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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 17:33

 

En ces temps de chaleur où les obsédés du réchauffement climatique anthropocentrique utilisent comme à leur habitude les variations de la météo pour justifier leurs doctrines, il est approprié à mon sens de revoir plus sérieusement la question plus large de l'écologie et du système économique. C'est d'autant plus vrai que l'écologie bourgeoise, celle qui remplit les plateaux de télévision et qui a fait un bon score aux dernières élections européennes n'en finit pas de ménager toutes les contradictions possibles. C'est que la population bourgeoise, qui est largement représentée dans les mouvements écologistes surtout les plus extrémistes, se retrouve dans une contradiction fondamentale. En effet, c'est bien la population bourgeoise qui pollue le plus et qui mène la danse folle du consumérisme bien plus que les couches populaires qui s'appauvrissent de plus en plus vite avec la globalisation, l'euro, et toutes les lubies que le libéralisme économique a pu concevoir ces quarante dernières années. Et c'est cette contradiction que l'on retrouve systématiquement dans le discours de l'écologisme officiel. D'un côté, on fait d'immenses prêches sur la planète qui meurt, la pollution, l'épuisement des ressources et de l'autre l'on soutient le libre-échange, la globalisation, la financiarisation, l'immigration de masse.

 

Le cynisme va même au plus haut degré puisque des modernistes technophiles comme Steve Jobs par exemple faisait régulièrement l’apologie de l'écologie en étant lui même végétarien tout en étant le promoteur du smartphone avec sa marque Apple. Les smartphones étant probablement l'invention moderne la plus caractéristique de la production superflue qui caractérise le capitalisme depuis les années 70 et que Jacques Ellul avait si bien analysés dans son célèbre livre « Le bluff technologique ». Le système technicien produisant de plus en plus d'objets inutiles dont la seule utilité s'avèrent de provenir du marketing et de la capacité des grands marchands à capter les usages naturels de la vie courante. Steve Jobs fut le représentant de cette tendance sociale très forte en Californie d'une dichotomie entre le discours, les idées et l'action. D'un coté on fait fortune en vendant des myriades d'objets inutiles, et en gaspillant d'énormes ressources naturelles et polluantes, de l'autre on fait tout un discours sur la sauvegarde la planète. Cette contradiction peut être analysée par un discours psychologique. La conscience de l’individu pouvant entrer en révolte avec l'action qu'entreprend ce dernier. Les enfants de bourgeois furent souvent les premiers à faire des discours sur la révolte contre les inégalités. Le parti des insoumis est par exemple rempli d'enfant de cadres supérieurs et ils sont tout autant présents chez les gauchistes de base. On retrouve donc la même contradiction dans l'écologie.

 

On peut également supposer que l'écologisme officiel, qu'on opposera avec la véritable écologie qui se soucie réellement du bien commun, est surtout un nouveau cache-sexe intellectuel visant à protéger les dominants en remplacement des idéologies classiques de moins en moins à la mode. Si l'on regarde ce discours sous cet aspect, l'écologisme officiel fait donc office de nouveau libéralisme , de nouveau marxisme ou de nouveau christianisme. Il prend le pari d'une construction théologique visant à produire une nouvelle légitimité aux actions les plus inégalitaires et délirante des couches sociales supérieures. En effet ce qui caractérise l'écologisme c'est qu'il prend très souvent des décisions qui comme par hasard ne touchent que certaines couches sociales, les plus faibles de préférence. On privilégie par exemple la hausse du coût de l'énergie pour diminuer la consommation. Ce qui signifie en pratique que l'on réserve la consommation énergétique au plus riche qui ne se soucie pas de l'argent justement. À l'inverse lorsqu'il s'agit d'aider ou d'investir l'on retrouve systématiquement des propositions qui sont favorables aux couches sociales aisées. Ainsi les aides pour les panneaux solaires ou l'isolation prennent souvent la forme de crédit d'impôt , une aide particulièrement utile pour les plus aisés.

 

L'on retrouve ici un phénomène social classique, les idéologies dominantes qu'elles soient égalitaires ou pas finissent toujours par justifier l'intérêt des possédants et des plus riches. Pour la simple raison qu'ils sont dominants et qu'ils prennent toujours à un moment donné le contrôle de l'idéologie à la mode. L'écologie ne fait donc pas exception alors même que la pensée écologique devrait pourtant être en confrontation totale avec la société actuelle et notre organisation sociale et économique. Car pour se questionner sur l'écologie il faut véritablement comprendre comment notre société fonctionne, et si l'on fait cette démarche l'on comprend rapidement pourquoi il est impossible de parler d'écologie sans remettre en cause, non seulement, l'obsession pour la croissance, mais aussi toute l'architecture qui promeut le désir de consommation et organise toute l'activité humaine dans la course folle au profit sans fin et sans but.

 

La contradiction entre l'économie de marché et l'écologie

 

Au fond pour faire de l'écologie ou pour penser l'écologie, il faut simplement renoncer à penser que la vie humaine n'a pour but que l'accumulation sous quelque forme que soit cette accumulation. La civilisation du marché a troqué les pyramides anciennes et les rites religieux qui donnaient sens à la vie commune des civilisations du passé contre la consommation de masse . Et toute la problématique du monde moderne vient de ce changement fondamental, l'économie est devenue le sens de la vie depuis que le libéralisme a pris le pouvoir au 19e siècle, en occident d'abord, puis sur toute la planète aujourd'hui. Les anciennes civilisations pouvaient être absurdes, vous pouviez mourir brûlé sur un bûcher pour avoir ouvertement critiqué l'église par exemple. Ou alors, mourir pour étendre la gloire de vos dieux. Mais elles étaient relativement durables à savoir que leur fonctionnement collectif ne mettait pas en danger l'existence même du groupe à long terme en détruisant son environnement. C'était des sociétés qui consommaient peu et qui trouvaient de quoi occuper les masses sans avoir à gaspiller d'énormes quantités de matières premières et d'énergie. En ce sens écologique, nous sommes infiniment moins efficaces que les gens du moyen âge. Qui pourrait de nos jours en France vivre de son lopin de terre en faisant vivre une famille nombreuse sans électricité, sans pétrole et sans tous les gadgets qui nous entourent et qui nous facilitent la vie ?

 

Sans pour autant vouloir revenir au moyen âge, il faut bien admettre que la question de la croissance sans fin et de l'accumulation frénétique d'objets dont on pourrait très bien se passer se pose. On doit se demander quelle limite différencie la nécessité technique minimale pour une vie décente et le superflu. L'électricité pour s'éclairer est nécessaire, tout comme l'eau courante. Prendre la voiture pour acheter son pain beaucoup moins. C'est dans cette décision qui consiste à savoir différencier ce qui est utile ou ce qui est du gaspillage que se trouve potentiellement une politique écologique crédible et fonctionnelle. Mais c'est également cette décision qui est interdite par le fonctionnement d'une économie libérale de marché. Car le marché n'a comme seul régulateur théorique que la loi de l'offre et de la demande. Une loi qui est par ailleurs largement discutable en pratique. Dans ce cadre libéral, les choix des acteurs ne se font que sur l'optimisation de l'acte d'achat. Dans ce cadre, seule l'augmentation des prix permet la réduction théorique de la consommation. C'est pourquoi d'ailleurs les écologistes officiels ou écologistes de marché font de la hausse des prix l'alpha et l'oméga de toute politique visant à réduire la consommation. Ils oublient au passage que cette mécanique ne fait que transférer en fait la consommation des moins fortunés vers celle des plus fortunés. Avec la « régulation » du marché, on ne fait en quelque sorte que déshabiller Paul le chômeur pour habiller Jacques le directeur bancaire. Au final, on ne réduira jamais la consommation par cette mécanique. On créera juste toujours plus d'inégalités.

 

La logique du marché optimise le gaspillage pour créer de la valeur

 

Plus grave encore la logique marchande vise à toujours augmenter la taille du marché et à en créer de nouveau pour toujours plus de profit. Comme je l'avais expliqué il y a longtemps dans un texte intitulé le Paradoxe des Antennes, le marché ne répond pas à un besoin en donnant la solution la plus optimale à proprement parler. Il donne la solution qui va produire le plus de valeur ajoutée et de revenu au détenteur du capital et à l'entreprise. Si cette solution pollue et détruit l'environnement, cela n'a guère d'importance, tout ce qui compte c'est de créer de la valeur marchande. Il fut un temps où même les économistes libéraux connaissaient cette limite. Pour décrire cette problématique, on distinguait deux notions de valeur. La valeur marchande celle qui consiste à donner un prix à une chose en fonction de sa rareté sur le marché. Et la valeur d'usage, celle qui consiste à mesurer l'utilité à une chose ou une action. Ainsi l'on voit instinctivement qu'un diamant a une valeur marchande très élevée, mais une valeur d'usage quasi nulle. À l'inverse, l'air que vous respirez a une valeur marchande nulle, mais une valeur d'usage infinie puisque sans lui vous mourrez. C'est cette opposition entre valeur marchande et valeur d'usage qui a poussé Jean Jacques Rousseau à faire cette célèbre remarque comme quoi les arts sont lucratifs en raison inverse de leur utilité. L'on pense ici aux footballeurs professionnels qui croulent sous les millions pendant que nos agriculteurs se débattent pour survivre avec des revenus ridicules. Les sociétés se perdent donc lorsqu’elles ne cessent de se préoccuper uniquement de la valeur marchande sans se préoccuper de la valeur d'usage. Elles finissent par négliger l'essentiel pour produire du superflu. On est en plein dans la problématique de l'écologie ici.

 

On pourrait d’ailleurs tout à fait affirmer comme le disait si bien Jean-Claude Michéa que le marché crée de la valeur marchande en détruisant des productions ou des activités ayant de la valeur d'usage. En polluant l'eau, vous créez un marché de l'eau. En créant des déchets, vous obligez à créer un marché du déchet du recyclage et du stockage. En détruisant les relations sociales, vous créez pleins de marchés de niche de la garderie des enfants, à la police en passant par le marché des rencontres pour célibataires. En créant des obèses par la malbouffe, vous créez le marché de la minceur. Si l'on regarde l'économie dans ce sens l'idée de progrès à travers la société marchande devient d'ailleurs hautement discutable.

 

Il faut sortir de la logique marchande pour faire vraiment de l'écologie

 

L'idée écologique qui consiste à faire en sorte que l'homme puisse cohabiter avec son environnement à long terme est tout à fait louable. Elle confine même au bon sens puisque l'humanité ne survivrait pas à un effondrement de son environnement. Mais il faut bien comprendre que pour arriver à cela il faut aller contre la logique du marché qui ne veut qu'optimiser la valeur marchande des choses. Il faut au contraire préserver les objets et les relations qui ont une forte valeur d'usage. Il faut également entrer en contradiction avec l'intérêt individuel sans avoir à passer par la seule logique marchande. Il existe bien sûr déjà des actions de ce type comme les labels par exemple même s'ils ne sont pas pas contraignants pour l'acheteur. Mais même ces labels comme le label bio n'échappent pas à la logique courtermiste du marché. En effet quel est le sens écologique du fait d'acheter un produit bio importé de plusieurs milliers de kilomètres par exemple ? Acheter une tomate bio importée d'Argentine est-il plus écologique qu'acheter une tomate non bio locale ? La réponse est non bien sûr. Le label bio est beaucoup trop laxiste, seuls les produits locaux étant peu transportés devraient pouvoir avoir un label de ce type. Mais cela entre en contradiction avec la logique marchande du produit le moins cher.

 

La logique écologique est par essence anti-globaliste et anti-marchande. Il est donc extrêmement pathétique de voir des gens se référant à l'écologie tout en prônant un monde sans frontières organisé autour du marché pur. À cela, j'ajouterai également que la pensée écologique ne doit pas non plus oublier la raison et la science. Il faut savoir raison gardée comme on dit, et il ne faut pas tomber dans l'excès. L'abandon du nucléaire est ainsi une absurdité sans nom à l'heure actuelle. C'est d'autant plus vrai que des initiatives sur le nucléaire au thorium par exemple commencent à porter leurs fruits. Sinon plutôt que de prôner des hausses de tarifs pour l'énergie à travers les taxes et les privatisations absurdes. Pourquoi ne pas ressortir l'idée d'un rationnement quantitatif pour chaque personne comme cela s'est fait après guerre ? On sort ici de la logique marchande et l'on rentre dans une vraie politique qui vise à limiter les gaspillages en mettant toutes les personnes, quel que soit leur statut social devant leur responsabilité. À l'ère du numérique, des réseaux et des cartes à puce, il est assez simple d'imaginer une limitation quantitative du pétrole par personne et par an. Les riches seraient obligés de limiter leur gaspillage énergétique de cette façon tout autant que les pauvres.

 

Globalement si l'on ne peut revenir à l'ordre ancien le défi de l'écologie véritable sera à mon sens de repousser au maximum l'étendue de l'espace du marché. De redonner un sens et une légitimité aux limites, c'est d'ailleurs peut-être ce que souhaitait Jacques Ellul lorsqu'il disait que les hommes devaient réapprendre les vertus ascétiques.

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 21:58

 

Alors que la farce électorale européenne est maintenant terminée, les affaires ont repris. Ainsi la commission européenne a-t-elle menacé l'Italie pour cause de dette excessive le lendemain des élections. On admire le planning et l'incroyable culot des tyrans de la bureaucratie néolibérale en action. L'on ne saurait mieux montrer l'inanité de la construction européenne qu'avec cette affaire, car comme dans la crise grecque l'UE se transforme en père Fouettard. On imagine l'état français en pareille situation avec une région ou une commune surendettée. En viendrait-il à punir les régions en difficultés ? Non, la population et l'état soutiendraient bien au contraire la région ou la commune en difficulté allant jusqu'à reprendre les dettes et faire du rééchelonnement pour sauver ce qui peut l'être. Mais voilà, la France est une nation, l'Europe est un carcan libéral qui n'a que faire de la solidarité ou du sens de l'intérêt général. D'ailleurs de quel intérêt général pourrait-on parler dans le cas de l'UE ? Celui de l'Allemagne ? Celui de la France ? Ou peut-être celui des multinationales qui arrose largement les institutions bureaucratiques bruxelloises ?

 

L'UE c'est le père Fouettard libéral qui tape toute personne, toute nation ou toute organisation n'entrant pas dans le cadre de l'agenda libéral plus obtus qu'il ne l'a jamais été dans toute l'histoire de cette idéologie utilitariste malsaine. Peu importe la réalité, les effets réels des politiques libérales et le fait que l'UE est une zone économiquement morte depuis 20 ans. Si ça ne marche pas, c'est qu'il n'y a pas assez d'austérité, pas assez de privatisations, pas assez de marchés, pas assez de libre-échange et d'ouverture de frontière. Si l'économie va mal, c'est nécessairement parce qu'il n'y a pas assez de libéralisme, car le libéralisme c'est la science et la raison. C'est drôle comme l'UE ressemble de plus en plus à l'URSS en fin de course . Les deux grandes idéologies matérialistes faussement opposées finissant de la même façon dévorée par leurs propres contradictions et leur incapacité à regarder le réel tel qu'il est . C'est dur de ne voir une réalité ne correspondre à aucun schéma préétabli fait de bout de raisonnements uniquement logiques dans leur cadre. À force de vouloir réduire le monde à des robinsonnades, les libéraux ont fini par ignorer complètement le monde réel.

 

La zone euro n'en finit pas de punir les victimes de plus en plus nombreuses de son dysfonctionnement interne. Dysfonctionnement qui n'est pas le produit d'une mauvaise politique, mais bien d'une erreur fondamentale de compréhension de ce que sont une monnaie et une nation. La zone euro, qui est un fantasme de libéral où la monnaie échappe à la tutelle publique et au citoyen, est une resucée de l'étalon or. Avec les mêmes conséquences et les mêmes impasses macroéconomiques à la différence près que seuls les pays de la zone euro en subissent les effets délétères, là ou l'étalon or produisait marasme et insuffisance de la demande à l'échelle planétaire. Le taux de chômage et la misère sociale sont devenus les variables d'ajustement pour maintenir l'euro alors que c'est à la monnaie de s'adapter pour répondre aux besoins de la population. Cette chosification de la politique que constitue le libéralisme économique est au cœur de la crise que nos sociétés traversent et ce n'est pas plus de libéralisme qui nous sauvera bien au contraire.

 

Les minibots, un coup de bluff à l'Italienne ?

 

Le nom m'a fait bien rire, me rappelant une série comique abominable pour la jeunesse sortie sur TF1 lorsque j'étais gamin dans les années 80 et qui s'appelait les Botes. Serait-ce un signe précurseur qu'il ne s'agit là que d'une blague italienne pour faire semblant de changer quelque chose à la situation du pays ? C'est que le gouvernement Salvini patauge un peu dans la gadoue. Il a été certes très populaire et il est très populaire à l'extrême droite en France où il est présenté comme l'homme qui arrête l'immigration en Italie. Enfin il arrête surtout l'immigration dans les médias à la manière d'un Trump. Mais sur les principaux problèmes de l'Italie à savoir un chômage prohibitif et un déclin économique extrêmement grave il ne fait pas grand-chose. Et pour cause le gouvernement Salvini ne veut pas sortir de l'euro et de l'UE. De la même manière que Tsipras en Grèce, les anti-systèmes d'Italie se sont vite englués dans la contradiction fondamentale qu'il y a entre le discours volontariste et patriotique d'un côté et le blocage politique que constitue l'appartenance à la zone euro et à l'UE.

Croissance économique en % du PIB ( source OCDE)

On ne peut pas d'un côté critiquer les conséquences d'une politique libérale qui conduit au marasme économique, à la désindustrialisation et à la destruction de l'emploi tout en continuant comme un imbécile à en chérir les causes que sont l'euro et l'UE. Mais cette contradiction se retrouve dans toutes les oppositions au système actuel. Le RN en France s'il parvient un jour au pouvoir se retrouvera exactement dans la même situation. Du reste, la situation économique italienne est relativement contrastée. Par certains côtés l'Italie est actuellement en moins mauvaise posture de la France. En effet, l'Italie connaît clairement un rebond de ses exportations et un excédent commercial, mais tout comme dans le cas de l'Espagne cet excédent est aussi le fruit d'un chômage élevé traduisant une demande intérieure léthargique. L'agressivité de la commission européenne sur la dette publique italienne est en réalité une cabale politique contre Salvini. L'Italie va moins mal que la France et n'accumule pas de déficit externe elle. Cela valide l'idée d'Emmanuel Todd sur le fait que l'Allemagne qui domine l'Europe et la commission caresse la France dans le sens du poil pour éviter un éclatement de la zone. Elle ne doit pas penser que l'Italie puisse sérieusement rompre avec le délire européiste.

Balance commerciale nette (exportations - importations) . Seule la France affiche encore un gros déficit

En clair l'Italie s'est adaptée à l'euro et à la crise de 2008 en créant du chômage comme la France des années 80-90 qui avait sauvé le SME en fabriquant des millions de chômeurs en ne dévaluant pas. La grosse différence c'est que la France des années 90 avait encore une démographie positive à savoir que la population active continuait à augmenter. Le chômage en France, on ne le dit jamais assez, ne résulte pas d'une nullité française, mais d'une démographie largement moins mauvaise que celle de ses voisins.

 

L'italie a plus de chomage que la France avec une démographie largement moins dynamique.

La croissance des années 90 en France était trop faible pour absorber les nouveaux venus sur le marché de l'emploi. Il aurait fallu des politiques plus expansionnistes ce qui entrait en contradiction avec le dogme monétariste d'un côté et celui du libre-échange de l'autre. Le chômage en France résulte d'une politique délibérée des dirigeants français et non d'un hasard d'une particularité de la culture française.  L'Italie actuelle est dans un état similaire sauf que la population active baisse. La part des 15-65 ans montre la forte baisse par rapport aux années 90. Et étant donné le taux de natalité, cette situation n'est pas près de s'arranger. Si l'Italie connaît une petite baisse du chômage, ce n'est donc pas tant par sa croissance économique que par la contraction progressive de sa population. L'immigration qui a touché fortement l'Italie ces dernières années est bien évidemment favorisée par le capital qui cherche impérativement à compenser la grève des ventres de la population italienne. Mais tout comme en Allemagne l'immigration essentiellement africaine et musulmane se retrouve de plus en plus rejetée malgré les besoins économiques grandissant en la matière.

 

On se retrouve ici dans une contradiction typique du fonctionnement des économies de « marché » entièrement mues par le court terme et l'intérêt marchand individuel. La crise démographique n'est pas nouvelle. Elle est connue depuis les années 70 . Le démographe Pierre Chaunu et d'autres avaient pourtant bien prévenu les autorités des conséquences à long terme d'une très faible natalité. Mais les idéologues du laissez-faire ont ignoré la chose, car au long terme le marché réglera le problème. Sauf que la solution du remplacement démographie trouve de moins en moins d'appui dans la population. Et elle trouvera à l'avenir de moins en moins d'endroits où trouver des travailleurs jetables d'ailleurs. Rappelons que la transition démographique est un phénomène maintenant planétaire et qu'en 2050 la quasi-totalité de la planète manquera de bras. On se demande où le marché ira alors chercher son armée de réserve. Là encore l'idéologie libérale se fracasse sur le réel. Les populations ne sont pas interchangeables et les êtres humains ne sont pas des Legos qu'on peut déplacer à sa guise pour combler les manques. Sans une intervention publique massive pour redresser la démographie l'Italie tout comme les autres pays européens sont condamnés à l'effondrement à plus ou moins brève échéance.

 

Mais évidemment cette intervention à un coût, un coût qui nécessite une régulation sur le commerce à terme puisqu'il renchérit le prix du travail local. Sur ce plan démographique, le gouvernement Salvini semble vouloir agir du moins dans sa communication. Mais il se retrouve pied et mains liées par les contraintes extérieures européennes. En effet, comment avoir une politique nataliste sans augmenter les charges patronales ou les impôts ? Il n'y a pas magie. Pour encourager les Italiens à avoir des enfants, il leur faut des emplois rémunérés correctement et une vraie politique familiale . Et tout cela a un prix, un prix qui n'est pas compatible avec le laissez-faire libéral dont l'UE est le principal défenseur. Comment augmenter le coût du travail sans mettre en péril la balance commerciale italienne ? Il faudrait pouvoir protéger l'économie italienne par des dévaluations ou des taxes à l'importation comme commence à le faire Trump aux USA. Mais c'est impossible dans le carcan européen. Là encore Salviny se retrouve le cul entre deux chaises. Mais bien sûr il n'est pas le seul coupable. Car comme en France la bourgeoisie locale ne tient pas à une sortie de l'UE. Et pour cause la nouvelle Lire serait probablement dévaluée en cas de politique massive de lutte contre le chômage et pour la relance démographique pourtant indispensable à la survie du pays à long terme. La contradiction du gouvernement italien est donc le produit de la contradiction des Italiens eux même. On peut maintenant dire qu'il s'agit d'un mal latin puisque ce genre de contradiction se retrouve en Espagne, en France et en Italie.

 

L'on peut donc se demander si Jacques Sapir ne prend pas ses désirs pour des réalités en annonçant que l'Italie prépare sa sortie de l'euro avec les minibots. En effet rien dans l'action de Salvini ne fait penser à une telle orientation. Techniquement l'Italie est en fait mieux placée que la France pour sortir de la zone euro. Le pays n'a plus de déficit extérieur, mais un excédent, et la dette extérieure italienne est moins forte que celle de la France. Mais voilà, la population italienne est contre la sortie de l'euro. Tout comme en France on ne peut qu'assister à un match politique se résumant soit à un monopole de libéraux compulsifs menant à la destruction progressive de tout ce qui fait marcher la société à l'image des réformes de plus en plus idiotes et extrémistes de Macron. Soit à un gouvernement de type pseudo-patriotique comme Salvini qui fait semblant de défendre la nation pour satisfaire un peu la partie de la population condamnée économiquement par la globalisation et l'euro. Vous savez maintenant à quoi ressemblerait un éventuel gouvernement RN au pouvoir. Il suffit de regarder l'Italie et ce n'est guère brillant. Qu'on se le dise l'euro mourra probablement d'une crise extérieure et non d'un revirement politique.

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 21:55

L'affaire n'a guère de fait de bruit dans les journaux alors qu'elle est symptomatique d'une situation extrêmement dangereuse à long terme pour la France . Pour la première fois, la France est devenue un pays importateur net de denrées alimentaires . Le grenier à blé historique de l'Europe de l'Ouest est donc devenu un pays qui importe sa nourriture. Et cela s'est fait sans explosion démographique contrairement à des pays comme l’Égypte par exemple qui fait face à une démographie galopante et dangereuse. Non, la population française n'a guère augmenté ces quarante dernières années, elle aurait même probablement diminué sans l'apport artificiel de l'immigration constante. Dans le même temps, notre pays exporte du bois en Chine et importe des meubles de ce même pays tel un vulgaire pays du tiers-monde. Comme nous l'avions vu il y a peu, la situation française devient véritablement préoccupante. Et cela sans que pour autant nos élites ne semblent véritablement s'en soucier.

 

C'est que le mythe de l'ordre libéral est dur à abattre dans la tête des élites . Il est même plus prégnant qu'à n'importe quel moment de notre histoire. Plus rien ne vient déranger la certitude que le saint marché fonctionne de manière optimale malgré l'énorme accumulation de faits disant le contraire. L'ouverture à la « concurrence » du secteur de l'électricité se traduisant immédiatement par des hausses de prix ne met d'ailleurs toujours pas la puce à l'oreille des décideurs français. Continuons comme ça, à long terme ça s'arrangera . Mais comme le disait Henri Guaino dernièrement à Jacques Sapir dans cet intéressant débat, cela fait quarante ans déjà qu'on dit à long terme. Cela commence à faire long pour les gens qui ont vécu la contre-révolution libérale depuis le début. Et tout semble en fait montrer que la torture n'aura jamais de fin, après tout l'industrie chinoise elle-même commence à trouver sa main-d’œuvre trop chère et délocalise certaines activités y compris en Corée du Nord. Ce qui pourrait être drôle si ce n'était aussi tragique. Cette course au moins-disant salarial n'aura tous simplement jamais de fin du moins tant qu'un humain sera encore en vie sur cette planète. Ce qui pourrait ne pas durer si l'on se fit à l'effondrement démographique par la baisse de la natalité que provoque en grande partie ce modèle de société.

 

Nous vivons donc en direct la mort lente et véritable d'une nation et d'un peuple. Incapables de subvenir à ses besoins vitaux, les peuples victimes d'une telle évolution n'ont guère d'avenir en tant que tel. L'endettement peut permettre de faire illusion encore quelques années, mais ne doutez pas de la fin inéluctable et dans les larmes du système qui maintient un semblant de niveau de vie dans les pays déficitaires comme la France. Tôt ou tard, il faudra à nouveau rééquilibrer notre commerce extérieur que ce soit par la production locale ou par l'effondrement de la demande intérieure, ce qui en tel cas se traduirait par un doublement ou un triplement du chômage réel déjà passablement élevé. Et par une baisse brutale du PIB par habitant. À n'en pas douter, la situation française en cas de rééquilibrage serait probablement équivalente à l'évolution de pays comme l'Espagne ou la Grèce. Ce serait peut-être même pire puisque pendant longtemps notre natalité a été moins mauvaise que celle de ces pays.

 

C'est dans cette situation qui est la nôtre qu'il faut repenser l'économie entièrement en dehors des cadres du libéralisme totalitaire. Il faut abandonner la croyance que le marché par la loi de l'offre et de la demande optimise toujours la répartition des richesses, et fait les meilleurs investissements. Mais il faut aussi laisser tomber complètement le dogme du libre-échange qui ne produirait que des gagnants. L'histoire montre en fait largement le contraire. Dans le cadre actuel, le libre-échange tend surtout à déformer la part de la valeur ajoutée en faveur de la rente et du capital et à construire des déséquilibres tellement énormes entre les nations qu'il met en danger tout le soubassement de l'économie mondiale. Ceux qui se réjouissent de la montée de la Chine et de l'effondrement du dollar potentiel devraient y réfléchir à deux fois. Une telle évolution entraînerait un rééquilibrage d'une brutalité inouïe dont il n'est pas certain que les gagnants de la globalisation actuelle seraient les plus à même d'en tirer profit. Lors de la dernière crise, la Chine et l’Allemagne ont été lourdement frappées par le ralentissement américain. La simple division par deux du déficit commercial américain a suffi par exemple à plonger l'Allemagne en récession. Que se passerait-il si les USA rééquilibraient d'un coup leurs échanges par la contraction de la demande intérieure d’après vous ?

 

Le protectionnisme Trumpiste

 

Alors évidemment la question du protectionnisme n'est pas nouvelle sur ce blog. J'en ai déjà longuement parlé sur de nombreux textes. Mais il me semble que revoir cette question alors que Trump vient de mettre en place un tarif de 25 % de droit de douane sur les produits chinois était une bonne occasion de remettre les pendules à l'heure. J'ai critiqué Trump sur sa politique protectionniste et je continuerai à le faire. Non parce que je suis contre, mais parce que je la trouve approximative et amateuriste, en plus d'être essentiellement politicienne. Il a quand même fallu attendre extrêmement longtemps pour que cette politique se mette en œuvre alors qu'il a fallu seulement quelques mois à Trump pour mettre en place sa politique de baisse d'impôt pour les plus riches. Cela caractérise, je crois, assez bien le sens des priorités du président américain.

 

À cela s'ajoute également l'idéologie toujours aussi libérale qui imprègne la politique de Trump qui ne se différencie guère en vérité de celle des années 80. Quoi qu'il en soit il est vrai qu'il réhabilite quelque part les politiques protectionnistes même si les siennes sont particulièrement hasardeuses. La virulence du discours protectionniste de Trump tranche en fait avec son application réel. Alors les médias font certes leurs choux gras sur les conflits récents concernant la 5G et les problèmes relationnels entre les entreprises américaines et chinoises. Mais sur le fond reste l'énorme déficit commercial américain dont les secteurs des télécommunications ou de l'informatique ne représentent en réalité qu'une infime partie. Déjà la presse parle d'une défaite chinoise alors même que ce pays contrôle toute la chaîne de production des téléphones.

 

La question que l'on doit se poser ici est de savoir si reconstruire une industrie de production d'objets complexes réels comme les smartphones est plus simple qu'un assemblage de ligne de code pour réaliser des logiciels comme les moteurs de recherche de Google. La réponse paraît assez évidente pour quelqu'un qui a le sens pratique. C'est bien la production réelle qui constitue l'essentiel de la difficulté industrielle. Or à force de délocaliser l'occident et leur chef de file, les USA ont perdu l'essentiel de ce qui fait la production industrielle. Il n'est même pas sûr qu'il y est aujourd'hui les savoir-faire pratiques pour recréer aux USA une industrie du semi-conducteur, base pourtant indispensable de la civilisation numérique.

 

Trump et son logiciel mental libéral seront bien incapables de reconstruire une industrie américaine. Car pour cela il faut non seulement rompre avec le libre-échange, mais aussi rompre avec l'idée que tout s'arrangera tout seul par la simple volonté du marché autorégulé. Sans planification et politique publique appropriées il y a malheureusement fort à parier que la réindustrialisation ne se fera pas ou du moins pas aussi efficacement ni aussi rapidement qu'elle pourrait l'être. Il faut développer une stratégie industrielle, former les jeunes à autre chose qu'au baratinage marketing des grandes universités US. Il faut orienter les étudiants vers les sciences et l'industrie. Tout ce que le marché en occident dévalorise depuis des décennies à travers la répartition des revenus et l'idéologie de la société du tertiaire, idéologie qui a fait aussi énormément de dégâts en France au passage. Et réindustrialiser un pays ce n'est pas juste gonfler du muscle dans les discours. Il faut bien comprendre au préalable les interdépendances fabriquées par quarante ans de laissez-faire. Pour se libérer d'une corde avec des nœuds, mieux vaut comprendre la façon dont sont entremêlés les nœuds plutôt que de tirer comme un fou sur la corde au risque de se blesser au passage.

 

 

Une bonne politique protectionniste ne consiste pas à sauter sur la table et à taxer tous les produits importés sans réfléchir. Mais bien à se projeter dans l'avenir tout en faisant bien attention à ne point sous-estimer les difficultés d'une réindustrialisation. Le protectionnisme doit être progressif. Il doit réorienter les investissements en convainquant les producteurs de la rentabilité à long terme de la relocalisation des activités productives. Il faut également repenser la question du financement de l'économie. Comment ignorer le fait par exemple que le capitalisme moderne s'apparente plus aujourd’hui à un casino géant plus qu'à un système d'investissement productif ? Pour réindustrialiser, nous devrons également repenser le capital et la façon dont il est rémunéré. Impossible d'avoir des rendements fous à 15 % quand l'économie réelle ne croît que de 2 ou 3 % par an. Il faut rendre le capital moins fluide et plafonner le rendement potentiel pour les actionnaires afin de rendre attractif à nouveau l'investissement productif à faible rendement. C'est un problème rarement soulevé, mais qui est pourtant essentiel. Dans ses conditions de fonctionnement actuel, le capital n’investit pas dans les activités à faible rendement même si celles-ci sont essentielles à l'activité économique. Alors à moins de faire directement intervenir l'action publique directement, l'on serait bien inspiré de faire en sorte que le capital s'emploie même dans les activités à faible rendement. Évidemment une telle politique présuppose en plus du contrôle de la circulation des marchandises, un contrôle de la circulation des capitaux. L'épargne et le capital doivent impérativement redevenir uniquement nationaux.

 

Une politique pour l'autosuffisance raisonnable

 

Comme je l'avais déjà expliqué autrefois, l'autosuffisance n'est pas un gros mot. Ce n'est même pas une notion réactionnaire, c'est au contraire un objectif noble et extrêmement écologique. Pour les aficionados de l'ouverture, je rappellerais simplement cette évidence. La vie sur terre existe en autarcie, nous vivons déjà dans un espace clos. Certes, il est relativement grand à l'échelle humaine, mais minuscule à l'échelle de l'espace qui nous entoure. La seule chose qui constitue une entrée constante vis-à-vis de l'extérieur est l'énergie formidable que nous fournit gratuitement le soleil grâce au processus de fusion nucléaire de l'hydrogène. Il est donc totalement stupide de sauter comme un cabri sur une chaise en entendant les mots autosuffisances ou autarcie. La plupart des systèmes écologiques existent d'ailleurs en quasi autarcie. La vie optimisant les espèces suivant des lieux d'espace de vie souvent très restreints. La vie met des millions d'années grâce au processus d'évolution et de sélection à mettre point des interactions souvent extrêmement complexes entre les êtres vivant pour utiliser chaque ressource disponible dans un espace donné le plus efficacement possible. Loin d'être primitive ou grotesque, l'autarcie constitue en fait l'art le plus élevé de la vie. C'est la chose la plus difficile à atteindre. Demandez donc aux ingénieurs de l'ESA ou de la Nasa si c'est simple de faire fonctionner un vaisseau en vase clos pour atteindre Mars par exemple avec seulement trois ou quatre astronautes à bord.

 

Qu'est-ce qu’une autosuffisance raisonnable, me direz-vous ? L'on pourrait tergiverser longuement sur sa définition . Il ne s'agit pas de l'autarcie en tant que telle . Il y a ici un lien entre l'indépendance nationale sur le plan politique et l'indépendance économique relative à mettre en place. L'on peut très bien s'en tenir à la version de Maurice Allais qui préconisait un taux limite de 20 % en volume aux importations pour toute activité de production. En clair, faire en sorte que les importations ne dépassent pas la limite quantitative de 20 % de la production nationale. Cela laisse une ouverture importante à la concurrence étrangère tout en empêchant une dépendance trop grande aux marchés mondiaux. On maintient les savoir-faire minimums dans toutes les activités de production pour ne jamais les perdre totalement. Je rajouterai ici une limite en exportation également parce que la dépendance est à double sens. La notion d'autosuffisance nationale ne consiste pas à limiter uniquement les importations, mais aussi de ne pas trop dépendre pour l'écoulement de sa production des évolutions des marchés mondiaux. L'on voit bien la relation malsaine entre la Chine, l'Allemagne et les USA . La trop grande interdépendance loin de pacifier les relations les envenime considérablement.

 

La question de l'autosuffisance nationale peut paraître aujourd'hui curieuse et anachronique. Elle va pourtant se poser de plus en plus dans les décennies qui viennent. L'épuisement des matières premières , la multiplication des conflits commerciaux sur fond de déclin d'un occident de plus en plus visible vont remettre sur le tapis cette simple évidence qu'il n'est en réalité pas bon pour une nation d'être trop dépendante de l'extérieur. Loin d'être un sujet ringard, c'est au contraire une question d'avant-garde, car les nations qui sauront le mieux répondre à leurs propres besoins seront celles qui traverseront le mieux l'effondrement inéluctable du modèle globalisé actuel. Et il est bien malheureux de constater que sur cette question comme sur bien d'autres les nations européennes sont très mal engagées.

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 22:05

 

Les crises que traversent les sociétés d'occidents ne sont pas simplement le produit d'un contexte historique ou le fruit d'une évolution naturelle. Ce n'est pas la crise du pétrole , de l'énergie ou le changement soudain dans les processus techniques qui a produit la crise de l'occident. Mais le retour invraisemblable d'une idéologie qui avait pourtant été complètement abandonnée après guerre. Celle du libéralisme décomplexé du 19e siècle et dont les défenseurs actuels n'ont fait que reprendre les mythes. C'est en relisant Karl Polanyi et son célèbre livre « La grande transformation » que j'ai pris conscience du rôle extrêmement profond qu'a eu l'idée de marché autorégulé sur les économies du 19e. Le livre de Polanyi semble d'ailleurs aujourd'hui sorti véritablement d'un autre temps ,celui de l'après-guerre. Époque où plus personne ne croyait à la magie du marché qui régule la vie des gens.

 

Il faut rappeler tout de même que Polanyi est mort en 1964, il n' a donc pas connu le retour de cette idéologie absurde que l'on croyait pourtant enterrée avec le reste des croyances héritées du 19e siècle. Ce qui ressort du livre c'est une inversion véritable du cadre de la raison dont on a peine à imaginer qu'il fut tel que décrit par l'auteur. Si aujourd'hui l'on imagine fort mal que l'économie dans le cadre officiel puisse être rationnelle sans « les lois » du marché, à l'époque où Polanyi écrit son livre, il aurait paru incongru de penser cela. Car les dégâts du laissez-faire, la population en venait d'être largement victime. Partout, les états remettaient des barrières au commerce et aux capitaux. L'âge du 19 siècle était mort, non seulement par la faute des guerres, que le commerce n'a su empêcher contrairement aux affirmations prétentieuses que les libéraux ont pu avoir. Mais aussi et surtout parce que l'économie libérale avait produit de tels déséquilibres et catastrophes que nul ne pouvait plus s'en servir de référent intellectuel après guerre. En ces temps de retour du protectionnisme et du questionnement sur la globalisation il est à mon avis temps de rappeler que tout ce que nous vivons s'est en fait déjà produit. Les acteurs diffèrent, mais les contraintes sont les mêmes. Les idées libérales déstabilisent les nations jusqu'à produire de graves crises sociales et internationales . Il reste juste à espérer qu'il ne faudra pas en venir à une nouvelle guerre mondiale pour nous en sortir cette fois-ci.

 

L'étalon or, le marché et la dépolitisation de l'économie

 

Polanyi fait un constat assez original sur l'évolution historique internationale. L'on pense généralement que le 19e siècle fut le siècle de l'empire britannique. Celui où la France défaite laissera l'Empire anglais seul pour un siècle sur le trône de la domination mondiale. C'est effectivement vrai. Pour la première fois, une nation était assez puissante pour imposer en grande partie sa loi au reste du monde. L'industrialisation qui a permis en grande partie ce miracle fut l'autre changement auquel on pense quand on regarde le 19e siècle. Mais pour Polanyi si ces évolutions sont effectivement d'une grande importance, un autre phénomène passé en fait inaperçu fut le changement dans la civilisation . Un changement si important qu'il a affecté toute la sphère de la société.

 

Ce changement c'est ce que l'on pourrait appeler l'économicisme, une importance démesurée de la question économique. Pour la première fois dans l'histoire, le marché qui n'était qu'une petite partie de la vie en société s'est accaparé l'essentiel de l'activité humaine. Au point où tout a fini par s'y référer. Polanyi le rappelle dans son livre, le marché est une invention en réalité récente et le commerce n'a pour ainsi dire jamais joué un rôle vraiment primordial dans l'économie et l'organisation des peuples. Contrairement à une idée reçue dans l'histoire longue pour les grandes nations, le commerce était souvent très secondaire dans la source de revenus. L'organisation économique était souvent structurée de façon collective sans aucune forme de marché avec des prix qui fluctuent. Il s'agit là d'une vision de l'organisation sociale et économique qui nous vient essentiellement du 19e siècle et de son étalon or . Organisé toute la vie sociale autour de la fluctuation souvent aléatoire des prix des marchandises sur un marché d'échange aurait paru totalement stupide et incongru à la majorité des civilisations qui ont précédé la nôtre. Et les dogmes du 19e ont tellement imbibé les intellectuels que cette façon de penser a resurgi de sa tombe dès que les générations d'après-guerre ont commencé à donner le relais à leurs descendants. C'est probablement grâce à sa simplicité et à sa logique apparentes que le libéralisme tient son succès. La loi de l'offre et de la demande par exemple est simple à comprendre, le problème c'est qu'un peu comme la terre plate, c'est une théorie fausse. Ce qui est logique n'est pas nécessairement vrai, les physiciens en savent quelque chose.

 

Au 19e siècle s'est donc fait jour le rêve d'une société rationnelle, parce qu'organisée autour du marché. Si les premiers penseurs du libéralisme sont bien antérieurs au 19e, il a fallu du temps pour que les penseurs de cette école finissent par véritablement influencer la politique. Comme l'avait si bien dit Keynes, les hommes politiques vivent souvent en s'appuyant sur les penseurs et des idéologies qui sont nés bien avant eux. Il en a été de même pour la domination politique des libéraux comme des marxistes, leurs cousins utilitaristes et matérialistes. L'idée de marché autorégulé par les prix est donc au fondement en réalité de toute l'organisation qui va s'établir sous la férule et le bras armé de l'Empire britannique. La loi de l'offre et de la demande qui règle la vie du commerce devant devenir l'alpha et l’oméga de tout choix économique, il apparut très rapidement qu'il fallait inclure dans le marché toutes les formes de socialisation et d'activité humaine. De sorte que la marchandisation de la vie sous toutes ses formes n'est que le pur produit du marché et de l'organisation de la civilisation libérale.

 

L'on critique souvent de nos jours ce poids de l'économie sur la vie humaine, mais il ne s'agit là que de la conséquence d'une pensée qui croit que les marchés s'autorégulent parfaitement et qu'il est rationnel de faire des choix en fonction uniquement de l'évolution des prix du marché. C'est cette forme d'organisation de la vie sociale qui constitue la véritable rupture du 19e siècle et qui en fait une civilisation à part dans l'histoire humaine. Si l'on pense que le marché est rationnel, que la loi de l'offre et de la demande est logique et qu'elle est parfaitement rationnelle alors très rapidement l'on en vient à penser que tout doit s'y référer. Dès lors, la suppression des frontières et de toutes les formes de régulation collective en découle très logiquement. En fait, le libéralisme économique est un totalitarisme, soit il englobe toute la société, soit il n'existe pas. Les formes de libéralisme qui ont coexisté avec les états nations ne sont que des formes momentanées d'un libéralisme qui n'a pas encore atteint sa pleine capacité de nuisance.

 

Alors que nous avons vécu le retour de cet ordre social depuis quarante ans, nous sommes bien placés pour voir ce phénomène que l'on pense irréversible que l'on appelle suivant ses propres croyances le progrès, la dérégulation ou encore l'ouverture. Il y a cependant une différence importante entre la période du libéralisme triomphant du 19e et notre époque, il s'agit de l'ordre monétaire. Dans le cadre du 19e les états étaient soumis à l'ordre économique par le fait que la monnaie internationale était l'or. Si l'or avait l'énorme inconvénient d’empêcher l'accroissement régulier de la masse monétaire au rythme nécessaire pour des sociétés en développement. Il avait au moins l'avantage de ne pas dépendre d'une nation en particulier. Ainsi l'Empire Britannique n'a pas eu comme les USA le privilège d'acheter des marchandises au reste de la planète avec de la monnaie qui ne tenait qu'à eux d'émettre comme le disait De Gaulle à propos du Dollar. Il s'agit d'une différence assez significative entre le libéralisme actuel et celui du 19e.

 

Il y a cependant eu une conséquence tout à fait semblable au libéralisme économique à savoir la dépolitisation progressive des prises de décisions. Comme leurs prédécesseurs les politiciens du 21e siècle ne font que se référer à l'ordre du marché à ce qui peut leur permettre d'améliorer la part de marché leur société. Il ne s'agit plus de chercher ce qui est bon pour la population ou pour le pays, mais de savoir si ce que l'on fait est bon pour le marché qu'il soit commercial ou financier. Le marché étant devenu l'oracle parfait incapable de se tromper. Cette croyance est si forte de nos jours que même les crises extrêmement graves comme celle de 2007-2008 n'ont pas encore fait douter la majorité des décideurs d'occident. Et pourtant on devrait se poser la question, car les marchés ne sont pas rationnels, ils ne l'ont jamais été et ils n'ont aucune raison de l'être en fait. L'on sait depuis longtemps que les marchés sont plus proches du fonctionnement irrationnel des foules que d'un quelconque calcul approximativement scientifique.

 

L'UE et l'euro, les enfants terribles du 19e siècle

 

Alors si nous voyons ici le libéralisme dans son évolution historique, comment ne pas voir que l'UE et l'euro ne sont en fait que des résidus de la pensée du 19e siècle ? L'idée par exemple d'organiser toute la vie de la société autour du marché est le centre même de la constitution européenne, celle qui avait pourtant été rejetée par la majorité des Français en 2005. L'euro et sa volonté de stabilité monétaire permanente, sa chasse aux déficits ne sont que le résidu de l'étalon or hérité du 19e siècle. Une monnaie pour rentier et petit bourgeois si l'on veut. La grosse différence étant que l'étalon or s'appliquait partout alors que l'euro ne s'applique que dans la zone euro créant de graves distorsions entre les membres de la zone et l'extérieur. En définitive, l'UE et l'euro sont littéralement des projets d'un autre siècle, présentaient comme extraordinairement modernes.

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 21:58

 

Les choses ne s'améliorent pas sur le plan commercial en France. La venue de Macron au pouvoir et ses « réformes » n'ont eu aucun effet tangible sur le commerce extérieur comme on aurait pu s'en douter. Malgré une croissance atone depuis des années le déficit commercial ne se réduit pas. La légère amélioration qui s'est produite lors de la baisse de l'euro conjuguée à la baisse du prix des produits pétroliers n'avait pas suffi au pays pour revenir à l'équilibre, loin de là même. On notera tout de même une pointe d'optimisme puisque l'industrie automobile française va moins mal. Elle a eu tendance à se redresser depuis 2009 même si le pays connaît maintenant un déficit commercial permanent sur le secteur automobile alors qu'il s'agissait d'un des points forts du commerce français avant l'euro.

 

La région parisienne est toujours un gouffre pour la France

 

En 2018 le déficit commercial de la France avec les productions militaires incluse atteignait 59,9 milliards d'euros. Le déficit commercial de la seule région Ile-de-France atteignait à lui seul 51 milliards d'euros . Ce fait que j'avais relevé en 2017 sur le poids excessif de la région parisienne dans le déficit commercial français n'a pas vraiment changé. Il faut dire que les conditions économiques du pays n'ont guère évolué depuis. Le déficit commercial parisien représente donc 85 % du déficit commercial total du pays. On peut se rassurer en se disant que la situation s'est améliorée puisqu'en 2017 les chiffres montraient alors un déficit commercial régional supérieur à l'ensemble du déficit commercial du pays. Cependant, rappelons que la région parisienne pèse seulement un tiers du PIB national, pas 85 %. Ce déficit comme on l'avait vu s'explique en grande partie par le niveau des prix de l'immobilier qui entraîne mécaniquement une sur-spécialisation dans le secteur des services et des activités non directement productives. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur a le même problème, elle accumule près de 12 milliards de déficits cette année.

source http://lekiosque.finances.gouv.fr

Il n'en reste pas moins que la région parisienne loin d'être le moteur économique de la France est en réalité la grande victime de l'euro et de la surévaluation monétaire de ces vingt dernières années. Cela peut effectivement paraître étrange de dire cela alors que Paris concentre le gratin du pays et que le niveau de vie y est plus élevé qu'ailleurs . Mais ce niveau de vie est artificiel. Il est le produit de la bulle immobilière et de l'endettement extérieur global de la nation. Et cette dette extérieure commence à être grosse. En 2017 la dette extérieure française a dépassé les 20 % du PIB avec plus de 461,5 milliards d'euros. Tels les pays d’Amérique latine la France s'enfonce dans une spirale dont elle aura beaucoup de mal à se remettre tant qu'on ne redressera pas la balance des paiements. Redressement qui ne passe pas par les réformes structurelles idiotes, mais bien par des dévaluations et des mesures protectionnistes.

 

La gentrification qu'ont démontrée bon nombre d'auteur et de chercheur à l'image de Christophe Guilluy n'est pas seulement effet socialement désastreux. C'est surtout un non-sens économique qui entraîne en réalité des déséquilibres mortels pour la région et le pays. Loin d'être des centres d'activités productives, les grandes métropoles mondiales de Paris à Londres en passant par New York sont surtout des pôles de consommation complètement déconnectés des réalités économiques. Elles sont des trous noirs commerciaux que les nations supporteront de moins en moins bien. Car ces centres ne sont pas productifs sans quoi ils n'accumuleraient pas ces déficits. Ils sont avant tout des centres de commandes d'ancienne nation. Mais l'on peut se demander dès lors si en définitive les périphéries n’auraient pas quelque part intérêt à se débarrasser d'un centre devenu économiquement trop pesant. On aurait ici le scénario inverse de ce pauvre Gaspard Koenig. Une périphérie française se débarrassant d'un boulet parisien devenu trop encombrant.

 

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10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 21:57

Dans sa dernière revue, Natixis trouve que la France se désindustrialise . L'analyse est assez courte, mais recèle effectivement des données passablement inquiétantes pour la France même si au fond elles ne sont guère surprenantes. Le plus étonnant c'est plutôt l'incroyable silence de l'analyste de chez Natixis quant au rapport entre ce phénomène de désindustrialisation et l'euro. Parce que les graphiques donnés montrent largement le lien entre les deux, les déboires français commençant avec le dépassement de la monnaie unique du taux de 1,2 dollar pour un euro vers 2003 . L'on peut évidemment penser que les économistes officiels ainsi que les chercheurs du secteur savent parfaitement de quoi il retourne, les graphiques accumulés dans cette étude montrant un lien évident entre les deux. Mais l'idéologie dominante étant ce qu'elle est les économistes un tant soit peu honnêtes se retrouvent à camoufler plus ou moins adroitement ce lien. L'industrie française avait réussi à résister plus ou moins bien à trente ans d’imbécillité macroéconomiques entre le libre-échange, la liberté de circulation des capitaux, la financiarisation excessive du système bancaire, des dérégulations du marché sous toutes ses formes et le franc fort. L'euro aura finalement eu la peau de l'industrie de notre pays. Sa résilience fut tout de même étonnante, preuve que notre nation n'est pas si nul qu'on veut bien le faire croire. Je ne suis pas certain que l'industrie allemande ou japonaise aurait aussi bien résisté au politique mené par nos énarques idéologues du libéralisme.

 

L'une des données les plus importantes est effectivement la baisse de la production manufacturière comme nous pouvons le voir sur le graphique provenant de cette étude. L'industrie automobile française a été complètement démolie avec l'euro, c'est surtout elle qui a entraîné cette baisse globale de la production manufacturière. Mais le graphique de Natixis ne commence qu'en 1998 probablement pour ne pas trop faire remarquer l'énorme impact de l'euro sur l'évolution de la production industrielle française. L'autre graphique que je vous propose produit avec les données d'eurostat montre combien l'euro a fait diverger les évolutions des productions industrielles des pays de la zone euro. L'impact est ici évident à moins d'être d'une mauvaise foi absolue.

Evolution comparé de la production manufaturière

 

Le mythe de l'économie du savoir et de la startup nation.

 

Le plus curieux dans cette étude est finalement la conclusion. Ne pouvant explicitement accuser l'euro pour des questions évidentes l'auteur de la note va chercher dans l'éducation l'explication ultime de la désindustrialisation. C'est parce que les jeunes se détournent des sciences que le pays se désindustrialise. On a bien là un biais d'analyse typiquement libéral à savoir que l'évolution d'une société est le produit unique de l'action des individus qui la compose. L'ensemble de la société n'ayant pas d'influence sur ces derniers. Mais de la même manière que la désindustrialisation relative des USA a entraîné la baisse du nombre d'étudiants dans les filières scientifiques aux USA ne peut-on pas imaginer la même chose ici ? Pourquoi faire des études scientifiques dans un pays qui préfère importer ce qu'il consomme ? Les étudiants français s'adaptent simplement à la réalité du marché du travail et des besoins de la société. Quand une structure économique valorise les écoles de commerces, les footballeurs, les spéculateurs financiers et les baratineurs de salon pourquoi s'embarquer dans des études difficiles et finalement peu valoriser par la société?

C'est d'autant plus vrai que même les débouchés secondaires comme l'enseignement sont aujourd'hui largement dévalorisés, ne serait-ce que par la dégradation constante des conditions de travail et des faibles rémunérations du secteur. Les jeunes Français ne sont tout simplement pas masochistes. Combien de nos thésards et de nos postdoctorant sont obligés de s'expatrier pour trouver un travail dans leurs secteurs ? Combien d'ingénieurs et de techniciens la France a-t-elle produits pour les puissances étrangères ces vingt dernières années ? Il suffit de voir ce petit graphique sur le niveau scolaire des diplômés pour s'en rendre compte. Les jeunes le savent parfaitement, ils s'adaptent donc au marché ce qui bien évidemment va aggraver la situation du pays à long terme l'analyse Nataxis à raison sur ce point. On peut facilement passer d'ingénieur informaticien à banquier d'affaires, l'inverse est beaucoup moins vrai. Réindustrialiser le pays passera par un effort important sur la formation professionnelle le jour où nous aurons enfin une vraie politique macro-économique digne de ce nom.

 

 

Il y a un lien entre l'éducation et le fonctionnement d'une société . L'école n'est pas indépendante de la sphère économique. La dévalorisation du secteur industriel et de la production y compris la plus essentielle comme l'agriculture est allée de pair avec l'illusion de la société de service qui s'est répandue dans la société à la fin des trente glorieuses. Ce discours qui voyait la désindustrialisation comme la suite logique du « progrès » était une illusion d'optique provoquée par les délocalisations et non par les gains de productivité comme ce fut le cas justement des trente glorieuses. Si la part de l'industrie devait effectivement diminuer à cause des gains de productivité et de l'automatisation, ces gains ces quarante dernières années n'ont pas été aussi importants que ce que l'on a connu justement après guerre et durant la période fordiste.

 

La robotique actuelle peut impressionner au premier abord, mais le fait est qu'aucune nouvelle technologie actuelle ne peut se comparer aux gains de productivité qu'on produit la mise en place du travail à la chaîne des premiers temps. C'est d'ailleurs l'un des gros problèmes du capitalisme depuis les années 70, les gains de productivité sont en fait de plus en plus faibles. Et ce n'est pas le mirage de l'intelligence artificielle qui y changera quelque chose. L'idée que les robots et l'automatisation sont responsables du chômage est contredite par ce fait d'ailleurs. C'est bien après guerre que les gains de productivité ont été les plus forts et pourtant il y avait peu de chômage. À l'inverse l'on assiste à une poussée du chômage depuis le ralentissement des gains de productivité dès la fin des années 60. La fin du compromis keynésien a été produite par ce ralentissement que les capitalistes et les rentiers n'ont pas accepté.

 

La crise de l'éducation arrive donc dans une société qui sort d'une phase aiguë de désindustrialisation provoquée par de mauvais choix macro-économiques . Il ne faut pas inverser la cause et les conséquences comme le fait l'étude Natixis. En tous cas, cette évolution donne aussi un coup à la vision de la startup nation de ce pauvre Macron. En effet, non seulement la France forme de moins en moins de scientifiques, mais elle en embauche aussi de moins en moins. Il suffit de voir ci-dessous l'évolution de l'embauche dans le domaine de la recherche. Et l'affaiblissement de la recherche française ne passe pas seulement par la baisse des effectifs, mais aussi par les absurdités managériales qu'on y impose comme l'explique très bien le blogueur Cincinnatus dans ce texte. Les chercheurs passent de plus en plus de temps dans des activités administratives ne correspondant pas à leur métier de base faute de personnel pour l'effectuer. Et le problème n'est pas nouveau, je me souviens très bien d'un de mes profs de DEA en 2002 qui se plaignait déjà de cette évolution . Les thésards servaient d'ailleurs souvent de bouche-trou pour tout un tas d'activité secondaire par manque de personnel administratif.

 

 

On voit mal comment la France dans ces conditions pourrait devenir le champion de la technologie et de l'innovation cher à ces idéologues qui nous gouverne. Avant de vouloir à nouveau être une nation scientifique, il va sérieusement falloir revoir notre politique macroéconomique et donc revoir la question du libre-échange et de la monnaie. Il va falloir également expliquer aux Français qu'on ne peut pas être une société de consommation sans avoir d'industrie parce que le reste du monde ne va pas accepter indéfiniment l'accroissement de notre dette extérieur.

 

 

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 15:51

 

La campagne pour les Européennes commence enfin . Nous avons même eu droit à une incroyable aventure juridique en ce début de campagne puisque France 2 a été obligée par un tribunal administratif à inviter les trublions anti-européens que sont le mouvement des patriotes et l'UPR. Les grands démocrates que sont les petits journalistes parisiens se sont même offusqués de l'obligation qui leur a été faite par la justice alléguant qu'ils n'avaient de compte à rendre à personne sur la question de la pluralité des opinions politiques sur leur chaîne. Affirmation totalement infondée et grotesque comme l'a rappelé le blog Vu du Droit et à fortiori sur le service public. Les journalistes ont le devoir de garantir la pluralité d'opinion. Mais il est vrai que le monologue eurolibéral qui s'est imposé depuis la fin des années 90 a pu faire oublier ce léger point de détail aux défenseurs de la démocratie et de la liberté d'expression à géométrie variable.

 

 

Quoi qu'il en soit et même si au fond cette élection n'a pas d'importance en elle même, le parlement européen n'ayant aucun réel pouvoir c'est la commission qui dirige (et l'Allemagne derrière), l'on ne peut que se réjouir de la possibilité de débattre du fond. Si du moins l'on peut encore espérer que le fond puisse surgir par hasard au milieu des litanies libérales dans ce qu'on appelle le débat public en France. Cette élection en elle même est inutile, mais il est évident qu'avec la dégringolade de la Macronie et le phénomène des Gilets jaunes cette première élection depuis le coup d'État électoral bourgeois de 2017 revête une importance relative particulière. Les médias verront sûrement à tort ou à raison cette élection européenne comme un soutien ou non à la politique néolibérale d'Emmanuel Macron. Et c'est au milieu de cette situation que l'on voit poindre de drôle de phénomènes politiques.

 

Car l'élection de Macron n'a pas seulement été une surprise bien qu'elle ait été souhaitée par cynisme sur ce blog. Cette élection a complètement déstabilisé le système politique français jadis bloqué sur la fonction d’essuie-glace droite-gauche visant à camoufler le compromis libéral entre les classes moyennes aisées et des ultra-riches. Pendant près de quarante ans, le libéralisme en France a dirigé en cachette la France en se camouflant derrière les fausses oppositions du RPR de l'UDF et du PS. C'est ce camouflage que Macron, en fusionnant la gauche libérale et la droite patronale, a détruit avec son élection, et c'est pour cela que je me suis réjoui personnellement de son élection. Il a clarifié la situation. Alors évidemment si le camp libéral est aujourd'hui encore au pouvoir il n'en demeure pas moins qu'il a perdu énormément de poids par rapport à son niveau de domination qui a culminé avec la réélection de Chirac en 2002. Macron est, en quelque sorte, le domino qui entraîne avec une lui une suite d’événements qui débloquent petit à petit la société française qui était engluée dans le libéralisme honteux des années 1974-2017. Désormais, les libéraux vont devoir assumer l'échec de leurs politiques au lieu d'en accuser le collectivisme ou le marxisme imaginaire de la société française. L'effet secondaire du macronisme est l'on va assister de plus en plus à l'apparition de bizarrerie idéologique. Les notions floues de droite gauche devenant de moins en moins lisible.

 

Le protectionnisme européen et ses contradictions

 

C'est dans ce contexte d'étrangeté que réapparait un concept qui avait été un temps le cheval de bataille d'Emmanuel Todd au début des années 2000 avec le protectionnisme européen. Le protectionnisme européen ce fut même la question du dernier texte du blogueur Malakine en 2011 qui relatait alors le débat entre Henri Guaino et Emmanuel Todd. C'est dire si la question du protectionnisme a déjà été longuement débattue du moins chez les penseurs alternatifs au système dominant. Mais c'est aujourd'hui le résidu du parti socialiste sortant de sa torpeur libérale qui semble redécouvrir le protectionnisme. Alors le PS parle d'un protectionnisme vert parce que ça fait mieux. Un protectionnisme qui défend les travailleurs français et européens ce n'est pas intéressant pour les bourgeois, il faut surtout qu'il protège la planète. On peut voir ici l'effet fétichisation des idées dont j'ai parlé récemment, l'écologie devenant un totem qui permet de justifier tout et n'importe quoi et même l'eugénisme chez certains fous. Mais bon, passons ce détail. Ainsi donc monsieur Raphaël Glucksmann fils du philosophe du même nom devenu tête de liste pour le PS aux Européennes nous ressort donc de la naphtaline le protectionnisme européen . C'est gentil de sa part, mais l'idée a malheureusement dépassé la date limite de consommation, et ce pour plusieurs raisons.

1- La crise de l'euro est aujourd'hui au cœur du problème macro-économique français et européen. Il ne s'agit plus seulement d'un problème de commerce les taux d'intérêt divergent suivant que vous êtes Italien français ou allemand. En un sens, l'euro est déjà mort.

 

2-Le principe du protectionnisme européen présuppose un fonctionnement relativement homogène de l'UE. En d'autres termes, cela aurait du sens si les pays au sein de la zone avaient un commerce équilibré et un fonctionnement convergeant sur le plan de la croissance du PIB, de l'inflation, des taxes, etc. Bref cela va de pair avec la notion de zone monétaire optimale. Cela pouvait s'imaginer encore en 2002-2003 à une époque où les pays européens avaient encore des économies semblables. Mais les 20 années de monnaie unique ont cassé cette convergence et fait diverger les nations européennes. Certaines comme l'Allemagne accumulent des excédents pendant que d'autres accumulent des déficits. L'Allemagne est une nation industrielle, la France ne l'est plus vraiment. Paradoxalement l'euro a rendu caduc le protectionnisme européen montrant bien qu'il fallait faire le protectionnisme européen avant l'euro en fait si l'on voulait que cela fonctionne à peu près. Et encore aurait-il fallu une contrainte pour obliger les membres de la zone à ne pas déséquilibrer leur commerce avec leur voisin et à faire des politiques mercantilistes au détriment des autres membres comme le fait l'Allemagne depuis vingt ans maintenant.

 

L'euro divergence n'est plus à démontrer, c'est un fait.

 

3-Le protectionnisme européen ne peut pas être adopté sans l'unanimité des nations membres. Quel politicien sérieux pourrait affirmer que l'Allemagne, les Pays-Bas ou l'Autriche auraient intérêt à l'heure actuelle à ce protectionnisme ? Ces pays ont déjà des excédents. Pourquoi voudraient-ils d'un protectionnisme qui pourrait les mettre en conflit avec les USA, la Chine ou d'autres pays avec lesquels ils commercent à leur avantage? Dans ce domaine comme dans d'autres, le seul dénominateur commun des Européens s'avère être le laissez-faire. Le protectionnisme nécessite une véritable structure politique légitime et forte que l'UE n'a pas et n'aura jamais . Elle reste plus une institution flasque digne du Saint-Empire germanique qu'une nation moderne. Il est donc absurde de croire que ce soit politique faisable si tant est que ce soit souhaitable dans les conditions actuelles.

 

4-Le protectionnisme Européen avec l'euro et la structure de l'UE actuelle poserait d'énormes problèmes au reste du monde. En effet comme nous l'avons vu certains pays de la zone accumulent des excédents commerciaux. C'est le cas bien évidemment de l'Allemagne, mais ces excédents concernent non seulement d'autres membres de la zone euro, mais aussi des pays extérieurs. En cas de protectionnisme européen si des pays déficitaires comme la France ou l'Italie ne faisaient que rééquilibrer leurs échanges. Les pays excédentaires auraient une accentuation de leurs excédants, déjà énormes, causant ainsi inéluctablement des réactions probablement violentes et justifier dans d'autres zones économiques en premier lieu aux USA. Ces derniers menacent déjà l'UE de taxation essentiellement à cause de l'excédent protubérant allemand d'ailleurs.

 

 

Alors j'ai critiqué ici cette approche du protectionnisme européen auquel je n'ai personnellement jamais vraiment cru. Mais cette simple évocation de la part d'un représentant du PS montre que la structure politique française change. Cela me désole d'un côté de voir resurgir cette impasse intellectuelle, mais de l'autre cela me rassure en montrant qu'enfin les choses commencent à bouger doucement . J'espère simplement qu'il ne faudra pas encore vingt ans pour qu'on se rende enfin à l'évidence que seul l'échelle nationale peu permettre une réelle action dans ce domaine et que les structures comme l'UE sont essentiellement des structures paralysantes à l'action politique.

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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 22:53

Parler de la Grande-Bretagne en cette période de lutte pour la liberté des peuples à disposer d'eux même est assez difficile. La violence du pouvoir Macroniste et les incroyables atteintes au principe même de la démocratie en France et au sein de l'Union européenne nous font paraître le pays de sa gracieuse majesté comme un pilier de la défense des valeurs démocratiques. Mieux avec le Brexit la Grande-Bretagne est presque devenue en Europe le petit village d'Asterix défendant à cœur et à cris les principes les plus essentiels de la civilisation européenne de ces 200 dernières années l'autodétermination des peuples et le respect de l'indépendance nationale. Il est tout à fait normal les principaux opposants à l'UE et à l'euro cherchent dans les donnés britanniques des preuves que ces institutions ne sont ni nécessaires ni aussi utiles qu'elles le prétendent. Mieux les défenseurs de la fin de l'UE et de l'euro vont souvent trop loin en présentant la Grande-Bretagne comme une nation performante et enviable tout cela grâce à sa non-présence dans la zone euro, et à sa presque sortie de l'UE.

 

Mais comme toujours la réalité est assez différente. L'on exagère à la fois le poids de l'appartenance à l'UE sur l'économie anglaise et l'importance qu'aura la sortie de l'UE sur l'économie anglaise. Il est tout de fois normale qu'un pays aussi malade que la France lorgne avec envie vers l’Angleterre. Que ce soit au niveau de la croissance ou du taux de chômage ou même des inégalités la France est maintenant derrière la perfide Albion .

 

La situation économique britannique

 

En France de plus en plus l'information économique se réduit progressivement à quelques paramètres. L'on nous présente ainsi certains pays comme dynamique avec des taux de croissance nettement plus forts qu'en France ou des taux de chômage nettement plus bas. Mais en réalité la vision de l'économie d'un pays ne peut être à peu près correcte que si elle inclut un ensemble de données plus large . Ainsi la Grande-Bretagne affiche un taux de chômage nettement plus faible que la France, mais est-ce suffisant pour en conclure que la Grande-Bretagne va beaucoup mieux ? Pas vraiment . L'Espagne et la Grèce ont longtemps fait figure de champion de la croissance jusqu'à ce que la réalité de leur dynamisme apparaisse au grand jour. Il en va de même de la Turquie par exemple qui est aujourd'hui rattrapée par la réalité et son déficit extérieur monstrueux. En réalité, la France et la Grande-Bretagne ne diffèrent guère sur le plan macro-économique, et ce malgré l'euro sur la période 2002-2012 ce qui n'est pas vraiment flatteur pour les Anglais. C'est essentiellement depuis 2012 que l'on assiste à un écart constant entre la croissance anglaise et la croissance française en faveur des Anglais. L'écart entre la croissance française et britannique diminue sur la période 2014-2017 qui correspond comme par hasard au fléchissement de l'euro de 20 % par rapport au dollar entre 2013 et 2014 et qui avait permis la légère amélioration économique en France et en Europe sur cette période.

 

Cependant si les écarts de taux de change expliquent en grande partie les écarts de croissance il ne faut pas oublier que la Grande-Bretagne accumule maintenant de gros déficits commerciaux extérieurs. La Grande-Bretagne même si elle n'est pas dans l'euro a quand même un déficit commercial équivalent à celui de la France. Alors c'est un déficit commercial qui est accompagné d'une hausse du PIB plus importante entre 2012 et 2017, mais c'est tout de même préoccupant quand à durabilité à long terme de ce régime de croissance. Tout comme dans le cas des USA la Grande-Bretagne a une croissance alimentée par l'importation et les déséquilibres . Plus grave lorsque l'on regarde qui sont les principaux partenaires économiques de la Grande-Bretagne l'on retrouve les USA comme principal acheteur déficitaire ainsi que l’Irlande en second. Les principaux pays avec lesquels la GB est en déficit étant la Chine, et l'Allemagne. De ce fait ce qui permet en partie à la GB de compenser ses déficits extérieurs avec la zone euro et la Chine ce sont ses excédents avec les USA . De sorte que la situation britannique est amplement liée à la situation américaine. Or comme je l'ai dit et comme on le verra dans une prochaine analyse économique rien n'est moins viable que la croissance américaine actuelle qui est repartie comme à l'époque de Bush sur les envolées d'endettement publiques et privées.

 

Balance commercial de la GB (source https://www.gov.uk)

 

Que deviendra donc la balance commerciale britannique quand la demande intérieure américaine se retournera et que les Usa rééquilibreront volontairement ou non leur balance commerciale ? Quid des effets d'un éventuel protectionnisme américain vis-à-vis des Anglais ? Hypothèse qui n'a rien de farfelu en soi, les nations n'ont pas d'ami, elles n'ont que des intérêts. Il n'y a pas lieu de penser que les USA ne veuille pas rééquilibrer leur commerce avec la Grande-Bretagne après tout même le Canada est touché par les changements de politiques à Washington. En ce sens, la question de la sortie ou non de l'UE n'est donc pas si importante que ça. La Grande-Bretagne reste un pays néolibéral pratiquant avec conviction l'idéologie dominant l'économie mondiale depuis les années 70. L'accumulation de contradiction produite par cette idéologie qui conduit certains pays à accumuler des excédents pendant que d'autres accumulent des dettes n'est toujours pas discutée en Angleterre. Même les défenseurs du Brexit anglais sont pour la plupart de farouches partisans des dérégulations macroéconomiques à commencer par le plus célèbre d'entre eux Nigel Farage. Dès lors que l'Angleterre sort ou pas de l'UE n'a guère d'influence sur les politiques économiques britannique.

 

Le plus surprenant par contre lorsque l'on regarde les données comparatives entre la France et la Grande-Bretagne c'est maintenant les inégalités sont semblables dans les deux pays. En Effet si l'on se fit à l'indicateur du coefficient de Gini donné par la banque mondiale la France a rattrapé la Grande-Bretagne sur le plan des inégalités de revenu. Il s'agit en réalité d'un croisement qui s'est opéré sur la décennie 2006-2016. Le coefficient de Gini a diminué en GB alors qu'il a clairement augmenté en France. Rappelons que plus ce coefficient est bas, moins il y a d'inégalité, et vice-versa. Il s'agit là d'un des effets les plus défavorables de l'euro sur l'économie française.

Coefficient de Gini comparé entre la GB et la France (source Banque mondiale)

Les effets du Brexit

 

Comme nous l'avons vu, l'économie anglaise dépend pour ses importations de la zone euro et de la Chine principalement. La Norvège elle joue évidemment un grand rôle pour des questions énergétiques. L'Union européenne à 27 représentait tout de même 43,5 % des exportations britanniques en 2015. Il est donc évident qu'il y aura un effet s'il n'y a aucun accord commercial entre les différents partis. Cependant l'UE est lourdement excédentaire avec la GB. Comme nous le voyons sur le graphique suivant qui compare la balance commerciale entre la GB et les pays de l'UE ou ceux qui sont en dehors de l'UE. Ainsi en 2018 la Grande-Bretagne avait un excédent de 37,4 milliards de livres sterling contre un déficit de 61,4 milliards avec l'UE.

Liste des pays où la GB est excédentaire
Liste des pays où la GB est déficitaire

On peut donc se poser la question fatale. En cas de fermeture commerciale brutale qui est le gagnant qui est le perdant. Celui qui a des déficits commerciaux ou celui qui a des excédents ? Et bien sans vouloir faire une réponse de normand « ça dépend ». Tout dépend des facteurs de production potentiels locaux, des possibilités de substitution par importation et de la réactivité du pays en question ainsi que des politiques menées. Les Anglais sont des ultralibéraux, leur première réaction va donc être de vouloir substituer leurs importations européennes par d'autres provenances. Mais l'Angleterre est une île et les substitutions rapides ne sont pas si simples que ça ni forcément si rentables. Ce que l'on peut dire c'est que les premiers bénéficiaires de la rupture entre la Grande-Bretagne et l'UE vont être les pays les plus proches de la Grande-Bretagne n'appartenant pas à l'UE. Les Suisses vont probablement bénéficier de la situation tout comme les Norvégiens. La Russie voire même les pays du Maghreb pourraient en tirer profit. Les gros perdants seront la France, l'Allemagne et l'Italie avec une baisse de la demande de leurs produits alors même que leur demande intérieure est atone. La Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud profiteront eux aussi de l'amoindrissement de leurs concurrents européens. Mais la Grande-Bretagne pourrait aussi voir une élévation de sa production nationale avec évidement comme effet secondaire possible une remontée de l'inflation au grand dam de la City. Une situation qui serait favorable aux travailleurs anglais, mais beaucoup moins aux rentiers du coin ce qui explique d'ailleurs très largement la haine du Brexit chez les riches et les classes supérieurs britannique. Il n'est pas exclu non plus que le pays connaisse une très forte inflation dans le pire des cas. Il ne s'agit pas là de soutenir l'abandon du Brexit, mais de bien voir qu'en réalité personne ne maîtrise totalement la question. La Grande-Bretagne est un pays qui est grandement désindustrialisé, reconstruire une industrie prend du temps . Des changements trop brutaux engendrent potentiellement des effets d’emballement, voire d’effondrement monétaire. C'est peu probable, mais pas totalement exclu. Le plus probable sera certainement la substitution massive d'importation malheureusement pour les producteurs locaux.

 

 

Bien évidemment tout dépendra globalement de la réaction en Europe. La Grande-Bretagne ne deviendra pas protectionniste avec le Brexit et c'est bien dommage pour sa population d'ailleurs. Les réactions hystériques sur le Brexit sont globalement absurdes. Il est même probable que l'on assiste à des changements quasiment négligeables. Il est par contre indéniable que cette sortie aura un effet psychologique réel sur les membres de l'UE car pour la première fois cette construction perdra un membre et pas des moindres en taille. C'est donc surtout sur le plan de la communication et de la propagande que le Brexit se passe bien plus que les seules questions économiques. La situation économique anglaise nous rappelle d'ailleurs que la sortie de l'euro ne saurait en aucun cas à elle seule résoudre les problèmes français. Le modèle anglais est tout aussi déséquilibré que le nôtre bien que ces derniers aient conservé leur monnaie. Ils vont juste un peu moins mal.

 

 

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 18:37

 

 

 

Comme nous venons d'élire un digne représentant du néolibéralisme européiste décomplexé et qu'il nous prépare avec son tuteur allemand un régime grec pour la France. Il me semblait opportun de faire un bilan sur la situation de ce pauvre pays coincé entre une extrême gauche préférant l’absence de frontière à la solidarité nationale et une construction européenne obsédées par la pratique de concepts économiques aussi erronés que néfastes. Les Grecques ne sont évidemment pas innocentes dans cette affaire, après tout ils ont élu leurs bourreaux tout comme les Français ont élu Macron. Mais même en faisant cette remarque cela ne signifie pas pour autant que cette responsabilité nous dédouane de toute analyse sérieuse. En effet, bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques. Le simple fait que même le FN veuille abandonner la question de la sortie de l'euro montre toute l'incompréhension de ces questions y compris chez les principaux partis de l'anti-système. Certes, les questions économiques peuvent sembler abstraites ou trop éloignées des préoccupations immédiates.

 

L'économie est pourtant à la politique, ce que la logistique est à la stratégie militaire. La logistique n'est pas le cœur de l'action militaire, mais elle la rend possible en pratique. Combien d'armées puissantes sont-elles tombées par la faute d'une mauvaise logistique ? Il en va de même pour les questions économiques et monétaires. Elles ne sont pas le but réel de l'action que doit mener une politique alternative, mais elles sont le moyen par lequel s'exerce cette politique. Même de Gaulle faisait de l'économie non pas par intéressement particulier sur cette question, mais bien parce qu'il avait compris tout l’intérêt de la maîtrise de ces questions dans l'intérêt général de la France. Quand de Gaulle dévalue le franc de près de 30 % en deux fois en 1958 c'était pour résoudre les questions de déséquilibre commercial français. Et il a bien fait puisque la croissance s'est améliorée tout comme la situation du commerce et de l'emploi. Entre la rente et le travail productif, le général de Gaulle choisit alors le travail productif. Nous vivons encore sur les restes de ces politiques affreusement étatistes et interventionnistes.

 

La Grèce ne fait plus de politique économique

 

La nation grecque est un exemple particulièrement parlant des effets d'une absence de liberté monétaire et économique pour un pays. Voilà une nation qui a vendu son indépendance nationale pour pouvoir faire partie de la zone euro . Les gouvernements de « gauche » qui dirige ce pays depuis la crise n'ont pas cessé de préférer l'euro à la lutte contre le chômage et la pauvreté. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la suppression de l'indépendance monétaire est en soi une politique. Ce n'est pas quelque chose de neutre, mais un choix va mécaniquement imposer une certaine répartition des richesses au sein d'un pays. Le grand ennemi de la rente c'est l'inflation et son corolaire la baisse du rendement des actions et des intérêts. Cette peur fondamentale de l'inflation qui a été érigée en pilier de la bonne gouvernance économique n'est pas le fruit du hasard. C'est la contre-réaction du capital et de la finance qui était naturellement rongée dans les années 70 par la baisse concomitante des gains de productivité et le ralentissement de la croissance démographique. Il leur a fallu faire peur sur la question de l'inflation pour défendre en réalité leurs intérêts.

 

Or comme l'a très bien démontré Keynes, l'inflation n'est pas du tout cette horreur que décrivent les libéraux. C'est au contraire le remède naturel qui se produit lorsque la richesse est trop concentrée. L'inflation fluidifie l'économie, elle ronge les rentes sous toutes leurs formes. Elle contrebalance la fameuse formule des taux d'intérêt composé qui tend naturellement à concentrer toutes les richesses entre quelques mains. Rappelons qu'il n'y a pas besoin de faire de marxisme pour comprendre la nature dangereuse du capitalisme. Les mathématiques suffisent puisque la formule des taux d'intérêt composé est une progression géométrique . L'utilité de l'inflation est de plus particulièrement vraie dans des pays où la gestion du personnel travailleur est difficile, là où les négociations sont mal organisées et la vie sociale relativement brutale. S'il est difficile de négocier avec ses salariés, l'inflation vient faciliter la tâche. En effet, imaginons qu'un producteur de bien ait besoin de faire baisser le prix de sa production alors qu'il vit dans un pays où la négociation salariale est difficile. Que peut-il faire ? Si les prix stagnent, c'est-à-dire si l'inflation est faible, il est coincé. Il devra se battre avec ses salariés pour obtenir généralement au mieux le statu quo. Par contre s'il y a de l'inflation, c'est-à-dire si les prix généraux sur le marché augmentent il peut essayer de moins augmenter ses prix que ses concurrents. Si l'inflation est de 5 % par an, mais que ses coûts salariaux ne sont finalement augmentés que de 2,5 %, il va pouvoir faire une baisse relative de 2,5 % par rapport au prix moyen du marché. Et cela sans avoir à demander une baisse des salaires ou même une simple stagnation. De fait, l'inflation facilite la gestion des ressources humaines et la flexibilité des entreprises.

 

Vous voyez ici la source de la différence fondamentale entre un pays comme l'Allemagne par exemple et la Grèce ou dans une moindre mesure la France. La Grèce comme la plupart des pays du sud à besoin d'inflation pour que son corps social fonctionne correctement sans quoi la société se bloque et les rentes s'accumulent encore plus vite. La compétitivité s'essouffle et l'économie périclite. La gestion à l'allemande est inconcevable dans ce type de société, il était dès lors complètement absurde de donner la même monnaie à la Grèce et à l'Allemagne. Ajoutons à cela que les contraintes géopolitiques et les risques militaires obligent ce pays à maintenir des budgets de défense pour sa propre survie ce qui rajoute à l'incompatibilité avec la gestion à l'allemande de l'économie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En regardant le taux d'inflation de l'économie grecque précédant la monnaie unique l'on voit que ce pays avait un taux naturel d'inflation très élevé. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir que l'euro a eu des effets extrêmement mauvais pour l'emploi et la croissance dans ce pays. Mais pour les élites du pays, c'était certainement un objectif. La dépression n'est pas le résultat du hasard, mais l'effet voulu par les décisionnaires. On remarque d'ailleurs que depuis 2014 la Grèce est maintenant en déflation, la vie rêvée du rentier qui voit le coût de la production baisser pendant que ses actions et sa rente immobilière rapportent des intérêts positifs.

 

 

 

 

 

 

 

Comme on peut le voir sur le graphique précédent, le chômage en Grèce atteint des niveaux dramatiques . C'est d'autant plus grave que la population diminue comme en Espagne, les jeunes fuient un pays qui est pourtant extrêmement vieillissant. L'amélioration relative depuis 2014 tient aussi à la baisse de l'euro qui comme je l'ai signalé dans un texte récent donne un petit souffle aux pays du sud y compris à la France. Le taux de change est maintenant de 1,1$ pour un euro ce qui rend les produits grecs moins chers et permet aussi une reprise du tourisme.

 

 

 

 

 

 

Sous l'effet conjugué de la baisse de l'euro et des politiques de contrition salariale, la balance commerciale du pays s'est améliorée . Ces politiques ont encore fonctionné comme en Italie et en Espagne en attendant la France. Cette amélioration s'est faite surtout par la réduction de la demande intérieure comme dans les autres pays latins. Si l'on regarde les importations et les exportations, la situation est très nette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le niveau actuel des importations et des exportations a rejoint en valeur le niveau de 1999 il y a 18 ans de cela. La Grèce a perdu près de vingt ans de développement. Mais grâce à sa monnaie surévaluation, les rentiers locaux ont la belle vie. Encore une fois, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise politique, il y a juste des choix qui sont faits et qui vont dans tel ou tel intérêt. Clairement, le choix de la Grèce est un choix de rentier comme en France. Peu importe que le pays soit plus pauvre, plus inégalitaire et globalement moins vivable tant que les intérêts de ceux qui dirigent sont gagnants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ce graphique on voit l'évolution du taux de croissance économique. Je me suis amusé à comparer avec la petite Islande qui n'a pas suivi les conseils du FMI et qui n'est pas dans l'euro. Non seulement elle a redémarré plus vite et plus fortement que la Grèce ou le Portugal, mais en plus chez elle les inégalités ont reculé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme vous pouvez le voir ici, la vraie rupture entre les pays qui ont une politique monétaire propre, et ceux qui ont la monnaie unique, c'est que le taux de pauvreté n'a augmenté que chez les seconds. C'est-à-dire que là où la variable d'ajustement se fait sur la monnaie et la dévaluation, la pauvreté recule. Lorsque l'on ne peut pas dévaluer et faire augmenter l'inflation, la pauvreté et le chômage augmentent. C'est très visible avec le graphique ci-dessous concernant la croissance du taux salarial horaire. On voit très bien la baisse des salaires en Grèce. Or comme on l'a vue, la Grèce n'a pas de meilleur résultat que l'Islande par exemple, c'est même l'inverse. L'Islande n'a pas baissé ses salaires, mais sa monnaie. Les effets ont été plus fort sur la reprise et en plus il n'y a pas eu d'augmentation des inégalités contrairement à la Grèce. C'est donc bien un choix entre deux solutions, l'une favorable au travail, aux salariés, l'autre favorable à la rente et à la finance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'économie grecque n'est pas en bonne santé. Le pays connaît un appauvrissement majeur pour une partie croissante de sa population, tout ça pour éviter l'inflation et la dévaluation. Il ne s'agit pas de savoir ici s'il s'agit d'une bonne politique ou pas, mais bien de montrer quels intérêts se cachent derrière la façade la bonne gouvernance et de la gestion libérale. L'UE et l'euro sont les outils idéologiques et pratiques qui permettent la mise en oeuvre de ces politiques. C'est bien parce que la gauche pseudo-alternative aime l'euro qu’elle se permet de faire boire ce cocktail empoisonné mélangeant politique de l'offre et rigueur salariale suicidaire. La Grèce pourrait sortir de l'euro et dévaluer. Elle pourrait mettre en place une politique de réindustrialisation, un protectionnisme, etc.. Mais pour cela encore faut-il rompre avec la religion européenne. En attendant la Grèce meure à petit feu, elle fait de moins en moins d'enfants et fait partir sa jeunesse ou la paupérise. Leurs ancêtres se sont-ils battus pendant des siècles contre l'Empire ottoman pour mourir à nouveau tel Byzance en étant absorbé cette fois par un empire barbare peuplé de tyrans en costumes trois pièces? Jean Claude Juncker sera-t-il le Mehmet II de la Grèce moderne ? Dois-je rappeler le rôle néfaste des Occidentaux dans la chute de l'Empire byzantin avec la quatrième croisade.

*Les graphiques bleus proviennent de l'OCDE. Si vous les trouvez trop petits, vous pouvez les agrandir en cliquant sur le bouton droit de la souris puis en appuyant sur "Afficher l'image".

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 19:42

Cette élection a marqué les esprits de plusieurs manières. Elle a tout d'abord confirmé une dérive qui date maintenant d'une vingtaine d'années de dislocation territoriale. Comme l'a analysé Christophe Guilluy, il existe maintenant une opposition entre la France périphérique et la France des centres-ville. Cette coupure n'est pas uniquement liée à la crise en tant que telle. Mais aussi, et surtout à la flambée délirante des prix de l'immobilier de ces deux dernières décennies. Le phénomène est simple à expliquer la simple hausse du prix de l'immobilier et des loyers chassent la population la moins fortunée des villes. Un coup d’œil à ce graphique provenant du huffingtonpost montre l'absurdité de prix en France et la décorrélation qui a eu lieu entre l'évolution des salaires et celle des prix de l'immobilier. C'est d'autant plus vrai que l'on constate que contrairement à la situation américaine, qui s'est relativement assainie, la France se maintient à faire payer beaucoup trop cher les logements par rapport aux revenus disponibles. La bulle spéculative des années 2000-2006 n'a pas été corrigée en France. Il s'agit là d'un facteur essentiel à la déstructuration territoriale du pays. Car le phénomène de séparation spatiale était beaucoup moins marqué dans les années 80-90, période pourtant elle aussi touché par le chômage de masse et la surévaluation monétaire.

 

 

Il y a donc deux crises qui cumulent leurs effets pour donner la situation présente. D'un côté, la crise de l'emploi et de la désindustrialisation liée au libre-échange et à l'euro. De l'autre une crise du logement liée très clairement à une surévaluation des biens immobiliers et des loyers. Les deux crises ne sont pas tout à fait indépendantes l'une de l'autre. Ne faisons pas l'erreur classique des raisonnements en robinsonnade libérale. Les loyers et le prix de l'immobilier ont une influence sur la viabilité d'un revenu. Il est évident qu'une entreprise qui paye ses salariés à un niveau insuffisant pour leur permettre de se loger va avoir des difficultés à recruter des employés. De sorte que les entreprises sont généralement contraintes d'appliquer des salaires plus élevés là où les prix d'habitation sont plus forts. Ainsi la région parisienne a des salaires plus élevés que le reste du pays parce que les loyers et le coût de la vie en général y sont aussi plus élevés. Il y a une question ici de savoir ce qui différencie la cause de l'effet. L'obsession des néolibéraux et de la gauche bourgeoise pour les travailleurs détachés tient d'ailleurs en partie à cette contrainte qui les enquiquine. Pour pouvoir payer moins cher des salariés qui sont rares dans leurs quartiers à haut prix du mètre carré, ils veulent maintenant importer des populations qui seront moins regardantes sur la qualité d'habitation qui leur est offerte. La disparition du petit peuple de paris a en effet créé un trou dans le remplissage du besoin pour réaliser les basses besognes des cadres à haut revenu. Pour combler ce trou, on importe du lointain de nouveau travailleur. Paradoxalement cette méthode aggrave les déséquilibres en nourrissant artificiellement le prix de l'immobilier. Parce que finalement, il faut bien les parquer quelque part les nouveaux venus.

 

Une région lourdement déficitaire

 

Cette coupure entre centre-ville et périphérie n'est pas la seule finalement que l'on peut observer. Il y a une coupure beaucoup plus dangereuse et qui s'est traduite notamment par surreprésentation du vote Macron dans la capitale française. La vision générale qu'ont les élites du pays est que la France est en quelque sorte à la remorque de la capitale française. C'est très exactement le même type de réaction que l'on a pu observer lors du Brexit avec des personnages aussi caricaturaux qu'approximatifs comme monsieur Gaspard Koenig. Un personnage qui a évidemment appelé à voter Macron, et qui se demandait ouvertement, au lendemain du Brexit, si Londres ne devait pas devenir indépendante. De la même manière voit-on le pape de l'industrie mensongère du marketing alias monsieur Jacques Seguela nous dire que c'est à la France des villes (des cadres sup) de diriger le pays. Il y a là un suprématisme qui ne souffre plus d'aucune espèce de décence ou de retenue. L'élection de Macron a fini par libérer la parole des aristocrates des temps modernes. Le problème de ce type de raisonnement particulièrement dans le cas de la région parisienne c'est qu'ils sont fondés sur une croyance plus que sur la raison. Ce qui est normal pour un suprématisme, me direz-vous.

 

*source : http://lekiosque.finances.gouv.fr

 

Première remarque et non des moindres, la région parisienne est lourdement déficitaire sur le plan commercial. Je sais que cela étonnera beaucoup de monde et c'est pourtant un fait avéré. En 2016 la région parisienne a eu un déficit commercial de près de 54 milliards d'euros. Pour vous donner un ordre de grandeur, le déficit commercial de la France en 2016 était de 48,1 milliards d'euros. Oui vous avez bien lu, le déficit commercial de la région parisienne est supérieur au déficit commercial de la France dans son ensemble. C'est à se demander qui porte qui sur ses épaules n'est-ce pas ? De fait le syndrome de supériorité des élites parisiennes est loin d'être fondée. Non, la France ne vit pas grâce à la région parisienne, et non, elle n'est pas la région dynamique que certains dépeignent. Et pour cause s'il y a bien un endroit caractérisé par un immobilier au prix délirant c'est bien Paris et sa région. De fait, la surélévation du coût local de l'immobilier entraîne une désindustrialisation locale. Une délocalisation des activités productives qui peuvent aller dans d'autres pays, mais aussi ailleurs en France. D'ailleurs l'autre grande région française très déficitaire est elle aussi un lieu de haut niveau de prix pour l'immobilier à savoir la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui affiche un déficit d'environ 10 milliards d'euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De fait, les activités qui se développent majoritairement dans ces régions sont des activités à haut revenu, mais non productives sur le plan commercial. Or je dois le rappeler à minima, ce sont ces activités productives qui font le niveau de vie du pays. L'agriculture et la production industrielle sont des deux piliers qui fondent l'économie d'une nation, car un pays ne peut pas vivre en achetant indéfiniment des produits étrangers sans rien produire et vendre en retour. Les services ne sont pas inutiles bien évidemment, mais ils doivent être proportionnés aux capacités industrielles du pays. Du reste, les échanges dans le domaine des services sont largement inférieurs en volume aux échanges des biens et des marchandises. Il est difficile de couvrir un lourd déficit commercial avec des services sauf si vous êtes un petit pays parasite fiscal à l'image du Luxembourg. Même la Grande-Bretagne championne de la finance a aujourd'hui du mal à joindre les deux bouts sans son pétrole de la mer du nord qui s'épuise et pourtant les Anglais ont la chance de ne pas souffrir de l'euro eux. La spécialisation de l'espace français n'explique pas de tels déséquilibres, et il faut le rappeler, pendant longtemps la région parisienne était exportatrice et représentait une partie importante de la base industrielle du pays. Cette carte rend tout à fait grotesques les raisonnements de monsieur Gaspard Koenig puisque l'on voit bien que la région parisienne aurait beaucoup de mal à vivre sans le reste du pays. L'autre apprentissage de la carte c'est que l'on retrouve l'intuition toddienne puisque l'on voit bien que les régions excédentaires ont un lien avec les familles souches du même type que celles qui sont en Allemagne. Le découpage administratif des régions actuelles cache cependant la clarté du comparatif avec les structures familiales de l'analyse toddienne.

 

Les crises de l'immobilier et de l’eurolibéralisme sont concomitantes et produisent une fracturation non seulement entre ville et périphérie, mais aussi entre région. Le cœur intellectuel et social de la France qu'est la région parisienne se retrouve dans une situation de dépendance à cause de l'idéologie qu'elle-même fait subir au reste du pays. Sa richesse illusoire fondée sur des rentes immobilières et financières lui permet d'accepter un modèle économique qu'elle devrait pourtant rejeter puisque sa substance économique réelle est progressivement détruite. C'est véritablement paradoxal de voir la région la plus lourdement déficitaire qui est une grande victime de l'euro et du libre-échange, se faire pourtant l'avocat la plus acharnée de ce système. Ce paradoxe tient à la bulle immobilière et aux rentes financières qui permettent à la région parisienne de continuer à fonctionner. Il y a cependant fort à parier que la nécessite du rééquilibrage de la balance commerciale frappera d'abord la région parisienne. Parce qu'elle est aujourd'hui le cœur improductif du pays. Si la France doit faire des économies pour sauver le soldat euro c'est avant tout dans cette région que les efforts seront portés. Les effets des politiques de contrition de la demande intérieure produiront une flambée du chômage essentiellement partout en France. Mais c'est certainement la capitale qui subira cette fois les effets palpables de l'eurolibéralisme. La baffe libérale dans la tête des Parisiens sera peut-être le meilleur moyen pour leur faire prendre conscience de la réalité et de l'inanité du projet européiste. La capitale française ne peut pas durablement vivre en dehors de son propre pays et des conséquences de ses propres décisions. Elle a voulu Macron qu'elle en subisse les conséquences, elle redeviendra peut-être ensuite une capitale digne de nom quand elle aura remis en cause ses dogmes.

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