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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 19:20

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Un débat extrêmement intéressant vient d'être mis en vidéo sur le site d'arrêt sur image. Un débat qui se situe bien évidemment sur la question de la démondialisation et qui rebondit sur le fameux texte d'ATTAC qui s’en prenait indirectement aux thèses de Lordon et Sapir concernant ce sujet. Sujet hautement discuté à gauche à cause de la position d'Arnaud Montebourg qui a pris fait et cause pour la démondialisation. Je remercie au passage Olaf pour m'avoir mis le lien sur la vidéo. Nous voyons dans ce débat un résumé des disputes qui aujourd'hui peuvent éclore dans les façons de répondre aux problèmes causés par la mondialisation commerciale et financière. Le débat amène à différentes questions que nous avons régulièrement  posées sur ce blog. Je note cependant que le dernier sondage sur la question du protectionnisme n'a pas été cité, elle aurait pourtant apporté un éclairage important à ce débat. Car parler du protectionnisme sans parler de ce que la population française peut en penser concrètement, c'est passer à côté de quelque chose d'important. Cependant, il se peut que lors de l'enregistrement de l'émission d'ASI le sondage n'eût pas encore été publié.

 

Nous avons donc ici un débat entre Frédéric Lordon le représentant du protectionnisme, un peu à son détriment. Il dit lui même n'être pas totalement au point sur la question. Et Thomas Coutrot, l'un des signataires du texte: "La démondialisation un concept superficiel" . Je ne reviendrais pas sur ce texte que j'ai trouvé particulièrement faible d'un point de vue argumentatif, ni sur les réponses apportées par Jacques Sapir ou Frédéric Lordon. Nous nous concentrerons ici uniquement sur ce débat encore une fois très intéressant. Une première remarque il semble que la question de la sémantique obsède le représentant d'ATTAC. La précision sur les mots revient ainsi constamment dans le débat. En apparence, il s'agit de quelque chose de sain, car effectivement bon nombre de problèmes de par ce monde proviennent d'une mauvaise interprétation de tels ou tels propos faute d'un accord sur les définitions des mots employés. En ce sens, préciser de quoi l'on parle exactement semble relevé d'une démarche tout à fait scientifique. Cependant à titre personnel, j'ai surtout eu l'impression que cette question de terminologie a servi à évacuer le problème de fond. Car j'ai surtout compris que le représentant d'ATTAC confond deux termes, lui qui prétend vouloir défendre une sémantique précise.

 

 

Protectionnisme ou mercantilisme?

 

Pour monsieur Thomas Coutrot le protectionnisme est une politique, il accepte ainsi l'argumentation généralement admise par les milieux néolibéraux assimilant le protectionnisme à une doctrine purement politique qui s'opposerait ainsi au libéralisme ou à d'autres idéologies politiques. C'est complètement faux. Je ne referai pas ici l'explication d'Emmanuel Todd sur le protectionnisme qui à l'origine est un outil provenant des théories libérales à l'image de Friedrich List qui le défendait. Je préfère moi me contenter de montrer simplement que le protectionnisme n'est qu'un outil, un outil au service de celui qui l'emploie. Comme je l'avais expliqué dans mon texte critiquant justement le texte d'ATTAC, le protectionnisme n'est pas une politique en soi et l'on peut en faire exactement ce que l'on veut. À mon sens, ce que Thomas Coutrot critique à juste titre, mais sans correctement le nommer c'est la politique dite mercantiliste. Une politique agressive qui justement est anticoopérative. Le mercantilisme est une doctrine qui vise à accumuler des excédents commerciaux et ainsi croître au détriment de ses voisins qui eux voient des déficits se créer du fait de ces politiques agressives. Ce que décrit Coutrot correspond beaucoup plus à la politique dite mercantiliste qu'au protectionnisme qui lui n'est pas une doctrine politique. Le protectionnisme peut effectivement nourrir une politique mercantiliste et de ce fait le protectionnisme est alors effectivement un outil au service de la guerre commerciale. Mais le protectionnisme qui vise juste à rééquilibrer les échanges ou à relancer les salaires et la demande intérieure ne l'est pas. Je trouve donc cette argumentation particulièrement malhonnête. D'autant que l'on peut aussi pratiquer des politiques mercantilistes en régime de libre-échange. Il suffit comme le doit très bien Lordon de s'appuyer sur les hétérogénéités naturelles qui avantagent telle ou telle nation. On se retrouve de facto en situation d'avantage commerciale vis-à-vis d'autres nations. En laissant faire les déséquilibres naturels, on peut aussi obtenir une politique mercantiliste.

 

 

Le protectionnisme peut amener l'ordre dans le chaos

 

Sur cette question d’hétérogénéité qu'a abordé Lordon en citant son texte de 2009 que vous pouvez relire ici, il y a d'ailleurs beaucoup à dire. Lordon parle de concurrence distordue. Elles peuvent prendre la forme d'inégalité de structure sociale de géographie ou d'avantage en nature comme les pays riches en matière première. Mais à mon sens, la plus grande distorsion est celle de l'évolution différenciée des salaires. Rien qu'en Europe, la différence de l'évolution salariale explique en grande partie les disparités commerciales entre les membres. En Chine, les salaires ont augmenté beaucoup moins vite que la productivité, situation produisant les déséquilibres que nous connaissons aujourd'hui et qui provoque un peu partout des faillites dans les états surendettés par leur commerce déficitaire. L'hétérogénéité des nations implique ipso facto un besoin de règle permettant de rééquilibrer le commerce malgré elle. Le protectionnisme véritable est dans ce but, celui de faire en sorte que peu ou prou toutes les balances commerciales du monde soient à l'équilibre pour ainsi éviter les drames à la Grecque.

 

On peut dire en ce sens que le protectionnisme est un moyen d'apporter de l'ordre au chaos. À travers le protectionnisme, c'est une intelligence collective, celle des états, qui corrige une relation entre les peuples naturellement déséquilibrée. Il s'agit donc avec le protectionnisme d'apporter de la rationalité à une nature qui est naturellement injuste. Ces règles, bien évidemment, doivent changer au fur et à mesure que les déséquilibres changent, et que les rapports entre les peuples se transforment. Tout en sachant qu'il n'y aura jamais d'égalité totale et donc que le libre-échange factuel et total sera à jamais inapplicable, car le monde ne sera jamais uniforme sur le plan social, économique, ou géographique. Il ne sera d'ailleurs jamais uniforme sur le plan même du désir et de l'orientation de la volonté populaire.

 

De la souveraineté

 

J'en viens ici sur point qui n'a absolument pas été abordé, probablement parce que nous avions affaire à une émission plutôt à gauche, c'est la question de la souveraineté. Comme je l'ai dit précédemment, le monde est naturellement hétérogène et distordu comme le dit bien Lordon. Mais quand on dit cela on pourrait croire que finalement à long terme moyennant quelques périodes protectionnistes et des aides ici ou là l'humanité tout entière pourra un jour être unie et pratiquer le libre-échange. C'était un peu l'esprit de Friedrich List dans son œuvre majeure « le système national d'économie politique ». En effet dans l'idée de List, le protectionnisme permet une amélioration dans la nation la plus faible qui tend finalement un jour vers l'égalité avec les autres. De sorte que dans cet esprit on pourrait imaginer qu'au bout d’un ou deux siècles toute l'humanité aura atteint un même niveau de technicité et de productivité. Et qu'elle pourra enfin vivre dans un monde libre-échangiste, peuplé de nations totalement égales. On pourrait imaginer cela aussi lorsque l'on entend Frédéric Lordon dans cette émission. Je crois qu'il y a là une erreur. Il suffit d'ailleurs de voir l'Europe elle-même et ses divergences. L'Allemagne accumulant des excédents au détriment de ses voisins alors que leurs niveaux de vie étaient comparables. Les divergences entre nations entre leurs volontés politiques feront que toujours il y aura des inégalités et des déséquilibres qui devront être corrigés par le protectionnisme.

 

Mais il y a aussi le désir même des peuples qui conduit à ces différences. Un peuple avec un tempérament particulier pourra avoir des choix sociaux fiscaux ou autres, totalement différents de ceux de son voisin. Le protectionnisme et les frontières ne défendent pas seulement les équilibres commerciaux, à travers cela ils défendent aussi les souverainetés nationales. Et à travers la défense des souverainetés nationales, ils défendent donc la démocratie et la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les protections aux frontières permettent à deux pays de continuer à vivre en ayant des fiscalités différentes correspondant à leur tempérament propre. On le voit, la seule alternative à cela est dans l'uniformisation de tout les comportements. C'est ce que plaident d'ailleurs bien souvent nos alternatifs de gauche, une uniformisation fiscale en Europe par exemple. Sauf qu'une uniformisation fiscale cela veut dire aussi une uniformisation des dépenses de l'état. Et donc peut-être une uniformisation des systèmes sociaux. Or de quel droit peut-on imposer à un peuple un régime social ou une organisation sociale qui diffère de ses habitudes et de sa volonté ? On retrouve là aussi l'une des vieilles marottes de la gauche, celle de l'unification de toutes les nations et qui ressort en partie du discours de Coutrot. Surtout lorsqu'il aborde l'idée à mon sens grotesque de la création d'un peuple européen. En quoi l'idée de faire disparaître la diversité entre les peuples est-elle une bonne chose? Une diversité que par ailleurs on ne cesse de défendre à l'intérieure des nations non sans poser de gros problèmes d'ailleurs. En quoi serions-nous plus riches et heureux si les Grecques, les Français et les Allemands n'étaient plus que des Européens parlant un ersatz du globish? Voilà un point d'achoppement tout à fait fondamental pour moi. Je tiens aux diversités nationales et donc à la liberté pour chaque peuple d'organiser sa propre économie, à organiser sa cité de la manière qu'il préfère.

 

L'écologie cache-sexe intellectuelle

 

Enfin, cette longue discussion entre Lordon et Coutrot nous montre à quoi sert l'écologie dans le discours de gauche. C'est un sujet de diversion. Non pas que l'écologie ne soit pas un sujet important, mais la façon dont elle est utilisée par une certaine gauche pousse à penser qu'effectivement l'environnement est bien commode pour éviter les sujets qui fâches. C'est d'autant plus vrai qu'il est facile de discourir sur l'écologie en faisant d'elle un argument pour le protectionnisme. C'est ce que fait Montbourg dans son livre d'ailleurs et Lordon en souligne l'usage qui est clairement défensif. On met le protectionnisme écologique en avant pour éviter de se faire traiter de facho en quelque sorte. Oui parce que défendre les couches populaires c'est faire dans le fascisme. La poussée de l'écologie politique prend donc ici une toute nouvelle envergure. Ou plutôt elle explique lourdement le changement qu'il y a eu à gauche ces vingt dernières années. Il n'y a probablement pas de réel emballement autour de la question écologique à gauche. C’est en grande partie un moyen pour les membres des dominants de gauche de vivre leur schizophrénie entre leurs discours humanistes et leur propension à ressembler à la droite d'affaires économiquement. L'écologie est avec les discours sur les immigrés un moyen de faire de la morale à peu de frais et surtout un moyen d'éviter les politiques économiques ouvertement réactionnaires que la gauche pratique au même titre que la droite.

 

D'ailleurs, on retrouve les deux sujets dans le discours de Coutrot. Ce qui montre ainsi quelque part qu'il est un cosmopolite comme ceux que critiquait Rousseau à son époque. Ces cosmopolites qui aiment à regarder les problèmes lointains qu'ils ne peuvent résoudre, pour mieux ignorer ceux sur lesquelles ils ont une emprise, mais dont la résolution pourrait nuire à leurs propres intérêts. Le plus éclairant est son discours sur la solidarité avec les travailleurs chinois qui est d'une ignominie indescriptible sachant que l'essentiel des bénéfices du commerce entre la Chine et nous vont dans les poches des patrons chinois et des multinationales occidentales. En fait, le protectionnisme en Europe serait le meilleur moyen pour pousser la chine à augmenter ses salaires pour absorber sa production. On peut donc dire à l'inverse de Coutrot que soutenir le libre-échange est le meilleur moyen de maintenir le prolétariat de ces pays dans la misère. Je parle évidemment ici pour des pays dont la productivité se rapproche de la nôtre et non des pays très en retard comme ceux de l'Afrique subsaharienne. L'écologie et la solidarité lointaine sont les deux mamelles de la gauche, idiote au mieux, hypocrite dans le pire des cas.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

clovis simard 30/06/2011 12:06



 


Bonjour,


 


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.


 


Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


 


La Page No-22: THÉORÈME DES 3 ÉQUILIBRES.


 


ORIGINE CATASTROPHES .


 


 


Cordialement


 


Clovis Simard



olaf 29/06/2011 01:00



Ceci dit, il y a eu toute une école philosophique de gauche jouant avec les territoires comme celle de Deleuze. Personnage très sympathique, somme toute.



olaf 29/06/2011 00:55



J'avais bien compris, c'est pourquoi j'avais imagniné la réponse de Coutrot devant le terme éventuel de régulationisme. La gauche, son problème métaphysique, c'est l'infini, et plus loin,
l'indifférencié. Le regard perdu dans les brumes des points de perspective qui ne se rejoignent pas. Ca relève peut être de l'hypnose visualisatrice...finalement.


 


Qui sait ? De l'ordre des parties cognitiveaux sensorielles de nos cerveaux.



yann 29/06/2011 00:30



@Damien


Oui nous vivons une époque où l'on confond l'homme et les marchandises c'est un peu pitoyble surtout chez des gens de gauche. Lordon sur les sans papiers a un réflexe d'homme de gauche. Il n' a
pas réfléchi à la question à mon avis. LE destins de ces gens devrait pourtant de pouvoir vivre dans leur pays d'origine. Un homme de gauche à mon sens devrait au contraire produire un discours
visant à diminuer l'immigration tout en cherchant des solutions pour que ces peuples puissent se développer. Il n'y a aucune raison pour que l'Afrique débarque en Europe. Ce continent est riche
en matière premières et en terre. LA densité de population y est beaucoup plus faible qu'en Europe de l'Ouest. Il faut vraiment arrêter de penser que l'avenir des africains est de venir en
France. C'est non seulement un mensonge mais c'est en plus légèrement raciste par certains cotés.


 @La Gaule


Il faut voir ce que l'on met derrière le mot protectionnisme. Pour moi c'est juste le mot pour dire "frontière commercial", ou "écluse commerciale". Comme je l'ai dit il peut y avoir un
protectionnisme aggressif visant l'excédent. Cela s'est déjà produit durant l'entre deux guerre. Les USA qui accumulaient alors d'énormes excédents commerciaux sont devenus encore plus
protectionniste nourrissant la cirse ailleurs dans le monde.


 


Sinon je ne crois pas mettre l'économie au dessus de tout, même inconsciemment. Je pense d'ailleurs que le marché a été trop élargi, et que bon nombre d'activités devraient être exclus de la
sphère marchande. Ensuite il est évident pour moi que ma pensée économique est sous le commandement de la priorité politique. Mon souverainisme n'a pas qu'un fondement économique. Maintenant
avoir des objectifs non économique ne signifie pas que l'outil économique ne doit pas être utilisé dans ces buts. D'ailleurs l'économie toute seul ne nous mènerait nul part, il faut des objectifs
et des axiomes non économiques pour pouvoir échaffauder une politique économique. C'est ce que les libéraux ont perdu de vue. La croissance pour la croissance n'ayant aucun sens par exemple.


 


@olaf


Changer de mots ne ferait que déplacer le débat, comme le dit Lordon d'ailleurs. La gauche a un problème avec les frontières. C'est même pire que çà, elle a un problème avec les limites en
général et surtout les limites impliquant une autorité humaine pour les imposer. Oui parce que les limites écologiques ils les acceptent, par contre les limite sous forme de lois contraingnantes
là c'est la dictature.



olaf 27/06/2011 16:23



Coutrot n'aime pas le protectionnisme, parce que selon lui c'est se protéger forcément d'un ennemi. Il ne lui vient pas à l'idée que ca peut aussi signifier se protéger de dysfonctionnements
économique. Mais si le mot le gêne tant, alors employons le terme de régulationnisme.


Il trouvera le moyen alors de dire, pas besoin de réguler puisque rien n'est déréglé.


A mon avis il tourne en rond...


A le suivre, pas besoin d'armée, de défense nationale, car ce serait de facto désigner un ou plusieurs ennemis.