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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 16:27

aa-China-cartoon-of-chinese-flag-being-wallpapered-over-US-.jpgLa valse des actualités pousse bien souvent les contemporains à ignorer les lames de fond qui font mouvoir l'histoire. Le manque de recul historique pousse d'ailleurs bien souvent les dirigeants à prendre des décisions en contradiction avec l'intérêt réel de leurs nations pour ceux qui s'en soucient du moins. Je ne parle donc pas des dirigeants français. Le fait est que la mondialisation économique a accouché d'une accélération de l'histoire. Une accélération que les différents protagonistes n'ont pas vue venir et qui prend de vitesse absolument tous les acteurs du jeu économique mondial actuel. C'est cette absence de conscience qui en partie explique les étrangetés récentes de l'affaire ukrainienne et les réactions étonnées des puissances émergentes, et déjà bien émergées que sont la Russie et la Chine. C'est Vladimir Poutine dans son discours qui affirme ainsi : « Je pense que nos amis américains sont tout simplement en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. » Il parle ainsi du dollar et des effets des politiques d'ingérence sur le système de domination monétaire américain. Les ingérences mettant en danger l'ouverture économique du monde et le rôle du dollar comme monnaie d'échange international. Étonnamment, le discours de Poutine au Club International de Discussion Valdaï est le discours d'un libéral désabusé. Vous allez me dire: « Poutine est un libéral ? ». Oui tout porte à croire qu'effectivement la vision économique de Poutine est en grande partie libérale puisqu'il fait du commerce le centre de la prospérité d'une nation et du libre-échange le facteur premier de son accélération.

 

Il est donc assez drôle de voir les Occidentaux brûler verbalement un homme qui finalement est assez proche d'eux sur le plan de l'alignement de la doctrine économique. Mais voilà, Poutine est le dirigeant d'une puissance montante qui met en danger par sa seule existence la domination des USA et de ses satellites. L'on pourrait faire la même remarque sur la Chine même si cette dernière n'est pas vraiment une puissance libérale sur le plan économique. Poutine accuse en fait les USA et ses sbires de ne pas avoir un comportement libéral en interférant dans les affaires du commerce et en faussant le libre exercice de la concurrence en faisant intervenir la politique dans l'économie. Je cite : « Nous voyons ce qui se passe quand la politique commence imprudemment à s’ingérer dans l’économie et que la logique des décisions rationnelles cède la place à la logique de confrontation, qui ne fait que nuire aux propres positions et intérêts économiques des pays en question, y compris les intérêts des entreprises nationales. » Serait-ce une réponse du berger à la bergère ? L'occident libéral pris à son propre piège. Lui qui accuse le vilain dictateur de l'Est de faire des pressions politiques dans la sphère économique le voila accusé à son tour du même vice. Mais je crois que le texte de Poutine est surtout celui d'un homme déçu. La vérité crue à mon sens c'est que le libéralisme n'est qu'une doctrine d'usage géopolitique. C'est vrai pour l'occident, mais aussi pour les puissances montantes. L'on est pour le libéralisme que tant qu'il favorise tel ou tel intérêt. Et l'on vire sa cuti dès que le vent tourne. La Chine qui aime nous vendre des tee-shirts pour nous copier nos Airbus ne vient-elle pas de mettre en place unetaxation des importations de charbon, frappant ainsi de plein fouet l'économie australienne ? Le problème c'est qu'au lieu d’accepter l'existence des nations et de leurs intérêts nous continuons à nous mentir par des discours trompeurs sur le doux commerce.

 

Le libre-échange et le suprématisme occidental

 

2034612 origLe libre-échange est une arme idéologique pour nation avantagée. Friedrich List accusait déjà Smith et son école libérale de faire de le jeu des intérêts de la puissance britannique. L'histoire lui a donné raison. La Grande-Bretagne a longtemps été le pays le plus protectionniste du monde jusqu'à l'abrogation des célèbres Corn Laws en 1846. Or le décollage du pays était en fait bien entamé avant cette date. Contrairement aux assertions libérales, l'histoire réelle montre que les pays décollent sous protectionnisme. Les USA ont eu des droits de douane de 50 % en moyenne de la fin de la guerre de Sécession jusqu'en 1945. Cela correspond au décollage industriel des USA et de leur économie. Je renvoie le lecteur aux nombreux livres sur le sujet et bien évidemment aux classiques de l'économiste et historien suisse Paul Bairoch « les Mythes et paradoxes de l'histoire économique ». En fait, le libre-échange est utilisé par certaines classes sociales contre d'autres suivant les penchants économiques du moment. La phase libre-échangiste de la Grande-Bretagne de la deuxième partie du 19e siècle correspond à la domination de la bourgeoisie issue de l'industrie manufacturière à un moment où les avantages acquis sous forme de productivité du travail par l'usage du charbon et de la vapeur étaient énormes. De fait, le libre-échange était alors à l'avantage de l'industrie britannique qui utilisa l'idéologie libérale à fin d'étendre sa puissance politique et économique sur le reste du monde. Si le message libéral officiel consistait à dire « Ouvrez votre commerce, et vous pourrez importer nos marchandises supérieures. Ainsi nous prospérerons ensemble », la volonté réelle était plutôt de casser l'apparition de concurrents potentiels. La Grande-Bretagne allait jusqu'à offrir des quantités de drap à ses futures victimes pour détruire les fabricants locaux, et imposer le made in Great Britain. Les Anglais utilisaient aussi la canonnière pour ouvrir les frontières, les Indiens et les Chinois en savent quelque chose. Leurs cousins américains usaient d'ailleurs des mêmes méthodes, l'histoire du commandant Matthew Calbraith Perry au Japon est assez représentative du doux commerce à coup de canon version américaine.

 

Les intérêts des industries manufacturières britanniques ont supplanté ceux de l'agriculture et ont accouché d'une longue période de libre-échange pour l'économie britannique. Fort heureusement certaines nations ne sont pas tombées dans le piège, et elles ont développé, de leur côté, leurs propres industries, qui finir par rattraper, puis par dépasser, celle de la Grande-Bretagne. Le libre-échange se retourna alors contre la nation qui l'avait initialement promulgué. L'on subit aujourd'hui en Europe et aux USA une évolution similaire à ceci près que tout se passe beaucoup plus vite sous l'effet du progrès technique et éducatif de la planète. Les USA sont devenus libre-échangistes à partir de 1945 pour des raisons pratiques. Pour lutter contre l'Union soviétique et pour permettre aux entreprises capitalistes américaines de se développer en Europe les USA ont accepté d'ouvrir leur propre commerce aux puissances étrangères en abaissant leurs barrières douanières. Comme dans le cas de la Grande-Bretagne au 19e l'avantage colossal créé par le progrès technique et en plus le fordisme permit aux USA de dominer culturellement et industriellement le vieux continent. Mais ce dernier n'était pas dupe et mit en place une politique relativement protectionniste. L'un des actes fondateurs de l'Europe était d'ailleurs la création d'un tarif extérieur commun. Mais l'un des facteurs nouveaux par rapport à l'époque britannique est le déplacé géographique des facteurs de production. En effet aujourd’hui on déplace les usines et les savoir-faire. C'est quelque chose de radicalement nouveau par rapport au 19e siècle et à l'époque de la théorisation du libre-échange intégral. Comme l'avait signalé Emmanuel Todd dans « L'illusion économique », les délocalisations ont commencé bien avant l'avènement de l'OMC dès la fin de la Seconde Guerre mondiale au sein même de l'OCDE. En effet, les pays européens et le Japon ont eux-mêmes bénéficié des délocalisations des industries américaines sur leur propre sol.

 

Le rattrapage extrêmement rapide du Japon et de l'Europe ne faisait que préfigurer le rattrapage de la Chine et du reste du monde sur l'occident. La seule différence est que l'Europe de l'Ouest et le Japon étaient à l'échelle des USA, la Chine et l'Inde sont beaucoup plus grosses démographiquement parlant. Le libre-échange aux USA a eu les effets extrêmement déformants sur l'économie US. La financiarisation résultant de celle-ci ayant concentré les richesses en haut de la pyramide sociale faisant des USA une nation encore plus inégalitaire que la Grande-Bretagne de l'époque victorienne. Mais ce n'est plus la bourgeoisie issue de l'industrie manufacturière qui bénéficie du libre-échange, cette dernière ayant été réduite à la portion congrue sous l'effet du libre-échange, mais la bourgeoisie financière pure et dure. Le libre-échange est toujours utilisé par une classe sociale pour son profit, mais la nature de cette classe sociale diffère suivant l'époque et le contexte. Quoi qu'il en soit il ne faut pas s'illusionner sur les apparences. Si le libre-échange est sans cesse présenté comme un jeu de gagnant gagnant, il est en fait une stratégie de domination de certaines classes sociales à l'intérieur même des sociétés qui le prône. Le libre-échange permet par exemple à la Chine d'avoir une croissance sans inflation et sans hausse de salaire puisqu'elle n'a pas besoin d'un marché intérieur pour vendre ses marchandises. Permettant l'explosion des inégalités à l'intérieur de la Chine. À l'inverse le libre-échange permet aux élites d'occidents de se passer des ouvriers et salariés locaux pour produire ce qu'elles consomment, et donc de croître là encore sans inflation et sans partage de la valeur ajoutée. La mondialisation libérale n'est qu'une internationale des rentiers.

 

Le problème c'est que ce mode de croissance ne peut avoir qu'un temps. Passé une certaine limite, le modèle de croissance déséquilibrée produisant des déficits commerciaux chez les uns, et des excédents chez les autres, il finit par induire des craquements et des crises de plus en plus violents. C'est la période que nous vivons aujourd'hui. L'Europe et les USA ne peuvent plus avoir de croissance en endettant toujours plus les états, les particuliers et les entreprises. La concentration des richesses fait que toute injection monétaire ne fait plus que croître la bourse et les diverses bulles spéculatives sans se transmettre à la consommation. De l’autre côté, les nouveaux pays industrialisés n'ont plus de débouché puisque leur marché extérieur s'épuise du fait de la désindustrialisation et que leurs marchés intérieurs sont encore trop étroits pour se substituer aux exportations. Qui plus est, un tel changement induit une déconcentration des richesses par inflation salariale et donc une réduction des inégalités qui se heurtera à la bourgeoisie industrielle de ces pays. C'est dans ce cadre-là qu'il faut analyser la situation actuelle et expliquer l'agressivité de plus en plus grande des élites occidentales face aux nouvelles puissances du monde extérieur.

 

 

L'Inde et la Chine sont le nouveau centre du monde

 

L'Europe et les USA sont malades. Ils n'ont plus la domination économique technique et industrielle qu'ils avaient. Et c'est leur propre politique libre-échangiste qui les a mis dans cette situation aussi vite. Sans le libre-échange le changement aurait été tout de même inéluctable à cause de la démographie, mais il aurait été plus lent et plus harmonieux. La Chine n'aurait pas eu de tels déséquilibres commerciaux et les USA ne seraient pas devenus une ploutocratie financiarisée. Les Occidentaux étaient persuadés que leur domination durerait toujours. Ils n’acceptent toujours pas leur déclin. Ils affichent au contraire la sûreté de leur propre puissance en s'enfermant dans un suprématisme qui n'a rien à envier au racisme du 19e siècle. Le suprématisme le plus voyant étant celui qui consiste à croire que nous nous spécialiserons dans la haute technologie pendant que la Chine et le reste de la planète produiront les objets. Cette idée est fondamentalement raciste. La Chine ou l'Inde produisent aujourd'hui nettement plus de jeunes scientifiques et ingénieur que l'Europe ou les USA. Leur retard n'est que momentané, il ne durera pas. Il suffit pour s'en convaincre de regarder le Japon ou la Corée du Sud.

 

La Chine va faire sa propre station spatiale et envoie des missions sur la Lune. L'Inde vient d'envoyer une mission automatisée sur Mars. De telles prouesses ne sont réalisables que si l'on a les compétences et les savoir-faire techniques de pays avancés. S'ils font de telles choses aujourd'hui que feront-ils dans 50 ans ? Au lieu d'être agressif, l'occident devrait accepter cette réalité. Le monde va retrouver ses équilibres d'avant l'industrialisation. Le centre du monde sera à nouveau l'Asie, c'est inéluctable à cause de la démographie. Le libre-échange nous est maintenant fortement défavorable, et il le sera de plus en plus. Quand l'essentielle des inventions viendront d'Asie que restera-t-il comme avantage comparatif à l'occident ? La prostitution ? Nous devons nous protéger et apprendre à nos jeunes à s'intéresser à ces nouvelles puissances. À parler leurs langues pour pouvoir les copier quand elles feront la course en tête. Il n'y a aucune honte à cela. Nos ancêtres l'on fait avant que l'occident domine le monde momentanément. La fin éventuelle de la domination du dollar pourrait d'ailleurs plonger les USA et ses satellites dans une crise invraisemblablement tant la déconnexion entre l'économie physique et l'économie financière est à ce point énorme. Le déclin est une obligation pour l'occident. Il nous reste cependant la possibilité de rester des pays avancé et relativement prospère. Mais pour cela il faudrait renoncer à vouloir dominer la planète et accepter notre faiblesse par rapport aux autres. Chose que le suprématisme empêche de faire. Tant que nous nous considérerons comme supérieurs aux autres par notre culture et notre façon de voir nous nous heurterons à des impossibilités. En nous voyant comme nous sommes, c'est à dire faible, et désindustrialisé, nous pouvons mieux accepter la nécessité du protectionnisme et de la régulation commerciale.

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 16:39

Europe geographique grandeS'il m'arrive souvent de parler de ce qui ne va pas et de construire des textes passablement pessimistes, c'est essentiellement parce que la situation l'exige. Et à bien y réfléchir, il vaut mieux penser au pire pour mieux l'éviter, même si bien évidemment ce blog n'est qu'une minuscule goûte d'eau dans l'océan . Il semble d'ailleurs comme le note Laurent Pinsolle sur son blog que le réveil commence à toucher l'intelligentsia eurobéate puisque même des économistes dits « sérieux » commencent à parler ouvertement de sortir de l'euro. Je note d'ailleurs l'évolution salutaire d'Oncle Bernard alias Bernard Maris dont le positionnement pro-européen m'avait toujours étonné surtout lorsque l'on a lu ses très bons livres comme l'Antimanuel d'économie. J'attachais son positionnement officiel à sa condition personnelle et professionnelle autant qu'à son milieu plus qu'à une adhésion réelle. L'homme qui décrivait les économistes modernes comme des adeptes d'une nouvelle scolastique religieuse ne pouvait pas vraiment être totalement coupé des réalités économiques et du caractère délirant de la construction monétaire européenne. Ce changement me fait donc diablement plaisir et devrait réjouir quiconque n'est pas trop sectaire. L'erreur est humaine et les contraintes sociales peuvent parfois pousser des esprits brillants à s’asseoir sur leurs convictions. Tout juste peut-on parler de manque de courage personnel. Mais il est plus facile de se dire courageux derrière un ordinateur que devant l'adversité. Je ne jugerai donc pas de ces revirements ni ne ferai de procès. Plus nous serons nombreux à déclarer morte l'UE et l'euro et plus vite notre peuple pourra passer à autre chose.

 

 

Le retour de l'histoire européenne

 

Et c'est justement de cet autre chose que j'aimerai ici à nouveau discuter. Parce que la fin de l'UE ce n'est pas la fin de l'histoire, mais son renouveau. À nouveau parce que la discussion en elle même n'est pas nouvelle. Nous en avions même parlé sur le blog de notre illustre et regretté Malakine qui a malheureusement disparu totalement du circuit des blogs et dont je n'ai absolument aucune nouvelle. Pour ceux qui n'ont pas connu ce blog, il est toujours possible de consulter les articles du blog. L'autre chose dont je parle est bien sûr la construction d'une autre Europe. Mais il ne s'agit pas d'une autre Europe construite à partir de l'actuelle décadente. De celle-ci il n'y a plus rien à attendre, qu'elle meure le plus vite possible. Je parle ici de l'hypothèse d'une Europe polycentrique dont nous parlait jadis Malakine et qui peut s'esquisser sur une carte comme celle que je donne maintenant. Alors tout d'abord il faut expliquer pourquoi construire autre chose sur les décombres de l’ancienne UE. Peut-être pour donner un sens à l'action collective, un projet positif pour montrer que la fin de l'UE ce n'est pas la fin du monde. Et que l'erreur de la construction européenne construite sous domination américaine ne doit pas nous décourager de vouloir construire des associations positive entre nations. Du moment que l'on se sert bien évidemment de l'exemple de l'UE actuelle pour ne pas réitérer les mêmes erreurs. Il y a également des raisons de dynamique économique. Avoir un marché plus large n'est pas forcément une mauvaise chose surtout en face de mastodonte comme la Chine. Un marché large permet d'imposer des règles et des normes plus facilement que pour un petit marché qui peut subir les normes des autres faute d'une taille suffisante pour imposer les siennes. Je vous rassure, nul besoin d'un marché de 500 millions d'habitants pour cela. Le Japon et ses 127 millions d'âmes arrivent assez bien imposer ses propres normes dans les domaines de pointes comme l'informatique ou la microélectronique. Une simple alliance de l'Italie et de la France fait par exemple à mon sens un marché assez large pour cela.

 

Le furtur de l'Europe

L'europe potentielle d'après l'UE

 

Mais nous devons aussi prendre en compte l'histoire et notre héritage historique tous comme nos contraintes que l'évolution récente nous donne. Je me suis donc amusé à découper l'Europe en plusieurs zones potentielles pour de nouvelles unions qui me semblent plus cohérentes sur le plan économique et historique que l'actuelle Union européenne. Des unions qui permettraient une dynamique positive tout en respectant les liens historiques et les affinités. Il s'agit ici surtout de construire des ensembles logiques qui auraient une grande autonomie sur le plan commerciale avec des unions douanières et des monnaies commune et non unique. J'insiste sur la différence. La monnaie commune étant une monnaie de réserve, d'investissement entre pays, et non une monnaie qui remplace celle des états nations. C'est ce qu'aurait dû être l'euro en définitive. L'Europe est ainsi découpée en trois grands ensembles plus des zones floues dans lesquelles il est difficile de savoir quelle serait potentiellement l'évolution. Tout au nord, nous aurions la renaissance de la ligue hanséatique ensemble scandinave avec un très haut niveau de productivité et une proximité culturelle forte. Il se pourrait que la Grande-Bretagne y adhère, mais cela dépendra de l'évolution des liens transatlantiques. Ensuite une union germanique qui correspond en fait à la réalité de l'influence allemande. Les pays bas sont par exemple devenus le port de l'Allemagne. Une réalité qui se traduit dans l'énorme excédent commercial des pays bas qui représente 7,6 % du PIB un record mondial devant l'Allemagne. Même chose pour l'Autriche qui connaît un excédent à 3,4 % du PIB et dont les liens culturels et linguistiques avec l'Allemagne sont évidents. On pourrait y ajouter la Suisse, mais la neutralité historique du pays pourrait s'opposer à un principe d'union. Reste le cas belge. Ce pays ayant une coupure nette entre l'évolution économique de la Flandre et de la Wallonie. Tout porte à croire qu'une scission pourrait un jour apparaître tant les dissensions s'accroissent. Enfin il y a la zone qui nous intéresse et nommée l'union latine ou union méditerranéenne. Vieux mots qui furent employés même par Sarkozy, mais dont les significations changent suivant ce que l'on met derrière. J'y reviens dans la dernière partie de ce texte.

 

Pour le reste de l'Europe il y a un flou qui dépend des évolution d'état puissant et externe à l'UE actuelle. Par exemple le destin britannique est intimement lié à l'avenir des USA. Il est possible que si l'empire américain s'effondre avec son dollar, les Anglais se mettent à vouloir rejoindre une des unions précédemment citées. Il est possible également que l'on assiste à l'explosion du Royaume-Uni avec l'indépendance de l'Écosse qui pourrait précéder celle du pays de Galle. Il faut également noter que la surdépendance de la Grande-Bretagne vis-à-vis de la fiancée internationale pourrait se révéler fatale lorsque le monde aura muté et que l'empire de la finance anglo-saxonne aura cessé d'être avec l'effondrement du dollar. Ce n'est pas qu'une conjecture, l'empire US c'est le dollar. Il leur permet grâce à son pouvoir d'achat universel de matière première d'engranger des déficits extérieurs permanents et donc de faire vivre leur économie sous perfusion monétaire permanente. En 2007 on a vu l'effet sur l'économie US de la simple division par deux de leurs déficits extérieurs. Imaginez maintenant leur balance commerciale revenant à l'équilibre. Lorsque le monde aura retrouvé le sens des nations, chacune d'entre elles contrôlera à nouveau ses frontières des marchandises et des capitaux. L'on peut dès lors imaginer l'impact sur une nation comme la Grande-Bretagne. La City à elle seule pèse plus de 10 % du PIB. La fin de la circulation des capitaux à l'échelle internationale signifierait simplement la disparition de la City et de ses activités de piratage du capital planétaire. On comprend mieux l'attachement de ce pays à la liberté de circulation des capitaux lorsque l'on connait cette réalité.

 

Pour ce qui est de l'Europe de l'Est, il y a la question russe. Vous remarquerez que je n'inclus pas la Grèce dans la sphère de l'union latine et méditerranéenne. C’est essentiellement parce que je pense que la Russie va voir son influence grandir dans ce pays. Les liens religieux et historiques ayant une grande importance à mes yeux, il me semble, que le destin de la Grèce sera plutôt avec celui de l'Europe centrale et de la Russie. Même chose pour la Pologne, on pourrait cependant imaginer une union d'Europe de l'Est avec la Pologne en son centre. Plus à l'Est, la Russie reprendra son rôle historique, c'est d'ailleurs déjà en train d'advenir.

 

L'objectif de ces unions n'est pas de construire des états unis, ni même de petites confédérations. Il s'agit simplement de zone de coopérations étendue qui aurait plusieurs critères simples visant à créer localement ce que Keynes voulait créer avec son célèbre Bancor.

 

Chaque zone aurait ainsi :

 

-Une monnaie de réserve commune servant à l'investissement productif des nations membres

 

-Un tarif extérieur commun et des des quotas restrictifs qui viseraient l'autosuffisance de la zone ainsi commerciale créée.

 

-Une politique de contrainte des équilibres commerciaux interne. Chaque pays devant équilibrer sa balance des paiements.

 

-Une politique globale visant le plein emploi, le chômage de masse étant considéré comme l'ennemi public numéro 1. Dans ce cadre un pays déficitaire pourrait prendre des mesures pour restreindre les importations. Un pays excédentaire serait encouragé à relancer sa demande intérieure par des injections monétaires sous forme de grands travaux ou de hausse salariale. Il n'y a rien à imposer comme solution, seulement il faut que la règle de l'équilibre et l'objectif de plein emploi soient appliqués.

 

-La circulation des capitaux sera soumise dans ce cadre à un contrôle étatique important. L'épargne locale doit servir à l'investissement local. Les pays ayant des besoins importants d'investissement et devant faire appel à des producteurs étrangers pourront emprunter à la banque d'investissement de l'union. Elle est faite pour cela. Nul besoin de marché financier pour financer l'investissement réel. Ils ont d'ailleurs passablement démontré leur incapacité chronique à financer l'économie réelle ces dernières années.

 

Ces quelques règles communes laissent bien évidemment toute liberté aux états membres quant à leur application pratique. La règle la plus importante étant l'équilibre des balances des paiements. C'est la seule règle qui peut permettre un développement harmonieux à long terme. Le tarif extérieur commun lui vise à créer une solidarité économique locale entre les membres de l'union.

 

Pour une union latine et méditerranéenne

 

L'union latine est à mon sens un espace de proximité culturel et humain assez naturel pour la France. L'Italie, l'Espagne, la France, et le Portugal partagent ensemble des comportements économiques assez proche et leur histoire monétaire fait qu'ils peuvent s'entendre sur le plan économique assez facilement. L'intégration du Maghreb tient par contre de la stratégie à long terme visant plusieurs buts. Le premier est de refaire du monde méditerranéen un monde dynamique. Depuis l'avènement du commerce transatlantique, la méditerranée fut assez largement délaissée par les Européens. La stagnation du monde musulman n'a pas vraiment arrangé les choses et les empires coloniaux n'ont pas non plus vraiment relancé la dynamique économique de la zone. Alors que le monde bascule petit à petit vers l'Asie et que le destin du commerce transatlantique est de décliner en même temps que l'empire américain. Pourquoi ne pas faire de la méditerranée à nouveau cette mer des échanges qu'elle a si longtemps été ? Bien évidemment pour y arriver il faut que le sud de la méditerranée rattrape en partie le nord. Nous pourrions imaginer ainsi dans le cadre de l'union latine un équivalent au plan Marshall pour les Maghrébins. Le plan Marshall ce n'était pas seulement une aide financière. Il y avait une logique keynésienne derrière. C’était aussi un moyen pour les USA d'écouler leurs surplus de machines-outils vers le vieux monde. Nous pourrions faire de même ici en créant une banque de développement méditerranéenne qui prêterait en monnaie commune de l'argent aux états du Maghreb qui construirait ainsi une industrie en achetant des biens d'équipement avancés en Italie et en France. Cette région du monde pourrait facilement obtenir des taux de croissance à l'Asiatique pendant quelques années pour peu qu'elle consomme ce qu'elle produise. Il faut simplement lancer la pompe à croissance en lien investissement locale, gain de productivité local à la consommation locale. Nous devons faire pour l'Afrique du Nord cet effort qui nous sera mutuellement profitable. Les villes du sud profiteraient largement de ce développement sans parler des régions Italiennes comme la Sicile.

 

 

L'autre but évidemment de l'accrochage du Maghreb à l'Europe Latine est migratoire. Si nous ne voulons plus que l'immigration augmente, il faut impérativement que ces pays se développent. Et là encore, la réalité humaine fait que l'Italie, l'Espagne, et la France partagent la même source d'immigration l'Afrique du Nord. Cet intérêt commun rajoute donc des arguments à la pertinence de la construction d'un ensemble latin et méditerranéen. Encore une fois, l'objectif de cette union n'est pas de créer une nation, mais simplement un espace de développement collaboratif dans lequel les nations agissent positivement les unes avec les autres. Et comme nous l'a appris l'UE, ce sont les règles communes qui font la nature des relations entre les peuples de ce genre d'union. En voulant uniformiser le continent et en niant les réalités humaines locales, l'UE a créé les conditions d'une guerre commerciale en Europe. Loin d'unir les peuples, l'UE les a séparés. Les règles communes doivent donc prendre en compte le fait que les peuples ont des aspirations et des modes de fonctionnement différents. Les constructions d'union doivent donc plutôt rapprocher les peuples qui ont des affinités, des comportements et des intérêts communs. Les règles et les mécanismes de ces unions doivent rester simples et respecter l'indépendance de chaque peuple. Elles doivent être construites sur le respect de l'indépendance de chaque nation. L'union latine si bien ficelée pourrait être un vrai projet pour nos nations dans les années qui viennent. C'est une solution élégante à plusieurs de nos problèmes. C'est également une réponse à ceux qui pensent que les souverainistes et les patriotes sont contre toute forme d'organisation internationale. Il n'en est rien. Des projets scientifiques, industriels et culturels internationaux doivent au contraire être encouragés. Avec une telle union latine, nous aurions un marché de 250 millions d'habitants avec à la fois des ressources en matière première et des capacités de production de haute technologie. Ainsi qu'un espace potentiel de développement humain important. Cette union aurait en plus pour elle la profondeur historique puisqu'elle apparaît comme une lointaine descendante de l'Empire romain d'occident. On pourrait parler de la proximité linguistique des langues latines ou encore du fait que le français est extrêmement parlé au magret de quoi faciliter l'échange humain et commercial. Ainsi l'Europe post-UE pourraient enfin retrouver le chemin de son histoire celui qu'elle a perdu après la Seconde Guerre mondiale. Se redécouvrant multiple, l'Europe retrouverait enfin le chemin de sa prospérité en acceptant des divergences entre les peuples latins et germaniques. Entre ceux du nord, ceux du sud et ceux de l'Est. Ce n'est qu'en acceptant ces réalités que le continent pourra à nouveau aller de l'avant et pourra affronter ses problèmes démographiques, économiques et énergétiques à long terme.  

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