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8 février 2023 3 08 /02 /février /2023 19:36

 

Nos agriculteurs manifestent aujourd'hui leur opposition à l'interdiction des Néonicotinoïdes pour la production de betteraves. Rappelons que les betteraves sont essentielles dans la production du sucre blanc que nous consommons en majorité. Il s'agit d'un héritage de la période napoléonienne, car à l'époque le blocus maritime britannique nous a empêchés d'avoir accès au sucre de canne classique qui était produit dans les colonies d'Amérique. À cause de cela Napoléon poussa les producteurs à créer une alternative, ce fut le sucre blanc, issu de la betterave. Une révolution qui fit baisser le prix du sucre et permit une certaine démocratisation de son utilisation . Ce fut en revanche un coup dur pour les producteurs d'Amérique, un peu à l'image de ce que fut plus tard pour le Brésil l'invention du caoutchouc synthétique et l'exportation de l’hévéa dans les pays d'Asie du Sud-est. C'est aussi une leçon de l'histoire sur l'inefficacité des mesures économiques comme arme de guerre à long terme.

 

Les Néonicotinoïdes seraient ainsi mauvais pour les insectes, en particulier les abeilles et les insectes pollinisateurs. Par définition, il s'agit de pesticide donc évidemment qu'ils sont dangereux pour ces espèces. Ces pesticides étant à large spectre, ils peuvent tout à fait nuire à des espèces essentielles au fonctionnement de notre écosystème. Le problème est qu'ils ne se dégradent pas dans la nature, restent donc longtemps sur le sol, les plantes et peuvent ainsi se répandre chez d'autres espèces ailleurs que dans l'environnement traité. La récente peur de la disparition des abeilles n'est pas sans lien avec la décision de limiter puis interdire l'utilisation des néonicotinoïdes. Si les études ne montrent pas de risque pour l'homme dans une utilisation raisonnable, le doute semble persister pour les insectes pollinisateurs. Connaissant leur immense importance pour la nature, mais également pour notre agriculture, les scientifiques ont fait des listes de conseils pour utiliser intelligemment ces pesticides, et pour trouver des alternatives. On le voit rapidement l'interdiction et la limitation de l'usage de ces produits n'est pas sans fondement scientifique . Plus généralement, cela pose la question de la trop grande dépendance de notre agriculture vis-à-vis de l'industrie pétrochimique. Et cette question est d'autant plus d'actualité que nous importons également des engrais en grande quantité pour produire notre nourriture . Or comme vous le savez sans doute la Russie, tout comme l'Ukraine sont de gros producteurs d'engrais. Notre dépendance à ces substances importées provenant de pays en guerre met toute notre filière agricole en très grand danger pour les années qui viennent. L'on pourrait ici poser la question essentielle. Pourquoi un pays comme la France est-il dépendant à ce point des engrais importés ?

 

Et si la question semble ne pas avoir de rapport avec la crise des néonicotinoïdes pour les betteraves, le lien est pourtant réel. Car dans les deux cas, le problème n'est pas la réglementation qui peut se justifier, mais le fait que notre pays a laissé son agriculture mourir progressivement en la mettant en concurrence avec la planète entière. Et l'on peut considérer pour les agriculteurs français, que la question des néonicotinoïdes est un peu la goûte d'eau qui a fait déborder le vase. La question de fond qui devrait être posée n'est pas de savoir si ces pesticides sont si dangereux que ça pour l'environnement, et donc s'il faut réellement les interdire, mais plutôt de savoir si nous allons continuer à faire du libre-échange agricole avec d'autres pays qui ne mettent aucune contrainte environnementale à leurs producteurs.

 

 

Agriculture, écologie et protectionnisme

 

Car la question est là et pas ailleurs. Les agriculteurs, j'en suis persuadé, ne tiennent pas plus que les autres français à participer à la destruction de notre environnement. Ils ne tiennent pas non plus à s'empoisonner eux-mêmes. Mais il faut bien comprendre que ce sont les contraintes économiques liées au libre-échange et à la dérégulation macroéconomique qui les poussent à ce genre de pratique. On ne peut pas inlassablement les mettre sous des contraintes économiques de plus en plus violentes et en même temps espérer qu'ils soient de fabuleux écologistes respectueux de l'environnement. C'est d'autant plus vrai qu'avec la crise et l'inflation les gens se détournent maintenant de la filière bio qui paraissait pour certains agriculteurs être une porte de sortie honorable. D'ailleurs au sujet du libre-échange,l'UE a encore signé un nouveau traité de libre-échange, cette fois avec la Nouvelle-Zélande, pays très avantagé pour l'agriculture et qui a des pratiques peu écologiques. Ils continuent par exemple à faire de l'abus d'antibiotiques pour les bovins et les ovidés. De fait, mettre des contraintes de plus en plus violentes d'un point de vue économique en oubliant simplement l'intérêt de nos propres agriculteurs revient simplement à les tuer. Une politique rationnelle en la matière serait d'accompagner ces contraintes de mesure protectionniste comme des droits de douane et des quotas pour permettre à nos filières de survivre même avec ces nouvelles réglementations. Or il n'y a absolument rien de prévu à cet effet, et il n'y a pas grand-chose à attendre des idéologues de Bruxelles sur cette question.

 

Ce libre-échange agricole n'est pas bon pour notre économie et notre indépendance nationale. Mais en plus c'est très mauvais pour l'environnement puisque nous importons de plus en plus de nourriture de pays aux mauvaises pratiques agricoles, tout en y ajoutant le transport, qui lui aussi n'est pas très écologique. De fait, le débat sur les néonicotinoïdes et leur interdiction est très mal conduit. Et c'est probablement parce que cela se heurte à la question de la globalisation et de l'UE qui restent des tabous inviolables dans les grands médias. Que les néonicotinoïdes soient interdits ou non de toute manière les principes mêmes du libre-échange conduisent notre agriculture à la mort en dehors de quelques activités d'exportation. Et l'on ne verra guère la FNSEA défendre la sortie de l'euro, de l'UE et du libre-échange, car comme ses cousins de la GCT et autre CFDT aucun syndicat officiel ne défend ce qui devrait pourtant paraître évident aux yeux de tous, la nécessité de rompre avec le libéralisme de ces 40 dernières années. Ils sont très fort pour condamner les conséquences de ces choix, sans jamais s'attaquer à leurs causes.

 

Cependant si par hasard un gouvernement plus patriote arrive un jour au pouvoir, il faudra de toute manière repenser totalement notre agriculture. Est-ce que l’agriculture doit être un moyen de faire de l'argent, d'avoir des excédents commerciaux en nous spécialisant dans certains domaines et en favorisant la monoculture ? Nous mettant ainsi à la merci d'une mauvaise fluctuation du commerce mondial ? On le voit sur les médicaments, l'extrême dépendance aux importations est extrêmement dangereuse, et sur la nourriture cela pourrait être fatal. Ou est-ce qu'elle a surtout pour but de pourvoir aux besoins essentiels de notre population ? La question va se faire de plus en plus pressante. En effet, les besoins mondiaux en la matière sont énormes, croissants et certains pays comme la Chine exercent déjà des pressions à la hausse sur les prix de tout un tas de produit. Comme je l'avais déjà écrit dans un précédent texte, allons-nous laisser notre population en état de malnutrition pour suivre les prix mondiaux sur certaines denrées ? Les Français devront-ils cesser de manger du pain parce que les Chinois ou d'autres importeront massivement du blé qu'ils pourront se payer, car ce sont les nouvelles puissances industrielles alors que nous devenons petit à petit un pays du tiers monde ?

 

Comme on l'a vu avec la crise du COVID qui a déséquilibré l'économie mondiale et produit en partie la vague d'inflation, la globalisation va devenir de plus en plus problématique pour nous. Et il est bien dommage que la question de notre souveraineté alimentaire ne soit pas abordée à l'occasion de ces manifestations agricoles. La spécialisation à l'échelle planétaire est une idiotie économique ne créant en fait du revenu que pour les intermédiaires, les producteurs et les consommateurs n'y gagnant guère, quand ils n'y perdent pas. Mais c'est aussi une aberration écologique massive. Il est plus que temps de mettre les politiques et les écologistes mainstream devant leurs contradictions. Discourir longtemps sur la sauvegarde de la planète tout en mettant des règles de plus en plus contraignantes pour nos producteurs, et cela en les mettant en situation de concurrence complètement faussée, n'a rien d'écolo, ni de rationnel. On nage en pleine démagogie pseudoscientifique et de péroraison moraliste. L’agriculture qui fut l'activité qui créa la civilisation mérite mieux qu'une collection de poncifs irrationnels. Il faut prendre enfin le sujet avec sérieux même si cela veut dire rompre avec l'UE pour ça. Il en va de la sécurité alimentaire de nos concitoyens.

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3 février 2023 5 03 /02 /février /2023 12:53

 

S'il est un sujet qui revient assez régulièrement dans la bouche des analystes concernant les crises à répétition que connaît la France, c'est bien celui de l'incompétence des élites ou de leur trahison . C'est d'ailleurs l'une des critiques de Todd à l'encontre de notre système scolaire actuel qui tend à ne plus du tout être méritocratique, mais une machine à reproduction sociale. Par des cheminements différents, la France a suivi à peu près le même chemin que les USA, mais de façon beaucoup moins assumée, les français étant encore attaché au principe d'égalité. Cependant, force est de constater que l'instruction publique française fonctionne aujourd'hui de façon très différente si vous venez d'une famille aisée parisienne ou d'un milieu modeste d'une petite ville de province. La disparition des classes ouvrières dans les grandes écoles alors qu'elles y étaient présentes autrefois démontre en pratique l'inégalité scolaire fondamentale que produit aujourd'hui notre éducation nationale. Comme il n'a plus pour vocation de réellement donner une culture solide aux élèves, le système tend mécaniquement à favoriser les élèves provenant de milieux déjà éduqués. Tout ceci a déjà été longuement analysé par des enseignements ou des sociologues, je ne vous apprendrai donc rien en la matière.

 

Mais Todd concluait de cette question que mécaniquement la disparition de la méritocratie en France favorisait la concentration des imbéciles bien nés en haut de l'état et des gens de qualité chez les classes populaires. Un phénomène que Todd avait cru déceler dans le conflit avec les gilets jaunes . Les classes dominantes produisant essentiellement des gens dont la seule capacité est surtout de répéter inlassablement ses cours appris par cœur sans vraiment n'avoir jamais réfléchi à leur contenu. Une sorte de premier de la classe un peu bas du front alors qu'on pouvait voir chez les gilets jaunes des gens sans doute moins instruits, mais capables de comprendre rapidement les problèmes tout en s'adaptant . L'on pourrait pour soutenir la thèse de Todd souligner l'incroyable bêtise des politiques macro-économiques macroniennes qui sont une aggravation des décisions économiques irrationnelles prises avec une extrême régularité depuis 40 ans. La classe dirigeante française a bien appris le néolibéralisme, mais elle est bien incapable d'en sortir, car elle est en partie dépourvue des capacités à s'extraire de ses propres idées reçues. L'erreur est humaine, mais un homme ou une femme qui refait inlassablement les mêmes choix en pensant que cela conduirait à une autre conséquence sans jamais remettre son action en question est un imbécile ou un fou. Et ce comportement de fou ou d'imbécile on le voit partout en économie bien sûr avec la continuation de l'euro, de l'UE, du libre-échange malgré l'accélération du déclin auquel cela conduit notre pays. Mais on le voit aujourd'hui aussi en géopolitique avec la crise ukrainienne. Alors que les sanctions contre la Russie sont un échec invraisemblable, tout ce que trouve l'UE et la France à faire c'est de continuer inlassablement dans cette voie sans issue. On voit donc que la thèse de Todd a un certain crédit en ce sens .

 

Todd n'est cependant pas le premier à parler de ce problème de la bêtise des élites . On retrouve aussi cela chez l'économiste Jacques Généreux, qui a d'ailleurs fait un interview intéressant récemment sur la question chez Olivier Berruyer. C'est d'ailleurs le sujet de son dernier livre « Quand la connerie économique prend le pouvoir ». On pourrait rapprocher le propos du livre plus ancien, mais très intéressant aussi de l'économiste australien Steve Keen « l'imposture économique » qui s'attardait sur les nombreuses incohérences des théories économiques et surtout sur leurs inaptitudes à décrire ce qui se passe dans le monde réel. Dans les deux cas, il y a une dénonciation d'application de théories qui n'ont en fait aucune validité scientifique, c'est-à-dire soumise à l'observation factuelle. On le voit avec l'application régulière de politiques inspirées par la courbe de Phillips, une courbe purement théorique qui n'est jamais observée dans le monde réel. Elle prétend ainsi que l'inflation et le chômage sont inversement liés à savoir que la baisse du chômage produirait une hausse de l'inflation et inversement. Or cette affirmation qui provient d'un raisonnement purement théorique n'est jamais observée dans le monde réel. Et bien malgré ça, toutes les politiques économiques publiques se fondent sur ce raisonnement.

 

 

De cette courbe est née le NAIRU, en français le taux de chômage nécessaire pour ne pas dépasser le taux d'inflation désirée. Quand les politiciens vous parlent de plein emploi à l'image de Macron, c'est du plein emploi au sens du NAIRU, c'est à dire avec un chômage suffisamment important pour que les salaires n'augmentent pas et donc ne nourrissent pas l'inflation. Donc Macron redéfinit le plein emploi en radiant des gens et ne faisant rentrer dans les statistiques qu'une poignée des chômeurs réels. On peut ainsi afficher officiellement un taux de chômage bas tout en ayant en réalité 20% de chômeurs. Pour eux c'est le plein emploi, mais c'est au sens du NAIRU. Toute leur politique de l'emploi est basée sur cette idiotie qu'ils ne remettront jamais en cause. Cette histoire démontre le caractère en réalité très peu scientifique du comportement de nos élites. Elles appliquent en réalité des théories qu'elles ont apprises à l'école ou ailleurs sans jamais vraiment se questionner sur leur validité. L'inflation en Europe et en France aujourd'hui n'est pas le produit de la hausse des salaires, mais la conséquence de notre trop grande dépendance vis-à-vis de l'étranger . La crise du COVID ayant désorganisé le commerce mondial. C'est en gros une inflation importée. À cela s'ajoute évidemment le désastreux marché de l'énergie. Un marché de l'énergie qui découle lui aussi de théories fumeuses sur la nécessaire importance de la concurrence. La France produisait pourtant depuis des décennies une énergie pas chère et efficace avec une entreprise 100% publique.

 

 

La crise de la sélection et l'influence des médias

 

Pour en revenir au centre du sujet, Jacques Généreux nous dit que la bêtise des élites tient lieu en grande partie d'une part de la compétition. La compétition rendrait bête et méchant en plus. D'autre part du fait que le cerveau humain n'est en réalité pas fait pour penser. Ou plus exactement pas fait pour penser tout le temps. Et il est vrai que nous passons une grande partie de note de temps à agir par réflexe et par habitude. L'essentiel de nos actes n’est pas réfléchi. Je rajouterai à cela que la nature nous a programmé pour minimiser la consommation d'énergie. Si la paresse et le moindre effort sont considérés comme des péchés par le christianisme, et nombre d'autres traditions culturelles, c'est parce que c'est une tendance naturelle de l'être humain et des animaux en général. Pour obtenir quelque chose, nous allons avoir tendance à choisir toujours la voie de la facilité plutôt que celle de l'exigence et de l'effort. Un peu comme pour l'électricité qui passe par le conducteur qui a la moindre résistivité électrique. C'est pourquoi probablement la culture traditionnelle a tant fait pour valoriser l'effort et le sens du travail, il ne s'agit pas de quelque chose de naturel. Et c'est la même chose pour l'effort intellectuel. Sans une culture de l'exigence et du travail, nul doute que le laisser-aller l'emporte y compris chez les mieux instruit. On aurait donc dans nos sociétés gavées de richesses et de moins en moins contraintes par les cultures traditionnelles une tendance lourde à la fainéantise. Celle que dénoncent nos dirigeants est bien évidemment celle des jeunes et des affreux chômeurs. Mais Généreux lui pense plutôt à celle des dirigeants et des gens d'en haut qui ne lisent plus et ne font plus l'effort de penser. De fait alors que les classes sociales les plus avantagées sont celles qui devraient avoir le temps et les moyens pour penser la société et la stratégie nationale, elles s'y emploient en fait de moins en moins.

 

C'est une théorie intéressante, et il y a probablement du vrai dans cela. Mais il faudrait y rajouter d'autres possibilités . D'abord, la France a comme caractéristique d'avoir une haute fonction publique très fermée sur elle-même. On va ici faire appel à monsieur Paul-Antoine Martin qui vient de sortir un livre « Le clan des seigneurs » où il décrit la haute fonction publique française comme une caste totalement fermée qui vit en vase clos. Il a fait un interview intéressant, là encore chez Berruyer. Il décrit un système entre la mafia et les castes indiennes, fait de privilèges et de renvois d’ascenseurs. Un système qui rend inopérant, non seulement l'état, qui n'agit plus dans l'intérêt de la nation, mais uniquement des membres qui le compose. Un phénomène qui arrive lorsque les républiques s'effondrent comme le disait si bien Montesquieu, l'intérêt public devient l'affaire de quelques particuliers. Mais la disparition du sens de l'état chez ces « élites » provient pour monsieur Martin essentiellement de leur sélection. Ce n'est pas que la France n'est plus pourvue en hommes ou femmes de qualité, mais parce que notre système de sélection est biaisé et favorise l'entrisme et le copinage. Il faut se rappeler que ce n'est pas un hasard si Napoléon a introduit les concours pour accéder à la fonction publique, c'était justement pour éviter cette tendance française à la stratification sociale. Cependant, nos illustres ancêtres n'avaient peut-être pas prévu que même les concours pouvaient ne pas forcément être bien méritocratiques suivant leurs conditions d'application. En l’occurrence, on ne peut plus dire qu'il y a une méritocratie dans la haute fonction publique française aujourd'hui.

 

Pour finir cette question de la bêtise actuelle de nos dirigeants, l'on pourrait parler de l'effet médiatique qui s'ajoute aux hypothèses déjà énoncées, sans s'y opposer nullement. Comme nous l'avions vue il y a peu, les médias ont un rôle majeur à mon avis dans la déliquescence progressive du débat public. L'effet mimétique qui concourt au fonctionnement des foules s'est étendu par l'action des médias de masse moderne au comportement courant des hommes politiques. Comme disait Keynes, mieux vont avoir tort avec la foule que raison contre elle, sinon elle vous écrase. Il parlait à l'époque des marchés financiers qui loin d'être rationnel sont en fait d'énormes machines à produire des bulles et des effets de mode, bien loin de la gestion en bon père de famille. Dans le cas des hommes politiques, s'opposer aux croyances de leur milieu social fortement représenté par les médias est extrêmement difficile. D'un point de vue psychologique, l'opposition à une croyance d'un milieu social dont vous dépendez totalement, non seulement d'un point de vue social, et, mais aussi d'un point de vue économique, peut vous coûter très cher. Dès lors, le choix le plus rationnel s'avère être celui de la couardise, on suit le troupeau même si cela conduit à un précipice.

 

L'on ne peut à mon sens détacher la question du déclin des élites de celui du fonctionnement des médias. Les médias imposent, par effet de bulle, les débats du moment, et les prétendues solutions des problèmes mis en avant par ces mêmes débats. Mais ils font et défont aussi les hommes politiques. Quel homme politique français, bien placé dans l'échelle du pouvoir, pourrait aujourd'hui s'opposer au rouleau compresseur médiatique grotesquement russophobe et colporteur de guerres avec la Russie ? On voit ce qui arrive à ce pauvre Arno Klarsfeld jadis chouchou des médias et aujourd'hui pestiféré parce qu'il cherche à éviter une guerre suicidaire pour l'Europe. Il faut en convenir, une grande partie du problème de la politique en France est le fruit pourri des mécanismes médiatiques. Les médias favorisent les démagogues à l'image de notre président actuel et de ses principaux opposants. Ils nuisent aux débats publics, non seulement en déséquilibrant les débats, favorisant tel ou tel intérêt en fonction de leurs croyances internes. Mais ils déforment aussi la réalité en mettant des sujets extrêmement secondaires au premier plan tout en ignorant parfois totalement des sujets essentiels. Il a fallu qu'un risque de panne électrique général arrive en France pour que l'on se soucie à nouveau du nucléaire. Faudra-t-il attendre une bombe russe sur notre tête pour que nous réalisions, avec nos médias grotesques, tout le danger qu'il y a à faire une guerre qui n'est pas la nôtre, contre un pays qui ne nous a jamais rien fait, et qui fut longtemps un grand allié de la France ?

 

Si la question de la nullité des élites s'explique en partie par certains comportements sociaux inhérents et par les modes de sélection. Il me semble quand même que la question médiatique y pourvoit pour une part encore plus importante. La course à l'audience et l'effet foule expliquent en grande partie la médiocrité de nos élites . Car le problème n'est pas que français. Les USA qui furent la nation démocratique par excellence collectionnent les imbécillités macro-économiques et politiques depuis les années 60 au moins. L'Allemagne, notre encombrant voisin, collectionne aussi les politiques stupides, on l'a souvent vu. En matière de géopolitique elle est encore plus navrante que la France. Mais ces pays n'ont pas notre haute fonction publique ni même notre système éducatif. Par contre, ils partagent avec nous les médias de masse et l'information déformée en fonction des modes du moment.

 

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25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 22:25

 

 

Nous avons vu dans la partie précédente que la question de la baisse de la natalité n'est pas un phénomène occidental. S'il est parti d'occident et de France en particulier, le processus s'est désormais étendu à la planète entière . La dernière région du monde à entamer sa transition démographique étant l'Afrique. Mais alors que les démographes pensaient un peu naïvement que la natalité tomberait naturellement à environ deux enfants par femme un peu partout, les pays tombent généralement en dessous, et même parfois très en dessous comme en Corée. En parlant de basse fécondité, et pour, encore une fois, tordre le cou à l'idée que tout ceci aurait un lien avec la religion ou la culture, il faut parler de l'Europe de l'Est rapidement. Je ne l'ai pas abordé dans le texte précédent, et c'est un tort, surtout quand on voit la situation en Ukraine. L'Europe de l'Est est globalement moribonde. La natalité y est extrêmement basse. Même dans la très catholique Pologne, pays qui a la législation la plus restrictive d'Europe sur cette question, la natalité est dramatiquement basse à seulement 1,38 enfant par femme. La Hongrie qui a bien conscience du problème et qui multiplie les mesures, à mon humble avis pas bien avisées, mais c'est un autre débat, est à seulement 1,56. Et parlons de l'Ukraine que l'OTAN, l'UE et les USA ont forcée à continuer la lutte suicidaire contre la Russie. Elle est à 1,22 enfant par femme, et encore il s'agit là de la fécondité avant-guerre . On notera au passage que la Russie de Poutine est dans la triste moyenne européenne avec 1,5 enfant par femme alors que la natalité était remontée à presque 1,8 en 2015.

 

 

Dans une région en dépression démographique à ce point, il faut le dire, mieux vaut perdre la moitié de son pays géographiquement que les centaines de milliers de jeunes qui ont déjà péri dans cette guerre absurde. La première des richesses d'une nation c'est sa population, pas ses territoires, et c'est encore plus vrai quand votre population fait si peu d'enfant. À cette très faible natalité s'ajoute une bonne part de pillage humain. Depuis l'effondrement de l'URSS, les pays d'Europe de l'Est ont à la fois servi d'usine à l'industrie de l'Ouest, l'Allemagne et même la France ont beaucoup délocalisé dans ces régions. On pourrait y voir quelque chose de positif pour eux, beaucoup moins pour nous, mais on n'a pas vraiment constaté un rattrapage du niveau de vie de l'Ouest . Les salaires restent nettement plus faibles qu'à l'Ouest. Paradoxalement, on pourrait se demander si cette spécialisation économique n'est finalement pas un drame pour ces pays. On voit par exemple que la croissance polonaise du PIB/habitant a fortement ralenti depuis son entrée dans l'UE. Le second phénomène qui a caractérisé ces pays depuis la fin de la guerre froide c'est l'expatriation. Et au déclin démographique naturel s'est ajoutée la fuite d'une partie importante de la jeunesse de ces pays. Les pires exemples en la matière sont probablement les pays baltes. Par exemple en Estonie, pas moins de 230 mille personnes ont quitté le pays entre 1991 et 2010 alors que le pays ne compte aujourd'hui que 1,3 million d'habitants. Il est étonnant de voir ces pays qui devraient chérir la paix à tout prix pour régénérer et leur démographie, se lancent aujourd'hui dans une espèce de croisade contre la Russie. Car oui il y a dans les pays baltes et en Pologne une russophobie très explicite qui se déchaîne avec la guerre en Ukraine.

 

Les conséquences économiques

 

Mais pour en revenir au vrai sujet de cette seconde partie quelles seront donc les conséquences économiques d'un déclin démographique ? La question n'est pas nouvelle, Keynes l'avait déjà abordé à son époque parce que l'on pouvait déjà voir que les pays avancés connaissaient une baisse tendancielle de leur natalité. Dans son texte « Quelques conséquences d'un déclin de la population» qui date d'une conférence de 1937, Keynes montre simplement que la croissance démographique en Angleterre a pour moitié responsable de la croissance du pays depuis le 19e siècle. En clair, si la technique a nettement amélioré nos situations économiques et produit de grand progrès, elle n'a pas été la seule à alimenter la croissance économique. C'est l'accroissement de la population qui a joué un rôle majeur dans la croissance économique globale de ces deux cents dernières années. Mais comme nous l'avons vu, et comme les gens clairvoyants comme Keynes ont pu le prévoir, cette croissance arrive à son terme.

 

Keynes imaginait d'un tel phénomène pourrait produire en premier lieu un net ralentissement de la croissance. Par définition si la croissance de la moitié a fourni pour moitié la croissance alors à minima nous pouvons dire qu'une croissance démographique nulle produirait au moins une division par deux de la croissance économique. Cela ne signifierait pas une baisse du niveau de vie, puisque le progrès technique continuant, nous pourrions tout de même espérer encore une croissance par tête . Cependant, dans le cas de figure d'une décroissance permanente de la population plus ou moins rapide, il est bien évident que les gains liés au progrès technique seraient en quelque sorte absorbés. Il pourrait y avoir une hausse du niveau de vie tout en ayant en même temps une baisse du PIB du pays. Cependant, comme l'avait bien vu Keynes, le tout chose étant égal par ailleurs des physiciens n'a pas lieu d'être en économie. Nous sommes dans un système fortement intriqué dans lesquels les différents paramètres interagissent entre eux.

 

Une baisse des perspectives de croissance entraînera automatiquement un comportement d'investissement radicalement différent des comportements que l'on a pu connaître depuis les débuts de l'ère capitaliste. En percevant une baisse permanente, les investisseurs réduiront mécaniquement leurs investissements. Idem pour les états, les infrastructures par exemple devront être réduites au lieu d'être constamment agrandi . Il faudra moins d'écoles, moins d’hôpitaux, moins de routes, moins de trains, etc. Les états frappés de ce déclin devront soit laisser à l'abandon certaines infrastructures, soit les démolir si ces infrastructures s’avèrent dangereuses, laissées comme telles. Le Japon constitue en ce sens un peu un laboratoire. Le Premier ministre japonais vient de faire un discours légèrement anxiogène en annonçant que son pays pourrait bientôt ne plus pouvoir fonctionner. Il s'agit là à mon avis d'un discours essentiellement tourné vers la population pour l'inciter à accepter une immigration importante, ce que les Japonais ont toujours refusé dans l'ensemble. S'il existe une immigration au Japon, elle est encore minime, très sélective et surtout centré sur Tokyo .

 

Les villages peuplées de poupées est-ce l'avenir du monde ?

 

Au Japon, l'on peut déjà voir des villages morts et dépeuplés. Ce n'est plus si rare. La région de Fukushima qui se remet peu à peu de la catastrophe du tsunami d'il y a dix ans et des conséquences sur la centrale nucléaire de la région souffre plus de la dépopulation japonaise que des radiations qui ont aujourd'hui un niveau normal. Si les gens ne reviennent pas dans la région en nombre, ce n'est pas seulement à cause de la peur des radiations, mais bien parce que le pays perd des habitants chaque année. Étiolant ainsi les candidats potentiels au repeuplement de cette très jolie région du Japon. Le plus frappant ce sont ces villages abandonnés où les habitants qui restent mettent des poupées en guise de peuplement, c'est assez glauque pour tout dire. Si comme en France certaines régions sont victimes de l'exode rural c'est bien la très faible fécondité qui accélère l'apparition de ces villages morts peuplés d'habitants en toiles et en tissu. Cependant si le Japon nous indique un peu l'avenir de l'humanité il ne faut pas oublier que ce pays est une grande puissance industrielle et exportatrice. Tout comme les Allemands les Japonais ont en partie compensé leur déclin intérieur par la demande extérieure. Il ne s'agit donc pas tout à fait encore d'une application du raisonnement de Keynes sur l'investissement et la croissance dans un pays à faible natalité.

 

L'effondrement démographique pourrait tuer le capitalisme

 

De fait, le commerce extérieur a longtemps constitué un exutoire à la problématique de la natalité . Et si les Allemands continuent dans cette voie sans issue, les Japonais semblent tout de même comprendre qu'il n'y aura pas d'échappatoire que ce soit par les exportations ou par l'immigration qui ne peut en aucun cas compenser le déclin très rapide de la population. La seule solution pour éviter de se retrouver en décroissance économique permanente reste la relance de la natalité, cependant il est déjà trop tard pour les trente prochaines années dans le cas du Japon. L'un des principaux effets de cet effondrement économique semble être un changement de rapport de force radical entre le travail et le capital. Emmanuel Todd a cité récemment une réflexion d'un économiste américain pour qui l'effondrement de la population active en Chine allait produire une forte inflation à l'échelle mondiale. Todd a vu dans le retour de l'inflation actuelle une validation de cette hypothèse. À titre personnel, je pense surtout que c'est la crise COVID et l'arrêt de nombreuses chaînes de production qui ont momentanément produit cette inflation. Celle-ci commence d'ailleurs à décroître, en Europe évidemment s'ajoute le gros problème du marché de l'énergie absurde et la crise en Ukraine qui nous a coupés de la Russie. Cependant, l'hypothèse est tout à fait plausible à moyen terme. La raréfaction des salariés en Chine pourrait vite produire une inflation mécanique à l'échelle du globe.

 

Keynes pensait qu'une très faible anticipation de croissance pousserait à un pessimisme tel que les investissements décroîtraient et produiraient ainsi un chômage massif. Mais ce que l'on observe au Japon est plutôt un manque chronique de main-d’œuvre. Encore une fois, le Japon ou l'Allemagne sont peut-être de mauvais exemple à cause de leur rôle d'exportateur dans un monde qui a encore de la croissance démographique pour un temps. Mais tout se passe comme si les acteurs économiques ne réduisaient pas à la mesure du déclin démographique les investissements. L'on pourrait dès lors se dire qu'à terme le capitalisme va avoir un énorme problème. Alors que Marx pensait que la révolution prolétarienne balaierait le capitalisme, il semble plutôt que ce soit par les berceaux que les exploités de la terre risquent de renverser le rapport de force avec le grand capital. On pourrait même supputer que c'est en partie à cause du ralentissement de la croissance démographique dans les années 70 que le capital européen, et américain, a cherché à travers la globalisation, et l'immigration de masse, une échappatoire au changement de rapport de force qui commençait à se faire jour à cette époque par l'inflation des salaires, et des prix.

 

Ainsi le monde de demain manquant en permanence de salariés verrait son capital sans cesse perdre de la valeur à cause de l'inflation permanente. Le fantasme de Silvio Gesell sur les monnaies fondantes dont nous avons parlé dans un autre texte pourrait devenir réalité dans un monde en décroissance démographique permanente. Mais cette hypothèse n'est pas la seule . Celle d'une société qui se déstructure progressivement et dans laquelle un vaste chômage de masse par manque d'investissement constant n'est pas à ignorer. Mais dans les deux cas, il semble que l'organisation de la société autour de la mécanique de l'intérêt et du capital perdra de sa substance. Des sociétés en déclin démographique permanent devront probablement changer de système économique pour survivre et pour revenir à terme à un certain équilibre démographique. Mais si sur le point économique nous allons voir d'immenses changements, il n'est pas certain qu'ils soient plus grands que les changements de rapports de force entre les nations. Nous français qui avons été la superpuissance de l'Europe pendant des siècles à cause de notre démographie, et qui avons perdu cela, nous le savons bien, les changements de rapport de force démographiques entraînent aussi de grands changements de rapport de force géopolitiques.

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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 15:09

 

Tout d'abord, bonne et heureuse année 2023. J'espère que vous avez passé un bon réveillon en famille. Alors que nous sortons d'une année épouvantable notamment à cause de la crise ukrainienne et de la catastrophe énergétique résultant de 20 ans de très mauvais choix politique, rappelons que les deux années précédentes avaient été déjà assez éprouvantes pour la société française. La crise du COVID avait déjà bien abîmé le pays. Enfin plus exactement, les mesures aussi délirantes qu’inefficaces prises par le gouvernement avaient déjà bien abîmé le pays . Et le président malheureusement réélu va très certainement continuer son travail de sape. Je ne vais pas m'évertuer à peser les actions de Macron et de son gouvernement. Je sais que bon nombre d’analystes parlent d'incompétence, et il est vrai que lorsque vous dirigez une nation uniquement avec des sondages d'opinion et un esprit de communicant vous ne pouvez rien faire pour résoudre réellement les problèmes du pays. Mais il s'agit là d'un problème constant chez nos élites politiques depuis au moins Giscard. Emmanuel Macron va bien plus loin que ça, il y a une trop grande constance dans ses actions à nuire aux intérêts du pays pour qu'il s'agisse uniquement d'erreur et de vision à court terme.

 

Il y a chez Macron une constante détestation de l'intérêt national . Alors agit-il par corruption pour des puissances étrangères ? Est-il tenu en laisse pour des affaires qui le mettraient en danger si elles étaient révélées et que des gouvernements étrangers particulièrement américains utiliseraient pour le contraindre à nuire à nos intérêts ? Ou bien déteste-t-il son pays à un tel niveau qu'il veut le dissoudre totalement dans un grand machin européen ? Il est bien difficile de distinguer lequel de ces motifs est le plus probable. Ma conviction personnelle c'est que c'est un savant mélange d'incompétence, de prétention, de corruption et d'antinationisme qui motive le personnage. Mais cela rend ses actions extrêmement prévisibles, car à chaque crise le personnage prendra toujours grand soin d'agir au maximum contre l'intérêt national, c'est systématique. Le plus inquiétant dans notre situation c'est que Macron représente bien une part importante de notre population, celle qui a les capitaux et les hauts revenus. Une société ou une civilisation peut-elle survivre quand ses élites veulent sa destruction ? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse et je dois dire que je ne suis pas certain qu'ils y aient d'exemple historique sur la question. Les civilisations qui se sont effondrées dans le passé l'ont toujours fait à cause d'erreurs d'appréciation et de politiques, de catastrophes militaires, démographiques ou de désastre naturel. Je crois que la France innove un peu en la matière avec le concept de suicide planifié par ses élites et une partie non négligeable de ses couches sociales supérieures. Toute une partie de notre population vit du commerce lointain, de l'Europe et de la globalisation et ils n'ont aucun intérêt à ce que cela change même si cela condamne le pays à long terme.

 

La grande déconstruction nationale Macroniste

 

L'année qui vient sera donc la continuation de la grande démolition. De toute façon, aucun des problèmes de fond de la société française n'est jamais abordé dans les grands médias. L'euro, l'UE, le libre-échange, la libre circulation des capitaux, autant de sujets qui ne sont jamais discutés, car indiscutables d'après les croyances courantes des élites nationales. On continuera à parler de réindustrialisation tout en voyant les déficits commerciaux exploser, de plein emploi alors que le gouvernement Macron s'est contenté de multiplier les radiations des listes de pôle emploi, de prospérité et de croissance alors que la dette enfle largement plus rapidement que le PIB pour des raisons assez simple que j'ai expliqué récemment . Bref plus nous avançons dans le temps et moins il y a de rapport entre le discours officiel, celui des grands médias et la réalité de terrain. Et les débats sont de plus en plus réduit à des discussions de détails sans intérêt, le fond d'existe plus dans les médias de masse. L'affaire n'est évidemment pas nouvelle, mais cela semble encore s'aggraver en matière d'économie.

 

La réforme des retraites est en ce sens emblématique . Beaucoup de grands esprits se pensent tout à fait rationnels en prônant le rallongement de la durée de cotisation et de l'âge du départ à la retraite. Après tout, nous vivons plus longtemps donc il est normal de travailler plus et longtemps. Et plus le pays vieillit et donc le nombre d'actifs par retraités diminue aussi donc il serait logique d'alléger la charge en diminuant le nombre de retraités artificiellement par l'allongement de la durée de cotisation. Tout ceci est effectivement très logique, mais en économique comme dans beaucoup de domaines le principe des physiciens du « toutes choses égales par ailleurs » n'est pas forcément fonctionnel dans le cadre économique. D'une part rappelons que le chômage en France est très élevé, malgré le discours faussaire dont fait preuve le gouvernement en l'a matière . On est à minima à 6 millions de sans-emploi. N'est-ce pas un peu ridicule de prôner une politique de réduction des retraites ou d'augmentation de la durée de cotisation alors que nous sommes encore loin d'utiliser toute notre force de travail ? Et les vieux actifs sont d'ailleurs fortement frappés par le chômage. La logique de l'augmentation de la durée de cotisation n'a de sens que dans une situation de réel plein emploi comme au Japon , ce n'est pas le cas en France et nous en sommes loin.

 

Bien évidement, nous le savons, la politique de réforme des retraites faisait partie du paquet cadeau du fameux plan de relance de Macron qui a surendetté le pays pour rien. Encore une preuve du peu d'intérêt que porte Macron à la France. Nous pourrions également parler de l'incroyable absurdité de la mise en place d'un endettement public indexé sur l'inflation. Alors même que Macron refuse d'indexer les salaires sur l'inflation, ce qui résoudrait une partie de nos problèmes, il fait par contre de très gros cadeaux aux banques par ce biais. Il a bien montré avec cette mesure pour quels intérêts il roule.

 

 

Et que dire de la situation militaire puisqu'on voit maintenant que même des généraux commencent à mettre en question la politique de livraison délirante d'armes à l'Ukraine. En cas de conflit imminent que nous resterait-il pour nous défendre ? Plus grand-chose d'autant que la France dépend là encore de plus en plus de l'étranger même pour les armes à l'image du Famas remplacé par le HK416 un fusil allemand. De fait même si nos élites semblent s’inquiéter de la capacité du pays à faire face à un long conflit pour une question de stock de munitions, il serait bien plus judicieux de refaire une production nationale pour l'armement. Plus que d'un stock, c'est d'une capacité autonome de production d'armement dont nous avons besoin. Un pays ayant les moyens de production autonomes n'a plus à trop se soucier des stocks même si évidemment cela garde son importance . On voit ici que la problématique militaire est identique à d'autres domaines. Est-il bien raisonnable d'avoir à ce point fermé des usines de production des médicaments ? Les pays producteurs comme la Chine qui se retrouvent dans un contexte difficile avec une épidémie font bien évidemment passer l'intérêt de leurs citoyens avec les règles du saint marché libéral. Et nos pays se retrouvent donc en pénurie de médicaments. Comme je l'avais expliqué dans ce texte, la spécialisation à l'échelle globale pourrait entraîner de véritables catastrophes planétaires. La crise du COVID n'a été qu'un coup de semonce.

 

Il faut bien convenir de la réalité, 2023 risque d'être une année difficile. Les mesures qui ont été prises à nouveau contre la Russie en interdisant le pétrole cette fois vont probablement être la première actualité dangereuse pour le continent cette année. Faute de diesel je vous laisse imaginer les difficultés pour les transports par camion. Sans parler de nos services publics comme les pompiers qui utilisent encore du diesel . Sans livraison c'est toute la chaîne alimentaire qui pourrait être gravement perturbée . Les grandes villes n'ont pas de réserve pour tenir sans un flux continu alimentant les supermarchés. Après avoir tué une grande partie de nos industries et de nos petits commerces par l'explosion absurde des prix de l’électricité grâce au stupide marché européen de l'énergie, ce second coup pourrait être véritablement fatal.

 

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25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 14:51

 

Je note que dans les médias et sur divers réseaux sociaux l'on voit passer souvent des attaques ridicules sur le fait que la France serait de gauche, étatiste, voire même communiste. Ce n'est vraiment pas sérieux de décrire notre pays comme cela et je pense que le travail de sape intellectuel que les néolibéraux ont fait depuis 40 ans dans ce pays explique en grande partie la situation d’incompréhension dans laquelle se trouve une grande partie de nos compatriotes. Les gens n'ont pas les idées claires sur les questions économiques et sur les idéologies qui s'imposent à eux. Il faut dire que les raccourcis et les anathèmes forment une grande partie de la communication des journaux, qu'ils soient écrits ou télévisuels. Comme nous l'avons vu rapidement dans un texte sur les médias, ces derniers ne sont pas là pour informer, mais pour faire de l'audience. Par cette simple contrainte, ils passent leur temps à répéter en quelque sorte ce que tout le monde pense savoir sur tel ou tel sujet. Il est très rare que les grands médias se donnent la peine de réellement élever le débat quand il y a débat. Or pour beaucoup de gens, les médias à la télé dans les journaux ou sur internet sont les seules sources d'information. Rares sont ceux qui iront lire des livres universitaires, scientifiques ou historiques sur tel ou tel sujet.

 

Très tôt, les libéraux ont compris l'importance des médias pour influencer le grand public. Ils n'avaient guère de respect pour les fonctions de journalistes d'ailleurs et l'on ne saurait vraiment leur donner tort sur cette question. Ils ont donc compris que pour imposer leurs idées dans la politique en générale ce n'était pas dans l'affrontement intellectuel dans les grandes universités ou les centres de production du savoir qu'il fallait agir, mais dans les médias. Et pour gagner les cœurs et les têtes, ils pouvaient aussi compter sur le gratin financier qui, loin d'être intéressé par la véracité des thèses libérales, savait pertinemment que ces thèses allaient dans leurs intérêts à court terme. C'est dans les années 70-80 que l'offensive commence avec en France le point d'orgue que fut la pathétique émission présenté par Yves Montand « Vive la crise » en 1984. Il faut dire qu'à l'époque le pouvoir socialiste avait déjà renoncé au nom de l'Europe et des fantasmes anti-germaniques de Mitterrand aux politiques keynésiennes . En effet pour faire une politique keynésienne il aurait fallu que la France quitte le SME, la CEE (ancêtre de l'UE) et fasse cavalier seul en faisant du protectionnisme pour empêcher les Japonais et les Allemands de massacrer notre production industrielle. Mais la gauche a choisi la voie eurolibérale et nous ne sommes jamais sortis de celle-ci. C'est d'ailleurs pour cela qu'à mes yeux il n'y a rien de plus drôle que de voir un libéral nous expliquer que les problèmes de la France sont dus au gauchisme, au communisme et à l'étatisme. La France a entièrement suivi l'agenda libéral depuis 1974 . La seule exception fut la courte période 1981-1983 où on a eu droit à une relance sans protectionnisme, ce qui explique son échec relatif comme je l'ai expliqué dans mon texte précédent sur l'incompatibilité structurelle entre le libre-échange et les relances keynésiennes.

 

L'aspect libéral de l'économie française est macroéconomique

 

Lorsque les libéraux décrivent généralement l'économie française, c'est pour souligner le poids de la dépense publique, le poids de l'état dans l'activité économique, le nombre de fonctionnaires, etc.. Vous connaissez probablement les longues litanies libérales sur le sujet. La crise française serait due à trop d'états avec trop de fonctionnaires et ainsi de suite. À l'inverse la gauche bourgeoise oppose à ce discours des arguments souvent spécieux. À coup de lutte contre les injustices sociales, la nécessite de ne pas ressembler à l’épouvantail américain. Et il est vrai que sur le plan de la santé par exemple, si la France connaît une nette dégradation, on le voit avec la hausse de la mortalité infantile, on est quand même encore assez loin de l'état du système de santé américain qui tout en étant totalement privatisé est aussi le plus inefficace de l'OCDE et le plus cher du monde. Mais le problème c'est que la gauche n'arrive pas à contredire réellement les arguments libéraux. Parce qu'au fond d'elle, la gauche française est libérale. Elle a intériorisé les éléments de langage et les tabous des libéraux. Et je vais vous étonnez même la LFI ou Besancenot sont des libéraux qui s'ignorent, car au grand jamais ils ne remettront en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises. Et je ne parlerai pas ici de son fanatisme anti-frontière et de son tropisme européen.

 

De fait faute de combattants adverses, les libéraux se sont vite retrouvés seuls dans les médias . On peut situer leur victoire médiatique au milieu des années 90. Et l'effondrement de l'URSS, leur pseudomodèle alternatif mental, a momentanément fait croire à ces derniers en la victoire de la société de marché totalement dérégulée. Le problème qu'ils n'ont pas vu, c'est qu'en réalité c'est l'effet même du libéralisme total qui sera désormais leur véritable ennemi. Et le réel est un ennemi impitoyable avec les idéologues, les communistes en savent quelque chose. Crise à répétition, explosion des dettes résultant des crises, déséquilibres commerciaux massifs, le monde globalisé n'en finit pas de produire des crises et l'occident ne produit plus de croissance sans faire exploser ses dettes sous toutes leurs formes. Bien évidemment comme il est difficile d'assumer les conséquences d'une pensée économique qui s'avère erronée, on va accuser les pensées économiques alternatives d'être responsables du désastre. C'est ainsi que toutes les crises sont le produit de l'étatisme, et des derniers restes de l'économie flamboyante d'après-guerre qui avait le malheur de ne pas vraiment être libérale, car fortement interventionniste et régulatrice.

 

Il faut rétablir la vérité concernant toute l'évolution de notre économie depuis 40 ans. Dans les années 70, la montée de l'inflation fait alors dire à certains que le modèle d'après guerre n'est plus bon, qu'il fallait éliminer la régulation. La vérité c'est qu'il y a eu tout d'abord une hausse du coût de l'énergie et de l'autre un ralentissement progressif des effets du progrès technique sur les gains de productivité. Tout ceci n'a rigoureusement rien avoir à faire avec le modèle économique. Il fallait effectivement ralentir la hausse des salaires puisque les gains de productivité ralentissaient, mais il fallait tout autant ralentir les gains pour la finance et les bénéfices des entreprises. La rupture de ce que l'on avait appelé le consensus fordiste par la dérégulation financière et commerciale tient avant tout d'une grave erreur de diagnostic. Une erreur qui va entraîner des prises de décision macroéconomiques qui vont finalement être fatales à long terme aux pays qui vont pratiquer le néolibéralisme décomplexé.

 

La dérégulation du commerce n'a jamais eu pour but d'accélérer la croissance économique, elle n'avait comme seul but que la casse des salaires en occident. Il fallait mettre fin à l'inflation à tout prix même au prix d'un chômage massif ce qui fut fait. Les délocalisations et la concurrence des pays à bas salaire ont effectivement cassé le lien entre la hausse des gains de productivité et l'évolution salariale. Cette politique à bien évidemment produit du chômage, et dès lors les politiques de l'emploi ont juste consisté à s'adapter aux contraintes externes nouvellement produites par la politique du libre-échange . Toutes les politiques libérales de l'emploi qui consistent à déréguler les conditions d'embauche, à détruire la stabilité de l'emploi, à réduire les aides aux chômages et à mettre fin aux « rigidités » de l'embauche ou du licenciement, découlent de la logique du libre-échange. Cette logique malsaine est entièrement le produit du libre-échange et donc dire que la France est socialiste ou dirigiste alors même qu’elle applique cette contrainte à sa population est une malhonnêteté intellectuelle invraisemblable.

 

De la même manière, la dérégulation financière qui consistait à mettre fin au contrôle des changes et des capitaux est à la base de la destruction de notre système fiscal. En effet à partir du moment où vous laissez les capitaux circuler librement, ces derniers exercent mécaniquement une pression à la baisse fiscale, c'était même le but des libéraux depuis le début. Les capitaux vont là où c'est le plus rentable d'investir et où les impôts sont les plus bas. Contraindre l'état, en particulier, à se plier aux contraintes du marché financier était le but ultime des libéraux et ils ont réussi. D'un côté vous obligez l'état à emprunter sur les marchés internationaux des capitaux au lieu de la banque de France. Créant ainsi des intérêts sur la dette qui n'existaient pas avant. De l'autre côté avec la pression de l'évasion fiscale vous obligez les états à faire une course au moins-disant fiscal entraînant toute la planète vers la baisse de la fiscalité pour les grandes entreprises et les particuliers richement dotés. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir les dettes des nations flamber depuis les années 70 . Le problème c'est que les libéraux pensaient ainsi libérer l’investissement et donc accroître la croissance, mais c'est bien Keynes qui avait raison, l'investissement est avant tout piloté par la demande. L'explosion des bénéfices pour les multinationales n'a pas créé de surplus d'investissement, mais des bulles spéculatives, car les entreprises n'avaient en réalité aucune raison pratique d'investir plus. Non content d'avoir asséché les économies occidentales en industrie et produit un ralentissement de la croissance, l'ouverture financière va créer un casino spéculatif géant, appelé marché financier, dont les ratages vont produire des crises à répétition de plus en plus violentes. À la prochaine crise financière, on ne voit d'ailleurs pas comment les états occidentaux vont pouvoir s'en sortir avec leurs endettements stratosphériques.

 

Alors la gauche ressort régulièrement la martingale de la lutte contre les paradis fiscaux, mais c'est de la poudre aux yeux. Il y a toujours eu des différences fiscales entre les nations, tout comme il y a toujours eu des avantages comparatifs différents, mais ce sont justement les frontières qui empêchaient ces différences de causer des problèmes. L'absence de frontières devrait contraindre à une homogénéisation, mais celle-ci, si elle se produisait, se ferait sur la base du moins-disant fiscale. Il est de toute manière peu probable qu'une telle évolution advienne le laissez-faire libéral touchant surtout l'UE et les USA . Le reste du monde adhère beaucoup moins au laissez-faire. Et pour les USA on voit bien que l'envie d'en finir avec le dogmatisme libéral est de plus en plus palpable. La mise en place d'une politique de protectionnisme de subvention montrant un tournant aux USA en la matière même s'il s'agit d'un protectionnisme très maladroit à mes yeux.

 

Libéralisme apparent, égoïsme de classe pratique

 

Si le libéralisme économique des années 70-80 a eu un certain dynamisme intellectuel dans le sens où nombre de ses défenseurs étaient réellement motivés par ses idées, le libéralisme actuel semble tout de même moins conquérant. Si ses défenseurs prétendent que leur idéologie a permis de grand progrès à l'échelle mondiale, ils savent au fond que les pays qui sont sortis de la misère ces quarante dernières années le doivent peu au libéralisme en dehors du fait qu'ils aient permis les délocalisations. Contrairement aux discours ridicules, la Chine n'a rien d'une puissance libérale par exemple. Si elle n'est plus vraiment une nation communiste, elle n'est certainement pas une adepte du laissez-faire bien au contraire. On pourrait facilement la comparer au système français d'après-guerre en plus autoritaire et beaucoup moins libérale sur le plan politique . La Chine est une économie mixte qui navigue à vue sur le plan économique, sans vraiment faire dans l'idéologie, et c'est probablement pour ça que cela fonctionne. L'autre réussite la Corée du Sud n'est pas non plus une nation libérale. L'état a des politiques macroéconomiques vigoureuses et n'a pas hésité à maintenir longtemps des politiques protectionnistes tant que cela était favorable au commerce coréen . En réalité dans les pays qui ont réussi aucun n'a pratiqué le laissez-faire et le libre-échange. D'ailleurs, l'un des pays les plus dynamiques du monde à l'heure actuelle, le Vietnam, est encore une fois un régime communiste devenu fortement pragmatique.

 

Bref si le libéralisme a été promoteur de richesse pour certains pays c'est avant tout parce que ces derniers ne l'ont pas pratiqué pendant que les anciennes puissances industrielles, elles , se sont désarmées et ont ouvert leurs frontières. Mais cette histoire n'est pas nouvelle, cela s'est déjà passé au 19e, les protagonistes étaient juste différents. Les USA, l'Allemagne, le Japon et la France furent protectionnistes à la fin du siècle pendant que d'autres puissances en Amérique du Sud, dans l'Empire ottoman, ou en Inde (par la contrainte britannique) pratiquaient le libre-échange. On connaît la suite et les vainqueurs de l'histoire, je vous invite à relire l'économiste et historien Paul Bairoch sur la question. En clair, le libéralisme a du plomb dans l'aile. S'il continue à dominer, c'est d'une part à cause de la logique qui concourt au fonctionnement des médias qui sont par nature ultraconservateurs s’astreignant à faire circuler indéfiniment des idées reçues, en l’occurrence en matière économique, celles du libéralisme.

 

Ensuite, le maintien du libéralisme tient aussi aux intérêts des classes sociales dominantes sur le plan économique. Car si le libéralisme des années 70-80 a fait énormément de victimes chez nous, il a aussi fait des gagnants. Ils sont peu nombreux, mais ont beaucoup de moyens. Peu attachés à leur nation, ils ont souvent les pieds sur plusieurs continents, et il est clair que dans leur cas une vision nationale ne peut être que cauchemardesque. Imaginez être obligé de payer des impôts comme tout le monde et de payer les salariés correctement . Ne plus pouvoir importer des produits faits par des miséreux au Bangladesh pour les revendre extrêmement cher dans les boutiques parisiennes. L' entrepreneuriat dans l'économie mixte française en 1960 consistait à inventer des choses, à organiser une chaîne de production et à faire bosser des ouvriers , l'entrepreneuriat des années 2022 consiste essentiellement à acheter des choses faites à pas cher et à les revendre chez nous. On n’est plus du tout dans le même type d'entrepreneurs, on s'approche un peu des négriers du 18e, d'ailleurs eux aussi justifiaient leur commerce au nom de la loi de l'offre et de la demande. Si le libéralisme a coïncidé un moment avec la mode de la bourgeoisie des années 70 et a eu un certain engouement populaire, il est aujourd'hui le bouclier d'une classe sociale parasitaire qui n'a d'autre intérêt qu'elle-même. Elle cache ses intérêts de plus en plus mal derrière un libéralisme dont il est assez facile en fait de montrer l'inanité pratique. Dire qu'il fut un temps où le libéralisme prétendait lutter contre les rentes et les avantages acquis, aujourd’hui il sert surtout à les fabriquer et à les maintenir .

 

 

 

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22 décembre 2022 4 22 /12 /décembre /2022 16:13

 

 

Nous vivons tout de même une drôle d'époque. On a parfois l'étrange impression que les gens qui nous dirigent ne savent pas vraiment ce qu'ils font, et ce n'est probablement pas qu'une impression d'ailleurs. Macron qui est au fond de lui un libéral a quand même pris des décisions momentanées que certains qualifient faussement de keynésienne. En effet au beau milieu de la crise Covid Emmanuel Macron a fait de multiples plans de relance à coup de « quoiqu'il en coûte ». Ce faisant Emmanuel Macron est l'homme qui a le plus amplifié la dette française depuis 40 ans, ce qui fait beaucoup pour quelqu'un qui est en fait un gros libéral. En effet, Emmanuel Macron, qui s'enorgueillit avec trop de confiance sur les chiffres de chômage de plus en plus frelaté, a fait exploser la dette française . Et ce qui aurait dû inquiéter nos communicants télévisuels, je n'ose plus parler de journalistes, car je ne suis pas certain qu'il y ait encore des gens pour pratiquer ce métier en France, c'est que la dette a grimpé beaucoup plus vite que le PIB .

 

Cela peut paraître normal à monsieur et madame tout le monde, mais en réalité ce ne fut pas toujours le cas historiquement parlant. Dans les années 60 quand l'état français faisait 1% de dette qu'il injectait dans l'économie sous forme d'investissement public généralement, le PIB finissait par croire quatre ou cinq fois plus vite, de sorte que l'augmentation de la dette en volume était moins rapide que celui de la richesse nationale. Donc en proportion la dette en fait se réduisait malgré le plan de relance. C'est ce que l'on a appelé un peu abusivement les plans de relance keynésiens. Mais depuis les années 70 dans les pays avancés, on assiste petit à petit à la réduction de cet effet. C'est aux USA que le déclin du multiplicateur keynésien a été le plus visible. Mais les USA ont quand même continué à utiliser les relances crise après crise malgré le fait que ce multiplicateur keynésien est devenu progressivement inférieur à un, occasionnant un accroissement toujours plus rapide de la dette. À tel point que le service de la dette américaine est maintenant le premier poste de dépense de l'état américain avec 800 milliards de dollars par an.

 

 

 

Je soupçonne Emmanuel Macron de penser que les grands équilibres n'ont plus d'importance. Il s'agit là d'une croyance qui s'est développée chez certains économistes avec l'apparente impunité de l'économie américaine. En effet suivant la logique économique classique, un pays ayant une telle dette et un tel déficit commerciaux devrait voir sa monnaie s'effondrer et son inflation atteindre des niveaux zimbabwéens. Mais c'est ignorer le rôle particulier que tient le dollar dans l'économie mondiale. Nous en avons déjà parlé régulièrement, mais c'est ce statut de monnaie de réserve international et son rôle dans l'échange des matières premières en particulier pour les énergies fossiles qui permet au dollar de ternir sans que l'état américain ne se soucie des grands équilibres. Certains pourraient également ajouter le rôle de l'armée américaine capable de frapper n'importe quel pays récalcitrant qui accompagne la pax américana et le rôle du dollar. C'est ce que l'on nomme plus simplement l'Empire américain même si ses défenseurs avouent rarement qu'il s'agit d'un empire. Il est donc assez spécieux de croire que cette situation particulière de la monnaie américaine permet d'en déduire une généralité comme la fin de la nécessité d'équilibrer ses comptes intérieurs et extérieurs.

 

C'est pourtant ce que semblent croire certains de nos dirigeants qui en apparence ne s'inquiètent plus du tout de l'amoncellement de dettes sous toutes leurs formes. L'autre facteur qui explique aussi probablement cette irresponsabilité macroéconomique vient certainement de l'appartenance à la zone euro. En effet, l'euro protège la France des conséquences des déficits extérieurs, mais en même temps c'est l'appartenance à la zone euro qui la provoque. Emmanuel Todd avait comparé cela à une drogue, je parlerai plutôt d'un analgésique économique. Cela camoufle la douleur de la désindustrialisation, cela permet de produire des emplois de services en surnombre pour permettre aux gens de continuer à consommer, mais vous mourrez à petit feu en réalité. Jusqu'au jour où il y aura un sevrage brutal et ce jour n'est plus si loin désormais. La France s'est fait dépecer petit à petit sans rien sentir grâce aux bulles immobilières que les injections monétaires et les taux bas ont permises. Emmanuel Macron et ses prédécesseurs n'ont pas compris que les plans de relance keynésiens font partie d'un système d'organisation qui implique une forte régulation par les frontières sur les capitaux et les marchandises. Et que si cette condition manque, les plans de relances peuvent s'avérer extrêmement néfastes à long terme.

 

Le multiplicateur keynésien

 

Pour comprendre cela, je vais réexpliquer rapidement ce qu'est le multiplicateur keynésien. Mais bien sûr je vous invite à lire et à relire Keynes sur ce sujet. Notamment en ressortant son recueil de textes que Jean Paul Fitoussi avait fait éditer aux éditions Tel Gallimard il y a quelques années . J'en profite d'ailleurs au passage pour saluer la mémoire de Fitoussi dont j'ai appris bien tardivement son décès qui a eu lieu en avril dernier . Il fut l'un des rares économistes assez médiatiques à remettre en cause les certitudes néolibérales du moment, et il n'a pas hésité à comparer Keynes à un Einstein de l'économie. Un Einstein qu'on aurait voulu oublier et enterrer lui et ses théories trop gênantes pour certaines classes sociales.

 

Pour en revenir à notre sujet, c'est quoi le multiplicateur keynésien ? Il faut tout d'abord replacer le raisonnement dans le contexte où Keynes a imaginé son multiplicateur. Il s'agit d'un contexte de chômage de masse résultant de la grande crise des années 30. À l'époque de nombreux penseurs et économistes cherchaient une porte de sortie à une misère qui semblait s'étendre de façon inéluctable à toutes les strates de la société. Keynes émit des hypothèses de travail lui permettant de résoudre en théorie la question du chômage de masse . Le multiplicateur keynésien est assez simple en fait. Si vous considérez une économie dans un régime fermé, c'est-à-dire dans une situation dans laquelle vous consommez ce que vous produisez et inversement (nous y reviendrons, cette condition est très importante). Votre économie forme en quelque sorte un circuit fermé, la consommation des uns est la production des autres et inversement. Dans ce cadre là si vous augmentez la masse monétaire en circulation, vous créez artificiellement de la demande. Et si votre société est en proie à une sous utilisation de la population et au chômage alors cette demande supplémentaire va inciter les entreprises à embaucher pour répondre à la demande.

 

Pour calculer les effets de ces politiques de relance, appelons simplement notre plan de relance de départ D. L'état, pour mettre fin au chômage, va faire cette dépense D soit en distribuant directement l'argent à la population, soit en baissant les impôts sans contrepartie du même montant, soit en finançant des projets qu'il a sous le bras depuis longtemps et qu'il utilise cette occasion pour les réaliser. C'était d'ailleurs l'objectif originel du commissariat au plan celui de fournir des projets prêts à l’emploi au cas où nous aurions soudain des besoins d'activité pour occuper toute notre main-d’œuvre. À l'occasion Keynes avait fait sa célèbre boutade qui consistait à dire que l'on pourrait tout autant employer des gens à creuser des trous et à les reboucher, mais qu'il serait tout de même plus avisé de les employer pour des projets utiles à la communauté. Donc l'état dépense D pour alimenter la demande nationale. Vous construisez par exemple des centrales nucléaires (on en aurait bien besoin en ce moment). Cette dépense D va alimenter les salaires des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs et des entreprises en général qui vont faire les travaux. Une partie de cette somme l'état va directement la récupérer sous forme d'impôt par la TVA l'impôt sur le revenu, etc. Mais les dépenses que vont faire à leur tour les salariés du nucléaire vont encore faire circuler cette dépense. Cette dépense sera cependant amputée en fonction de leur habitude d'épargne. D, amputé de l'épargne de nos salariés du nucléaire, va donc donné après un certain laps de temps D*p où p est la propension à consommer qui est une variable qui varie de 0 à 1. À 0 vous épargnez 100% de vos revenus (sacré radin), et à 1 vous consommez 100% de vos revenus.

 

Donc au bout d'un moment on a l'état qui a dépensé D, mais dans l'économie on se retrouve avec D+D*p . Mais l'argent de la dépense primaire va continuer à circuler un peu comme lorsque vous jetez un caillou dans l'eau qui va continuer à faire des vaguelettes circulaires autour du point de chute de votre caillou. Un laps de temps plus loin on a la consommation des salariés du nucléaire qui a alimenté d'autres personnes dans les supermarchés, les restaurants et les autres activités possibles . Et eux même vont consommer avec cet argent dont l'origine est la dépense primaire de l'état D. Et cette dépense diminue progressivement avec la propension à consommer. À la seconde vague cela nous donne comme dépense totale D+D*p+(D*p)*p= D+D*p+D*p² . Pour ceux qui se souviennent de leur lointain cours de mathématique on a affaire ici à une suite géométrique de raison p . cela fait une équation finale de :

 

Accroissement du revenu total = D+D*p+D*p² +...+D*p^n où n est le nombre de vagues de diffusion de l'accroissement de la consommation initiale. Comme p<1 D*p^n tend vers zéro lorsque n tend vers l'infini. En factorisant, on obtient la suite géométrique :

 

K= 1 / (1-p) K étant le multiplicateur keynésien et p la propension à consommer . Si votre propension à consommer est de 0,8 c'est à dire que la population épargne 20% de ses revenus alors k= 1/ 1-0,8= 5

Pour une dépense de 1 vous accroissez la richesse de 5 .

 

Évidemment ces raisonnements simplifient énormément la réalité . Le taux d'épargne n'est pas homogène . Il peut y avoir des difficultés d'embauche liées à plein de problèmes, difficulté de déplacement, niveau de formation. La population peut simplement ne pas accroître sa consommation pour x ou y raison, etc. Mais globalement il est indéniable qu'une dépense importante de l'état qui injecte de la masse monétaire supplémentaire dans un pays qui a du chômage est une bonne chose.Comme la richesse du pays croit plus vite que la dette, vous pourrez toujours la rembourser sans problème parce que les revenus de l'État augmenteront plus vite. Il reste cependant la première hypothèse de départ, celle qui est la plus importante. Il faut impérativement que l'argent circule dans le pays qui fait la relance. Or comme vous le savez, nos frontières sont ouvertes. On sent tout de suite que cela va poser problème. En fait si une part du revenu qui est censé circuler dans l'économie du pays part à l'étranger votre multiplicateur va décroître progressivement. Et s'il devient inférieur à un, vous avez un problème, car l'accroissement de la dette va devenir alors supérieur à l'accroissement de la richesse du pays.

 

Avec les mesures anticovid la dette française a augmenté plus de deux fois plus rapidement que le PIB . Preuve que le multiplicateur keynésien ne fonctionne plus. Et pour cause nous ne sommes plus dans un cadre keynésien depuis les années 70. Il a fallu du temps pour que les délocalisations et la fuite des capitaux se fassent sentir, la France avait encore de beaux restes dans les années 80-90, mais c'est terminé. Il nous reste dès lors deux choix à faire . Le premier est d'accepter la fin des politiques de régulation macroéconomiques keynésiennes qui vont avec le libre-échange. La France doit alors devenir totalement libérale et laissez faire le marché avec la violence que cela implique. Chômage massif, exclusion d'une part de plus en plus importante de la population, la France n'ayant aucun avantage comparatif à l'échelle mondiale. Il faudra alors accepter une sud-américanisation de notre société avec de petits centres de richesses extrêmes entourées de bidonvilles. Soit nous le refusons et alors cela implique de rendre à nouveau opérationnelles les politiques de régulation macroéconomiques . Cela signifie donc abandonner le libre-échange l'euro et l'UE pour faire du protectionnisme et relocaliser notre production en France. La situation d'entre-deux dans laquelle nous ont mis nos dirigeants n'est pas tenable à long terme.

 

Nous sommes à la croisée des chemins. Au début des années 80, Mitterrand a choisi la voie Rocard qui consistait à intérioriser le libéralisme économique. Mais les socialistes de l’époque pensaient naïvement que l'ont pourrait faire à terme des politiques keynésiennes à l'échelle européenne. Sauf que cela n'a pas évolué en ce sens et que l'UE n'a été que le cheval de Troie du néolibéralisme et de l'ordolibéralisme allemand. En réalité nos dirigeants n'ont jamais voulu assumer leur libéralisme en allant au bout de la logique parce qu'ils ont peur de la réaction de la population . Alors ils ont fait grimper les dettes sans se soucier du lendemain. Beaucoup d'économistes libéraux parlent de la France comme d'un état socialiste, voir communiste. La preuve en serait la dette et la dépense publique. C'est complètement faux, en réalité ce sont les conséquences macroéconomiques du choix du libre-échange tout en n’en assumant pas les conséquences qui ont conduit à cette situation. D'ailleurs, la dette et la dépense publique a flambé dans les tous les pays développés, y compris aux USA ou au Japon qui ne sont vraiment pas des pays socialistes. Rééquilibrer les comptes extérieurs par le laissez-faire complet conduirait probablement notre pays à des taux de chômage de 40 ou 50% et à une très grande misère. Ce n'est pas politiquement acceptable. Nous subissons en réalité une situation de non-choix de la part des politiques et c'est particulièrement vrai avec Macron. Totalement acquis au libéralisme il ne peut pas accepter l'échec du laissez-faire et de ses baisses d'impôt pour les plus riches alors il laisse filer la dette. Mais nous ne pourrons plus différer nos choix très longtemps soit on admet la catastrophe qu'a été le libre-échange pour notre pays soit on continue et la France va se couvrir de gang et de favelas.

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 15:02

 

Nous avons abordé précédemment la nécessité des politiques protectionnistes pour réindustrialiser le pays. Nous avons également montré que ce seul protectionnisme ne suffirait pas en l'état pour réindustrialiser, il doit être accompagné d'une politique volontariste en fonction des secteurs dans lesquels on veut atteindre une certaine autonomie industrielle. Dans ce dernier texte, nous allons aborder rapidement la question de l'éducation nationale et celle de la mise en place d'un nouveau système bancaire et financier . Deux facteurs qui sont éminemment importants pour l'industrie à long terme, car sans un personnel qualifié du haut en bas de l'échelle des formations impossible de faire fonctionner correctement une industrie. De la même manière, notre finance totalement déconnectée de la production de bien réel et qui n'a d'autre activité que la pure spéculation n'est plus du tout adaptée au financement d'un système industriel performant. Dans les deux cas nous pouvons parler de l'intendance permettant un bon fonctionnement du système industriel sans lequel la réindustrialisation ne sera jamais que parcellaire et peu efficiente malgré les efforts que nous pourrions fournir par ailleurs en matière de protectionnisme douanier ou de subvention.

 

Une bonne politique industrielle est un tout qui ne saurait fonctionner correctement sans que l'ensemble de la structure ne soit convenablement conçu. L'on peut tout à fait faire une analogie entre le système industriel et un biotope de la nature. Il s'agit d'une interaction complexe entre de multiples composantes de la société, dont les différentes parties ne doivent en aucun cas être négligées sous peine de faire dépérir l'ensemble du biotope industriel. Dès lors que la France s'est imaginée encore industrielle en négligeant des pans entiers de l'industrie comme avec le fantasme de l'industrie sans usines d'un Serge Tchuruk, ce fut le début de la fin. Faire une industrie sans usines c'est comme imaginer une bicyclette sans roue et Alcatel en a payé le prix fort en disparaissant purement et simplement alors qu'elle était un des leaders mondiaux de son secteur lorsqu'elle s'est lancée dans cette folie au début des années 2000.

 

L'instruction publique

 

Je ne vais pas épiloguer longtemps sur l'état de l'éducation nationale en France, beaucoup d'auteurs l'ont déjà fait à l'image de Jean-Paul Brighelli . L'éducation nationale reconnaît aujourd'hui officiellement l'effondrement du niveau . Ce qui caractérise cette baisse en France c'est son homogénéité, car elle ne touche pas que les milieux défavorisés comme on pourrait le croire à première vue. La baisse est générale, quelles que soient les couches sociales. C'est extrêmement inquiétant, mais aussi rassurant en un sens. Car la lutte pour relever la situation devrait à mon sens faire l'unanimité du haut en bas de la pyramide sociale et faire assez consensus dans la population. Le seul gros problème étant évidemment la partie du ministère de l'Éducation nationale qui nous a mis dans cette situation. Mais un ministre motiver pour changer la situation devrait facilement trouver du soutien dans l'opinion publique sans qu'il y ait d'opposition vraiment forte à cette orientation même dans les mouvements les plus réfractaires au changement dans le domaine. On peut espérer qu'un gouvernement national fortement motivé à l'affaire pourrait prendre dans ces conditions des mesures assez rapides avec un tel soutien. Même s'il faudra malheureusement des générations pour réparer les dégâts.

 

Sans parler d'une nécessaire remise en cause des méthodes d'apprentissage du français, l'on va ici parler simplement d'un objectif clair pour faire de l'instruction publique de qualité l'un pilier de la réindustrialisation française. Disons le tout net, il faut plus de math et de science à l'école. Il ne s'agit pas bien sûr de négliger le reste en particulier du français qui reste le cœur de l'instruction publique. Car sans maîtrise de la langue, il est bien difficile d'aller bien loin dans d'autres matières y compris en mathématique et en science. Mais la revalorisation des mathématiques et des sciences en particulier chez les couches aisées sera un point important pour un retour de nos jeunes dans l'industrie et les matières techniques et scientifiques. Il faut rendre à nouveau aux mathématiques, qui sont le langage de la science, toute leur place en matière de sélection des élèves. Le lent glissement que nous avons connu ces quarante dernières années avait bien été anticipé par Bourdieu notamment. En effet, il avait bien compris que les mathématiques sont par nature plus égalitaires au niveau sociologique . Un fils d'ouvrier aura plus de facilité à concurrencer un fils de la bourgeoisie en mathématique qu'en anglais . Les sciences sont moins marquées socialement que les matières comme le français, les langues étrangères ou l'histoire, elles dépendent moins des compétences intrafamiliales. En mettant les sciences au cœur de la construction des élites, nous avions un système qui était plus égalitaire et permettait une plus grande méritocratie. Mais dès les années 60, on voit en France un déclassement progressif en haut de la pyramide sociale des écoles scientifiques aux profits des cursus non scientifiques à l'image de science Po par exemple.

 

Ce déclassement pour la haute bourgeoisie explique peut-être le déclin des sciences en France, car les études que fuit le haut de la pyramide sociale finissent par faire fuir les strates sociales inférieures même si le processus a mis du temps à se faire sentir. Aujourd'hui, ce sont essentiellement les enfants de profs qui font encore tenir nos études scientifiques, les classes aisées se dirigeant plutôt vers les études de commerces et les études de droit, la seule exception étant les études médicales. Cela se ressent d'ailleurs dans le personnel politique. À l'époque du général de Gaulle, la France avait bon nombre d'ingénieurs chez ses députés et ses ministres aujourd'hui, ils sont aussi fréquents que les bonnes décisions prises par Macron depuis son accession au pouvoir. Il ne s'agit pas ici de dire que seuls des hommes politiques ayant des compétences techniques et scientifiques peuvent prendre de bonnes décisions pour réindustrialiser le pays. Mais l'absence totale de ce type formation appauvrit considérablement la capacité d'appréhension des gouvernements dans ces domaines. Avoir des ministres aux formations variés est la meilleure façon d'éviter de passer à côté de problèmes graves ou de solutions alternatives. Le fait d'avoir une extrême uniformité des formations au plus haut niveau de l'état explique en partie l'incapacité constante de nos dirigeants à voir l'ensemble des problèmes que traverse notre nation. Il n'est pas bon d'avoir toujours les mêmes profiles au pouvoir, surtout quand l'endogamie sociale s'ajoute à l'endogamie des diplômes.

 

Le rôle fondamental du système financier dans la réindustrialisation

 

Jusqu'ici nous nous sommes surtout attelés à penser comment l'état pourrait intervenir directement dans le processus macroéconomique pour renouer avec l'industrie. Et c'est un point essentiel surtout dans un pays comme la France où l'histoire de l'industrie est clairement liée à l'action publique qu'on le déplore ou que l'on s'en félicite. Le fait est que sans l'état la France ne se serait probablement jamais industrialisée. L'absence de patriotisme et le manque d'initiative autonome de la part d'un capitalisme plus terrien qu'autre chose expliquant probablement cette situation. Keynes se moquait des Français en disant qu'ils étaient un peuple de vieux paysans assis sur leur tas d'or et il n'avait pas tout à fait tort. Pour beaucoup, le capitalisme consiste à cueillir les fruits d'un capital accumulé, sans vraiment se soucier du comment le capital augmente. Peu importe la nature du capital, l'important c'est le taux d'intérêt. Ainsi les Français grands adeptes de la bulle immobilière ne comprennent-ils pas qu'accumuler du capital foncier et accumuler du capital industriel ce n'est pas tout à fait la même chose, et que l'un rentre dans le domaine de la pure rente pendant que l'autre concourt à l'enrichissement collectif.

 

En gros, le fantasme du capitaliste français moyen est de s'enrichir en dormant sans se soucier de la qualité de ses investissements. Mais voilà, d'un point de vue collectif, investir l'épargne du pays dans l'immobilier c'est gaspiller en réalité le capital. C'est d'autant plus vrai que le pays dépend de plus en plus d'importations pour couvrir une part de plus en plus grande de sa consommation. Pour réindustrialiser nous alors devoir repenser à la manière dont l'épargne et l'investissement fonctionnent dans notre nation. Il faut attirer le capital vers l'industrie et réduire la part de l'investissement dans la pierre . C'est crucial si nous voulons que l'activité industrielle du pays cesse d'être uniquement le résultat d'une action de l'état. Il faut véritablement créer une culture de l'investissement productif . Culture que nous n'avons jamais vraiment eue contrairement à d'autres pays comme les USA, le Japon, l'Allemagne ou la Suisse.

 

Pour ce faire, il y a de nombreuses méthodes comme la surfiscalisation des investissements les moins intéressants pour la nation à l'image de l'immobilier. Mais il faut également faire en sorte que le capital français reste dans notre pays. L'on se heurte ici à l'autre grand problème provoqué par l'idéologie libérale de ces quarante dernières années. Il faut mettre fin à la libre circulation des capitaux. Obliger le capital français à rester sur place rendra un gros service à notre industrie en obligeant ce dernier à s'investir localement là où la libre circulation lui permettait de s'investir partout sans contrainte. On rappellera d'ailleurs au passage que c'est l'acte unique européen qui a dérégulé la finance du pays et que depuis cette époque les IDE sortants ont toujours été beaucoup plus fort que les IDE rentrants. De sorte que la France a financé l’industrialisation et le développement de puissances étrangères pendant que son propre investissement s'étiolait. Nous sommes l'un des gros perdant de la libre circulation des capitaux en Europe. Et ça sans parler du coût astronomique en matières fiscales puisque c'est la libre circulation des capitaux qui a permis l'évasion fiscale des plus riches à l'échelle industrielle.

 

De fait pour réindustrialiser le pays, il nous faut reconstruire un système financier autonome et indépendant de l'économie mondiale. Cela veut dire également des Banque Nationale et non plus des multinationales investissant partout sauf chez nous. À cela s'ajoutera une nécessaire spécialisation des activités avec non seulement un retour à la séparation des banques d'affaires et des banques de dépôt, mais également avec la création de banques extrêmement spécialisées dans tel ou tel type d'investissement. La banque universelle telle qu'on l'a recréé à partir des années 80 est porteuse d'incompétences et de crises économiques massives. Le cloisonnement des activités produit au contraire de la compétence et de l'implication dans le tissu économique du pays. Nous devons réassocier les banques et les actionnaires dans la vie de l'entreprise et de l'industrie. Il faut recréer du lien et mettre fin à l'économie de casino spéculatif ou l'action d'entreprise est juste un moyen de spéculer comme un autre. Il faut rigidifier le capital, et faire en sorte que le capital financier soit contraint d'être associé à long terme aux entreprises de façon à ce que l'entreprise puisse elle-même se projeter à long terme, et non gaspillé ses activités dans des processus de décision à court terme juste pour faire monter les actions.

 

Loin de mettre fin au capitalisme, l'action d'un gouvernement éclairé en la matière se devrait responsabiliser à nouveau le capital vis-à-vis de l’entreprise, au lieu de l'encourager à la traiter comme un citron qu'on presse et puis qu'on jette. Une grande part de la souffrance au travail et à la dégradation des conditions de travail vient de cette gouvernance à l’américaine qui consiste à ne voir l'entreprise que comme une machine à cash. C'est à la fois nuisible aux salariés, mais aussi nuisible à l'activité en elle-même. Les pays qui s'en sortent industriellement de nos jours ont souvent comme caractéristique d'avoir un capitalisme à l'ancienne avec des banques d'investissement et une association à long terme entre l'entreprise et ses investisseurs à l'image de la Suède ou du Japon. Les pays anglo-saxons qui ont façonné le capitalisme hyperspéculatif ont comme la France une industrie en très mauvais état. Renouer avec un capitalisme de long terme permettra de réindustrialiser le pays et aussi d'améliorer la qualité du travail de nos concitoyens.

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15 décembre 2022 4 15 /12 /décembre /2022 16:36

 

Nous avons vu rapidement dans la première partie l'importance du protectionnisme dans une action visant la réindustrialisation. Le protectionnisme doit accompagner les objectifs d'autonomie industrielle et de souveraineté. Notre ancien prix Nobel d'économie Maurice Allais pensait qu'il fallait subvenir à nos besoins à environ 80% dans chaque domaine. Il pensait à juste titre qu'un protectionnisme prenant la forme de quota (insensible aux variations du taux de change, puisque fixé en volume) à hauteur de 80% permettrait à long terme à la fois une protection suffisante pour permettre à la production nationale de vivre tout en ayant une ouverture suffisante pour permettre aux innovations venues d'ailleurs de pénétrer quand même le pays . Dans une forme de sagesse pragmatique, Allais, bien que libéral, convenait ici qu'il fallait impérativement mettre des écluses qui s'ouvrent et qui se ferment pour permettre à l'industrie nationale de perdurer. Les seules positions radicales sur ce sujet sont donc en fait l'ouverture délirante sans limite à l'image de ce que nous pratiquons aujourd'hui avec les réglementations de l'UE, et le contraire, la fermeture totale qui auraient des conséquences de retard scientifiques à long terme.

 

Il est bien important de faire comprendre qu'être protectionnisme ce n'est pas être radicalement pour la fermeture. Il s'agit de permettre une autonomie industrielle nationale garantissant ainsi la souveraineté du peuple français sur des sujets essentiels. Car la souveraineté industrielle et technique est aussi importante que la souveraineté politique et militaire. Ne pas maîtriser les systèmes techniques essentiels à la vie de tous les jours de notre population c'est donner du pouvoir à d'autres nations sur la conduite de nos vies et sur la façon dont nous nous organisons et dont nous voyons le monde. On l'a vu récemment avec la question de twitter et du rachat par le milliardaire américain Elon Musk. Est-il normal que des individus américains, aussi sympathiques soient-ils, puissent avoir autant d'impact sur la façon dont les Français peuvent s'exprimer ou non sur un média ? Est-il normal qu'une entreprise américaine soit le principal lieu d'expression de nos concitoyens ? Est-il normal que nos ordinateurs soient à ce point dépendant de logiciels et de matériels étrangers que nous sommes à l'heure actuelle totalement incapables de produire nous-mêmes ? Cet état de fait nous met directement sous l'influence de choix, du droit et de croyances étrangères. Il ne s'agit pas ici d'une critique envers les USA, cela serait tout aussi valable si la dépendance était chinoise ou allemande. Il s'agit de convenir du fait que la souveraineté technique et autant importante que la souveraineté politique et militaire dans le monde moderne.

 

Il est évident cependant que cette contrainte dépend du secteur technique en question. Nous ne sommes plus au 19em siècle, une époque où très peu de pays maîtrisaient par exemple les techniques avancées de l'industrie. Mettant ainsi les pays en développement sous l'influence exubérante des quelques puissances industrielles d'alors. Il y a aujourd'hui beaucoup plus de joueurs, ce qui permet à un pays qui a un manque dans certains domaines de jouer sur la concurrence. Mais cela n'empêche pas tout de même cette question d'être extrêmement importante. On le voit dans la volonté des USA de revenir dans la course dans les semi-conducteurs puisque Washington force la main de Taïwan pour récupérer la production industrielle des semi-conducteurs à la finesse de gravure la plus fine actuellement sur terre. Un avantage technique que Taïwan a mis quelques décennies à construire. Washington veut mettre la main sur cet avantage pour ne plus dépendre de l'île et donc indirectement de la Chine. Il s'agit directement d'une politique protectionniste où les USA utilisent la menace militaire pour obtenir ce qu'ils veulent. La peur de la Chine conduit Taïwan à accepter un accord qui va leur coûter très cher à long terme. On pense ici aux défenseurs du libre-échange qui nous parle de libre concurrence non faussée dans les traités européens et l'on rigole un peu. Tout ceci n’est que de la politique pas de la libre économie mue par l'homo œconomicus des idéologues libéraux. Et l'UE reste de marbre en regardant tout ceci sans rien faire pour en profiter pour reprendre un peu d'autonomie dans un secteur où elle est pourtant cruellement absente. Elle se regarde dépérir sans rien faire en se faisant largement dépecer par l'Oncle Sam au passage. Il faut espérer que cette attitude et la crise énergétique que nous traversons finiront par ouvrir les yeux même aux plus gros européistes. L'UE est la maladie de l'Europe.

 

Les secteurs clefs prioritaires pour notre autonomie stratégique :

 

-Les semi-conducteurs . Un secteur dont nous sommes largement dépourvus et qu'il va nous falloir créer de toute pièce. Nous aurons nécessairement besoin d'un soutien étranger, essentiellement asiatique pour y parvenir.

-L’énergie . On en a parlé lors de mon texte récent sur l'énergie, je n'y reviens pas. C'est un secteur essentiel .

-L'armement qui doit être 100% conçu et réalisé en France

-Les industries chimiques et médicales

-Le domaine des logiciels

-Le domaine de la diffusion culturelle

 

Les domaines que je cite ici sont des domaines qui me semblent prioritaires pour l'autonomie nationale à long terme. Il ne s'agit pas ici juste de retrouver une balance commerciale à l'équilibre ce qui bien entendu est aussi un objectif de la politique protectionniste et industrielle. Mais aussi et surtout de retrouver une capacité à produire nous même ce qui est essentiel à la vie quotidienne moderne de nos concitoyens. Et ce n'est pas un hasard si en dernier j'ai rajouté quelque chose qui pourrait paraître à première vue secondaire . Le domaine de la diffusion culturelle. Ce que j'entends par diffusion culturelle ce sont les moyens par lesquels nos concitoyens regardent des œuvres à caractère culturelles . On pensera tout de suite aux grands sites de streaming comme Netflix ou Amazon Prime. Notre protectionnisme culturel actuel est resté coincé dans les années 70 avec la politique du CNC qui promeut un cinéma français qui ne vaux plus grand-chose à l'heure actuelle, je dois bien le dire. Il s'agit d'une forme de protectionnisme désuet qui a eu aussi comme conséquence un copinage excessif et une baisse qualitative tendancielle. On le voit, le protectionnisme doit être pensé dans le temps et dans l'espace. S'il a eu un effet dans les années 70-80 sa trop longue durée sous forme de subvention financée par les places de cinéma essentiellement produite par des œuvres américaines a favorisé le clientélisme . La maison du cinéma français, loin d'avoir soutenu de nouveaux talents a perpétué des héritiers.

 

Et non content d'avoir eu des effets délétères sur le cinéma français, ce protectionnisme archaïque n'est plus du tout adapter à la situation présente. Le cinéma et la télévision classique sont probablement condamnés à disparaître à terme, or nous ne contrôlons rien des nouveaux canaux de diffusion. Est-il normal que des entreprises privées essentiellement américaines contrôlent à 100% les œuvres qui seront diffusées aux yeux de nos concitoyens ? Sachant l'importance de la production cinématographique et télévisuelle en termes d'information dans une société qui lit de moins en moins et dont la culture générale tend à s'affaiblir ? Quid des œuvres qui sortent des sentiers battus et qui ne sont pas bankable comme disent les Anglo-saxons ? Ne doit-on pas s'inquiéter de voir deux ou trois entreprises américaines se partager la totalité de la distribution d’œuvre télévisuelle et cinématographique à l'échelle mondiale? Quelle affreuse uniformisation du monde que ceux-ci ! Ces entreprises ne sont pas là pour faire de l'art ou de la création, mais bien du business. Quel appauvrissement absolu que de voir la seule logique marchande régir toute la création humaine dans le domaine ! Et c'est bien ce vers quoi nous allons si nous laissons le « marché » réguler tout seul cette question.

 

À mon sens la diffusion des œuvres culturelles est un bien public . Et c'est même un monopole qui devrait être public. En effet, la tendance de la population est de ne pas vouloir avoir plusieurs diffuseurs . Les gens souhaiteraient n'avoir qu'un seul abonnement à souscrire pour voir toutes les œuvres existantes. Dans un secteur de concurrence, il est évident que cela n'est pas possible à l'heure actuelle, du moins tant qu'il y a encore de la concurrence, les fusions et les rachats pouvant vite entraîner un monopole privé dans le domaine. La France pourrait mettre fin aux diffuseurs privés et créer un diffuseur public . Il ne s'agit pas ici d'interdire les productions étrangères, mais d'interdire la diffusion par des canaux sous contrôle étrangers. Les œuvres américaines pourraient ici être diffusées à travers ce canal public national. Il y aurait de nombreux avantages. D'une part, les Français n'auraient plus qu'à souscrire à un seul abonnement pour tout voir. Le revenu des œuvres diffusées serait évidemment rémunéré au prorata de l'audience de l’œuvre. Mais grâce au contrôle de la diffusion, nous pourrions aussi promouvoir des œuvres moins connues et moins mises en avant par le système commercial développé par les ténors du secteur et leurs algorithmes secrets.

 

L'autre avantage c'est que nous pourrions aussi financer des œuvres nationales par ce système avec un système similaire à celui du CNC, mais à ceci près que c'est le spectateur qui punirait ou récompenserait par des subventions les œuvres françaises à travers l'audience. En maîtrisant les tuyaux de la diffusion des œuvres culturelles, nous nous mettrions à l'abri d'un contrôle étranger dans un secteur clef de notre indépendance nationale. Parce que la nourriture de l'esprit est aussi essentielle que l’école à la formation des citoyens, nous ne pouvons laisser une telle chose aux mains des Américains.

 

Dernier secteur dont je parlerais rapidement celui du logiciel . À vrai dire je pense qu'il s'agit du secteur où l'autonomie stratégique pourrait être obtenue le plus rapidement avec un peu de volonté politique. En premier parce que l'informatique est un des rares secteurs où nous avons encore pas mal de compétences en France . Ensuite parce que les logiciels sont facilement reproductibles, copiables et qu'il existe depuis longtemps un monde du logiciel libre à l'échelle mondiale. De nombreux informaticiens se sont rapidement rendu compte du danger de laisser à quelques entreprises le soin d'imposer leur OS (operating system) et leur norme. Toute la branche des logiciels libres comme les OS Linux est née de ces évidences dans les années 90. Le temps venu nous pourront donc nous appuyer en partie sur cette immense collection de logiciel et d’algorithmes libres de droits pour reconstruire une autonomie stratégique dans le secteur.

 

Dans la prochaine partie du texte, nous réfléchirons à l'importance d'une restructuration du système financier français pour reconstruire une vraie politique industrielle.

 

 

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 15:50

 

 

Alors que le pays s'enfonce dans des crises à répétition et que le gouvernement européiste qui nous dirige ne fait aucun pas pour résoudre les problèmes de fonds, il est temps sur ce blog de donner quelques idées pour sortir de ces crises. Je l'ai dit quand j'ai repris le blog, je suis extrêmement pessimiste pour la France et l'Europe. Je crois que nous sommes au fond condamné essentiellement parce que le virus de la pensée libérale a complètement détruit l'esprit patriotique et la capacité de réaction collective de nos nations. Mais comme je l'ai également dit, je sais pertinemment que la raison a ses limites et que même dans les situations désespérées, il y a parfois des surprises. C'est pourquoi au lieu de faire sans arrêt des diagnostics catastrophistes, il faut parfois se poser et réfléchir à des solutions au cas où pour une fois la chance tourne .

 

1-Mettre fin au mythe du libre-échange

 

Commençons donc par dire rapidement quel est le problème français. Le premier problème de notre pays tient au fait qu'il est aujourd'hui fortement dépendant de l'extérieur sur le plan économique. Il n'y a guère besoin d'être un génie pour le comprendre, après 40 ans de libre-échange, la France a perdu son autonomie sur presque tous les plans. Et c'est normal, la théorie du libre-échange promeut l'interdépendance avec comme concept grotesque que cela créerait de la richesse et que globalement tout le monde en profiterait. Je ne vais pas ici démanteler cette croyance, les résultats pour l'Europe et les USA nous les avons sous les yeux aujourd'hui. Mais en réalité, nous n'avons jamais été vraiment en régime de libre-échange tel que décrit par la théorie de David Ricardo. Certaines régions du monde ont continuellement fait du protectionnisme sous différentes formes à commencer par les pays d'Asie Chine en tête. Ensuite parce que les consommateurs européens n'ont jamais vraiment gagné dans le libre-échange pratique. Les Français qui se sont mis à acheter des chaussures fabriquées en Chine, ils ne les ont jamais payés au prix de production chinois. Ce sont essentiellement les intermédiaires et les importateurs qui ont bénéficié du libre-échange, chose qui n'existe absolument pas dans la thèse très théorique de Ricardo. La globalisation a été un désastre pour les producteurs européens et les pays avancés, mais n'a pas globalement bénéficié aux consommateurs. Elle a surtout fait croître les parasites de la globalisation qui vivent du commerce lointain et de la finance.

 

Bref comme l'avait écrit un jour Frédérique Lordon nous n’avons jamais été vraiment en libre-échange, mais dans un monde de protectionnisme variable avec certaines régions se protégeant beaucoup moins que d'autres. Une espèce de monde à protectionnisme variable en fonction de la capacité locale de résistance au principe du laissez-faire. Et dans cet énorme panier de crabes qu'est la globalisation, c'est l'Europe de l'Ouest qui a été la plus stupide en pratiquant globalement un laissez-faire qui lui est aujourd'hui fatal. Nous vivons dans un monde où la concurrence est naturellement viciée, elle n'est jamais égalitaire. Et c'est un fait qu'il faut bien comprendre. Dans les compétitions sportives, on met des catégories parce que la compétition entre des gens au capital trop différents à la base, conduirait à des compétitions qui n'auraient aucun sens et qui feraient gagner toujours les mêmes. C'est exactement la même chose avec le commerce .

 

À l'origine, la concurrence visait à faire en sorte que les entreprises ne deviennent pas monopolistiques et n'en profitent pas pour extraire de la valeur plus que ce qui était le besoin de leur propre fonctionnement. En clair pour les libéraux originels, la concurrence était une contrainte pour faire bien fonctionner les entreprises dans un cadre précis. Elle avait aussi pour but de pousser les entreprises à innover et à imiter en quelque sorte les entreprises plus performantes  dans un jeu vertueux de compétition visant à l'amélioration des processus productifs. Et c'est toujours comme cela qu'est présentée la concurrence mondiale. Sauf que nous sommes dans un monde où la concurrence finit par détruire l'adversité. Par le simple jeu du marché, la concurrence produit une concentration toujours plus grande de la production à des niveaux internationaux. Comment se fait-il que la production des semi-conducteurs soit à ce point concentré à Taïwan ? Est-ce vraiment sain de concentrer à ce point des industries très importantes au point de se retrouver en disette s'il y a une rupture d’approvisionnement ? La situation du médicament en France montre les limites du tout importé.

 

Dans un marché limité à une nation, une entreprise monopolistique peut se faire taper sur les doigts par l'état, car il existe d'autres forces à l'extérieur du marché pour contenir la nuisance d'un monopole privé. Mais à l'échelle mondiale qui peut s'opposer à de grands groupes monopolistiques ? À coup de libéralisme économique, les libéraux ont peut-être créé la plus grande dictature de l'histoire. La concurrence globale sans règle a accouché de monopoles mondiaux tout puissants, et d’individus richissimes et tout puissants eux aussi. Loin d'avoir mis les entreprises sous contrainte, la concurrence mondiale a créé l'horreur absolue d'entreprises privées plus puissante que des états avec comme seul maître à leur tête quelques tyrans qui n'ont dans le fond rien à envier aux tyrans du passé. Ajoutons à cela que la globalisation a eu des effets dévastateurs sur notre balance commerciale aujourd'hui complètement dans le rouge. Cette simple réalité devrait produire une réaction immédiate de protectionnisme si nos dirigeants étaient un peu attachés à l'intérêt national.

 

2-Protectionnisme et politique de réindustrialisation

 

Évidemment le protectionnisme, quelle que soit la manière dont on le fait doit être pleinement réfléchi. Il ne s'agit pas de mettre comme cela des entraves au commerce sans bien mesurer les contraintes qui sont les nôtres. On le voit dans la manière ridicule dont l'UE a puni la Russie avec des mesures qui se sont révélées contre-productives, c'est peu de le dire. Le système économique est une structure fragile qui doit être manipulée avec doigté . On doit se fixer un objectif clair et faire monter le protectionnisme pour arriver à cet objectif, quitte même à l’abandonner par la suite s'il n'est plus nécessaire. Par exemple, si nous devions créer une industrie du semi-conducteur en France de simples droits de douane n'y suffiraient pas. Cela se transformerait en taxe simple sur les achats français dans le secteur sans que pour autant il y ait une localisation de la production sur notre sol. En effet, le marché français à lui seul serait trop étriqué pour être intéressant pour une telle production . Par contre, un financement public pour créer une production locale quitte à payer rondement des industriels étrangers comme Foxconn par exemple est envisageable. Il y aurait donc comme préalable un achat d'usine clef en main par l'état français. Une fois que la production nationale est capable de répondre à nos besoins, on commence à taxer les importations, ou à mettre des quotas. On remarquera au passage que le fait de produire nous-mêmes ce que nous consommons nous permet également de mettre en place les contraintes que nous voulons. Si nous voulons que les smartphones soient 100% recyclables, cela devient possible si nous maîtrisons la technologie et les frontières. Sans ce préalable parler de politique écologique n'a juste aucun sens. Maîtrisez la science et la technique rend souverain, se soumettre à celles des autres fait de vous un larbin et un état vassal.

 

 

Comme dans la thèse du protectionnisme dans l'enfance de Friedrich List, il s'agit de bien comprendre que l'industrialisation est un processus progressif qui prend du temps et que vous n'êtes jamais au top quand vous commencez. On apprend petit à petit. La Corée du Sud par exemple dans les années 90 avait été incitée par le FMI, institution engorgée d'idéologues libéraux, à abandonner sa production automobile peu compétitive alors. La Corée du Sud a dit non et a gardé son protectionnisme local dans le secteur. Et elle a bien fait puisque c'est grâce à ça que Hyundai et même Samsung existent aujourd'hui e son leader dans leurs domaines. À l'époque, ils n'étaient pas compétitifs, mais petit à petit ils ont progressé parce que le protectionnisme leur a permis de continuer à vendre sur leur marché local sans quoi ils auraient été effacés par la concurrence étrangère. C'est de ça que parlait List quand il parlait de protectionnisme dans l'enfance. Et le protectionnisme, les Coréens le pratiquent encore. Savez-vous par exemple que GoogleMap est inexistant là-bas? Parce qu'il y a déjà une entreprise coréenne qui fournit ce type de service CITY MAPPER. Ce logiciel n'est utilisé que par les Coréens, mais leur permet d'avoir une autonomie stratégique dans le domaine. Et pourtant la Corée c'est plus petit et moins peuplé que la France, mais leur volonté d'indépendance est infiniment plus grande.

 

Le plus éloquent sur le lien entre le développement économique et le protectionnisme en France est la situation du streaming vidéo. La France a été pionnière en la matière avec Dailymotion et pourtant aujourd'hui tout est contrôlé par YouTube ou Twitch. Pourquoi ? À l'origine leurs services n'étaient pas meilleurs, mais comme la langue anglaise est beaucoup plus répandue l'effet de taille a joué en leur faveur. Ces sites pouvaient fournir nettement plus de contenu et ont fini par écraser Dailymotion sur son propre sol. Concurrence loyale vraiment ? Il aurait fallu que l'état intervienne à l'époque pour protéger l’entreprise française en rendant les sites américains difficiles d'accès par exemple. Cela aurait aussi permis rapidement à d'autres activités tournant autour du streaming vidéo de se développer d'abord chez nous. Mais grâce au dogmatisme libéral, la France est encore une fois passée à côté de l'histoire. C'est la même chose dans tous les secteurs techniques clefs depuis les années 80. La France était souvent pionnière, mais par faute de protectionnisme nous fûmes systématiquement remplacés par des Anglo-saxons.

 

Comme on le voit donc, la réindustrialisation va passer d'un côté par du protectionnisme douanier ou autre. Mais il doit aussi se faire avec une structure politique ayant une grande compétence dans le domaine de l'industrie. Un instrument comme le commissariat au plan ne doit pas être donné à des hommes politiques dont souvent le seul talent est de raconter des bobards, mais à des hommes de l'industrie et de science. Les secteurs que l'état doit considérer comme clef doivent être accompagnés de gens qui ont travaillé dans le domaine, et non des types parachutés par le pouvoir politique pour faire avancés des intérêts qui n'ont rien avoir avec l'intérêt industriel du pays, à l'image de monsieur Bayrou. Si le libre-échangiste commercial peut se permettre d'être idiot en laissant faire le marché, le protectionniste se doit d'être intelligent. C'est peut-être bien là son seul défaut, faire appel à une caractéristique bien peu présente et nécessaire au pouvoir politique de nos démocraties médiatiques.

 

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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 15:42

 

C'est aujourd’hui officiel donc la France se dirige vers sa première panne électrique depuis 1978. C'est un peu cocasse pour moi puisque je suis né en 1978. Nous arrivons aujourd'hui à la conclusion logique du laissez-faire libérale depuis les années 70. Pendant longtemps la France a vécu sur les acquis de l'époque de l'économie mixte, mais cette période est aujourd'hui largement terminée. Désindustrialisé par 40 ans de libre-échange et de libre circulation des capitaux, auquel on peut rajouter la disparition de l'état stratège, le franc fort, puis l'euro, la France n'est plus que l'ombre d'elle même. Le président gouverneur de province qui vient de cirer les pompes du grand frère américain a encore une fois montré dans quel état est le pays réduit à quémander une action des USA pour ne pas trop compromettre notre économie. Une demande qui a bien évidemment été totalement ignorée. Pourquoi donc les USA devraient-ils renoncer au protectionnisme simplement parce que les Européens ont été assez stupides pour inscrire le libre-échange comme seule doctrine économique possible dans leurs traités ?

 

L'UE est aujourd'hui empêtrée dans les contradictions produites de sa propre structure d'organisation. Elle est structurellement incapable de s'adapter à un monde qui change parce qu'elle n'est qu'une bureaucratie organisée autour de traité pensé à des époques totalement différentes avec des rapports de force économiques totalement différents. Et une bureaucratie n'a pas la possibilité de changer elle-même ses structures de fonctionnement. Elle peut s'agiter, se raidir, mais pour toujours appliquer un peu plus la doxa de sa structure. Dans le cas d'une nation, une bureaucratie problématique sera changée par la politique produite par un choc électoral par exemple. Le politique qui obéit aux intérêts du peuple et de la nation a la légitimité pour changer le fonctionnement d'une bureaucratie. Car il est le dépositaire de l'autorité du peuple et a donc le pouvoir de le faire. Mais dans le cas de l'UE, c'est tout bonnement impossible. La seule possibilité étant une unanimité des états pour changer les principes même de l'UE. Autant dire qu'il est tout simplement impossible dans un cadre démocratique de changer la structure européenne pour lui permettre de s’adapter à la réalité actuelle du monde. Un monde qui retrouve petit à petit sa position d'avant la révolution industrielle avec un occident de plus en plus excentré des plus grands producteurs de richesses de la planète situés en Asie.

 

La France est un pays en voie de sous-développement sur continent en déclin.

 

Le monde a changé. Le centre économique de la planète se situe maintenant en Asie avec la Chine à sa tête, mais l'occident fait comme s'il était encore au centre du monde. La réaction protectionniste américaine semble montrer tout de même une prise en compte de la réalité, même si le protectionnisme américain est trop timoré et parcellaire. En plus, les subventions ne sont pas le protectionnisme le plus efficace qui soit en plus d'être douloureusement coûteux. On entend d'ailleurs globalement beaucoup moins de critiques vis-à-vis de la nouvelle politique de Biden par rapport à l'époque de Trump. Et ce n'est pas uniquement à cause du changement de personnel politique, mais bien parce qu'aujourd'hui les USA sentent qu'ils sont en déclin rapide. Rien n'indique cependant que ce nouveau protectionnisme ait un effet majeur sur la situation dans un proche avenir, le déficit commercial américain est trop généralisé pour que quelques subventions arrangent la situation. Mais nous avons déjà longuement parlé des USA dans ce texte, je ne reviendrai pas dessus. L'annonce récente d'Apple qui compte délocaliser une partie de sa production de Chine confirme mon hypothèse. Apple ne ferme pas ses usines en Chine pour les ouvrir aux USA, mais pour aller en Inde ce qui va accélérer encore la prise de poids de l'Asie en développant l'autre future superpuissance planétaire que sera ce pays dans une ou deux générations.

 

L'UE dans tout ça semble comme tétanisé, perdu au milieu de son néolibéralisme de plus en plus suranné. Elle est désormais la seule région du monde à prôner l'ouverture au commerce totale et le laissez-faire pratique. Le reste de la planète pratique allègrement protectionnisme, subvention et préférence pour les producteurs locaux. En un sens, l'UE rappelle de plus en plus l'URSS pour son organisation bureaucratique, son dogmatisme et l'Empire ottoman pour la négligence phénoménale qu'elle porte aux questions macroéconomiques. L'UE a totalement intériorisé le laissez-faire, à tel point qu'elle ne prend strictement aucune mesure susceptible d'un peu défendre les producteurs locaux. Au milieu de ça les états membres qui réclament des mesures passent leur temps à pérorer dans le vide . Même l'Allemagne s'agite dans l'impossibilité de faire quoique ce soit sauf regarder son industrie partir faute de gaz russe pour la faire tourner.

 

Au milieu de cette débandade, il y a la France et son président agité et grand communicant. Pour communiquer, il communique, mais même la meilleure des communications ne fonctionnera plus quand les gens constateront dans les faits l'inanité des propos. Macron pourra toujours dire "il n'y aura pas de panne électrique" quand la moitié du pays n'aura plus d'électricité, les faits parleront d'eux même. Un peu comme le vaccin que tout le monde doit prendre même si tout le monde voit bien que c'est un produit médiocre au mieux. Le mensonge n'a d'efficacité que s'il est employé avec modération et sagesse. Mais comme le président sent quand même que cette fois ça ne passera pas, l'on voit poindre de nouvelles excuses. Ce n'est pas la faute de Macron, mais uniquement de ses prédécesseurs. Oubliant que monsieur Macron est tout de même à la tête de l'état depuis plus de cinq ans et qu'avant cela il était en charge du ministère de l'Économie. Il est bien évident que sa présidence n'est pas seule coupable, mais il n'a strictement rien fait pour arranger les choses. Bien au contraire, il a accéléré et il voulait fermer 14 réacteurs nucléaires pour faire plaisir aux idéologues du climat et de l'écologie.

 

La France est donc maintenant dépourvue d'un système énergétique à la hauteur de sa consommation, elle va devoir s'habituer aux restrictions et aux pénuries. Pénuries qui vont surtout accélérer le déclin industriel du pays déjà bien entamé comme le note dans cet interview l'ancien président d'EDF Loïk Le Floch-Prigent . Pire que ça, prisonnière des traités européens et des dogmatismes macro-économiques néolibéraux, on ne voit pas très bien comment la France pourrait à court terme relancer sa filiale électronucléaire. En effet pour ceux qui l'ignoreraient, le nucléaire français a été financé à une époque où l'état n'empruntait pas sur les marchés financiers. C'est l'état à travers un emprunt à la banque de France qui a financé l'investissement à hauteur de 65 milliards en euro constant d'après ce site. Un emprunt sans intérêt qui a vite été comblé par les retours sur investissement du nucléaire et par l'inflation. Aujourd'hui, comment pourrait-on financer un tel investissement sûrement très supérieur ? Alors même que la France est désormais menacée par le FMI pour sa gestion économique . Sans rompre avec le dogmatisme néolibéral, je ne vois pas très bien comment nous allons concrètement sortir du problème. Les emprunts sur les marchés financiers sont trop coûteux et les taux vont fortement grimper dans les années qui viennent.

 

La marché européen de l'énergie est une catastrophe, tout le monde en convient aujourd'hui. L'UE est paralysée et enfermée dans ses dogmes . Les mesures de rétorsion contre la Russie n'ont fait qu'une seule victime, l'Europe de l'Ouest. Le monde devient protectionniste et abandonne petit à petit les lubies du marché libre des années 80-90. Mais nous restons là enfermés dans nos certitudes libérales et notre supériorité morale. Profitons-en, il ne nous restera que ça bientôt. Loin d'avoir renforcé le continent, la construction européenne l'a probablement définitivement fait sortir de l'histoire. Sans électricité, sans médicaments et peut-être bientôt sans nourriture, faute d'engrais en quantité suffisante, les années qui viennent en France risquent d'être douloureuses et plus grave on ne voit pas du tout de portes de sortie politique. Qui osera rompre avec le libéralisme et l'UE ? Et surtout les électeurs comprendront-ils enfin quel est le problème ? Amusant la galerie avec des sujets totalement secondaires, la gauche comme la droite continue à jouer le jeu de la communication des médias mainstream. Mais ce qui pouvait exister dans les années 80-90, quand l'économie fonctionnait encore à peu près, va devenir hautement problématique dans les années de pénurie. Le ridicule débat sur la corrida montre qu'il y a encore beaucoup trop de gens en haut qui semblent ignorer la situation du pays ou ne pas en prendre la gravité.

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