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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 21:29

 

  Je n'ai pas eu le temps de trop écrire ces derniers temps, il faut tout de même que je fasse quelques remarques sur la conférence dont j'ai mis les vidéos dans l'article précédent. En effet, il y a pas mal de points qui ont été très justement abordés par les invités, mais probablement à cause du temps trop court qu'ils ont eu certains aspects n'ont pas été abordés ou pas abordés de façon suffisamment précise. Je répondrai notamment sur plusieurs questions qui ont été soulevées par les journalistes à la fin de la conférence. Mais en premier lieu, je tiens à noter qu'un très bon compte rendu a été fait par le blogueur SebMusset  sur son blog. Je tenais à le signaler puisqu'il s'agit d'un blog plutôt orienté à gauche, et que l'on peut espérer que cette conférence aura son effet sur cette espace politique réticent à débattre de cette question.

 

1-La fin du libre-échange n'est pas forcement mauvais pour la croissance chinoise

 

  Je commencerai par ajouter un argument aux propos tenus par Philippe Murer au début de la conférence où il présente succinctement le problème de la crise de son point de vue. Je ne reviens pas sur son explication à la fois efficace et courte de la crise économique actuelle, ce qui est une performance si l'on regarde la complexité du sujet. Seulement lorsqu'il arrive à la question des effets potentiels sur l'économie chinoise il néglige à mon avis les conséquences politiques sur celle-ci. En effet, il dit qu'effectivement le premier effet du protectionnisme sur l'économie chinoise sera un ralentissement de la croissance qui aujourd'hui est définie par certains comme étant en surchauffe. Il estime ainsi qu'en régime de protectionnisme en occident la croissance chinoise passerait de 10% à l'heure actuelle à 6% par an ce qui reste tout de même confortable si on la compare à la croissance occidentale de ces dix dernières années. Il semble ainsi conforter l'idée qu'effectivement la Chine tient sa croissance formidable de l'incroyable destruction qu'elle opère en occident. Il se trouve que je ne suis pas vraiment d'accord avec ce point de vue. Je crois qu'en fait la croissance chinoise serait tout aussi importante si elle était tournée vers son propre marché intérieur. Si la croissance est si forte en Chine, c'est qu'elle réalise en quelques décennies des gains de productivité liés au progrès technique que l'occident a mis deux siècles à produire. Il ne faut jamais oublier que le fondement de la croissance c'est l'accroissement naturel de la population, plus les gains de productivités. En Chine, il y a une forte croissance de la population qui va ralentir, mais qui se maintient à un rythme encore élevé. Et des gains de productivité très importants puisque ce pays passe d'une économie quasiment agraire en 1974 à une économie totalement industrielle utilisant les dernières technologies occidentales trente ans plus tard.



Que se passerait-il si les pays occidentaux fermaient leurs frontières ? Il y aurait certainement dans un premier temps une crise de surproduction liée à la trop grande spécialisation dans l'exportation. Face à cela la Chine et son gouvernement seraient obligés de redistribuer les fruits de la croissance et de diminuer le délirant taux d'investissement actuel. Et cela dans le but de consommer ce que le système de production fabrique. Les taux d'investissements passeraient probablement de 50% du PIB à 30% comme le Japon des années 70. Cela ne veut pas dire que la croissance stopperait, mais simplement qu'elle changerait de nature. Dans ce cadre plus autocentré, les salaires chinois devraient obligatoirement augmenter au rythme de la productivité du travail ce qui aurait pour effet d'une part de produire certainement une plus grande inflation, mais aussi une croissance plus riche en emploi notamment dans les services. En résulterait une croissance pas forcément plus lente, puisque le progrès technique continuerait à faire son office, mais avec une meilleure répartition des fruits de cette croissance dans la société chinoise. Je vois donc dans les effets sur l'économie chinoise des protectionnismes occidentaux un motif supplémentaire à l'intérêt du protectionnisme chez nous. Car le libre-échange actuel ne nourrit pas seulement les inégalités en occident, mais aussi dans les pays qui exportent chez nous et qui ont une productivité croissante. Il y a une espèce de deal entre les élites occidentale et les élites des pays en voie de rattrapage. J'importe tes produits, ce qui me permet de consommer pas cher et de concentrer les richesses chez moi. Pendant que toi tu peux avoir une croissance sans hausse des salaires et sans inflation ce qui est très bon pour tes rentiers. Le protectionnisme occidental est donc bon aussi pour le prolétariat des pays pauvres.

 

2-Le protectionnisme ce n'est pas que les droits de douane



Deuxième remarque sur le: « comment appliquer les droits de douane en pratique ». C'est une question posée, je crois, par une journaliste du Nouvelobs. C'est à croire que tout le monde réduit le protectionnisme aux taxes à l'importation alors que c'est probablement le protectionnisme le plus inélégant et le plus sensible aux conjonctures monétaires comme je l'avais montré dans ce texte. Les quotas ou les contingents sont nettement plus intéressants dans notre cadre actuel de mondialisation et des taux de change flottant. Car il n'échappera à personne que si vous taxez de 50% les produits chinois alors que le Yuan dévalue de 50% vos taxes ne serviront rigoureusement à rien. Les taux de change dans le système mondial actuel étant fortement fluctuant il est bien mal aisé de bien calculer ces taux en fonction de l'évolution des changes. Il est donc beaucoup plus rationnel et efficace de limiter en volume les échanges commerciaux et c'est là qu'interviennent les quotas. Par exemple pour ce qui est des véhicules automobiles, pour prendre un exemple parlant, on pourrait limiter à 20% des véhicules vendus le nombre de voitures importées. Si l'année précédente la France a consommé 4 millions de véhicules alors on dit: « Cette année on importe que 800000 véhicules ». Une fois atteint le quota, plus aucune voiture ne peut entrer en France. Cette limitation quantitative ne dépend pas des variations monétaires, le cours du dollar peut s'effondrer, ou l'euro s'envoler, cela ne changera pas la quantité de véhicules importés. De plus, cela rend la gestion extrêmement simple. Il suffit de faire appel aux statistiques annuelles de la consommation nationale et de faire évoluer la quantité suivant ces chiffres chaque année.

 

3-Les déséquilibres commerciaux ne concernent pas que la Chine et les pays avancés



Il suffit pour s'en rendre compte de voir la carte ci-dessous:

 

bcommonde

 

 

Comme nous l'avions vue il y a peu l'Inde a par exemple des déficits commerciaux avec la Chine. Il n'y a pas qu'en Europe qu'elle fait des dégâts et même les Bric ne forment pas un groupe économiquement homogène. Cela fait longtemps en fait que les déficits commerciaux font des ravages dans le tiers-monde les pays les moins avancés ne pouvant faire face non seulement à la concurrence occidentale même avec ses salaires, mais en plus à une concurrence chinoise tout aussi productive, mais avec des salaires encore plus bas. C'est comme cela que l'on se retrouve avec des aberrations comme des Chinois construisant des bâtiments en Algérie alors que le pays croule sous le chômage. Ou des autoroutes en Pologne alors que les salaires y sont déjà médiocres en regard de la productivité locale. On notera d'ailleurs que s'il semble profitable pour un pays à première vue de faire des économies en faisant faire par des quasi-esclaves chinois les grands travaux. C’est oublier que les effets des dépenses de ces grands travaux ne se font alors pas sentir dans l'économie locale, l'essentiel des revenus partant vers la Chine. De fait, un état qui dépense 1 milliard d'euros en travaux sur son territoire en faisant travailler des locaux et des entreprises locales retrouvera son argent sous forme d'impôt dans les diverses activités dégagées par les effets de ses travaux et même plus. Comme le stipule la théorie du multiplicateur keynésien qui a mainte fois prouvé sa validité pratique. En croyant faire des économies, ces états en réalité s'appauvrissent au bénéfice de la puissance chinoise qui, elle, a bien compris le sens de son intérêt. De plus, elle élimine aussi une concurrence potentielle à long terme en détruisant les savoir-faire locaux. Cette stratégie n'est pas sans rappeler les techniques mercantilistes britanniques au 18e et 19e siècle. Période où la GB n'hésitait pas à faire des cadeaux et allait jusqu'à donner des millions de tonnes de textile pour éliminer la concurrence sous un flot de marchandises britannique. Les producteurs locaux perdant automatiquement leur marché face à l'inondation de produit anglais. Une fois détruite la concurrence locale, les Britanniques pouvaient augmenter leur prix comme ils le voulaient, organisant ainsi un commerce asymétrique à leur avantage. Des pays comme le Portugal en ont fait les frais, et sont devenus des états en sous-développement face à la puissance britannique d'alors.



4-Le protectionnisme peut relancer la concurrence



 Enfin dernier point qui n'a pas été abordé. Le monde actuel est un monde où la concurrence est en voie d'extinction. Les concentrations de production à l'échelle mondiale atteignent des niveaux jamais vus dans l'histoire. Certains secteurs n'ont plus qu'un seul lieu de production pour toute la planète. En cas de catastrophe, on imagine la pénurie, mais au-delà de ça cela signifie la création d'immenses monopoles privés à l'échelle de la planète. Et s'il y a monopole privé, cela signifie une énorme rente pour le capital. Car contrairement à une idée reçue le capital n'aime pas la concurrence, car elle rogne sur les marges des entreprises et réduits à rien les dividendes des actionnaires. Le protectionnisme peut-être un moyen de produire une régénération de la concurrence à l'échelle mondiale. En effet grâce à lui, des producteurs locaux vont naître et parfois entrer en concurrence avec des entreprises géantes qui avaient éliminé toute leur concurrence dans les années fastes des fusions/acquisitions. Un état intelligent fera en sorte de multiplier les acteurs dans une même branche en usant du protectionnisme. Et pourquoi pas en mettant en place des lois antitrust ? La concurrence n'est pas qu'une affaire de taille de marché, c'est avant tout le résultat d'une politique menée par un état. En effet par nature la concurrence concentre les activités, ce n'est que parce qu'il y a un acteur extérieur au marché, l'état, que la situation de concurrence peut se maintenir. Grâce à des mécanismes de coercition et de limitation de la puissance des entreprises dominantes par la puissance publique. La mondialisation a accouché d'immenses monopoles parce qu'il n'y a pas, et qu'il ne peut pas y avoir, d'état mondial pour imposer des lois antitrust. Le retour des états par l'intermédiaire du protectionnisme pourra paradoxalement, et contrairement à ce qu'affirme la vulgate libérale médiatique, augmenter la concurrence

 

 

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 16:32

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La dernière analyse du LEAP vient de sortir (merci à La Gaule qui commente cette analyse dans les commentaires du texte précédent) et comme à leur habitude, il y a dedans un mélange d'analyse rationnelle et d'euro-latrie évidente. En effet, il est de notoriété publique que ce groupe de chercheurs en économie est très pro-européen, ce qui parfois les amène à des conclusions quelque peu rocambolesques concernant l'évolution économique de la zone euro. Une zone qui selon ces messieurs serait un véritable havre de paix économique et d'optimalité au milieu d'un désastre planétaire. Leurs conclusions sont finalement assez proches de l'idée qu'un homme comme Alain Minc se fait de l'économie européenne, un véritable petit paradis. Cette proximité des conclusions mettant forcément en doute la validité de celle du LEAP puisque Minc s'est toujours trompé. Mais passons plutôt à l'analyse de l'hypothèse centrale des économistes du LEAP. Selon eux l'actuelle crise de l'euro serait essentiellement orchestrée par les méchants Anglo-saxons toujours prêts à la moindre calomnie pour permettre le maintien du statut du dollar et la survie par ricochet du parasite financier britannique qu'est la City de Londres.

 

Ils vont jusqu'à se moquer des économistes et de leurs analyses suivant leur origine nationale à l'image de Nouriel Roubini américain et donc suspect à leurs yeux de partialité. Dans ce cas, que penser de Jean-Jacques Rosa ou d'un Maurice Allais, ou encore d'un Jacques Sapir qui sont tous français et qui ont tous critiqué l'euro à un moment ou à un autre. Valider ou invalider les théories d'un économiste de par sa nationalité, voilà bien un procédé des plus douteux pour ne pas dire dégueulasse. D'autant que ces critiques ne s'accompagnent d'aucune démonstration factuelle. On se contente de calomnier sans apporter des preuves d'incohérences susceptibles de valider ces allégations. Roubini n'a pas hésité pourtant à critiquer aussi l'économie des USA, de même qu'un économiste comme Krugman. Mais voilà, pour le LEAP toute critique de l'euro signifie forcément un soutien inconditionnel à la monnaie américaine. C'est à croire que nos amis du LEAP sont encore plus antiaméricains qu'européistes.

 

L'Europe, une construction américaine

 

Tout d'abord, rappelons tout de même que la construction européenne telle que nous la connaissons est le fruit de la politique des USA. Jamais l'UE n'aurait existé sans les pressions américaines, les USA restent d'ailleurs fortement intervenants en Europe puisqu'ils vont jusqu'à favoriser tel ou tel candidat à la construction européenne. La volonté de faire rentrer la Turquie en Europe par exemple est bien le fait de l'influence US. De même que l'accélération de l'élargissement avec les conséquences que l'on sait sur l'équilibre interne de l'UE, fut le fruit aussi des pressions US en plus des envies allemandes dans ce cas. Il y a donc quelque chose d'étrange à voir une opposition systématique entre l'UE et les USA. L'UE c'est en réalité l'OTAN version économique, une organisation qui défend des principes et des idées qui sont le fondement même de l'empire américain et contre lequel on n’a jamais vu l'UE se lever. Croire que l'euro dans ces conditions fut fait essentiellement contre les intérêts américains est relativement fantasmagorique. On pourrait tout aussi bien penser qu'à la vue des effets macroéconomiques de l'euro sur les économies européennes, l'euro fut surtout une arme destinée à détruire les économies du continent qui ne se sont jamais aussi mal portée que depuis l'adoption de la monnaie unique.



Mais n'entrons pas comme le LEAP dans des réflexions bassement conspirationnistes, car la réalité du monde est bien différente de cela. L'Europe fut à la fois un moyen de contrer l'hégémonie américaine et un moyen d'en accroitre les effets. Cette contradiction est liée à la nature même des rapports entre le continent européen et la puissance américaine après guerre. Une partie de nos élites a visé l'indépendance de l'Europe pendant qu'une autre, dégoutée par l'histoire récente du continent, a décidé que celui-ci n'était plus en droit de décider de son propre sort. C'est cette dichotomie directive qui a produit l'Europe actuelle à la fois concurrente des USA et esclave de ces derniers. L'Europe actuelle est à la fois l'enfant de De Gaulle et de Jean Monnet. Malheureusement pour nous c'est la tendance Monnet qui l'a emporté avec le temps.

 

L'euro et le dollar

 

Dans cette affaire l'euro est à l'image de cette relation bancale avec les USA. C'est une monnaie conçue à l'origine pour permettre aux Européens de ne plus avoir à se soucier des variations monétaires du marché qui ont été introduites par le marché des changes flottants imposé par Washington au début des années 70. Avant cela, la garantie or du dollar permettait d'avoir une certaine stabilité des monnaies. Les dévaluations étaient rares et encadrées pour répondre à certaines circonstances particulières à l'image de la dévaluation française de 58. Quoi qu'il en soit avant le décrochage de l'or et du dollar la valeur des monnaies n'était pas négociée par des acteurs privés, c'était les états qui fixaient les parités en fonction des balances commerciales. Dans les années 70 après la crise de 1971 et l'abandon par Richard Nixon de l'étalon or les monnaies se sont mises à fluctuer par l'entremise du marché qui est alors devenu le décisionnaire final des valeurs monétaires. Ce choix fut fait sous l'influence des théoriciens américains de la fameuse école de Chicago, elle-même fille ainée de l'école autrichienne d'économie. Dans ces thèses dites néolibérales, la monnaie doit être laissée au jeu du marché pour optimiser la valeur de celle-ci. D'après cette théorie dite de change flottant, la valeur d'une monnaie sera fixée intelligemment par les acteurs du marché en fonction des états de la balance des paiements de chaque nation. Un pays déficitaire connaîtrait une dévaluation qui rééquilibrerait sa balance commerciale. À l'inverse un pays excédentaire aurait une hausse de sa monnaie qui rééquilibrerait là encore sa balance commerciale à cause du surenchérissement de ses produits à l'exportation.



Cette thèse des changes flottants, si elle paraît assez logique, s'est avérée en pratique fausse. Il faut dire que la libéralisation généralisée des capitaux et des investissements ont aggravé la complexité des rapports entre la valeur des monnaies et la balance commerciale. Des pays en déficit ont vu leur monnaie croître sans raison apparente et à l'inverse d'autres nations ont connu des dévaluations avec des excédents commerciaux. De plus, les variations monétaires sous l'influence des marchés sont sujettes à de violents mouvements erratiques et imprévisibles. De fait, les Européens ont rapidement constaté le danger inhérent au laissez-faire monétaire. Ils ont donc cherché des solutions à ces variations pour revenir à un système de type Bretton Woods qui prévalait avant 71. La première solution fut le fameux système du SME, un système en fait assez proche de l'idée de monnaie commune. Chaque monnaie pouvant varier à l'intérieur d'un cadre limite. Ce système a assez bien fonctionné du moins jusqu'en 1993 où il fut attaqué par les financiers de la City notamment. Le célèbre escroc, pardon, milliardaire George Soros ayant fait fortune en coulant la livre sterling. Il faut dire que les Européens n'avaient pas compris, et n'ont d'ailleurs toujours pas compris qu'il fallait en réalité non seulement maitriser les taux de change des monnaies, mais aussi les flux financiers pour pouvoir éviter ce genre de désagrément. Malheureusement au lieu de conclure à la nécessité d'un plus grand contrôle des changes et de la circulation des capitaux pour améliorer le SME, les Européens ont conçu l'euro.



C'est ici que l'esprit Monnet de l'Europe a montré ses plus vilains effets. En effet, sous l'influence des fédéralistes, les politiques européens ont cru que la monnaie pourrait devenir un moyen d'unification politique de l'Europe. L'Europe est passée d'un système visant à défendre les souverainetés des nations qui en sont membre à un moyen de coercition de celles-ci. L'euro qui est entré en vigueur en 1999 va produire un ralentissement important de la croissance sur le continent et empêcher les mécanismes de rééquilibrage des balances des paiements dans un système de change mondial qui lui n'a pas vraiment changé. Car si vous êtes la seule zone monétaire au monde à ne pas faire varier votre monnaie vous payez mécaniquement les effets des dévaluations des autres zones monétaires. Comme le système des changes flottants existe toujours, les monnaies externes à la zone euro continuent à varier pendant que la zone euro, elle,a une monnaie inflexible. Avec l'euro l'Europe est devenue la variable d'ajustement de l'économie mondiale lorsque tout va mal. Pour fonctionner, l'Europe aurait dû devenir une forteresse commerciale coupée du monde. Avec des mécanismes importants de contrôle des balances commerciales à l'intérieure même de ses frontières pour éviter les déséquilibres. Il n'en a malheureusement rien été. La fameuse dichotomie dont nous parlions précédemment a empêché l'Europe de produire un projet cohérent et nous en arrivons maintenant à la facture finale de cette aberration économique.

 

Les erreurs du LEAP

Après cette petite analyse sur la genèse de l'euro que peut-on en conclure sur les prévisions du LEAP? En premier, que la crise de l'euro n'est pas essentiellement un complot ! C’est la nature même de l'euro d'être en crise. Il a été mal conçu à la base et les idéologies qui mènent l'Europe sont en contradiction avec les politiques qui pourraient hypothétiquement le sauver. En effet pour sauver l'euro il faudrait un protectionnisme européen comme la préférence communautaire, ainsi d'un rigoureux contrôle des capitaux. Et pourquoi ne faire pas de l'euro une monnaie à cours forcé comme le Yuan chinois ? Dans ce cas-là l'euro pourrait peut-être fonctionner, mais comme je l'ai dit c'est en contradiction avec l'idéologie européenne qui n'a d'yeux que pour le néolibéralisme américain. Je constate au passage que les analystes du LEAP sont des libéraux, on ne les entend jamais parler de protectionnisme européen ou de contrôle des capitaux. Ensuite, il est probable que c'est au contraire la crise de l'euro qui provoquera l'effondrement du dollar. En effet avec la disparition de l'euro, les états européens pourront à nouveau envisager des politiques macro-économiques raisonnables et l'Europe finira rapidement par mettre fin au libre-échange qui la tue. Les USA seront alors le dernier pilier de la demande mondiale et seul face aux puissances asiatiques émergentes. La fin de l'euro c'est aussi la fin de la mondialisation pour les états européens, l'empire américain perdra ici l'un de ses piliers essentiels. Et pires que tout, les Européens pourraient se remettre à faire de la géopolitique, eux que les Américains étaient bien contents de voir sortir de l'histoire grâce à l'Europe.



Enfin, il est évident que la question des dettes sera rapidement réglée à l'échelle de chaque état européen. En effet, la purge est plus que probable. Elle passera par des répudiations ou des monétisations brutales ou progressives, mais elle se produira. Il se pourrait bien d'ailleurs que la sortie de l'euro soit un bon moyen d'apurer les dettes en toute discrétion et de faire sortir le marché des endroits vitaux dans lesquels il n'aurait jamais dû être invité à s'immiscer. Dans ce sens croit-on vraiment qu'il est de l'intérêt des USA que l'euro disparaisse? Eux qui ont tant œuvré à la construction européenne? Ont-ils intérêt à voir des nations européennes indépendantes faire leurs propres politiques économiques dans leur coin, loin des modèles planétaires imposés par l'oncle Sam? Non, la fin de l'euro n'est pas une stratégie des USA, au contraire même c'est mauvais pour eux. En revanche, si le LEAP tient tant que cela à l'euro, qu'il donne enfin des solutions pour que cette monnaie puisse exister sans exterminer ses peuples membres comme nos amis grecs. Peuples qui n'émeuvent manifestement pas nos européistes compulsifs du LEAP. Qui plus est, les moteurs de la croissance mondiale que les gens du LEAP pensent être les pays exportateurs pourraient bien en réalité subir une plus grave crise encore que les pays surendettés. En effet que deviendront les croissances chinoises ou allemandes lorsque les pays déficitaires auront réduit leurs déficits commerciaux? En réfléchissant un peu on se rend finalement compte que les analyses du LEAP ne tiennent pas la route.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 16:40

Le_Malade_imaginaire.jpg

L'Europe ne perd jamais de temps à révéler ses vraies intentions. Vous pensez que la construction européenne cherche sérieusement un moyen de sortir les peuples d'Europe de la crise? Et bien vous vous trompiez. En réalité, l'Europe, et l'idéologie qui la mène ne cherche qu'une seule chose. Utiliser au maximum la crise pour justifier de plus en plus la démolition du niveau de vie de la population la plus pauvre. Car il faut être complètement demeuré pour croire que dans une crise de surproduction et de demande neurasthénique la baisse des salaires soit une solution appropriée. Vouloir étendre les politiques allemandes suicidaires en matière de demande intérieure ne pourra en définitive que produire un effondrement général de la solvabilité des ménages et donc un effondrement de la demande. C'est pourtant bien ce que réclame aujourd'hui l'Europe. Partout elle veut la saignée quitte à provoquer une hémorragie fatale au patient qu'elle est censée soigner.

 

C'est à se demander ce que cherchent à provoquer les "élites" qui dirigent aujourd'hui le continent. Il est vrai que leurs croyances sont en règle générale fondées de telle sorte que leurs politiques ne puissent nuire à leur propre milieu économique. L'atmosphère idéologique de nos élites étant essentiellement mue par l'intérêt de leur propre classe sociale. La crise ne saurait résulter de leurs choix politiques ou de leurs orientations macroéconomiques. Mais uniquement des choix des classes sociales qui pourtant sont dominées et ne choisissent pas les politiques en vigueur. On parle souvent de bouc émissaire lorsque l'on traite des sujets de l'immigration et des problèmes que cela soulève dans nos sociétés. Les problèmes que provoque l'immigration sont pourtant souvent bien réels. L'idée que cette question serve d'échappatoire aux autres questions est  donc partiellement fausse. Par contre, l'acharnement sur les classes pauvres et les soi-disant assistés qui ne représentent en réalité qu'un pourcentage ridicule du PIB, voilà bien un phénomène de bouc émissaire qui vise à dédouaner les élites économiques de leur choix.

 

Si l'euro n'est pas viable, ce n'est pas la faute aux Smicards français, ou aux chômeurs grecs. Ils n'y sont pour rien eux si leurs dirigeants ont organisé une monnaie unique totalement en contradiction avec le bon sens élémentaire. Quant au coût présumé des salaires, c'est oublier bien vite le prix que représente le système financier actuel sur les entreprises. Parce qu'il ne faudrait tout de même pas oublier qu'aujourd'hui ce sont bien les entreprises qui financent la bourse et non l'inverse. De sorte que la finance et ses prétentions de rémunération pèsent de plus en plus lourd sur les épaules de nos entreprises. Ce sont des coûts qui sont d'autant plus dommageables que contrairement aux salariées les rentiers et les actionnaires n'ont aucune utilité pratique pour faire fonctionner les entreprises qu'ils ponctionnent. S'il existe une définition du parasitisme c'est bien la finance qui y correspond le mieux, elle prend sans rendre. Il est donc étrange que pour améliorer la sacro-sainte compétitivité ce soit toujours les salariés qui soient mis à contribution alors que leur part n'a cessé de décroitre ces trente dernières années dans la richesse. C'est bien la finance qui a accru son poids de façon délirante. Limité les rendements d’investissement serait par exemple une bien meilleure politique pour améliorer les comptes d’entreprises que de baisser les salaires comme le souhaite la commission européenne sans oser le dire.



C'est d'autant plus vrai que la baisse des salaires va comprimer un peu plus la demande donc in fine la profitabilité des entreprises. Alors que la baisse des rendements des actions ou des gains financiers n'aura aucun impact sur la consommation. En effet, ces catégories de la population étant, soit pingre, soit largement repues, toute augmentation de leur revenu se traduit juste par une augmentation de leur épargne. On en conclut fort logiquement que la baisse de leur rendement actionnariale n'aura que peu d'effet sur la consommation globale du pays. Plus on est riche et moins la propension à consommer est forte, donc plus on a tendance à épargner le revenu supplémentaire. À l'inverse les pauvres consacrent une plus grande part de leur revenu à l'augmentation de leur pouvoir d'achat. C'est ce qui explique qu'un plan de relance, pour être efficace, doit avant tous se centrer sur les revenus les plus faibles. Car c'est la partie de la population qui remet la plus forte proportion de son revenu dans l'échange économique plutôt que de le stériliser dans l'épargne. J'espère avoir bien expliqué ainsi en quoi la proposition de la commission européenne est particulièrement idiote.

 

La France la mauvaise élève de l'inégalité occidentale

 

Mais cette fixation sur les salaires français a peut-être aussi une explication différente liée à l'évolution économique de l'occident de ces trente dernières années. En effet, la France a curieusement assez bien résisté à la montée des inégalités qui ont traversé l'occident depuis le début des années 80. C'est probablement pour cette raison qu'il y a un tel acharnement en France à vouloir impérativement adapter notre société aux critères de la supermondialisation. La France est effectivement un cas à part sur la question de l'inégalité salariale. On peut avoir une idée de l'évolution inégalitaire en se rendant sur ce très bon site qui montre les niveaux de vie de chaque pays par tranche de la population. C'est de ce site que je tire les graphiques suivants :

 

inegalite-des-1--les-plus-riche-en-europe.png

Inégalité en Europe évolution de la part des 1% des plus riches dans le PIB national

 

inegalite-pays-riches.png

 

  Evolution de la part des 1% les plus riches dans les PIB des principaux pays riches  

 

inegalite-en-France.png

  Evolution de la part de la population française la plus riche en % du PIB (les premiers10%, 5%, 1% etc jusqu'au 0.1% les plus riches)

 

 

Comme on le voit sur ces différents graphiques, la France fait figure d'exception surtout chez les grands pays. Le niveau d'inégalité des revenus ayant relativement stagné ces trente dernières années. Il y a eu une légère augmentation chez nous, mais elle n'est en aucun cas comparable avec l'évolution de nos voisins ou pire des états anglo-saxons qui sont sur une autre planète en terme d'inégalité. Évidemment en France une bonne part des inégalités se fait sur le patrimoine et n'entre donc pas dans le cadre de ces mesures. Il se pourrait que notre pays rattrape ses voisins si l'on prenait en compte les inégalités de patrimoine. Cependant, nous nous intéressions dans ce texte au SMIC et donc aux revenus du travail. Et l'on constate que les mesures comme le SMIC ont participé à éviter une évolution trop inégalitaire sur le plan de la rémunération du travail. Et cela malgré l'énorme pression produite par la mondialisation. Il est vrai en même temps que la France a produit aussi un énorme chômage, mais un pays comme l'Allemagne par exemple qui est nettement plus inégalitaire et avec une démographie nettement plus dépressive n'a pas non plus évité le chômage de masse.

 

Nos voisins allemands qui n'ont pas de SMIC, mais des salaires qui sont fixés par branche, sont en fait nettement plus inégalitaires que l'économie française. Et cela en ayant un chômage tout à fait comparable au notre sur les deux dernières décennies. Cependant, les derniers chiffres concernant l'Allemagne datant de 1998, il est difficile donc de conclure sur l'évolution récente. Mais si l'on se fit à l'évolution générale il est probable que l'Allemagne a encore accentué ses inégalités. D'autant que la politique allemande a consisté essentiellement à maintenir ses salaires ces 15 dernières années pour accumuler son excédent commercial. On voit également que les pays anglo-saxons largement plus inégalitaires que la France n'ont pas pour autant moins de chômeurs non plus. L'idée que le chômage français serait le fruit de la trop grande égalité ou le fruit du SMIC montre ici tout son caractère idéologique. En fait, il semble que chômage et inégalité ne soient pas forcement lié. Tout dépend en réalité des politiques macroéconomiques maintenues par les dirigeants.

 

 D'autre part, il faut rappeler que si le SMIC est trop fort c'est parce que l'on a choisi de mettre en concurrence les salariés français avec d'autres régions du monde où, à productivité égale, les salaires sont ridicules. Il s'agit là encore d'un choix politique, et non d'une évolution naturelle qui nous tomberait subitement sur la tête. Comme aimeraient le faire croire les défenseurs des rentiers et des actionnaires. Que le libre-échange soit remis en cause et la question du SMIC devient une non-question. À vrai dire si l'on regarde la part des salariés dans la richesse nationale il s'avère que les salaires n'ont pas assez augmenté ces vingt dernières années. Donc que le SMIC n'est en fait pas assez élevé au contraire de ce qu'affirme la commission européenne. La vraie question à se poser ici est donc de savoir quel est le but de l'économie. Est-ce que c'est d'augmenter indéfiniment la rente de parasites qui gagnent de l'argent en dormant sur leur capital? Ou bien. Est-ce que c'est de faire en sorte d'avoir le chômage le plus bas possible et des revenus convenables pour ceux qui font fonctionner l'économie? On sait déjà quelle est la réponse de la commission européenne à cette question.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 14:05

Je ne fais que transmettre l'information au sujet de cette conférence. Pour des raisons personnelles il me sera malheureusement impossible d'y aller, mais pour ceux qui le peuvent:


Conférence de presse "Les Français, le protectionnisme et le libre-échange"

 

A l'occasion de la sortie du sondage IFOP sur le protectionnisme, commandé par l'association "Manifeste pour un débat sur le libre-échange", une conférence de presse se tiendra le jeudi 16 juin 2011 à Paris en présence de nombreux économistes et universitaires, parmi lesquels Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Jacques Sapir.

"Nous sommes un groupe d'universitaires et d’économistes persuadés que l'un des enjeux essentiels de la campagne présidentielle de 2012 concerne la place et la stratégie de la France dans la mondialisation. La France est-elle condamnée à souffrir dans la mondialisation ou peut-elle rebondir? La mondialisation, prônée par les institutions internationales (FMI, OMC, OCDE, G8, G20) et entérinée par les traités européens, bénéficie-t-elle d’un soutien populaire?

Regroupés au sein de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange », nous avons financé et commandé à l’IFOP un sondage d’opinion détaillé sur ce sujet. Ses résultats surprenants et les conclusions qu’on peut en tirer seront présentés à la presse, suivis d’un débat et d'interviews en solo avec les économistes."


Le jeudi 16 juin à 10h30
A la Maison de l’Amérique latine
217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris
(Métro Solferino)

Seront notamment présents Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin, Pierre Noel Giraud, Julien Landfried, Jean-Claude Werrebrouck, Aurélien Bernier, Bernard Conte, Bernard Gerbier, Bernard Cassen, Aquillino Morelle, Frédéric Viale, Hakim el Karoui, Gerard Lafay, David Cayla.

Programme :
10h15 - 10h30 : accueil
10h30 – 10h45 : présentation du sondage par l’IFOP
10h45 – 12h :
interventions de Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin
débat, questions réponses des journalistes
interviews en solo

Contact Presse :
Philippe Murer
Mobile : 06 89 95 72 07
Mél : philippemurer [at] yahoo.fr

Le sondage sera mis en ligne sur le site de l’Ifop et sur www.protectionnisme.eu après la conférence

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 19:35

 inde-drapeau.png

L'idée m'est venue de faire un topo sur la situation économique des futures grandes puissances économique que sont les BRIC. À vrai dire c'est l'interview de Jacques Sapir qui m'a inspiré. Il est vrai que l'on parle souvent de ces nations émergentes comme si en définitive elles en étaient au même point de développement. Ou si leur évolution était en tout point similaire. La réalité crue c'est que la seule chose qui unit les Bric est leur volonté d'indépendance nationale vis-à-vis de l'extérieur et surtout vis-à-vis de l'occident. En quelque sorte, les Bric sont les vrais représentants de l'esprit gaulliste des années 60, celui promulguant un monde multipolaire dans lequel chaque nation défend jalousement son indépendance nationale. Ces états ont des stratégies industrielles politiques et commerciales visant à leur indépendance et à leur progrès économique, et en cela elles sont des exemples. Je commence aujourd'hui par attaquer un gros morceau, l'Inde. Je commence par elle notamment parce qu'un article récent de l'INED vient de décrire la situation actuelle de la démographie. Et ceux qui lisent régulièrement ce blog savent à quel point la démographie est un point important dans l'évolution économique d'un pays. L'Inde est une très grande nation et son rôle dans l'avenir de la planète est évidemment central. Nous allons donc nous évertuer à voir où cette nation en est, et où son évolution démographique et économique la mène à plus ou moins long terme. Nous verrons d'ailleurs dans la partie économique que les relations entre l'Inde et l'autre géant des Bric la Chine ne sont pas aussi splendides que çà. Et que cette alliance  que représentent les Bric n'est en fait que circonstancielle.

 

La démographie indienne

 

 

Nous commençons donc par la démographie de cet immense pays. L'Inde fait déjà 1,2 milliard d'habitants, elle a gagné en dix ans 182 millions d'habitants. Et la croissance démographique va continuer encore quelques années malgré la baisse progressive de la natalité du pays. Essentiellement à cause de l'effet d'inertie démographique, la croissance démographique annuelle est encore à 1.64% par an ce qui reste relativement élevé. On est certain aujourd'hui que l'Inde finira par devenir le pays le plus peuplé du monde devant la Chine. Ce qui est une première historique, puisque la Chine a toujours été le pays le plus peuplé du monde, depuis l'invention de l'écriture et le commencement de l'histoire humaine. De plus, la divergence entre l'évolution démographique des deux pays, va fortement se faire sentir à long terme. En effet, la Chine a connu une transition démographique plus précoce alors que l'Inde a eu une politique de contrôle des naissances bien avant l'Empire du Milieu. Cette situation pourrait tendre à faire croire que les politiques de planning familiales ne servent pas à grand-chose. En réalité, c'est surtout la limite liée au régime politique qui explique ces différences. L'Inde est une démocratie malgré ses restes de sociétés de caste, elle a contrôlé sa natalité par des moyens que l'on dira humainement raisonnables. La politique de l'enfant unique en Chine ne pouvait s'imaginer que dans un pays où l'autorité centrale était suffisamment puissante pour être pratiqué avec toute sa violence et sa cruauté parfois. Même s'il faut reconnaître son efficacité à court terme la Chine connaissant un ralentissement démographique largement plus rapide.

 

 

evolution-fecondite-inde.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

 

 

Cependant, si la méthode chinoise de contrôle démographique a eu des effets plus rapidement et a permis le décollage du niveau de vie chinois, c'est au prix d'un déséquilibre à long terme que l'Inde semble en passe d'éviter.  En effet comme vous le voyez sur le tableau précédent le TFR( Total fertility rate) baisse continument, mais de façon relativement lente et progressive. L'Inde n'a pas connu un effondrement de la natalité comme les pays d'Europe latine, les pays arabes récemment ou la Chine avec son enfant unique. Le résultat c'est que cette évolution progressive va permettre à l'Inde un atterrissage en douceur aux alentours du seuil de reproduction. Car comme nous l'a appris Pierre Chaunu dans ses oeuvres plus une fécondité descend vite, brutalement, et plus elle risque de tomber bas une fois la transition passée. Ce qui produit des effets secondaires extrêmement néfastes comme en Allemagne ou au Japon. Il semble donc qu’à très long terme le choix de l'Inde soit un choix plus équilibrer que celui de la Chine qui va faire face dans les vingt prochaines années aux conséquences de son vieillissement massif. Cependant, il est vrai que l'Inde à cause de cette lenteur de la baisse de la fécondité connait en contrepartie une hausse de la population trop importante. Il suffit de regarder la densité moyenne de la population dans certains états pour imaginer les problèmes agricoles et les problèmes de ressources en eau potable.

 

Densite-pop-Inde.png

 

 

Une telle carte relativise les discours sur une France surpeuplée. Franchement il y a des états indiens comme le  Bengale occidental qui ont une densité de plus de 1000 habitants au km². L'Inde en moyenne c'est 382 habitants au km², la France elle ne fait que 105 habitants au km². Nous avons de la marge avant d'être aussi surpeuplés qu'eux. Il faudrait presque multiplier notre population par quatre pour atteindre de tels niveaux. Quoi qu'il en soit comme je le disais précédemment l'Inde va encore connaitre une croissance démographique importante dans les années qui viennent le temps que la baisse de la natalité fasse sentir son effet. La croissance ralentit, comme le montre le graphique suivant, mais reste importante.

 

croissance-demographique-indienne-par-decade.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

 

 

Autre problème il existe un rythme très inégal dans la croissance démographique indienne suivant les états. Entre le Nagaland dont la population a baissé de 5% sur les dix dernières années, et l'état du Meghalaya qui a augmenté de 27% sa population en 10 ans il y a un gouffre. L'Inde mérite ainsi vraiment sa définition de nation continent la variété culturelle locale se reflétant dans la variété de l'évolution démographique. Il reste à espérer que la mobilité de la population permettra à terme d'éviter des densités insupportables pour certains états.

 

 

Inegalite-de-la-croissance-demographique-indienne.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

 

 

  Au cas où certains seraient en train de se demander si les régions les plus fécondes sont musulmanes, la réponse est, cela dépend. En fait, en regardant l'évolution démographique de l'Inde on ne peut que constater qu'il n'y a pas de lien entre la religion et le taux de fécondité. Certaines régions musulmanes ont effectivement une forte croissance démographique d'autre non. L'état du Meghalaya que j'ai cité précédemment pour sa forte croissance démographique a ainsi une majorité  chrétienne qui représente 65% de la population.   Tout ceci ne fait que confirmer les travaux de notre démographe préféré Emmanuel Todd pour qui religion et démographie n'ont pas vraiment de liens de causes à effet. En tout cas, cela ne se voit pas dans les données.

 

Religon-en-Inde.jpg

Source Herodote

 

 

  Après ce petit exposé sur la situation indienne en matière démographique nous comprenons bien que le pays n'est pas encore dans la phase développement. En effet, l'Inde a quelques décennies de retard sur la Chine. Ce pays n'en est qu'au début des effets positifs du ralentissement démographique, dans quelque temps les actifs vont augmenter beaucoup plus rapidement que les inactifs à cause de la baisse du nombre de jeunes à éduquer. La fenêtre de développement s'ouvre à peine pour ce pays. La croissance économique devrait donc s'accélérer dans les années qui viennent sous cet effet classique de la transition démographique. En effet au cours du passage de la transition démographique il y a un moment où le nombre d'actifs augmente très rapidement pour nous ce fut la période des trente glorieuses. Plus d'actif en proportion cela signifie moins de charges par tête et donc une plus grande capacité à produire et à consommer. Évidemment cela n'a qu'un temps puisqu'après le pays vieillit. C'est un moment particulièrement opportun pour industrialiser facilement une nation. Tout du moins si l'Inde ne fait pas trop d'erreurs dans ses politiques macroéconomiques.  À très long terme il est probable que l'Inde dépassera la Chine en terme de dynamisme non seulement à cause de sa population plus grande, mais surtout parce que l'Inde est partie pour avoir une fécondité d'équilibre une fois la transition passée. Je me demande quel effet ses écarts d'évolution démographique vont produire sur les relations entre l'Inde et la Chine. La Chine richissime vers 2030 se voyant dépassée petit à petit par un pays beaucoup plus jeune et dynamique à ses frontières. On a connu en Europe de telles évolutions et l'on sait par expérience que les tensions montent dans ce genre de cas. Il en ira probablement de même entre la Chine et l'Inde qui se disputeront alors la première place du podium économique mondial.

 

L'évolution économique de l'Inde

 

 

Venons en maintenant au sujet favori de ce blog l'économie. La situation économique indienne réelle est assez éloignée des  quelques idées reçues trop répandues sur ce pays. Tout d'abord, le pays n'est pas si dynamique si on la compare à ce qui est comparable. Ensuite, la situation commerciale de l'Inde est en réalité assez difficile notamment face à la Chine qui lui fait économiquement mal. Comme je l'ai dit juste avant l'Inde n'a pas encore décollé à cause de son retard démographique, il est certain par contre que dans une dizaine d'années elle sera probablement le pays le plus dynamique du monde sauf accident. Comme vous pouvez le voir ci-dessous la croissance indienne très forte par rapport à nos critères de pays en décadence. Elle est en faite faible si on la compare à la croissance chinoise. Et surtout il faut prendre en compte la croissance démographique de la population. La Chine connait une croissance plus forte avec une croissance démographique largement inférieure ce qui signifie que le PIB par tête y augmente largement plus vite. La croissance indienne est donc plus une croissance quantitative pour l'instant qu'une croissance qualitative, mais c'est normal puisque ce pays n'est encore qu'au début des effets de la transition démographique.  Avec le ralentissement de l'augmentation des jeunes et l'accélération du nombre d'actifs l'Inde devrait rapidement voir son niveau de vie augmenter. Pour l'instant, la croissance par tête reste relativement lente et le pays n'est pas prés à ce rythme à rattraper les niveaux de vie occidentaux ou même chinois. Il faut savoir distinguer qualité et quantité. La simple croissance démographique créant une croissance économique par nature.

 

PIB-Inde.png

 

 

 

Cependant ce développement de l'Inde que j'annonce c'est sans compter sur les effets de la mondialisation néolibérale à laquelle malheureusement l'Inde s'est jointe. Ce pays qui reste encore protectionniste sur nombre de secteurs comme l'automobile a quand même entamé une orientation libre-échangiste palpable depuis le début des années 2000. Bangalore, la fameuse ville qui fait office de Silicon Valley indienne est un peu le symbole de cette ouverture qui est censée être positive pour l'économie indienne. De nombreuses entreprises occidentales ont ainsi délocalisé leurs activités informatiques et de service en Inde. Ce pays jouissant de salaires faibles, de programmeurs bien formés et en très grand nombre. Mais l'ouverture aux échanges a eu aussi des effets sur les importations indiennes et pas seulement sur ses exportations de services. En effet si l'Inde écrase la concurrence européenne ou américaine par ses coûts extrêmement faibles dans les services informatiques, elle est par contre mal armée pour résister à l'ogre géant de l'Asie montante la Chine dans d'autres domaines. Qui plus est, cette dépendance à l'exportation a couplé la croissance indienne à la situation du reste du monde. L'Inde se rendant ainsi très sensible aux variations de l'économie mondiale.

 

desequilibreChine-Inde.jpg

 

 

 

Le tableau précédant est assez clair. L'Inde souffre aujourd'hui de la concurrence chinoise avec un déséquilibre impressionnant, les exportations chinoises vers l'Inde étant deux fois plus importantes que les exportations indiennes vers la Chine. Des tensions se font d'ailleurs sentir entre les deux pays l'Inde souffrant de la concurrence chinoise comme le rapporte cet article de Reuters. Là comme ailleurs la Chine joue un jeu de cavalier solitaire poussant son concurrent à la faillite. Heureusement l'Inde ne commerce pas qu'avec la Chine et rééquilibre en partie son commerce extérieur en siphonnant comme tout le monde l'occident et les USA en particulier.  Mais c'est globalement insuffisant pour rééquilibrer le tout. Ainsi la balance commerciale indienne est déficitaire comme on peut le voir sur le graphique suivant. Ce déficit oblige le pays à emprunter sur les marchés financiers pour financer sa dette, vous connaissez la musique. La libéralisation du commerce indien s'il a donc développé les services informatiques locaux a surtout desservit l'économie indienne dans son ensemble. Le déficit commercial en est la preuve.  Et dans un pays fortement inégalitaire à la base cela ne peut qu'amplifier encore un peu plus la lutte des classes locale. Avec tout ce que cela signifie en terme de tension sociale, ethnique ou religieuse pour un pays extrêmement diversifié sur le plan ethnoreligieux.

 

Balance-commerciale-Inde.png

 

 

Comme le disait Jacques Sapir dans son dernier interview, la croissance économique est avant tout un phénomène endogène aux sociétés. Le cas de certains pays fortement exportateurs ne doit pas cacher d'une part les dégâts que cela cause dans d'autres régions du monde, y compris les nôtres. Mais cela cache aussi le fait que ces déséquilibres sont par nature intenables à long terme. Ensuite les spécialisations induites par la mondialisation des échanges produisent localement des amplifications d'inégalité. Si les ingénieurs indiens sont surement contents de pouvoir piquer des emplois aux Français ou aux Américains, on peut se demander en revanche ce que les producteurs de textiles ou d'électronique indiens pensent de la libération du commerce avec la Chine. En plus, l'Inde n'avait pas besoin de développer ses exportations pour développer son économie. Grâce au potentiel de son immense marché intérieur, il lui suffisait de s'ouvrir aux investissements extérieurs tout en restant barricadé dans ses frontières, comme l'a fait la Chine dans les années 80-90 avant son entrée dans l'OMC, pour avoir une forte croissance et un développement technique. L'ouverture aux échanges de l'Inde est à double tranchant pour son économie surtout qu'elle se produit à un moment où le seul moteur de la consommation mondiale, l'Occident, cale. L'Inde nous montre également que la mondialisation n'est pas un bénéfice pour tous les pays en voie de développement. Comme le rappelait récemment Sapir c'est surtout la Chine qui a bénéficié de la mondialisation. L’Inde, si elle participe à la destruction des économies occidentales, est aussi victime de l'excédent chinois.

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:30

Deux nouvelles récentes confirment les prévisions que l'on pouvait avoir quant à l'avenir de la croissance mondiale. La première concerne l'Allemagne. Il semblerait que les exportations allemandes commencent à souffrir des effets des purges dans les autres pays européens et du ralentissement économique aux USA. En effet, l'excédent allemand s'est fortement contracté en avril. Alors il s'agit peut-être d'une contraction momentanée, car cette baisse d'excédent est due à une baisse des exportations et non à une plus forte hausse des importations. La situation n'est guère meilleure chez leurs homologues hitech japonais, ces derniers connaissent maintenant un déficit commercial. Cependant, cette situation pouvait sembler être essentiellement le fruit de la catastrophe récente. C'est l'évolution du commerce allemand et des autres pays excédentaires qui semble nous confirmer que la baisse des exportations japonaises est liée à une plus faible demande mondiale. L'autre grosse nouvelle c'est la baisse sensible des prix de l'immobilier chinois. Une baisse qui est très dangereuse parce que la Chine a malheureusement choisi un modèle économique de demande intérieure tout aussi dangereux que le modèle anglo-saxon, mais d'un autre acabit.

 

  En effet, les Chinois ne tirent leur croissance intérieure que par l'investissement. Le taux d'épargne en Chine est absolument monstrueux, il fait près de 50% du PIB. Un taux totalement intenable si la Chine vivait de sa propre consommation. La surépargne chinoise se traduisant certes par un fort investissement, mais aussi en contrepartie par une sous consommation chronique. De sorte que si la Chine ne pouvait plus exporter ses produits elle se retrouverait rapidement en situation de surproduction massive. Une crise de surproduction qui serait surement  bien plus grave que celle qui frappa les USA en 1929. Le marché immobilier chinois est tout aussi déconnecté des besoins locaux que le système de production industriel. Et la seule chose qui maintient ce marché haussier, c'est le fait qu'il monte, il entraine ainsi une absorption toujours plus grande d'investissements privés ou publics.C'est une bulle parce que ce qui maintient le prix c'est l'anticipation de la hausse des prix par les acteurs privés et non l'évolution de la demande réelle des acheteurs. Il y a d'ailleurs en Chine une forte asymétrie entre les logements demandés et les logements fabriqués un peu comme chez nos amis espagnols. Bureaux vides et immeubles inhabités étant chose courante au pays de la croissance infinie. La baisse des prix de l'immobilier pourrait donc être fatale et produire une véritable purge du marché immobilier chinois. Et cela au moment où la croissance mondiale ralentit ce qui est indubitable puisque les quatre grands pays exportateurs que sont la Chine, l'Allemagne, le Japon et la Corée du Sud connaissent tous un ralentissement, voire une baisse de leurs exportations.

 

Japon-commer.png

Coree-comm.png

Allemagne-comme.png

Chine-Comm.png

 

   

Comme on le voit sur tous les graphiques précédant la baisse est réelle même si seul le temps nous dira si cette direction se maintient. Cette rechute est par contre tout à fait logique, la situation dans les principaux pays importateurs se dégradant notamment aux USA. Nous avions vu précédemment que ce pays connait un ralentissement de sa croissance et un rebond du chômage malgré un usage massif des déficits et de la planche à billets. Il y a un décalage entre la baisse d'activité entre les zones d'exportation et celles d'importations, mais la contre-réaction est automatique. Pour ce qui est de la Chine, on observe une hausse de l'excédent après une baisse, mais cette hausse est moins due à la hausse des exportations qui ralentit qu'à la baisse des importations ce qui confirme un ralentissement intérieur. Même chose pour l'Allemagne qui connait une contraction à la fois de ses exportations et de ses importations, cependant dans le cas allemand les exportations ont baissé plus vite ce qui réduit l'excédent commercial. Cette évolution allemande traduit la détérioration économique à l'intérieure de la zone euro dont dépend l'essentiel du commerce extérieur allemand. Étant donné que toute l'Europe a décidé de faire des politiques de restriction économique, il n'est guère étonnant de voir une diminution de l'excédent allemand. Cette diminution devrait rapidement se traduire par un ralentissement de la croissance allemande.



Tous les pays du monde ne peuvent pas avoir d'excédent en même temps



Tel est la réalité que nous montre cette évolution. Les pays excédentaires qui ont des stratégies égoïstes ne pourront croitre indéfiniment, car leurs prospérités dépendent nécessairement de la bonne tenue des économies qui importent. Des économies importatrices qui doivent un jour ou l'autre rééquilibrer leur commerce ce qui produit évidemment des crises dans les pays exportateurs. Cette contradiction, self evident comme disent les Américains, n'est pourtant pas encore comprise en Chine ou en Allemagne. En Chine, la spécialisation excessive dans l'exportation a créé un système économique absurde dans lequel rares sont les salariés à pouvoir se payer ce que pourtant ils fabriquent. Avec pour conséquence une inflation asymétrique dont nous avions déjà parlé dans ce texte, lorsque les salaires augmentent un peu. En Allemagne, le pays, persuadé de son déclin à long terme à cause de sa démographie, s'enferme dans une fuite en avant autodestructrice dans l'exportation. Comme si l'Allemagne était destinée à devenir un pays de production sans salarié uniquement habité d'usines et de travailleurs étrangers. Dans les deux cas, nous avons affaire à des modèles économiques absurdes dans lesquelles on a oublié le sens même des mots progrès et développement. Et ces modèles ont pour conséquence de produire des catastrophes ailleurs, catastrophes qui se répercute forcément à long terme sur les pays exportateurs.



Le but de ces nations semble être uniquement de produire plus pour produire plus, en oubliant qu'à l'origine on produit pour répondre à un besoin. In fine, on peut trouver les Américains moins idiots. Car eux savent que la finalité de la production est de consommer, alors autant consommer sans produire puisque d'autres peuples sont assez stupides pour voir dans leur asservissement volontaire une source de fierté. Car ces pays sont fiers de leurs excédents sources croient-ils d'une puissance extraordinaire. La Chine est fière de ses montagnes de papier toilette vert accumulées depuis deux décennies. Elle regarde tout de même avec anxiété les variations du dollar. Mais elle essaie de se rassurer sur la valeur intrinsèque de son papier hygiénique en rachetant des bouts de terre un peu partout dans le monde. Cependant elle oublie au passage que les titres de propriété qu'elle achète ne sont valables que par le consentement des autorités locales. Que les peuples en aient assez des propriétaires chinois et le bout de papier actant la propriété chinoise ne vaudra plus grand-chose. Ces pays excédentaires pourraient pourtant profiter et faire profiter tout de suite leur population de leurs investissements massifs réalisés ces dernières années. En répondant avant tout aux demandes locales, en augmentant les salaires. En en ayant une politique plus large et généreuse en matière d'aide familiale dans le cas de l'Allemagne histoire de rétablir la démographie à des niveaux raisonnables. La solution aux problèmes de l'économie mondiale est aussi et même surtout entre les mains des pays excédentaires. Si ces derniers ne prennent pas leurs responsabilités en relançant leurs demandes intérieures alors qu'ils ne s'étonnent pas des contre-réactions que leurs pratiques finiront automatiquement par produire chez les pays déficitaires. Car que ce soit par l'effondrement économique ou par le protectionnisme et la dévaluation, les déséquilibres commerciaux devront forcément se réduire. Il serait tout de même plus sage de le faire par le haut plutôt que par le bas.

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 18:11

    Je crois que cette vidéo se passe de commentaires. Grâce à la mondialisation la France risque d'être rapidement en manque de médicaments. De quoi réaliser le fantasme d'Attali ou de Minc d'un bon petit génocide des vieux. Il n'y a que çà de vrai, la dépopulation. Et puis une fois les plus faibles éliminés, il ne restera que les plus forts et les plus intelligents, vive le darwinisme social:

 

 

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 21:01

  ATTAC.gif

Qu'ils sont beaux nos altermondialistes de gauche à toujours vouloir changer le monde dans sa totalité. Il faut tout changer ou ne rien changer, telle est la devise de certains. C'est en lisant cet article au titre évocateur "La démondialisation un concept superficiel" sur Mediapart que j'ai eu l'envie soudaine d'une réaction épidermique. Vouloir la démondialisation serait simpliste. Pourquoi? Ne cherchait pas, il n'y a pas de réponse à cela, juste un amoncellement de concepts vaseux pas vraiment ancrés dans les faits. Nos pauvres représentants d'ATTAC semblent atteints par le syndrome du postnationalisme. Il  a déjà probablement rongé la majorité des neurones de ces intellectuels vestige dépassés du temps glorieux de la Revolución. On comprend mieux en lisant ce texte pourquoi ATTAC a explosé. Et pourquoi certains de ses membres, probablement plus rationnels que ces caricatures de communistes, ont décidé de faire bande à part. Un peu à l'image du fondateur du M'PEP Jacques Nikonoff . Oui parce que les gens sérieux en général essaient d'amener leurs idées dans les contraintes du réel, une pratique que les idéologues d'extrême gauche n'ont  pas. Et pour cause, on se demande si ces gens cherchent réellement à améliorer le sort de leurs compatriotes, ou si, comme beaucoup à gauche, ils ne cherchent simplement pas à se donner bonne conscience à peu de frais. Les grands discours de gauche humanistes sans cohérence permettant de mettre en place un véritable commerce rentable à l'image du commerce "équitable". C'est que ça rapporte la révolution, surtout en ce moment avec les « révolutions » arabes, dont le temps seul dira si ce mouvement n'était pas qu'un attrape couillions historique.

 

Le vrai simplisme consiste à croire qu'il y aurait une solution mondiale

 

    Il faut dire que le texte en question est vraiment faible comparé aux travaux d'un Jacques Sapir par exemple. Les arguments de ces énergumènes donnent en plus à penser qu'ils cherchent en fait à donner des arguments pour que rien ne change. En effet comme le dit si bien Frédéric Lordon vouloir une solution globale revient en pratique à ne pas donner de solution du tout, chose que ces personnes n'ont apparemment pas envie de comprendre. Mais ce n'est pas la première fois que l'on entend cette gauche parler ainsi de la déconstruction de la mondialisation. Parce que ce qui motive le plus clairement ces intellectuels ce n'est pas le social ou le développement économique des peuples, c'est la réalisation de leur fantasme postnational. On voit ici très clairement la proximité intellectuelle entre les libéraux et les marxistes même si ces derniers s'en défendent. En pratique, les uns justifient moralement le choix des autres, les libéraux et les marxistes formant les deux visant du Janus de la modernité sans frontière. Je connais bien deux des signataires de ce texte lamentable entre autres Michel Husson et Jean-Marie Harribey. Je me souviens d'ailleurs des discussions que l'on avait eu sur le blog horizon, à propos des critiques du libre-échange version Husson. Une critique qui passait son temps à nier l'importance des délocalisations, quantité négligeable selon lui.

 

Mais si les marxistes sont autant attachés au libre échange, c'est avant tout parce qu'ils pensent que c'est fondamentalement mauvais pour le capitalisme. Ces gens se réjouissent du malheur du monde du présent parce qu'ils pensent que c'est le meilleur moyen pour atteindre leur rêve de perfection post-capitaliste. On a affaire à des religieux qui ne s'intéressent pas aux gens qui crèvent aujourd'hui, et non dans dix ans.  Il suffit de lire quelques extraits pour voir toute l'impossibilité pratique de leurs hypothèses:

 

"D'un côté, il faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs."Et comment fait-on en pratique sans protection douanière et sans frontière?  

 

"Ce n'est pas «la mondialisation» que nous rejetons, mais la mondialisation néolibérale et capitaliste, telle qu'elle est organisée par les intérêts des firmes multinationales, les «marchés» et les grandes puissances."En réalité, c'est la suppression des frontières qui produit le grand bordel mondial. Dans une situation non capitaliste, le monde serait tout autant  dans le chaos comme je l'avais expliqué ici. Comment donc concilier les intérêts divergents de tous les peuples dont on augmente sans arrêt les interdépendances? Comment concilier des niveaux de vie différents, des modes de consommations différents sans frontières, sans mécanismes de contrôle et de limite? La réponse est simple, on ne peut pas. Croire que l'on va construire un monde merveilleux où la générosité "naturelle" des peuples les fera s'entendre les uns avec les autres. Dès lors que l'on aura chassé les grands méchants blancs du pouvoir, pardon les grands méchants Occidentaux, relève d'un raisonnement puéril. Mais quel âge ont-ils pour croire à ce genre de fable ? Chassaient donc les Occidentaux et vous aurez les Chinois pas plus sympathiques et probablement pires d'ailleurs eux n'ayant pas quelques restes de christianisme pour leur donner mauvaise conscience. La réalité est un rapport de force non seulement entre classe sociale, mais aussi entre peuples et nations. Un pauvre chinois se sentira toujours plus proche d'un riche chinois que d'un pauvre français. Le jour où nos zigotos d'extrême gauche auront compris ce béabat, nous pourrons peut-être avancer.

 

"Le retour à des régulations essentiellement nationales ne résoudrait aucun des problèmes qui se posent aujourd'hui à nous." A bon et pourquoi? Il n'y a pas la réponse dans le texte, mais s'ils le disent c'est surement vrai...

 

"La crise sociale? Le chômage incompressible, la précarité généralisée, la destruction progressive du droit du travail, de la protection sociale et des services publics au sein des pays développés, ne sont pas d'abord imputables aux pays émergents mais aux politiques systématiques amorcées à la fin des années 1970 lorsque les classes dominantes ont entrepris de rétablir la rentabilité des capitaux." Oui est alors? Cela n'empêche pas le fait que les pays émergents en profitent pour se développer gratuitement, c'est à dire sans inflation à coup d'excédents commerciaux à notre détriment. La Chine n'a plus besoin des entreprises occidentales d'ailleurs pour nous détruire, elle les rachète de toute manière. Les propos tenus ici reviendraient à dire qu'en fait les Occidentaux n'étaient pas responsables de l'esclavage triangulaire puisqu'ils n'ont fait souvent qu'acheter des esclaves vendus par les Africains eux-mêmes. En réalité, les deux sont coupables, il en va de même pour la Chine et d'autres nations qui tirent les marrons du feu de la mondialisation. Quant à cette dernière, elle n'hésite pas à corrompre certains passés d'Afrique pour y écouler ses marchandises. Le "mal" n'est pas une exclusivité occidentale quoiqu'en pensent nos amis d'extrême gauche. Et critiquer les politiques d'externalisation occidentales ne dédouane pas les nouveaux pays industrialisés de leur culpabilité en matière de politiques mercantilistes. Ce ne sont pas les entreprises occidentales qui poussent la Chine à sous-évaluer son Yuan.  

 

"Une monnaie nationale ne protège ni du néolibéralisme, ni de la spéculation, ni du productivisme: a-t-on vu quelque gouvernement britannique s'opposer au néolibéralisme du fait qu'il disposait de la livre sterling?"Est-ce qu'avoir un couteau vous conduit automatiquement à poignarder votre voisin? Non, ce n'est qu'un outil. Et son usage va dépendre de vos intentions, il en va de même pour la monnaie. Une monnaie on peut en faire un bon ou un mauvais usage. Je constate au passage que nos amis citent la GB, on pourrait citer l'Islande ou la Suède qui ne sont pas membre de l'euro et qui se portent très bien. La Suède tourne à 6% de croissance cette année et son système social va très bien aussi. Tout cela sent la mauvaise foi.  

 

Au final, on voit bien que ces intellectuels restent bloqués sur la question de la nation. Ils restent persuadés que le meilleur des mondes est un monde sans frontière alors que l'on constate tous les jours le contraire. La négation des frontières conduit à ramener la guerre y compris en Europe puisque l'on voit maintenant des affiches en Grèce associant l'UE au nazisme. Les économistes d'ATTAC se discréditent chaque jour un peu plus. Et ils montrent la réalité de leur fausse opposition, à l'image de ce pauvre Besancenot dont Dupont Aignan avait bien montré dans un débat télévisuel qu'il était la caution morale du Medef. Leur mondialisation ne peut que favoriser les populations les plus avantagées de chaque peuple. Les interdépendances excessives rendent ingérables les politiques macroéconomiques. Rien qu'à l'échelle européenne on n’y arrive pas, car l'intérêt de l'Allemagne ce n'est pas l'intérêt de la Grèce ou de la France. L'unification mondiale au forceps conduit à la misère les perdants et à une explosion des inégalités à l'échelle planétaire. Les capitalistes le savent très bien eux. Au moins ils ne font pas semblant de pleurer sur la misère du monde. Nos économistes d'ATTAC chérissent les causes des problèmes qu'ils désignent. Et font semblant de ne pas voir que le cadre actuel est impossible à gérer. La démondialisation c'est vouloir rendre aux politiques le cadre de leur possibilité pratique. Continuer à gesticuler verbalement en donnant des solutions impraticables ne nous mènera à rien si ce n'est à rendre impossible une véritable alternance, je n'ose imaginer que ce soit là le véritable but des gens d'ATTAC.

 

 

 

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 21:40

Comme je l'avais dit il y a quelque temps déjà, la croissance économique US va connaître un fort ralentissement, et le premier signe est la dégradation de l'emploi outre-Atlantique les chiffres étant assez mauvais. Le taux de chômage recommence à grimper avec une création d'emploi totalement insuffisante pour absorber l'accroissement de la population active. Et cela au moment où, le gouvernement US continue d'injecter des sommes  énormes dans l'économie du pays. Je rappelle que le déficit public estimé en moyenne annuelle pour cette année 2011 est de 8.8%. Et ce n'est qu'une estimation qui se base elle même sur un retour à la croissance. Et cela malgré deux épisodes de Quantitative easing successifs. Si la croissance n'est pas aussi forte que prévu ce qui est très probable, ce déficit sera largement dépassé. Les USA se retrouvent donc devant une contradiction phénoménale soit arrêter l'endettement et plonger l'économie dans une dépression auto-entretenue soit continuer à injecter de la monnaie dans le tonneau des danaïdes.  Cette contradiction est bien évidemment le fruit des orientations économiques prises par l'oncle Sam depuis trente ans à savoir un libre-échange total. L'argent injecté par l'économie américaine arrosant en fait de plus en plus l'extérieur de l'économie USA comme nous allons le voir par la suite. La puissance américaine est devenue l'empire de l'endettement, mais elle est prise dans ses contradictions et s'est probablement trop élargie en absorbant les nouvelles puissances émergentes. Les USA arrivaient très bien à dominer leur empire lorsqu'il ne s'étendait que sur l'Europe et le Japon, les excédents de ces deux zones dominées étaient encore supportables. Mais avec l'élargissement vers l'Europe de l'Est, l'Asie émergente et la Chine le morceau est probablement devenu trop gros pour l'économie américaine.

 

deficit-public.png

 

 

Les USA sont le seul moteur de la demande mondiale

 

 

Pour l'instant, cette dégradation de l'économie US ne se ressent pas sur le déficit commercial du pays qui recommence à se creuser depuis mai 2009. La reprise mondiale n'a été possible que parce que les US ont appuyé comme jamais sur l'endettement de leur propre économie. On mesure mal cet accroissement parce que les Américains n'ont pas hésité à en monétiser une bonne part. Lorsque le déficit commercial américain s'est seulement divisé par deux entre juillet 2008 et février 2009 la croissance dans les pays exportateurs comme l'Allemagne, le Japon, ou la Chine s'est effondré. Nous avons affaire là au cœur du fonctionnement de l'économie mondiale. Les USA sont le seul moteur de la demande qu'il vienne à caler et toute la structure s'effondre. Je vous laisse imaginer la situation en Europe et en Asie si les USA se mettaient à équilibrer leur balance commerciale. En 2009 l'Allemagne a vu son PIB reculer de 4.7%, la Chine est passée à 8.4% alors qu'elle était habituée à une croissance de plus de 10%, quant au Japon il recula de 6.3%. Si les USA réduisaient leur déficit à néant, on pourrait facilement imaginer une récession de 8% en Allemagne, une croissance à 5% en Chine et un recul de 12% au Japon. On comprend là tout le ridicule qu'il y a chez certains à réclamer de la rigueur aux USA alors qu'une telle politique produirait à court terme un effondrement des principaux donneurs de leçon comptable de la planète.

 

 

balnce-commerciale-long-terme.png

 

Trade.png

 

  Nous en revenons donc toujours à cette question. Pourquoi les nations du reste du monde préfèrent-elles l'asservissement par la dette US? D'où vient cette esprit de servitude volontaire qui conduit toute l'humanité à dépendre ainsi de la capacité des USA à s'endetter indéfiniment? On pouvait croire que la crise allait mettre fin à cette situation, il semble pourtant que le système reparte de plus belle en atteignant des niveaux toujours plus incroyables de déséquilibre. Les Européens et les Asiatiques préférant continuer à torturer leur propre population pour acquérir leurs précieux excédents commerciaux, plutôt que de tirer leur croissance de leur demande intérieure. La raison principale est probablement dans le fait que cette orientation économique permet aux élites des différents pays excédentaires d'avoir de la croissance sans avoir à augmenter les salaires et sans avoir à mieux répartir les richesses. L'inconvénient c'est de devoir supporter la lourdeur de la puissance américaine sur les épaules.

 

  Bientôt une rechute de l'économie mondiale?

 

Cependant, cette stratégie visant à faire des USA l'état keynésien de la planète entière (expression utilisée par Emmanuel Todd dans  « Après l'empire ») a un énorme point faible. L'accumulation de déficits commerciaux rend de moins en moins efficaces les plans de relance américains, comme je l'avais expliqué dans ce texte sur le multiplicateur keynésien. L'affaiblissement de l'efficacité des plans de relance est aujourd'hui palpable, elle décline continument depuis l'époque de Reagan. Avec une franche accélération depuis le début des années 2000. Déjà à l'époque de Bush la croissance américaine après la bulle internet a mis plus de temps qu'à l'accoutumée pour reprendre son souffle et elle a connu une croissance au final assez lente au prix d'une bulle immobilière énorme. Comme les déséquilibres commerciaux du pays n'ont cessé de croitre, une part de plus en plus importante de la masse monétaire sort chaque année du pays. Pour maintenir la croissance, il faut donc que l'état américain injecte des sommes de plus en plus importantes pour maintenir le dynamisme économique à un niveau suffisant. À l'heure actuelle malgré un déficit record et deux QE successifs le chômage recommence à croitre et la croissance retombe. Il faudra donc que les USA aillent plus loin encore avec un troisième QE s'ils veulent toujours maintenir leur système de libre-échange total.

 

On peut conclure de cette situation que les pays excédentaires sont devenus trop gros et trop nombreux pour que les USA arrivent à en supporter les effets. Et pour cause, les USA ne représentent plus qu'un quart du PIB mondial. Une part qui décroit d'ailleurs chaque année. Il est normal que leur influence décroisse et que leurs plans de relance aient de moins en moins d'effets à l'échelle planétaire. Les autres régions du monde devraient prendre leurs responsabilités, mais elles préfèrent se comporter en prédateur commercial. La politique de Quantitative easing actuelle n'est qu'une réponse à ces déséquilibres monstrueux que l'économie américaine est obligée de supporter. Bon nombre d'économistes pensent que cette politique va nous mener à une hyperinflation mondiale, en réalité cette politique nous a évité pour l'instant une déflation planétaire. Déflation résultant des politiques mercantilistes agressives d'une partie croissante de bon nombre de pays et de la déflation salariale provoquée par le libre-échange entre des zones économiques très hétérogènes. Encore une fois, le déficit américain permet la mondialisation de fonctionner s'il venait à disparaître, s'en serait fini de la mondialisation. Malheureusement, il y a peu de chance pour que nous connaissions une sortie par le haut de cette situation, nous le voyons rien qu'à l'échelle européenne. L'Allemagne et les autres pays excédentaires continuant à tirer la couverture à eux tout en nourrissant les mécanismes qui mettront fin à la monnaie unique.

 

On dit souvent que la crise des années 30 fut le résultat du retour du protectionnisme, quiconque est bien informé sait qu'il n'en est rien. Le protectionnisme fut la nécessaire politique menée par les pays qui ne pouvaient plus supporter les excédents d'autres nations. Nous vivons exactement le même phénomène. Les pays en déficit doivent soit suivre les pays excédentaires et comprimer leur demande intérieure en provoquant misère et chômage ainsi qu'une délation à l'échelle planétaire. Soit se protéger pour permettre un retour à leur demande intérieure sans avoir à se soucier de leurs déséquilibres commerciaux. L'Amérique est aussi dans cette situation, elle doit de plus compter sur le plan intérieur avec une extrême droite libertarienne prônant des politiques qui seraient en pratique suicidaire pour l'oncle Sam. On imagine si les USA essayaient à leur tour de devenir excédentaires dans quel état se retrouverait l'économie mondiale. C'est d'autant plus vrai que comme vous pouvez le voir ci-dessous le Baltic Dry, qui est un bon indicateur de l'évolution du commerce mondial, est loin d'avoir rejoint son niveau d'avant crise.

 

 

Baltic-dry-juin-2011.png

 

On peut aussi imaginer un scénario étrange autre que celui du retour du protectionnisme américain ou d'une déflation planétaire. Ce scénario serait celui évoquer par Todd dans l'ouvrage précédemment cité, de l'arrivée à complétude de l'empire américain. Les USA n'équilibreraient plus du tout leurs comptes extérieurs et se contenteraient d'émettre indéfiniment de la monnaie pour couvrir leurs déséquilibres. Todd ne croyait pas vraiment à un tel scénario, mais qui sait ? On objectera que le dollar devrait tomber, mais force est de constater que trop de monde à intérêt à court terme à le maintenir. L'euro ne risque pas de le remplacer et la Chine est tout aussi obsédée que le Japon ou l'Allemagne par ses excédents pour courir le risque de changer le système. L'Amérique est peut-être en passe de devenir une espèce de banque du monde vis-à-vis de laquelle nul ne se demande d'où viennent ses prérogatives. Est-ce si inimaginable? Nous qui vivons déjà dans un monde étrange où des acteurs privés peuvent faire des bénéfices en prêtant de la monnaie qu'ils n'ont pas par un simple jeu d'écritures.

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:45

 FinEuroSapirJacques Sapir vient de produire une série d'articles sur la sortie de l'euro et sur la crise grecque pour le site de marianne2. Vous pouvez lire les trois articles en question à ces adresses: partie1, partie2, partie3. Ces articles n'apprendront pas grand-chose à ceux qui connaissent déjà les analyses de Jacques Sapir, cependant il fait œuvre de pédagogie en visant probablement un public plus large qu'à ses habitudes. Il faut dire que l'on sait que les Français malgré la crise de l'euro persistent à croire que le maintien de ce dernier est un moindre mal face aux risques de changement monétaire. La propagande européiste a quand même bien fait son office depuis vingt ans et l'on aura beau expliquer que tout ceci est faux, les gens resteront persuadés que le changement est trop risqué. Et pourtant où sont elle les promesses que les promoteurs de l'euro avaient faites à l'époque de Maastricht? Le chômage a-t-il baissé? La croissance fut-elle plus forte ces dix dernières années? Il n'y a pas eu d'inflation? Pourtant les Français malgré les constats qu'ils font sur la monnaie unique ont peur d'en sortir. Nous pouvons pourtant les rassurer, les quelques exemples que nous avions pris récemment montrant que l'on peut avoir une monnaie nationale et même être un minuscule pays et s'en sortir bien mieux que la grande Europe, aujourd'hui homme malade de l'humanité. Nous avions vu récemment l'exemple de l'Islande, un petit pays qui a subi une crise plus grave encore que la Grèce en 2008-09. En bien deux ans plus tard la croissance est repartie, le pays connait des excédents et le chômage baisse. Tout l'inverse de l'Irlande, de la Grèce ou de l'Espagne qui s'enfoncent de plus en plus dans un trou sans fond.  Et pour cause, ces pays ne peuvent pas dévaluer comme l'a fait l'Islande, et ils sont contraints par les multiples règlementations restrictives de la construction européenne. Leur seule solution d'action étant la contraction de la demande intérieure et la hausse du chômage, en attendant l'émigration d'une vaste portion de leur propre population. Il semble d'ailleurs que le Portugal commence à connaître une fuite de sa population active.

 

 

  Alors il est vrai que tout ne s'explique pas que par la monnaie. L'Islande n'a par exemple pas été assez stupide pour renflouer les banques privées qui avaient pris des risques inconsidérés. On voit qu'ici le gouvernement d'un petit pays éclairé vaux mieux qu'une direction technocratique d'une entité gigantesque comme l'UE. Le caractère démocratique de l'Islande ayant empêché les lobbys de prendre le contrôle du pays en l'endettant stupidement. L'immense Europe est finalement plus fragile face au lobbyisme que les petites nations démocratiques, l'union ne fait donc pas nécessairement la force. Le caractère bureaucratique de l'UE lié à sa nature la rendant incapable de décisions rapides, et sa nature multinationale l'empêche d'avoir un sens de l'intérêt général ce qui favorise la corruption et la non-responsabilité face à ses citoyens. Pour en revenir aux propositions de Jacques Sapir il propose dans son dernier texte une solution parallèle à la sortie de l'euro qu'il juge finalement nettement plus préférable que cette dernière. Cette solution consiste en une monétisation des dettes des états européens couplées à une dévaluation de la monnaie unique. C'est de cette stratégie que je pense discutable par certains aspects que je vais parler maintenant.

 

Dévaluer l'euro pour le sauver?

 

Cette stratégie est aussi défendue par mon collègue blogueur Malakine qui en a fait la défense dans un commentaire sur son blog. Un commentaire qu'il avait fait en réponse à un de mes propos sur le débat entre Guaino et Todd. Il soulignait également au passage que c'était le point de vue défendu par Chevènement. Si je reconnais qu'une telle stratégie a potentiellement la possibilité d'alléger notre fardeau commun, je persiste à penser pour plusieurs raisons que je vais étayer que cette stratégie est dangereuse à plusieurs titres. Mais commençons par expliquer en quoi une dévaluation de l'euro couplée à une monétisation pourrait arranger nos affaires.

 

Le principal problème que connaissent les pays de la zone euro les plus fragiles est leurs déficits commerciaux. C'est à cause de ces déficits commerciaux que ces nations sont obligées de s'endetter toujours plus afin de couvrir le déséquilibre de leur balance des paiements. Dans le système économique actuel, totalement libéral et où l'émission de crédit est essentiellement aux mains des banques privées, les états espagnols grecs ou portugais n'ont eu d'autre choix que de s'endetter vis-à-vis d'acteurs privés. Il fut un temps où les états auraient pu s'endetter entre eux, les pays excédentaires prêtant aux pays déficitaires, mais tel n'est plus notre organisation. Donc ces états se sont endettés sur le secteur privé au prix du marché, c'est à dire au taux d'intérêt que les instituts de notation estimée valable pour leur dette. La dégradation actuelle de la situation provient du fait que les perspectives de remboursement de ces prêts sont mises en doute, pour de bonnes raisons, par la majorité des investisseurs privés. Pour de bonnes raisons parce que la source de l'endettement de ces pays, le déficit commercial, ne semble pas pouvoir se réduire dans les conditions économiques qui ont été construites par la monnaie unique. Or pour rembourser un jour leur dette, les pays qui ont emprunté doivent dégager des marges de manœuvre leur permettant de rembourser ces prêts. Une forte croissance et des excédents commerciaux sont ainsi des moyens permettant de dégager des ressources supplémentaires. Cependant, comment obtenir une croissance et des excédents commerciaux quand votre monnaie est surévaluée et que vous comprimez la demande intérieure du pays en réduisant les salaires et les dépenses de l'état? C'est tout simplement impossible et les marchés l'ont bien compris, ils anticipent donc un défaut sur la dette de la plupart de ces pays. C'est pour cette raison que les taux demandés explosent, on ne leur prête qu'à des conditions insupportables.


C'est ici que la solution dans le cadre d'une non-sortie de l'euro de Jacques Sapir prend son sens. Il s'agit pour lui de palier aux problèmes produit par l'euro et par la situation de surendettement des états en utilisant une méthode qui aura un effet positif sur les deux problèmes en même temps. D'une part pour consolider le bilan des états il propose une monétisation des dettes à l'échelle de la zone euro. Ce serait la banque centrale européenne qui liquiderait en quelque sorte la dette grecque espagnole ou portugaise, c'est une espèce de Quantitative easing européen. Sapir estime entre 1100 et 1300 milliards d'euros la monétisation des dettes publiques en question. Il faut préciser d'ailleurs que même si nous sortions de l'euro la question de la monétisation des dettes publiques se poserait, sauf que dans ce cadre nous devrions avec minutie contrôler la circulation des capitaux pour éviter des effets secondaires graves comme la fuite de capitaux ou l'effondrement monétaire. À l'échelle de l'euro, ce genre de risque n'existe pas vraiment, il est vrai qu'il s'agit là d'un avantage de la monnaie unique. Sauf que cet avantage l'UE n'en use pas et pire comme le disait Emmanuel Todd l'Europe use de sa puissance économique pour se torturer. L'effet secondaire de la monétisation de la dette publique Grecque, Espagnole et autre sera aussi de dévaluer l'euro face aux autres monnaies dans des proportions qu'il est en fait difficile d'imaginer. Mais on peut espérer un retour à un dollar pour un un euro c'est-à-dire au taux de change de l'euro des environs de l'an 2000.



Nous voyons ici que la solution de Jacques Sapir résout nos deux problèmes en même temps parce qu’elle produit un désendettement et qu'en même temps elle produit une dévaluation qui permettra aux pays en déficit commercial de renouer avec un certain équilibre. Il y a quand même un problème d'application politique puisque l'on voit mal l'Allemagne et sa peur de l'inflation accepter une monétisation des dettes, le souvenir de la période de la république de Weimar l'ayant apparemment condamné à se fermer pour toujours ce type de solution. Ensuite cette solution ne permet pas un rééquilibrage interne de la zone euro, ce qui nous conduit également à réfléchir aux conséquences néfastes de cette politique à l'extérieur de la zone européenne.



L'euro c'est notre monnaie, c'est votre problème.



Pour paraphraser John Connally le secrétaire d'État américain au trésor pendant la période Nixon, celle de l'abandon du système du dollar basé sur l'or, on peut dire que la solution de Jacques Sapir consiste à dire « L'euro c'est notre devise, c'est votre problème ». En effet quelque part pour contrer les problèmes inhérents à la nature de la monnaie unique nous allons produire ici une politique qui va expulser vers d'autres régions du monde nos problèmes économiques. Pour la bonne et simple raison, que les pays qui ont des excédents à l'intérieure de la zone euro, à l'heure actuelle, vont se retrouver excessivement avantagés une fois l'euro revenu à des niveaux plus faibles. Il faut bien voir que d'un point de vue comptable et en moyenne l'euro actuel globalement n'est pas surévalué. La zone euro a juste un léger déficit commercial, donc on ne peut pas dire que la zone euro ait une monnaie surévaluée, elle l'est, mais uniquement pour certains pays membres. Pour les autres membres, ceux qui sont en excédent, l'euro est beaucoup trop faible. Que se passerait-il si l'euro était dévalué pour revenir une parité d’un dollar? C'est simple, les pays qui ont des déficits retrouveraient une balance en équilibre, mais ils compenseraient en fait leurs déficits avec des pays comme l'Allemagne en ayant des excédents avec des pays comme les USA, le Canada, ou l'Australie. De leur côté les pays qui sont déjà en excédent verraient ceux-ci exploser pour atteindre des niveaux difficilement imaginables. En effet, ils maintiendraient leurs excédents avec les PIGS parce que la dévaluation de l'euro ne changerait rien au commerce intracommunautaire, mais en plus ils verraient leurs excédents avec l'extérieur exploser sous l'effet de la dévaluation de l'euro.

 

 

balance-commerciale-zone-euro.png

 

Jusqu'à combien l'Allemagne verrait-elle alors son excédent passer ? 10 ou 15% de son PIB, voir peut-être plus. Et quel effet une telle politique aurait-elle sur la croissance du reste de la planète? L'Europe se transformerait en une gigantesque machine mercantiliste produisant entrainant une baisse mondiale de la demande, car les autres régions du monde aussi auraient comme stratégie de résister en dévaluant face aux excédents accumulés par la zone euro sous-évaluée. Donc comme on le voit la stratégie de Jacques Sapir si elle est théoriquement intéressante pour les pays membres consiste en fait à expatrier notre problème de déséquilibre commercial interne vers d'autres pays. Ce n'est donc pas une solution. Nous sommes toujours coincés dans le fait qu'il est impossible d'avoir une seule monnaie pour des pays aux économies largement divergentes. On ne trouve pas de juste milieu et chaque solution collective à l'échelle de la zone euro, produit des effets collatéraux extrêmement graves. Soit nous laissons le taux de change tel qu'il est, et les PIGS coulent, puis l'Italie et la France. Soit on dévalue, et l'on fait couler les pays à l'extérieur de la zone euro. On remarquera au passage que les seules qui ne risquent rien sont les Allemands dans ces deux solutions. Il nous faudra donc nécessairement envisager des solutions différenciées pour chaque nation de la zone euro. À chaque problème, sa solution, puisqu’une solution globale produit toujours des effets secondaires non désirables.

 

Si on reste dans l'euro alors on peut penser par exemple à une relance de la demande intérieure dans les pays excédentaires. Si l'Allemagne augmentait par exemple de 20% ses salaires, les autres pays pourraient rééquilibrer leur balance commerciale en exportant plus chez elles. Une relance dans les pays excédentaires tirerait la croissance du continent tout en rééquilibrant les balances commerciales au sein de la zone euro. Dans un tel scénario, une dévaluation de l'euro n'aurait pas d'effets dévastateurs à l'extérieur, car les excédents allemands se réduiraient petit à petit. On peut donc imaginer une monétisation des dettes des PIGS couplée à une relance des salaires des pays excédentaires de la zone. On réduirait ici le gonflement de l'excédent de la zone euro qui coïnciderait avec la dévaluation produite par la monétisation. L'autre solution serait de permettre un protectionnisme intérieur et extérieur à la zone euro. On garderait l'euro comme monnaie unique, mais on laisserait à chaque état le soin de protéger son commerce avec des quotas et des droits de douane. Ces derniers ne seraient autorisés que pour les pays en déficit commercial de façon à ce qu'ils remontent la pente jusqu'à rétablir leurs équilibres macroéconomiques.

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