Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
La prise de décision d'hier méritait bien un titre en allemand puisque les gesticulations verbales de Nicolas Sarkozy et de sa maîtresse allemande ont surtout servi à cacher le refus allemand dans la fuite en avant européenne. Et ce n'est pas la proposition d'une misérable taxe sur les échanges financiers qui y changera quelque chose. L'idée des eurobonds a, fort heureusement, été définitivement enterré, c'est la seule bonne nouvelle dont on peut se réjouir. Car malheureusement rien de concret n'a été annoncé pour résoudre la fameuse quadrature du cercle infernal de l'euro et de la crise des dettes européennes. Il est vrai que, dans le cadre des outils intellectuels et économiques dont disposent nos dirigeants politiques européens, il n'y a tout simplement aucun outil capable de résoudre la contradiction structurelle de l'euro. Et l'Allemagne, qui commence à sentir la contradiction qu'il y a dans son modèle économique extravertie, ne semble pas décidée à prendre la seule direction qui vaille. Celle de la relance des salaires et des politiques d'équilibre des balances des paiements pour chaque membre de la zone euro. L'Allemagne au contraire déduira de la situation actuelle qu'elle souffre de l'euro et qu'il lui faudra en sortir. C'est décidément le scénario le plus probable, même si paradoxalement il est le plus dangereux pour l'économie germanique. La réflexion intellectuelle dominante baigne dans de telles erreurs conceptuelles, que les hommes politiques se verront en quelque sorte contraints de prendre des décisions catastrophiques. Les idées défendues sur ce blog, ou par certains économistes politiques et intellectuels, à savoir les idées de régulation commerciale par variation monétaire et par le protectionnisme visant à rendre possible à la fois des politiques de plein emploi et l'équilibre des balances de paiements, ne sont pas majoritaires dans ces groupes sociaux loin de là. Dans les milieux autorisés comme le disait un certain humoriste, l'ambiance est toujours libérale et la logique politique se résume à des raisonnements purement comptables à court terme. Il ne faut donc pas attendre de ces groupes d'individus des solutions alternatives. Ils auront des réflexes qui correspondent à leur cadre de pensée. Même si cela nous conduit irrémédiablement à la catastrophe.
La taxe Tobin, une escroquerie intellectuelle
L'une des propositions phares de cette petite réunion fut de créer une taxe sur les transactions financières. C'est une espèce de tarte à la crème qui revient généralement chez les pseudoalternatifs, ceux qui font des propositions pour que seules les apparences changent. Il faut savoir que la taxe Tobin fut à l'origine proposée pour empêcher la fuite des capitaux aux USA lorsque le dollar fut décroché de l'or en 1971. À l'époque, la grande peur des économistes américains, et en l'occurrence celle de James Tobin, était de voir les capitaux s'enfuir à cause d'une éventuelle dégradation de la valeur du dollar. Cette taxe ne fut en fait jamais mise en place et c'est au contraire à cette période que les capitaux du monde entier ont commencé à affluer pour nourrir la bulle économique qu'est devenue l'économie américaine depuis. En réalité, les taxes sur la circulation des capitaux dans un système mondial où ces capitaux sont libres d'aller où ils veulent n'ont un sens que si TOUS les pays du monde font la même chose en même temps. Sinon la seule chose que produirait cette taxe serait de faire fuir les capitaux vers des zones non taxées. En vérité, cette pseudorégulation vise surtout à faire oublier la seule solution possible qui est un retour au contrôle des changes et au contrôle de la circulation des capitaux. Ce qui signifie mettre fin aussi au système des changes flottants qui a montré depuis longtemps sa nocivité. Un contrôle que nous aurions bien fait de ne jamais supprimer. De nombreux pays pratiquent d'ailleurs déjà ce type de politique. On pourrait citer la Malaisie,Singapour, la Chine, etc. En général, ce sont des pays qui résistent bien mieux aux crises, car ils n'importent pas chez eux les problèmes de voisins. Ils contrôlent la valeur de leur taux de change et la circulation des capitaux ce qui les rend imperméables aux facéties de certaines nations et des certains groupes financiers. Avec de telles politiques, l'influence de la finance se réduirait instantanément. Évidemment pour en arriver là encore faudrait-il que nos hommes politiques ne soient pas si proches sociologiquement des milieux financiers. Comme l'avait souligné l'économiste Joseph Stiglitz, ce sont les pays asiatiques contrôlant leurs changes et la circulation des capitaux qui ont réussi à éviter les graves conséquences de la crise asiatique de 1997. La taxe Tobin sert donc surtout à amuser la galerie en faisant semblant d'agir sans rien changer de réellement concret d'autant que son application pratique est toujours renvoyée aux calendes grecques.
Plus d'europe c'est surtout plus de problèmes
La deuxième grande annonce ne fut guère plus reluisante. Là encore, nous sommes dans la publicité mensongère. En effet, l'annonce d'un gouvernement européen est une vaste blague. Comme je l'avais déjà dit précédemment, l'idée d'une solidarité sur les dettes, à travers le mécanisme des eurobonds, a été oublié. Ce n'est pas pour accoucher d'une solidarité encore plus forte à travers un gouvernement fédéral. Car un réel gouvernement fédéral devrait avoir un budget à la hauteur de ses ambitions. Ce qui signifierait nécessairement un transfère de revenu important entre les états nations actuels et le fameux état fédéral. On parle ici d'au moins 10% du PIB de la zone euro, soit dix fois le budget actuel de l'UE. Il y a fort à parier que les peuples, et les différents états membres y seront opposés. Encore une fois, il n'y a pas de peuple européen et donc pas de solidarité suffisante pour accoucher d'une nation européenne. Une telle évolution ne pourrait se faire que de force et nous conduirait tout droit vers une dictature à la façon soviétique. Qui plus est, cette centralisation extrême, entre des régions économiquement, et démographiquement aussi disparates, ne pourrait que produire des déséquilibres encore plus forts que ceux que nous connaissons à l'heure actuelle. Face à ces disparités, les états membres sous l'autorité suprême du nouveau Politburo bruxellois n'auront plus aucune capacité à diriger leurs propres politiques. Sans dévaluation, sans contrôle sur les impôts qui deviendraient européens avec une « harmonisation fiscale » mettant fin aux libertés des peuples à choisir leur propre modèle social, et sans aucune possibilité pratique de faire quoi que ce soit, la seule solution qui resterait pour équilibrer les comptes extérieurs des pays membres serait l'aggravation des compressions salariales et des budgets publics. Une grande purge libérale pour l'éternité des siècles en quelque sorte.
Un état fédéral européen ne serait viable que dans une énorme panne de croissance. L'Europe serait alors unie dans le déclin. Un tel état ne ferait qu'augmenter les politiques régressives que nous connaissons depuis trente ans. L'histoire le prouve d'ailleurs, plus d'Europe c'est surtout moins de croissance, moins d'emplois et moins de hausses salariales. Ceux qui pensent pouvoir à long terme faire du continent un véritable pays avec ce type de politiques se font des illusions, car il est impensable que les populations d'Europe acceptent cette situation sans réagir. Il est de toute façon illusoire de penser que cet état européen puisse un jour exister. Les contradictions de l'UE actuelle sont suffisantes pour couler les structures actuelles. Qui plus est, les exemples abondent sur la dynamique des pays non membres de l'eurozone. On pourrait citer la Suède qui manifestement se porte assez bien malgré le fait qu'elle ait gardé sa propre monnaie. On peut aussi citer l'Islande qui s'est redressée de façon spectaculaire simplement parce que la démocratie y a été respectée, et que les dévaluations ont permis à l'économie et à l'industrie locale de repartir. Ces multiples exemples sont là pour rappeler aux Européens que l'UE et l'euro ne sont pas une obligation. Et que nos peuples ne sont pas obligés de mourir pour réaliser la sainte union des européistes. Cela fait trente ans que les dirigeants français on fait le choix de l'Europe contre celui du plein emploi et de la croissance. Ils avaient promis monts et merveilles. Or tout ce qu'ils trouvent à dire face à la catastrophe à laquelle ils nous ont conduits, c'est qu'il faut plus d'Europe pour s'en sortir. Mais de qui se moquent-ils? J'ose espérer que nos concitoyens si mal informer finiront tout de même par voir la réalité eux qui aujourd'hui sont massivement pour le protectionnisme. Il faut que nos concitoyens passent à l'étape suivante et se rendent compte que rien ne se fera tant que nous serons membres de la zone euro et de l'UE. Rien à part une dégradation constante de leur qualité de vie.