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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 16:00

shadoks-3.1170669778Que le temps passe vite lorsque l'on n’écrit pas sur son blog. Il y a sept mois que je vous ai lâchement abandonnés. Je ne m'étendrais pas sur cette raison. Disons pour faire simple que des raisons techniques et personnelles m'ont empêché d'écrire dans un premier temps, et qu'une crise de fainéantise aiguë m'a empêché de reprendre lorsque cela aurait pu être possible. Il y avait aussi une espèce de lassitude face à la sombre débilité qui semble frapper nos gouvernants. Quelques mois après cet arrêt donc, tout semble plus clair, enfin non, pas vraiment en fait. Ce qui devait arriver est arrivé, et le PS s'enfonce de plus en plus vite dans la gadoue qu'il a lui-même fabriquée avec sa pseudo-opposition ces quarante dernières années. Malheureusement, il nous entraîne avec lui. Mais ne vous inquiétez pas, leurs collègues de l'UMP nous surprendront avec des propositions visant à faire couler la France encore plus vite que ne le font les socialistes.

 

Pour cette reprise du blog, il me semble nécessaire de faire une petite mise au point de la situation actuelle et de réexpliquer clairement l’impossibilité d'une sortie de crise dans les conditions actuelles. Car il faut bien avouer que les quelques bribes de réflexions qui fusent à travers le petit écran et les organismes de propagande officiels font montre d'une indécrottable bêtise dogmatique. Les chiens de Pavlov du néolibéralisme étant bloqué en position déflation salariale, et contrition des niveaux de vie. Et pourtant le désastre de ce genre de politique est déjà là en Grèce et en Espagne pour montrer en pratique le caractère complètement suicidaire d'une contraction volontaire de la demande intérieure. D'ores et déjà l'on signale des phénomènes de malnutritions en Grèce, en Europe, au 21e siècle. C'est tout simplement inacceptable et les responsables, intellectuellement irresponsables, de cette situation devront un jour, je l'espère, répondre de leurs crimes, comme naguère les nazis à Nuremberg. Car il s'agit bien aujourd'hui d'un crime contre l'humanité et contre les peuples d'Europe qui se trame chez les élites européennes. Loin de défendre leurs peuples, ces élites continuent sans faiblir à défendre les intérêts des multinationales et leurs petits profits personnels. L'affaire Cahuzac ne fut en ce sens qu'un révélateur de quelque chose de plus profond , d'une corruption systémique qui est profondément encrée dans les institutions françaises et européennes.

 

Comment sinon expliquer l'incroyable situation actuelle qui voit des politiques économiques infructueuses se faire reconduire inlassablement année après année ? Les deux piliers des politiques libérales sont le suivisme idéologique et la corruption. Je pensais assez naïvement jusqu’alors les deux piliers de même envergure, il semblerait pourtant que le second soit de bien plus grande importance que le premier. On comprendra donc mieux les propos récents de Frédérique Lordon qui pense maintenant qu'aucun changement ne pourra sortir des urnes. Il me semble cependant peu probable qu'un quelconque mouvement de masse renverse le système. Certes, les élections italiennes récentes semblent prouver que des changements peuvent arriver. L'union antinationale en Italie (appellation plus légitime, eu égard aux politiques qu'elle va pratiquer) prépare probablement l'effondrement général des institutions de ce pays. Car désormais les jeux sont clairs, la gauche officielle ou la droite officielle que ce soit en Italie en France en Grèce ou en Allemagne ce sont avant tout des libéraux qui agissent dans l’intérêt des multinationales et des possédants. L'UE et l'euro c'est leurs moyens de contrôle sur le revenu des peuples d’Europe. Ce sont des structures qui mécaniquement, par le libre-échange et la libre circulation des capitaux favorisent la rente au détriment du travail, de la production et du développement de nos nations. Mais ce n'est pas une éventuelle émeute française ou italienne qui mettra fin à l'UE et à l'euro. Mais bien plus les intérêts divergents des classes possédantes européennes. Et particulièrement l'imaginaire des classes possédantes allemandes qui mettra, je l'espère, fin aux délires européens par syndrome de supériorité interposé.

 

 

Petit résumé de l'origine de la crise.

 

Mais avant d'en venir à l’Europe, et à la France, parlons un peu de la situation mondiale. L'économie mondiale ne va pas bien. Même si l'Europe semble être l'homme mourant de la planète, le reste de l'économie mondiale n'est pas vraiment en meilleure forme. Et ce n'est guère surprenant puisque cela fait maintenant quarante ans que les libéraux et les multinationales euro-américaines poussent à la mondialisation et à la libéralisation des échanges. On a voulu rendre les peuples totalement interdépendants, il ne faut donc pas être surpris que l'agonie de l'Europe ou des USA ait des répercussions sur le reste de la planète. L'Asie a fait sa prospérité sur la destruction des industries européennes et américaines, oubliant au passage de rémunérer correctement leurs propres ouailles. Aux salariés bien rémunérer et protéger d’Europe et d’Amérique d'après-guerre ont succédé des esclaves sous-rémunérer et des riches vivant de leurs rentes en nombre infinitésimal comparativement à l'ancienne classe moyenne occidentale. De facto, cette situation a contracté mécaniquement la demande solvable de la planète, celle qui n'a pas pour moteur le crédit à la consommation. Et c'est bien là le hic dans la grande mécanique néolibérale. Les riches ne consommant pas autant que les pauvres en proportion croissante de leurs revenus. Ils achètent certes à profusion des choses inutiles. Mais malgré tout leurs délires consuméristes, ils ne parviendront jamais à maintenir le rapport entre le revenu épargné et le revenu consommé que les pauvres ont. De fait, la part du revenu épargné augmente pratiquement proportionnellement au niveau de richesse. C'est cette contradiction qui est fatale à cette mondialisation. La crise actuelle n'est que la démonstration par l'absurde que l'accroissement des inégalités de revenu est néfaste pour une économie aux gains de productivité croissants. Loin d'être le moteur de l'économie, l'inégalité est hautement nuisible. Les élites chinoises qui ne veulent pas de l'inflation salariale, pas plus que celles d’Europe, se sont donc mises elles aussi à la croissance par l'endettement des ménages et des entreprises. Avec des excès à l'espagnole puissance 10. La crevaison des bulles chinoises préparant la retombée du soufflé chinois avec toutes les conséquences géopolitiques que cela pourrait avoir en Asie. On imagine déjà une chine avec une croissance à seulement 2 ou 3% et un taux de chômage qui explose. Connaissant la mentalité chinoise on pourrait se retrouver avec quelques guerres à l'ancienne visant à exporter les tensions intérieures, on connaît ça en Europe.

Balticdry Avril2013

Sur le graphique ci-dessus on constate à quel point le commerce mondial est au point mort (source bloomberg) 

Cette concentration des richesses, aboutissement inéluctable de la globalisation, a produit la crise à travers les mécanismes d'endettement. Des dettes qui ont permis pendant quelques décennies de continuer à faire semblant de croire en Amérique comme en Europe que tout était comme avant. Et que l'on pouvait avoir de la croissance tout en voyant l'industrie, l'agriculture et toute la sphère de l'économie réelle partir en Asie ou en Europe de l'Est. La crise économique officiellement partie de l'explosion de la bulle immobilière américaine en 2007 n'est en fait que l'aboutissement d'une crise beaucoup plus profonde et datant des décisions économiques prises en occident dans les années 70. La libéralisation des échanges commerciaux condamnant toute forme de politique macroéconomique de relance en créant des phénomènes de vase communicant par l'intermédiaire des déficits commerciaux. Lorsque les USA relancent leur demande intérieure à coup de milliards de dollars, le seul effet qu'ils obtiennent aujourd'hui est une aggravation du déficit commercial. Ils ne créent d'ailleurs chez eux que des emplois de service lors de ces plans de relance. Il en va de même en Europe. De fait les pays mercantilistes, ceux qui attendent de leurs excédents commerciaux un retour à la croissance, pompent la demande mondiale dans une stratégie non coopérative destructrice aujourd'hui de la croissance mondiale. Et s'ils sont gagnants à court terme dans le jeu de la mondialisation, ils finiront par être rattrapés par la langueur que leurs avantages commerciaux provoquent ailleurs dans le monde. À l'heure actuelle la Chine l'Allemagne, le Japon, et la Corée du Sud qui forment ce que l'on pourrait appeler l'Axe du mercantilisme ont pompé collectivement toute la sphère productive de la planète.

 

On a oublié en Europe comme aux USA que les politiques de l'offre si chère aux libéraux sont des politiques intrinsèquement microéconomiques. C'est-à-dire qu’elles négligent le cadre collectif de leur application et supposent, sans le savoir, une indépendance entre l'évolution de l'offre et la demande. Pour les libéraux l'offre trouvera toujours une demande si le produit ou le service correspond à la demande. Dans leur « pensée », il n'existe pas de problème de demande, car « l'offre crée sa propre demande ». C'est évidemment faux, tout comme il est faux d'affirmer que l'épargne est naturellement égale à l'investissement. Il existe des déséquilibres qui produisent des crises s'ils ne sont pas corrigés par des politiques macroéconomiques compensatrices. Politiques qui sont évidemment impossibles dans le cadre du libre-échange total. Répétons cette évidence, tous les pays du monde ne peuvent pas avoir des excédents commerciaux en même temps. Une économie mondiale viable ne peut être réalisée que si les balances des paiements sont à l'équilibre partout à plus ou moins long terme. Et cela n'est possible que s'il y a une régulation du commerce mondial par le truchement des politiques protectionnistes, par des politiques de revenu et par des variations des taux de changes locales. Faire une politique de l'offre, dans un monde où la croissance est forte lorsque l'on est un petit pays, peut ne pas poser de problème, car notre propre poids est négligeable en regard du PIB mondial. Dans ce cas, et en partant de l'hypothèse que cette politique n'est pas imitée par les marchés visés à l'exportation, alors oui la politique de l'offre peut fonctionner. Mais cela fait bien longtemps que de telles conditions ne sont plus réunies. L’Allemagne et le Japon ont pu faire illusion dans les années 90-2000 grâce à l'énorme endettement qui s'est formé aux USA et ailleurs dans les pays de l’Europe latine. Mais aujourd'hui, ces pays sont exsangues, quant aux USA les relances n'ont plus aucune efficacité sur l'emploi. Et malgré l'avantage du dollar, on en vient à se demander si les USA ne vont pas en venir à n'employer que des fonctionnaires directement payer par l'impression de billets verts pour créer des emplois. Tellement les plans de relance sont devenus inefficaces sur l'emploi.

balance commer US 2012

 

La balance commerciale des USA a replongé sous l'effet des plans de relance Obama. Quand la croissance US plonge, la balance commerciale remonte. Ce qui finit par casser la croissance qui ne peut pas s'auto-entretenir. La consommation locale ne soutenant que partiellement l'emploi local, si ce n'est indirectement sous la forme d'emploi dans les services lié aux produits importés. C'est aux USA que la déconnexion entre l'offre et la demande est la plus grande engendrant des difficultés de plus en plus grandes dans la gestion macroéconomique du pays. C'est le prix à payer pour permettre à la finance rentière de vivre avec son train de vie délirant, pendant que le prolétariat US crève en silence.

 

 

Affirmons-le, aujourd'hui il y a une crise de surproduction planétaire. Trop d'offres et pas assez de demandes. La plupart des pays du monde attendent que les autres relancent leurs demandes intérieures. La Chine, pays de plus de 1,4 milliard d'habitants, attend impassiblement que l'oncle Sam arrose la planète de billets verts pour qu'elle puisse continuer d'exporter et d'employer ses millions d'esclaves. L'international des riches conduit la planète à une impasse. Et si tous les yeux sont rivés sur l'Europe, il ne faudrait pas oublier la très rapide dégradation des économies des pays émergents en commençant par la Chine et l'Inde. La grande déconnexion planétaire entre l'offre et la demande a créé une situation ingérable pour tous les pays du monde. La seule solution étant bien évidemment la relocalisation des activités et une réévaluation des rémunérations du travail à l'échelle de chaque pays. Il faut réapprendre à payer le juste prix des choses.

 

 

Et la France dans tout ça ?

 

En Europe et en France se rajoutent à la crise la lourdeur des structures européennes et le poids incommensurable de l'euro. Dans le système du libre-échange intégral, il ne reste en effet qu'un seul moyen de protéger un peu sa propre production et sa demande intérieure, c'est la dévaluation. Cet outil peut d'ailleurs être couplé à une politique de la relance intérieure pour réorienter la consommation vers les produits ou les services locaux en renchérissant le coût des importations. Et ceci tout en faisant baisser le coût de vos propres produits à l'exportation. La relance dans un cadre libre-échangiste doit donc toujours s’accompagner d'une dévaluation pour éviter le creusement du déficit commercial, le seul qui compte et dont on ne parle jamais. Hors cet outil-là, la France ne l'a plus. Nous partageons en Europe une seule monnaie pour des économies totalement divergentes. Cet état de fait concentre donc en Europe les effets de la crise de la demande planétaire.

 

Si l'on résume la situation mondiale actuelle, il y a trois zones économiques. La première, celle de l'empire américain est très particulière. En effet, les USA possèdent le dollar, une monnaie dont la valeur ne dépend pas de la situation commerciale des USA . Les USA peuvent inlassablement produire de la monnaie internationale leur permettant d'acheter des produits provenant de la planète entière. Cet avantage colossal leur permet d'exporter leur inflation et d'avoir une économie totalement désindustrialisée. En effet à quoi sert-il de produire quelque chose quand vous pouvez imprimer des billets et acheter indéfiniment tous les produits du monde ? La seule industrie américaine c'est celle de l'imprimerie et de la finance. De l'autre côté il y a l'Asie qui joue dans l'empire le rôle que l'Europe et le Japon d'après-guerre ont joué, celui de producteur. La chine est devenue en deux décennies le producteur attitré de l'empire, son avantage en matière de coût étant imbattable. La dernière zone est celle de l'Europe. Cette zone était il y a peu le gros fournisseur de l'empire, mais ce dernier a trouvé moins cher ailleurs. D'abord au Japon dans les années 70-80, puis en Corée et maintenant en Chine. Le problème des Européens c'est qu'ils n'ont aucun des avantages des deux autres zones. Les élites européistes ont voulu faire de l'euro le nouveau dollar, mais cette stratégie a échoué. Et nos pays ne sont pas compétitifs sur le plan industriel à moins de contracter de manière considérable le coût du travail comme le font les Allemands. Les élites européennes qui ne veulent pas de la dévaluation pour pouvoir elles même continuer à consommer des produits pas chers venant d'Asie ont donc choisi la stratégie du pire, celle de la déflation salariale et du chômage de masse qui lui est associé.

 

 

Si nous voulons continuer à vouloir vivre de l'exportation, il va soit falloir réduire fortement les salaires soit dévaluer massivement l'euro. Mais il existe une autre voie de sortie et j'en ai longuement parlé sur ce blog celui de la rupture avec la mondialisation impériale américaine. Il faut ignorer les marchés extérieurs et nous concentrer sur le nôtre comme nos ancêtres l'ont toujours fait. Nous devons relocaliser la production, mais aussi la demande en recréant un équilibre entre les deux. Un équilibre qui sous-entend évidemment une situation de plein emploi. Dans cette optique c'est bien vers le protectionnisme qu'il nous faut aller. Mais un protectionnisme qui ne vise pas les excédents commerciaux, mais le découplage progressif de l'économie mondiale. Et cela de façon à rendre à nouveau efficaces les plans de relance et les hausses de salaire sur le dynamisme de la production locale.

 

Du hollandisme révolutionnaire au hollandisme involutionnaire ?

 

L'avenir de la France est partagé. S'il n'en tenait qu'à notre propre pays d'agir et à nos élites de nous sauver, nous aurions bien du souci à nous faire. Car c'est à mon humble avis vers la dictature soft que les élites françaises aimeraient nous mener. Les solutions à la crise ne sont guère compliquées en fait. Tout le problème est d'imaginer la manière dont ces politiques pourraient arriver au pouvoir. Et dans le cadre de la « démocratie » française, il y a beaucoup de raisons d'être pessimiste. On imagine déjà l'élection de 2017 avec un taux de chômage officiel à 25 ou 30% et un FN qui arrive en tête au premier tour. Le gouvernement annule les élections puis interdit le parti de Marine Lepen au nom des droits de l'homme et de la démocratie.... Puis l'arrivée d'un gouvernement d'union national comme en Italie avec les militaires dans les rues pour empêcher les émeutes. Fort heureusement, l'euro aura peut-être explosé avant d'en arriver là. Mais ce n'est pas sur le suffrage universel qu'il faut compter, mais bien plus sur la bêtise des croyances collectives qui servent d'analyse économique à la masse des peuples européens. Comme je l'ai longuement souligner le scénario le plus probable de la fin de l'euro sera celui d'un rejet allemand. Même si c'est irrationnel et contraire à court terme aux intérêts de ce pays, tout concourt à cette hypothèse. En effet, ce n'est pas la réalité économique qui compte dans les politiques menées ,mais bien l'image que s'en font les élites et les peuples. La dialectique libérale a autant empoisonné le peuple allemand que le peuple français. Et les Allemands sont convaincus que l'euro est mauvais pour eux, non pas parce qu'il détruit la demande de leurs voisins,  mais bien parce qu'il nuit à l'économie allemande qui paye pour les irresponsables.

 

François Hollande grâce à son incroyable inaptitude à diriger le pays, et à sa formidable aptitude à pratiquer des politiques contraires aux intérêts du pays, va faire s'écrouler la demande française plus rapidement que je ne l'aurai espéré. C'est triste évidemment puisque cela va conduire à l'explosion du chômage, seulement ce n'est qu'à cette condition que la croissance allemande plongera puisque la France est son premier client. S'en suivra l'arrivée à complétude de mon hypothèse de fin de la monnaie unique, à savoir la sortie de l'euro de l'Allemagne. L'effondrement de l'euro permettra peut-être enfin à un bouleversement politique salutaire en France. Le Hollandisme révolutionnaire de Todd sera alors réalisé par l'involution économique produite par le libéralisme hollandien. Si Hollande devient révolutionnaire ce sera vraisemblablement par inadvertance.

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 22:40

TrouNoir1_defaultbody.jpgL'heure est grave, même les chantres de la mondialisation heureuse commencent, à voir le gouffre dans lequel l'humanité est entrée. Mais ne rêvons pas. Les libéraux, bien loin de comprendre la nature de ce gouffre, ne vont pas cesser de l'élargir avec leurs remèdes empoisonnés. Les statistiques sont maintenant formelles, les pays excédentaires, derniers illusions d'un modèle qui fonctionnerait tombent à leur tour dans la crise. Même l'immense Chine connaît un ralentissement économique important ce qui ne semble pas atteindre le cerveau de cette pauvre Angela Merkel qui croit sauver l'Allemagne en laissant périr ses voisins et en développant ses exportations dans le chimérique marché chinois. À quoi ressemblera donc ce marché lorsque les USA et l'Europe seront en récessions ? Cependant si cette crise qui ne devrait pas exister selon les théories pseudo-scientifiques du libéralisme produit des effets dévastateurs sur l'économie de nos nations, et si le discrédit des économistes est aujourd'hui total dans la population, le fait est que leurs idées malsaines continuent d'étendre inlassablement leurs effets pervers. Paralysant toujours les élites et les populations en les empêchant de faire la nécessaire rupture copernicienne d'avec l'Ancien Monde. En cette fin d'été 2012, les pensées sont paralysées, tétanisées face à l'ampleur du désastre que quelques jeux et diversions parviennent  tant bien que mal à cacher à l'opinion publique. En France même la vie est paisible, les médias sont aux anges depuis l'élection du saint socialiste qui va tous nous sauver. Et pourtant le chômage monte malgré les efforts désespérés des statisticiens pour camoufler le niveau de chômage réel du pays qui est au moins de double du taux officiel.

 

Allons-nous tous mourir pour sauver le libéralisme?

 

La crise actuelle est maintenant politique, bien avant d'être purement économique. Car les blocages des politiques sur le mode libéralisme sont plus le fait de lourdeurs politiques que d'une victoire intellectuelle d'un libéralisme agonisant. Cette rentrée scolaire va être redoutable et l'année 2013 qui arrive est porteuse de lourdes difficultés pour les élites occidentales et françaises en particulier. J'aimerai vous dire à la manière d'un Jacques Sapir qui voit la fin de l'euro à tous les coins de rue que cette monnaie absurde va disparaître et ainsi soulager momentanément l'économie française. Je pense malheureusement que l'euro se maintiendra ou plutôt que les élites le maintiendrons quel qu'en soit le prix. Face au chaos mondial qui pointe, nos élites ne sont pas prêtes à lâcher la seule bouée intellectuelle qui leur semble flotter. Même si celle-ci, nous le savons, est imprégnée de plomb. Nous allons donc au-devant d'une aggravation permanente de la crise et vers un renforcement démultiplié des politiques de réduction de la demande. Il va sembler à la majorité des nations du monde, non sans quelques raisons, que l'Europe devient le trou noir de l'économie mondiale. D'ores et déjà les effets de la réduction de la demande européenne font sentir leurs effets en Asie et particulièrement en Chine.



Mais le plus drôle dans cette histoire c'est que ce seront les systèmes sociaux et les politiques plus égalitaristes en Europe qui seront pointées du doigt comme étant la cause de l'aggravation de la crise. De sorte que l'on présentera ces politiques comme néfastes et que la crise sera l'occasion rêvée pour les rentiers et les multinationales de mettre fin à l'exception européenne. Ainsi l'on peut décrire la crise du libéralisme comme folie collective fonctionnant à la manière d'un emballement thermique ou d'une avalanche. Chaque décision prise par le système de pensée libéral aggrave la crise et autojustifie l'amplification des mesures libérales pour cause d'aggravation de la crise. Tout ceci aura une fin que lorsqu'il n'y aura plus rien à détruire, plus rien à privatiser. C'est alors seulement que le libéralisme se mangera lui même et cessera d'être au centre des prises de décisions. En un sens le libéralisme est tout à fait semblable au communisme ou au nazisme. Ces doctrines sont évidemment très différentes quant à leurs visées et aux moyens qu'elles emploient. Cependant une chose les réunis l'acharnement et l'entêtement. Ils iront jusqu'au bout du délire, l'humanité dut-elle disparaître pour y parvenir. Si ce n'est pas de la foi religieuse, une nouvelle forme de croisade et de délire messianique. Qu’est-ce donc ?

 

L'Europe dans le trou noir libéral



La politique européenne de contrition salariale est d'autant plus grave que le moteur consumériste américain ne redémarre pas contrairement à ce qu'affirmait la propagande médiatique de ces derniers mois. Le chômage remonte et la croissance américaine déjà faible, ralentie. Le seul moteur de la demande mondiale est en panne et n'est pas près de repartir. Et de toute manière même s'il repartait les pays mercantilistes accumulateurs d'excédents commerciaux sont aujourd'hui trop nombreux et trop gros pour permettre à la seule demande américaine de tirer la croissance mondiale. La stupidité d'un système commercial asymétrique mis en place ces trente dernières années atteint maintenant son rythme de croisière poussant à la récession permanente et à la contrition salariale. Le placebo du crédit et de l'endettement ne permettant plus de cacher l'ampleur du désastre en occident. La demande inlassablement va devoir s'aligner sur la maigre production encore solvable qui reste en Europe et aux USA. Il ne peut plus y avoir de croissance en Europe et aux USA dans ce cadre libre-échangiste, cependant les tenant du pouvoir font encore semblant de ne pas l'avoir compris.

 

 Les pays exportateurs cherchent de la demande, mais ils ne la trouvent plus. Quant à l'idée que la chine devienne un marché solvable, c'est simplement une escroquerie intellectuelle. Le taux d'épargne reste énorme en chine. Qui plus est même en supposant que la chine prenne une direction plus égalitaire, ce qui est peu probable, il faut tenir compte de l'hyperspécialisation économique du pays vers l'exportation. Et même si la demande augmente en chine pourquoi importerait elle nos produits puisqu'elle cherche depuis des années à devenir autosuffisante dans tous les secteurs industriels ? Les pays qui font un pari sur le développement de la chine pour leur propre croissance à l'image de l'Allemagne ou du Japon vont rapidement s'en mordre les doigts. La croissance en Europe et aux USA ne peut revenir que si l'on recrée un lien entre production et consommation. Ce qui revient à relocaliser les activités économiques pour rendre aux politiques de régulation de la demande toute leur efficacité. Toutes les autres voies sont juste de la poudre de perlimpinpin. Seulement, nous le savons, pour des raisons de rapport de force sociologique et économique ces décisions ne seront jamais prises.



François Hollande le dernier des présidents socialistes?



Face à cette réalité, on préfère détourner l'attention, et faire semblant de résoudre les problèmes. Je l'avais exprimé assez durement sur ce blog le lendemain pratiquement de l'élection de François Hollande. Cela fait quelque temps déjà qu'il est au pouvoir et le fameux changement ses partisans l'attendent toujours. Arnaud Montebourg celui qui a semblé un instant ramener la raison au PS s'est autodétruit en devenant membre d'un gouvernement qui pratique le libéralisme rose bonbon. Notre ministre du redressement productif ne possédant aucun levier économique réel s'est mis à gesticuler comme les autres, mais lorsque l'on se rappelle de ses positions préélectorales on ne peut plus que le trouver pathétique. La rose est déjà fanée et le président socialiste pourrait bien devenir le champion toute catégoriel du désenchantement. Il a déjà battu Sarkozy sur le plan de la vitesse de dégringolade d'opinion favorable. Cette situation ne fait que confirmer en passant qu'Hollande n'a guère convaincu, il était juste là en face d'un énergumène que plus personne ne supportait. Un autre candidat socialiste aurait pu tout aussi bien être élu. Seulement voilà Hollande est désormais au pouvoir et sa faiblesse intellectuelle due à son libéralisme tranquille ne peut que le pousser à aggraver sans cesse les problèmes qu'il prêtant combattre.



On peut d'ailleurs se demander à quoi ressemblera le parti socialiste dans quatre ans quand le taux de chômage sera de 20 ou 30% et que la seule chose que l'on retiendra de ce parti politique est son incroyable tolérance vis-à-vis de l'appauvrissement du peuple français. Sarkozy faisait au moins semblant de s'y intéresser, le PS ne fait même plus cet effort. La population comprend que plus rien ne sera fait pour inverser la tendance. De toute façon, les seules manières d'inverser cette crise seraient de contredire toute la doxa eurolibérale de ces trente dernières années. C'est simplement impossible pour les membres du PS et de l'intelligentsia française dans son ensemble.



Il n'y a plus vraiment d'espoir pour notre continent



Mon pessimisme latent peut certainement rendre mon discours noir. Cependant, il faut se rendre à l'évidence, cette crise va durer. En réalité, elle dure déjà depuis trente ans, mais elle était jusqu'à présent cachée par divers mécanismes. Je vois bien poindre ici ou là de multiples discours sur une révolution, sur une révolte des peuples, mais je crois qu'il est vain d'espérer cela. Nous nous dirigeons vers un pourrissement de longue haleine. À dire vrai sur une longue période historique je crois que c'est la période des trente glorieuses qui apparaîtra comme une anomalie historique. L'Europe va devenir une extension du tiers-monde, c'est maintenant inéluctable et c'est ce qu'elle a choisi. Il n'y aura ni révolte, ni mouvement d'aucune sorte. La vraie question est l'effet qu'aura cette crise ailleurs qu'en Europe, ce continent étant d'ores et déjà mort. À l'image de la Grèce du Portugal ou de l'Espagne, où il n'y a rien qui se passe malgré la violence de la crise. Cette région du monde se laisse porter par l'histoire, elle a cessé de l'écrire, et s'est suicidée. La chine pourra-t-elle survivre à la fin de son modèle exportateur ? Les états d’Amérique du Sud pourront-ils continuer à s'extirper de la mondialisation autodestructrice ? Quel sera l'effet géopolitique mondiale de la fin de l'empire américain ? Autant de questions véritablement importantes pour l'avenir. Je crois que je vais laisser l'Europe agoniser en silence cette année de blogue.

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 15:00

comfra.pngL'élection législative à peine terminée voila que la réalité reprend pied dans l'actualité sur les sornettes et les mensonges à répétition. Le pauvre François Hollande se voit obligé de montrer toute son impuissance verbeuse deux mois seulement après sa victoire. Quant aux pauvres électeurs de gauche encore aveugle sur la nature fondamentale du parti socialiste, ils sont maintenant condamnés à se voir répéter l'affaire Vilvoorde. Cela tombe bien d'ailleurs puisque le gouvernement refait appel à celui qui avait arrêté la politique. Le génial Lionel Jospin. Le monsieur qui n'a pas réellement compris d'où venait son relatif bon bilan à savoir de la dévaluation monétaire d'alors. Les socialistes ne peuvent rien faire puisqu'ils ont renoncé aux seuls outils réellement efficaces pouvant inverser la tendance à la désindustrialisation. Rappelons ici que les deux seuls outils sont les dévaluations et les protections douanières (droit de douane ou quotas d'importation). Les joies européennes se font au prix fort cher de l’appauvrissement général de notre nation. Et il faudrait être d'une mauvaise foi absolue pour affirmer l'inverse. Cela fait trente ans déjà que les socialistes ont troqué l'intérêt du peuple contre leur dogme postnational euromondialiste.

 

Une grande créativité justificatrice :

 

Bien évidemment pour justifier leur inaction collective les gens de « gauche » ne peuvent sortir les arguments sur l'efficacité économique comme les guignols libéraux de droite. Ce faisant, ils vont inventer tout un tas de justifications alternatives pour faire admettre cette destruction. Mieux que cela, ils vont réussir probablement à présenter cela comme un progrès. Il suffit de lire les réactions de la gauche pseudorévolutionnaire sur cette affaire pour s'en convaincre.

 

1-C'est la faute aux patrons

 

Argument habituel du type bouc émissaire. Cependant, ne dites pas aux gauchistes que les riches et les patrons sont leurs boucs émissaires. Ils risqueraient de vous menacer, ou pire encore. Le fait est que les riches et les patrons sont à la gauche française ce que les immigrés et les fonctionnaires sont à la droite française. Des arguments simplistes permettant de ne jamais vraiment penser de façon argumentative. Il suffit de lire ce type d'article sur couillon89 ( journal numérique ayant réussi à battre Libération , Le Monde et le Figaro sur le plan de la nullité journalistique)pour comprendre le caractère limité de ce type d'argumentation. Le fait est que les patrons de PSA ont en fait été bien plus patriotes que ceux de Renault et qu'ils en payent aujourd'hui le prix. Le vice est récompensé et la vertu punie grâce au fabuleux monde mondialisé que les petits gauchistes sont incapables de réellement critiquer puisqu’un monde non mondialisé est ipso facto un monde d'états nation. Or la gauche a horreur de la nation et des frontières.

 

En fait en suivant ce type d'argument il faudrait littéralement fermer toutes les usines en France pour que les groupes français puissent lutter et être efficaces à l'internationale. Mais alors se pose la question fatale : « Quid de l'intérêt pour le peuple français ? Avoir des multinationales championnes du monde, mais qui n'embauchent aucun français. Ça sert à quoi ? » Mais c'est probablement une question de facho nationaliste. À un moment donné, il faut se poser la question de savoir si l'on défend l'intérêt des entreprises ou l'intérêt du peuple et de la nation. Ici l'on voit bien que la gauche française défend en réalité l'intérêt des multinationales d'origine française bien plus qu'elle ne défend l'intérêt du peuple français. Paradoxalement, ces arguments pourraient même être utilisés par les riches qu'elle prétend honnir tant ses visées idéologiques coïncident comme par hasard avec l'intérêt de ces derniers. Évidemment ce n'est pas une coïncidence puisque la gauche bobo est issue en réalité du même milieu social. On entendra donc rarement, voir jamais, un type de gauche dire que la mondialisation est peut-être la cause du problème. Et si tant est qu'ils l'admettent, ils se retourneront en déclarant que c'est inévitable et que tout arrêt de l'ouverture des frontières produirait une catastrophe. Ce qui est illogique si l'on admet que la mondialisation est à l'origine de la dégradation de la situation économique de la majorité de nos concitoyens. Il est donc plus facile à gauche de jeter la pierre sur les patrons plutôt que de voir qu'en réalité ces derniers n'ont guère le choix eu égard aux conditions économiques construites par les défenseurs du libre-échange et de l'Europe mère de toutes les « prospérités ».

 

2-L'argument pseudosociologique

 

C'est probablement l'argumentation la plus pitoyable et la plus hypocrite que je connaisse voir ici. Il s'agit de présenter l'automobile comme un truc de beauf et de français archaïque. Un truc d'individualiste qui ne pense pas aux autres, un outil affreusement réactionnaire. C'est le recyclage à l'infinie des idéologies de la gauche des années 60-70 qui présentait la consommation de masse comme un truc affreux alors même qu'elle était issue de milieux aisés pour la plupart de ses membres. Je doute fortement que les soi-disant critiques de l'automobile vivent sans elle. Et s'ils le font, c'est généralement parce que leur milieu social et leur niveau de vie leur permettent le plus souvent de vivre dans les centres-ville et d'habiter à côté de leur lieu de travail. Bien loin de ce milieu périurbain où vit la majorité de la classe moyenne française. Des lieux de travail qui rendent obligatoires les déplacements en voiture. Les bobos veulent que tout le monde arrête la voiture ? Et bien il va falloir qu'ils se serrent un peu parce que l'on va manquer de place dans les centres-ville. Il va falloir également qu'ils acceptent que des pauvres « blancs » (Quoi ça existe ?) s'installent dans des logements sociaux près de chez eux. Un vrai cauchemar pour boboland ? C'est que les pauvres blancs ils s'entassent et font des gosses qui vont polluer la planète, ils pourraient en plus croiser nos filles. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur (© Chirac). Les noirs on les veut bien tant que l'on ne les croise que dans la rue. Ils décorent et mettent de la diversité, mais des pauvres blancs vous n'y pensez pas.

 

Avant de vouloir que les gens cessent d'utiliser la voiture, il faut penser aux conséquences pratiques et aux conditions sociologiques qui poussent les gens à s'entasser dans les embouteillages. Si les bobos pensent que la classe moyenne fait ça par plaisir, c'est qu'ils ont une vision du peuple français encore plus exécrable qu'on aurait pu le penser. C'est toutes les structures de nos villes de notre distribution et de notre organisation économique et agricole qu'il faut revoir si l'on veut que les gens abandonnent la voiture. Mais pour faire ça, il faut une industrie et des gens capables de transformer cette organisation. Pas seulement de beaux discours et des postures morales visant à discréditer une population et à s'exonérer soient même de toute responsabilité.

 

 

3-Il faut sauver la planète !

 

 

Là c'est le pompon. L'argument massue répété à l'envi par des réactionnaires qui s'ignorent. Oui parce qu'on le veuille ou non la décroissance est fondamentalement réactionnaire. La thématique a d'ailleurs pignon sur rue à l'extrême droite même si la pseudogauche n'a pas encore compris que son idéologie verte est fondamentalement d'extrême droite. Les groupuscules de gauche s'étonnent de la récupération que fait l'extrême droite de la thématique écologique, et pourtant l'écologie ne fait que revenir à son origine (voir cet article de Slate). Les nazis étaient de grands écolos, ils sont même passés maîtres dans le contrôle de la croissance des populations. Je ne dis pas bien évidemment que toute préoccupation écologique fait de vous un nazi, mais en faire une justification pour l'acceptation de la misère sociale voila bien qui nous ramène vers les heures les plus sombres de notre histoire . De plus, ce n'est pas en perdant les capacités de production et de création des automobiles que l'on préparera l'après-pétrole. Ne comptez pas trop sur le pizzaiolo du coin, et encore moins sur les énarques. Bien au contraire nous avons besoin de ces savoir-faire de ces ouvriers, de ces ingénieurs, de ces créateurs pour fabriquer des alternatives. Qui plus est, ce qui serait véritablement écologique serait un abandon de la production suite à une baisse propre de la consommation pour cause de substitution. Si la consommation baisse pour cause d'alternative, c'est très bien, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. Celle-ci baisse essentiellement à cause de l'appauvrissement croissant de la jeunesse. Ensuite, une part croissante de la consommation se tourne vers des véhicules importés, ce qui accroît encore l'impact écologique de cette production automobile. Car ne soyons pas dupe. Si les productions faites ailleurs que sur le sol national sont si peu onéreuses, c'est aussi parce que les normes environnementales y sont minimalistes. Tout comme les salaires et les droits sociaux.

 

 

L'industrie automobile est une nécessité vitale

 

L'automobile est l'un des derniers remparts industriels de la nation française dont les déficits commerciaux battent record sur record. Après elle l'industrie aéronautique suivra plus rapidement qu'on ne le croit puisque d'ores et déjà une bonne partie des Airbus sont réalisés à l'étranger. Il ne faudra guère de temps pour que la création suive la production, comme c'est le cas à chaque fois qu'une industrie est délocalisée. Nous perdons les derniers savoir-faire, les derniers ingénieurs, et techniciens, qui ont permis à la nation d'atteindre son actuel niveau de vie. À n'en pas douter une telle perte ne fera que provoquer à long terme une tiers-mondisation de la nation française. Le niveau de bêtise atteint par les dirigeants français en la matière est proprement hallucinant. Comment imaginer qu'un pays totalement désindustrialisé puisse inventer ou préparer l'avenir ? Nos dirigeants croient-ils qu'une avancée technique et des révolutions industrielles peuvent naître simplement dans le cadre d'un simple laboratoire de recherche. En supposant bien sûr qu'il en reste une fois les industriels partis, et les délocalisations des centres de recherche terminés. L'économie ne marche pas toute seule par l'opération du Saint-Esprit, il faut des hommes ayant la culture industrielle et technique pour porter des idées et des innovations vers des réalisations industrielles concrètes. Et ces hommes ils doivent se nourrir et nourrir leurs familles. S'il n'y a plus d'emploi dans leur secteur, ils en changent quand ils le peuvent, et perdent ainsi petit à petit leurs liens et leurs connaissances pratiques. De plus, ils ne transmettront plus aux prochaines générations ces savoir-faire. On peut parler de biotope techno-industriel. Et ce biotope français s’appauvrit à grande vitesse, il se vide de ses bras et de ses cerveaux. On embauche des polytechniciens pour faire des modèles mathématiques idiots sur les marchés financiers au lieu de les employer dans l'industrie et la recherche. On laisse nos thésards partir à l'étranger parce qu'ils ne trouvent aucun emploi pour leur qualification en France. Et l'on s'étonne ensuite de la désaffection croissante des jeunes pour les études scientifiques et techniques. Ils ne font pourtant que s'adapter à l'évolution du marché de l'emploi.

 

Ce que font nos élites à l'heure actuelle est totalement irresponsable et les socialistes porteront à jamais la marque de l'infamie s'ils laissent s'accélérer encore le niveau de désindustrialisation du pays. Cela relève de la haute trahison, voir du crime contre l'humanité si l'on se réfère à la violence, à la mort et à la misère que ces politiques provoquent. Et accuser le gouvernement précédent qui lui même accusait ses prédécesseurs n'excuse rien. Combien de temps nous faudra-t-il pour réparer les dégâts ? Deux ou trois décennies minimum si les désindustrialisations se poursuivent. Il est encore temps de tout stopper et de nous appuyer sur les quelques industries qui nous restent en les protégeant pour redresser la barre et régénérer le tissu industriel. Il n'est pas encore trop tard, mais la fin est proche. Des mesures brutales et protectionnistes sont nécessaires en rompant les traités néolibéraux. Que les dirigeants prennent enfin leurs responsabilités et agissent comme des adultes responsables. Ce n'est pas des hypothétiques réactions mondiales, si nous nous protégeons, qui devrait inquiéter nos élites, mais bien plus le destin funeste vers lequel ils conduisent actuellement la nation française.

 

 

 

Cette vidéo montre comment les socialistes de l'époque ont géré le déclin de la sidérurgie. Loin de vouloir l'arrêter il l'on juste accompagné. Il se passe excactement la même chose avec l'automobile. (La vidéo date de 1985)

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 17:30

135123.jpgSi je parle régulièrement sur ce blog de la question de la régulation commerciale par le protectionnisme c'est qu'à mon sens il s'agit là de la priorité absolue à court terme pour redresser la situation. Cela ne signifie pas cependant que ces mesures seules parviendront à nous sortir du bourbier dans lequel nous sommes empêtrés. C'est pour cette raison que je parle également de la relance de la demande par des mesures d'investissement, mais aussi, et surtout, par la relance des salaires. Il s'agit là du deuxième pilier sur lequel peut s'appuyer une véritable politique de sortie de crise. Mais comme en mécanique un système n'est stable que s'il a trois points d’appui, il y a un troisième pilier nécessaire au redressement économique du pays. C'est celui du financement de notre développement et du choix des orientations de ce même développement. S'il est nécessaire de rendre à l’investissement public, toute la place qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ne faut pas oublier non plus que l'actuel système qui permet de financer les entreprises a totalement échoué sur le plan collectif. La finance actionnariale et le système qui a jusqu'à aujourd'hui prétendu à l’efficience la plus grande s'avèrent incapables de financer le plus petit projet collectif. Notre système d'investissement est incapable de financer des projets portés par autre chose que l'intérêt à très court terme et à taux de retour sur investissement démentiel. Il ne faut pas douter du fait qu'il s'agit là d'un tournant majeur dans l'histoire économique, car c'est une rupture avec l'ancien capitalisme. Celui qui certes avait ses défauts inégalitaires, mais qui savait financer les idées les plus folles faisant bouger l'innovation et l'économie. C'est cette réussite apparente qui permettait aux gens d'accepter les inégalités du système comme l'avait bien compris Keynes.

 

Le capitalisme ne doit son succès qu'à la passion non économique de ses investisseurs



En vérité, l'on s'est bien trompé sur l'origine du succès du capitalisme occidental. Et c'est encore une fois la pensée libérale qui nous a induits en erreur, car elle a pris une contrainte pour cause et a ignoré ce qu'était le moteur réel du capitalisme et des sociétés occidentales. À la base de la thèse libérale, c'est l'intérêt purement économique qui motive l'investisseur, de la même manière que c'est l'intérêt purement économique qui motive le salarié, le consommateur et toute la société. Chez les libéraux il y a une espèce de cynisme qui considère toute autre apparente raison comme un cache-sexe aux intérêts économiques auxquels tous se rapportent. Nous ne sommes pas trop durs avec eux cependant, leurs cousins marxistes en pensent autant. Là est à mon avis une des erreurs fatales de ces pensées économicocentriques. On pourrait parler d'ailleurs parler pour qualifier ces théories économiques d'éconocentrique.



La vérité c'est que le capitalisme occidental s'est développé dans des cultures particulières et dans des cadres qui lui ont fourni une qualité d'individu qui lui a permis son développement. Comme le dit si bien Jean Claude Michéa, ce n'est pas le capitalisme et l'intérêt individuel qui ont construit l'honnêteté, la passion des arts et des sciences, ou qui ont donné aux hommes l'envie du savoir et la puissance créatrice. Le développement du capitalisme fut le fruit d'hommes passionnés. On pourrait sortir les célèbres créateurs américains de Ford à Edison pour montrer que la passion première de ces hommes n'était pas en réalité la passion de l'argent. La première volonté d'Henry Ford était par exemple d'alléger la charge du travail des agriculteurs qu'il connaissait bien, lui qui venait d'un milieu agraire. Si la Ford-T était d'ailleurs une voiture capable d'être utilisée par les gens de la campagne ce n'était pas un hasard. Loin de la seule motivation pécuniaire Ford avait le souci de la société qui l'entourait et des passions qui le guidaient. On peut en dire autant de la plupart des grands créateurs d'entreprise ou d'innovation majeurs. Le succès du capitalisme fut donc surtout le succès des hommes qui le portait, hommes produits d'une éducation particulière et de passions. Ce ne sont pas des gens avec des mentalités de banquier qui innovent ou qui créent, ce sont les passionnées.



Le problème c'est que le capitalisme actuel est porté justement par des individus de pensée marchande qui ne sont justement passionnés que par l'argent. Loin de sa passion des débuts, le capitalisme n'est plus que l'ombre de lui même. Les générations de rentiers qui ont hérité des héros du passé ont sclérosé le capitalisme. Cette sclérose n'est pas le fait du capitalisme lui-même, même si sa nature avare en matière de richesse accélère considérablement le processus. Toutes les organisations humaines sont touchées par le même mal, celui de la dégénérescence consubstantielle à l'héritage sociologique. Les héritiers des bâtisseurs de jadis ne souhaitant plus que jouir de leur rente le système met à sa tête des gens sans talent et sans passion. On retrouve la même dégénérescence dans le système politique français, combien de députés sont enfants de ministre ou de députés ? Combien y a-t-il d'enfants d'ouvriers ou de classes sociales inférieures chez les ministres ? Et surtout combien y a-t-il d'hommes passionnés par la politique et par l'intérêt du pays ? Bien peu malheureusement. Et c'est bien là le problème. Plus que l'inégalité économique c'est la nullité de ses élites qui condamne notre société.



Les artistes, les scientifiques, et les créateurs d'abord !

 

Notre décadence créative est donc surtout due au fait que les pouvoirs économiques, ceux qui permettent l'action collective des hommes, sont aux mains de gens peu à même d'en faire bon usage. Tout comme ceux qui dominent l'espace politique sont incapables de résoudre les problèmes de la nation. Problèmes qui en vérité les intéressent bien moins que leurs intérêts propres et carriéristes. Pour redresser la barre, nous devons donc remettre à la tête de nos entreprises et de la finance ceux qui ne sont pas passionnés par l'argent ou par l'intérêt économique, mais ceux qui sont passionnés par la création par l'invention par l'originalité et l'intérêt général. Ce n'est pas de banquier dont nous avons besoin pour diriger nos entreprises, mais d'artistes, de scientifiques, d'ingénieurs et de créateurs. En mettant le marketing et la finance au cœur de la domination économique ce qui s'est traduit par le remplacement des polytechniciens et des normaliens par des gens de HEC ou de l'ENA, nous avons cassé la créativité collective et la passion du bien commun.Ils nous faut des gens passionnés par l'art de créer et non par l'art d'accumuler. Ce n'est qu'à cette condition que la mécanique positive du capitalisme pourra reprendre, celui de la création et de l'innovation.



Réinventer le financement de projet



Vous allez me dire : « Tout cela, c'est très bien. Mais comment peut-on faire concrètement ? » Quelles décisions un état peut-il prendre pour redresser la situation ? Au-delà de la question du contrôle des capitaux nécessaires au redressement productif national, il est important d'imaginer des systèmes de financement alternatifs pour les créateurs d'entreprises. Pour ce qui est de la création d'entreprises, on peut penser à des prêts à taux nul ou même négatif pour les entreprises. Cependant, nous tombons là dans un problème essentiel, même si l'état décide de faire ce type de prêt il y aura toujours le problème du choix. Des fonctionnaires ne sont pas forcément mieux placés que les banquiers pour financer des projets. Pour des activités relativement normales du type petite entreprise de BTP ou de commerce, ce n'est pas un problème. Pour des activités plus pointues, ce n'est pas l'idéal. L'idéal serait que des passionnées de l'art puissent décider collectivement de l'investissement à fournir. En clair, le choix d'un financement d'une entreprise particulière devrait pouvoir se déclencher grâce à un choix collectif fait par ceux qui sont le plus à même de juger de la qualité intrinsèque du projet. Par exemple si un scientifique veux créer une entreprise dans un domaine de génie génétique il faudrait que l'octroi du prêt soit décidé par des gens neutres, mais de culture scientifique suffisante pour générer le prêt. On pourrait donc imaginer que des prêts publics à taux nul ou négatif soient octroyés dans tous les domaines, mais chapeauter par des décideurs non intéressés et neutres, mais ayant des capacités techniques leur permettant de faire une mesure de la potentialité de la future activité de l'entreprise. L'idée étant d'exclure autant que possible le choix sur des critères purement économiques, pour se concentrer sur l'intérêt proprement scientifique, technique, artistique et collectif. Pour ce qui est de la gestion des grandes entreprises, l'inclusion de processus démocratique me semble à l'heure actuelle la meilleure façon d'éliminer l'influence de la finance et de l'actionnariat. Associer les salariés au processus décisionnel de l'entreprise est non seulement nécessaire, mais vital. On pourrait aussi responsabiliser les actionnaires en diminuant fortement la liquidité des titres. On obligerait un titulaire de titre d'action à garder celle-ci au moins 5ans avant de la revendre. Responsabiliser les actionnaires c'est aussi améliorer la prise de décision à long terme.

 

Mais d'autres solutions moins concentrées sur l'état, plus rapides, et moins administratives peuvent également se faire. Je vais prendre un exemple qui nous vient d'une industrie particulière, celle du jeu vidéo et de l'informatique. En effet, le jeu vidéo est une industrie qui entre en crise à l'heure actuelle. On assiste à une désaffection croissante d'une partie des anciens joueurs face à ce que l'on peut considérer comme une baisse notable de la qualité globale des titres produits. L'industrie du jeu vidéo si elle est une industrie relativement récente, a connu très rapidement toutes les étapes qui font passer de l'artisanat à la superproduction. Elle est passée à la maturité en une vingtaine d'années tout au plus. Dans les années 80-90 une poignée d'individus suffisait à faire un jeu à succès, le faible nombre d'individus permettait à la créativité d'être grande et la prise de risque maximum. Les dirigeants des entreprises du jeu vidéo à l'époque étaient essentiellement les créateurs eux même. L'exemple typique fut le français Éric Chahi qui créa seul l'un des jeux les plus culte de l'histoire, Another World. Cependant petit à petit comme dans le cinéma, les investisseurs, les financiers et les actionnaires ont vu que le jeu vidéo pourrait être rapidement une industrie hautement lucrative. Et comme dans la musique, le foot ou le cinéma les créateurs ont perdu la main et se sont fait dominer par des gens qui ne s'intéressent aux jeux vidéo que pour gagner de l'argent. On assiste depuis à la création de jeux de moins en moins innovants, de moins en moins intelligents, et de plus en plus violents, stupides et simplistes. Les marketeux fonctionnant avec leurs lunettes sociales particulières ils pensent que des jeux cons sont plus susceptibles de se vendre que des jeux intelligents puisqu'ils pensent que la majorité des gens sont stupides.

 

Face à cette décadence, certains créateurs ont décidé de réagir et ils ont eu une idée que je crois simplement géniale. C'est le projet Kickstarter. L'idée est de faire financer les projets directement par les personnes qui sont intéressées en payant d'avance. Les personnes présentent leur projet sur le site, puis les gens font des donations par palier et avec un certain niveau par exemple vous donnez 15 euros pour acheter le programme d'avance dans le cas d'un projet de programmation. Les projets peuvent être informatiques, vidéoludiques ou autres. Et tout un chacun peut financer le projet et en bénéficier par la suite si le projet aboutit. Le principe contourne directement les banques, l'état ou le système financier. C'est un peu le principe du lien direct du producteur vers le consommateur, mais inversé. On pourrait dire que c'est une production directe du créateur vers les passionnés. De gros projets sont déjà financés grâce à ce système totalement novateur et qui mériterait d'être imité en France. Ainsi le créateur de jeux vidéo Brian Fargo a-t-il réussi à financer son projet de jeu à hauteur de 3 millions de dollars sans emprunt et en tout indépendance financière. Un jeu qu'aucun financier ne voulait créer sans le façonner à la mode pour « optimiser » les ventes selon les règles du marketing (simplification, vulgarité, sexe abondant, etc.). On pourrait imaginer un tel système en France soutenu par l'état pour attirer le chaland. Bien sûr tous les projets ne réussiront pas, mais le mécanisme permettra sûrement de financer des projets originaux et audacieux, bien plus audacieux que ceux du système actuel. Il s'agit peut-être de la naissance du véritable capitalisme 2.0, car ce type d'initiative n'aurait pas pu émerger sans internet .

 

Quoi qu'il en soit, il faut mettre fin à l'idée que la bourse, l'actionnariat et le système financier actuel sont le nec plus ultra du financement d'entreprises. Au contraire, dans les conditions actuelles ils réduisent à néant la créativité en mettant au centre du choix de financement l'intéressement économique à court terme. Ils produisent du laid parce que ce serait trop cher de faire du beau. Ils prônent la stagnation et le conservatisme, car il serait trop risqué pour les investissements de créer de nouvelles activités et potentiellement de nouveaux marchés. Enfin, n'oublions pas qu'aujourd'hui la finance se nourrit bien plus des entreprises qu'elle ne les finance. La finance a perdu son rôle d'investissement pour devenir un énorme parasite qui se nourrit de l'activité productive. Tuons là avant qu'elle ne nous tue.

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 17:01

1227221702_small.jpgEt voilà, ils palabrent les néolibéraux espagnols. Ils viennent de sauver leur pays grâce à la "rigueur" et à l'amélioration de la "compétitivité". Certes, on augmente les impôts, et on fait baisser le niveau de vie local, mais c'est pour le bien du peuple, pour améliorer ses performances à l'exportation et pour retrouver la croissance à long terme. On connaît le discours en France et plus généralement en occident, on justifie toujours les sacrifices du présent pour soi-disant sauver l'avenir, les petits enfants ou les ours polaires du 29e siècle. Le fait est que l'on pourrait copier/coller les discours des mêmes politiques en France aux USA ou en GB dans les années 70-80 et trouver exactement les mêmes justifications néolibérales. En France déjà le rouleau compresseur médiatique prépare la population à une énième politique d'austérité pour sauver la croissance. Et déjà l'on salue le "courage" des élites espagnoles comme on donnait en exemple hier le courage des élites britanniques puis le courage des élites grecques. Et cela sans que jamais l'on ne regarde les résultats désastreux de ces entreprises d'autoflagellation massives et autodestructrices. Le bilan est pourtant calamiteux y compris d'ailleurs sur le plan de la fameuse compétitivité. 

 

Les libéraux ne comprennent rien au fonctionnement de l'économie réelle!

 

Ils ignorent parfaitement les interactions et raisonnent en cryptocartésien, segmentant chaque secteur de la société et de la vie économique en autant de petites robinsonnades sans voir la structure générale d'ensemble. Comme je l'avais dit dans un de mes premiers textes sur ce blog, le libéralisme est un enfant bâtard du cartésianisme le plus simpliste. Il a une pensée segmentée, fragmentée, incapable de voir les interactions énormes entre les différents compartiments de la société. Le libéral peut à la fois prôner l'austérité partout sur terre et penser que la croissance continuera grâce aux exportations. Il ne semble pas se poser la question de savoir où seront exportés les surplus si tout le monde contracte sa demande. Nous vivons pourtant dans un monde économique en contraction et pas seulement en Europe. Même les pays asiatiques flanchent, et pour cause leur croissance provient des exportations vers l'occident ou le Japon, qui sont aujourd'hui sinistrés. Dès lors, faire croire à ces pauvres pays en perdition d'Europe qu'ils s'en sortiront grâce à l'amélioration de leur « compétitivité » c'est-à-dire grâce à l'amélioration des exportations est une escroquerie. D'une part parce que même en supprimant les charges, l'état et les méchants fonctionnaires, les pays d’Europe resteraient infiniment plus coûteux que ceux d'Asie ou d'ailleurs. Mais même une forte baisse des salaires n'y parviendrait pas. On est dans des rapports de 1 à 20 ou 30.

 

Le rééquilibrage des balances commerciales ne se fera pas alors par l'amélioration des exportations, mais bien par l'effondrement de la demande intérieure et par l'explosion du chômage comme aux USA ou en GB. Ensuite même si les pays européens devenaient compétitifs face aux Asiatiques d'où viendrait donc la demande puisque ces mêmes pays asiatiques comptent eux aussi sur leurs exportations vers l'occident pour boucler leurs fins de mois ? C'est le cercle d'Ouroboros littéralement. Et cela nos petits économistes libéraux ne peuvent le voir. Puisqu'il faudrait pour cela qu'ils laissent tomber leurs pseudo-modèle microéconomiques farfelus pour s'intéresser à la globalité des choses et des interactions internationales. En suivant leurs raisonnements de toute façon, on se demande comment l'Europe ou les USA ont pu se développer sans marché extérieur au 19e siècle. C'est au-delà de la compréhension libérale qui croit que le commerce international est le moteur des économies nationales alors qu'il est en fait une conséquence du développement des états nations. La politique du gouvernement espagnole va donc se terminer exactement la même manière que la politique grecque, portugaise, italienne ou britannique par une accélération de la crise. Et cela alors que le taux de chômage en Espagne est déjà très élevé. La France doit s'attendre à une explosion de réfugiés espagnols pour les deux ou trois ans qui viennent. Le temps que les mêmes politiques poussent les Français à quitter eux aussi leur propre pays pour des contrées moins folles. ( S'il en existe, elles ne sont pas situées en Europe de l'Ouest) .

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On n’améliore pas la productivité en réduisant les débouchés !

 

L'autre billevesée de ces raisonnements crétins de contrition généralisée c'est l'idée que ces contractions amélioreraient la productivité . Quelle ânerie ! Où a-t-on vu qu'une baisse de la consommation et donc des investissements des entreprises améliorerait la productivité du travail ? Car, ne nous y trompons pas, on n’a jamais vu une entreprise augmenter ses investissements avec une baisse de ses commandes. À moins qu'elle ne soit gérée par un farfelu. Au contraire, la baisse de la demande accélérera les délocalisations en convainquant les derniers industriels produisant en Europe que le continent est condamné et que l'avenir est ailleurs. Loin d’accroître les investissements et l'amélioration de la productivité, ces politiques d'austérité dégradent encore plus la situation de l'investissement et réduisent encore les gains de productivité. Car il est irrationnel pour un acteur d’accroître ses investissements dans un marché qui lui semble en déclin. Les politiques déflationnistes conduisent en réalité toujours vers les situations qu'elles prétendent combattre. Elles accroissent les déficits, démolissent les investissements et réduisent le niveau de vie des populations en produisant un cercle infernal de dépression qui s'aggrave indéfiniment.

 

 

Comme le disait Keynes la seule chose qui empêche ces politiques de mener à des taux de chômage de 100% ce sont les diverses « rigidités » que nos dirigeants libéraux s'empressent par tous les moyens de supprimer. Ce sont ces rigidités qui maintiennent encore un semblant de vie économique. On imagine déjà la tête du marché automobile le jour où l'on supprimera le SMIC et le statut du fonctionnaire en France. Le parc automobile vieillissant va encore vieillir, car le niveau de vie déclinant des Français et des Européens ne leur permet plus d'acheter des voitures neuves. Ainsi en 1990 les voitures en France avaient en moyenne 6 ans d'âge, elles ont aujourd'hui en moyenne 8 ans. Plus intéressant serait de voir l'âge moyen des acheteurs, car nous savons que la crise a surtout concentré ses effets sur les nouvelles générations. Même si les écologistes souhaiteraient que ce fussent pour sauver la planète que les jeunes cessent d'user de l'automobile, les raisons en sont plus bassement matérialistes. Ils n'ont pas les revenus suffisant pour se loger ou pour acheter des véhicules. Et l'instabilité de l'emploi résultant des politiques néolibérales aggrave encore les choses en rendant impossibles les emprunts de consommation à moyen terme. On peut parier que sans les derniers stabilisateurs keynésiens de l'économie française on assisterait à un effondrement bien plus spectaculaire. Quoi qu'il en soit la situation espagnole ne risque pas de s'améliorer avec les dernières politiques menées. Le gouvernement espagnol pense-t-il vraiment sauver son pays en condamnant ainsi sa jeunesse ? J'attends avec impatience dans un an un discours du même acabit que celui du premier ministre portugais qui n'a d'autre conseil à donner à sa jeunesse que de quitter le pays. Et ces gens se disent responsables et sérieux ?

 

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Imaginez le taux de chômage lorsque la rigueur aura été instaurée en Espagne !

 

Comment les Espagnols pourraient-ils se sauver?  Et nous avec ?

 

En premier lieu plutôt que de quitter leur pays pour rejoindre des nations qui font exactement les mêmes politiques stupides je pense que les Espagnols devraient plutôt conseiller à leurs élites et aux euro-libéraux de quitter le pays ou de les pendre directement. Oui, il faut cesser l'euphémisme face à la violence délirante des oligarques, ils ne comprennent que la force. Si les peuples n'agissent pas, les européistes libéraux iront jusqu'au génocide par chômage et misère interposé. Ils l'ont déjà fait en Amérique du sud et en Russie. Une fois des gens plus sérieux au pouvoir que pourrait-on faire ? La voie pour l’Espagne est étroite, mais pas impraticable. Et pour peu que les nouvelles élites éventuellement bien intentionnées veuillent agir correctement les solutions sont en fait très simples, même si la guérison des effets du néolibéralisme sera longue. En premier lieu, il faut sortir de l'euro pour rendre au pays sa capacité en matière de politique monétaire et d'investissement.

 

Mais la sortie de l'euro n'est qu'une condition pour pratiquer des politiques de réindustrialisation et de relocalisation seule à même de permettre de nouvelles politiques de hausse de la demande intérieure et de plein emploi. Car le plein emploi n'est pas du tout une utopie ou un fantasme qui nous serait inaccessible à l'âge de la robotique. Il y a beaucoup de fantasmes d'ailleurs sur ces questions. Le but des relocalisations et de la réindustrialisation n'est pas, et n'a jamais été de réemployer tout le monde dans l'industrie. Le niveau de productivité ne le permettant pas où alors il faudrait augmenter la consommation dans des proportions délirantes. Le but est de permettre une politique de plein emploi y compris grâce au service. Comment ? Pour faire une politique de plein emploi, il faut d'abord jeter à la poubelle l'idée d'autorégulation des marchés qui est totalement fausse. En vérité il n'y a aucune raison pour que l'offre et la demande s'ajuste naturellement, par les forces du Saint-Esprit de sorte que tous les salariés soient employés. Le marché est la résultante de multiples décisions indépendantes et donc potentiellement contradictoires sans aucune sorte de correction collective puisque sans mécanisme coïncidant naturellement avec l'intérêt général.

 

Le marché n'est pas un système autorégulé. Plus exactement le véritable régulateur a toujours été extérieur au marché, c'est l'état, la loi, les mœurs, la culture, les croyances et tout ce qui fait le cadre au-dessus de la pure logique économique. Il ne faut pas oublier non plus que le moteur même de l'économie le désir, l'inventivité, la passion sont autant de choses qui échappent à la question économique et qui forment pourtant un substrat sur lequel s’appuie sans le savoir le marché pour fonctionner. Si la logique libérale de l'intérêt individuel était le seul mécanisme, on voit mal pourquoi les gens respecteraient les lois ou la propriété individuelle. En effet si rien ne vous en empêche, l’inhibition et la morale notamment, il est plus simple de voler que de travailler durement. Il est plus simple de copier que d'inventer, plus facile d'écraser son concurrent en le tuant, ou en le corrompant, que de le battre à la loyale en usant de l'inventivité et de la créativité. Le marché n'est donc rien sans un bon substrat culturel, sans état et plus généralement sans un cadre de régulation.

 

La régulation est donc une nécessité ontologique au marché et à son fonctionnement. La régulation n'est pas son opposé, mais son complément nécessaire comme les lois, le droit, l'instruction, etc.. Pour obtenir le plein emploi, il faut faire en sorte de favoriser la hausse des salaires, la stabilité de l'emploi au contraire des politiques dites de flexibilité. Il faut un salaire minimum. Il faut augmenter la demande nationale jusqu'à obtenir un taux de chômage très faible et de courte durée. Ces politiques n'augmenteraient aucunement la dette publique puisque ce qui serait investi dans l'économie serait de toute manière récupéré par l'impôt. L’économie fonctionnant de nouveau en circuit fermé et non en circuit ouvert comme à l'heure actuelle. Dans le cas de l'Espagne, un fort investissement dans la recherche scientifique ne serait pas non plus un luxe. Mais au préalable de ces politiques de dépense, il faudra bien évidemment mettre en place des politiques protectionnistes visant à favoriser l'investissement local au détriment des importations. Sans parler de la nécessité de fermer ou de réguler très étroitement l'entrée et la sortie des capitaux comme dans la plupart des pays asiatiques. Et cela de façon à garder un équilibre de la balance des paiements malgré l'inflation. On peut remarquer d'ailleurs que le fait d'user d'une monnaie européenne a perverti les élites en les déresponsabilisant. Pourquoi se soucier de ses équilibres extérieurs si on est dans l'euro et que la monnaie ne risque pas de s'effondrer ?

 

Cette politique sera douloureuse pour une partie des Espagnols, car elle entraînera inéluctablement une hausse des prix. Cependant, l’expérience montre que  les gains de productivité s'accélèrent très rapidement lorsqu'il y a protectionnisme et une forte dévaluation. La hausse des prix ne sera que momentanée le temps de la réindustrialisation qui sera plus rapide qu'on ne le croit. De plus à mon sens le chômage de masse est socialement et économiquement bien plus dangereux que l'inflation. Même si elle atteint 10% . Il faut bien comprendre que les politiques protectionnistes, et les politiques de dévaluation n'ont que pour but de rendre possible des politiques de relance intérieure. Il faut cesser d'avoir des ambitions mondiales, et faire en sorte que le tissu économique fasse ce pour quoi il existe, c'est-à-dire répondre aux besoins locaux de la population. On se contrefiche de savoir que Renault vend des voitures au Brésil qui sont fabriquées au Maroc. Les écologistes disent qu'il faut « penser global et agir local ». Je crois qu'en matière de politique économique il faut « penser local et agir local aussi ». En réduisant l'interdépendance des peuples, nous résoudrons naturellement les problèmes de l'humanité que ce soit sur le plan du chômage ou sur le plan du développement économique. L'Espagne a en plus un formidable atout à jouer dans les énergies nouvelles grâce à son ensoleillement. Elle pourrait devenir un poumon énergétique pour l'Europe grâce à l'évolution rapide de la production d'énergie solaire. Encore faut-il que son état cesse de se torturer et son peuple avec.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 23:53

 

EURSS.pngLes médias qui ont largement soutenu François Hollande pendant la campagne continuent sur leur lancée en défendant inlassablement les politiques qu'ils pratiquent même si elles sont contradictoires avec les idées mêmes des médiacrates. Voici donc nos médias trouvant superbe une idée qu'ils rejetteraient immédiatement si elle était défendue à l'échelle française. Mais il est vrai que c'est le propre des religions que de ne pas voir les contradictions qui sont inscrites dans leurs propres raisonnements. Il suffit de sortir le mot magique Europe et alors tout devient merveilleux. Je crois que jamais le continent européen n'avait été à ce point religieux ce qui peut paraître paradoxal puisque bon nombre d'intellectuels s'inquiètent de l'effondrement des croyances collectives, politiques ou religieuses. La foi européenne dogmatique et folle est pourtant bien installée. On accepte tout en son nom, même l'abolition de la démocratie. Démocratie que l'on dit pourtant défendre grâce à l'UE. Ainsi nos médias et amis européistes se battent pour recevoir la pauvre Daw Aung San Suu Kyi, l'icône de nos pseudodémocrates pendant que l'on conduit le continent vers le totalitarisme bureaucratique.

 

On croit rêver. L'Europe aime la démocratie quand elle ne s'impose pas à elle, sinon c'est du populisme. En attendant, les difficultés s'amoncellent et le pauvre président français se comporte exactement comme je l'avais prévu lors de l'élection et même avant. Son fond intellectuel libéral et pro-européiste lui fait prendre le pire chemin imaginable pour le continent européen à court terme. En même temps, son dogmatisme, et son incapacité à comprendre l'évolution réelle des choses, font de lui le candidat idéal pour provoquer la dernière grande crise, celle qui poussera l'Allemagne a mettre fin à l'expérience digne de du monstre de Marie Shelley, la construction européenne. Car je le rappellerai ici, pour moi il n'y a aucune chance pour que l'Europe soit victime des élections. Le système est bien trop installé et violent pour pouvoir être brisé par une élection dans un état membre. Ce sont les intérêts contraires et les égoïsmes nationaux provoqués par les quelques restes de patriotisme en Europe qui permettront la mise à mort de ce golem monstrueux qu'est l'UE. Il faut rappeler d'ailleurs que les peuples d'Europe sont soumis à une propagande phénoménale visant à présenter toujours l'UE ou l'euro comme la seule voie possible. Dès les petites classes l'Europe c'est formidable et le nationalisme c'est la guerre. Comme à la grande époque de l'URSS nul ne peut imaginer l'écroulement de la superstructure postnationale et pourtant elle s'est effondrée. Il en ira de même pour l'UE, mais les chemins seront probablement différents de ceux de l'URSS.

 

L'apparente victoire de notre président sur la question du plan de relance est typiquement un mécanisme qui va nourrir la crise plutôt que l'arrêter. Car l'important ce n'est pas que Merkel, une dame aussi peu brillante que notre actuel président, ait cédé sur cette question. L'important c'est l'opinion allemande. Les Allemands jouent aujourd'hui le même rôle que la France dans les années 30, un pays dont Keynes disait qu'il était peuplé de petits paysans assis sur leurs tas d'or. Ils accumulent les excédants et sont obsédés par le maintien de la valeur de leur monnaie. Ils pratiquent ainsi des politiques déflationnistes aggravant la crise du continent. Ils sont également pétris d'un certain sentiment de supériorité qui les fera prendre toute politique de solidarité, ici avec les plans de relance, comme une spoliation de la richesse allemande. Je ne discute bien évidemment pas ici du bien-fondé de ce type de réaction, je constate juste que toute orientation allant vers plus de solidarité en Europe conduira à ce phénomène. De sorte que la victoire de Hollande ne fera que précipiter les Allemands vers un plus grand rejet de l'Europe, et ce alors même que le patronat de ce même pays a lui bien conscience de l’origine de la croissance allemande. À savoir qu'elle est elle même le fruit d'une politique de spoliation de la richesse de ses voisins par excédent commercial interposé. Mais nous savons bien que ce n'est guère leurs intérêts réels qui guident les hommes et les peuples, mais leurs croyances dans ce qu'ils pensent être leurs intérêts. La nuance est de taille. De fait, ce n'est pas par intérêt réel que les Allemands mettront fin à l'UE, mais par intérêt imaginaire produit de l'idéologie qui domine, l'idéologie libérale.

 

Les Allemands tout comme les Français sont idéologiquement libéraux. Ils pensent tout comme les Français que l'état doit dépenser moins et que la dépense publiques, ou la hausse des salaires sont les ennemis de la croissance. On n’effacera pas quarante ans de propagande libérale rapidement, la crise n'a d'ailleurs pas conduit à une destruction de l'idéologie libérale dans la tête de nos concitoyens, mais à la réaffirmation des principes libéraux. La plupart des Français sont ainsi contre toute hausse des dépenses publiques. Il en va de même en Allemagne et plus rares encore sont les citoyens qui remettent en cause la dette publique et son mécanisme absurde d’auto-engendrement par intérêt composé. Ainsi les pays latins sont-ils des laxistes qui méritent leur châtiment. Le fait que ces pays tout comme l'Irlande aient été les meilleurs élèves du néolibéralisme n'entame pas la foi de charbonnier de nos citoyens dans la Sainte Trinité des dépenses publiques minimales, du marché libre et de la modération salariale. Le plus drôle est que c'est cette croyance néolibérale qui est à la fois à l'origine de l'UE et qui va maintenant la tuer. Car si c'est au nom de l'efficacité des marchés et de la marginalisation de l'intervention étatique que l'Europe réelle a été fabriquée, c'est aussi au nom de la Sainte Trinité libérale que les Allemands voudront la peau de l'UE. Le pauvre Hollande pourra toujours psalmodier son discours profédéral au nom de la solidarité européenne, il y aura en face de lui le rouleau compresseur de l'idéologie libérale allemande et française. En ce cas, je dirai « vive le libéralisme » s'il peut nous débarrasser de la mécanique européenne. Tout comme le rouleau européen nous a imposé le libéralisme.

 

 

Un plan de relance Européen uniforme ne pourra jamais marcher

 

Mais vous me direz: « la relance çà peut marcher à l'échelle de l'Europe, c'est même Todd qui l'a dit ». Il se trouve qu'un plan de relance européen c'était l'idée subversive de Todd dans « Après l'Empire », mais à cette époque le continent n'avait pas les déficits commerciaux actuels. La Chine se suffisait alors de la carcasse américaine. Il faut bien voir que dans la tête de nos dirigeants cette relance ne pourra être qu'égalitaire. Le syndrome universaliste français interdisant la proposition d'un plan adapté aux économies locales et à leurs grands déséquilibres. De fait nous aurons un plan qui touchera tous les pays en particulier les plus sinistrés comme la Grèce ou l'Espagne. Le problème c'est que ces relances ne transformeront pas ces économies en pays productif. Et ce pour les mêmes raisons que les plans de relance aux USA n'ont jamais réparé le tissu industriel du pays. François Hollande avec son plan stupide me fait penser à un type qui essaierait de planter un clou avec une perceuse, la perceuse c'est un très bon outil, mais pas pour planter les clous. Il en va de même pour les plans de relance. Ils sont adaptés pour résoudre des problèmes de demande insuffisante lorsque l'appareil productif est fortement ralenti. Mais dans les pays latins comme en France d'ailleurs il n'y a plus de tissu industriel. Les problèmes de ces pays sont les déficits commerciaux dus aux importations. Un plan de relance seul ne fera qu'aggraver la situation.

 

Heureusement pour nous le plan de Hollande est totalement sous-dimensionné. C'est d'ailleurs la preuve que sa solution il n'y croit pas. Il suffit de voir les décisions prises sur l'emploi dans la fonction publique en France. Si Hollande pensait faire une relance réelle de la demande: pourquoi donc contracter l'emploi dans la fonction publique ? Sans parler de la ridicule hausse du SMIC. Hollande devait faire mumuse devant les caméras pour faire croire à son électorat qu'il faisait quelque chose. Je rappelle au passage que la hausse des salaires c'est encore mieux que les plans de relances surtout dans des pays aussi saturés que les nôtres d'infrastructures en tout genre. Pour stimuler réellement la demande, la hausse des salaires et celle du pouvoir d'achat sont les seuls mécanismes réellement probant. Mais évidement on se heurte ici directement à la question du libre-échange et de la mondialisation. Ce choix là Hollande l'a fait depuis bien longtemps. Il l'a même affirmé devant les caméras de télévision « les salariés français il s'en fiche ». Il ne peut pas y avoir de croissance tant que l'on considère le libre-échange comme une nécessité ontologique. On peut l'affirmer aujourd'hui pour les pays les plus avancés. Le libre-échange et la croissance sont exclusifs l'un de l'autre. Et ce n'est pas le ralentissement rapide de la croissance des BRICS qui va arranger les choses de ce point de vue.

 

 

Relancer la croissance

 

Pour fonctionner à minima un plan de relance européen devrait prendre en compte les grands déséquilibres qu'ils soient intraEuropéens ou extraEuropéens. Disons-le tout net. La première chose qui devrait être entreprise avant la relance serait une dévaluation massive couplée à une mise en place d'un protectionnisme européen. Deux choses qui sont impensables pour nos élites qui considèrent cela comme des ignominies. On le voit, un plan de relance réel et effectif à l'échelle de l'Europe aura bien du mal à commencer avec ces deux conditions indispensables à son fonctionnement. Sans une dévaluation et une forme de protectionnisme, la relance européenne fera exactement comme la relance US, une petite étincelle en Europe et une relance de la croissance en Asie où toute la demande sera absorbée à travers les excédents commerciaux qu'ils ont vis-à-vis de nous. Il suffit de regarder les courbes de croissance en Asie pour s'apercevoir que les plans de relance américains ont surtout fait croître leurs déficits commerciaux et la croissance chinoise. Il en ira de même en Europe.

 

Mais même ces précautions prises, nous aurons toujours le problème des déséquilibres internes à la zone euro. Un plan de relance appliquée à la Grèce accroitra les importations de ce pays plus que la production locale, car l'Allemagne et les pays de l'Est seront exclus des mesures de protection et de dévaluation. La seule solution en restant dans la zone euro serait alors une régulation du commerce interne de la zone euro. En permettant aux pays déficitaires de se protéger. Ou alors en faisant en sorte que la relance soit plus forte dans les pays excédentaires. Il faudrait donc un plan asymétrique et inégalitaire par essence. Paradoxalement, il faudrait que l'Allemagne fasse un plan de relance et augmente ses salaires. En espérant que cette relance tire les importations et rééquilibre les pays dont la balance est déficitaire avec elle. Nous entraînerions alors par ricochet les pays déficitaires. Cependant, je vois mal le président français, tout socialiste et égalitariste qu'il est, proposer un plan de relance et d'augmentation des salaires en Allemagne. Cela serait « injuste » pour les pays qui souffrent. Mais comme on dit, l'enfer est pavé de bonnes intentions. L'Europe est une idée qui pouvait séduire les générations qui ont vécu la guerre, mais le fait est qu'elle est la plus grande horreur que le continent a connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle nous ramène la misère, les crises et peut-être demain la guerre. Tout comme le communisme elle voulait changer les peuples, changer le monde, elle l'a finalement défiguré. Il ne nous reste plus qu'à espérer que les Allemands soient suffisamment égoïstes pour mettre fin à notre agonie collective.

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 16:28

 

  Il est fascinant de voir les grands dirigeants de ce monde tenir des propos complètement contraires aux faits et aux chiffres du monde réel. C'est particulièrement vrai de la situation économique outre-Atlantique, mais aussi sur notre vieux continent tout décrépi. Le commerce mondial n'étant pas vraiment reparti à la hausse, et étant donné que les pays occidentaux n'ont toujours pas pris le chemin de la réindustrialisation, il serait tout à fait étonnant donc que la croissance mondiale reparte durablement et c'est bien ce que montre l'évolution macro-économique dans les pays dits émergents. Pays qui connaissent des ralentissements de plus en plus prononcés en attendant la panne finale faute de clients vers qui exporter leur fabuleuse surproduction industrielle. On peut cependant se poser la question de l'aveuglement actuelle des élites en Europe et aux USA. Cet aveuglement est probablement le résultat de divers phénomènes d'intérêts de classe à court terme, croyance collective ou encore naissance de groupes sociaux internationaux sont autant de pistes nous permettant d'expliquer partiellement la folie collective actuelle de l'occident. Quoi qu'il en soit il ne faut pas espérer des nations émergentes qu’elles sauvent l'économie mondiale. En effet sauf exception leur propre croissance se fait uniquement grâce au système de la mondialisation. Elles en seront donc parmi les premières victimes lorsque celui-ci s'effondrera.



Une guerre commerciale planétaire pour absorber l'unique demande US



La mondialisation commerciale et la déconstruction de l'organisation commerciale de la planète ont produit une course à la dépression salariale qui a été cachée jusqu'à présent par le comportement de quelques états capables de soutenir momentanément d'énormes déficits commerciaux. Ce système mis en place par les USA en 1945 est aujourd'hui à bout de souffle sans qu'aucun des participants n'en ait encore conscience. L'Amérique qui s'est mise au centre de l'économie mondiale après guerre en devenant le marché au centre de tout n'a plus les capacités pour tirer l'économie mondiale par sa demande intérieure. Cependant, aucune des autres  régions n'est intellectuellement mûre pour prendre le relais. Ne serait-ce qu'en faisant une politique contracyclique locale. Tout le monde cherche à avoir des excédents commerciaux en minimisant la demande locale pour tirer la croissance en ignorant parfaitement le fait que si tout le monde fait cela il n'y a plus de demande nulle part. L'entrée de la Chine et de l'Inde dans le concert de la mondialisation ayant définitivement déséquilibré le système économique planétaire en réduisant à néant les possibilités d'amélioration des conditions salariales. C'est ce que Jean Luc Gréau avait appelé dans son libre « L'avenir du capitalisme » la dépression salariale.



Dans ce grand merdier planétaire ne subsistent que quelques poches de bon sens. On pourra donner l'exemple de l'Argentine qui continue sur sa lancée protectionniste en déconnectant petit à petit son économie du reste de la planète. Elle vient par exemple de réaliser l'expropriation partielle de la compagnie pétrolière YPF qui appartenait à l'Espagnol Repsol. Cette histoire de nationalisation est la dernière en date d'une longue série comme l'indique ce texte de l'AFP. À cela s'ajoutent les mesures protectionnistes prises par l'Argentine et dont nous avions parlé il y a quelque temps. Les résultats sont là. Il faut savoir que la croissance de l'Argentine est aujourd'hui supérieure à celle d'un pays comme la Chine. Elle est en effet à plus de 9% en moyenne annuelle. Le protectionnisme va rendre le pays de moins en moins sensible à la conjoncture mondiale. Mais l'Argentine est exception même en Amérique du Sud. La preuve, le Brésil voisin, lui, a clairement dévissé en ce début d'année la croissance passant de 7% à moins de 2,7% cette année. En Chine si la croissance reste très forte suivant nos critères celle-ci ne cesse de se détériorer. Faut-il rappeler à quel point les Chinois ont une économie fragile et très déséquilibrée ? En tirant leur croissance par l'exportation, ils se sont mis dans une situation dangereuse. Avec un taux d'épargne délirant atteignant 50%, la Chine a trop de capital inemployable. Surinvestissement et bulle dans tous les secteurs sont le résultat de ces déséquilibres qui menace le système chinois d'une rupture extrêmement brutale.

croissance PIB Argentine

PIB brésil

Chine.png

Il en va de même pour toutes les nations qui tirent leur croissance des déséquilibres mondiaux. Les énergumènes qui pensent que les BRIC vont tirer la croissance mondiale n'ont décidément rien compris au fonctionnement réel de la mondialisation qu'ils prônent. Les USA sont le seul état keynésien de la planète, c'est-à-dire la seule nation qui s'évertue à faire des relances de la demande fréquente. Avec le libre-échange et la désindustrialisation massive, les USA se sont naturellement retrouvés avec un déficit commercial constant et croissant eu égard à leur rôle dans l'économie mondiale. Comme le disait très bien Todd dans après l'empire « Les USA ce sont un peu nos pyramides ». Elles ne servaient à rien en elles-mêmes. Mais elles justifiaient l'immense travail collectif qui lui permettait de donner des emplois à tous et de faire société. Les USA sont en faite, à l'heure actuelle, le seul état réel de la planète. Les autres n'étant que des subsidiaires qui se battent pour devenir le fournisseur industriel favori de l'Oncle Sam. En fait, les gros pays excédentaires sont les meilleurs larbins de l'empire. Ils fournissent du travaille, des marchandises, et divers produits réels gratuitement aux USA contre leur papier toilette vert qu'il ne tient qu'à eux d'émettre comme disait le général. Et tout ça pour que ces derniers continuent à leur acheter leur bazar. Sinon les pauvres ils seront en surproduction et ils feront faillite. La mondialisation c'est çà. Une aberration intellectuelle maintenue parce que nos dirigeants sont incapables de revenir aux bases d'une bonne économie qui n'a nul besoin d'échanges commerciaux superflus.

 

Tant que nos pays ne décideront pas de revenir à la raison c'est-à-dire de relocaliser la production et la demande, de relier production et consommation, il n'y aura pas de fin de crise. Surtout en Europe, car nous n'avons plus aucun avantage face aux géants à bas coût qui se lèvent en Asie. Les relances successives de l'Empire américain sont désormais totalement absorbées par l'Asie et pourtant elles sont insuffisantes pour maintenir longtemps la croissance. La dernière relance Obama commence déjà à s’essouffler. Il va falloir que la FED intervienne en permanence pour maintenir à flot une économie US qui ne produit rien de ce qu’elle consomme. Bien évidemment certains objecteront que le dollar finira bien par tomber, mais c'est à mon avis ne pas comprendre que le statut du dollar est une convention bien difficile à casser. Ce petit jeu pourrait bien durer encore trois ou quatre décennies. Mais si l'Asie peut se satisfaire de cette situation, l'Europe n'en a plus les moyens. Soit les peuples d'Europe réagissent et sortent de la mondialisation, soit ils finiront par ressembler à un nouveau tiers-monde. Il faut bien comprendre que la mondialisation est d'essence américaine, elle est le socle de la domination des USA. Seul le dollar permet à cette nation de dominer encore la planète malgré ses incapacités productives.



Les USA ont trouvé des producteurs moins chers et plus efficaces en Asie. Ils ont déjà jeté l'Europe à la poubelle, elle ne leur sert plus à rien. Les Asiatiques quant à eux sont déjà pris dans l'engrenage même si quelques mouvements peuvent faire croire que ces pays veulent se passer de la tutelle US. Certains voient ainsi dans les accords sino-japonais sur l'abandon du dollar comme monnaie d'échange entre les deux pays une volonté de rupture avec la domination des USA. C'est ne pas comprendre que cela ne sert à rien de ne plus utiliser le dollar comme monnaie d'échange si vous ne substituez pas dans le même temps la demande US par une demande locale. Ce n'est pourtant pas le chemin pris par la Chine et le Japon qui continuent à ne pas avoir de politique de relance de la demande intérieure. Ces pays continuent de faire du commerce extérieur l'alpha et l'oméga de leur croissance économique nourrissant ainsi la domination perverse de la puissance US.

relance-USA.png

Les USA n'ont de la croissance que si leur déficit commercial s'accroit, ce qui en dit long sur l'état réel de leur économie.

Les USA, l'empire protecteur des riches



On peut se poser la question de savoir pourquoi les peuples de nations aussi avancées que celles d'Europe ou d'Asie continuent ainsi à se faire piller pour maintenir l'empire américain. Après tout, il est probable qu'une politique économique plus centrée sur leur propre marché leur permettrait de croitre plus vite. La crise US de 2008 a détruit une grande quantité de capitaux provenant des riches d'Europe ou d'Asie. Quant au matelas de dollars des puissances excédentaires, il ne sert à rien puisque son usage ferait immédiatement s'effondrer le cours du dollar vaporisant d'un seul coup toute cette richesse fictive faite de promesses de remboursement sur la dette américaine.



La réponse à cette question est double. Il y a d'abord une filiation directe entre les élites des pays du monde entier et celle des USA. Marx rêvait d'une internationale socialiste, il va bien falloir se rendre à l'évidence que l'internationalisme pratique est surtout vrai chez les élites économiques. Et même si elles parlent mal le français il y a fort à parier aujourd'hui que les riches français ou britanniques se sentent plus proche des riches américains ou indiens que de leurs concitoyens socialement inférieurs. Il est possible que les nouveaux médias et les transports rapides aient réellement réussi à mettre en place une hyperclasse mondialisée qui se pense comme un corps collectivement soudé. Même si des tensions peuvent apparaître entre elles, elles restent ensemble pour défendre leurs intérêts généraux à l'échelle mondiale. Les USA sont ici le socle culturel légitimant et protégeant cette nouvelle classe mondiale qui fait peu de cas de l'effondrement de tel ou tel petit pays. Cette classe ayant une vision mondiale et se sentant partout chez elle, comme disent les soi-disant « citoyens du monde », peu importe pour elle le destin de leur pays d'origine. Une telle vision peut effectivement permettre d'expliquer en partie le comportement de certains dirigeants. On peut aussi imaginer que comme dans tous les groupes humains il y a des idées reçues, des « croyances » qui permettent au groupe de créer un langage commun permettant l'assemblage de personnes aux origines très différentes. Le libre-échange et la libre circulation des capitaux faisant partie du socle indiscutable de la« culture » de ces mondialistes.



On peut aussi voir ces choix contraires à la raison et aux intérêts nationaux comme le résultat de simples calculs d'intérêts de classe à court terme. La croissance par l’excédent commercial n'est possible que si l'inflation est relativement basse dans un pays. En effet, l'inflation nuit à la compétitivité externe d'une nation. En faisant miroiter, que la croissance ne peut s'obtenir que par l'excédent commercial, les riches utilisent un argument qui permet de neutraliser définitivement les revendications des salariés locaux. Bien évidemment comme tous les pays du monde ne peuvent avoir d'excédents en même temps il faut bien une nation pour absorber ces excédents planétaires, cette nation ce sont les USA. Les élites de l'Ancien Monde se servent dans cette hypothèse des USA pour maintenir de fortes inégalités sur leur propre territoire. Dans cette vision les USA sont un empire mondial par défaut, une nécessité pour maintenir la croissance sans inflation et sans hausse des salaires. Seulement le problème que Keynes avait si bien vu c'est que par nature la hausse des gains de productivité entraine un besoin toujours plus croissant en terme de demande. La contradiction du système actuel c'est que le modèle fondé sur la demande US n'est plus valable, mais qu'aucune oligarchie locale européenne ou asiatique n'est prête à renoncer à ses rentes pour relancer la croissance économique mondiale. En Europe on voit bien que les rentiers sont prêts à plonger le continent dans la misère pour ne pas fermer les frontières commerciales et pour relancer une croissance nécessairement plus égalitaire et inflationniste. Si le protectionnisme est si détesté, c'est bien parce qu'il est le seul outil réellement efficace pour réduire les inégalités. Et çà les riches l'ont bien compris.

 

Les officines néolibérales choisissent la dépression



Comme il n'y a plus de portes de sortie possibles dans le système mondial actuel. Qu'il est impossible de maintenir à la fois la croissance économique et la croissance des revenues de la rente financière, en tout cas en Europe. Les riches ont décidé qu'il n'y aurait plus de croissance sur le continent. Il ne faut donc guère s'étonner de voir fleurir des politiques visant à réduire toujours plus la demande en Europe. C'est le résultat de la collusion entre les croyances des imbéciles du néolibéralisme qui continuent de croire en leurs fadaises et les intérêts de la rente et de la finance européenne. Une finance qui juge à juste titre impossible l'adéquation entre croissance et intérêt financier en Europe. Les riches d'Europe ont compris que le continent n'avait plus d'avenir en régime de libre-échange à son niveau de vie moyen actuel de salaire. Les flux de dollars allant surtout alimenter la croissance asiatique. Le seul moyen de réenclencher la croissance serait de faire une forte dévaluation et du protectionnisme ce qui serait fortement contraire aux intérêts de la finance européenne. Ils vont donc plutôt aller vers la stratégie du pire exactement en faisant des purges ultraviolentes. À l'image de ce qui s'est passé en Amérique latine dans les années 80-90. Ces politiques pour riches ont déjà commencé et c'est en Grèce que c'est le plus spectaculaire. Cependant il ne faut pas oublier nos amis britanniques qui détruisent toujours plus leur propre société pour maintenir la finance anglaise en état. La totalité des pays européens sera touchée. Il faut s'attendre même en France à des réductions de salaire extrêmement importantes. On voit déjà poindre le retour de Bolkestein pour faire baisser les salaires des emplois non-délocalisables. Après l'élection du nouveau gounerneur de la France on devrait voir poindre des politiques de suppression du SMIC, en attendant la suppression de la sécurité sociale et des allocations chômage. Ces politiques aggraveront considérablement la crise économique, mais maintiendront l'euro à son niveau actuel et les intérêts de la finance seront sauvegardés. Du moins si quelques inconvénients politiques ne mettent pas fin aux calculs financiers comme cela fut le cas dans les années 30...

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 21:33

 

lamyDSK800 milliards de dollars c'est l'estimation du coût lié au retour du protectionnisme dans le monde selon monsieur Pascal Lamy le président de l'officine ultra-libérale de l'OMC, et passablement membre éminent du parti socialiste français. On ne sait pas comment Lamy calcule ses chiffres, mais le côté grossier des arguments employés atteint véritablement les limites d'un comportement relevant de la psychiatrie. La peur du protectionnisme est une hérésie puisque la crise nous y somme et que ce n'est vraisemblablement pas les mesures actuellement prises qui nous ont fait rentrer en récession. À moins que monsieur Lamy et ses collègues notablement incompétents ne pensent que le simple fait d'y penser produise des crises. D'ailleurs, c'est en Europe, la région la moins protégée de la planète, que la crise est la plus grave et de loin. L’Europe battant tous les records de stagnation et de déclin industriel. Osons le dire. L’Europe actuelle c'est l'Empire ottoman du 21e siècle, c'est l'homme malade de l'économie mondiale. Et pourtant l'Europe est elle protectionniste ? Met-elle des quotas ou des droits de douane à ses frontières ? Devant l'effondrement de leur ordre, les libéraux s'enferment dans des argumentations toujours plus pitoyables ressortant les mensonges historiques comme ceux du protectionnisme responsable de la crise des années 30.



Dans les années 30, c'est bien la crise de la demande mondiale qui a fait chuter les échanges. Le protectionnisme n'est arrivé que bien plus tard. Cette confusion provient essentiellement du fait que la science économique fut grandement influencée par les Américains. La puissance américaine étant déjà alors la première puissance économique du monde sa situation fut prise pour une situation générale. Il se trouve que dans les années 20-30 les USA étaient un état fortement protectionniste. Mais il était depuis la fin de la guerre civile en 1865  avec des droits de douane moyens de 50% ! Ce qui a comme par hasard correspondu à l'époque de leur expansion économique maximale. Ces droits de douane ne prendront fin qu'après la Seconde Guerre mondiale d'ailleurs. À la même époque, l'Europe était beaucoup moins protectionniste sans parler des colonies qui n'avaient tout simplement pas leur mot à dire sur leur commerce extérieur. Il se trouve donc qu'historiquement affirmer que la crise de 1929 ou son aggravation fut le résultat du protectionnisme est faux puisque la majorité de la planète était plutôt sur une pente d'abaissement des droits de douane (voir les multiples travaux de Paul Bairoch sur le sujet). À la rigueur on peut dire que le problème de l'époque était l’excédent commercial US à l'égard du reste du monde. Un excédent effectivement provoqué par le protectionnisme. Mais surtout par les extraordinaires gains de productivité provoqués par le progrès technique aux USA pendant les trente ans qui précédèrent la crise. Des gains de productivité dont l'origine était aussi le fruit d'un manque de main-d'œuvre constant. Le protectionnisme a probablement accéléré les gains de productivité parce qu'il rendait le travailleur rare et cher poussant les industriels locaux à l'innovation. À l'inverse d'un monde libre-échangiste en stagnation parce que le salarié à l'échelle mondiale est abondant et qu'il est moins coûteux de faire travailler des esclaves que d'inventer de nouveaux moyens de production. Quoi qu'il en soit le vrai problème n'était pas le protectionnisme US, mais l'absence de réaction du reste du monde et particulièrement de la vielle Europe. Une vielle Europe qui déjà à l'époque se laissait flotter sur le fleuve du grand libre-échange mondial sans se protéger. On connait la suite de l'histoire.



  Le retour du protectionnisme en Europe et dans le reste du monde fut donc surtout la conséquence de la crise. L'impossibilité pour les états de réguler leur économie et de relancer l'activité locale à cause du libre-échange les a contraints à refermer les frontières. Car hier comme aujourd'hui les nations dominantes ne souhaitaient pas jouer leur rôle en rééquilibrant les balances commerciales par des actions positives par exemple par la hausse des salaires ou par la baisse des barrières douanières. Des politiques qui pourtant en permettant de relancer la demande mondiale auraient aussi comme avantage de rééquilibrer les balances des paiements. Cependant force est de constater qu'à cette époque comme à la nôtre il s'avère impossible de coordonner des politiques macroéconomiques contracyclique à une telle échelle. À cela s'ajoutaient en plus les délires français de l'époque sur le maintien d'un étalon or déjà archaïque. Cette lubie française produisit des catastrophes macroéconomiques en France alors que notre pays avait été moins touché que les autres par la crise de 29. C'est d'ailleurs étrange comme on a l'impression que ce moment historique se répète actuellement avec l'euro dans le rôle de l'étalon or. Les mêmes dogmes conduisent à la même catastrophe et notre pays relativement épargné par la crise de 2007 a préféré s'enfoncer dans la récession et le déclin pour maintenir une monnaie surévaluée et un étalon monétaire sans avenir. La France est vraiment un pays d'idéologues suicidaires.



Protectionnisme, mercantilisme des mots incompris aux sources de nos maux.



  Cependant avant les mensonges historiques ,la première bataille à mener devant tant de mensonge et d’hypocrisie est bien celle des mots. Car si nous ne sortons pas de trente ans de protectionnisme nous ne sortons pas non plus d'une situation de libre-échange. En réalité comme l'a souvent souligné Frédérique Lordon nous ne vivons pas en régime de libre-échange, pour la bonne et simple raison qu'il est irréalisable. Nous vivons dans un système commercial mondial bâtard c'est-à-dire dans un mélange le laissez-faire et de mercantilisme.  Un monde dans lequel certaines nations sont sans protection et d'autres sont totalement protégés. Le fait est que le libre-échange n'est mesuré qu'à l'aune du taux de droit de douane à l'entrée des nations. Comme si la seule manière de protéger le commerce intérieur d'un pays était les droits de douane. Dans un monde où les taux de change sont flottants, on s'étonne pourtant qu'il ne soit jamais fait mention des taux de change pratiqués par les pays asiatiques. Le Japon a longtemps fait de sa monnaie une arme dans le commerce mondial. Il en va de même de ses héritiers de la Corée du Sud à la Chine qui ont des taux de change largement inférieurs à ce qu'ils devraient être. Officiellement pourtant il ne s'agit pas de protectionnisme. Pas plus que les multiples lois locales qui obligent à des transferts de technologie. On pourrait ajouter d'ailleurs que les déséquilibres des salaires à niveau de productivité égale sont aussi des formes de protectionnisme. Il n'y a aucune raison que la hausse de la productivité en Asie ne soit pas suivie par une hausse des salaires. On arrive là au nœud gordien de la crise actuelle. Les pays d'Asie préfèrent faire des excédents plutôt que d'augmenter les salaires locaux, c'est moins inflationniste et plus profitable aux couches aisées de la population.



Nous sommes donc dans un monde qui ne se regarde pas tel qu'il est. Un monde ou le protectionnisme est réel, mais caché au profit de politiques largement mercantilistes. Le libre-échange n'est une réalité que dans quelques zones comme l'Europe et encore les disparités salariales locales ne permettent pas là non plus de dire si nous sommes libre-échangistes ou protectionnistes. En fait, notre choix se résume à distinguer le degré et l'usage du protectionnisme que nous voulons. En supprimant tous les quotas et les droits de douane, nous avons remplacé le protectionnisme de régulation, bien organisé et démocratique par un protectionnisme de délitement salarial, de concurrence fiscale ou de guerre monétaire. Le protectionnisme est un outil, et non une politique en soi. Et comme tout outil il peut y avoir plusieurs utilisations suivant les intentions de celui qui le manipule. En l’occurrence, les souverainistes français et ceux qui parlent généralement de protectionnisme en France sont pour un usage régulationniste du protectionnisme. C'est essentiellement en vue de pouvoir réactiver l'emploi local et de relancer les salaires que l'on veut le protectionnisme en France. Il ne s'agit pas de faire notre prospérité sur le dos d'autres peuples. À l'inverse de l'Allemagne qui a déjà démontré que son protectionnisme à elle était un protectionnisme agressif et mercantiliste. Il vise l'accumulation d'excédents au détriment même des salariés allemands dont les salaires sont écrasés. L'idée de condamner tout protectionnisme revient donc à confondre l'outil et l'usage. Un peu comme si l'on interdisait l'automobile sous prétexte que certains roulent trop vite. Ou le gaz parce que certains se suicident avec.



Il faut mettre les nations mercantilistes devant les conséquences de leurs actes. La réaction peut se faire alors de deux manières. En premier on peut adopter les politiques à l'Européenne qui consistent à appauvrir la population pour réduire le déficit commercial. Cette politique finira certes par atteindre les pays excédentaires et par casser leurs outils de production en réduisant les commandes, mais elles provoquent chômage précarité et instabilité sociale. Il suffit de voir l'état actuel de la Grèce pour comprendre que ce genre de politique est une impasse. La deuxième solution est en réagissant aux assauts des nations mercantilistes par un protectionnisme de régulation celui-ci ne visant pas l'excédent commercial, ce qui ferait de nous des mercantilistes, mais l'équilibre de celle-ci. En effet, tous les pays du monde ne pouvant avoir d'excédent en même temps, la seule solution équilibrée à l'échelle de la planète est d'avoir une balance commerciale en équilibre pour chaque pays. Les pays qui cherchent l'excédent à tout prix sont les véritables coupables de la crise actuelle et il est dramatique de voir certains hommes politiques les donner en exemple. Un pays exemplaire doit avoir un modèle généralisable. Ce n'est pas le cas des politiques mercantilistes à moins de conduire la planète vers une dépression sans fin. Tous les pays du monde compressant leur demande pour avoir des excédents.

 

  La démondialisation qui va s'accélérer dans les années qui viennent n'est donc pas coupable de la crise. Pas plus qu'elle ne va l'aggraver. Les nations cherchent simplement à se protéger des grands champions de l'excédent mondial totalement irresponsables qui s'imaginent pouvoir accumuler toute la production de la planète sans que les autres ne réagissent. Ce protectionnisme va permettre des relances locales, relances qui provoqueront un retour à des croissances régulières. Ceci ne provoquera pas une perte de 800 milliards, chiffre ridicule au passage quand on le compare à ce qu'a couté la crise de la finance mondiale depuis 2007. Au contraire si le monde doit avoir encore un certain dynamisme économique ce sera bien grâce à ces régions qui auront su se protéger des délires de concentration industrielle planétaire auxquelles rêve ce pauvre Pascal Lamy. Dans ces petites poches de nations protectionnistes se préparent les grandes nations industrielles de demain, pendant que celles qui auront renoncé à leur industrie couleront pour se transformer en pays sous-développé. C'est bien parce que le protectionnisme est de retour sous sa forme régulationniste que le monde a encore un avenir. Il vaudrait donc bien mieux s'en réjouir. Bien évidemment si les états régulent eux-mêmes leur commerce extérieur, il est évident qu'un organisme comme l'OMC, bras armé des USA pour imposer le libre-échange dans l'intérêt des multinationales US, devient caduc. C'est peut-être simplement la perte de son job pour lui et ses amis qui motive le pauvre Pascal à accumuler les arguments vaseux.

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 16:50

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J'aurai pu parler aujourd'hui de la prestation ridicule de Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon sur France 2 hier, mais le fait est que la caricature que ces deux olibrius ont faite d'eux-mêmes pendant 20 minutes rend cet exercice peu intéressant. Je dois dire qu'avec des ennemis pareils les partisans du néolibéralisme n'ont guère à avoir peur pour leur avenir. Entre Marine Le Pen incapable de défendre un programme qu'elle n'a pas vraiment compris. Et un Mélenchon bourré de contradictions et au comportement ridiculement agressif. On peut dire que les deux grands alternatifs au système en sont les meilleurs alliés en ce moment. Mais passons. Je préfère parler d'un énième texte aux idées fossilisées dans les années 70 et qui se croit hautement intelligent. Un texte provenant d'une des nombreuses Pravda du libéralisme à savoir "Le Nouvel économiste", une revue qui devrait plutôt s'appelait « Le grabataire économiste » au regard des propos qu'ils tiennent en général, et dans ce texte en particulier.  

 

  Comme à l'accoutumée les économistes mainstreams défendent l'idée que la réindustrialisation est impossible, que c'est une chimère. Que le  CDI c'est pour les vieux cons et que l'intérim c'est super chouette. Bref un classique de la pseudo-rationalité qui voit dans l'évolution de nos sociétés un courant "naturel" auquel nul ne pourrait s'opposer et qui oublie en général que cette évolution est le fruit de choix collectifs et non justement le fruit d'une évolution naturelle. D'ailleurs, l'article en question ne fait strictement aucune démonstration, juste des citations et des affirmations qui font office d'autorité et de sérieux. Un ex-PDG à la con sortant son diplôme des arts et métiers comme garanti de sérieux et qui a évidemment tout intérêt à dire à quel point la délocalisation c'est inévitable. Un économiste de l'OFCE, organisme qui se trompe régulièrement et qui n'avait pas vu la crise de 2007. Avec en plus à la fin de l'article une sortie sur l'Amérique qui sort de la catastrophe comme par miracle. Il faut éviter de rire. Et l'auteur de déclarer classiquement que l'avenir de l'industrie en France c'est l'industrie verte et la haute valeur ajoutée. Comme si celles-ci n'étaient pas délocalisables. Autant d'idées reçues qui passent par l'hypothèse idiote que les partisans de la réindustrialisation proposent celle-ci dans le même cadre commercial que celui qui prévaut aujourd'hui.



C'est à dire un cadre de libre-échange intégral et de monnaie totalement surévaluée. L'auteur prend d'ailleurs l'exemple du textile où l'on nous dit qu'une pièce de lingerie coûte 13 euros à produire en France et 7 en Tunisie. Et que donc il n'y a aucun intérêt à produire en France. Mais que se passerait-il si la monnaie était dévaluée de 50% ? L'hypothèse n'est même pas soulevée. Et que se passerait-il si la France remettait des quotas comme il y en avait autrefois? L'industriel serait bien obligé de relocaliser non? Et les droits de douane, inconcevables. Puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas le choix, c'est une évolution « naturelle ». À croire que le protectionnisme US de 1865 à 1945 (droits de douane à 50% en moyenne), ou celui du Japon des années d'après-guerre (et pendant l'ère meiji) n'ont jamais existé. Au 19e on présentait aussi la montée en puissance de l'industrie britannique comme naturelle. Si nos élites de l'époque n'avaient pas réagi en faisant du protectionnisme ni l'Allemagne ni la France ne se seraient industrialisées. Il en va de même pour les pays comme la Chine dont le protectionnisme est multidimensionnel. Elle qui oblige les entreprises étrangères à partager leurs savoir-faire avec les locaux pour bénéficier de la main d’œuvre à bas prix nationale. Le journaliste du nouvel économiste prend ici vraiment le lecteur pour un imbécile, il suppose que les défenseurs de la réindustrialisations veulent rester en régime de libre-échange. Bon évidemment si l'on pense que seuls les candidats du centre tel Bayrou parlent de réindustrialisation on peut effectivement se moquer d'eux de cette manière. Des pays comme l'Argentine ou le Brésil pratiquent ouvertement des politiques de réindustrialisation avec un succès indéniable. Mais qui se soucie de ce détail ? Certainement pas notre économiste-journaliste crypto-libéral.

 

La mondialisation commerciale est responsable de la crise

 

Ce que semble complètement ignorer également ce fumeux article ce sont les effets dépressionnaires que produit cette désindustrialisation et qui ne se comprennent que si l'on raisonne à l'échelle mondiale. En effet à quoi correspondent donc les délocalisations?  À une réduction quantitative du revenu de la masse salariale. C'est-à-dire que si l'on se place à l'échelle mondiale à quantité de production constante ou augmente, on diminue le volume d'argent qui va vers les salariés et donc vers les consommateurs. À l'échelle mondiale, tout se passe comme si l'on contractait volontairement le volume de consommateur potentiel puisque les salariés des pays à basse pression salariale se voient distribuer une moindre quantité de salaires en volume que les salariés qu'ils remplacent. Bien évidemment ceci étant un jeu de vase communiquant certaines nations y gagne pendant que beaucoup d'autres y perdent. Mais globalement, on assiste à une contraction de la demande mondiale solvable. Une contraction qui ne s'est pas traduite jusqu'à présent dans la consommation parce que justement le système a délibérément laissé filer l'endettement privé comme public dans les anciens pays industrialisés dont on nous dit dans cet article bidon qu'ils doivent leur croissance au tertiaire...

 

 La traduction de ce mécanisme est un accroissement délirant des déséquilibres commerciaux et in fine un effondrement brutal de  la croissance mondial lorsque le niveau d'endettement devient trop important. L'actuelle croissance américaine que l'on voit n'est que l'effet momentané d'une immense injection monétaire. Ce que relance celle-ci ce sont surtout les importations, car les USA ne produisent que des emplois dans le tertiaire justement. La balance commerciale US recommence à plonger à chaque fois que la « croissance » redémarre, préparant ainsi la prochaine crise financière. C'est un jeu idiot qui ne peut que mal se terminer d'autant que les états ne pourront pas sauver le système financier lors de la prochaine crise qui ne tardera pas à se produire. Celle-ci entrainera d'ailleurs les nations comme la Chine qui sont hautement dépendantes de leurs exportations et dont on verra à quel point elles ne sont pas des marchés, mais uniquement des usines de production à faible coût. Il est impressionnant de voir encore des gens défendre l'idée d'une société sans usine au moment où tout démontre que ce modèle n'a pas d'avenir.

 

La vérité est que croire que la croissance peut perdurer en régime de libre-échange et de désindustrialisation est une chimère. Contrairement aux propos tenus par ce journaliste. L'état de délabrement industriel occidental est tel que toute forme de relance économique ou de croissance est instantanément absorbée par les nations mercantilistes d'Asie et par l'Allemagne et ses satellites à bas revenus, comme la Pologne ou la République tchèque. La croissance mondiale fait donc du Stop and Go. À peine redémarre-t-elle que déjà les nuages s’amoncellent. Les cycles que les économistes médiocres croient naturels ne sont que le fruit de cette incohérence structurelle que produit la déconnexion de la rémunération et de la production. Plus on éloigne le producteur du consommateur et moins le marché s'autorégule.



L'instabilité du contrat de travail aggrave la crise économique



Cependant dans le genre accumulation de poncifs le texte ne s'arrête pas là puisque bien évidemment une attaque contre la réindustrialisation devait nécessairement s'accompagner d'une attaque sur la sécurité de l'emploi. Le journaliste nous présente l'éternel choix cornélien entre l'emploi rigide, mais en faible quantité, à l'emploi flexible, mais en plus grande quantité. Dans un raisonnement simpliste qui présente l'emploi global comme une quantité stable que l'on devrait partager au mieux. La moindre rémunération ou l'instabilité salariale devant maximiser la quantité d'emploi globale. Là encore, la vérité est en fait contraire à ces élucubrations. Car plus l'emploi est flexible et plus la propension à consommer est faible. Lorsque votre emploi est précaire, vous avez tout intérêt à épargner un maximum et à minimiser votre consommation à court terme. Ce n'est pas un hasard si un pays comme la Chine qui n'a ni protection salariale, ni sécurité sociale, si salaire suffisant, a un tel niveau d'épargne incompatible avec son niveau de production sans ses excédents commerciaux phénoménaux. Là encore la flexibilité nuit à la croissance en réduisant la demande, et en réduisant la propension à consommer. Ce faisant une moindre croissance entraine une moindre création d'emploi. Si les économistes d'après-guerre ont milité pour la sécurité de l'emploi ce n'était pas par simple générosité, mais parce que les gens de l'époque avaient vécu la grande dépression et savaient pertinemment que le grand danger pour une économie industrialisée c'est la déflation et l’insuffisance de la demande.



La hausse de la protection sociale après guerre ne fut pas le fruit du hasard de l'époque ou une erreur. C'était un choix murement réfléchi fait par des gens avec un niveau intellectuel nettement plus élevé que les énergumènes qui sévissent dans les journaux soi-disant spécialisés dans l'économie. La stabilité de l'emploi n'est pas seulement morale, elle est le fruit d'un raisonnement rationnel. C'est d'autant plus vrai que la stabilité de l'emploi accompagne en réalité une société productive. Car qui peut raisonnablement croire que l'on peut être réellement productif en changeant sans arrêt d'emploi ? C'est parce que notre société ne produit que des emplois médiocres de vendeur ou de journaliste économique, emplois nécessitant visiblement peu de qualification, que l'on peut en changer aussi aisément. Quand on fait de l’ingénierie, de la recherche ou que l'on est ouvrier spécialisé, on ne change pas de métier aussi vite, car il faut des années avant d'être réellement productif. L'emploi stable était donc aussi la caractéristique d'une société productive et industrielle à l'inverse de notre société de rente et d'emploi précaire peu qualifiés.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 10:11

   Le délire néolibéral continue à broyer les populations d'Europe comme il a broyé naguère celles d'Amérique du Sud. Les décisions prises au nom du remboursement de la dette et pour la survie de l'euro sont d'une stupidité difficilement compréhensible même pour des individus aussi médiocres que ceux que produit le système médiatico-politique européen.  Il est évident que les décisions irresponsables prises par les dirigeants européens vont conduire le continent dans une situation en tout point comparable à celle des années 30. Et cela dans une configuration mondiale qui ne peut qu'aggraver la situation. Car l'Europe est aujourd'hui coincée  entre une Amérique qui n'arrive plus à tirer sa croissance par la demande intérieure faute d'industrie, et une Asie ultramercantiliste qui ne tire sa croissance que par ses excédents commerciaux. Le fait est que l'Europe n'a aujourd'hui aucun avantage commercial sur le plan mondial, qu'elle a une monnaie totalement surévaluée et qu'en plus elle s'interdit toute possibilité de protectionnisme pour amoindrir les dégâts provoqués par les nations mercantilistes d'Asie. Dans ce cadre déplaisant, les nations d'Europe se retrouvent dans une situation de déclin collectif, cependant quelques pays ont trouvé un moyen pour couler moins vite que les autres en expédient chez leurs voisins directs les effets dévastateurs de la mondialisation commerciale en régime hautement inégalitaire. De fait, le champion allemand n'en est un, que parce qu'il est capable de créer des excédents importants vis-à-vis des autres nations développées, essentiellement européennes. Il n'y a derrière le miracle allemand (qui n'est d'ailleurs pas si miraculeux sur le plan de l'emploi) aucun remède à trouver à nos maux. En effet, la multiplication des politiques à l'Allemande annulerait instantanément les avantages du modèle germanique, celui-ci n'étant viable que s'il est pratiqué par une minorité de pays. La politique de contrition salariale n'est en définitive que la resucée des politiques que l'on appelait autrefois les dévaluations compétitives. Un mécanisme de concurrence qui vise à transvaser la prospérité d'une nation vers une autre grâce à l'accumulation d'excédents commerciaux. Si tous pratiquent cette dévaluation alors on se retrouve devant un jeu de chaise musicale qui n'a pas de fin.



Il ne faut jamais oublier que le protectionnisme, la dévaluation ou l'actuelle baisse des salaires en Grèce, n'a de sens que si la demande externe est suffisante pour tirer la croissance économique. Les Européens trop habitués à voir la croissance américaine tirer la leur grâce aux relances de l'Oncle Sam après guerre n'ont pas compris quel était véritablement le sens d'une politique contra-cyclique. Rassurons-nous, les USA n'ont guère mieux compris, eux ignorent parfaitement le danger inhérent aux déséquilibres commerciaux sur le plan monétaire. Le dollar semblant flotter invariablement au-dessus des eaux sans que jamais, jusqu'à présent, le déficit commercial monstrueux ne l'emporte vers les abysses.  De fait, l'incompréhension est semblable des deux côtés de l'atlantique, mais le nœud de l'ignorance locale diverge. Les uns s'échinant à réduire sans arrêt la demande intérieure en priant pour que les exportations repartent, les autres creusant déficit commercial sur déficit commercial en espérant que la croissance suffira à faire croitre suffisamment la productivité pour reboucher le trou à long terme. Il se trouve que cependant des deux expédients approximatifs et mal compris celui des USA est le moins tragique. Surtout dans une économie mondiale en pleine dépression, les dernières évolutions du Baltic Dry confirmant la non-reprise mondiale. Il est vrai que comme les deux moteurs de la demande planétaire sont en panne ou sur le point de l'être dans le cas des USA, on ne voit guère où les nations mercantilistes pourraient déverser leurs exportations et leur surproduction. Les limites du raisonnement mercantiliste donnent ici tout leur sens comique puisque les vainqueurs finissent par mourir faute de client solvable. L'exemple le plus criant étant celui du japon qui vient de retomber en récession et qui préfigure la futur récession en Allemagne. Le problème c'est que la planète n'a plus de client en dernier ressort pour absorber l'énorme surproduction planétaire. De cela les acteurs du jeu économique mondial n'ont pas encore pris conscience.

BalticDry.png

 Le Baltic Dry indique la demande mondiale pour le transport maritime de marchandise. des prix bas indique une faible demande à l'échelle planétaire. Le niveau actuel est inférieur à celui qui prévalait en pleine crise de 2009.

 

 

C'est avant tout pour cette raison que la politique actuelle en Grèce est stupide et criminelle. Si l'Europe était en pleine croissance ainsi que l'économie monde, les remèdes stupides et violents actuellement mis en œuvre dans ce pays auraient tout de même une maigre chance de fonctionner. Mais de telles conditions ne sont absolument pas réunies, on fait donc souffrir le peuple grec pour rien. Et l'on va aggraver fortement l'endettement local au passage puisque les revenus des salariés et donc in fine de l'état vont fondre. On peut déjà s'attendre à une forte dégradation de l'économie locale déjà passablement abimée pour l'année qui vient.

 

La baisse des salaires est moins efficace que la dévaluation



Cependant même en ignorant volontairement la question de la demande mondiale on peut tout de même s'insurger contre la pratique visant à remplacer les dévaluations par les baisses de salaire. S'il y a bien une leçon qui aurait bien dû rester de Keynes c'est bien que l'ajustement monétaire est infiniment plus efficace et moins douloureux que les politiques de contrition salariale, et ce, dans n'importe quel pays, même en Allemagne. Je rappellerai d'ailleurs que dans une démocratie, ou tout du moins d'après les règles qui établissent le droit du travail dans nos pays théoriquement démocratiques, le salaire n'est pas directement l'affaire de l'État sauf dans le cas de la fonction publique. Il se trouve d'ailleurs que ce ne sont pas les salaires qui sont baissés en Grèce, mais uniquement le salaire minimum dont on peut être sûr que la réduction ne touchera que la partie la plus fragile de la société. Même dans des dictatures comme celle de chine l'état ne contrôle pas les salaires, ou alors difficilement. Vouloir remplacer la dévaluation par la baisse salariale consiste donc en pratique à favoriser certaines populations au détriment d'une autre. En effet, certaines classes sociales ne seront pas touchées par la baisse et d'autres oui. Dès lors les libéraux truquent ici le jeu du marché en imposant une baisse de type bureaucratique qui produira un effet totalement inégalitaire suivant les couches sociales.



La baisse des salaires ne serait une politique équivalente à la dévaluation qu'à la condition stricte que tous les salaires bougent uniformément et de façon synchrone au sein de la société. De fait, les prix aussi devraient suivre la baisse des salaires, cependant nous savons par expérience que l'élasticité des prix est moindre que celle des salaires à la hausse comme à la baisse. Il faut donc parier ici sur une stagnation des prix au maximum, ou sur une très légère décrue. Du coup, l'amélioration externe recherchée sera très faible et en tout cas insuffisante pour accroître de façon importante la compétitivité externe de la Grèce. Et cette très faible amélioration se sera faite au prix d'un alourdissement incommensurable des difficultés locales, de la dette au chômage. On notera également que cette politique de contrition aura comme effet immédiat de pousser les entrepreneurs à diminuer au maximum leurs dépenses d'investissement en attendant des jours meilleurs. Donc au final la hausse de la productivité grecque sera renvoyée aux calendes du même pays. Pour toutes ces raisons, l'on voit bien que la baisse théorique des salaires reste toujours avec un effet très théorique, surtout dans un pays n'ayant pas la discipline des pays du nord.



Au final, on se rend compte ici à quel point l'euro aggrave considérablement les difficultés européennes. En interdisant les dévaluations, l'euro condamne les pays à faire des ajustements structurellement inefficaces et socialement violents. On constate aussi que l'euro permet aux castes dominantes d'accroitre indéfiniment les injustices locales en leur faveur puisqu'elles ne sont tout simplement jamais touchées par la crise. Quand il y avait dévaluation, les pauvres perdaient du pouvoir d'achat sur les produits importés, mais c'était également le cas des riches du même pays qui devaient bien payer les marchandises avec la monnaie locale dévaluée. Grâce à l'euro, l'adaptation monétaire n'est plus de mise et tous les efforts sont concentrés sur les classes sociales les moins protégées, celles qui vivent du SMIC et des salaires facilement ajustables. On voit bien qu'il y a quelque chose de profondément nauséabond dans le système européen qui a été entièrement pensé pour une petite partie de la population du continent, celle qui donne des leçons de morale dès qu'un peuple se met en travers de ses projets délirants.



Il ne faut pas attendre une relance par les exportations



  Cependant, il ne faut pas pour autant croire que la dévaluation résoudrait tous les problèmes, si nous y avions recours, tant s'en faut. La dévaluation, comme le protectionnisme commercial qu'il soit sous forme de droit de douane ou de quota, ne sont pas des buts en eux-mêmes, mais des outils à l'usage d'une politique de plein emploi. Il faut bien comprendre que face à une croissance mondiale en berne et avec des pays asiatiques imbattables commercialement, la France ou la Grèce seront toujours trop chères à l'exportation. Et il ne suffit pas de crier à l'innovation, l'innovation, en sautant comme un cabri sur sa chaise celle-ci ne changerait rien à l'affaire. Je pourrai toujours vous dire qu'Apple emploie dix fois plus de gens en Chine qu'aux USA pour inonder le marché américain pour que vous compreniez enfin que ce n'est pas la recherche qui sauvera l'emploi sous nos latitudes. L'économie mondiale est malade d'un système qui ne donne pas assez de revenus globaux pour que la production s'écoule en totalité à l'échelle de la planète. Cette sous-consommation mondiale est à l'origine de l'explosion du chômage dans une période ou pourtant de nombreux pays connaissent un ralentissement démographique majeur. Qu'un pays comme l'Allemagne ou le Japon produise du chômage est en soi une étrangeté puisque la population de ces contrées commence à baisser.

 

  Les USA ont permis avec leurs déficits commerciaux de stabiliser la croissance mondiale depuis la fin de la guerre. Ce sont leurs relances régulières qui permettaient à l'économie de la planète de connaître une croissance constante. Mais les USA ne sont pas une nation de taille infinie, ils ne pouvaient absorber indéfiniment les excédents européens, puis japonais et aujourd'hui chinois, sans que cela ne remette un jour en cause leur privilège monétaire. Nous sommes depuis 2007 dans une situation où le seul état du monde à faire de vraies relances ne peut plus les faire. Du moins, pas à l'échelle à laquelle cette relance serait efficace. Dans le même temps les acteurs qui eux pourraient effectivement aider à cette relance ne le font pas, attendant passivement que d'autres relancent à leur place. C'est le cas d'un pays comme la Chine, le Japon, la Corée ou plus proche de nous l'Allemagne. C'est dans ce contexte là qu'il faut envisager la politique macro-économique, c'est-à-dire un contexte où les exportations ne pourront en aucun cas relancer la croissance locale. On remarquera d'ailleurs que malgré ses excédents l'Allemagne n'a pas connue une croissance très forte ces dix dernières années. C'est une preuve que l'excédent n'est pas le remède miracle que certains croient à tort.



  Si l'on veut relancer véritablement la croissance, il faut nécessairement passer à une stratégie d'autonomie vis-à-vis de l'économie mondiale. En ce sens, il ne faut pas voir la dévaluation ou le protectionnisme comme des moyens pour relancer les exportations, en regard de la croissance mondiale et de nos concurrents c'est un objectif irréaliste. Il faut voir la dévaluation et le protectionnisme comme des moyens pour relancer notre propre demande intérieure en minimisant au maximum l'effet de fuite produit par les importations. Dès lors, le remède pour la Grèce serait, à l'inverse de la politique actuelle, de relancer les salaires et de dévaluer en même temps. Cela dans le but de relancer la croissance en orientant la demande des consommateurs vers les produits locaux bien plus compétitifs grâce à la dévaluation ou aux taxes à l'importation. Évidemment il n'y a pas de remède miracle et reconstruire une industrie cela prend du temps surtout lorsque l'on a fini de démolir la sienne grâce aux conseils mal avisés des théoriciens néolibéraux. Il se peut que cette politique soit momentanément inflationniste dans un pays comme la Grèce. Mais c'est seulement à ce prix que l'industrie du pays peut-être ressuscité et l'avenir assuré à long terme. En France nous disposons encore de quelques morceaux d'industrie, mais le temps joue contre nous comme on le voit avec l'affaire Renault. Plus nous attendrons et plus le moment du redressement sera douloureux et inflationniste. Encore une fois, l'histoire récente des pays d’Amérique du Sud nous éclaire fortement sur le devenir du continent européen. La forte inflation est en quelque sorte le prix à payer pour avoir eu une monnaie surévaluée pendant des décennies et pour avoir laissé couler l'industrie locale.

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