Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

Publicité

Crises et boucs émissaires

 

S'il y a bien une constante dans l'histoire humaine, c'est bien celle de l'usage des boucs émissaires en cas de crise. Je ne vous apprendrai rien sur le sujet tant il a déjà été exploité et par des gens bien plus brillants que le pauvre blogueur que je suis. Le plus célèbre auteur sur la question étant bien évidemment René Girard dont le nom est redevenu récemment à la mode, avec le milliardaire Peter Thiel et sa passion pour l'apocalypse chrétienne. De fait, Girard a eu le mérite d'expliquer tout d'abord les mécanismes de la violence collective qui était en quelque sorte canalisé par la mécanique du bouc émissaire. Car pour Girard à l'origine de la civilisation il y a en partie la violence. Le désir des individus est produit par un mécanisme mimétique, qui implique en quelque sorte de la violence lorsque ce désir ne peut être réalisé.

 

La mécanique du bouc émissaire fut en quelque sorte un moyen pour les sociétés de canaliser cette violence de groupe en se servant de cible arbitraire pour évacuer cette violence. On peut dire en quelque sorte que les élites des sociétés civilisées ont appris en quelque sorte à manipuler ces boucs émissaires pour parvenir à contrôler cette violence collective. Pour Girard le christianisme a mis fin à cette mécanique en révélant les sous bassement des mécanismes du bouc émissaire. C'est pour cela que pour René Girard le christianisme fut en quelque sorte la dernière des religions. Celle qui a révélé le pot aux roses, et par là même conduit la raison moderne à devenir prédominante. On ne cherche plus de boucs émissaires, mais des explications logiques et rationnelles aux problèmes que la société peut rencontrer.

 

Enfin ça c'est la théorie. En pratique le mécanisme du bouc émissaire est en réalité toujours à l'œuvre, il peut même se présenter parfois sous les atours de la science et de la raison. De la même manière, la mécanique du désir mimétique a atteint des proportions délirantes dans les sociétés modernes et explique d'ailleurs peut-être en partie l'effondrement de la natalité qui s'accompagne de la modernité. L'envie d'enrichissement rapide se faisant par une baisse drastique des naissances dans les pays en rattrapage économique. L'on pourrait d'ailleurs même dire en quelque sorte que le capitalisme consumériste utilise fondamentalement le désir mimétique comme carburant. En effet que deviendrait donc l'économie si d'un coup les gens redevenaient réellement raisonnables et frugaux en se contentant de subvenir à leurs besoins de base sans se passionner pour les derniers gadgets à la mode ?

 

La réponse est simple, l'économie s'effondrerait, les IA disparaîtraient tout comme l'industrie du semi-conducteur et tout le reste. Et avec le niveau de productivité moderne, nul doute que nous aurions alors un taux de chômage absolument monumental. En un sens donc le mécanisme du désir mimétique, "je veux ce que l'autre possède", permet bizarrement à notre société moderne de continuer à fonctionner, tout en la conduisant à la mort très certainement. Puisque nous gaspillons les ressources à une vitesse de plus en plus grande pour des choses dont en réalité nous pourrions très bien nous passer. La modernité n'est pas à un paradoxe près.

 

Mais revenons au bouc émissaire. Comme je l'ai dit selon Girard, le christianisme a révélé le mécanisme du bouc émissaire y mettant fin par définition. Mais l'on pourrait dire que l'inventivité humaine à faire des associations de raisonnement sans preuve réelle pousse naturellement l'espère à produire de nouveau bouc émissaire sans le savoir ; simplement par son ignorance intrinsèque et par la malhonnêteté d'une grande partie de ses membres en particulier au plus haut de l'échelle sociale. Il faut d'ailleurs rappeler ici que le mécanisme du bouc émissaire a aussi souvent un double visage tel Janus. Ainsi si l'on mettait sur le dos des juifs bien des calamités, l'on pouvait aussi en faire des héros tout à fait exagérés lorsque les médecins juifs sauvaient des vies. Le bouc émissaire peut donc revêtir deux visages, celui du monstre responsable de toutes les calamités ou celui du sage et du génie forcément supérieur aux autres. La principale caractéristique du bouc émissaire est donc surtout d'être spécial, pas comme tout le monde en quelque sorte.

L'on pensera ici à l'extrême droite française qui semble être passée de la haine absolue des juifs à leur adoration et l'on ne s'étonnera guère en prenant ce raisonnement en considération. Ne faisions pas de jaloux, l'amour immodéré de l'extrême gauche pour l'immigration africaine cache sans doute quelque chose du même acabit de l'autre côté de l'échiquier politique. L'on pourra se gausser évidemment sur ses journaux de gauche qui passe leur temps à parler d'immigration et du racisme français tout en restant dans des rédactions bien homogènes sur le plan ethnique. Mais passons. La question du bouc émissaire à notre époque est donc toujours d'actualité. Même si la révélation du mécanisme est faite, il est parfois difficile d'en prendre conscience suivant le contexte et la complexité du sujet abordé.

 

Ainsi, revenons à des sujets plus triviaux comme la dette, les retraites, le chômage ou les fonctionnaires. Notre ancien premier ministre qui essaie de passer pour un candidat sans passer macronien Édouard Philippe vient de s'attaquer aux méchants profiteurs du système de chômage français. Pour lui il est évident, semble-t-il que le chômage est le produit d'une volonté individuel puisque le marché fonctionne de manière pure et parfaite. C'est sans doute très vraisemblablement ce qu'il pense. Et pourtant nous sommes ici dans un cas presque parfait de bouc émissaire. Non, les chômeurs ne sont pas les responsables du chômage. C'est la faible activité économique qui l'est. Faut-il croire selon ce concept que les Français sont subitement devenus trop fainéants pour bosser au milieu des années 70? Que le chômage des années trente aux USA fut le produit d'une crise de paresse momentanée? Les chômeurs ne créent pas le chômage, pas plus que les pauvres ne créent la pauvreté. Expliquer les difficultés des populations par la seule volonté individuelle, ce que font généralement les libéraux qui ne raisonnent qu'au niveau microéconomique, ne peut que produire des raisonnements de type bouc émissaire et recherche de coupable. Alors qu'en réalité c'est le principe même des marchés autorégulés qui est faux. Mais il est plus simple de remettre en question des populations qu'enterrer une croyance erronée visiblement.

 

Édouard Philippe n'est évidemment pas le seul à faire ça, une grande partie de nos élites et de nos dirigeants cherchent plus à détourner la colère populaire face au désastre économique qui touche qu'à réellement résoudre les problèmes. Quoi de mieux que des boucs émissaires pour détourner le regard de l'UE, de l'euro, du libre-échange et des montagnes d'imbécillité économique produite par 50 ans de néolibéralisme ? Vous allez me dire, alors, cher Yann, vous cherchez un bouc émissaire. Je répondrai alors que la différence, c'est que moi j'ai des preuves de mes assertions. De fait, le débat politique en France maintenant semble devenir une lutte entre différents boucs émissaires. Pour la gauche c'est les riches, ce qui n'est pas totalement sans fondement puisque c'est eux qui ont de l'influence au pouvoir. De l'autre côté, c'est les fainéants, les fonctionnaires et l'état. J'oublie bien évidemment les retraités ou les immigrés dans l'histoire.

 

Mais il y a aussi la mécanique du bouc émissaire concernant Macron. Alors bien évidemment ce triste personnage a une grande responsabilité dans notre situation, mais n'oublions pas qu'il n'est que le dernier chaînon d'une idéologie eurolibérale qui démolit notre pays depuis un demi-siècle. Le départ de Macron sans une remise en question de l'idéologie qui le porte ne changerait donc pas grand-chose. C'est lui faire trop d'honneur en quelque sorte que le mettre au sommet de la responsabilité dans la grande débâcle française. L'important pour ne pas rentrer dans cette mécanique de bouc émissaire c'est bien évidemment de prendre tous les paramètres ensemble et d'éviter de trop simplifier la réalité qui est toujours bien plus compliquée qu'on ne le pense. Il n'y a qu'à cette condition que nous sortirons du piège dans lequel certains essaient de nous enfermer pour ne pas que nous puissions nous échapper de la cage idéologique actuelle. Méfiez-vous des vendeurs de nuages qui vous vendent des solutions simplistes à base de tronçonneuses pour fonctionnaires ou de révolution prolétarienne.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
"On peut dire en quelque sorte que les élites des sociétés civilisées ont appris en quelque sorte à manipuler ces boucs émissaires pour parvenir à contrôler cette violence collective."<br /> Je pense pour ma part que ce contrôle a ses limites lorsque les frustrations sont trop profondes et la masse des frustrés est trop importante pour que la violence latente soit encore contrôlable. Le mécanisme Girardien n'est plus alors objectivable mais devient NÉCESSAIRE ce qui peut-être vous échappe (?)* et il l'est d'autant plus aujourd'hui que le garde-fou absolu qu'est le christianisme pour Girard a du plomb dans l'aile. <br /> À l'heure de la religion zéro chère à Todd le sadisme de masse a de beaux jours devant lui et même à l'encontre des gros malins qui prétendent encore pouvoir le contrôler. Nous ne sommes pas au bout des incendies et il n'est pas ici question de révolution mais de chaos. Les révolutions sont ensuite le mode de régulation privilégié du chaos, où tout change pour que rien fondamentalement ne change. <br /> <br /> (?) * Attention, ceci n'est pas une attaque personnelle.
Répondre
L
@ Yann<br /> <br /> "Toujours faire fond du pire, l'espérance est mauvais guide" <br /> Louis XIV<br /> Gramsci n'était pas très loin non plus :<br /> "Pessimisme de l'intelligence optimisme de la volonté" <br /> Voire le général Robert Lee à Appomattox :<br /> "Maintenant nous avons le devoir de vivre".
Y
Toujours aussi optimiste à ce que je vois. :)