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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 21:27

    Il a suffi d'une petite reprise de l'emploi aux USA pour qu'à nouveau les esprits ultraoptimiste qui guident les marchés s'échauffent. Enfin, la crise est finie, du moins aux USA, va-t-on claironner un peu partout. Voyez donc la croissance, elle repart et le taux de chômage baisse enfin. Bien évidemment et contrairement à ce que certains esprits étriqués pourraient croire, je ne souhaite que cela à l'Amérique comme à tous les pays du monde. Mais mon scepticisme mâtiné d'un esprit raisonnablement pessimiste me conseille pourtant la prudence, car après tout qu'est-ce-qui a changé aux USA pour que la croissance reparte? Est-ce que d'un seul coup la productivité a fait un bond en avant? Est-ce que la production et les exportations américaines ont permis un retour à l'équilibre de la balance des paiements? Est-ce que cette hausse de la demande intérieure américaine s'est réalisée grâce  à une hausse subite des salaires? Ou bien finalement n'est qu'un énième soubresaut de l'économie mourante des USA? Et les chiffres de la dette publique?

 

    Les marchés et les penseurs modernes ont cette fâcheuse habitude de réduire la réalité à un ou deux graphiques simples, le chômage, la croissance, l'inflation. A croire qu'ils ne comprennent pas que la réalité ne peut être relativement comprise que si l'on cumule justement de nombreuses données disparates, et encore se limiter aux données économiques ne mène pas vers une grande compréhension de la chose. Si l'on avait eu que le chiffre du PIB pour nous indiquer le développement futur des USA alors rien ne pouvait nous permettre de prévoir la crise de 2007-2010. Et d'ailleurs rares sont les économistes ou les politiques à l'avoir prévue. Même chose pour nos amis argentins, ni la croissance du PIB ni même l'inflation ou la dette publique ne pouvaient permettre de prévoir la crise de 2001. Le monde est ainsi fait qu'il ne se met pas en équation facilement.  Et des données essentielles peuvent être oubliées cachant ainsi la triste réalité d'un reprise fondée en réalité sur du vent.

 

Le déficit commercial est reparti à la hausse

 

  Premier point important le commerce extérieur US recommence à flancher alors que la contraction de l'économie avait réduit de moitié l'énorme déficit de la balance commerciale américaine, celle-ci recommence à se dégrader depuis mai 2009. Petit à petit, la machine à importation creuse à nouveau le déficit. Or ce déficit est au coeur du problème économique des USA, et ce n'est pas quelque chose de secondaire ou de négligeable, c'est au contraire le point névralgique qui produit régulièrement des crises dans l'économie américaine et mondiale. Bien évidemment, les USA ont la planche à billet universelle qui leur permet d'émettre de la monnaie indéfiniment sans voir leur taux de change immédiatement s'effondrer. Jusqu'à présent, le dollar persiste à se maintenir grâce aux "bonnes âmes" asiatiques qui en réalité n'ont pas le choix à court terme. Mais la conjoncture est quand même particulière car entre l'effondrement du Japon avec la catastrophe du tsunami qui l'oblige à rapatrier des capitaux chez lui, et l'abandon des bonds du trésor américains par la Chine, nous pourrions bien plus vite qu'on ne croit assister à un effondrement monétaire.  Car sans acheteur des titres de dette le dollars ne pourra que perdre sa valeur à l'infinie faute d'exportations suffisantes pour couvrir leurs déficits.

 

  Normalement, un pays qui connaît un déficit commercial doit à un moment donné retrouver un excédent pour rembourser ses emprunts qu'il a contracté pour acheter des denrées étrangères. Les USA sont exonérés de cette contrainte parce qu'il ont une planche à billets universelle, il faut bien comprendre qu'il s'agit là d'un avantage tout à fait considérable. Les anomalies de l'économie mondiale trouvent pour la plupart leur origine dans ce trou noir impossible à remplir qu'est devenue la balance commerciale US. Certains trouvent que la situation s'arrange, à titre personnel je trouve incroyable qu'un pays ayant traversé une crise aussi féroce arrive encore à produire un déficit commercial. C'est en réalité la preuve irréfutable que quelque chose est cassé dans le système manufacturier américain. Le creusement d'un nouveau déficit commercial prépare donc la prochaine crise économique puisque manifestement il ne faut pas trop compter sur un retour à l'équilibre aux USA

 

Balance-commerciale.png

 

  Si l'on regarde maintenant sur le plan de la production industrielle on s'aperçoit que le rebond n'est pas spectaculaire malgré, nous le verrons ensuite, un effort monétaire énorme pour relancer la machine. La concurrence asiatique pompe la demande industrielle américaine et l'augmentation de la  demande intérieure se traduit surtout par l'augmentation des importations, ce qui produit le fameux déficit commercial. L'indice de production n'est toujours pas revenu à son niveau d'avant crise.

 

Prod2000-2011.png

 

  Mais je crois que ce qui montre le mieux le caractère illusoire d'un retour durable de la croissance aux USA, dans les conditions commerciales actuelles, c'est l'évolution à très long terme de la production industrielle dans ce pays. En effet, si l'on regarde sur une très longue période comme sur le graphique ci-dessous, on s'aperçoit rapidement qu'il y une rupture en 2000. Une rupture historique puisque c'est la première fois que les USA perdent une décennie en terme de production industrielle, le niveau de l'indice étant aujourd'hui à son niveau de l'an 2000. D'autre pays connaissent un tel phénomène notamment en Europe et au Japon, mais ces pays sont traversés d'une rupture démographique grave. En effet leur population stagne ou parfois baisse ce qui peut expliquer en partie la stagnation de la production même en tenant compte des effets désastreux du libre-échange.

 

Indiceproduction1919-2011.png

 

    Mais les USA eux n'ont pas ce problème, leur natalité n'est jamais tombée au niveau allemand ou japonais, et ils sont inondés d'immigrés ce qui stimule la croissance démographique et donc la demande locale (même si cela pose d'autres problèmes). Au final la population américaine continue de croître à un rythme régulier comme vous pouvez le voir ci-dessous:

population.png

 

    Durant la décennie perdue sur le plan industriel, la population américaine est passée de 282 millions d'habitants à 310, soit une augmentation de 28 millions d'habitants, en pourcentage cela donne 1% d'augmentation par an sur la décennie.  Or durant cette période la production a fait du surplace ce qui augmente considérablement l'ampleur de la maladie industrielle américaine. Et cela explique aussi le fort creusement du déficit commercial américain sur la période. La demande augmente, mais la production non, seul le rôle du dollar permet à une telle économie de continuer à fonctionner, n'importe où ailleurs le pays serait en faillite et devrait contracter sa demande pour équilibrer ses comptes extérieurs.

 

sgs-emp.gif

 

  Cependant effectivement si l'on prend uniquement les chiffres du chômage la situation s'améliore légèrement, le gouvernement, grâce à ses astuces statistiques, peut afficher un taux à 8.8% de la population active. Des économistes alternatifs montrent quand même que le chômage réel est nettement plus élevé comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus. Avec ces statistiques alternatives, on est plus proche des 22% que des 9%. Mais même dans ces statistiques alternatives il y a une légère amélioration, seulement elle est clairement insuffisante pour revenir au niveau d'avant crise. C'est d'autant plus inquiétant lorsque l'on voit par ailleurs les moyens employés par le gouvernement pour relancer la croissance et l'emploi.

 

Le déficit public et la planche à billets les deux moteurs de la croissance

 

      Au final les résultats des politiques américaines de sortie de crise ne sont pas terribles, les USA restant à un niveau élevé de chômage et ont un déficit commercial qui se creuse de mois en mois. A ce rythme il reviendra vite à son niveau d'avant crise avant de franchir de nouvelles frontières abyssales. Les USA continuant à pratiquer le libre-échange ce résultat des politique de relance n'est en fait fait guère étonnant, heureusement que l'Amérique peut exporter son inflation grâce à sa monnaie internationale...  Tant que les USA peuvent émettre de la monnaie sans se soucier de leur taux de change, le déficit américain n'est pas un problème. Et ce, même s'il vient de battre un record puisque le déficit public américain est maintenant estimé à  10.9% du PIB pour 2011! Et dire qu'en Europe on s'inquiète pour la Grèce ou l'Espagne. 

 

sgs-m3.gif

 

  Si l'on regarde maintenant l'évolution de la masse monétaire, on s'aperçoit qu'il y a eu une substitution monétaire aux USA entre 2008 et 2011. On a en quelque sorte troqué de la monnaie-dette contre de la vraie monnaie par l'impression massive de billets. La forte hausse de M1 est à comparer à la contraction globale de M3, il s'agit là d'une politique de planche à billets.  Mais celle-ci n'était pas dénuée de sens contrairement à ce que certains peuvent croire, elle n'a fait que maintenir à flot le navire en évitant une contraction trop forte de la masse monétaire. Et d'ailleurs si l'on regarde bien la contraction a quand même eu lieu, malgré les efforts réalisés. Le gouvernement aurait peut-être même dû maintenir le niveau de l'accroissement de M1 au rythme de 2009 encore quelque temps. Les USA ont ainsi évité la déflation, pour l'instant du moins. Mais en échange on se dirige peut-être vers un scénario d'effondrement du dollars à plus ou moins long terme.

 

  Si on fait le bilan global de la situation américaine à l'heure actuelle il y a du bon et du moins bon, voire du très inquiétant. Malgré une forte hausse de la masse monétaire par le déficit public et l'émission monétaire la croissance n'atteint pas de haut niveau, elle est estimée à 2.5 % pour cette année en moyenne annuelle. Le taux de chômage ne recule pas assez vite pour revenir rapidement à des niveaux d'avant crise, les USA semblent sur ce plan ressembler de plus en plus à la misérable Europe, les délires monétaristes en moins.  Le gouvernement américain a eu raison de pratiquer la planche à billet, c'était nécessaire à court terme pour effacer la fameuse monnaie-dette qui résulte de l'aberration de notre système monétaire actuel. Le gouvernement US a même était trop timoré dans ses mesures, il aurait dû maintenir un niveau plus élevé de hausse de la masse monétaire. Cependant le coeur du problème américain n'a toujours pas été résolu, comme je l'avais écrit dans un texte il y a quelques mois, les USA viennent de faire leur année 1983 à eux.

 

  En effet les autorités américaines se retrouvent dans la même situation que leurs consoeurs françaises de 1983, elles sont devant un dilemme car les politiques de relancent ne sont plus assez efficaces pour dynamiser la croissance à un niveau suffisant. En fait, comme je l'ai expliqué à de multiples reprises sur ce blog, les politiques de relance keynésiennes ne sont valables que tant que l'accroissement de la dette produit par la relance est moindre que l'effet sur le PIB. Si au terme de la relance, la croissance de la dette est plus rapide que celle du PIB, alors petit à petit les relances keynésiennes deviennent inefficaces et alourdissent le budget de l'état au lieu de l'améliorer. Cela fait longtemps que les effets des relances aux USA se dégradent, mais cette crise a fait atteindre les limites au système. Les USA se retrouvent donc devant le même choix que celui auquel ont dû faire face les socialites français en 1983. Soit abandonner l'idée du  plein emploi et de la croissance, mais maintenir les comptes à court terme ainsi que la valeur de la monnaie tout en restant en régime de libre-échange. Soit revenir au plein emploi et pour cela rendre aux politiques keynésiennes leurs forces, grâce au protectionnisme et à la dévaluation pour réduire l'impact des importations sur la production locale. Les USA doivent aujourd'hui choisir entre le plein emploi et le libre-échange, il ne pourront plus avoir les deux à la fois, malgré leur avantage monétaire indéniable.  Il est malheureusement à craindre qu'ils ne suivent la voie médiocre de leurs cousins d'Europe.

 

*Les graphiques proviennent du site gecodia et du site shadowStats.com

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

clovis simard 06/10/2011 12:26



Blog(fermaton.over-blog.com)No-16, THÉORÈME DE KONDRATIEFF -LA CRISE FINIE ?



yann 05/04/2011 21:59



@poyo


Il faut bien voir que les USA importe une grande partie de ce qu'ils consomment pour ne pas dire une part écrasante. Tant que leur monnaie ne tombe pas les bien de consommation auront une
inflation relativement modérée. D'autre part le marché du travail est totalement dérégulé e tles salaires font du surplace depuis trois décennie pour la majorité de la population. Donc il est
possible que cette monétisation ne provoque pas d'inflation contrairement à ce que croient les monétariste du moins pas aux USA. En Asie par contre les monnaies ces pays étant collé au dollars
pour éviter de voir leurs exportations baisser risque de connaitre une hausse de l'inflation c'ets d'ailleurs déjà le cas en Chine. Les USA sont un ays très particulier à cause du rôle monétaire
du dollars; De plus il est possible que l'inflation dans nos pays se fasse surtout par des hausse d'actifs financier ou de hausse de l'immobilier complètement absurde comme c'est le cas en
France. Ensuite il faut voir qu'il n'y pas eu de hausse énorme de la masse monétaire globale M3 a même reculé, ce qui peut faire augmenter l'inflation c'est la hausse de la masse monétaire dans
son ensemble pas la planche à billet toute seule. Ici les USA ont transformé une masse monétaire qui n'était qu'un amoncellement de promesse dde dette par de la vrai monnaie dans l'ensemble il
n'y pas eu trop d'émission monétaire donc pas forcement d'hyperinflation en vu.



poyo 04/04/2011 16:52



très bon article merci. Question: L'augmentation de la masse monétaire par la planche à billet a-t-elle provoqué une inflation? et de combien