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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 20:50

Une nouvelle preuve du divorce des Français d'avec leurs élites vient d'être apportée par l'étude sur les idées que se font les Français du protectionnisme. Cette étude commandée à l'IFOP pour l'occasion de la conférence sur le protectionnisme européen est relativement surprenante, y compris pour moi d'ailleurs. En effet, il semble que les thèses protectionnistes soient beaucoup plus admises que ce à quoi l'on pouvait s'attendre même en étant fortement optimiste. Il faut dire que le démocrate que je suis pensait, tout de même, qu'il y avait encore un certain lien entre le vote ou les orientations de vote de la population et son avis sur les questions économiques. De ce fait, je pensais bêtement que puisque l'UMP et le PS pèsent encore lourdement sur le plan électoral, leurs candidats restant en tête pour les élections présidentielles, c'est que les Français dans leurs majorités étaient encore pour le libre-échange, ou du moins qu'ils y étaient résignés. Et bien, c'était une erreur, il semble bien que les Français soient capables de rejeter massivement le libre-échange tout en continuant à voter pour les partis classiques. Bien évidemment, ces sondages prennent en compte les abstentionnistes si nombreux dans notre pays, mais même en regardant chez les militants politiques des partis dominants, ce que fait cette étude, le protectionnisme est largement plébiscité.

 

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Fonction-des-politiques.png

Ces graphiques proviennent de l'étude Ifop

 

Cette fois nous pouvons réellement conclure à un déni total de démocratie, tant l'écart entre ceux qui nous dirigent et ceux qui votent est devenu monstrueux. Comment expliquer une telle évolution dans un système qui quoiqu'on en dise reste un système électoral donc un système dans lequel les hommes politiques ont quand même intérêt à aller dans le sens de leurs électeurs. Jacques Sapir a récemment donné son avis sur le sondage en question que vous pouvez retrouver sur le site protectionnisme.eu. Il conclut de cette évolution sur le libre-échange et l'écart avec les partis traditionnels comme cela:

 

 "Le bon sens voudrait donc que les « grands partis » se saisissent sérieusement d’une question qui, comme l’indique ce sondage, transcende les partis et les positions sociales. Des réponses fortes et positives doivent y être apportées d’urgence, et l’on ne pourra plus s’abriter derrière l’argument d’une inaction européenne pour justifier sa propre inaction.

 À défaut, il faut s’attendre à une montée en puissance des partis qui, eux, auront compris l’importance de la question du libre-échange et de la mondialisation. Il sera trop tard, au soir d’une élection, de venir le regretter."

 

On ne saurait lui donner tort, mais est-ce que pour autant l'on peut être d'accord avec son hypothèse de montée des partis alternatifs ? Si cela parait logique, il faut tout de même rappeler que les alternatives sont anciennes. Pour rejoindre mon précédent texte sur la question de la démocratie il se trouve que la dissolution de notre démocratie n'est pas seulement du fait des politiques. Elle l'est aussi, et même surtout du fait du désintérêt global pour la chose politique. Dans mon texte sur l'étrange placidité politique des Français, j'avais indiqué que le cœur du problème était le manque de temps octroyé à la politique. J'ai cru comprendre d'ailleurs lors de la conférence du M'PEP, que Frédéric Lordon n'était pas loin de partager mes vus sur cette question. D'ailleurs lorsque l'on regarde les mouvements populaires actuels on constate le peu d'effets politiques qu'ils ont, y compris en Grèce à l'heure actuelle. Les gens ne savent pas comment changer les politiques ni quelles directions prendre. La culture politique de nos compatriotes s'étant fortement réduite depuis trente ans, et les relais classiques ayant pratiquement disparus, nous nous retrouvons en quelques sortes avec une colère populaire qui n'arrive pas à se transformer en mouvement politique. Or rien ne changera tant qu'il n'y aura pas de transmission politique de la colère populaire. Je ne sais pas s'il y a vraiment un précédent historique à cette situation, le vide des croyances collectives et l'absence de structures verticale de transmission entrainent une véritable débâcle de l'action politique.

 

    Une débâcle qui apparaît effectivement dans cette situation où nous voyons 80% des Français être pour le protectionnisme et probablement 95% des dirigeants et des "élites" être contre. Quelque part, nous voyons aussi ici une manifestation du communautarisme produit par la poussée de l'individualisme. On reste entre soi, entre ceux que l'on connait, ce phénomène caricatural dans les banlieues et chez les populations immigrées est tout aussi valable chez les autres classes sociales. Tout se passe comme s’il n'y avait pas de transmission entre les différentes classes sociales, comme si elles étaient devenues imperméables aux mouvements externes à leurs propres milieux sociaux. C'est ce qui explique le retard qu'a eu la classe moyenne par rapport aux effets du libre-échange si on la compare avec l'évolution des classes sociales ouvrières massacrée dès les années 80. La classe moyenne et moyenne aisée n'ayant commencé à souffrir que depuis une dizaine d'années les ingénieurs commençant dans les années 2000 à découvrir à leur tour les joies de la délocalisation. On constate que la conscience du problème du libre-échange monte dans le niveau des classes sociales avec le temps, au début seuls les ouvriers voyaient le problème, aujourd'hui c'est au tour des ingénieurs et des cadres. De fait, on peut craindre que le mouvement massif actuel ne trouve pas de relais chez les classes encore supérieures, celles qui gagnent dans la mondialisation et qui n'ont en fait pas eu à souffrir de la crise. Ce cloisonnement des classes sociales enfermées dans leurs strates sociales de façon horizontale ne permet pas de traduction politique à leurs aspirations. C'est ce qui explique ces mouvements sur les retraites qui n'aboutissent à rien même si massifs. Ou encore ces mouvements des indignés qui s'épuisent déjà, alors même que la situation empire.



Mobiliser la population ne suffit pas, manifester non plus. Il faut des traductions dans les urnes et pour cela il faut des militants politiques, de nouveaux partis ou des adhésions massives dans les partis donnant des alternatives. Or malheureusement pour l'instant on ne voit rien, c'est ce qui explique la poussée d'un parti comme le FN d'ailleurs. En effet, il semble que les partis alternatifs raisonnables n'arrivent pas à décoller ni dans les sondages, ni en matière de militants. La collusion du manque de temps, les citoyens étant absorbés par leur vie quotidienne de plus en plus difficile, et la stratification sociale liée à la poussée de l'individualisme et à la mort des anciennes organisations collectives produisent un phénomène d'asymétrie entre la majorité des désirs de la population et la réalisation politique de ces aspirations. Violence, frustration et dépressions naissent de cette asymétrie déjà ancienne, mais qui atteint aujourd'hui des niveaux jamais vus avec la crise. Le pire n'est pas certain, mais cette situation est effectivement inquiétante et il reste à espérer que le bon sens auquel aspirent Jacques Sapir et Emmanuel Todd adviendra, à savoir un retour à la raison des élites actuelles qui dirigent les partis classiques. Car dans ces conditions il n'est pas exclu du tout que le FN finisse par emporter l'adhésion, lui qui s'avère être la seule organisation alternative en place à avoir la taille suffisante pour se faire élire sous pavillon protectionniste. Auquel cas des problèmes majeurs pourraient advenir pour notre pays. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'eu égard à la réputation du FN, qu'elle soit méritée ou pas, ce dernier puisse, en toute tranquillité, imposer son programme protectionniste. Au contraire, il pourrait être le parti qui aurait le plus de bâtons dans les roues pour appliquer ce type de programme. Entre les divisions internes au pays et les pressions internationales, on imagine déjà la monter aux réactions extrêmes que cette situation pourrait engendrer. Le seul rôle positif du FN étant à mon sens la pression qu'il exerce sur les autres grands partis obligés de réagir à ses propositions.

 

Quoi qu'il en soit ce sondage sur l'opinion des Français vis-à-vis du protectionnisme aura peut-être un effet sur les partis principaux, même s'il est vrai qu'ils ne devaient pas totalement ignorer cette réalité. On doit espérer que les aspirations naturellement personnelles de nos politiques à l'égo démesuré suffiront à les pousser dans une direction protectionniste. La course au pouvoir pouvant justifier à elle seule de faire coïncider les discours d'avec les aspirations populaires. En ce sens, nous devons espérer que l'amour du pouvoir soit plus fort ici que la force des relations interpersonnelles et que pour une fois nos politiques se comportent à l'image des entrepreneurs politiques que décrit Jean Claude Werrebrouck. Un comportement qu'ils n'ont en fait guère eu jusqu'ici en matière de libre commerce, préférant la rupture avec le peuple à la rupture d'avec leur milieu social.

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

antony 07/07/2011 22:48



Excellent article que j'ai découvert au fil de mes clics sur la toile. Je mets en favori


Ce sondage donne du grain à moudre à tous ceux qui osent une critique du capitalisme néolibéral. La propagande médiatique sort l'artillerie lourde quand on évoque les questions protectionnistes:
critiquer le néolibéralisme c'est s'exposer à un déluge d'anathèmes en tout genre( populiste, souverainiste, nationaliste, passéiste).


Si il y a divorce entre les français et leurs élites c'est aussi parce que les peuples vivent dans leur chair les ravages de la mondialisation alors que nos classes dirigeantes sont figés dans
leur carcan libéral qui les empêchent de concevoir une alternative.


Ces critiques des ayatollahs de la bien-pensance néolibérale permettent d'éviter tout débat sur les excès du capitalisme financier et néolibéral qui nous conduisent dans une impasse sociale et
écologique au regard des limites biophysiques de la terre.


Evoquer la construction d'  « un autre monde est possible » sans expliquer quels sont les verrous qui nous empêchent de passer d'une réalité à une autre restera un débat d'idées
sans avenir concret.


Quels sont-ils? Le néolibéralisme et sa déclinaison européenne l'eurolibéralisme.


Toutes ces accusations de populisme tentent de faire un amalgame douteux avec l'extrême-droite. S'aventurer sur les mêmes thèmes que le FN sans dire « les mêmes choses » que le FN est
pourtant salutaire pour ouvrir le débat et le champ des possibles sinon cela reviendrait à ne plus oser penser différemment, à ne plus oser penser du tout.


La mondialisation est un venin idéologique qui a empoisonné les cervelles de nos responsables englués dans la soumission aux dogmes libéraux. Un fatalisme du politique qui s'est distillé dans
l'opinion publique aidé en cela par des relais médiatiques plus préocccupés à formater les esprits qu'à éclairer les lanternes des concitoyens.


Echafauder une alternative est un exercice perilleux car 30 années de TINA tatchérien distillé dans l’opinion publique selon laquelle il n’y a pas d’autre alternative ne peut s’évacuer d’un
revers de manche.


Et pourtant, certains économistes non-alignés sur l’orthodoxie libérale ont raison d’exhumer la charte de la Havane crée en 1948 et signée par 53 nations. Seulement, ce traité international qui
devait créer l’OIC ( l’Organisation international du commerce) n’a jamais vu le jour car le sénat américain protecteur de son seul intérêt national n’a jamais voulu le ratifier.
Que prévoyait cette charte ? Pour faire simple, elle jetait les bases d’une société basée sur un commerce international fondé non sur un libre-échange destructeur mais sur une véritable
coopération entre les peuples. Son principe directeur est basé sur l’équilibre de la balance des paiements qui veut qu’un pays ne peut baser son économie sur un excédent structurel de sa balance
des paiements au dépens des déficits structurels des autres pays. ( art 3 et 4 de la charte). Cette charte interdisait le dumping social (article 26) alors qu’aujourd’hui il est le fondement de
la concurrence libre et non faussée. La charte de la havane met en place un protectionnisme social et écologique non pas pour favoriser un repli sur soi nationaliste mais pour créer de manière
bilatérale des relations commerciales réellement respectueuses de notre environnement.
La charte de la Havane constitue un nouvel internationalisme propice à renvoyer les fausses recettes du néo-libéralisme vers le passé. C’est une logique coopérative et non la logique actuelle de
l’OMC qui érige comme dogme absolu la politique d’exportation dans une compétition acharnée entre les nations aux profits d’une minorité mais au détriment du plus grand nombre.


Le relatif succès du protectionnisme à travers ce sondage ne doit pas s'entendre comme la victoire du repli sur les frontières nationales mais l'occasion de construire un nouvel internationalisme
au profit des peuples porteur de valeurs républicaines et universalistes.


Antony


http://regales.over-blog.com



yann 20/06/2011 22:34



@Laurent Mazé


Merci


@ Damien


Et bien les français sont apparement moins cons que leurs élus. Ils ont compris qu'avant de pouvoir consommer il faut avoir un travail et que ce travail doit ête suffisament rémunéré pour pouvoir
acheter des choses. De plus on voit bien sur leur image des prix qu'ils comprennent que l'essentielle des gains dû aux délocalisation se sont surtout retrouvée dans la poche des intermédiaires.
Les prix n'ont jamais baissé ces vingt dernières années, par contre les marge sur la vente ont flambé pendant que nos producteurs locaux ont coulé.


 


@jean-aimé


Les médias n'expliquent pas tout. Aujourd'hui on a quand même la possibilité de se renseigner un minimu si l'on cherche. Jamais il n'a été aussi facile de trouver des information ou d'échanger
des idées. Le rôle des médias pouvaient expliquer le déclin démocratique des années 70-80 et 90, aujourd'hui les citoyens peuvent quand même accéder au net et à des informations moins contrôler.
Seulement encore faut-il qu'ils en usent de ce moyen.


@La Gaule


 


J'ai répondu à ce commentaire par mon texte suivant.



La Gaule 19/06/2011 05:46



Que conclure de cet exposé de samedi soir, sinon sur les mêmes inquiétudes que vous, mais avec une perspective différente ?


L’expansion fulgurante du libéralisme économique et sa traduction politique dans une société civile dévoreuse d’elle-même ne trouvera pas d’issue
en douceur « pragmatique » ou « raisonnable » (non ce n’est pas une allusion à Todd mais à Jorion qui m’avait lancé un jour : « je cherche une solution raisonnable,
MOI ». Comme quoi Jorion & Todd parfois même combat).


Je n’aime pas votre argumentation sur l’arrivée éventuelle au pouvoir de MLP, car c’est un argument de munichois, au sens propre. Je crois que
vous portez INCONSCIEMMENT (consciemment vous êtes un spécimen rare de bonne volonté) les stigmates indécrottables des gens de votre génération et de votre éducation. Quels que soient les gages
que cette femme pourra donner à votre  idée désormais dépassée et impraticable de la démocratie, vous verrez toujours en elle une émule
(« nauséabonde » diraient d’autres) des sections d’assaut allemandes des années trente.


(Pour vous aider à mesurer la différence je vous rappelle que dans l’année qui a précédé l’arrivée de Hitler au pouvoir il y a eu plus de six
cent morts dans des affrontements de rue qui ressemblaient beaucoup à ceux qui ont ensanglanté l’Espagne immédiatement avant la guerre civile, vous pouvez aussi consulter ceci, qui est pourtant
connu http://www.youtube.com/watch?v=_toHq8aJIoU).


Il est certain aussi que cette carte dangereuse va désormais être joué à fond par ceux qui verront en elle, à tort ou à raison, un danger
potentiel pour leurs intérêts. Et je crois qu’elle l’est vraiment dans la mesure où elle est la seule qui me parait capable de s’élever au dessus de « la société civile ». Quant à la
faiblesse de son parti, vous savez, dans la nullité absolue du tissu entreprenarial français à ce niveau…


Je vous réponds alors ce que j’avais dit un jour au sympathique BA chez Reymond (pauvre BA qui, en bon économiste, court inlassablement les blogs
pour nous mettre en face du « mur des chiffres ». Tout le monde s’en tape BA de la « vérité des chiffres ». Les gens mordront –leur propre voisin de préférence- quand il ne
pourront plus bouffer, pas avant).


Si vraiment l’arrivée au pouvoir de cette femme pouvait se traduire par une guerre civile, alors de toute façon celle-ci se produira dans notre
pays. En termes de rectitude morale et de violence cela ressemble d’ailleurs beaucoup à ce qu’avait déclaré Churchill à ses auditeurs au cours d’une période difficile pour son pays. Les deux sont
indissociables.


Je crois que nous iront de toute façon au clash, quand nous n’aurons même plus les moyens de maintenir sous perfusion les millions de personnes,
souvent d’origine étrangère, qui survivent de l’aide sociale. L’attitude imbécile et irresponsable d’une grande partie de la caste intellectuelle pourrait amener tout aussi bien des troubles
graves dans l’entre deux tours qui rendrait impossible la tenue du second (quand leurs propres gosses morfleront, on verra bien ce qu’il restera de leur grandeur d’âme). Il y a aussi beaucoup
d’armes à feu qui dorment quelque part en France. Tous les policiers le savent, et s’ils avaient vraiment la volonté de les recueillir, ils ne feraient que ça…


Je vous trouve aussi d’une incroyable naïveté quand vous affirmez que des réformes menées par des « gens raisonnables » (Todd, Lordon,
Sapir, Gréau, Nikonoff, j’en passe, même l’abbé Pierre pourrait sortir de sa tombe pour ajouter au poids moral du lot, c’est Montebourg qui le portera sur son dos) passeraient mieux que si elles
l’étaient par MLP.


Quand leur bout de gras est en jeu, on connaît les trésors de mauvaise foi dont sont capables nos élites oligarchiques pour discréditer tout
contrevenant, quel qu’il soit,  et le rejeter dans les ténèbres de l’irresponsabilité, de l’incompétence, ou du « fascisme ».


A propos de fascisme (mais aussi de racisme vis-à-vis de leurs propres compatriotes) je pense enfin qu’ils s’en balancent, ces braves gens, du
fascisme supposé latent de MLP. Ils en constituent eux-mêmes une forme plus contemporaine et bien mieux dégrossie.



La Gaule 19/06/2011 05:45



2)


L’horizontalité stricte des rapports sociaux porte en elle, bien au-delà la débâcle anecdotique du sens politique et de ses structures d’appui,
le déni accompli de la démocratie. Dans un tel cas de figure la société politique et son exigence supérieure de l’intérêt commun est condamnée à la relégation en tant que survivance ringarde des
temps idéologiques antédiluviens.


Lui succède la « société civile », juxtaposition à l’infini de groupes aux intérêts contradictoires et de réseaux plus ou moins
formels, portés à en découdre les uns les autres sur un champ ouvert à l’infini, le tout  flottant dans le marais incertain du droit. L’avantage de la
« société civile », outre l’instrumentation possible de son incivilité foncière, a été de pouvoir nier toute transcendance souveraine au peuple, soit l’annihiler complètement, ce qui a
été réalisé avec méthode depuis au moins trois décennies, ce que certains ont baptisé avec humour « l’individualisme méthodologique »..


Les partis politiques dans cette galère sont condamnés à dépérir en recrutant  leur personnel comme
n’importe quelle entreprise ou en séduisant leurs adhérents comme n’importe quel club de foot. L’attractivité de la chaleur animale dispensée par le groupe n’est donc pas contradictoire avec le
développement personnel à plusieurs,  tout en rendant tangible la nostalgie biblique de l’église et de l’étable.


Jean Claude Werrebrouck a donc tout à fait raison de vouloir réduire le champ politique au rang plus discret et besogneux d’entreprenariat. Il y
a encore peu de temps en arrière, personne n’aurait eu l’idée de voir en Dieu ou dans le Prolétariat autant d’entrepreneurs sympas (je ne parle pas non plus du général de Gaulle), pas plus que de
considérer l’Histoire comme une story telling managériale. Qu’il en est encore alors pour s’étonner que l’action politique devienne du marketing banal sans déchaîner plus d’attrait  et de passion pour les foules, a de quoi proprement étonner.


Un exemple ? (Tant pis, cela tombe sur lui, il va encore croire que je ne l’aime pas) Le dernier billet de l’ami Laurent sur le mariage
homo, « avancée » essentielle vers l’aplatissement complet de la transcendance haïe d’essence religieuse, le coup de grâce étant prévu lorsqu’il sera fait obligation à un prêtre
précisément de bénir le coup.


J’ai eu peur un moment que l’ami NDA ne nous fasse célébration de l’appel de son maître à penser par la mise en scène de celui de sa plume, soit
une nouvelle descente des champs en collants noirs avec une perruque rose sur la tête (j’ai des  « copines » qui seraient preneuses).


Je sais ce qu’il sera répondu à mes sarcasmes, comme pour la légalisation du truc qui fume et qui pue, et autres « avancées » cruciales
dans le champ sociétal. « Ce sont les servitudes de la campagne », autrement dit et en terme de parts de marché, « il y a un public pour ça » et il faut bien donner au public
que l’on vise l’os à ronger qu’il demande.


 Il est certain qu’avec de tels thèmes de campagne, DLR va bien finir par rafler toutes les parts de
marché du côté des écolos, et passer triomphalement de trois pour cent à cinq (comme le Che il y a dix ans).


Je pourrais tout autant régler son compte à une autre « avancée » potentielle, plus redoutable celle-là, et qui semble rencontrer un
franc succès chez tous ceux qui prétendent réhabiliter le sens politique tout en chérissant de manière contradictoire l’idée même (qui peut être parfois séduisante) de société civile.


La transcendance que représente l’action politique par rapport aux intérêts particuliers est étroitement liée à l’idée de représentation dans une
démocratie. Dans un contexte où c’est la société civile qui devient reine, il est tout à fait logique que l’idée même de représentation s’estompe puisque celle-là est condamnée à végéter dans
l’impuissance politique ou à dériver dans la corruption catégorielle.


C’est ici que prend corps cette idée bizarre que l’on puisse porter remède à cette carence congénitale en « tirant au sort » les légats
du peuple, dans un collège dont j’imagine qu’ils seraient considérés comme plus « représentatifs ».


On pourrait même imaginer encore plus fort et instituer un système de roulement qui permettrait à tout un chacun de siéger au parlement au moins
une fois dans sa vie. On a échappé à une « France présidente » il y a quatre ans. Là on aurait pour le même prix une « France participative » et mieux encore une « France
députée ».


 … / …



La Gaule 19/06/2011 05:44



1)


La perte de repère susceptible de transcender sa condition renvoie l’être social non pas à lui-même, ce qui pourrait passer pour de
l’individualisme, mais à l’autre en tant que repère social et cela de manière la plus explicite possible, c'est-à-dire à son apparence visible. C’est par ce mécanisme que tout le monde finit par
s’aimer à travers le même, la répétition jusqu’à la nausée du même, et le regroupement grégaire et primitif des mêmes.


Parler des « ravages de l’individualisme » dans ces conditions n’est qu’une commode catégorie valise qui a du mal à résister à
l’épreuve des faits. Là encore, je regrette, mais ce prétendu individualisme, je ne le vois pas là où il faudrait qu’il me crève les yeux. Je ne constate moi que tribus, troupeaux (au mieux),
hordes (au pire), soit des collections d’électrons réputés « libres » mais manifestement plus obsédés que jamais par le normatif et le mimétisme de la procédure.


C’est finalement dans ce contexte d’horizontalité stricte du sens commun que le phénomène « d’escalade d’engagement » auquel vous
faisiez allusion par ailleurs semble plausible. En tout cas, il n’en est qu’une conséquence et ne l’explique absolument pas.


 


Opposer la France et l’Allemagne à ce sujet, comme me l’ont fait certains camarades récemment m’apparaît  d’ailleurs assez plaisant, Il y aurait donc un vent dit « néolibéral » (je mets des guillemets non pas par mépris du concept mais parce que ce souffle
va pour moi bien au-delà de simples catégories politico-économiques,) vent qui soufflerait sur le monde et créerait un tourbillon tempétueux en France parce que rentrant en symbiose avec notre
individualisme mortifère et notre universalisme dit « ethnique » (je note au passage que l’aplatissement du monde porte à renvoyer toute transcendance forgée par l’histoire à des
caractérisations ethnique, ce qui plus classiquement porte un nom, le relativisme).


Miraculeusement, le vent libéral deviendrait banal zéphire en Allemagne, parce que la symbiose avec le fond anthropologique holiste serait
socialement plus productive.  Dans mes catégories personnelles, j’ai plutôt tendance à penser que le troupeau horde français broute et piétine les
pelouses où bon lui semble alors que le troupeau tribu allemand les respecte encore, il y va de la sauvegarde de ses excédents commerciaux. Il est possible alors de considérer la fameuse
« escalade d’engagement » comme plus prégnante en Allemagne qu’en France, ce qui nous expose paradoxalement à un avenir proche plus chaotique.


 


A ce stade de la discussion, d’aucun pourrait par la même occasion se demander comment procède la même symbiose lorsqu’elle marie la
mondialisation libérale et certaines transcendances collectives à l’argus comme les religions. Un Soral la juge terrifiante et potentiellement cannibale dans le cas du judaïsme ou des
fondamentalismes américains. Il est beaucoup plus discret sur l’Islam alors que la symbiose dans ce cas est selon moi la plus réussie, la descente en rappel du prophète sur le plancher des vaches
et des hommes, déjà favorisée par les prescriptions souvent d’ordre trivial du Coran, s’opérant sans problème par la grâce du marché concurrentiel et ses pions culturels (il n’y a qu’à voir le
succès des émissions de télé réalité « islamique » sur Al Jazira).


S’il est également douteux que nos gamines voilées s’exhibent ainsi de par la manipulation sournoise des salafistes, il est par contre certain
qu’elles le font pour exhiber et affirmer l’horizontalité ethnique de leur moi grégaire (Soral ne nous dira rien là-dessus, trop occupé à poursuivre son destin horizontal à la Cat Stevens, en
attendant de se faire baptiser Yusuf Soral ou Soral pacha).


Tous ces troupeaux crypto religieux concurrentiels finiront bien un jour par faire transhumance commune,  Todd l’a prévu et il en est ravi. Dans son dos les d’aucuns s’agitent et s’effraient : « l’universalisme républicain qui plane encore sur nos têtes,
voilà l’ennemi ».


Mon copain olaf rêve lui de reléguer tous les ouvrages sur la révolution française dans les caves des librairies (tiens, avec Mein Kampf !).
Cela me parait effectivement cohérent et bien dans l’air du temps.


… / …