Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Avant d'entamer notre sujet du jour à proprement parler, je dois dire que j'ai encore une fois apprécié la seconde partie du film sur la résistance et le général de Gaulle. Comme pour la première partie il y a quelques approximations historiques, l'on pourrait aussi critiquer l'absence même succincte du front de l'Est qui a joué un si grand rôle dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Mais ce n'est évidemment pas un documentaire, le but était de montrer la division des alliés et les oppositions fortes entre de Gaulle et Roosevelt. Chose surprenante pour un film sur cet événement historique, la question de l'AMGOT fut abordée, ce qui est assez rare pour être souligné. Le fait que les Américains avaient l'intention de dépecer la France qui n'était qu'une victime dans cette guerre montre que la Seconde Guerre mondiale n'est pas une lutte aussi manichéenne que ce que la culture populaire avait largement montré depuis des décennies. C'était une lutte entre plusieurs empires même si l'idéologie nauséabonde produite par l'Allemagne nazie lui avait donné aussi cet aspect atroce de lutte contre le mal.
Cette seconde partie a bien réussi à retranscrire les difficultés de de Gaulle et des résistants pour maintenir l'indépendance du pays en prévision de l'après-guerre. Mais les plus grands adversaires des Français étaient d'abord dans leurs propres rangs. Une histoire qui se répète malheureusement aujourd'hui où l'élite française prend depuis 50 ans systématiquement le parti de l'étranger contre l'indépendance et la souveraineté de notre pays. Ces deux films finalement ne brillent pas tant par leur réalisation ou par la façon dont il raconte l'histoire que par le contexte actuel du pays. Ces films tombent au bon moment pour rappeler un peu au grand public ce qu'ont fait nos ancêtres pour sauvegarder notre pays et sa dignité, et il nous lance en plein visage notre propre médiocrité et celle de ceux qui nous dirigent. C'est bien l'esprit pétainiste et le défaitisme qui dirige la France depuis les années 70. De renoncement en renoncement, nous finissons progressivement par ne plus rien diriger sur nos propres terres. Si je puis paraphraser Marc Bloch la grande différence avec son époque c'est que nous ne vivons pas une étrange défaite, mais un étrange suicide.
Car absolument rien n'obligeait nos élites à vendre ainsi la souveraineté du peuple français comme ils l'ont fait. En 1940, l'on pouvait comprendre la reddition sous le feu des armes, c'était un point de vue défendable pour sauver des vies, je ne parle pas ici bien évidemment de la collaboration active . Ce n'est pas le cas des traîtres qui nous dirige depuis plus de 50 ans. Et ils l'ont fait avec enthousiasme en plus. La construction européenne et la globalisation pendant au moins deux générations ont été des processus présentés comme des progrès garantissant l'avenir de tous les peuples. Il a fallu du temps pour que même les élites qui l'avaient vendu ainsi commencent enfin à en mesurer les sinistres conséquences pour le pays. Alors comment en sommes-nous arrivés là ? C'est une grande question, si l'on peut y voir une trame principale, celle de l'affaissement progressif de la croyance nationale. Un abaissement de la croyance nationale qui a permis toutes les compromissions et les corruptions, n'oublions pas non plus les croyances qui s'y sont substituées.
Un phénomène très bien décrit dans les œuvres d'Emmanuel Todd, bien sûr. L'européisme a été aussi une croyance pour une partie de la population française bien représentée par des gens comme Giscard ou François Bayrou. Mais comme l'a aussi très bien expliqué Emmanuel Todd, nous sommes aujourd'hui à la fin de ces croyances. Même les croyances de substitution qu'on put être l'européisme ou le néolibéralisme arrivent à bout de souffle . Ce phénomène est d'ailleurs massivement accéléré par les échecs patents des promesses que ces idéologies ont pu faire dans le passé. Comme le communisme des années 80-90, l'européisme et le néolibéralisme font être massivement rejeté dans la période qui vient, et même la France qui fut la fille aînée de l'européisme va finir par faire un rejet extrêmement violent, je pense.
L'effondrement du néolibéralisme
Cet effondrement idéologique qui se voit dans l'échec massif de l'occident face à une Chine bien plus pragmatique mélangeant intelligemment intervention publique, planification à long terme, et marché, s'accélère avec la déconfiture de ce capitalisme à courte vue, incapable d'être compétitif contre l'empire du Milieu. Les commentateurs médiatiques commencent petit à petit à voir sans s'en rendre compte l'occident comme l'on pouvait autrefois voir l'URSS. Un système arriéré, incapable de produire des choses à la pointe du progrès. Certes, les commentateurs pour l'instant s'acharnent sur l'UE, ne voulant pas voir que l'état des USA est encore plus dramatique en réalité, et ce depuis bien plus longtemps. On pourrait d'ailleurs ici conjecturer que l'obsession américaine pour le déclin européen est en réalité une astuce mentale pour ne pas voir l'état réel de la société américaine, elle-même que ce soit sur le plan migratoire ou le plan économique d'ailleurs. Comme le dit la célèbre expression, les Américains voient la paille dans l'œil des Européens, pour ne pas voir la poutre qu'ils ont dans le leur.
Donc la réalité remet les pendules à l'heure. Le néolibéralisme tout comme l'européisme qui est une branche parallèle ont échoué à faire advenir le paradis sur terre qu'ils ont promis. Alors certes nous voyons les idéologues excités nous expliquer que c'est parce que ce n'était pas du vrai libéralisme ou qu'il n'y en avait pas assez, exactement comme les communistes naguère nous expliquent qu'il n'y avait pas assez de communisme en URSS. Mais les faits sont là, l'occident néolibéral est en échec. Il a réussi à gaspiller des siècles d'avance technique et scientifiques sur le reste du monde en quelques décennies seulement. Cela force le respect, l'idéologie néolibérale est tellement mortelle qu’elle tue des civilisations avancées en deux générations seulement.
Alors si de nombreux « penseurs » et idéologues de ce courant vont continuer à s'accrocher à leur mythologie encore quelque temps, le phénomène Milei montre même qu'il y aura certainement des processus de fuite en avant suicidaire. Il y a aussi les penseurs plus modérés qui commencent à changer leurs points de vue face à une réalité qui contredit manifestement violemment tout ce en quoi ils croyaient. Ainsi face à l'ogre chinois l'évidence du protectionnisme devient petit à petit la norme même si les défenseurs de l'orthodoxie libérale veillent aux grains pour punir les hérétiques et les païens qui osent remettre en doute les dogmes de l'église libérale. Même les penseurs estampillés de « gauche » commencent à douter. C'est le cas par exemple du célèbre économiste dit keynésien Paul Krugman qui vient de défendre le protectionnisme contre la Chine.
Krugman, bien que se présentant comme keynésien, a, tout au long de sa carrière, toujours défendue, bec et ongle, le libre-échange, exactement comme son collègue Joseph Stiglitz lui aussi prix Nobel d'économie. C'était d'ailleurs assez drôle de lire Stiglitz, notamment son livre « La grande désillusion » qui expliquait les mécanismes de la crise de la fin des années 90 en Asie où l'on voyait bien que la dérégulation commerciale et financière a joué un rôle prépondérant dans cette crise, mais Stiglitz faisait des contorsions pour chercher des solutions autres qu'un simple retour aux frontières. Krugman c'est la même chose, sauf qu'il vient de basculer dans le camp du mal et des hérétiques en fin de carrière. Sans doute est-ce là le privilège de l'âge. N'ayant plus grand-chose à craindre sur le plan personnel, il peut enfin parler un peu plus librement et redevenir réellement keynésien. Car la régulation keynésienne n'a de sens qu'avec le concours des frontières. Ou alors avec une solidarité internationale dont on voit mal aujourd’hui comment elle pourrait advenir même dans le cadre de l'UE.
De fait si nous avons commencé ce texte par un bref avis sur le dernier film concernant de Gaulle, nous ne pouvons aujourd'hui qu'admirer l'étrange concours de circonstances qui fait sortir ce film à un moment de l'histoire où justement la vision du général de Gaulle, celle des nations souveraines, n'a jamais été autant d'actualité. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La crise de la globalisation produite par les coups des panzers industriels de l'empire du Milieu nous rappelle à quel point l'on ne peut en aucun cas laisser l'économie fonctionner toute seule. On ne peut pas séparer la politique de l'économie, il n'y a pas libre marché. C'est une chimère dangereuse pour les pays qui tombe dedans, car sans crier gare ils peuvent alors se soumettre à d'autres puissances sans même avoir subi un seul coup de feu. L'économie et le commerce c'est en quelque sorte la guerre sous une autre forme. Et ceux qui abdiquent pour jouir du présent en profitant de quelques dorures de plus à la maison ne valent guère mieux que les pacifistes de 1940.