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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Comment redresser la France (Partie 2 : diagnostic le néolibéralisme, les USA et l'UE)

 

Nous avons vu dans la partie précédente que la situation du pays n'était guère reluisante. Mais ce n'est pas seulement la France qui va mal, c'est globalement tout l'occident qui a suivi par pression et corruption les USA dans leurs grandes orientations néolibérales à partir du milieu des années 70. Pendant pratiquement 50 ans, le néolibéralisme a été partout, il est devenu pendant cette période une véritable religion dont les précepteurs sont d'ailleurs toujours là aujourd'hui à vous présenter les solutions magiques à tous les problèmes. Il faut supprimer l'état, il faut baisser les impôts, il faut libéraliser, etc. Vous connaissez la chanson. Le paradoxe c'est que bien souvent ces individus ne se rendent pas compte que les états ont justement mis en pratiques leurs idées avec une constance absolue. La construction européenne elle-même est le produit idéologique du néolibéralisme, même si l'ordolibéralisme allemand (plus autoritaire) y a joué aussi sa part.

 

Le néolibéralisme n'a pas été mis en avant par hasard, il a accompagné le changement de stratégie globale de l'empire américain qui faisait face à d'énormes problèmes économique à la fin des années 60 et au début des années 70. La montée en puissance de l'Europe et du Japon qui avait rattrapé leur retard et la guerre du Vietnam qui faisait grimper l'inflation ont contraint les USA à mettre fin à la convertibilité du dollar en or en 1971 sous Richard Nixon. Mais les USA n'ont pas voulu remettre pour autant en question le statut de leur monnaie, car cela a facilité le financement de l'appareil militaire américain de plus en plus surdimensionné pour leur économie. Pour faire financer le système américain et soumettre plus fortement les Européens et les Japonais, les USA ont vendu en quelque sorte la globalisation économique et financière. Tout cela en sachant très bien que c'est l'émetteur de la monnaie mondiale et le plus gros centre financier de la planète qui pourrait en quelque sorte dominer le système.

 

L'ouverture des échanges commerciaux et des circuits des capitaux a effectivement permis aux USA d'accroître leur puissance alors même que leur réalité économique était déjà en déclin. Et c'est l'idéologie néolibérale qui a servi d'assise intellectuelle à ce système de domination impérial. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le libéralisme sert à cela. Les britanniques, qui avaient construit leur industrie grâce à un fort protectionnisme, avaient déjà utilisé l'idéologie libérale pour justifier l'ouverture des frontières commerciales au 19e siècle à une époque où leurs avantages comparatifs leur assurer une domination totale du commerce. Mais cette fois les USA ont fait un peu l'inverse, ce n'est pas par leur production qu'ils dominent, mais par leur consommation et leur capacité à vivre largement au-dessus de leurs moyens en important tout et n'importe quoi. À partir des années 70-80, les USA se sont mis à dominer l'Europe et le Japon par leurs importations de marchandise, mais aussi de capitaux.

 

Certains politiques et économistes en ont déjà parlé, mais l'épargne européenne ne sert pratiquement pas à investir en Europe. C'est assez invraisemblable quand on y pense, nos pays se font siphonner leurs capitaux en très grande partie par les USA. Et ces capitaux permettent à ce pays de continuer à dominer notre continent et à financer ses projets. Le second mécanisme de domination est la mise en place aussi dans les années 70 des marchés obligataires. Ces marchés existent depuis très longtemps depuis le 16e siècle en réalité, mais ils ont toujours été assez secondaires dans le financement des états. La France entre 1945 et 1967 ne va financer sa reconstruction et son développement que par le circuit du trésor, un système qui permettait à l'état de financer ses projets avec des emprunts à la banque de France. Évidemment les taux étaient très bas et l'état pouvait rembourser sur une période assez longue. Cela permettait en pratique d'augmenter la masse monétaire en circulation et de nourrir la croissance et la productivité par des investissements dans les infrastructures.

 

Nous devons la croissance des trente glorieuses essentiellement à ce système, associé au cadre protectionniste d'alors. Mais pour la France les choses changent en 1967 alors même que de Gaulle est encore au pouvoir. Une bande de hauts fonctionnaires décident sous l'influence de l'idéologie néolibérale de mettre fin au circuit du trésor et d'obliger l'état à emprunter sur les marchés financier. J'insiste sur ce point, si l'euro a été le clou dans le cercueil de l'économie française, le premier coup donné par les idéologues du libéralisme fut donné par cette simple obligation. Tout d'un coup, les marchés financiers deviennent les arbitres des politiques publics en France et des politiques d'investissement. Et bien évidemment comme nous l'avons vue, au-dessus des marchés financiers il y a la FED et les USA qui chapeautent le système. D'ailleurs, toutes les grandes agences de notation des dettes sont américaines, même si la Chine commence à créer ses propres agences de notation. Ce n'est pas un hasard, c'est la partie émergée du système de domination des USA sur l'Europe et la France.

 

En obligeant l'état français à emprunter sur des marchés financiers totalement dominés par les USA, les néolibéraux français ont tout simplement livré la nation française à la domination d'une puissance étrangère. Tout ce que je dis ici peut sembler hors sujet par rapport à la question du diagnostic de l'économie française, c'est pourtant essentiel. Si l'on ne comprend pas le cadre du mécanisme qui nous étrangle, on ne peut en aucun cas résoudre le problème. Les néolibéraux qui parlent abondamment d'économie ou prétendent en parler ne font jamais allusion à ces contraintes, car pour eux c'est normal. Non, ce n'est pas normal que la puissance publique emprunte sur des marchés financiers pour financer des projets d'investissement public. L'emprunt à l'étranger devrait être limité aux besoins d'achat à l'étranger lorsque la balance des paiements est en déficit et rien d'autre.

 

Le boulet européen

 

Nous en arrivons à la dernière partie de notre diagnostic sur la France et sur l'origine de ses problèmes, la construction européenne. Je ne ferais pas ici un bilan complet de la construction européenne, ce serait trop long et d'autres l'ont très bien fait avant moi. On notera le dernier livre en date sur le sujet, celui de Ghislain Benhessa, qui s'intéresse plus particulièrement aux fondateurs de la construction européenne et à leur drôle de passé. Avec toujours l'influence massive des USA sur la construction du système qui sera en faîte une mise en laisse progressive des peuples d'Europe. Commençons tout d'abord par mettre fin à une idée reçue, non la croissance d'après-guerre n'a pas été le produit de la construction européenne. Au départ, la CEE (communauté économique européenne) n'avait que six membres, la France, l'Italie, la RFA et le Benelux. La première Europe a duré jusqu'en 1973 (on retrouve toujours cette période pivot entre 71 et 74). Et cette zone n'a pas eu une croissance plus forte que celle des pays scandinaves ou de la Suisse qui n'étaient pas membres de la CEE.

 

Il est donc en réalité bien difficile de penser que cette organisation ait vraiment accru la croissance de la zone. Il est par contre certain que depuis les années 80 et particulièrement depuis l'acte unique européen la CEE commence à avoir un effet négatif sur la croissance. Mais c'est vraiment avec l'euro que la construction européenne va avoir un effet désastreux sur la croissance des pays membres à part l'Allemagne même si cette dernière semble à son tour sombrer depuis 2017. Revenons à l'économie française. À partir du milieu des années 70 l'état se lance dans le libre-échange sous l'influence anglo-saxonne et européenne. Si les droits de douane ont été supprimés au sein de la CEE dès 1968, celle-ci a par contre pratiqué un protectionnisme extérieur d'environ 30% au départ. On l'a oublié, mais il fut un temps où la construction européenne était protectionniste. Mais c'était à l'époque où il n'y avait encore que six membres. Si la suppression des droits de douane entre les pays européens produisit des problèmes pour la France, on était loin des inégalités territoriales au sein de l'UE actuelle.

 

Après tout, la CEE des six était relativement homogène sur le plan du niveau de vie. C'est sans doute ce qui explique que les débuts de la construction européenne ne furent pas trop dommageables pour l'économie française. Les problèmes commencent avec le premier élargissement à la Grande-Bretagne,à l'Irlande et au Danemark en 1973, l'homogénéité commence déjà à se fissurer. L'entrée de l'Espagne et du Portugal commencera la course au moins-disant salarial qui continuera jusqu'à nos jours avec l'adhésion de pays comme la Bulgarie et peut-être l'Ukraine à terme. À partir de 1986 c'est l'arrivée de l'Acte Unique Europe qui cette fois dérégule la circulation des capitaux et permet officiellement l'évasion fiscale et lance tous les pays du continent dans la guerre fiscale.Ce mécanisme va bien évidemment créer de facto les fameux paradis fiscaux. Les gens qui prétendent lutter contre les paradis fiscaux tout en étant pour l'UE sont juste des escrocs puisque l'UE organise structurellement l'existence de paradis fiscaux.

 

Ce mécanisme va réduire progressivement la base fiscale des états membres et pousser ces derniers à compenser en augmentant la fiscalité sur ceux qui ne peuvent jouer sur le changement de pays à savoir les pauvres et les classes moyennes. On voit ici tout de suite la perversité du système néolibéral qui prétend lutter contre la surfiscalité tout en permettant aux plus riches de s'évader de la fiscalité nationale tout en reportant le poids de cette fiscalité sur les couches sociales des 80 % d'en bas. Alors ce système à la base était aussi vu comme un moyen de création de richesse. En laissant les grands groupes accroître leurs bénéfices en payant moins d'impôt, les libéraux concepteurs de l'UE pensaient que cela permettrait une hausse des investissements selon les pauvres thèses erronées de Jean Baptiste Say qui pensait l'épargne égale à l'investissement. Hélas, ce n'est pas du tout ce qui s'est produit. Loin de faire exploser l'investissement, l'Europe souffre d'un sous-investissement chronique depuis 40 ans. Car ce n'est pas tant les marges qui expliquent l'investissement que la demande adressée aux entreprises. Or en compressant sans arrêt les salaires et en tapant sur les classes moyennes, l'UE a simplement cassé la demande et donc la croissance. Il n'y a pas à chercher beaucoup plus loin le décrochage européen. Il n'y a pas d'innovation ou de croissance des gains de productivité s'il n'y a pas d'investissement.

 

 

Le dernier facteur qui pèse sur l'économie française depuis maintenant trop longtemps est lui aussi lié à l'UE, c'est la surévaluation monétaire. Les élites françaises ont un problème avec la monnaie depuis très longtemps. Elles confondent la force relative d'une monnaie avec la santé économique du pays. Nous n'allons pas conjecturer sur l'origine de ces illusions, disons que nos élites pensent qu'une monnaie forte est toujours une bonne chose. C'est simplement faux. La monnaie et son taux de change doivent être adaptés aux besoins d'un pays. C'est particulièrement vrai si vous faites du libéralisme économique en ouvrant stupidement vos frontières sur les marchandises et les capitaux. Avec une économie régulée, vous pouvez avoir un taux de change stable, mais pas dans un système dérégulé ou alors c'est le chômage et l'endettement extérieur qui réguleront votre économie. Et c'est malheureusement exactement ce qui s'est passé en France depuis 40 ans. Car cela fait 40ans que la France a une monnaie surévaluée maintenant. 40 ans que nos élites ont décidé d'indexer le franc sur le deutsche mark.

 

Dans les années 80-90, ce fut la fameuse politique du franc fort. Une politique qui déjà à l'époque avait coûté des millions d'emplois à la France. Il faut bien voir que la France souffre d'une surévaluation de 20% ou plus depuis cette époque. L'euro a aggravé le problème et l'a élargi à d'autres pays comme la pauvre Italie ou la pauvre Grèce, mais nous sommes les premières victimes historiquement parlant du sado-monétarisme des élites européistes. Alors vous allez me dire oui, mais cela veut dire que nous payons les marchandises importées 20% moins cher, c'est vrai. C'est juste que le prix à payer c'est un chômage structurel et une désindustrialisation massive qui se traduit ensuite par un endettement massif interne comme externe. Il faut bien financer les importations au bout d'un moment. Comme la production française est surévaluée de façon structurelle, la seule manière d'équilibrer les comptes fut le tourisme, le chômage de masse et les bas salaires. La smicardisation française vient simplement de là et non du communisme français comme le claironnent à longueur de temps quelques olibrius télévisuels et journalistiques.

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