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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 00:20

 

38ce4623-30cf-4986-b983-ea24e7349325.jpgIl n'est plus guère nécessaire de démontrer la nocivité de la spéculation. Les bulles et les krachs qu'elles produisent sont des fléaux qui ravagent des nations entières. Mais ces phénomènes ne sont pas d'ordre naturel ou météorologique, comme aiment à le faire croire nos médias dominants et tous ceux qui ont intérêt à défendre une aberration conceptuelle. L'économie n'a pas besoin de la spéculation pour fonctionner, elle n'a d'ailleurs pas besoin de bourse non plus au risque de surprendre. L'on sait d'ailleurs qu'aujourd'hui la bourse a plus une fonction de parasite économique que de mécanisme de prise de risque et de financement de l'économie réelle. Une PME ou une startup auront intérêt à chercher ailleurs que sur la bourse un endroit pour financer leur futur développement, enfin si elles veulent faire de vieux os. Il est vrai que dans notre univers de communication virtuel l'exemple de quelques exceptions suffit souvent à faire croire à la nécessité de ces parasites que sont les différentes bourses mondiales. Pour en revenir à la spéculation, il n'est pas nécessaire d'être un génie pour comprendre que les bulles et les krachs ne sont pas intrinsèquement nécessaires au fonctionnement d'une économie. Et que l'on ne me sorte pas le chaos créateur d'un Shumpeter. Car sa théorie s'adressait surtout à la question de l'évolution technique et au changement de technologie, non à la spéculation financière. Il est donc logique de vouloir mettre fin à la spéculation. Encore faut-il savoir comment faire en pratique et non jeter un concept creux comme "Interdisons la spéculation" ou "Interdisons les paris sur les variations de prix" ce qui revient en fait au même.

 

La séparation des activités bancaires

 

 

Le premier moyen est aussi celui qui a le plus été utilisé par le passé. Ce fut d'ailleurs l'une des mesures phare de Roosevelt lors de son accession au pouvoir, la séparation des activités bancaires grâce à la fameuse loi du Glass-Steagall Act. Il faut dire qu'après la crise de 1929 la haine vis-à-vis du système bancaire était très forte aux USA. Dans ces conditions politiquement extrêmement favorables à la régulation, FDR eut les coudées franches pour faire ce qu'il voulait en la matière. Le Glass-Steagall Act  consistait en une séparation entre des banques dites de dépôt et les banques d'investissement ou d'affaire. Cela limitait en quelque sorte le terrain de jeu de la spéculation en interdisant aux banques de jouer avec l'argent que les épargnants avaient mis en dépôt. À l'heure actuelle, les grandes banques occidentales jouent avec tout l'argent dont elles disposent sur les marchés financiers. Cela permet aux effondrements financiers d'avoir des répercussions sur l'épargne. Ce qui peut produire les fameux bankrun puisque rien n'est en fait à l'abri d'un effondrement total pas même votre petit compte épargne à 3.5%. Avec le Glass-Steagall Act on met une grande partie de l'épargne du pays à l'abri d'un tel effondrement. En France la Banque postale ou les caisses d'épargne étaient des exemples de banque de dépôt, l'argent mis sur ces comptes ne pouvait servir qu' à des investissements sûrs, mais à faible rendement à l'image du financement des HLM.  

 

 

On peut voir ce principe de séparation des activités bancaires comme en quelque sorte une extension du principe de séparation des pouvoirs de Montesquieu. On sépare ici les pouvoirs d'influence économique et non les pouvoirs législatifs et exécutifs, mais le but est le même, éviter les abus. On peut imaginer d'ailleurs aller plus loin dans la séparation des activités bancaires et faire en sorte qu'il y est des métiers bancaires et des instruments de financement hautement spécialiser et cloisonné. On réduirait certainement ainsi la fameuse fluidité des marchés, mais on y gagnerait certainement en terme de stabilité économique. Quand on voit les multiples erreurs d'investissement qu'ont produit les diverses spéculations ces vingt dernières années, il n'est pas certain que l'innovation des entreprises en pâtirait. Ce serait probablement le contraire qui se produirait. Car le métier d'investisseur serait de nouveau un métier de gens sérieux et non de croyants accrochés aux variations instantanées de la bourse.

 

La limitation monétaire



La deuxième source de la formation des bulles c'est dans la nature même de notre système monétaire qu'on la trouve. C’est ce que Irving Fisher le grand économiste contemporain de Keynes avait bien compris lui qui mettait les effets de levier des banques au cœur de la formation des bulles. Car c'est cet effet de levier qui permet aux banques en pratique de créer de la monnaie à travers les prêts qu'elles procurent. En effet, les banques pouvant prêter plus qu'elles n'ont en caisse, cela revient à leur permettre de créer de la monnaie qui sera ensuite utilisée dans l'économie réelle par l'emprunteur. Bien évidemment, cette monnaie laisse une trace comptable contrairement à l'émission de monnaie pure que peut produire la banque centrale. Cette monnaie est une monnaie-dette qui a nécessité un emprunt pour exister, mais son effet sur l'économie réelle est équivalent à l'émission monétaire traditionnelle. On peut donc dire que les banques privées créent la monnaie au même titre que la banque centrale.



Le problème c'est que les banques défendent avant tous leur intérêt particulier, elles n'ont pas une vision globale de la société et de ses besoins. Elles émettront donc de la monnaie de façon décentraliser sans tenir compte des besoins globaux de la société. Elles ne changeront pas d'attitude même si les chiffres globaux de l'inflation sont trop forts ou les prix dans tel ou tel secteur sont trop bas ou trop forts. La seule chose qui compte ce sont leurs profits et leurs intérêts. Cette manière décentraliser de produire de la monnaie est extrêmement dangereuse. D'une part parce que les banques par effet de contrainte par mouvement de foule seront obligées d'aller dans le sens du vent des marchés. Ainsi si les prix dans un secteur grimpent, les banques doivent y investir et suivre le mouvement. Car comme le disait Keynes, sur un marché mieux vaut avoir tort avec la foule que raison contre elle. Les acteurs privés bancaires sont sujets aux mouvements de foule au même titre que les individus, car les banques qui passeraient à côté d'un « bon coup » par prudence, risqueraient de se faire racheter par un concurrent plus gros, et verraient leur cote s'effondrer. Il ne faut pas nécessairement en vouloir aux banques pour leur comportement, car c'est la structure de notre organisation qui les conduit à se comporter comme elles le font. Ensuite, cette décentralisation conduit les banques à ignorer les effets qu'elles ont sur l'économie globale du pays. En décentralisant l'émission monétaire, on rend caduque la possibilité pour la banque centrale de maitriser l'inflation dans un sens ou dans un autre. On l'a bien vue pendant la crise quand les banques ne voulaient plus prêter par manque de confiance. Elles ignorent parfaitement le fait que leur comportement collectif produit des phénomènes de type autoréalisateur et que la crise se nourrit de leur comportement égocentrique. C'est cela qui avait poussé un économiste comme Lordon à prôner la nationalisation des banques pour éliminer ce comportement de joueur en solo. Face à un problème collectif, il n'y a que des solutions collectives qui sont impossibles à obtenir avec des acteurs bancaires privés.



C'est dans ce contexte que la proposition de Fisher prend tout son sens. Il s'agissait pour lui d'interdire tout simplement aux banques de pouvoir prêter de l'argent qu'elles n'ont pas. Pour cela on oblige les banques à emprunter à la banque centrale l'argent qu'elles comptent prêter aux particuliers ou aux entreprises. On change ainsi la hiérarchie en rendant effectivement le pouvoir monétaire à la banque centrale et à l'état. Ce qui est finalement normal puisque l'émission monétaire est le fait du prince qui dans une démocratie est le peuple qui est représenté normalement par ses élus et son état. Cette centralisation de la production monétaire permettra à la banque centrale de mieux contrôler l'émission de monnaie et de faire en sorte qu'il n'y est pas d'émission monétaire trop élevée ou trop faible en regard des besoins globaux de la société. On sort ainsi d'un système anarchique dans lequel chacun joue seul dans son coin conduisant à des mécanismes de crises auto-entretenues et l'on rentre dans un système de jeu collectif. Ce système n'a pas besoin de nationaliser les banques. En les obligeant à emprunter auprès de la banque centrale, on les oblige naturellement à rentrer dans le cadre des besoins nationaux. Dans ce système la banque centrale aura un réel moyen de maitriser l'inflation ou la déflation.

 

La limitation des acteurs sur les marchés



Dernière chose pouvant permettre de mettre fin à la spéculation, la mise en ordre des marchés eux-mêmes. La spéculation née en partie du fait que les acteurs des marchés ne se comportent pas tous comme le suppose la théorie sur laquelle les marchés sont basés. L'hypothèse de l'offre et de la demande se base en effet sur l'axiome qui veut que celui qui achète un bien en ait BESOIN. Un fabricant de câbles électriques a besoin de cuivre, il est donc normal qu'il en achète. Le producteur de cuivre, lui, va essayer de répondre au besoin de l'acheteur, le prix se fixant suivant la fameuse loi de l'offre et de la demande. Le problème dans ce petit jeu, c'est qu'il y a d'autres acteurs qui se fichent éperdument du cuivre et qui n'en ont pas besoin, par contre ils sont intéressés par le fait de pouvoir faire des gains substantiels sur le marché du cuivre et ils ont de l'argent. Ces acteurs que l'on nommera spéculateurs vont donc fausser la loi de l'offre et de la demande en produisant une demande artificielle uniquement mue par l'appât du gain.



C'est contre ce phénomène qu'il nous faut agir si l'on veut que les bulles ne se forment plus en faisant en sorte que les seuls acteurs d'un marché soient ceux qui ont un réel besoin à remplir. Bien évidemment, le concept est plus facile à décrire qu'à mettre en pratique. Suivant les secteurs une telle limitation sera plus ou moins facile à mettre en œuvre. On pourrait imaginer des permis d'échange permettant à certains acteurs d'acheter telle ou telle chose sur tel ou tel marché. Comme dans la première mesure de ce texte ,on se retrouve donc avec une logique de compartimentation qui permet de mettre en œuvre une rationalisation de l'organisation économique. Mais ce n'est pas très surprenant. Car comme le disait dans son dernier livre Régis Debray, la mise en place des frontières, de limites, ramène de l'ordre là où leur suppression amène le chaos. Le cloisonnement des activités, des nations, des pouvoirs politiques ou économiques permet l'action du logos. Les cloisonnements les frontières permettent à l'esprit humain d'organiser, de mettre de l'ordre dans le chaos. Sans cela l'action devient impossible, car l'esprit ne peut comprendre le fonctionnement des choses et les multiples imbrications rendent irrationnel le fonctionnement des sociétés. Dans le cas du marché la liberté totale s'est traduite par la mort de la régulation par l'offre et la demande. La limite ne vise donc pas à mettre fin au marché, mais à lui rendre la raison et sa fonction de base. Fonction qui n'est pas d'enrichir une minorité, mais de permettre l'échange.

 

 

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:25

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Un article paru sur le site de Lepoint.fr on apprend que la compagnie Foxconn, premier fabricant de composants électroniques de la planète, va massivement automatiser ses chaines de fabrication. On parle ici d'une suppression de 500000 emplois dans cette entreprise dans les années qui viennent, avec la mise en place de près d'un million de robots en remplacement. Certains en profitent pour accuser les ONG qui voulaient une amélioration de la situation des salariés et une augmentation des salaires de détruire les emplois. Il est vrai que l'on apprend en même temps que les salaires dans les usines du groupe ont augmenté des près de 70%, et que les conditions de travail se sont améliorées. Nous verrons que la destruction de ces emplois, si elle est accompagnée de la hausse des salaires, ne détruira pas globalement d'emploi en Chine bien au contraire. Les emplois sont en fait juste déplacé vers d'autres secteurs. Cette évolution nous apprend tout de même plusieurs choses et nous permet d'aborder un peu la question de l'emploi, de la productivité. L'automatisation et les hausses de la productivité ne sont pas les méchants ennemis de l'emploi comme on aime les présenter en général. La productivité ne détruit de l'emploi que sous la condition expresse que la société ne profite pas du gain de richesse que celle-ci peut procurer. C'est notre organisation sociale qui transforme les gains de productivité en catastrophe pour un grand nombre de personnes. Qui plus est dans le cas de l'emploi en général les délocalisations font en réalité bien plus de mal que les gains de productivité.  Comme on le verra par la suite, on peut même dire que d'une certaine façon les gains de productivité nous protègent en partie des délocalisations. Même si cette protection est bien plus mince que ce que croient en général nos libre-échangistes obsessionnels.

 

1-Les gains de productivité et l'amélioration des conditions de travail

 

On constate grâce à cet exemple de Foxconn que la hausse des salaires et la pression pour l'amélioration des conditions de travail ont obligé l'industriel à faire des gains de productivité pour limiter les pertes sur ses profits. Alors que depuis trente en Europe et aux USA l'on présente la hausse des salaires comme un frein à la bonne santé des entreprises, on s'aperçoit ici que la pression salariale peut obliger les entreprises à revoir leur façon de travailler.  Non seulement la stagnation des salaires a produit les conditions de la déflation et de la baisse générale de la demande, mais elle a probablement aussi ralenti la croissance des gains de productivité. Après tout, pourquoi investir dans l'automatisation ou dans l'amélioration des processus de production quand on peut délocaliser ou baisser les salaires. C'était le même rapport de force qui semblait séparer le nord et le sud des USA avant la guerre de Sécession. Le nord ne pratiquait pas l'esclavage et s'industrialisait, améliorant ses processus de productions. Le sud grâce à sa main d'œuvre pas chère pouvait continuer à produire sans optimiser son processus de production agricole. S'il est bien difficile d'être catégorique sur les effets à long terme de certaines pratiques sociales sur le développement économique d'une nation ou d'une région. Il semble tout de même que l'amélioration des conditions de travail peut être un puissant moteur pour l'orientation productive de l'investissement industriel. Maltraiter les salariés n'est pas la meilleure façon de pousser les patrons à investir et à améliorer la productivité physique par le progrès technique et organisationnel.

 

Maintenant, l'on pourrait ici objecter que dans le cas des pays asiatiques il y a bien eu en premier stagnation du niveau de vie, maltraitance salariale et enfin hausse de la productivité du travail et amélioration des salaires. C'est oublier un peu vite la spécificité de l'époque qui fait que les pays d'Asie ont pu exporter leur production et importer des usines clefs en main livrées par les Occidentaux.  L'histoire récente de cette région du monde aurait été certainement bien différente si les Occidentaux n'avaient pas décidé de démolir leur appareil productif pour contenter la mince couche sociale aisée qui les dirige. Cependant, il est vrai que l'on ne peut pas déduire ainsi un lien automatique de causalité entre la hausse des gains de productivité et l'amélioration systématique du niveau de vie de la population. La GB et l'Europe du 19e siècle n'avaient bien souvent qu'une fine couche de consommateur, reste de la société féodale qui faisait que l'on trouvait absolument normal d'avoir des niveaux d'inégalité extrêmes. Les gains de productivité à l'époque servaient surtout les riches et la caste dominante. Mais les gains de productivités du 19e siècle étaient en fait extrêmement lent si on les compare au niveau de ceux que le monde a atteints au 20e siècle. Le modèle inégalitaire et aristocratique de production Européen n'a pas survécu aux affres de la Seconde Guerre mondiale et de la crise de 1929. Les gains de productivité et le niveau de richesse nécessaire à l'occupation de toute la force de production ne pouvaient plus résulter de la seule consommation des très riches. Il fallut alors construire une classe moyenne capable d'absorber les produits fabriqués pour éviter aux entreprises de faire faillite. On peut donc penser la productivité et son origine de deux manières. D'une part en la voyant comme un mécanisme extérieur à la question économique et ne résultant que du progrès technique. Ce fut probablement le cas au début de la révolution industrielle qui naquit d'ailleurs sous l'effet de la révolution agraire de l'Europe au 18e siècle comme l'a très bien expliqué Bairoch dans son livre « Le Tiers-Monde dans l'impasse ». En effet, ce sont les surplus agricoles et la forte demande en outils métalliques qui produisirent en partie la mise en place de la future industrie qui plantera les graines de la révolution industrielle. Mais on peut voir aussi l'origine de la productivité comme le résultat d'un désir social de changement dans la qualité du travail. De fait depuis la Seconde Guerre mondiale c'est bien la cause sociale et l'amélioration du travail, produit en sous-main par la contrainte de la surproduction, qui a obligé l'industrie à accélérer ses gains de productivités. De la même manière avant la Seconde Guerre mondiale les USA était le pays qui rémunérait le mieux le travail salarié. Ce pays qui était hautement protectionniste jusqu'en 1945 et qui connaissait alors des gains de productivité très élevés comparés à la vielle Europe. C'était aussi le pays où les conditions de travail étaient les meilleures même si bien évidemment bien loin de nos standards actuels.



C'est donc la symbiose du progrès technique et du changement de paradigme social qui rend possible l'amélioration globale de la qualité de vie et du travail. Que l'un des éléments manque et le progrès devient un cauchemar. En effet en cas de non-redistribution des gains de productivité la surproduction guette ainsi que le chômage de masse. Cette situation finit toutefois par produire un ralentissement du progrès technique sous l'effet de la dégradation de l'intérêt à investir dans l'amélioration du processus technique. La France et les pays d'occident en sont presque là, ils vont dans un régime de stagnation. Ils progressent encore un peu par inertie et par l'effet de l'influence des nouvelles nations industrielles. Mais petit à petit, l'on voit poindre une nouvelle société inégalitaire et stationnaire. Le désintérêt pour les sciences et le savoir en général ne faisant que parachever, en quelque sorte, l'adaptation de la population à la nouvelle société féodale d'occident. Comme nous le voyons avec ce cas de Foxconn, c'est en Asie que l'histoire aujourd'hui s'écrit. Il faudra également voir si ces sociétés seront capables de produire un progrès social susceptible de nourrir leur productivité galopante. Rien n'interdit en effet d'imaginer une cassure lorsque l'occident ne pourra plus consommer les produits asiatiques comme il l'a fait jusqu'à présent. La Chine notamment doit faire sa mue et produire une véritable classe moyenne on en est encore loin. Quoi qu'il en soit il faut cesser d'opposer productivité et hausse de salaire, les contraintes sociales sont au contraire un bon moyen de contraindre les entreprises à investir pour accroitre leurs gains de productivités.

 

2-Les délocalisations, le chômage et la productivité



 

Deuxième point, il faut bien voir que contrairement à ce que l'on croit en général les gains de productivité nous protègent de la concurrence des pays à bas salaire. C'est un des seuls arguments des néolibéraux qui soit vrai. Le fait est que lorsqu'une usine améliore sa productivité elle permet au travailleur français de maintenir son emploi malgré son prix plus élevé. Le problème ce n'est pas que les gains de productivité en occident produisent trop de chômage comme on peut le lire parfois dans les commentaires d'articles, il s'agit là d'une idée reçue. Le problème c'est que les gains de productivité en occident ces trente dernières années ont été trop lents en regard de la hausse de celle des pays en voie de développement. Ces pays ont d'ailleurs souvent pu maintenir des salaires de pays sous-développé tout en ayant des niveaux de productivité élevée de pays développés, ce qui est fatal pour notre industrie. Si les gains de productivité s'étaient maintenus en France au niveau de celui des années 60 il n'y aurait pas eu de délocalisations massives. En ce sens, les libéraux ont raison.

 

Cependant, c'est ignorer les effets de la mondialisation sur l'investissement des entreprises occidentales. En effet l'ouverture des frontières, la hausse du niveau scolaire dans les pays en voie de développement et le progrès dans les télécommunications et le transport ont permis une rupture dans le raisonnement des investissements des entreprises. Car il est devenu plus rentable d'investir dans des lieux éloignés même moins productifs pour gagner sur le niveau salarial de quoi augmenter les profits. Les capitaux nécessaires aux délocalisations n'étaient plus là pour améliorer la productivité locale. De fait, l'ouverture aux échanges qui avait été imaginée par Ricardo ne prenait pas en compte cette possibilité de délocaliser des unités de production, c'était évidemment inimaginable à l'époque de Ricardo. À cause de cela l'investissement productif en occident s'est amoindri, ralentissant ainsi les gains de productivité et accélérant les délocalisations permises par le libre-échange généralisé. Le tout accompagné par un ralentissement du progrès technique qui connait lui-même des évolutions non linéaires et difficilement prévisibles. Les nouvelles technologies font de piètres gains de productivité si on les compare à la machine à vapeur ou à l'arrivée du modèle fordiste. Dans ces conditions, il est fantasmagorique de demander aux pays développés d'améliorer toujours plus leur productivité pour répondre à la concurrence des pays à bas salaire. D'autant qu'il est toujours plus facile de copier que de concevoir et que donc les avantages momentanés qui sont gagnés par un éventuel progrès technique sont rapidement copiés par les pays en voie de développement rendant caduque l'avantage en très peu de temps. Les gains de productivité ne sont donc pas des remèdes absolus à nos problèmes commerciaux et même s'il est bon de vouloir améliorer la productivité du travail, il est suicidaire de vouloir en faire le seul outil de protection de la base industriel de nos pays.



Enfin si la productivité peut nous protéger un peu de la concurrence, il ne faut pas pour autant rejeter entièrement les arguments de ceux qui voient dans le progrès technique l'ennemi absolu de l'emploi. Comme je le disais dans la première partie de ce texte, la productivité n'est mauvaise que si l'on ne s'en sert pas. En effet à niveau de production constant, la hausse de la productivité produit la réduction du besoin de travailleur. La productivité n'est bénéfique que si l'on emploie la richesse supplémentaire qu'elle nous permet de produire. Soit en augmentant la demande et la production pour employer toute la population active, soit en réduisant le temps de travail à niveau de consommation constant. On peut faire les deux en même temps d'ailleurs. Nous l'avons fait pendant les trente glorieuses, la hausse des salaires et la baisse du temps de travail permettant durant cette période une absorption constante de la production, tout en maintenant le taux de chômage à bas niveau. Il ne faut donc pas pleurer sur les emplois perdus à cause du progrès techniques, d'autant que les emplois détruits par l'automatisation sont souvent des emplois répétitifs et peu enrichissants pour le salarié. Il vaut mieux crier sur le fait que l'on n’utilise pas à bon escient les gains de productivité ainsi dégagés. Plutôt que de nourrir la bourse, les actionnaires et les rentiers, ces gains seraient plus utiles dans les salaires, dans la réduction du temps de travail ou dans l'investissement productif. Vouloir arrêter les gains de productivité pour maintenir l'emploi c'est se tromper de combat. La seule question c'est celle du choix de la répartition des richesses. Et cette question de la répartition des richesses est liée à la possibilité de protéger le modèle social français et les salariés d'une concurrence déloyale face à laquelle ils ne peuvent rien. Accuser le progrès technique de faire du chômage c'est en fait dédouaner les décideurs politiques de leur responsabilité. Le progrès technique et les gains de productivité étaient bien plus élevés durant les années 60 sans qu'à l'époque nous eussions à souffrir d'un tel sous-emploi et de tels déficits commerciaux.

 

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 23:40

  eurodollar.jpg

Entre deux mouvements de peinture, de démontage de meuble et de déménagement, votre blogueur trop absent va enfin prendre un peu de temps pour écrire et répondre à  quelques commentaires . D'autant que je risque de ne plus avoir de net pendant quelques semaines. Et l'occasion était trop belle en cette période de grande incertitude monétaire pour ne pas parler un peu du destin de l'euro et du dollar. J'en parle aussi parce que je viens de lire un texte qui est à mon avis en grande partie erroné sur le site de Marianne2. Ce texte est en fait un interview de Myret Zaki qui parle de l'économie des USA et de la nature spéculative de la croissance américaine. Si l'on peut être en accord sur le fait que la croissance américaine s'est faite à crédit et sur l'influence qu'a eue le rôle du dollar sur la nature de la croissance américaine. Il ne faut pas non plus oublier trop vite les multiples interactions qui lient aujourd'hui les différentes économies de la planète à la monnaie américaine. Si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez compris que mon opinion personnelle est qu'il n'y a pas vraiment de bonne ou de mauvaise économie dans l'absolu. Les pays déficitaires commercialement ne sont pas plus mauvais que les pays excédentaires. En réalité ce sont les interactions trop grandes entre les économies qui finissent naturellement par produire des désastres. Surtout lorsque l'on encourage des politiques de croissance non coopérative, c'est à dire des objectifs de croissance qui se feront au détriment d'autres peuples. Car lorsque l'on rentre dans ce type de processus l'on produit inéluctablement des déséquilibres qui finissent par mettre tout le monde dans l'embarras. Il suffit de voir dans quelle direction la politique salariale de l'Allemagne conduit l'eurozone pour s'en rendre compte. Comme vient de rendre compte l'Expansion le miracle allemand n'est pas vraiment généralisable, à moins de produire une dépression massive. C'est ce que nous avions appris lors de la crise des années 30, et c'est malheureusement la leçon que nous allons devoir réapprendre dans les années qui viennent.



Une économie mondiale viable ne peut être qu'une économie dans laquelle les pays équilibrent à peu près leurs échanges sur une certaine période de temps. Il ne peut pas y avoir en permanence des pays en déficit et d'autres en excédent. Car tôt ou tard les dettes contractées par les pays en déficit devront être remboursées. Et si elles ne le sont pas, ce qui est probable puisque la croissance dans les pays en déficit commercial permanent traduit un sous-investissement productif local, alors des catastrophes macroéconomiques se produisent. Purge de dette, dévaluation massive, protection douanière, toutes choses qui auraient été indolores, pratiquées à temps, mais qui deviennent désagréables à court terme à cause de l'accumulation de mauvais investissements et de choix biaisés à court terme. Le fait est que de toute manière le rééquilibrage finira par se faire quoique l'on décide. Le mieux étant d'accompagner ces rééquilibrages plutôt que de vouloir les combattre comme le font les Occidentaux et particulièrement les Européens. Et de faire en sorte que ce soient des rééquilibrages ne concentrant pas tous les efforts sur la masse miséreuse de la population au risque de se voir rajouter à la crise économique une crise politique ou pire une guerre civile.  Le mieux serait bien sûr que les pays en excédent réduisent ces derniers par la hausse de leur demande intérieure, mais ce n'est, soit, pas dans leur mentalité comme dans le cas du Japon de l'Allemagne ou de la Corée. Soit ce n'est pas dans leur possibilité. Ainsi, même en triplant les salaires chinois les productions occidentales resteraient trop onéreuses en regard de la faible différence de productivité, pour que cette hausse produise une demande chinoise suffisante pour réduire l'énorme excédent. Et je ne parle même pas ici du patriotisme de consommation que certains pays pratiquent sans même s'en apercevoir et sans nécessairement faire appel à des lois ou des encadrements administratifs de protection douanière. Tous les peuples ne se comportent pas du point de vue de leur consommation à la manière française, anglaise ou américaine. Certains peuples attachent de l'importance à l'achat national au-delà du simple calcul de l'homo-économicus obsédé par le profit à court terme.



Il ne reste donc que le choix de la réduction des importations. Soit par la méthode libérale et négative, celle qui consiste à diminuer les salaires en espérant que l'investissement ne décroisse pas en proportion ce qui annulerait l'effet des baisses salariales et en plus réduirait les futurs gains de productivité. Soit par la méthode listo-keynésienne de protectionnisme commerciale par la dévaluation, les quotas ou les droits de douane. On peut même mélanger les trois méthodes en même temps suivant les secteurs, et cela avec toujours pour but l'équilibre de la balance des paiements. Cerise sur le gâteau, cette deuxième méthode peut même nous permettre de réduire le chômage à néant et d'augmenter les salaires en changeant la répartition des richesses à l'intérieur même de notre pays. En effet grâce au protectionnisme on élimine la contrainte extérieure et l'on peut enfin avoir des politiques de plein emploi tout en ayant une balance commerciale à l'équilibre. Bien évidemment cela se traduit par un changement dans la répartition des richesses à l'intérieur de l'économie nationale. On constatera sans trop s'étonner que seules la solution des contritions et des baisses salariales sont régulièrement envisagées pour palier aux déficits commerciaux chronique. Cela n'étonnera bien sûr que les naïfs.

 

L'euro et le dollar, une divergence fondamentale

 

 

Pour en revenir à la question du dollar et de l'euro qui est quand même au centre de ce texte, il faut bien voir que ces deux zones ont chacune leur propre problème. Vouloir rejeter les problèmes de l'euro en s'en prenant au dollar comme le fait ici Myret Zaki. Ou comme le fait régulièrement le groupuscule du LEAP, européiste et passablement antiaméricain (ce qui est étrange quand on connait l'histoire de l'UE). Cela revient en réalité à regarder la poutre dans l'œil du voisin pour éviter de voir le Séquoia géant planté dans le nôtre. Le problème de la dette américaine est évidemment énorme, mais la solution pour le salut de l'oncle Sam passe par la purge de cette dette donc par l'effacement d'une partie de l'épargne européenne et asiatique et par une dévaluation massive du dollar qui rendra à l'économie US plus compétitive. La mentalité américaine n'est d'ailleurs pas totalement étanche à l'idée de protection commerciale et les USA pourraient rapidement se replier sur leur continent pour faire redémarrer une économie trop largement amputée de sa sphère productive par les délires des années libre-échangistes. Les Américains perdraient certainement leur empire militaire, mais gagneraient aussi une société plus juste et moins inégalitaire. Ce que cette économiste d'une revue suisse ne semble pas avoir compris. Mais il est vrai qu'en Europe c'est surtout l'intérêt de rente qui inquiète la plupart des économistes, l'emploi ou les salaires sont très secondaires.



Les USA connaîtront des difficultés avec la fin du dollar comme monnaie de réserve internationale. Ils auront une forte poussée inflationniste liée à la dévaluation, mais cette apparente mauvaise nouvelle cachera une évolution positive sur le plan de l'égalité économique et une restructuration des richesses qui permettront à long terme à une économie réindustrialisée d'apparaître. Le dollar sera malmené, peut-être les statuts de la Fed et le fonctionnement de la monnaie américaine seront-ils changés, mais cette monnaie continuera à exister même sans son rôle international, un peu à l'image de la livre sterling actuelle. On peut souhaiter d'ailleurs que l'on n’ait plus jamais une devise nationale comme devise de réserve internationale tant cela provoque des problèmes en matière de gestion économique comme le rappellent très justement Pierre Sarton du Jonchay et Jean-Luc Gréau dans ce texte. Car comme ils le disent très bien :

 

« Tous les pays insolvables sont émetteurs de monnaie de réserve. L’utilisation internationale d’une monnaie renchérit son taux de change par rapport à ce qu’il serait sur la seule base des échanges commerciaux de biens et services. Non seulement il est plus facile d’emprunter à l’étranger avec une monnaie de réserve, mais la compétitivité du travail domestique est amoindrie. Un pays émetteur de monnaie de réserve est fortement incité à vivre à crédit, à sous-employer et sous-rémunérer les salariés domestiques. »

 

Le destin du dollar n'est pas de disparaître, mais de changer de nature. Le dollar doit se restructurer et changer de but. La monnaie américaine doit redevenir la monnaie du peuple américain. Et donc cette monnaie ne doit pas être trop surévaluée et elle doit permettre à l'économie américaine d'équilibrer ses comptes extérieurs tout en ayant des politiques de plein emploi. Le rôle de monnaie de réserve et l'avantage que cela octroie à court terme ayant un effet désastreux sur une longue durée.



L'euro s'il a des problèmes importants comme ceux du dollar pour diverses raisons à une grosse particularité. L'euro n'est pas seulement trop surévalué comme l'est le dollar. Il est structurellement une mauvaise monnaie. C’est beaucoup plus grave que la situation du dollar, ce que les européistes cherchent à cacher de plus en plus maladroitement. Encore une fois, la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale. Il n'y a pas de nation européenne et pas de solidarité à la hauteur des niveaux de différence de productivité entre les différentes régions qui composent la zone euro. Il n'y a même pas de fiscalité unique, ni de langue unique, ni de démographie convergente. La seule chose qui unisse les Européens c'est la contrition salariale et le masochisme macroéconomique. De fait, l'euro pour pouvoir fonctionner aurait dû avoir dans sa valise conceptuelle des mécanismes permettant la régulation commerciale interne pour pallier à l'impossibilité de dévaluer pour les nations avec une inflation plus forte. Aucun mécanisme n'a été prévu ou pensé pour permettre à ces déséquilibres de se résorber. La seule solution étant la diminution de la demande salariale et celle de la dépense publique.



De fait, la seule chose à laquelle pensent les européistes aujourd'hui, c'est de changer les peuples. Comme à la grande époque de l'Union soviétique ou des divers courants religieux et impérialistes qui ont mis l'Europe à feu et à sang dans sa longue histoire. L'obsession de l'uniformisation organisationnelle du continent conduit à vouloir transformer tous les peuples en un peuple européen moyen pour permettre à l'euro de continuer à exister sous sa forme actuelle. Bien sûr, le projet est tellement grotesque qu'il se casse la figure face à la réalité divergente des nations d'Europe. On peut donc dire que si l'euro et le dollar sont tous les deux dans une situation difficile leur destin ne sera probablement pas le même. Le dollar est la monnaie d'une nation qui même avec toutes ses tares et ses défauts a quand même quelques zestes d'unité qui lui permettront de continuer à exister, une fois la tempête passée. L'euro est un machin artificiel dont la nature même produit sa propre crise. L'Europe se retrouve avec plus de problèmes que les USA, le Japon, ou la GB alors même qu'elle aurait dû en connaître moins, puisqu'elle avait été moins portée aux déficits commerciaux et aux dettes. Mais la nature de sa monnaie produit des inquiétudes et des aggravations de crises qui sont structurelles. Même bien géré, l'euro ne peut pas fonctionner. Il ne peut qu'alimenter les divergences internes de la zone, en étant trop fort pour certaines nations et trop faible pour d'autres. La seule façon pour faire fonctionner l'euro tel qu'il est étant d'exporter les problèmes de la zone par d'énormes excédents commerciaux. Ce qui n'est pas possible dans les conditions actuelles et ce qui produirait d'autres crises ailleurs qui finiraient par se retourner contre l'eurozone.



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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 21:40

  Ce qui devait arriver arrive. Mais c'est quand même extrêmement rapide. Après notre petite analyse de samedi sur l'inéluctable calamité de l'explosion des taux d'emprunt qui commence à s'abattre sur nos amis italien. Voilà que l'on apprend aujourd'hui que les taux d'intérêt des bons du trésor français grimpent eux aussi. On constate sur le graphique suivant, provenant du site gecodia, que les taux français commencent à diverger des taux allemands. Comme on le voit, l'évolution est rapide et rien ne semble pouvoir arrêter l'angoisse existentielle qui frappe aujourd'hui les marchés financiers. Tout le monde semble enfin découvrir l'impossibilité fonctionnelle que représente la nature même de la monnaie nique. Celle-ci conduisant inlassablement à l'accumulation de problème pour les pays en déficit. Les monticules de dettes ne s'attaquent pas au fond du problème, mais répandent au contraire l'incendie à l'ensemble de la zone euro. Cette logique implacable qui est un défaut naturel de la monnaie unique avait pourtant été annoncée depuis Maastricht par beaucoup d'économistes de quelque obédience que ce soit. Mais il a fallu la première crise de grande ampleur sur le plan monétaire pour que l'euro unique montre son caractère fondamentalement stupide. Une seule monnaie pour des économies totalement hétérogènes ne pouvait que les faire diverger davantage. Les pays en déficit sont acculés. Leur monnaie ne pouvant se dévaluer, car leur taux de change résulte du niveau de la balance commerciale totale de la zone euro dont ils sont membres. Les pays très compétitifs, eux, ont la chance d'être protégés des dévaluations adverses et ont en plus une monnaie sous-évaluée par rapport à leur niveau potentiel ce qui leur permet d'atteindre des records d'excédent. Ce n'est, encore une fois, pas un hasard si la zone euro a, à la fois, les pays avec les plus forts excédents commerciaux de la planète, et les pays avec les plus forts déficits. C'est le résultat logique d'une zone monétaire non optimale.

 

 divergence-des-taux-franco-allemands.png

 

De fait, on peut dire qu'une grosse divergence des taux franco-allemands signifierait la fin obligatoire de l'euro. Ou en tout cas de l'euro tel que nous le connaissons et de l'organisation économique telle qu'elle a pris forme ces trente dernières années. Je ne fais pas ici ma Cassandre, des solutions ce n'est pas ce qui manque. Mais elles seront forcement en dehors des mécanismes de pensée que nos gouvernants ont cru pendant si longtemps inéluctable. Que ce soit par la fin de la monnaie unique, par le retour au protectionnisme, par la monétisation massive ou par le défaut de dette, le modèle néolibéral ou ordolibéral, pour sa composante européenne, devra être abandonné.



La dette sur les marchés financiers n'est pas inéluctable

 

Je rappellerai tout de même ici que l'essentiel de la dette publique et de la dette des états en général est le résultat d'un choix d'organisation économique. Un choix qui a été fait dans les années 70 et qui visait essentiellement à casser l'inflation de l'époque qui était jugée trop élevée et trop dangereuse pour certains intérêts. Dans le cadre de cette lutte contre l'inflation, les décideurs politiques ont choisi de donner aux marchés un pouvoir de contrainte sur l'emprunt public qui était considéré, à tort à mon avis, comme le vrai moteur de l'inflation. Ce faisant, on est passé d'un système où l'état empruntait à sa propre banque centrale pour financer ses projets sur son sol, à un système basé sur l'emprunt sur les marchés financiers. Ces derniers considérés comme extérieurs à la « contrainte démocratique », forcement populiste et irresponsable, pourraient en toute intelligence optimiser les investissements et punir les états trop dépensiers. Ce mode de régulation, qui atteint des proportions délirantes aujourd'hui avec la sociabilisation des dettes pourries du secteur privé qui s'est opéré entre 2007 et 2009, partait du principe erroné que le marché est toujours rationnel. L'expérience a pourtant depuis longtemps montré que non. En obligeant les états à obéir aux marchés financiers par la contrainte de l'emprunt privatisé, nous avons mis un système collectivement anarchique à la tête de nos nations. Et nous en subissons aujourd'hui les dures conséquences, tout du moins pour la part massive de la population qui ne gagne pas sa vie avec des stock options et des obligations d'état.



La gabegie était en fait moindre à l'époque de l'état providence, même si ce dernier n'était évidemment pas parfait. Il n'y avait pas des crises tous les cinq ans et une croissance atone. La crise actuelle qui n'a pas de solution dans le cadre dans lequel nos élites se sont elles-mêmes enfermées ne pourra être surmontée que par un retour à la contrainte collective et par un basculement du lieu de pouvoir économique suprême. L'état doit à nouveau jouer son rôle, mais il ne s'agit pas seulement d'en parler ou de faire un grand discours sur l'état stratège, comme aiment le faire certains pseudogaullistes. Car tout cela sert souvent à cacher la faiblesse des ambitions. Il s'agit de redonner à l'état le pouvoir régalien de battre monnaie, et je ne parle pas ici uniquement du retour au franc. Il s'agit surtout de briser le lien de servitude qui contraint les états à obéir aux marchés financiers. De façon d'une part à rendre aux citoyens un sens à leur vote, mais aussi de permettre à ce dernier d'employer de vraies politiques de réorganisation macroéconomique. Car une grande politique macroéconomique et industrielle ne peut se faire sans investissement et capitaux. En laissant aux acteurs privés le soin de décider de ces choses, c'est comme rendre les armes avant d'avoir combattu. En favorisant les investissements productifs et en réorientant l'argent vers les lieux où son utilité pour la collectivité sera réelle. On notera que cela peut se faire dans un contexte de concurrence économique. Un état qui contrôle l'orientation du capital peut tout à fait laisser libre cours à l'initiative privée et même l'encourager. Le contrôle monétaire ne signifie pas que la nation deviendrait un goulag géant. D'autant que l'état resterait sous l'ordre de son seul vrai maitre légitime dans une démocratie, le peuple.



On rappellera également qu'un état n'est vraiment obligé d'emprunter des devises étrangères que pour couvrir un déficit commercial et plus généralement un déficit de sa balance des paiements. Déficit qui logiquement en régime de change flottant devrait produire des dévaluations régulant ainsi le commerce. Malheureusement en pratique les taux de change sont influencés par bien d'autres facteurs que la balance des paiements. De sorte que les déficits commerciaux se traduisent souvent plus par une contraction de l'activité locale que par des dévaluations hypothétiquement salutaires pour la compétitivité externe du pays. Quoi qu'il en soit l'emprunt sur les marchés financiers ou envers les banques centrales étrangères n’est réellement obligatoire que pour cette question du déséquilibre du commerce extérieur. On ne voit pas ce qui logiquement peut imposer à un état d'emprunter sur les marchés financiers pour financer des investissements sur son sol, avec des employés locaux et des entreprises locales. Comme je le disais précédemment, c'est bien un choix politique qui a voulu contraindre les états à emprunter sur les marchés pour réaliser des investissements publics.

 

 

Pourquoi les USA ne craignent-ils pas la hausse des taux?



Mon collègue Laurent Pinsolle s'interroge dans un commentaire sur son blog sur le fait que les USA sont moins menacés par les hausses des taux de leurs emprunts obligataires que l'Italie la Grèce ou l'Espagne alors que leurs situations ne sont guère plus enviables d'un strict point de vue comptable. C'est vrai que la situation américaine est dramatique, d'autant plus que les élites du pays se déchirent sur les questions de dette. Et que l'organisation politique de type polycentrique des USA conduit ces derniers à une cacophonie paralysant leur action collective. Cependant, il y a plusieurs facteurs qui expliquent la moindre inquiétude des marchés concernant la situation US. D'une part, les USA sont libres de leur politique monétaire et à l'instar de la GB ou du Japon ils n'hésiteront pas à liquider sous forme de monétisation une partie de leur dette. Étrangement, ce marteau monétaire, qui devrait inquiéter les marchés, les rassure. Car mieux vaut être remboursé un petit peu, que pas du tout. Comme cela risque d'être le cas en Grèce et ailleurs dans la zone euro.

 

Ensuite, les marchés anticipent une amélioration des exportations sous l'effet des dévaluations qui peuvent améliorer la situation macroéconomique. De fait, il est plus rassurant en cas de tempête d'être sur un navire avec un capitaine et un gouvernail que d'être sur un bateau qui n'a ni l'un ni l'autre, comme c'est le cas de la vieille Europe. Ce qui ne veut pas dire que le navire s'en sortira pour autant, il a simplement plus de chance de ne pas couler. Enfin comment ne pas parler du rôle du dollar ? Avec les prix du pétrole qui ont peu de chance de baisser fortement à long terme et le rôle que cette monnaie tient toujours, malgré les multiples annonces de défis, dans l'échange de cette matière première essentielle. Les USA n'ont guère à craindre d'une émission excessive de monnaie. La convention du roi dollar est toujours en place et produit toujours ses effets bénéfiques sur l'économie américaine. Lui permettant de s'endetter gratuitement, et de payer ses importations avec sa propre monnaie. Les USA, contrairement aux autres nations, n'ont pas besoin d'une réserve de monnaie étrangère pour acheter à l'étranger, c'est un sacré avantage qui rassure énormément les investisseurs privés pendant les crises.

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 16:05

On a coutume de dire qu'il est bien difficile de faire des prévisions économiques et en général c'est vrai. Surtout si l'on s'intéresse à des données précises comme le taux de chômage français dans un an, ou le taux de croissance de l'Italie dans six mois. Les économistes sont incapables en réalité de faire ce genre de prévisions. Mais ce n'est pas nécessairement leur faute, c'est la complexité monstrueuse des interactions qui rend aussi difficile ce genre de précisions. On peut toutefois avoir une idée des orientations globales d'une situation en fonction de quelques réflexions assez simples. Ainsi même si le déclenchement de la crise des subprimes était prévisible, et fut prévu d'ailleurs par certains économistes comme Jean Luc Gréau, qui en avait fait une très précise prédiction dans "L'avenir du capitalisme" sortie en 2005, on reste dans le brouillard sur la question du minutage. On peut dire que l'on va dans le mur, mais sans avoir une idée précise de comment, ou quand, les évènements négatifs se produiront. Ce fut le cas pour le déclenchement de la crise, mais c'est également vrai pour son aggravation que l'on sait maintenant inéluctable eu égard aux politiques menées par les différents gouvernements de la planète.

 

La crise de l'euro va s'aggraver

 

Si la crise est essentiellement centrée sur l'occident, il ne faut pas oublier que cette région étant au centre de la demande mondiale, sa crise finira tôt ou tard par toucher les pays exportateurs. Ces derniers ont récemment bénéficié d'un second souffle, notamment la Chine et l'Allemagne, parce que les USA et une partie de l'Europe ont pratiqué des politiques contracycliques et laissé les déficits publics s'envoler. Mais en absorbant l'essentiel des effets de ces politiques contracycliques par leurs excédents commerciaux les pays excédentaires en ont réduit les effets sur l'emploi et donc sur la solvabilité finale des états les ayant pratiqués. À cela s'ajoute la crise de la dette en Europe qui est en train de prendre son régime de croisière en touchant les grands pays de la zone euro. En effet alors que les yeux sont encore braqués sur la Grèce ou le Portugal on voit maintenant les taux italiens commencés à grimper. Or des problèmes d'endettement dans un pays aussi important que l'Italie rendront impossibles des sauvetages comme on a pu les voir en Grèce. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, les taux à 10 ans italiens sont actuellement au dessus du  niveau qu'ils avaient en plein milieu de la crise de 2008-09.

 

bond-du-tresor-italien.png

 

L'Italie est "too big to be saved" pour paraphraser la célèbre formule. Elle est trop grosse pour être "sauvée" à la manière grecque. Si l'on peut parler de sauvetage dans ce cas bien sûr. Mais la dégradation de la situation de la dette italienne n'est pas le seul nuage qui plane au-dessus de Rome. En effet l'Italie comme sa soeur latine la France connait une dégradation rapide et constante de sa balance commerciale.  Sur le graphique suivant, on voit bien d'ailleurs l'effet de l'euro sur l'économie italienne, que l'on ne dise pas qu'il s'agit d'un hasard si la situation se dégrade en même temps que l'Italie abandonne ses anciennes politiques de dévaluations. Lors de la crise de 1992-93, l'Italie était sortie de l'ancien SME et avait dévalué ce qui lui avait fait reprendre ses exportations comme on peut le voir sur ce graphique. La croissance du pays avait alors bondi à 3-4% pendant deux ans. Alors que la France, avec l'aide de l'Allemagne, avait sauvé le "franc fort" au prix de milliards de dettes publiques supplémentaires et de millions de chômeurs, n'a pas alors connu de reprise économique. Aujourd'hui à travers l'euro l'Italie expérimente la politique du franc fort dans sa version continentale. Et l'on constate les mêmes effets que sur l'économie française à savoir une panne de croissance et une dégradation constante de la balance des paiements. Comme l'a souligné Laurent Pinsolle dernièrement la France a encore battu elle aussi son record en matière de déficit commercial. On sait donc que ces pays feront faillite s'ils restent dans cette direction, mais toute possibilité de changement en matière macro-économique est interdite par les dogmes en vigueur. L'on peut donc prévoir une crise à la Grecque en France ou en Italie même s'il est impossible de savoir quand elle aura lieu précisément. Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, mais à une plus grande échelle. On pourrait y ajouter l'Espagne qui n'est pas en meilleure forme que ce soit sur le plan de l'emploi de la dette ou du déficit commercial.

 

Balance-commerciale-italienne.png

 

 

L'euro conduit irrémédiablement l'Europe à la banqueroute, mais personne n'essaie d'en sortir ou au moins d'essayer de  résoudre en partie ses contradictions fondamentales. Comme nous l'avions vue dans un autre texte, il serait théoriquement possible de garder l'Euro si au moins l'on prévoyait des mécanismes de contrôle des marchandises aux frontières des états membres et si l'on poussait les états excédentaires à relancer leurs demandes intérieures. Cependant force est de constater que l'UE choisit volontairement et par dogmatisme la politique du pire.  On peut parier que même si la croissance mondiale repart, notamment celle des USA, la zone euro est dans une telle structure incohérente que le continent continuerait sa crise seul dans son coin. Il est assez drôle dans les conditions actuelles d'entendre encore des gens présenter l'euro comme une protection alors qu'il a manifestement démultiplié les effets de la crise sur les économies des pays membres. Les USA que l'on annonce par exemple en faillite ont des taux qui sont redevenus bas. Ils ont pourtant une situation économique très difficile. C'est la nature de l'euro et l'impossibilité des nations européennes en crise de pouvoir rééquilibrer leurs commerces extérieurs qui conduit les taux à des niveaux délirants. Et ça n'est pas la dernière dégradation du commerce de détail en Europe qui nous permettra de voir une sortie au bout du tunnel. 

 

Les USA ne peuvent plus faire de politiques contracycliques

 

On en vient maintenant au gros morceau celui des USA. Si le pays ne connait pas pour l'instant de crise de la dette extérieure, il faut par contre constater l'échec total des politiques de relance. C'était prévisible. Un graphique paru sur businessinsider nous montre sur une courbe l'affaiblissement progressif des effets des plans de relance aux USA , crise, après crise.

 

chart-of-the-day-the-scariest-jobs-chart-ever-july-2011.jpg

 

Ces courbes montrent le temps qu'a mis le pays pour retrouver son niveau d'emploi d'avant la crise. Les USA ont toujours gardé une vision assez keynésienne concernant les politiques de lutte contre le chômage, même s'ils ont souvent employé dans leurs discours les délires néolibéraux. Cepandent, la nature des relances était souvent de type militariste comme pendant la période Regan. La relance des commandes dans l'appareil militaire permettant la réactivation de la consommation en général dans le pays, puis le retour à la croissance économique. Les USA n'ont jamais vraiment laissé le marché jouer son jeu dans les crises économiques et c'est cela qui a évité à l'Amérique de sombrer comme les Européens dans le chômage de masse permanent. Du moins jusqu'à aujourd'hui.

 

Cette courbe montre en premier lieu les difficultés actuelles de l'économie USA où l'on voit bien que la situation de l'emploi ne s'améliore pas. Mais elles montrent aussi la divergence qui a commencé à se faire sentir dès les années 90. En effet dans la crise de 1989-90 les effets de la relance avaient déjà mis plus de temps qu'en 1981 à se faire sentir. La crise de 2001,elle, a été plus longue que celle de 1990 avant que le plan de relance de Bush ne résorbe le chômage. La relance concernant la crise de 2007 met encore plus de temps que celle de 2001 à réduire le chômage. En supposant bien sûr que les USA puissent revenir un jour au niveau d'emploi d'avant la crise. Comment ne pas voir ici les effets directs de la libéralisation des marchandises et des effets de la montée en puissance de l'Asie émergente? Car les USA se retrouvent aujourd'hui dans la même situation que la France de 1983, l'essentiel du plan de  relance augmente les importations, déséquilibre la balance commerciale, et n'améliore que partiellement la situation de l'emploi. Ces courbes montrent en pratique les effets de l'ouverture au commerce sur les politiques contracyclique. Jusqu'aux années 90 les USA grâce à leur isolement géographique, à leur système financier central, et à leur avance technologique pouvaient relancer leur demande intérieure sans que les effets ne soient trop absorbés par l'extérieur. Ça n'est plus le cas aujourd'hui et les USA vont soit devoir renoncer au plein emploi et aux politiques contracyclique soit renoncer au libre-échange.

 

Mais dans les deux cas, la mondialisation de l'économie aura du mal à se maintenir, car on voit poindre ici la nécessaire rupture des USA d'avec leur rôle de grand consommateur planétaire. Que ce soit par la contraction de leur demande intérieure, ou par le protectionnisme, les USA devront réduire leurs importations et revenir à l'équilibre. Ce faisant, ils plongeront les pays excédentaires et la planète dans une nouvelle  récession. Nous sommes dans une époque où il est impossible de cacher les contradictions du système économique mondial derrière un amoncellement de dettes. Soit, ces contradictions seront résolues par la raison et une nouvelle organisation, chaque nation équilibrant son commerce avec l'extérieur. Soit le monde plongera dans des récessions à répétition et dans le chaos. La course à l'excédent commercial ne nous mènera nulle part maintenant que le consommateur en dernier ressort est parti à la retraite au Minnesota.

 

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 16:24

 

 

credit-revolving-3.jpgOn vendait le sauvetage de l'Europe et de son euro grâce aux multiples prêts octroyés à la Grèce. On s'aperçoit maintenant que non seulement la Grèce n'est pas sauvée, mais qu'en plus les agences de notation et les marchés commencent à attaquer les autres points faibles de la structure européenne. C'est ainsi au tour du Portugal de voir sa note pour les prêts internationaux se faire dégrader, ce qui signifie que ce pays aura de plus en plus de mal à équilibrer ses comptes en s'endettant. Cet endettement devenant de plus en plus couteux sous la forme de taux d'intérêt exorbitant. On peut véritablement dire que l'Europe pratique aujourd'hui les crédits revolving pour les nations. Vous savez ces prêts à taux délirant que certains font parce qu'ils n'arrivent pas à boucler les fins de mois à court terme. Et ils empruntent ainsi à des taux leur faisant rembourser plusieurs fois le crédit d'origine sans jamais en finir. C'est une très mauvaise idée d'équilibrer son compte à court terme en empruntant et donc en réduisant les ressources futures de l'état qui seront à leur tour pompé par le crédit. De fait, tout équilibre à court terme du budget courant de l'état fait par l'emprunt produit mécaniquement une réduction de ce budget à plus long terme. Sauf à supposer que les emprunts aient servi à l'investissement et à l'augmentation de la production nationale et donc de la richesse courante. Mais nos hypothèses de départ partaient du principe que justement cet emprunt était par nature improductif. On comprend donc logiquement pourquoi les agences de notation et les marchés dégradent les notes de ces pays. Il n'y a pas de complot derrière cela juste un calcul de solvabilité à long terme.

 

 

  Voilà donc les nations d'Europe enfermées dans une spirale sans fin et se mettant à pomper tels les Shadock sans savoir vraiment pourquoi.  Et les simples citoyens que nous sommes devant rappeler que pour résoudre un problème de déséquilibres il faut d'abord savoir d'où ils viennent. Verser sans fin des aides empoisonnées aux taux d'intérêt exorbitants ne résolvant pas le problème de base des pays comme la Grèce ou le Portugal. De fait, nous le savons tous, le problème de base est le déficit non pas de l'état, mais de la balance commerciale de ces nations. Endetter les états pour équilibrer leurs comptes à court terme sans s'attaquer à l'origine des déséquilibres revient à faire du crédit revolving pour finir ses mois difficiles. Évidemment comme dans le cas du particulier un tel mécanisme conduit au surendettement et finalement à la banqueroute.



Du déficit de la balance commerciale au déficit de l'état



On pointe souvent du doigt les déficits publics, c'est notablement vrai pour la Grèce. Et l'on fait, par un raccourci simpliste dont les apôtres du libéralisme sont les champions, le rapport entre cette crise de dette et le train de vie de l'état ce dernier étant considéré comme responsable de la crise de surendettement. Mais cette dette de l'état a pourtant une autre origine que celle que l'on s'efforce à donner en général, à savoir la question du poids des services publics et du gaspillage que seraient naturellement les dépenses publiques. En réalité si l'on sort des considérations simplement idéologiques et que l'on s'intéresse à la masse monétaire on comprend rapidement que celle-ci, si elle diminue, produit une contraction des richesses nationales. À l'inverse l'augmentation de la masse monétaire si elle se fait en parallèle à l'augmentation de l'activité réelle produit de la croissance économique. La monnaie étant le sang de l'économie qu'elle vienne à diminuer quantitativement et la dépression nous guette. C'est très exactement ce qui s'est passé en 2008 lorsque les banques ont cessé de prêter en occident. Comme l'essentiel de notre système actuel fait que la masse monétaire est de l'argent sous forme d'une dette (les dettes des uns, devenant les revenus des autres et vice versa), l'arrêt des prêts bancaires a provoqué une contraction économique majeure.



Or pour contrebalancer ces contractions, les états ont emprunté et soutenu l'activité. Ils ont ainsi limité sa diminution et évité la déflation qui était en route. On voit donc que l'état a tout intérêt à ce que la masse monétaire ne se contracte jamais. Quant à son augmentation, il faut qu'elle soit à peu près proportionnelle à l'augmentation de l'activité physique réelle. Ce qui n'est jamais facile à faire en pratique d'où l'existence d'une inflation minimale sans quoi on comprime l'activité artificiellement ce que les Européens n'ont toujours pas compris. Si la contraction des prêts bancaires peut produire une diminution de la masse monétaire en circulation dans un pays, ce n'est pas la seule chose qu'il faille regarder avec attention. Ainsi la balance des paiements est tout aussi importante que l'activité bancaire. La balance des paiements inclut à la fois la balance des capitaux, des services et la balance commerciale. Si celle-ci est déficitaire, cela signifie qu'il y a plus de monnaie qui sort que de monnaie qui rentre dans le pays et que par conséquent la masse monétaire en circulation se contracte.

 

 

On voit donc ici le lien qui existe, entre la balance des paiements d'une nation, qui résulte des multiples choix des acteurs du marché, des investisseurs de toutes sortes, des consommateurs, et les comptes du budget public. Car la contraction de la balance des paiements entrainera automatiquement une diminution des recettes et de l'activité économique, et poussera l'état à s'endetter pour continuer à faire fonctionner l'état. De plus, l'état doit également s'endetter sur les marchés extérieurs pour pourvoir à son déficit commercial . Si l'état contracte, comme le fait actuellement la Grèce, le budget public pour l'adapter aux rentrées fiscales en diminution, il alimente la contraction de la masse monétaire de la nation ce qui aggrave encore la décroissance de l'activité économique. Heureusement comme l'avait noté Keynes à son époque il y a des mécanismes qui bloquent naturellement ces effets de dépression. Par exemple la viscosité salariale qui empêche la diminution trop importante des salaires et donc de la demande intérieure. Ou encore les blocages sociaux comme actuellement les réactions populaires contre les politiques d'austérité. Heureusement que de tels blocages existent sans quoi la crise conduirait les pays qui connaissent une contraction de la masse monétaire vers un point où tout le monde serait au chômage.

 

 

Quand l'état grec contracte ses dépenses que se passe-t-il en fait? Et bien, les salaires des fonctionnaires ou leur nombre diminuent, ce qui réduit d'autant la demande intérieure et donc l'activité des entreprises. Lorsque l'état contracte sa demande, il transfère en quelque sorte ses dettes vers le secteur privé qui fait faillite. Ceux qui hurlent contre les déficits publics sont des imbéciles qui n'ont toujours pas compris que les dettes des uns sont les revenus des autres et inversement. De sorte que la masse monétaire globalement s'échange entre toutes les parties de la société sans que l'on puisse réellement mesure qui échange quoi dans quelle proportion. Lorsque la masse monétaire globale diminue, diminuer les activités publiques ou augmenter les impôts ne sert à rien, il faut accroître la masse monétaire en circulation. Donc, créer de la monnaie. Soit par l'endettement soit par l'émission monétaire pure et simple. La dispute entre la gauche officielle et la droite officielle a donc quelque chose de comique en ce sens que les uns prônent l'augmentation des impôts pour les riches, et les autres, la diminution des dépenses de l'état. Mais ils ne se rendent pas compte qu'aucune de ces deux solutions ne peut résoudre la question de la décroissance la masse monétaire en circulation.Jouer sur ces variables ne fait que produire un jeu de chaise musicale monétaire.

 

Augmenter la masse monétaire et équilibrer les échanges extérieurs

 

 

L' endettement est donc à court terme la seule solution, en ce sens l'Europe a en partie raison. Cependant, on remarquera que cet endettement supplémentaire aurait pu se faire à taux zéro auprès de la BCE plutôt que par l'endettement d'autres pays de la zone ce qui étend le risque de surendettement. Ou bien se faire par la monétisation et l'émission de monnaie à l'échelle de l'Europe. Nous savons cependant qu'idéologiquement ces solutions ne seront jamais employées par la structure européenne. Cependant même si cet accroissement de la masse monétaire peut résoudre à court terme le problème, il faut aussi résoudre la question des déséquilibres de la balance des paiements. Chose que l'Europe, là encore, est dans l'impossibilité de faire, car elle est structurellement incapable d'avoir une solution pratique pour permettre à un pays de rééquilibrer rapidement ses échanges. Ne pouvant employer ni le protectionnisme commercial, ni la dévaluation, les pays en déficit ne pouvant plus accroître leur endettement sont obligés de contracter leur niveau de vie et leurs salaires pour d'une part réduire leur demande intérieure et d'autre part accroitre leur compétitivité externe. Le résultat est là encore une contraction de la masse monétaire en circulation et une aggravation des déficits de l'état. Si ces solutions fonctionnent à plus ou moins long terme, ce sera au prix d'un chômage monstrueux et d'une misère terrible. Cela voudra dire également que ces pays devront supporter un niveau de vie largement inférieur à ce que leur niveau de productivité réel et leur capacité de production réelle pourraient leur permettre. En effet, contrairement à ce que dit la vulgate libérale, le chômage n'est pas naturel. Il traduit en fait une sous-utilisation des capacités de production d'une nation.

 

 

On conçoit donc que la seule solution raisonnable est, contrairement à ce qui dit Artus dans ce texte, la sortie de l'euro et le retour au protectionnisme. La sortie de l'euro permettra d'abord à l'état de contrôler à nouveau l'émission monétaire pour par exemple faire pouvoir augmenter la masse monétaire en circulation sans avoir à emprunter sur les marchés financiers. Ensuite, cela permettra à l'état de dévaluer, et donc d'améliorer la compétitivité externe sans avoir à toucher directement aux salaires ou à la dépense publique. Dans un pays où les relations sociales sont difficiles et chaotiques, c'est un outil indispensable. Le protectionnisme complémentaire permettra avec les dévaluations de bien maitriser la balance des paiements, de façon à ce qu'elle ne soit plus déséquilibrée. Et donc de faire en sorte que la masse monétaire puisse à nouveau augmenter à un rythme normal sans fuite vers l'extérieur. Comme je l'ai dit, rien ne nous empêchera, une fois revenue à une maitrise nationale de la monnaie, d'augmenter la masse monétaire non plus par l'endettement, mais par la hausse pure et simple de l'émission monétaire. Ceux qui pensent que cela produit de l'inflation n'ont pas compris que ce qui fait l'inflation au sens monétaire c'est une hausse excessive de la masse monétaire en regard de l'activité économique réelle. De fait, la nature de cette augmentation qu’elle soit par émission pure ou par dette publique importe peu du moment que cette augmentation se fait au bon rythme. Il y a d'ailleurs fort à parier que l'accroissement de la masse monétaire par création simple de monnaie supplémentaire serait moins inflationniste que par l'endettement. En effet, l'endettement laisse des traces et rend obligatoire le remboursement avec des intérêts, ce qui rend nécessaire une augmentation de la masse monétaire pour rembourser ces intérêts. En émission de monnaie pure et simple, il n'y a plus d'intérêt à rembourser donc plus d'effet d'emballement. Cependant, il est vrai que l'émission de crédit public à taux très faible de la part de la banque centrale revient à peu près au même.

 

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 15:40

En surfant sur le blog du CGB, je suis tombé sur ce reportage incroyable concernant l'entreprise Samsung:

 

 

 

 

 

  Un reportage incroyable à plus d'un titre. D'une part, il montre que le fonctionnement des économies asiatiques est très différent de celui des puissances occidentales. Ensuite, il montre également le caractère suicidaire qu'il y a à commercer avec des gens dont les mœurs et la façon de vivre sont aux antipodes des nôtres. Car quel que soit votre mode d'organisation, vous ne pourrez pas concurrencer des gens qui orientent toute leur vie vers le travail. C'est d'ailleurs d'autant plus vrai que nous, français, avons quand même quelques restes de la société d'autrefois. Nous savons instinctivement qu'il faut travailler pour vivre, et non l'inverse. De ce fait, entrer en libre concurrence avec de telles organisations humaines conduit inéluctablement à devoir aligner notre propre mode de vie sur le leur. Et je parle ici en ignorant toutes les considérations monétaires ou salariales qui par ailleurs peuvent aggraver encore les écarts de compétitivité. En ce sens, le libre-échange promeut ici une société antilibérale et profondément collectiviste dans laquelle nos amis libéraux suffoqueraient instantanément. La société libérale est en fait trop fragile pour rester en libre concurrence avec des sociétés collectivistes d'un niveau technique élevé.

 

La Corée du Sud naturellement protectionniste

 

  Ce qui frappe le plus c'est l'absence de concurrence face à Samsung sur son propre territoire. Comme au Japon ou en Chine des conglomérats se forment et produisent des monopoles locaux qui ensuite partent à la conquête du reste du monde. Le reste du monde qui lui fait justement jouer la concurrence. On peut se demander à quoi ressemblera l'économie mondiale lorsque quelques entreprises asiatiques domineront la totalité de la production planétaire. Il n'est pas certain qu'alors le progrès technique continuerait au rythme actuel. Comme je l'avais expliqué, la concurrence n'est pas mauvaise en soi, mais c'est un processus dynamique qui ne doit pas avoir de fin. Et pour qu'il n'ait pas de fin, il faut un acteur extérieur au marché qui empêche justement la création de monopoles. Pour l'instant, la dynamique des entreprises asiatiques tient à l'existence de concurrent extérieur à leur propre pays, si ces derniers venaient à disparaître l'on se retrouverait avec des organisations qui s'endormiraient, et qui finiraient par tirer profit de leurs monopoles. La taille d'un marché n'a finalement pas d'importance dans la notion de concurrence. Ce qui compte le plus c'est qu'il y est un état actif relativement imperméable à la corruption économique pour mettre un frein à cette tendance à la concentration. On voit ici aussi les effets des problèmes qu'engendre la mondialisation. En effet, si Samsung est devenue si puissante face à l'état coréen, un peu comme Nokia en Finlande, c'est avant tout parce qu'elle peut écouler sa marchandise sur la planète entière. Si telle n'avait pas été le cas, Samsung serait resté aux dimensions de la Corée et ne ferait pas concurrence à la puissance publique avec tous les dangers que cela représente pour une démocratie encore fragile et récente.

 

Un effort considérable en recherche et développement

 

La seule chose que je retiendrai de positif dans le comportement de Samsung c'est son effort de recherche. On apprend ainsi que Samsung possède trois fois plus de chercheurs que le CNRS français... Cela en dit long sur leur effort et sur la faiblesse des nôtres dans ce domaine. Cependant à mon avis l'organisation très hiérarchique, voire très sectaire, de l'entreprise ne doit pas favoriser vraiment la créativité. La pression féroce sur les salariés doit avoir pour effet de produire un esprit moutonnier qui ne favorise pas l'esprit d'initiative ce qui bloque l'énorme potentiel humain de l'entreprise. Comme dit dans le reportage, les Coréens ont copié Apple, pourtant je ne suis pas certain que cette entreprise ait une telle puissance de feu en matière de recherche scientifique. Encore une fois, tout est affaire d'équilibre, si je ne suis pas vraiment un libéral sur certaines questions j'abhorre le côté totalement collectiviste du système coréen. Il faut un certain équilibre. Une société concurrentielle, mais protéger de l'extérieur. Avec un état qui règlemente, me semble beaucoup plus souhaitable et viable à long terme qu'une société entièrement collectiviste et où l'être humain n'est plus rien.

 

Un mode de vie délirant 

 

  Les sud coréens ne sont finalement pas si différents de leurs voisins du  nord, ils ont juste fait du communisme version privatisé. On a connu nous aussi en France ce type d'organisation comme Michelin à Clermont-Ferrand. Les méthodes fordistes n'étaient parfois pas très éloignées de ce paternalisme d'un nouveau genre. Mais la nature assez libérale et individualiste de l'esprit français ou américain nous a protégé, heureusement, de ce types d'excès. Ainsi les droits des travailleurs et le temps de repos ou de vie familiale sont-ils protégés par notre sens de la mesure qui malheureusement s'étiole sous les effets du libre-échange généralisé avec ces pays de fous. On voit d'ailleurs ici une application grandeur nature des théories de Todd sur les structures familiales. Une telle organisation est inimaginable dans un pays comme la France ou la Grande-Bretagne, il y a bien un lien entre structure familiale et organisation économique. Et ces différences rendent extrêmement dangereux le libre-échange. En effet, les Coréens font de la préférence coréenne instinctivement, ils ne cherchent pas le plus bas prix ou la meilleure qualité si c'est pour acheter non coréen. On retrouve la même chose en Chine ou au Japon. Ce n'est pas le cas en France ou aux USA. Dès lors, la libre circulation des marchandises avantage ces pays naturellement protectionnistes et condamne les pays qui jouent la règle de la libre concurrence. Là encore, les frontières permettent la coexistence entre des structures sociales et anthropologiques divergentes, les supprimer revient à produire du conflit et des inégalités.



On ne peut pas tout sacrifier à l'efficacité économique, c'est oublier le sens et le but même de la vie. Quelque part, ce mode de vie confine à la folie collective. Et d'ailleurs, le prix à payer en Corée est exorbitant. Du taux de suicide excessif, en passant par l'effondrement de la natalité, l'excès coréen pourrait avoir un prix colossal pour le pays à plus ou moins long terme. La situation japonaise actuelle ne semble pourtant pas avoir fait réfléchir le pays du matin calme sur ces questions.  Produire des tonnes de gadgets pour ensuite les consommer puis les jeter et enfin en produire à nouveau n'est-ce pas la forme moderne du mythe de Sisyphe? La Corée du Sud pourrait produire un peu moins en travaillant beaucoup moins et en vivant beaucoup mieux. Mais il est vrai que pour choisir ce type de société encore faut-il avoir le temps d'y réfléchir un peu.

 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 16:50

 

 Pour une fois, je vais faire mon RST, parce que la dernière vidéo de monsieur Paul Jorion m'a rappelé que certains énergumènes n'hésitent pas à mentir et à faire des approximations pour mieux appuyer leur idéologie ou leur propre statut de révolutionnaire à barbe.  Pour tout dire, Paul Jorion ne m'intéresse pas vraiment, il se trouve que j'ai découvert son blog lorsque je flânais sur celui de Malakine du blog horizon vers fin 2007. À l'époque Jorion se consacrait surtout à la finance et l'on pouvait voir dans ses propos de choses intéressantes sur les questions de la spéculation et du fonctionnement bancaire. Déjà à l'époque je trouvais que le personnage avait quelques difficultés à produire des raisonnements synthétiques et clairs, mais cela ne me posait pas vraiment de problème. Par la suite, Jorion est devenu une espèce de phénomène médiatique sur le web, chacun allant sur son blog comme on allait autrefois à la messe. On écoute le prêche sans vraiment s'intéresser profondément aux propos tenus par le blogueur en question. Je pense d'ailleurs que ce blog est devenu une espèce de bulle médiatique. C’est assez ironique en connaissant le sujet principal du blog de Paul Jorion. La vraie nourriture du blog aujourd'hui ce sont les commentaires. Et comme il y a beaucoup de commentaires et de lecteurs, les gens viennent plus pour se faire entendre ou pour discuter que pour réellement apprécier le travail de Paul Jorion. Ce blog est devenu un média mainstream. Il tient sa position grâce à sa taille et à son nombre de visites sans que la qualité n'influence sur son évolution en terme de nombre de visiteurs. D'ailleurs Paul Jorion délègue de plus en plus auprès d'autres personnes l'entretien de son blog. Le premier gros problème qui a fait du bruit fut la division sur la question monétaire. Personnellement, je n'ai pas trop suivi l'affaire, mais il parait que le tôlier, ne supportant pas la contradiction, s'est lancé dans des attaques excessives en accusant d'antisémitisme ses opposants sur la question monétaire. Car la censure est effectivement fréquente sur le blog de Paul Jorion.

 

  Mais ce n'est pas pour cela que je parle ici de Paul Jorion. Et que l'on ne sorte pas le refrain traditionnel sur la jalousie qui animerait les critiques de Jorion. Ce blog ne met jamais en avant son auteur qui reste d'ailleurs dans l'anonymat le plus complet lui. Le fait est que Jorion parle surtout de Jorion et des solutions de Jorion. Il cite très rarement les multiples esprits et économistes, bien plus percutants que lui, qui avaient prédit la crise et les multiples catastrophes auxquelles l'humanité fait face. Non si je critique ici Jorion, c'est que sa dernière vidéo montre une accumulation impressionnante de poncifs éculés. Et qu'il est également dans la continuité des attaques récente perpétré par le conseil "scientifique" d'ATTAC et dont nous avions parlé il y a peu. En effet, Jorion caricature la position protectionniste et montre ici son côté totalement métaphysique tant les solutions qu'ils donnent sont impraticables dans le monde réel. Pour quelqu'un qui prétend mettre en question la validité des modèles mathématiques dans leur représentation du réel, c'est très drôle. Jorion construit des solutions qui sont effectivement à l'image de ces modèles mathématiques qui ne prennent pas en compte les réalités concrètes qui font les sociétés humaines. Ce faisant, son discours ne mène nulle part à l'image des gens d'ATTAC, qui conspuent eux aussi le protectionnisme, sans y avoir réfléchi. Simplement parce que pour eux la frontière c'est le mal.

 

 

 

 

Critique de la vidéo

1- La chine va nous sauver

La première grossière erreur est la façon dont Jorion analyse la question chinoise. On voit ici peut-être l'influence qu'a exercée ce pays et le maoïsme sur les esprits des intellectuels formé dans les années 60-70. On retrouve un peu partout à gauche cette adulation aveugle sur le comportement chinois qui serait toujours bien intentionné contrairement à ces méchants Occidentaux individualistes. On retrouve les mêmes délires lorsque Mélenchon part en guerre contre les critiques de la Chine. La vérité est pourtant bien plus nuancée. Jorion pour étayer son propos nous dit que la Chine vient sauver l'euro en rachetant les dettes des pays membres. Il remarque, tout de même, que c'est avant tout pour sauver ses propres réserves que la Chine agit ainsi. Celle-ci ne voulant pas se retrouver uniquement avec le dollar comme monnaie viable à l'international. Mais ce n'est pas la seule raison. En maintenant l'euro, la Chine est sûre et certaine de pouvoir continuer à écouler massivement ses marchandises sur le sol européen sans avoir à craindre des dévaluations mettant à mal sa performance d'exportateur. De fait si la Chine avait face à elle de nombreuses monnaies européennes, il lui serait plus difficile d'avoir des excédents aussi prolifiques pour elle. C'est avant tout pour pouvoir continuer sa stratégie mercantiliste agressive que la Chine sauve l'euro, certainement pas par solidarité. La Chine qui sert souvent d'exemple aux gauchistes est en réalité profondément nationaliste. Elle est à l'opposé des idées que certains défendent à gauche, et elle est mue essentiellement par sa volonté d'autodétermination et d'indépendance. C'est très loin de l'idée que se font les gauchistes français d'une solidarité internationale entre les peuples. Ce n'est pas un reproche que je fais ici à la Chine, mais plutôt sur l'aveuglement de certains quant aux motivations premières de l'establishment chinois. Un establishment qui n'a probablement rien à envier au nôtre en terme de volonté de domination. Remplacer les USA par la Chine en tant que puissance mondiale n'améliorera pas le sort de l'humanité.

 

2-La richesse de l'occident vient du pillage des pays du tiers-monde

 

Deuxième idée reçue étalée par Jorion, l'occident aurait bâti une grande partie de sa fortune de par son ancienne domination commerciale. C'est une des plus vieilles fadaises marxistes. Et je croyais que depuis les travaux de l'historien et économiste Paul Bairoch plus personne de sérieux n'userait d'une telle affirmation. La plupart des études montrent qu'en réalité les colonies ont ralenti le développement industriel des pays qui l'ont pratiqué. Et c'est facile à comprendre, les capitaux nécessaires au maintien des colonies et à leur développement n'étaient pas investis sur les territoires métropolitains. À une époque où c'est essentiellement les gains de productivité et l'amélioration des capacités de productions qui enrichissent, ce manque d'investissement va faire décliner relativement les forces productives du pays qui pratiquait alors la colonisation. On peut se référer aux œuvres de Paul Bairoch, pour voir que les chiffres sont clairs sur cette question. Les pays les plus dynamiques à la fin du 19e en Europe sont ceux qui n'ont pas la charge d'un empire. Et d'ailleurs si l'esclavage ou le colonialisme expliquaient réellement le développement de l'occident, pourquoi la plupart des nations esclavagistes finissaient par décliner comme les états du sud aux USA? Ou encore l'Empire ottoman grand adepte d'esclaves et d'eunuques.  Finalement si l'on acceptait l'idée que le développement ne peut se faire que par la destruction d'autrui alors l'humanité aurait effectivement beaucoup de soucis à se faire. Mais il n'en est rien heureusement. L'épuisement des ressources peut se résoudre par le changement de paradigme technique et organisationnel.

 

  Ensuite dans le même temps Jorion nous explique en sous-entendu que les empires coloniaux seraient le fruit du capitalisme. C'est un argument qu'on entend souvent et lorsqu'on a le malheur de faire remarquer que nombre d'empires ont existé bien avant le capitalisme, on nous claironne que celui du capitalisme est bien pire parce qu'il est mû par des intérêts économiques. Comme si les anciens empires d'Alexandre le Grand, de César, de Mahomet ou des Mongoles n'étaient pas mus par l'appât du gain eux aussi. La forme impériale a changé, mais les motivations restent les mêmes ainsi que les fantasmes de grandeur et de puissance. C'est la fameuse hubris dont nous parlions dans le texte précédent.  Le capitalisme n'a pas inventé l'esclavage, il l'a même rendu moins dur et violent. Il n'a pas non plus inventé l'impérialisme, l'URSS était bien un empire et n'était pas capitaliste. À force de vouloir tout expliquer avec une théorie du tout, on finit par passer à côté des faits historiques réels. Le monde est trop complexe pour se résumer à la question économique, ou au capital. C'est étrange cet éconocentrisme de la part d'un anthropologue d'ailleurs.

 

3-Le protectionniste c'est la sortie vers le bas

 

       Dernier point le plus important pour moi, c'est la façon dont il traite lui et ses sbires le protectionnisme. Ce dernier produirait automatiquement une mécanique d'escalade entrainant tout le monde vers le bas. Pour Jorion ce serait user de la plus mauvaise des solutions qu'utiliser le protectionnisme. On retrouve là les arguments d'ATTAC pratiquement argument par argument. Et ce n'est pas étonnant, puisque c'est la position de l'extrême gauche depuis des décennies, et que l'on peut résumer par la frontière c'est le mal. Pour résoudre les problèmes, il faut se mettre autour de la table et discuter. Inviter les Chinois à prendre le thé pour les convaincre d'augmenter leurs salaires par  exemple et de réduire ainsi leur compétitivité commerciale en augmentant leurs importations et en ralentissant la progression de leurs exportations. Mais qui peut croire un instant qu'il est possible de convaincre un pays qui pratique le mercantilisme d'arrêter de le faire? On n’arrive même pas à convaincre les Allemands de le faire alors la Chine c'est du délire. Si ces pays pratiquent le mercantilisme c'est justement pour exporter leurs propres problèmes internes. L'excédent leur permettant d'avoir une croissance sans hausse salariale. Le fait est que tout ceci est une affaire de rapport de force. Baisser la tête face à quelqu'un qui vous maltraite ne vous permettra pas de vous faire respecter. Même si vous lui léchez les bottes les choses ne s'arrangeront pas. Il faut parfois être aussi violent que ceux qui vous agressent et je dis bien qui vous agresse. Parce que la situation chinoise n'est que partiellement le fait des multinationales occidentales. Contrairement à ce qu'essaient de vendre les intellectuels d'extrême gauche dont Jorion démontre ici son appartenance.

 

La Chine a une stratégie d'impérialisme commercial qui est en fait assez ressemblant à celle de la grande époque britannique. On inonde des pays de marchandises à bas coût. Et une fois l'industrie locale totalement décimée, on peut faire grimper les prix et changer les rapports de force entre les nations. La Grande-Bretagne aussi faisait des cadeaux et comme ceux de la Chine. C’était des cadeaux empoisonnés visant à détruire les vraies richesses d'un peuple, ses savoir-faire économiques et agricoles. Faut-il être stupide pour croire qu'en concentrant toute la sphère productive dans une seule nation les rapports de force n'allaient pas changer ? En militant contre le protectionnisme, Jorion défend les politiques mercantilistes de certaines nations de l'Allemagne à la Chine en passant par la Corée du Sud. Une situation qui crée d'une part un monde instable puisque les déséquilibres poussent à la faillite les états dominés.  Mais c'est une situation qui ne crée pas qu'un déséquilibre occident/asie, des pays du tiers monde connaissent aussi de gros déficits commerciaux avec la Chine. J'avais expliqué dans ce texte sur l'Inde par exemple que ce pays souffrait aussi de la concurrence chinoise et connaissait un déficit commercial abyssal. La mondialisation n'a fait que quelques gagnants et beaucoup plus de perdants.

 

Ensuite, la stratégie protectionniste vise surtout à rétablir les équilibres des balances des paiements et par là à mettre fin aux crises à répétition nourries par une dépression salariale permanente alimentée par le chantage à l'emploi. Le libre-échange empêche les politiques de relance et les politiques de plein emploi keynésiennes en diminuant énormément le coefficient du multiplicateur d'investissement keynésien. Monsieur Jorion n'est pas sans savoir qu'une politique de relance, comme celle qui a été faite par Obama et qui a échoué, part du principe que l'augmentation de la dette fera une augmentation des recettes plus importante grâce à l'échange interne entre les différentes parties de la société. Pour qu'une politique de relance fonctionne, il faut d'abord que l'essentielle de la relance fasse effet sur la demande de produits locaux. Et cela dans le but d'accélérer la création d'emploi et au final dégager les rentrées fiscales qui finiront par permettre de rembourser l'emprunt contracté. La théorie keynésienne de la relance fonctionne en circuit fermé, ou considérant les échanges extérieurs comme négligeables. Or même aux USA les importations ne sont plus négligeables. Lorsque l'Amérique relance sa demande intérieure, c'est surtout l'Asie et l'Allemagne qui profitent de la relance. Ce qui fait qu'à chaque relance le PIB augmente moins que la dette rendant au fur et à mesure trop couteuses les politiques de plein emploi. Si l'on prône le protectionnisme c'est avant tout pour à nouveau rendre possible de telles politiques.

 

  Pour finir, je dirais qu'en plus maintenir le système économique actuel c'est encourager les pays les moins avancés à produire sans consommer. C'est-à-dire à produire sans faire revenir vers les producteurs de cette richesse les gains de productivité réalisés par le travail qu'ils ont eux-mêmes effectué. La mondialisation commerciale permet à la Chine, ou l'Allemagne de croitre sans hausse de salaire et sans inflation. Elle permet aux riches de ces pays de devenir extrêmement riches sans buter contre la contradiction fondamentale du capitalisme à savoir la crise de surproduction.  En fermant nos frontières, et en exigent l'équilibre des balances des paiements, nous les mettrons devant leurs responsabilités devant leurs propres peuples. Ils devront augmenter leurs demandes intérieures et donc leurs salaires pour écouler leurs marchandises en quantité suffisante. Ce qui mécaniquement produira une meilleure répartition des richesses dans ces pays. Faire croire comme le fait Jorion que le libre-échange est bon pour les Chinois c'est une escroquerie intellectuelle. Et il n'y aura pas d'escalade puisque la violence commerciale elle est déjà là. Nous sommes déjà dans une situation de guerre commerciale et ce n'est pas le protectionnisme qui nous y a mis.

 


Jorionnisme, nom masculin

 

Définition : qui signifie faire un discours avec une méthode similaire à celle de Paul Jorion. Méthode consistant à multiplier les citations savantes pour mieux cacher la vacuité du propos et l'absence totale de démonstration logique.  Le but du jorionnisme n'est pas de faire avancer le débat, mais de mettre en avant le porteur du débat. En cela le jorionisme s'apparente à un sophisme extrêmement sournois.

 

Synonyme BHLisme, sophisme.

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 16:25

  carte_danemark_fr.gifUne dépêche AFP vient d'annoncer que le petit pays des Vikings vient de valider à son parlement la remise  en place de ses douanes. On en avait parlé dans ce texte, le Danemark est ainsi le premier pays de l'UE à rompre avec la sainte liberté de circulation des hommes des marchandises et des capitaux. On peut dès lors se poser une question. Pourquoi est-ce que les danois ne sortent tout simplement pas de l'UE puisqu'ils ont décidé de rompre avec l'un des piliers de base de la construction européenne actuelle ? Cela montre également qu'un pays s'il le désire peut très bien prendre des décisions unilatérales au sein de l'UE et cela même si c'est contre l'avis de ses voisins. C'est d'autant plus remarquable que le Danemark n'est franchement pas un grand pays avec seulement 5.5 millions d'habitants. Si la sortie officielle de l'UE n'est pas pour tout de suite, on constate que l'on peut en réalité violer les traités sans que le ciel nous tombe sur la tête, comme le crois la majorité des français. Le temps ne s'arrêtera pas, si nous remettons des frontières. Et non une pluie de flamme ne viendra pas bruler nos maisons. Il est vrai cependant que le Danemark a eu l'intelligence de rester en dehors de l'euro ce qui facilite quand même les choses. 

 

L'UE n'a aucun pouvoir de contrainte réel

 

  Le Danemark met ici l'UE face au fait accompli et l'on rit déjà de l'énervement des bureaucrates bruxellois face à ce pays qui n'en est pas à sa première rébellion antieuropéenne. Rappelons-nous que les danois avaient eu la sagesse de ne pas ratifier le traité de Maastricht la première fois et que leurs élites tout aussi arrogantes que les nôtres les ont fait revoter pour qu'ils craquent. En effet, c'est en produisant  des changements cosmétiques que les élites ont fini  par faire voter "oui" au danois. Le pays par contre n'est pas rentré dans l'euro. Cet ancien mauvais élève retrouve donc ici son rôle historique de frein antieuropéen. Sauf que cette fois-ci il s'agit d'un retour en arrière, d'une véritable claque donnée à tous les européistes. On va pouvoir admirer également la force réelle de l'UE. Elle n'en a aucune et heureusement lorsque l'on voit avec quel dédain ses représentants traitent la démocratie. Nous aurions eu les chars sur Paris en 2005 vu les réactions folles, que le rejet du traité constitutionnel européen a alors produites. L'Europe n'a donc heureusement aucun moyen de rétorsion réel surtout sur un pays relativement peu dépendant de ses bonnes grâces économiques. La force de l'Europe tient surtout à l'adhésion des élites des pays membres bien plus qu'un d'un pouvoir réel. La légitime violence et le pouvoir de coercition ultime qu'est la force militaire restant aux mains des états nations qui ne sont pas allés jusqu'à remettre les clefs de l'armement aux bureaucrates bruxellois. De ce fait, il suffit que les élites locales changent d'avis pour que la formidable puissance bureaucratique de Bruxelles soit défaite. C'est véritablement un titan aux pieds d'argiles.

 

 

 936197-1110307 L'histoire semble maintenant s'accélérer et tout concourt à la destruction brutale de l'UE. Comme je l'avais expliqué dans mon texte précédent sur cette affaire au Danemark, il semble plus que probable que ce soit les pays les plus autonomes et les plus riches qui mettent fin à la construction européenne et non ceux qui souffrent le plus de ses effets macroéconomiques dévastateurs. La fin de l'Europe arrivera par le Nord en commençant par le Danemrk puis des pays comme la Suède. Cette dernière non membre de la zone euro se porte d'ailleurs à merveille, en effet le pays connait une croissance quasi asiatique cette année avec 6%. Pour un pays avec un niveau de vie aussi élevé, c'est spectaculaire. Là aussi la Suède nous montre que l'on peut être en dehors de l'euro et avoir un sacré dynamisme économique. Mais bien évidemment la vraie claque pour le système européen viendra de l'Allemagne. Même si le pays a bénéficié à court terme de l'euro et de la disparition des protections monétaires de ses voisins. La population allemande acceptera de moins en moins de payer pour ce qui lui semble être une affaire de mauvaise gestion. Le rejet de l'euro par les Allemands est d'ailleurs de plus en plus fort. Le magasine allemand, Der Spiegel, en a fait l'épatante démonstration, en consacrant pas moins de 25 pages à la fin de l'euro. Il n’y a en fait qu'en France où le débat reste confiné à un petit groupe d'intellectuels et de politiques minoritaires. Ailleurs, on parle ouvertement de la mauvaise structure monétaire que constitue l'euro. Les pays en crise comme la Grèce sont en fait bien mal placé pour mettre fin à cette énorme farce monétaire même s'il est certain que c'est bien leurs pays qui auraient le plus besoin d'une autre politique. Psychologiquement, les élites grecques sont dominées et persuadées qu'elles ne peuvent rien faire parce que justement elles croient à leur petitesse. À l'inverse les pays du nord, les grands gagnants de l'UE et de l'euro dans le cas de l'Allemagne, sont plus sûrs d'eux. Ils n'ont pas intérêt en fait à l'éclatement de l'Europe actuelle. Mais leur confiance en eux et leur méprise sur l'origine de leurs avantages, leur raison étant étouffée par une hubris commerciale démentielle, va les pousser à déconstruire l'Europe.

 

 

Il ne faut donc pas attendre grand-chose de la France ou des pays qui souffrent le plus de la construction européenne, c'est bien d'en haut de l'Allemagne, du Danemark ou de la Hollande que viendront les attaques les plus violentes contre la construction européenne. Car ces pays sont persuadés d'être victimes de la nullité des économies du sud. Même s'ils ne le disent pas ainsi. À l'inverse les élites des pays du sud ont une image bien trop dégradée de leur propre nation pour tenter des aventures en solitaires afin de mieux manœuvrer leur barque dans la chienlit de la mondialisation néolibérale. On est là dans le domaine de la psychologie des dirigeants, pour sortir de l'euro et des diverses mauvaises habitudes économiques qui nous détruisent, il faut au préalable disposer d'une certaine force psychologique. Il faut savoir où l'on veut aller et il faut avoir un minimum confiance en son propre pays. Ces conditions ne sont malheureusement pas réunies dans les pays du sud. C'est particulièrement vrai en France où les élites ont en plus une grande tradition d'autodénigrement national qui en fait une véritable particularité politique française. La peur maintient donc ces nations dans une politique économique qui manifestement les tue. C'est ainsi que l'on se retrouve avec le vote des pseudo-aides européennes qui ne sont en fait qu'une fuite en avant dans l'endettement, une fuite qui ne mènera nulle part puisque tout le monde a compris que la dette ne pourra jamais être remboursée dans sa totalité. L'on cherche ici surtout à protéger les banques privées de l'Allemagne et de la France sur le dos des Grecques et des contribuables européens.

 

 

Cette nouvelle du retour des frontières et des douanes au Danemark est probablement l'un des événements majeurs de cette année. La boite de pandore des protections et des frontières étant désormais ouverte on voit mal comment l'Europe pourrait empêcher d'autres nations de suivre la stratégie danoise. On remarque d'ailleurs que cela valide au passage la stratégie du fait accompli prôné par Jacques Sapir. En prenant des décisions unilatérales non seulement on retrouve rapidement des moyens d'action au niveau national, mais en plus on peut faire bouger la vieille Europe embourbée dans sa bureaucratie décadente. On peut espérer en effet que ce type d'action menée dans un pays aussi central que la France entrainerait des mouvements à travers toute l'Europe. Comme naguère, la politique de la chaise vide avait fait avancer les choses sur la question de l'agriculture et de la PAC. Les politiques unilatérales peuvent faire changer les choses là où la paperasse et les pseudoconcertations n'amènent que la stagnation et l'enlisement.

 

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 19:20

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Un débat extrêmement intéressant vient d'être mis en vidéo sur le site d'arrêt sur image. Un débat qui se situe bien évidemment sur la question de la démondialisation et qui rebondit sur le fameux texte d'ATTAC qui s’en prenait indirectement aux thèses de Lordon et Sapir concernant ce sujet. Sujet hautement discuté à gauche à cause de la position d'Arnaud Montebourg qui a pris fait et cause pour la démondialisation. Je remercie au passage Olaf pour m'avoir mis le lien sur la vidéo. Nous voyons dans ce débat un résumé des disputes qui aujourd'hui peuvent éclore dans les façons de répondre aux problèmes causés par la mondialisation commerciale et financière. Le débat amène à différentes questions que nous avons régulièrement  posées sur ce blog. Je note cependant que le dernier sondage sur la question du protectionnisme n'a pas été cité, elle aurait pourtant apporté un éclairage important à ce débat. Car parler du protectionnisme sans parler de ce que la population française peut en penser concrètement, c'est passer à côté de quelque chose d'important. Cependant, il se peut que lors de l'enregistrement de l'émission d'ASI le sondage n'eût pas encore été publié.

 

Nous avons donc ici un débat entre Frédéric Lordon le représentant du protectionnisme, un peu à son détriment. Il dit lui même n'être pas totalement au point sur la question. Et Thomas Coutrot, l'un des signataires du texte: "La démondialisation un concept superficiel" . Je ne reviendrais pas sur ce texte que j'ai trouvé particulièrement faible d'un point de vue argumentatif, ni sur les réponses apportées par Jacques Sapir ou Frédéric Lordon. Nous nous concentrerons ici uniquement sur ce débat encore une fois très intéressant. Une première remarque il semble que la question de la sémantique obsède le représentant d'ATTAC. La précision sur les mots revient ainsi constamment dans le débat. En apparence, il s'agit de quelque chose de sain, car effectivement bon nombre de problèmes de par ce monde proviennent d'une mauvaise interprétation de tels ou tels propos faute d'un accord sur les définitions des mots employés. En ce sens, préciser de quoi l'on parle exactement semble relevé d'une démarche tout à fait scientifique. Cependant à titre personnel, j'ai surtout eu l'impression que cette question de terminologie a servi à évacuer le problème de fond. Car j'ai surtout compris que le représentant d'ATTAC confond deux termes, lui qui prétend vouloir défendre une sémantique précise.

 

 

Protectionnisme ou mercantilisme?

 

Pour monsieur Thomas Coutrot le protectionnisme est une politique, il accepte ainsi l'argumentation généralement admise par les milieux néolibéraux assimilant le protectionnisme à une doctrine purement politique qui s'opposerait ainsi au libéralisme ou à d'autres idéologies politiques. C'est complètement faux. Je ne referai pas ici l'explication d'Emmanuel Todd sur le protectionnisme qui à l'origine est un outil provenant des théories libérales à l'image de Friedrich List qui le défendait. Je préfère moi me contenter de montrer simplement que le protectionnisme n'est qu'un outil, un outil au service de celui qui l'emploie. Comme je l'avais expliqué dans mon texte critiquant justement le texte d'ATTAC, le protectionnisme n'est pas une politique en soi et l'on peut en faire exactement ce que l'on veut. À mon sens, ce que Thomas Coutrot critique à juste titre, mais sans correctement le nommer c'est la politique dite mercantiliste. Une politique agressive qui justement est anticoopérative. Le mercantilisme est une doctrine qui vise à accumuler des excédents commerciaux et ainsi croître au détriment de ses voisins qui eux voient des déficits se créer du fait de ces politiques agressives. Ce que décrit Coutrot correspond beaucoup plus à la politique dite mercantiliste qu'au protectionnisme qui lui n'est pas une doctrine politique. Le protectionnisme peut effectivement nourrir une politique mercantiliste et de ce fait le protectionnisme est alors effectivement un outil au service de la guerre commerciale. Mais le protectionnisme qui vise juste à rééquilibrer les échanges ou à relancer les salaires et la demande intérieure ne l'est pas. Je trouve donc cette argumentation particulièrement malhonnête. D'autant que l'on peut aussi pratiquer des politiques mercantilistes en régime de libre-échange. Il suffit comme le doit très bien Lordon de s'appuyer sur les hétérogénéités naturelles qui avantagent telle ou telle nation. On se retrouve de facto en situation d'avantage commerciale vis-à-vis d'autres nations. En laissant faire les déséquilibres naturels, on peut aussi obtenir une politique mercantiliste.

 

 

Le protectionnisme peut amener l'ordre dans le chaos

 

Sur cette question d’hétérogénéité qu'a abordé Lordon en citant son texte de 2009 que vous pouvez relire ici, il y a d'ailleurs beaucoup à dire. Lordon parle de concurrence distordue. Elles peuvent prendre la forme d'inégalité de structure sociale de géographie ou d'avantage en nature comme les pays riches en matière première. Mais à mon sens, la plus grande distorsion est celle de l'évolution différenciée des salaires. Rien qu'en Europe, la différence de l'évolution salariale explique en grande partie les disparités commerciales entre les membres. En Chine, les salaires ont augmenté beaucoup moins vite que la productivité, situation produisant les déséquilibres que nous connaissons aujourd'hui et qui provoque un peu partout des faillites dans les états surendettés par leur commerce déficitaire. L'hétérogénéité des nations implique ipso facto un besoin de règle permettant de rééquilibrer le commerce malgré elle. Le protectionnisme véritable est dans ce but, celui de faire en sorte que peu ou prou toutes les balances commerciales du monde soient à l'équilibre pour ainsi éviter les drames à la Grecque.

 

On peut dire en ce sens que le protectionnisme est un moyen d'apporter de l'ordre au chaos. À travers le protectionnisme, c'est une intelligence collective, celle des états, qui corrige une relation entre les peuples naturellement déséquilibrée. Il s'agit donc avec le protectionnisme d'apporter de la rationalité à une nature qui est naturellement injuste. Ces règles, bien évidemment, doivent changer au fur et à mesure que les déséquilibres changent, et que les rapports entre les peuples se transforment. Tout en sachant qu'il n'y aura jamais d'égalité totale et donc que le libre-échange factuel et total sera à jamais inapplicable, car le monde ne sera jamais uniforme sur le plan social, économique, ou géographique. Il ne sera d'ailleurs jamais uniforme sur le plan même du désir et de l'orientation de la volonté populaire.

 

De la souveraineté

 

J'en viens ici sur point qui n'a absolument pas été abordé, probablement parce que nous avions affaire à une émission plutôt à gauche, c'est la question de la souveraineté. Comme je l'ai dit précédemment, le monde est naturellement hétérogène et distordu comme le dit bien Lordon. Mais quand on dit cela on pourrait croire que finalement à long terme moyennant quelques périodes protectionnistes et des aides ici ou là l'humanité tout entière pourra un jour être unie et pratiquer le libre-échange. C'était un peu l'esprit de Friedrich List dans son œuvre majeure « le système national d'économie politique ». En effet dans l'idée de List, le protectionnisme permet une amélioration dans la nation la plus faible qui tend finalement un jour vers l'égalité avec les autres. De sorte que dans cet esprit on pourrait imaginer qu'au bout d’un ou deux siècles toute l'humanité aura atteint un même niveau de technicité et de productivité. Et qu'elle pourra enfin vivre dans un monde libre-échangiste, peuplé de nations totalement égales. On pourrait imaginer cela aussi lorsque l'on entend Frédéric Lordon dans cette émission. Je crois qu'il y a là une erreur. Il suffit d'ailleurs de voir l'Europe elle-même et ses divergences. L'Allemagne accumulant des excédents au détriment de ses voisins alors que leurs niveaux de vie étaient comparables. Les divergences entre nations entre leurs volontés politiques feront que toujours il y aura des inégalités et des déséquilibres qui devront être corrigés par le protectionnisme.

 

Mais il y a aussi le désir même des peuples qui conduit à ces différences. Un peuple avec un tempérament particulier pourra avoir des choix sociaux fiscaux ou autres, totalement différents de ceux de son voisin. Le protectionnisme et les frontières ne défendent pas seulement les équilibres commerciaux, à travers cela ils défendent aussi les souverainetés nationales. Et à travers la défense des souverainetés nationales, ils défendent donc la démocratie et la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les protections aux frontières permettent à deux pays de continuer à vivre en ayant des fiscalités différentes correspondant à leur tempérament propre. On le voit, la seule alternative à cela est dans l'uniformisation de tout les comportements. C'est ce que plaident d'ailleurs bien souvent nos alternatifs de gauche, une uniformisation fiscale en Europe par exemple. Sauf qu'une uniformisation fiscale cela veut dire aussi une uniformisation des dépenses de l'état. Et donc peut-être une uniformisation des systèmes sociaux. Or de quel droit peut-on imposer à un peuple un régime social ou une organisation sociale qui diffère de ses habitudes et de sa volonté ? On retrouve là aussi l'une des vieilles marottes de la gauche, celle de l'unification de toutes les nations et qui ressort en partie du discours de Coutrot. Surtout lorsqu'il aborde l'idée à mon sens grotesque de la création d'un peuple européen. En quoi l'idée de faire disparaître la diversité entre les peuples est-elle une bonne chose? Une diversité que par ailleurs on ne cesse de défendre à l'intérieure des nations non sans poser de gros problèmes d'ailleurs. En quoi serions-nous plus riches et heureux si les Grecques, les Français et les Allemands n'étaient plus que des Européens parlant un ersatz du globish? Voilà un point d'achoppement tout à fait fondamental pour moi. Je tiens aux diversités nationales et donc à la liberté pour chaque peuple d'organiser sa propre économie, à organiser sa cité de la manière qu'il préfère.

 

L'écologie cache-sexe intellectuelle

 

Enfin, cette longue discussion entre Lordon et Coutrot nous montre à quoi sert l'écologie dans le discours de gauche. C'est un sujet de diversion. Non pas que l'écologie ne soit pas un sujet important, mais la façon dont elle est utilisée par une certaine gauche pousse à penser qu'effectivement l'environnement est bien commode pour éviter les sujets qui fâches. C'est d'autant plus vrai qu'il est facile de discourir sur l'écologie en faisant d'elle un argument pour le protectionnisme. C'est ce que fait Montbourg dans son livre d'ailleurs et Lordon en souligne l'usage qui est clairement défensif. On met le protectionnisme écologique en avant pour éviter de se faire traiter de facho en quelque sorte. Oui parce que défendre les couches populaires c'est faire dans le fascisme. La poussée de l'écologie politique prend donc ici une toute nouvelle envergure. Ou plutôt elle explique lourdement le changement qu'il y a eu à gauche ces vingt dernières années. Il n'y a probablement pas de réel emballement autour de la question écologique à gauche. C’est en grande partie un moyen pour les membres des dominants de gauche de vivre leur schizophrénie entre leurs discours humanistes et leur propension à ressembler à la droite d'affaires économiquement. L'écologie est avec les discours sur les immigrés un moyen de faire de la morale à peu de frais et surtout un moyen d'éviter les politiques économiques ouvertement réactionnaires que la gauche pratique au même titre que la droite.

 

D'ailleurs, on retrouve les deux sujets dans le discours de Coutrot. Ce qui montre ainsi quelque part qu'il est un cosmopolite comme ceux que critiquait Rousseau à son époque. Ces cosmopolites qui aiment à regarder les problèmes lointains qu'ils ne peuvent résoudre, pour mieux ignorer ceux sur lesquelles ils ont une emprise, mais dont la résolution pourrait nuire à leurs propres intérêts. Le plus éclairant est son discours sur la solidarité avec les travailleurs chinois qui est d'une ignominie indescriptible sachant que l'essentiel des bénéfices du commerce entre la Chine et nous vont dans les poches des patrons chinois et des multinationales occidentales. En fait, le protectionnisme en Europe serait le meilleur moyen pour pousser la chine à augmenter ses salaires pour absorber sa production. On peut donc dire à l'inverse de Coutrot que soutenir le libre-échange est le meilleur moyen de maintenir le prolétariat de ces pays dans la misère. Je parle évidemment ici pour des pays dont la productivité se rapproche de la nôtre et non des pays très en retard comme ceux de l'Afrique subsaharienne. L'écologie et la solidarité lointaine sont les deux mamelles de la gauche, idiote au mieux, hypocrite dans le pire des cas.

 

 

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