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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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L'UE, l'impuissance partagée

 

Alors que la France et ses prétendus élites s'enfoncent dans la démagogie sur des débats stériles concernant les retraites. Les uns vouant aux gémonies l'état et les impôts mettant tous les problèmes sur le dos de la solidarité nationale et se faisant bien discret sur les innombrables passe-droits fiscaux et subvention aux entreprises qui ont dégradé les comptes publics sous Macron. Les autres ne voulant rien changer à la situation croyant que la France de 2025 vaut bien celle de 1985. Hélas non, la France a décliné et le déclin est de grande ampleur n'en déplaise à la gauche conservatrice, car c'est ainsi qu'il faudrait plutôt la nommer. Elle n'a en réalité pas grand-chose à proposer à part la continuation illusoire du système actuel.

 

Comme je l'ai déjà écrit, je pense sincèrement que le débat sur les retraites, comme celui de la fiscalité, sert surtout à ne pas parler de l'essentiel comme la désindustrialisation, le chômage de masse, la précarité de l'emploi et les déficits commerciaux. Vous le savez aussi bien que moi, la raison en est la construction européenne. Nos élites font tout pour empêcher un débat public sur la question de l'euro et de l'UE, même le RN joue ce jeu alors qu'en théorie il devrait nourrir ce débat. Pourtant l'heure est grave, le socle idéologique néolibéral, qui est le fondement de la construction européenne, couplé à la très rapide montée de la Chine, nous précipite vers un désastre collectif absolu. Le cœur industriel de l'Europe qu'était l'Allemagne s'effondre à grande vitesse et c'est bien la monter de la Chine bien plus que le prix de l'énergie qui a produit cette accélération. J'ai récupéré quelques graphiques chez l'économiste Philippe Murer que je vous invite à suivre par ailleurs, c'est assez édifiant.

 

L'Allemagne a ainsi perdu en quelques années tout le progrès de la masse industrielle qu'elle avait récupéré en pillant la France et l'Italie juste après la mise en place de l'euro. Je rappelle pour ceux qui l'ignoreraient que l'euro arrive en 1999, une parité fixe entre les pays de la zone. La monnaie à proprement parler n'arrive dans nos poches qu'en 2002. Fin stratège, les allemands mettront en place leur stratégie de pillage que sous Schröder à partir de 2003. C'est la mise en place des fameuses lois Hartz qui vont casser le salariat allemand. Cela permet une dévaluation interne allemande. Construisant un avantage comparatif massif avec l'Italie et la France. La suite découle de ce choix.L'Italie et la France connaissent une forte dégradation de leur balance commerciale jusqu'à la crise de 2008. La crise de 2008 va asseoir la nouvelle puissance allemande au cœur de l'euro. La stratégie allemande semblait belle puisque le pays a vaincu ses ennemies avec la complicité de leurs propres élites. L'euro a été l'arme absolue de l'Allemagne pour dominer le continent.

 

Mais cette domination qui s'est faite en détruisant le potentiel industriel de ses deux plus grands voisins n'était pas le seul but. Pour tirer sa croissance, l'Allemagne avait besoin de marchés extérieurs puisqu'elle ne compte plus du tout sur sa demande intérieure. L'étrangeté de l'Allemagne c'est qu'elle n'a absolument pas réfléchi à résoudre son problème démographique. Elle semble naviguer de solution à court terme en solution à court terme. L'immigration de masse délirante à partir de 2015 montre le peu de soucis vis-à-vis du long terme. Il en va de même pour le commerce. L'Allemagne sûre de sa domination pensait tirer indéfiniment sa croissance grâce à la dynamique chinoise à laquelle elle s'était raccrochée par l'entremise de l'exportation des biens d'équipement et de l'industrie automobile.

 

 

Mais depuis 2017, les exportations allemandes vers la Chine patinent, et pas qu'un peu. Les exportations de voitures s'effondrent et la Chine concurrence maintenant la production de bien d'équipement. La montée en gamme chinoise fera bientôt passer pour ringardes les productions allemandes, japonaises et coréennes, si ce n'est pas déjà le cas dans bien des domaines. L'Allemagne, seigneur d'un continent à l'agonie grâce à sa stratégie égocentrique d'excédent commercial au détriment des autres nations européennes, se retrouve maintenant piégée par son propre modèle. Elle est tombée sur un os avec la Chine qui est beaucoup plus grosse et qui derrière elle a un immense marché de 1,4 milliard d'habitants et un état stratège qui n'a pas été émasculé par les idioties libérales. Ne négligeons pas aussi le caractère raciste que camoufle la stratégie allemande. Au final, ils n'ont probablement jamais imaginé que des non-Allemands, qui plus est des non occidentaux, puissent les rattraper et même les dépasser un jour.

 

 

L'UE paralyse le continent

 

Alors la question que l'on pourrait se poser c'est de savoir si la population allemande va réagir en réclamant une rupture avec le libre-échange qui est un peu l'alpha et l'oméga de la politique commerciale allemande depuis les années 70. Après tout, Friedrich List qui est un peu le père de la théorie protectionniste moderne était allemand même s'il n'aurait jamais imaginé qu'un pays déjà industriel puisse se désindustrialiser. Sa théorie de l'époque se limitant à comprendre comment faire un décollage industriel avec sa fameuse thèse du protectionnisme dans l'enfance. Mais ce n'est qu'un théoricien du 19e siècle. L'esprit allemand n'est donc pas rétif à la question du protectionnisme. Mais les Allemands sont aussi de grands conservateurs et c'est un pays très vieux sur le plan électoral, encore plus que la France. Ce qui fait plutôt pencher la balance vers un conservatisme économique même devant le désastre actuel. Évidemment il peut toujours y avoir des surprises, mais la vitesse à laquelle vont les choses risque de prendre ce pays et son système électoral vieillissant de vitesse.

 

L'autre problème est bien évidemment l'UE elle-même. Toute la structure de l'UE est organisée autour des principes du libéralisme et du marché comme seul régulateur de la vie économique. D'ailleurs, la nouvelle méthode européenne pour parvenir à casser les puissances publiques des nations membres vient de sortir et c'est décapant. C'est le site d'Olivier Berruyer qui a découvert cet incroyable projet de création d'un 28e état membre virtuel pour casser les quelques restes de législation et de fiscalité contraignante sur les entreprises. Qu'on ne vienne pas me raconter qu'il s'agit d'un projet communiste comme on peut le lire parfois chez les démagos du libéralisme. L'UE ira jusqu'au bout du délire néolibéral, jusqu'à ce que nous soyons tous morts pour paraphraser Keynes. Voici donc notre continent paralysé avec un champion en déclin qui risque de ne pas avoir la force de lutter contre ce déclin en remettant en question des dogmes économiques de plus d'un demi-siècle. Avec en plus une structure d'idéologue fou à lier qui appuie sur l'accélérateur du déclin économique en dérégulant toujours plus l'économie.

 

Finalement comme l'a très bien dit Emmanuel Todd, tout se passe comme si l'UE, loin d'être un démultiplicateur de puissance, était en réalité un diviseur de puissance. Plus il y a d'acteurs et plus le système dysfonctionne et affaiblit le continent. En cassant les grandes nations, l'UE a cassé notre dynamique naturelle . Sans l'UE chaque pays européen aurait trouvé sa stratégie d'adaptation face à la Chine, avec des mélanges de protection douanière, de quotas et de politique industrielle nationale. L'UE empêche tout cela et conduit au marasme que nous connaissons. En définitive l'UE c'est l'impuissance partagée. Nous faisons très mal ensemble, ce que nous savions très bien faire tout seuls à l'image de l'industrie militaire qui ne fonctionne plus depuis que nos élites se sont mis dans la tête de la faire à l'échelle européenne.

 

 

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