commencé à voir la science ne plus commencer à attirer les jeunes une vingtaine d'années après que le libre-échange ait commencé à faire ses effets sur la structure économique américaine. Il ne faut pas oublier que dans les années 60 les USA ont déjà un déficit commercial, c'est alors l'Europe qui fait mal au commerce US. La France se désindustrialise massivement dans les années 80 et le nombre de jeunes allant dans le secteur scientifique baisse à partir de 2001-02. Les jeunes s'adaptent alors au marché du travail avec un temps de retard, ils voient la génération précédente de scientifiques ne pas trouver chaussure à son pied, se retrouvant mal payée ou déclassée. Les nouveaux Français s'orientent alors vers les métiers porteurs de la société mondialisée et post-industrielle, le marketing, la vente le management et autre métier peu productif collectivement, mais fortement rémunérateur. En fait, les jeunes se dirigent naturellement vers les derniers endroits où l'on trouve du travail en France ce qui est sommes toute assez logique et rationnel. S'ajoute à cela un déclin sévère pour la culture du savoir. On peut appeler ça le syndrome Bart Simpson du nom du célèbre personnage de dessin animé caractérisé par une indécrottable haine de l'effort intellectuel. Il est un peu le représentant du jeune américain majoritaire d'aujourd'hui. Les jeunes se détournent des œuvres culturelles, le savoir est dénigré, et tout concourt dans la société à une espèce d'acculturation volontaire. On peut y voir aussi le phénomène décrier par Bernard Stigler d'épuisement libidinal. Toute l'attention des individus toute leur force et leur énergie étant littéralement pompé par la consommation et la société marchande. Il n'y a tout simplement plus le temps pour apprendre comprendre et réfléchir.

 

  La France commence à connaitre les effets de la mondialisation sur sa structure scolaire qui avait jusque-là résisté grâce à l'inertie des habitudes essentiellement. À la tertiarisation de l'emploi suit donc la tertiarisation de l'instruction. Ce qui va considérablement aggraver la situation macroéconomique du pays puisque le modèle post-industrielle n'est tout simplement pas viable à terme à cause des déficits commerciaux qu'il produit. Face a cette situation il ne suffira pas de modifier les programmes scolaires ou même d'augmenter les budgets recherche ce qui serait quand même important de faire. Aux USA les chercheurs sont bien payés, mais les jeunes boudent quand même ces secteurs les USA étant obligés d'importer leur tête pensante. Cela ne pourra pas durée indéfiniment et un jour les étudiants asiatiques n'iront plus compenser la médiocrité des élèves américains. Il faut redonner à la science française une cohérence avec notre structure économique. Cela passe par la réindustrialisation et le retour de l'état en matière d'intervention économique. En réalité le seul moyen de rendre sa noblesse à la science et à la technique est de rendre à nouveau attractifs les métiers de ce secteur. Et bien évidemment cela ne se produira pas tant que nous en resterons à importer les biens que nous consommons. Aujourd'hui ce sont des centres de recherche que l'on délocalise ou que l'on sous-traite. Si la France ne régit pas, il ne restera pas grand-chose de ce pays dans lequel nous vivons. Imaginons nos centrales nucléaires manquant  de mains-d'œuvre qualifiées, nos TVG tombant en panne faute d'ingénieurs compétents. À force de trop rémunérer le superflu et pas assez l'essentiel c'est toute notre civilisation qui risque de s'effondrer. Todd s'était moqué de la situation américaine lors de l'ouragan Katrina, je ne m'étonnerai pas de voir la France dans ce genre de situation d'ici dix ou quinze ans. Des systèmes de distribution d'eau qui ne fonctionnent plus, des pannes à répétition un peu partout faute de compétence. Il va être beau le 21ème siècle français.

 


PS: Pour finir ce texte, je tiens à signaler la sortie prochaine d'un documentaire sur les dernières découvertes scientifiques concernant l'astronomie et l'évolution de la vie. Il s'intitule du Big Bang au vivant. J'en parle parce que l'article auquel je fais référence parle de Jean Pierre Luminet l'astrophysicien, c'est lui qui est à l'origine de ce documentaire. Pour la petite histoire Jean Pierre Luminet n'a pas trouvé de financement en France pour son projet, il a du aller au Québec pour en trouver. Il est pourtant un habitué des documentaires et il était l'un des participants régulier avec Hubert Reeves à l'émission la nuit des étoiles filantes dont je regrette amèrement l'arrêt de diffusion sur France télévision. Cela souligne le peu d'intérêt que portent nos responsables à la science, surtout lorsque l'on voit des types comme les frères Bogdanov faire des émissions plus ésotériques que scientifiques sur une chaine de service public.  

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 21:27

 

arton1331.jpgHier nous avons parlé de la pléthore de candidats qui se présentent pour les prochaines élections et cela à l'occasion de l'annonce de la candidature de Nicolas Hulot. Il se trouve qu'aujourd'hui ont été annoncées les propositions politiques et économiques de Dominique De Villepin. On ne sait toujours pas par contre s'il sera candidat il doit attendre le dernier moment pour voir si son score éventuel estimé par les sondeurs se sera pas trop ridicule. Comme pratiquement tous les candidats, DDV se présente en rupture avec la France actuelle, il appelle à une refondation politique et sociale. Il est vrai qu'un candidat se présentant avec comme programme unique l'austérité la misère et la stagnation aurait probablement peu de chance de percer... Mais ce n'est bien évidemment pas sur les intentions affichées qu'il nous faut juger les propositions de DDV et bien plus sur les outils qu'il compte utilisé pour atteindre les objectifs qu'il se donne. Malheureusement comme pour les écologistes c'est là que ça coince, même si quelques propositions sont évidemment intéressantes.

 

DDV et ses propositions vont comme toujours se heurter au contexte des contraintes européennes qui sont en fait au cœur du problème français même si certains pensent passer outre nos différents accords internationaux sans pour autant franchir le rubicond par la sortie pure et simple de l'UE et de la zone euro. Mais bien évidemment, en bon libéral qu'il est, le pauvre DDV ne risque pas de sortir dans sentiers battus. D'autant qu'il reste dans le cadre de la doxa traditionnelle sur la question de la dette publique qu'il faudrait remboursée par des moyens conventionnels selon lui. Il est pourtant assez facile de voir qu'il est physiquement impossible de rembourser la dette publique à son niveau actuel avec un tel procédé, à moins de conduire le pays à la faillite pure et simple. Mais oublions cette question et intéressons-nous aux propositions concrètes de DDV et de son parti République solidaire.

 

 


 

Critique des propositions point par point

 

1-Un revenu citoyen garanti de 850 euros

 

  J'en ai longuement parlé dans un texte consacré récemment à la notion de revenu citoyen. Il s'agit d'une idée libertarienne à l'origine et qui n'avait pour but la dignité ou l'égalité, mais le bon fonctionnement du marché par l'équilibrage de rapports de force entre patrons et salariés. L'origine de cette proposition ne la disqualifie pas pour autant, elle peut être dans le cadre d'une société fortement individualiste, où les liens sociaux et les syndicats sont faibles, un moyen par lequel effectivement on offre un mécanisme efficace de régulation sur les salaires. Le gros problème c'est que cette proposition n'aura pas les effets escomptés dans un cadre de libre-échange intégral et de monnaie surévaluée. Cette proposition de DDV ne pourra produire dans ce cadre qu'une nouvelle aggravation du déficit commercial français déjà passablement élevé. En effet, une telle politique aurait pour conséquence une augmentation de la demande, mais sans que pour autant le pays ne produise une amélioration de sa compétitivité commerciale, terme qu'affectionne pourtant DDV qui le répète sans cesse.

 

C'est d'autant plus grave que DDV ne propose rien de réellement efficient pour améliorer les comptes extérieurs de la nation. À croire qu'il s'agit d'un problème secondaire alors que cela traduit une désindustrialisation grave et que cela produit une fuite de la masse monétaire ce qui produit la basse croissance que nous connaissons depuis tant d'années. Si la mesure était accompagnée de politiques protectionnistes ou d'une proposition de dévaluation, elle serait nettement plus crédible. Il n'y a pourtant dans les propositions de DDV que la taxe TVA 3E qui est une forme de protectionnisme beaucoup trop timide pour être à la mesure du problème. Pour faire une analogie médicale, la France a une hémorragie de sa masse monétaire, ce qui fait baisser sa tension, la monnaie jouant dans l'économie le même rôle que le sang dans le corps humain. Pour éviter la mort, il faut bien évidemment une tension à un certain niveau . Pour faire faire revenir le niveau de la tension à la normale, pour qu’il y est plein emploi et croissance, il faut donc accroitre la quantité de sang pour la faire augmenter, mais avant cela il faut d'abord mettre fin à l'hémorragie sans quoi la transfusion ne servira à rien. Les propositions de DDV sont un moyen d'accroitre la tension dans l'économie française, mais elle ne peut pas soigner le malade tant que l'on ne s'attaque pas à la blessure qui produit l'hémorragie, à savoir les déficits commerciaux et la désindustrialisation. C'est valable également pour les politiques de monétisation de la dette publique ou pour les politiques d'émission de crédit productif par la création monétaire publique. Ces politiques aussi font monter la tension du corps, mais ne résolvent pas le problème de l'hémorragie. On le voit aux USA où ces politiques échouent malgré d'énormes injections de liquidité, car la monnaie va nourrir les exportations d'autres nations, la Chine et l'Allemagne en particulier.

 

2-Favoriser l'emploi des jeunes par la création d'un taux de jeunes en emploi, formation ou alternance.

 

Je n'aime pas du tout ce genre de politique qui consiste à segmenter la population en de multiples fragments les jeunes, les séniors, les immigrés, les handicapés, les femmes, les homosexuels, etc.. Ce genre de politique catégoriel nourrit le ressentiment et la jalousie entre les différentes strates de la société. Ces politiques participent donc à la communautarisation du pays que prétend pour combattre DDV. Elles cachent en plus souvent les inégalités intrinsèques aux strates visées qui ne sont pas si homogènes que semblent le croire ceux qui font ce genre de propositions. Il y a différentes sortes de jeunes par exemple, certains héritent, d'autres galèrent, et suivant leurs statuts sociaux respectifs, ils seront plus proches des vieux de leur propre catégorie sociale que des jeunes qui ont leur âge, mais pas leur niveau de vie. La seule fragmentation sociale qui est un sens est en fait celle des niveaux de vie, rien d'autre. De plus, ces politiques se résument souvent à ne faire que changer la place dans la file d'attente du chômage. Car le cœur du problème c'est le manque d'emploi global, tant qu'il n'y aura pas assez d'emploi pour tout le monde ces politiques d'aide catégorielles se traduiront en un immense jeu de chaises musicales. On ne guérit jamais une injustice en en fabriquant d'autres.

 

3-La création d'un «grand impôt citoyen, progressiste»

 

Cela fait longtemps que l'on parle de simplifier le système fiscal français qui s'est probablement trop complexifié avec le temps. Les impôts divers et variés s'accumulant en strate et, tels les sédiments, leur analyse peut nous faire remonter le temps et nous faire comprendre le contexte de l'époque où ils ont été créé. La proposition de DDV consiste à faire payer l'impôt à tout le monde avec un plafond limite fixé à 60% ce qui est quand même très bas pour les très hauts revenus comme limite supérieure. L'infâme communiste qu'était Roosvelt aux USA est allé jusqu'à taxer à 95% les très hauts revenus par exemple. Cette proposition semble également oublier, ou vouloir faire croire, que certaines populations en France ne payent pas d'impôts, c'est complètement faux. Même les SDF en France payent des impôts sous la forme de la TVA. Il n'y a que l'impôt sur le revenu et les diverses taxes locales ou d'habitation dont une partie de la population est exonérée. Vouloir étendre l'impôt à toute la population en sous-entendant qu'en fait une partie de la population en serait exonérée est donc particulièrement vicieux. Il s'agit là très probablement un discours qui vise une clientèle de type classe moyenne aisée « Celle qui en a mare de payer pour tous ces fainéants ». Au passage, je suis surpris que personne ne propose une TVA plus juste. En réalité, la TVA est un outil qui pourrait très bien agir pour mieux répartir les efforts en fonction des revenus. En effet, rien n'interdit de créer de nombreuses tranches TVA allant jusqu'à 90% du prix d'une marchandise pour des produits qui seraient très luxueux, et à 0% pour les produits de première nécessité.

 

4-Le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc.

 

Première question à cette proposition comment va-t-on obliger les gens à aller voter? Si je suis pour la reconnaissance du vote blanc, par contre l'idée d'obliger les gens à voter me paraît incongrue. D'autant que le vrai problème de la démocratie française n'est pas une désaffection pour la chose politique contrairement à ce que peut laisser supposer cette proposition. La dernière présidentielle ou le référendum de 2005 avait attiré les foules et les débats. C'est la médiocrité des offres politiques et la disparition du choix, principalement à cause de la construction européenne et de ses contraintes, qui ont produit une désaffection pour les hommes politiques actuels. C'est une crise de la représentation et non une crise de la politique au sens large. Mais c'est vrai que pour un homme politique actuel qui a eu le pouvoir, il est plus facile d'accepter l'idée d'une dépolitisation de la population qui l'exonère de toute forme de responsabilité.

 

5- Une réduction du nombre de régions à 8 ou 10

 

Cette idée est présentée comme un moyen de rivaliser avec les autres grandes régions européennes. Quel drôle d'idée! Ce n'est pas très gaulliste d'ailleurs, car c'est plutôt une vision fédéraliste de la société. À moins que DDV ne veuille participer à la déconstruction de l'état français dans l'Europe par la conjugaison de grands pouvoirs octroyés aux régions ajoutées au rôle écrasant donné à Bruxelles et Francfort. DDV veut-il préparer l'élargissement du nouveau Saint-Empire germanique aux régions françaises? Vouloir décentralisé ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais faire des régions plus grosses n'est pas forcement la meilleure façon de faire. Des monnaies locales seraient des outils nettement plus efficaces pour y arriver, mais c'est un autre débat. De toute façon le vrai problème en France aujourd'hui ce n'est pas la faiblesse des régions celles-ci s'avèrent même puissante et gaspilleuses. Non, le vrai problème c'est l'impuissance de l'état central, dans ce cadre donner encore plus de pouvoir aux régions serait éminemment dangereux.

 

6-Sortir de l'Otan.

 

Voilà bien le seul point sur lequel je n'aurai aucune critique à faire, on voit bien là que DDV est gaulliste uniquement sur la question de la politique étrangère. À vrai dire, je ne sais absolument pas ce qui a poussé l'UMP et Nicolas Sarkozy à rejoindre une organisation qui aurait dû être dissoute dans les années 90 au lendemain de la fin de la guerre froide. L'OTAN est le vestige d'une autre époque et n'a plus aucune justification existentielle, si ce n'est se faire le bras armé de la puissante industrie militaire américaine. Cette organisation est d'autant plus anachronique qu'elle semble incapable de vraiment gagner les conflits dans lesquels elle s'engage. La professionnalisation de l'armée et l'orientation des matériels militaire vers la projection ont rendu les troupes de l'OTAN incapable d'agir sur le terrain. Car cette orientation vers une armée de projection a un coût, elle a réduit les possibilités de maintenir un nombre de troupes élevé à budget constant. Le résultat c'est que les armées occidentales n’ont pas assez de troupes ou de matériels en quantité. Sans parler du rendement décroissant qui touche le progrès technique en matière d'armement. Il est dommage que DDV n'aborde pas ce problème. Il y a une dernière question d'ailleurs que les hommes politiques devraient peut-être se poser en matière militaire. Est-il possible de créer ou de faire fonctionner des armées modernes sans pétrole? Ça, ce sera la vraie problématique du monde militaire des prochaines décennies. D'ailleurs DDV n'aborde absolument pas la question du pétrole c'est un autre mauvais point.

 

7-Une «TVA 3E» : emploi, environnement, exportations.

 

Pas de grandes précisions à ce sujet. Il est probable que DDV nous ressorte ici la fameuse TVA sociale qui est un outil protectionniste intéressant même si complètement insuffisant face au problème que produit l'euro sur notre économie. D'ailleurs DDV n'a absolument pas parlé des problèmes monétaires qui sont pourtant essentiels pour notre commerce extérieur. La dégradation économique de la France et de sa balance commerciale étant largement imputable à l'évolution de l'euro comme l'avais montré Jacques Sapir.

 

Conclusion

 

Dominique De Villepin essaie de faire croire que son programme est révolutionnaire. Sa mesure phare est certes intéressante, mais ne suffit pas à rendre son programme réellement révolutionnaire. Il n'a eu de cesse au début de se conférence de nous rappeler à quel point les hommes politiques sont actuellement privés des outils leurs permettant d'agir concrètement. Mais pour seule réponse à cette impuissance DDV nous propose une énième réforme constitutionnelle. Comme si la dépossession du pouvoir politique était liée uniquement aux institutions. La réalité est que la France a renoncé au pouvoir réel, elle ne possède plus de monnaie propre et n'a donc plus ni politique d'investissement public, ni politique monétaire commerciale. Elle a renoncé à contrôler ses frontières commerciales, humaines et fiscales en permettant aux marchandises, aux hommes et aux capitaux de circuler librement grâce à l'Europe, ce qui rend impossible toute régulation en ces domaines. Et enfin, elle a renoncé à ses choix militaires en rejoignant l'OTAN. DDV ne nous rend qu'une seule liberté dans son programme, c'est la liberté militaire, sur toutes les autres il ne propose rien. On peut donc à l'écoute de ce programme se poser une question: A quoi sert vraiment la candidature de Dominique De Villepin? N'est-ce pas justement une simple affaire de querelle interpersonnelle qui le pousse à éventuellement se présenter à l'élection? N'use-t-il pas des mêmes procédés qu'il critique pourtant si fortement chez ces confrères, démagogie et clientélisme électoral?

 

 

 

Les propositions de DDV sur

 

Le figaro

Les echos

Le parisien

liberation 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 20:32

 

92097_nicolas-hulot-s-exprime-a-lyon-le-13-novembre-2010.jpgDécidément, la prochaine élection présidentielle promet d'être mouvementée, c'est le moins que l'on puisse dire, avec les diverses nouvelles qui s'accumulent. D'un coté un président sortant aux abois qui n'arrive même plus à contrôler son propre camp qui est paniqué à l'idée de se faire écraser aux prochaines présidentielles. L'explosion de l'UMP commençant par son centre avec le candidat Borloo , même si certains jugent que l'action de Borloo vise surtout à décourager le grand rival de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin. En attendant, Marine Le Pen continue sur sa lancée et les sondages ainsi que les résultats de la dernière cantonale ont fini de convaincre de son irrésistible ascension. Et même si dans les faits celle-ci doit être un peu tempérée, force est de reconnaître que cette poussée a agi comme un électrochoc sur la majorité présidentielle. La droite semble plus divisée que jamais seulement, et c'est une nouveauté en terme historique, le camp d'en face ne va pas mieux. Le PS peine toujours à choisir son candidat, on parle même d'une candidature de Hollande alors que DSK semble fléchir chez les maîtres sondeurs, grands faiseurs des candidats devant l'éternel. Mais nouvelle surprise, voilà maintenant que les écologistes eux-mêmes se subdivisent, car c'est dans cette orgie de candidatures que Nicolas Hulot a décidé lui aussi de se lancer ce matin. Il a du se dire que décidément plus y a de fous plus on rit, mais moins on a de riz aurait dit Coluche, enfin de voix dans ce cas.

 

En entendant cela à la télévision sur BFM ce matin, j'entends au passage un commentaire de Corinne Lepage ex-ministre de l'Environnement qui répondait à la proposition de Hulot en disant qu'elle aussi elle devrait peut-être être candidate, et que la notoriété n'était pas une bonne mesure pour évaluer la qualité d'un futur candidat à la présidentielle. On ne peut que donner raison à Lepage sur ce dernier point cependant çà nous fait encore une candidate là... Alors personnellement je n'ai rien contre le fait d'avoir le choix, mais encore faut-il que les candidats se différencient sur quelque chose. Et qu'ils apportent un réel contenu et une vraie divergence sur le plan politique pour représenter les diverses opinions qui peuvent traverser les différents courants politiques de la population. Or là, j'ai surtout l'impression d'assister à une pléthore de candidatures sans différence, pleines de centristes mous et d'écologistes à la petite semelle. En fait, on assiste à une explosion électorale du centre, tout le monde se partage un électorat qui en fait n'est pas si important que çà même s'il s'agit d'un électorat central sur le plan économique celui des classes moyennes aisées.

 

Bienvenu chez les Gaulois

 

En fait, cette incroyable multiplication des candidatures est en soi révélatrice d'une chose, les Français existent toujours et comme leurs lointains ancêtres gaulois, ils ont toujours cette faculté hors du commun à se diviser en de multiples groupes s'opposant sur des peccadilles pendant que les problèmes s'accumulent ou que leurs adversaires les écrasent. Cette situation est caractéristique de la mentalité individualiste française et sa recherche de l'homme providentielle, on la retrouve bien évidemment chez les souverainistes dont je fais partie. Mon collègue Malakine avait d'ailleurs fustigé dans ce texte cette incapacité à se rassembler chez les républicains souverainistes, une situation qui a eu pour conséquence un holdup du FN sur toutes les idées que ce courant pouvait défendre. Trop divisé, ce camp finit par se faire dévorer par un groupe qui pourtant n'était pas porteur de bons nombres de ses orientations à l'origine . Mais comme on le voit, il n'y a pas que ce courant politique qui produit ce désordre. Car c'est à plus ou moins grande échelle le même phénomène chez tout les courants politiques. Même les deux grands partis de l'establishment le PS et l'UMP se retrouvent avec des luttes entre personnalités alors qu'en réalité ce qui devrait compter c'est le programme à appliquer.Mais le vide laissé parle transfert des pouvoirs de l'état français à l'échelle européenne a fini par vider de sa substance les débats de fond. À quoi bon parler des idées puisque l'on sait déjà qu'elle programme nous ferons, ce sera celui de l'Europe. À partir de là, on se déchire sur les représentants et l'on fait l'apologie de certaines individualités qui ne changeront pas grand-chose aux réalités des Français. 


Bien évidemment, il ne s'agit pas de dire que la personne qui doit représenter ces idées ne doit pas avoir quelques qualités minimales pour pouvoir les représenter correctement, mais au final dans une démocratie ce sont sur tour sur les idées que l'on devrait se battre. On n’a pourtant pas l'impression que les idées sont vraiment débattues à l'heure actuelle par nos futurs représentants, ils se déchirent surtout pour savoir qui sera calife à la place du calife, c'est malheureusement vrai aussi chez les souverainistes. Quelle est donc la différence entre Nicolas Hulot ou Corinne Lepage par exemple? Est-ce que monsieur Borlo est très différent d'un Bayrou ou du programme de Dominique de Villepin. Si l'on s'en tenait au programme il n'y aurait en fait besoin que de deux ou trois candidats à l'heure actuelle guère plus. D'autant que les seuls a pouvoir vraiment changer les choses ou à pouvoir vraiment appliquer des programmes alternatifs, quel que soit ce programme d'ailleurs, sont les partis qui proposent une rupture avec l'Europe et la mondialisation.

 

Car il ne sert à rien à l'heure actuelle de faire de grandes embardées verbales sur le fait qu'il faille tout changer tout en ne se lançant pas dans les vraies ruptures, celles qui sont susceptibles de réellement changer les choses. En lisant monsieur Hulot par exemple, je me suis demandé s'il avait bien conscience que tout ce qu'il propose il ne pourra pas le faire à cause des contraintes européennes. Contraintes vis-à-vis desquelles je vois mal ses soutiens comme Europe Écologie rompre. Si je lis les divers chantiers économiques des écologistes je ne vois guère la sortie de l'euro par exemple, au contraire même, on y fait l'apologie de l'autre Europe celle que l'on vend au français depuis trente ans et qui a justifié tous les sacrifices. On pourrait faire la même remarque à madame Lepage, les écologistes pourraient se résumer à un slogan: Ne rien changer, pour tout changer. En réalité, un vrai programme de rupture ne peut se faire qu'en dehors de la construction européenne actuelle tout le reste n'est qu'hypothèses stériles, la construction européenne est à se point pesante aujourd'hui qu'elle ne laissera aucune liberté au futur président.

 

Tous les candidats alternatifs pro-européens sont démagogues

 

En vérité, la totalité des programmes alternatifs qui n'inclut pas l'hypothèse d'une rupture avec l'Europe actuelle, sont des démagogues dans la plus pure tradition, ou alors ils sont inconscients. À l'heure actuelle, ils ne sont pourtant pas nombreux les partis alternatifs à vouloir sortir de l'euro et de l'UE. Il y a DLR, le FN ou encore l'UPR et pas grand-chose d'autre. Ailleurs, c'est le statu quo européen, cela n'empêche pourtant pas ces derniers à faire de grandes propositions, mais on voit mal comment elles pourront être appliquées. Quand il faudra rééquilibrer le budget de l'état sans croissance, sans dévaluation et avec un déficit commercial sans cesse croissant les grands discours s'effaceront devant la sacro-sainte raison européenne. Il en est ainsi depuis 1983. Je suis peut-être très terre-à-terre, mais si on veut garder l'euro et l'UE actuelle alors il faut se plier au dogme libéral, ou ce se sera la banqueroute générale.On ne peut pas avoir une rupturedans les politiques économiques menées si l'on ne rompt pas avec ce qui les produit à l'origine. 


Au final, je trouve les partis du centre moins incohérents, et même le PS d'ailleurs. Eux ne proposent pas de changer quoi que ce soit à la vie des Français. Ils proposent juste de continuer comme on le fait depuis trente ans à suivre les dogmes bruxellois, quitte à nous conduire tous à l'extinction progressive. Les demi-alternatifs eux me révulsent au plus haut point, et j'inclus ici le Front de gauche que l'on n’entend guère sur la question de l'euro et de l'Europe. Et pour cause ils ne veulent pas de rupture avec le "rêve" européen, pas plus que chez leurs collègues écologistes. À partir de là, ils en sont réduits à faire effectivement des discours démagogiques et incohérents puisque n'allant pas jusqu'à se donner les outils leur permettant de les mettre en pratique. Le programme du FN aussi critiquable qu'il soit par certains aspects est applicable, il en va de même pour celui du PS. La vraie démagogie n'est donc pas forcément où on l'attend, si l'on entend bien sûr par démagogie le fait de faire des propositions que l'on sait inapplicables.

 

 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 21:40

  Il est quand même incroyable que le peuple français n'ait pas été consulté sur la question de la départementalisation de l'île de Mayotte. Et il semble que comme cela devient une habitude seul Marine Le Pen ait soulevé cette question, après la laïcité, le libre-échange ou l'euro voilà maintenant le FN seul parti à critiquer cette drôle d'adhésion. En effet et au risque de choquer, Mayotte est très éloignée du territoire français et contrairement à la Réunion ou aux autres restes de l'empire colonial, cette île est faiblement française sur le plan culturelle. L'arabe y est plus parlé que le français et le territoire est composé à 95% de musulmans voilà un beau sujet pour l'indentité française. Peut-on être français en ne partageant aucune affinité avec le comportement social français, en ne connaissant pas le principe de laïcité, et en ne parlant pas français?Car les pratiques sociales locales ne correspondent pas vraiment aux pratiques nationales le coran faisant figure de religion et de loi bien au-dessus des principes de la république. Il est étrange qu'un gouvernement qui a fait tout tapage médiatique sur l'identité nationale soit aussi celui qui transforme en département un territoire manifestement étranger. Car après cette affaire on peut vraiment se demander ce que c'est d'être français, c'est posséder un bout de papier plastifié en fait.

 

  Et cerise sur le gateau cette île est revendiquée par les Cormores et une résolution de l'ONU la reconnait comme faisant partie de l'Union des Comores et non du territoire français. L'union Africaine et l'ONU critiquent la présence française sur cette île et l'on ne doute pas de la validité de leurs arguments, il suffit de regarder une carte pour voir que Mayotte est un état Africain. Etat qui en plus historiquement appartient à l'Union des Comores. Alors pourquoi donc avoir donné la nationalité française à un territoire aussi peu français en réalité. Quand on pense à toutes les remarques sur les difficultés qu'il y aurait à intégrer éventuellement les Wallons en France. Là pour intégrer une île qui n'est française, ni par la géographie, ni par l'histoire, ni par la langue, ni par la culture, on ne discute même pas. Pas de débat rien, c'est comme ça et puis c'est tout. 

 

F_2000_Map_Dom-Tom_YS.jpg

 

Un universalisme délirant

 

        A titre personnel je pense qu'il doit y avoir contiguïté sur le plan territorial, c'est-à-dire que les frontières d'une nation doivent former un bloc. Car les territoires isolés et éloignés finissent toujours par produire une divergence culturelle et linguistique à long terme qui finit  par produire une autre nation. Personne aujourd'hui n'irait proposer le rattachement du Québec à la France, pourtant ce territoire est nettement plus français que Mayotte, on a même des hésitations pour la Wallonie au cas où la Belgique éclaterait elle est pourtant à coté. Et d'ailleurs si cela arrivé il y aurait certainement un référendum en France pour une telle adhésion, on se demande vraiment pourquoi le peuple français n'a pas été interrogé sur Mayotte. Finalement tout ceci donne la désagréable impression d'une perpétuation de l'esprit colonial, celui-ci avait quand même comme moteur un universalisme qui prétendait transformer toute l'humanité ou presque en français. Comme si être français était quelque part le but à atteindre pour toute l'humanité.

 

  En réalité, il est probable que Mayotte souffrira de sa dépendance à la nation française, c'est un vrai cadeau empoisonné. C'est déjà le cas d'ailleurs, puisque l'on sait que les aides sociales et le système médical français ont créé une véritable aspiration des populations environnantes vers Mayotte. Les habitants locaux sont littéralement écrasés sous le poids de l'immigration, celle-ci représentant déjà prés de 40% de la population, ce rapport de l'assemblée nationale nous éclaire sur le sujet. On imagine les réactions en métropole avec de tels taux. Alors bien évidemment vous me direz oui, mais les locaux eux sont pour être français. C'est oublier que c'est probablement pour des intérêts économiques ou géopolitique à court terme rien d'autre. Si demain les Sénégalais réclamaient le rattachement à la France pour améliorer leur quotidien à  court terme, faudrait-il pour autant leur octroyer ce qu'ils veulent? Quelque part la différence de niveau de vie invalide l'idée qu'il s'agisse d'un choix parfaitement neutre produit par le désir d'être français. L'île aurait un niveau de vie élevé et serait totalement autonome pourquoi pas, mais ce n'est pas le cas. D'autre part je crois que c'est aussi la peur d'être manger par l'union comorienne qui motive cette attachement à la France. En ce cas on peut très bien imaginer une politique de défense pour l'île, lui garantissant son autonomie vis-à-vis de son voisin sans pour autant en faire un territoire français. Qui plus est l'île utilise l'euro, comme nous, puisque c'est un territoire français. Mais si cette monnaie est trop élevée pour l'économie française, je vous laisse imaginer les dégâts sur les producteurs locaux de ce territoire notablement en retard et mal équipé. Ce faisant en collant cette monnaie à ce territoire on le vide de sa substance productive et l'on en fait un parasite vivant des subsides de l'état métropolitain. Est-ce vraiment souhaitable pour les habitants de Mayotte? Et ce que je dis là pour l'euro était déjà valable à l'époque du franc, la situation n'ayant fait que s'aggraver avec la monnaie unique européenne.

 

Il faut donner l'indépendance à tous les DOM-TOM 

 

  Lors des manifestations de 2009 en Martinique, on est finalement passé à côté d'un débat pourtant nécessaire, il me semble, parce que je crois totalement inefficace la gestion centralisée de territoires aussi éloignés de la métropole. Ces régions gagneraient beaucoup à mieux s'insérer dans leur localité et à développer des rapports économiques avec leurs voisins plutôt qu'avec une nation trop lointaine. Une grande partie des problèmes de la Martinique par exemple est liée à cette attachement économique au territoire français. Les DOM-TOM ont un peu le même problème avec la France, que la France avec l'Union Européenne. Une seule politique pour des territoires aussi disparates est une catastrophe même en tenant compte des redistributions. Mayotte,  pour en revenir à elle, a une démographie largement plus rapide que celle de la métropole, il lui faudrait donc un accroissement de la masse monétaire et une inflation beaucoup plus importante pour pouvoir produire plus d'emplois. Lui coller le franc et maintenant l'euro c'est un acte immonde pour le développement local. Si le tourisme en Martinique ou en Guadeloupe est moins performant qu'à  la République dominicaine, par exemple, c'est en grande partie parce que l'euro est trop fort pour nos îles. Et même un retour au franc n'arrangerait pas les choses, il leur faudrait leur propre monnaie adaptée à leur économie. De plus  pour maintenir les incohérences de politiques économiques on arrose ces territoires d'argent ce qui a pour effet de développer la corruption et le copinage. Ce n'est pas comme cela que ces régions se développeront. 

 

Les DOM-TOM sont bien sûr tous des cas particuliers, et il faut voir comment les insérer dans leurs régions économiques particulières au cas par cas. Il nous faut définitivement tourner la page de la colonisation et pour cela faire en sorte que ces territoires ne soient plus dépendant de nous comme il le sont à l'heure actuelle. Cela ne veut pas dire bien évidemment rompre tout rapport avec ces régions, mais il faut changer l'organisation économique pour que petit à petit ces peuples entrent en coordination avec leurs voisins. Car cette relation de dépendance avec la France n'est pas bonne pour ces territoires qui souffrent des effets de déconnexion avec leur climat économique local. Mais ce n'est pas bon pour la France elle même, qui est oblige de dépenser des sommes importantes pour maintenir à flot des territoires, qui pourtant, sans notre présence, pourraient bien mieux s'en sortir. La première étape pour la marche vers une certaine indépendance serait à mon sens d'octroyer à ces régions leur propre monnaie, une dévaluation sur ces territoires permettrait une amélioration rapide de leur compétitivité. Nous devrions nous préparer à couper le cordon ombilicale entre nous et nos ex-colonies pour leur intérêt à elles, mais aussi pour le notre. Faire de Mayotte un département français est un contresens historique qui risque de coûter cher à la France mais aussi aux mahorais .

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:08

  Notre prophète préféré vient encore une fois de faire un coup d'éclat médiatique ce matin à France Inter en réactualisant son discours sur les concepts zombis. En gros pour Emmanuel Todd s'il y a bien un homme qui a une mauvaise image de la droite c'est Nicolas Sarkozy, car pour lui les électeurs de droite sont soit des racistes, soit des riches. Interprétation du vote de droite pour les élites de l'UMP qui explique en grande partie les erreurs de stratégie électorale employées. Emmanuel Todd trouve également que le vrai moteur du FN est à rechercher dans son programme économique, le FN n'ayant plus besoin de produire un discours sur l'immigration parce que l'UMP et son activisme, essentiellement verbal sur la question, auraient déjà mis sur orbite le parti de Marine Le Pen.

 

  Sinon je remarque que Emmanuel Todd semble de moins en moins confiant dans la possibilité d'un éventuel protectionnisme européen. Il me semble qu'il a changé d'avis quant à la probabilité d'un tel évènement. Je pense que le comportement de l'Allemagne pendant la gestion de la crise a dû lui faire changer d'avis. Même s'il maintient que le protectionnisme européen est la meilleure solution, son application politique devient pratiquement impossible en regard des intérêts à court terme de la puissance germanique.  Il craint à juste titre que le FN ne se présente en étant le seul grand parti avec un programme de sortie de l'euro et d'un retour au protectionnisme. J'aurai par contre une seule critique sur les propos de Todd, je crois qu'il va un peu loin en disant que le protectionnisme et la fin de l'euro sont aujourd'hui sérieusement envisagés par la majorité de la population. Pour les classes moyennes aisées je crois que le travail de déconditionnement idéologique reste à faire, quand on voit encore un type comme Copé dire que la sortie de l'euro est un extrémisme, il y a encore beaucoup d'explications à donner pour convaindre. Et il n'est pas le seul à penser cela. Dans les millieux encore épargnés par la mondialisation et la contraction économique, l'euro reste un tabou intouchable. Sans parler des peurs quasi millénaristes concernant l'inflation qui était totalement diabolisée par trente ans de discours monétariste.

 

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 21:10

  Cantonales-2011-prévisions-Oct2010Oui l'abstention est le vrai gagnant de ces élections cantonales. Les hommes politiques vont faire semblant d'avoir  gagné suivant les cas, mais le fait est que l'abstention invalide en grande partie la représentativité de ces élus. Il est de plus indéniable que ce résultat est  significatif de l'état d'esprit actuel de la population française. Les français n'ont plus confiance dans leurs élites et ils le disent de deux manières, d'une part en rejetant tout simplement un jeu démocratique qu'ils considèrent être une escroquerie, au pire, une chose inutile au mieux. Ensuite il le montre par le vote front national qui est en réalité une autre manière de rejeter l'establishment, et d'ailleurs plus ce dernier est rejeté plus les gens se mobilisent pour lui. Alors que la dernière présidentielle avait fait croire à un retour de la mobilisation démocratique chez les Français, les abstentions qui grimpent depuis 2007 quel que soit le scrutin, semblent nous montrer une voie inverse. Quant à la stratégie consistant à faire barrage au FN ont constante qu'elle n'a pas réussi puisque le FN conserve un bon niveau au second tour avec près de 12% de moyenne nationale, alors qu'il n'avait que 400 candidats sur plus de 1500 cantons renouvelables. En plus l'abstention a encore augmenté par rapport au premier tour ce qui signifie que le FN ne fait plus peur. L'appel au vote utile, au vote républicain, n'a plus beaucoup  d'effet électoral, c'est à méditer pour ceux qui veulent user de cette stratégie éculée pour l'élection de 2012.

 

      Bien entendu, ce ne sont que des élections cantonales sans grand intérêt pratique, les Français le savent bien, mais les Européennes n'avaient pas plus attiré les foules. Les Français ne semblent se mobiliser que pour les questions qui leur semblent essentielles, s'ils ont le choix. Comme ce fut le cas des dernières présidentielles où Sarkozy avait fait naître quelques espoirs avec ses discours guainoesques. C'était vrai aussi du référendum sur la constitution européenne où les français avaient bien vu l'enjeu crucial, la suite les a probablement  dégoûtés d'ailleurs. On pourrait donc imaginer suivant les conditions et les candidats avoir une élection présidentielle complètement différente et cela dépendra aussi de  la qualité du débat global. Et à n'en pas douter un éventuel second tour opposant Sarkozy à DSK aurait un effet spectaculaire sur l'abstention, avec la proximité idéologique des deux hommes nous pourrions parier sur une abstention plus importante qu'à ces cantonales.

 

        En tout cas, ces élections enterrent en partie l'UMP et laisse croire aux socialistes qu'ils ont une chance aux prochaines élections présidentielles. En réalité les chiffres du PS sont extrêmement mauvais en tenant compte de l'abstention et du fait que ce parti bénéficie de son exclusion du pouvoir à l'échelon national depuis 2002. C'est d'autant plus mauvais que le PS semble grignoté petit à petit par ses petits concurrents des écologistes, au FG. Le FN lui peut jubiler, mais la forte abstention n'est pas seulement significative pour les grands partis, elle l'est aussi pour lui. Il semble que la stratégiede Marine Le Pen consistant à plutôt mettre en avant les politiques économiques alternatives et interventionnistes a été payante. Comme l'a dit Emmanuel Todd récemment le FN est malheureusement le seul parti politique médiatique à avoir un programme économique sérieux, c'est à  dire s'attaquant à la question du libre-échange et de l'euro. Le vrai moteur du nouveau FN est ici, pas dans les discours anti-migratoire même si ces derniers persistent. Les vieilles stratégies de diabolisation n'ont donc plus aucune prise, et même s'il reste probablement un fond puant au FN, l'attaquer uniquement sur cela revient à le fortifier en faisant de lui une victime médiatique. Et l'on sait combien, dans notre univers d'émotions télévisuelles, se faire passer pour une victime est un avantage énorme en terme d'image. C'est d'ailleurs ce que vient de réexpliquer Jacques Sapir dans cet interview donné à Challenge où il dit très justement: "si Marine Le Pen continue à ne pas être condamnable moralement, il va falloir revoir toute la stratégie à son égard. ". Il faut donc bien répondre aux propositions du FN et non s'enfermer dans des discours de posture souvent bien commode. De toute façon, si les hommes politiques français passaient plus de temps à réfléchir à leurs actions et à chercher des solutions pour résoudre les problèmes de leurs électeurs, et un peu moins à chercher les bons  coups médiatiques pour se faire réélire, ils n'en seraient pas arrivés à ce stade de déconfiture. Le FN c'est un peu la moisissure qui grandit sur un corps en putréfaction, elle n'y est pour rien la moisissure si le corps est mort.

 

En route vers une présidentielle 2012 imprévisible

 

  Mais ce que ces élections nous apprennent de plus important est finalement le fait que les prochaines élections pourraient être plus ouvertes qu'on ne le croit. En premier lieu parce que le FN fait vraiment des scores élevés dans les cantons où il avait des représentant. En plus on apprend dans un texte de Philipe Cohen qu'il semblerait que le report des voix au second tour qui s'est fait en faveur du FN, ne provenait pas uniquement de la droite. Certains essaient, pour se rassurer probablement, de minimiser ce qui s'est passé à ces élections.Même s'il est vrai que l'abstention n'est pas à ignorer, il va cependant  falloir accepter le fait que Marine Le Pen a réussi son coup. Maintenant, nous verrons si elle continue dans ce sens en allant nettoyer son parti des scories xénophobes qui s'y trouvent encore, pour en faire un parti plus présentable, ou si elle s'arrête en chemin laissant poindre un doute quant à sa bonne foi. De toute façon, elle n'est pas encore capable de rassembler totalement les français au second tour, le faible nombre d'élus obtenu par le FN malgrés son score le montre. La seule chance qu'elle aurait aux présidentielles serait, à l'heure actuelle, d'arriver au second tour, elle ne peut en aucun cas espérer mieux. Il lui faudrait montrer, par je ne sais qu'elle méthode, que le FN a profondément changé, si elle veut vraiment arriver à la fonction présidentielle, si tel est vraiment son voeu.  Maintenant l'autre question, c'est que vont faire les alter-souverainistes, surtout ceux de droite, ceux de gauche n'ayant pas vraiment d'équivalent du FN en face d'eux. Je pense ici bien évidement à nos collègues de DLR, mais aussi au petit groupe de François Asselineau. Ce dernier ayant quand fait montre d'une certaine mauvaise foi,  à mon sens, en refusant de reconnaitre une poussée du FN par des gesticulations verbales sophistes, tout à fait dignes d'un énarque, dans ce texte. De son coté mon ami blogueur Laurent Pinsolle qui est aussi le porte-parole de DLR fait montre de plus d'honnêteté que Asselineau en reconnaissant cette poussée. Ces mouvements politiques sont écrasé par la présence du FN à tel point que l'on ne voit pas comment, et par quel miracle, ils pourraient bousculer MLP d'ici les élections. On voit ici l'effet néfaste du FN concernant la visibilité d'alternatives souverainistes moins caricaturales et plus à même de rassembler. Tant que le FN n'est pas capable de rassembler au second tour il restera quelque part un allié du système qu'il prétend combattre.

 

Quoi qu'il en soit, la question du rapport à l'Europe et  la question du libre-échange pourraient bien émerger aux prochaines élections et cela en grande partie grâce au FN. Car même si ce dernier semble stériliser les voix des électeurs en les détournant de petits partis qui seraient pourtant plus à même de rassembler, on doit  constater que grâce à Marine Le Pen il y a une chance pour que l'on parle des sujets sérieux. Des sujets qui vont de la dette publique et de son origine, au  libre-échange suicidaire, en passant  par la question de l'euro dont il devient franchement difficile de défendre le bilan en ces temps de pillage des PIGS.  Je sais que faire cette remarque est difficile pour tous ceux qui sont membres de petits groupes politiques comme DLR ou le plus petit encore UPR, mais le fait est que les idées de souveraineté passent dans l'opinion publique grâce aux discours de Marine Le Pen. Reste à voir si les français finiront par préférer les originaux sincères, aux copies de circonstance. Cependant j'attends avec impatience les réponses de nos pontes du centre libéral, lorsqu'ils devront répondre sur ces questions essentielles et qu'ils n'auront pas d'échappatoires à cause du poids grandissant du FN. L'éventuelle candidature de DSK, déjà élu si l'on en croit nos médias, devrait révéler au grand jour la proximité idéologique entre le PS et l'UMP avec des conséquences imprévisibles sur les électeurs, y compris chez ceux qui croient encore que le PS est un parti de gauche.

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:03

AfficheUS 1945Mais qu'elle bonne idée que celle de faire un front républicain, voilà bien un moyen d'essayer enfin de redresser la situation politique et économique française, qui convenons-en, en  a bien besoin. On va enfin avoir une union des démocrates et des républicains au nom de la survie de notre pays et de ses principes. Enfin une union de tout les partis de France pour rendre à notre pays son indépendance et sa souveraineté. Mais quel front républicain ce serait, alliant  souverainiste de droite comme de gauche et n'ayant pour seul objectif que le retour à la souveraineté du peuple et de la nation française...heu... mais... Autant pour moi, je me suis trompé en fait, il faut dire que le titre est un peu trompeur en fait. Malheureusement il parait que le front républicain c'est seulement pour faire barrage au FN. J'avoue être un petit peu déçu là, avec toutes ces mauvaises nouvelles qui s'accumulent, je pensais en avoir de bonnes, enfin en plus de la déculotté de l'UMP au premier tour des cantonales.

 

Le vrai front républicain n'est pas celui qu'on croit

 

  La vérité dans cette affaire c'est qu'il est presque comique d'entendre des partis, qui n'ont eu de cesse depuis trente ans de bafouer toute les lois et les principes de la république, s'en faire soudain les défenseurs. Et cela  uniquement quand ça les arrangent et que  cela correspond à leurs petits intérêts électoralistes. Où étaient donc les défenseurs de la république du PS et de l'UMP lorsque le président et les députés, y compris de gauche, ont fait voter un texte qui avait été rejeté par référendum en 2005? Où sont donc nos défenseurs de la démocratie lorsque l'on impose au peuple de France des politiques pour lesquelles il n'adhère pas? Lorsqu'on lui impose de renflouer le système bancaire avec des deniers public pour ensuite justifier la destruction des services publics, et cela au nom de la réduction de la dette provoquée par ces mêmes sauvetages. Où sont donc nos républicains lorsque les entreprises française s'en vont à l'étranger parce qu'elles ne peuvent résister à la concurrence étrangère, à cause d'une monnaie unique idiote et d'une concurrence suicidaire avec des pays à salariés massivement sous-payés. Où sont donc ces républicains lorsqu'il faut résoudre les problèmes concrets des français, du logement au chômage, en passant par la délinquance, la baisse du niveau de vie et l'effondrement de nos services publics. La république ce n'est pas que des textes poussiéreux qu'il faut vénérer comme nos des primitifs le font avec des totems ou des idoles.  La république c'est avant tout des principes en action, et le moins que l'on puisse dire c'est que s'il y a bien des partis anti-républicains en France, ils sont malheureusement déjà au pouvoir.

 

Le FN est un épouvantail, rien d'autre, il permet au PS et à l'UMP de continuer à faire croire qu'ils défendent l'intérêt français alors même qu'ils ont été au pouvoir ces trente dernières années et que la situation actuelle du pays est bien le fruit de leurs politiques conjointes. C'est décidément bien facile d'accuser autrui d'irresponsabilité ou de démagogie quand, soit même, l'on provoque de façon répété des catastrophes politiques et économiques. Le vrai front républicain n'est pas celui qui arrêtera le FN et les fantasmes qu'il entraîne chez certain, le vrai front républicain se sera celui mettra, une bonne fois pour toute, fin à la parenthèse néolibérale dont notre peuple ne cesse de payer les conséquences depuis 1983. Le vrai front républicain sera celui qui mettra fin au libre-échange et à la concurrence libre et donc complètement faussée. Ce sera un front qui ne considérera plus la hausse des salaires comme une catastrophe et les stock option comme une invention géniale. Le vrai front républicain sera celui qui osera remettre de la politique dans l'économie et qui rompra avec l'idée que le féodalisme économique est un modèle de civilisation progressiste. Donc en réalité le vrai front républicain sera celui qui se dressera contre les politiques néolibérales de l'UMP et du PS, et contre les contraintes européennes.  Il y a bien une bête immonde à abattre mais elle triche sur son identité.

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 21:00

  Le titre de ce texte provient des propos tenus par Alain Cotta dans une interview donné sur radio Notre Dame. Et le moins que l'on puisse dire c'est que cet économiste n'y va pas avec le dos de la cuillère, il met les pieds dans le plat. Alain Cotta fut un des premiers critiques de l'euro, il y était opposé dès le début, on trouvera donc normal sa critique de la monnaie unique à la fin de de cet interview. Les faits et l'histoire semble malheureusement lui donner raison, l'euro nous tue à petit à feu comme il le dit si bien. Mais si sur ce blog j'ai souvent critiqué l'euro, ce n'est pas sur ce sujet que je tiens à entamer ici une discussion, mais plutôt sur la question de la démocratie et de l'oligarchie qu'Alain Cotta a abordé ici rapidement mais avec force. Si les propos tenu par Alain Cotta ont une certaine véracité en ce sens que effectivement nous ne sommes pas réellement dans des régimes démocratiques, mais plutôt dans des systèmes oligarchiques. Je ne crois pas pour autant que ces oligarchies soient aussi puissante que semble le croire Alain Cotta, qu'elles aient l'illusion d'être puissantes probablement, qu'elles aient réellement le pouvoir et le contrôle de tout, c'est beaucoup plus discutable.

 

 

 

 


Tentative de catégorisation des oligarchies occidentales 

 

  En premier lieu je suis d'accords avec les propos d'Alain Cotta sur la réalité de nos démocratie, nous ne faisons en réalité que choisir des candidats présélectionnés et tous membres d'une même caste  auto-proclamé. C'est particulièrement visible en France ou en plus la plupart de nos élites ont fait les mêmes écoles et ont pour la plupart parcouru le même chemin social et professionnel.  De plus les conditions économiques construites depuis une trentaine d'années ont favorisé de nouveaux pouvoirs, ce dernier étant abandonné petit à petit par les politiques aux oligarchies économiques et financières. A ce propos Alain Cotta a construit son raisonnement sur une segmentation en quatre parties des oligarchies, selon lui il y aurait:

 

1- L'oligarchie politique

2- L'oligarchie militaire

3- L'oligarchie industrielle et financière

4- Les oligo-riches, sorte d'individus ultra-riches et influents

 

    La planète toute entière serait donc gouvernée par ces oligarchies, moyennant bien sûr une proportion variable suivant les pays. Les USA sont par exemple essentiellement gouverné par le type 2, 3 et 4 de ma liste, le type 4 devenant de plus en plus puissant par rapport au type 3. La France elle possède un atout, en ce sens que le type 1 reste prépondérant, même s'il a eu tendance sous les effets cumulés du libre-échange et de l'UE à commencer de fortes interactions avec l'oligarchie de type 3 et 4, il reste qu'en France l'oligarchie est surtout politique. Cependant le problème avec ce type de catégorisation sociale, c'est qu'en réalité nous avons non pas affaire à des ensembles solides et facilement quantifiables, mais a des groupes en forte interactions les uns avec les autres. On pourrait dire qu'il en va de même avec les classes sociales, ce qui ne nous empêche pourtant pas de parler de classes sociales. Mais dans le cas de ces dernières la rémunération moyenne est quand même un bon moyen de trouver les limites des groupes et c'est un moyen relativement efficace. Mais ce n'est pas le cas des oligarchies qui  ne peuvent être définies uniquement par la taille de leurs revenues. En effet la nature des oligarchies, outre leur richesse,  dépend aussi de la nature et de la provenance de ces revenues, ce qui rend le travail de quantification nettement plus compliqué. Au sens mathématique il s'agit en fait d'ensembles flous, quelqu'un peut appartenir à plusieurs ensembles en même temps. Ainsi  le groupe 2 et 3 aux USA forment une  maelström très difficile à discerner en fait, surtout si l'on voit le poids de l'industrie militaire dans l'économie du pays. Comment distinguer l'oligarchie militaire de l'oligarchie industrielle, si elles ont complètement fusionné, l'armé US , bien représenté par le Pentagone, allant jusqu'à encourager des guerres pour justifier l'existence de l'industrie militaire. Difficile dans ces conditions de dire qui est qui les fonctions,normalement séparées, ont fusionné.

 

  Quoiqu'il en soit, nous pouvons admettre qu'il existe bel et bel des individus ou des groupes d'individus ayant une influence plus grande que la plupart des mortels. Et je rejoindrais ici parfaitement les idées d'Alain Cotta sur cette question. Mais à ces catégories, il faut ajouter une autre séparation, celle liée à l'espace d'existence de ces oligarchies et à l'image qu'elles se font de la géographie de leurs propres intérêts. Ainsi il se trouve que certaines oligarchies sont par nature transnationales ou internationales, elles se fichent alors de la géographie et des contraintes territoriales. D'autres, au contraire, sont limités à leur territoire national. On comprendra bien que les intérêts de ces deux types d'oligarchies, s'ils peuvent parfois se rapprocher, ont aussi des motifs de division, et heureusement d'ailleurs, parce que c'est probablement là la limite intrinsèque des expériences macro-économiques actuelles. Dans les types prédéfinis tel que précédemment, il y en a un qui est toujours national, c'est celui de l'oligarchie militaire, le type 2. A l'inverse il y en a une autre  qui elle est toujours internationale, c'est celle du type 4, en effet des individus ultra-riches  n'ont en général aucune contrainte territoriale et s'intéressent pet aux questions d'intérêt national. Ce sont souvent de grands défenseurs de la mondialisation qui voient en elle l'avenir inéluctable de l'humanité. En oubliant au passage que tout le monde ne peut pas vivre comme un citoyen du monde, car cela nécessiterait des moyens économiques non généralisable à l'ensemble de la population humaine et ce pour des raisons de contraintes physiques évidentes. Combien de terre faudrait-il pour que tout le monde aient le niveau de vie d'un Bill Gates? A moins d'une véritable révolution technique rendant l'énergie gratuite et abondante, tout comme les matières premières, on ne voit pas très bien comment l'humanité pourrait totalement se déraciner ou plutôt avoir comme racine la terre entière à l'image de  nos Jacques Attali et autre BHL.

 

    Enfin dans cette deuxième façon de catégoriser nos oligarchies, il reste le type 1 et 3, ces deux peuvent être nationale ou internationale suivant les conditions du pays. En France la finance est  maintenant largement transnationale de même que la plupart des grandes entreprises, il ne nous reste qu'une petite oligarchie industrielle nationale mais elle est largement en déclin. Nos politiques eux restent tout de même coincés par les contraintes nationales du fait des élections. Mais la primauté du droit européen sur le notre tend à nous imposer une oligarchie politique transnationale, celle de l'UE, qui prend de plus en plus l'ascendant sur nos politiques nationaux. A l'inverse dans un pays comme la Chine la finance et l'industrie sont totalement nationales, et ces oligarchies sont même sous le contrôle de l'oligarchie politique et militaire. Alain Cotta a raison dans ses propos de montrer que ce type d'organisation oligarchique semble beaucoup plus efficace parce que justement enraciné sur un territoire, et donc en partie solidaire du reste de la population. Alors qu'en occident les élites se déconnectent de plus en plus de l'intérêt des populations locales, créant des havres de prospérité au milieu d'une misère grandissante, à l'image des pays d'Amérique du Sud où se côtoient gratte-ciel et bidonvilles.  Le continent Européen où la politique a longtemps dominé permettant ainsi un développement assez juste et rationnel, semble de plus en plus se rapprocher des modèles sud américains, au moment même où ces derniers s'en éloignent comme je l'avais souligné dans mon texte sur l'économie argentine.  

 

L'influence des médias et les limites du pouvoir oligarchique

 

    Mais maintenant que nous avons créé une grille de lecture et un moyen de nommer les groupes oligarchiques, il faut relativiser leur toute puissance.  Si ces groupes prennent des décisions, leurs intérêts, comme je l'ai dit, peuvent diverger, voir même entrer en conflit y compris au sein d'une même nation. C'est une barrière naturelle au pouvoir des groupes humains, aussi puissants soient-ils. Aux USA par exemple des groupes favorables au libre-échange comme Wallmart rencontre la désapprobation d'autres groupes comme l'industrie sidérurgique ou l'industrie automobile. Et les intérêts du complexe militaro-industriel, s'ils pèsent énormément sur la compétitivité des USA et sur le budget public, ont aussi comme bon coté d'empécher une désindustrialisation totale des USA. En effet pour fabriquer des armes de pointe il faut garder des savoir-faire techniques et industrielles et une base de gens qualifiés. Quelque part, et malgré ses effets négatifs, l'industrie de l'armement US empêche la nation de tomber totalement sous les effets des politiques mener par les financiers transnationaux et les multinationales américaines. Le complexe militaro-industriel si décrié aujourd'hui sera peut-être un jour le fer de lance de la réindustrialisation des USA.  La nature nationale du complexe militaro-industriel protège d'une certaine façon l'Amérique contre ses oligarchies à caractère internationaliste, tout en poussant paradoxalement le pays vers des difficultés économiques mais sous une autre forme, inflation manque d'investissement pour les infrastructures faible services publics etc...

 

  Donc comme nous le voyons rien n'est simple, et ces contradictions entre groupes d'influence divers et variés font que les décisions prisent par nos pays peuvent parfois sembler contradictoire à l'image de l'euro par exemple.  L'euro comme le rappel Alain Cotta est une monnaie faites par les politiques, il s'agissait d'un acte politique visant à transformer l'UE en état fédéral, mais il était aussi le fruit d'intérêts économiques celui de la rente et de la finance avec une basse inflation en vue. Dans cette affaire il y a eu des perdants ce fut l'oligarchie industrielle de la plupart des pays d'Europe occidentale et des gagnants les rentiers, les détenteurs de titres de dette et les banques. En effet la monnaie unique a gravement affaibli la compétitivité industriel de la France ou de l'Italie ,sans parler de l'hécatombe en Grèce, en Espagne ou au Portugal, mais nous en avons déjà parlé ailleurs. L'euro est quelque part la preuve que les diverses oligarchies ne s'entendent pas forcement, et ne calculent pas nécessairement en concertation les unes avec les autres. Il n'y a pas de grand complot planétaire, juste des alliances de circonstance et avec un vision souvent  à court terme. Une oligarchie peut même se suicider, à l'image des oligarchies politiques françaises qui ont décidé de suppirmer leur propres pouvoirs au bénéfice de la finance, des banques  et des oligarchies politiques européennes. Personne n'a pourtant obligé les élites politiques françaises à faire l'euro, elles l'ont décidé toutes seules.

 

  Il y a une autre contrainte au pouvoir des oligarchies ce sont les médias qui dans une cadre démocratique peuvent peser face aux influences et aux manipulations des votes. Mais vous me direz que la plupart des médias sont aux mains de ces mêmes oligarchies, et c'est vrai, mais il y deux limites à cela. D'une part les nouveaux médias commencent à sérieusement ébranler la structure hiérarchique  de l'information, comme je l'avais écris dans ce texte. Grace à internet l'information n'est plus verticale, coulant de haut en bas, elle devient horizontale et met à égalité les hommes entre eux, ce qui rend beaucoup plus difficile le contrôle médiatique. Mais il y a une deuxième raison, c'est le manque de maitrise  des effets de l'information sur la population. Les mensonges et les stratégies marketing ont leurs limites, on le voit par exemple avec la stratégie de la diabolisation du FN. Que l'on soit pour ou contre ce parti et ses idées, force est de constater que la machine médiatique semble se retourner contre ses utilisateurs. La population finit avec un certain temps de retard  par s'adapter aux discours médiatiques, et elle finit par s'en méfier lorsqu'ils lui semblent faux et manipulateurs. Enfin les politiques menées pour des intérêts oligarchiques particuliers finissent souvent par produire des drames historiques et économiques mettant fin à la domination de ces mêmes oligarchies, par la force des choses si je puis dire. Ainsi l'explosion de l'euro entraînera sûrement avec lui la génération de politique qui a eu la bêtise de le mettre en oeuvre. De la même manière que le dogmatisme libéral et monétaire argentins des années 90 a fini par provoquer une faillite du pays et le renversement de cette même oligarchie. 

 

La vraie démocratie reste à inventer 

 

      Maintenant, et pour contredire Alain Cotta, je ne crois pas que l'oligarchie sera le système de domination des hommes pour l'éternité des siècles, et il n'y a pas de fatalité à cela. Si l'on se place dans la longue période historique, je dirai que nous vivons l'échec des régimes mis en place à l'époque des lumières, c'est à dire l'échec des régimes politiques franco-anglais fondés sur un parlement élu et sur la primauté du vote des représentants. Les démocraties électorales qui ont probablement fonctionné pendant un certain, se sont vue dépasser par les évolutions du 20ème siècle.  L'apparition des masses médias (radio, télé, cinéma) ont permis à des groupes d'individus de manipuler les opinions publiques à une échelle jamais vue, alors que le système électorale présuppose une indépendance de vue des citoyens. De plus le système de représentant élu semble fortement sensible à la sphère marchande et à l'influence de l'argent et de la corruption. Il s'agit là d'un problème inhérent au modèle électorale actuel, dont j'avais parlé dans ce texte, et qui découle du fait que nous ne sommes pas égaux pour nous représenter aux élections. Le système de représentation par des parlementaires élus  est en réalité beaucoup trop corruptible pour être viable, surtout à notre époque fortement inégalitaire. La porte de sortie est donc de trouver un système politique plus à même d'isoler les politiques de l'influence des autres oligarchies, et d'éviter que les politiques eux mêmes ne deviennent une oligarchie refermée sur elle même, comme c'est malheureusement le cas du corps politique français actuel. A mon sens la meilleur manière est d'introduire des éléments issue de la stochocratie, c'est à dire du tirage au sort. En introduisant dans les processus des élections des éléments de sélection impossibles à influencer par l'argent, nous rendons le système moins perméables à la corruption. On peut également lutter contre la formation de ces oligarchies qui sont sont souvent le produit d'une hausse énorme des inégalités économiques. De même que promouvoir les référendum peut limiter les pouvoirs des petits groupes richissimes, cela suppose par contre des citoyens éclairé et moins passifs que la plupart de nos contemporains. 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 21:00

      Et c'est reparti alors que l'expérience de ces dix dernières années aurait pourtant dû nous donner quelques leçons, voilà que l'occident se met à nouveau à menacer de tout bois les méchants dictateurs du sud. C'est le retour des grands discours émotionnels et des interventionnistes de salon, à l'image de BHL dont on ne sera vraisemblablement débarrassé que lorsqu'il mangera les pissenlits par la racine. Il se trouve que certains de mes camarades sont tombés également dans ce piège de l'intervention à caractère humaniste, y compris mon collègue gaulliste Laurent Pinsolle qui semble défendre une telle opération. Vous l'aurez compris personnellement je suis complètement opposé à ce type d'actions et ce pour plusieurs raisons.

 

Je trouve de plus  incroyable les incohérences construites autour du droit d'ingérence militaire, car il n'est de secret pour personne que ces interventions, sous drapeau droit de l'hommiste, n'interviennent étrangement que dans certains pays possédant deux caractéristiques fondamentales. La première est qu'il semble que les droits de l'homme et la défense des opprimés ne donnent le statut de victime légitime que si le sol du pays sur lequel  se trouve les victimes possède certaines caractéristiques physico-chimiques lui permettant de produire des hydrocarbures. Il faudra sans doute demander aux chimistes par quel miracle les hydrocarbures transforment les cadavres en putréfaction en interventionnisme militaire chez les occidentaux. Voilà de quoi avoir un prix nobel de chimie un mystère absolue vraiment. La deuxième condition semble être un état d'affaiblissement extrême de l'état à aider, en effet seule une nation affaiblie pourra obtenir l'aide médicale des occidentaux. Nos médecins sont formels, il semble que seul les nations militairement faibles puissent obtenir des soins d'urgences et des opérations au rafale  radioscopique. Les saoudiens qui possèdent pourtant le premier critère d'intervention n'ont malheureusement pas accès à l'aide médicale, leur santé leur permettant encore de massacrer librement les populations à Bahrein. Si l'on oublie la plaisanterie, comment ne pas voir que ce double discours et cette double attitude permanente ont un effet désastreux sur l'image de nos propres pays.

 

    Combien de nations dans le monde connaissent des difficultés, des guerres, ou des dictatures sanglantes, sans que cela n'émeuve nos pauvres nations grandes défenseuses de l'humanité. Cette façon de faire de la géopolitique bassement matérielle en usant de slogans humanistes voilà bien la plus mauvaise action qui soit, c'est à vomir. De plus je rappellerais à nos bombardeurs psychopathes que ce sont de jeunes hommes et de jeunes femmes français qui vont aller se faire tuer en Libye. On ne met pas en jeu impunément la vie de ses compatriotes, même s'ils sont dans des avions et non sur le terrain à proprement parler. Pour ma part je considère que la seule chose qui justifie le risque de la mort pour nos soldats c'est la défense du territoire français et rien d'autre. Déclencher des conflits dans des pays lointains pour des raisons qui sont  plus obscures que celles qui sont présentés officiellement, c'est faire preuve d'une légèreté tout à fait incroyable. Peut-être faudrait-il envoyer nos politiciens avec nos hommes sur le terrain pour qu'ils cessent de déclencher des guerres sans réfléchir. Et je ne parlerai pas ici des multiples victimes collatérales en Libye que nos armes vont provoquer.  En réalité nous offrons à Kadhafi un moyen sûr de se faire passer pour un martyr aux yeux des populations arabes et africaines, d'autant plus qu'il a de fortes chances de l'emporter sur le sol face aux insurgés, même avec les bombardements occidentaux. Là il passerait pour un héraut ayant fait tomber les néo-colonialistes blancs.  Et puis qui sont ces insurgés d'ailleurs? On en sait rien en fait, on doit les défendre nous disent les médias, mais si ce sont justes des terroristes violents, pas plus légitimes que l'autre fou au pouvoir, aurait-on quand même raison d'intervenir? Je tiens à signaler que l'on soupçonne fortement ces mouvements d'être en réalité des formes d'action de la part de fondamentalistes musulmans, pas vraiment des démocrates, en tout cas pas plus que Kadhafi. Comme le note Philippe Grasset sur dedefensa :"Il faut rappeler que certains régimes arabes, de fort mauvaise réputation certes, comme l’Algérie et la Syrie, ne cachent pas qu’ils livrent des armes à Kadhafi parce que leur conviction est que le mouvement anti-Kadhafi contient effectivement des éléments islamiques dangereux."

 

  Quel paradoxe si notre intervention favorise les pires des pitres dictatoriaux que l'on puisse imaginer et tout cela au nom de la défense des droits de l'homme, comme en Afghanistan n'est ce pas? En réalité plus les occidentaux s'évertuent à intervenir, plus ils aggravent la situation et il n'y aucune chance pour que cette règle ne s'applique pas à la Libye. La puissance militaire devient ainsi l'impuissance politique, par un renversement étrange lié à la communication instantanée généralisée, la puissance rend en fait impuissant. Que la France intervienne en Libye et le sanglant dictateur deviendra un champion de la lutte contre l'empire américain,et s'il perd ses remplaçant auront tôt fait de foutre dehors les occidentaux tout en prônant la charria. Vaste programme, sans oublier les risques d'une guerre civiles sachant que la Libye n'est pas vraiment un état nation mais plutôt un regroupement de tributs disparates.

 

 

Le camp gaulliste première victime colatérale 

 

      Mais le plus étonnant dans cette histoire, c'est l'absence totale des prétendus gaullistes sur cette affaire. Nicolas Dupont Aignan soutient étrangement l'intervention militaire, tout comme mon collègue Laurent Pinsolle, mais ce n'est pas tout puisque l'on peut lire sur le blog de Jean-Pierre Chevènement la même illusion. Même si ce dernier tempère en appuyant sur le fait que la résolution de l'ONU se limite à une simple limitation des espaces aériens,et en aucun cas à un droit d'ingérence. On notera quand même que le Che n'est pas contre cette intervention ou du moins il n'exprime pas son désaccord, s'il en a un. C'est un revirement assez étonnant de sa part, une rupture assez inhabituelle de sa direction constante en matière de politique étrangère, rappelons qu'il s'était opposé à la première guerre en Irak. Et puis il faut être bien naïf pour croire que l'intervention actuelle se limitera à cela, en Afghanistan aussi cela devait être limité, on y est encore pourtant. On constatera également le soutient de Dominique De Villepin à cette intervention militaire, le "héros" du discours sur l'Irak à l'ONU semble avoir perdu de vue les arguments qu'il utilisait alors. Ou est passé le principe de non ingérence dans les affaires intérieurs d'un pays, principe éminemment gaulliste. Rappelons que le Général De Gaulle fut l'un des premiers  à reconnaître la Chine communiste, et qu'il discutait avec les autorités soviétiques pourtant peu démocratiques. La France s'est toujours mise comme principe de base de respecter les souverainetés nationales, même s'il y avait des conflits internes.

 

Et d'ailleurs nous n'avons pas à écrire l'histoire des autres peuples, il suffit pour comprendre ce principe de bon sens de se mettre à la place des populations locales. Imaginons un instant que le sud de la France soit en proie à un conflit entre différents partis, comment réagirait la population française si la Chine ou l'Allemagne arrivaient avec leurs gros sabots et favorisaient ainsi l'un des camps quel qu'il soit.  Même si l'intervention était bien intentionnée, il y aurait toujours un doute quant à l'intégrité des futurs vainqueurs, de même qu'il y aurait une haine et un dégoût vis à vis des puissances ayant participé à ces actions. Une intervention étrangère ne peut se justifier que s'il y a un conflit entre état nation, une guerre classique. Si un pays en agresse un autre alors là l'intervention militaire peut prendre sens. Mais nous ne sommes pas dans ce cas de figure en Libye. Dans le cas de guerre civile il ne faut pas prendre parti, sous peine de nourrir un ressentiment, et ce que je dis est vrai pour les peuples arabes, mais c'est vrai en général, l'intervention est souvent contre productive.

 

Nicolas Sarkozy le fossoyeur de l'indépendance française

 

  Nicolas Sarkozy finit donc son pitoyable mandat par un feu d'artifice guerrier, si seulement il pouvait aller en Libye pour y montrer tout son courage, sa mort serait probablement la seule choses qui puisse à posteriori justifier ce conflit. On voit aujourd'hui le résultat de la rentrée de la France dans l'Otan, c'est d'ailleurs souligné par le journal Le Point, ce sont les USA qui commande les opérations en Libye et non la France. On comprend ici peut-être mieux pourquoi c'est la France qui a apparemment été l'instigatrice de cet absurde intervention. Les USA et la Grande-Bretagne ayant une image déplorable, ils ont en réalité usé de leur caniche Sarkozien pour faire passer la pilule militaire. C'est d'ailleurs ce que sousentend le New York Times comme expliqué dans cet article qui prétend qu'en réalité ce sont les USA qui ont fait pression pour permettre le conflit, la France ne servant que d'intermédiaire.  La France était plus présentable pour justifier le conflit militaire et faire valoir les intérêts des USA dans la région. Que voulez vous avec toute cette instabilité et la possibilité de voir l'Egypte grand allié traditionnel des USA tomber sous un régime potentiellement hostile, il fallait bien une nouvelle base arrière alors pourquoi pas la Libye? Et en plus il y a du gaz et du pétrole, le pays ne fait que six millions d'habitants et il est tout plat, c'est plus facile à contrôler. La Libye ferait une formidable base arrière pour la puissance américaine au cas où les autres régimes arabes, qui sortirons des révolutions actuelles, seraient anti-américains. Les intérêts de la France dans tout çà on ne les connaît pas, peut-être les intérêts de Total, ou les intérêts de Nicolas Sarkozy lui même sont-il en jeu, mais les intérêts de la France non. D'ailleurs l'Allemagne qui importe aussi du pétrole de Libye n'a pas bougé d'un pouce, nos alliés latins non plus d'ailleurs, ils n'étaient pas vraiment enthousiastes. Finalement par un renversement assez incroyable, il semblerait que la France soit la dernière puissance d'Europe continentale à agir aveuglément pour les intérêts US, étonnant non?

 

La guerre un chose trop sérieuse pour être laissé aux militaires, aux politiques et aux médias

 

    Une chose est quand même sûre dans cette affaire, il y a un problème dans notre organisation politique. Car comment un pays, soit disant démocratique, peut-il tolérer qu'un individu, même président, ou un groupe parlementaire, guère représentatif d'ailleurs, puissent ainsi déclencher une guerre sans débat et sans possibilité d'opposition pour ceux qui sont contre? Il va falloir sérieusement réfléchir à une limitation des moyens militaires qui ont trop souvent servi d'aide auxiliaire pour régler des affaires internes. Ce n'est pas vrai que pour la France d'ailleurs. La guerre ne doit pas être le fruit d'un calcul politicien à court terme, pas plus que le résultat de la défense des intérêts corporatistes des lobbies militaro-indutriels ou autre. La guerre ne doit en aucun cas être décidé par un petit groupe d'individus car ses conséquences c'est le reste de la population qui les subit. D'autant plus que les difficultés économiques de notre pays et sa situation structurelle va rendre très coûteuses ces opérations, nous ne pouvons pas comme les USA éponger notre budget militaire par l'exportation de notre inflation, nous ne possédons pas le dollars. A vrai dire nous ne pouvons même pas émettre de monnaie pour notre propre budget, ce qui veut dire que seul l'emprunt sur les marchés financiers peut financer ce genre d'opération, alors même que la France est déjà en situation de  sur-endettement gravissime.

 

  On peut affirmer que plus d'intervention militaire, c'est moins de fonctionnaires dans les écoles, dans les hôpitaux, ou dans la justice. Et ce n'est pas ceux qui brament comme BHL qui payent ces guerres, la plupart d'entre eux étant des exilés fiscaux,  ce sont les petits contribuables qui subissent déjà les conséquences des délires libre-échangistes et européïstes de ces mêmes élites.  A titre personnel je me demande si finalement la France ne devrait pas faire comme l'Allemagne ou le Japon d'après guerre, limiter à  1% le budget militaire et interdire les opérations hors de son territoire. A cela on pourrait ajouter la nécessité d'un référendum pour tout acte de guerre ou demande d'intervention militaire. Avec ces mesures on éviterait ainsi aux hommes politiques français de pouvoir jouer les gros bras à l'étranger tout en esquivant les problèmes intérieurs.  Ils auraient peut-être ainsi plus de temps à consacrer à ceux qui les ont élu et qui les nourrissent.

 

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 22:01

    Et bien voila il fallait s'y attendre Marine Le Pen est donnée en tête dans les sondages au premier tour des élections présidentielles. Alors évidement les sondages sont à prendre avec des pincettes, et puis nous sommes encore à un an des élections et les électeurs ne sont probablement pas fixés sur la question. Il peut aussi se passer plein de choses en un an, comme par exemple l'effondrement de l'euro, puisque nous assistons à l'heure actuelle, et dans une indifférence généralisée, à une forte pousser des taux d'intérêts des PIGS sur les marchés obligataires. Cependant en excluant ces paramètres force est de constater que  c'est tout de même un score incroyable pour ce parti politique. En effet même lors de son arrivé au second tour en 2002, le FN n'avait pas eu des scores aussi élevé dans les sondages préliminaires. Il y a donc bien une poussée du FN, comme on pouvait le pressentir sur le net et en étant un peu attentif aux divers débats qui agitent la population.  Bien évidement la presse de gauche à tendance à vouloir nier cette réalité à l'image de Rue89, en jouant essentiellement sur l'invalidation de ces sondages. La négation pure et simple du problème MLP semblant être le modus operandi préféré de la gauche centriste, ou mollement alternative, comme ce journal en ligne. Et quand la gauche accepte quand même cette réalité électorale, elle se met à accuser la droite de gouvernement d'être à l'origine de cette poussée. D'un coté en accusant  les débats organisées par l'UMP, ou par l'accusation  d'un fascisme latent de Nicolas Sarkozy qui serait en train de produire un effet d'extrêmisation de la droite française. En bref la gauche ne fait aucune espèce de remise en cause de son propre comportement, et voit toujours la poussée du FN comme un phénomène exogène à ses propres actions.  

 

       Mais ces postures ou cette façon d'analyser cette évolution électorale est en définitive bien commode pour notre gauche pleine de certitudes. En réalité je me demande si finalement la hausse de l'emploi de la thématique migratoire dans le  débat public est bien de la faute du FN et de la droite de gouvernement? A vrai dire, c'est le débat entre Nicolas Dupont Aignan et Alain Minc qui a instillé cette idée dans ma petite tête. Car ce journaliste de BFMtv a directement entamé le débat entre NDA et Minc sur la question migratoire, celle-ci prenant une grande partie de l'émission, alors que les sujets de divisions entre ses deux invités ne manquaient pas, de l'euro, au libre-échange, en passant par les politiques industrielles. Cependent c'est bien cette question, relativement subsidiaire en réalité, qui a constitué l'essentielle de la discussion. Il était évident que ces questions avaient été préparé en avance, Olivier Mazerolle n'étant pas vraiment un débutant dans le métier. Cela veut donc dire qu'il avait préparé consciencieusement les questions en connaissant parfaitement ses deux invités Minc le libéral, et Nicolas Dupont Aignan l'alter-souverainiste qui n'aime ni l'euro, ni le libre-échange. Nul besoin de vous dire qu'il y a forte présomptions me permettant d'affirmer que Mazerolle à une claire préférence pour le libéral.  Donc centrer le débat sur l'immigration alors qu'il s'agissait d'une divergence secondaire entre les deux invités  était pré-calculé dans le but précis d'enfermer l'outsider, NDA, dans l'image d'un candidat anti-imigrés. En plus  le court laps de temps donné par l'émission, et les sophismes de Minc, habitué des plateaux télé, ne permettaient pas de bien préciser les idées, l'amalgame en télévision étant toujours facile. Rappelons ici que la télévision est un média peu à même d'atteindre les degrés d'intelligence des débats écris, elle est le paradis des approximations et des poncifs.  Cette émission a donc en définitive montré l'usage courant du débat sur l'immigration qu'en font nos pontes télévisuels, mais il ne sont pas les seules à faire cela.

 

      De cette remarque on peut donc conclure que contrairement aux affirmations courantes de la gauche molle, ce n'est pas  l'immigration qui fait grimper le FN dans les sondages, en réalité si le PS et l'UMP ne parle que de l'immigration c'est au contraire  pour éviter d'avoir à parler d'autre chose avec le FN. La source de la poussée du FN est donc ailleurs, l'immigration est en fait un outil de diversion employé par TOUT les partis du centre pour éviter les questions qui fâchent. Ce sont donc en réalité les partis du centre qui jouent un jeu malsain en concentrant toute l'attention des médias sur ce sujet plutôt que sur les questions essentielles comme l'euro, le libre-échange, ou la libre-circulation des capitaux. C'est la stratégie d'évitement des principaux partis qui conduit le débat public français à ce niveau misérable auquel il est arrivé. Et la gauche participe de cela tout autant que la droite, si ce n'est plus en faisant bien souvent des confusions et des amalgames par trop manichéens.  Délégitimer l'adversaire est la seule réponse qu'ils ont dans leur situation sous contraintes européeïste et libérales.

 

Le FN c'est accessoirement l'immigration, mais c'est surtout la mondialisation

 

      Nicolas Dupont Aignan subit en réalité les mêmes attaques que Marine Le Pen sur les questions migratoires, d'une manière plus insidieuse et moins directs, ses adversaires focalisant les débats sur cette question lorsqu'il est invité. NDA étant député ancien UMP, il est plus difficile de l'ostraciser directement, alors on le fait avec plus de doigté, mais c'est rigoureusement la même chose qu'avec MLP. A  n'en pas douter nous verrons bientôt les partisans du protectionnisme à gauche se faire traiter de nazi.  Si le FN grimpe dans les sondages c'est  essentiellement parce qu'il parle aux français des problèmes qui les intéressent réellement, de la mondialisation, à l'euro, en passant par la dette publique et les délocalisations. Sur tout ces sujets il a des solutions, et des solutions pas forcement complètement démagogiques, en tout cas beaucoup moins que celles des socialistes qui continuent à faire semblant d'essayer de marier la carpe libérale avec le lapin social. Cependant il est évident que nos partis du centre, tout enfoncé qu'ils sont dans l'européeîsme béat et les contraintes idéologiques qui sont les leurs, auront bien du mal à contrecarrer MLP ou les divers alternatifs sur ces sujets. Alors on préfère faire diversion sur l'immigration, c'est tellement plus commode. Cette stratégie est d'une clareté limpide lorsqu'il s'agit de Nicolas Sarkozy, mais les propos indignés constant de la gauche qui ramène sans arrêt MLP ou les quelques alternatifs sur ce sujet est aussi dans ce jeu là.  De leur coté les alternatifs ne devraient plus se laisser enfermer sur ces questions sous peine de se faire discréditer comme le souhaite les partisans du conservatisme néolibéral.

 

  De la même manière et comme l'a superbement écris Jacques Sapir dans sa dernière tribune sur Marianne2, le meilleur moyen de combattre le FN, ou pourquoi pas, de le tirer vers une certaine modération, c'est de discuter sérieusement avec lui. Il faut  le contredire point par point. En lui accordant crédit lorsqu'il dit vrai, et en le critiquant avec raison lorsqu'il dit n'importe quoi ou qu'il est approximatif.  Faire de grandes gesticulations verbales en se pinçant le nez pour ne pas avoir à discuter libre-échange ou mondialisation, et cela sous le prétexte que le FN n'aime pas l'immigration, voilà bien un comportement dégueulasse à tout point de vue. Etc 'est  dégueulasse y compris vis à vis des populations immigrés qui deviennent ainsi les pions de la stratégie de maintient au pouvoir des grands partis français, PS inclus.  Pour résumer mon propos,  si le FN monte dans les sondages c'est parce qu'il traite des questions économiques de fond qui ne sont plus traitées par les grands partis politiques de l'UMP au PS. Et si l'immigration monte comme thématique, ce n'est pas pour faire monter le FN, comme l'entendent nos gauchistes professionnels, mais pour éviter de débattre des sujets tabous.  Il y a une confusion volontairement entretenue à gauche pour faire croire que l'UMP fait grimper le FN grâce à ses thématique migratoires alors qu'il ne s'agit que de diversion qu'elle même use pour ne pas parler de l'essentiel. Au final le cynisme est bien plus à gauche qu'à l'UMP.

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