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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 15:59

 

 

Nos députés de la NUPES viennent de faire de la communication pour intégrer l'avortement dans la constitution française. Quel combat vraiment ! Intériorisant totalement leur américanisation, voilà nos députés de la gauche pseudo-alternative se congratulant de l'intégration d'une loi que personne n'a jamais remis vraiment en cause depuis sa mise en place dans les années 70. Nos députés sans trop s'en rendre compte viennent de montrer une fois de plus l’américanisation avancée de notre société et de notre vie politique. Car c'est bien évidemment en réponse au changement du droit fédéral concernant les USA que cette loi a été prise. Comme si en France un parti politique voulait interdire l'avortement, même le RN ne le réclame pas.

 

Confondant la vie politique de leur pays avec celle de leur maître, les insoumis se sont pour le coup bien soumis à l'imaginaire Netflix de leurs électeurs moyens. Qui plus est, rappelons que s'ils peuvent modifier la constitution, rien n’empêcherait un autre gouvernement de la changer à son tour. Ce qui est dans la constitution n'est pas gravé dans le marbre pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs. Combien de fois n'a-t-on pas changé la constitution pour de bas objectifs à court terme à l'image du quinquennat remplaçant le septennat, tout ça par calcul politique erroné chiraquien ? Combien de problèmes ce simple changement a-t-il produits d'ailleurs ? Faisant du président un super premier ministre. Bref, normalement la constitution française n'est pas faite pour recueillir les lubies du moment. C'est un texte qui doit être court et ne contenir que les termes qui organisent la structure du pouvoir politique. Une loi sur l'avortement n'a rien à y faire à mes yeux. Pas plus qu'une doctrine économique, ou une décision pour résoudre tel ou tel problème passager, ce n'est pas son rôle.

 

La première rupture la pilule et l'avortement

 

Si la question de l'avortement dans la constitution n'est pas a priori d'une importance vitale, le fait que l'on accorde cependant à ce droit une telle importance implique tout de même que cette question a du poids dans l'électorat et dans l'histoire récente de notre nation. Sur plusieurs plans. Tout d'abord, si cette thématique pèse autant signifie que les femmes ont aujourd'hui, et ce depuis les années 70, un poids croissant sur la politique. C'est ce qu'a brillamment montré Emmanuel Todd dans son dernier livre « Où en sont-elles ? » . Il montre en effet que les femmes, loin d'être soumises à un patriarcat, essentiellement fantasmé en Europe, sont surtout devenues largement dominantes en dehors du milieu des 3 ou 4% des populations les plus aisées. Partout ailleurs, les femmes commencent à dominer socialement et pour cause elles font désormais nettement plus d'études que les hommes. Le rapport de force économique est de plus en plus défavorable aux hommes. La désindustrialisation a frappé plus durement les hommes que les femmes en favorisant les emplois tertiaires où les femmes trouvent plus facilement à s'employer. Todd a d'ailleurs fait cette excellente remarque sur le fait que l'hypermasculinisme des sociétés industrielles d'Asie ou d'Europe de l'Est provient probablement en partie de la spécialisation économique de ces régions où l'industrie d'exportation vers l'occident pèse énormément. À l'inverse la surféminisation de nos sociétés n'a été possible que grâce justement à la globalisation et aux délocalisations de l'industrie. Tout ce passe comme si en spécialisant à outrance les nations, la globalisation avait aussi affecté les relations humaines internes à ces sociétés, y compris les relations homme-femme. La progression simultanée du superféminisme et du masculinisme n'étant pas le produit d'un hasard, mais d'un processus économique. À cela s'ajoute le fait que le rapport de force tout en haut de l'échelle social n'est pas encore favorable aux femmes, provoquant un certain agacement chez les femmes des catégories supérieures. Le mouvement MeToo fut en quelque sorte un indice de cet agacement social particulièrement tourné vers les hommes à haut niveau de revenu.

 

Ensuite, cette question de l'avortement a de l'importance parce qu'elle a accompagné ce que l'on peut dire être la plus grande rupture anthropologique de l'histoire humaine jusqu'à présent. L'avortement couplé à la pilule a constitué la grande rupture du 20e siècle même si l'on pense généralement qu'elle n'est que l'une des ruptures de ce siècle agité. Car pour la première fois dans l'histoire humaine on ne fait plus des enfants par hasard, mais parce qu'on le veut vraiment . Il ne s'agit pas de dire ici qu'il n'y a jamais eu de contrôle des naissances avant ça. Le simple fait que la natalité française ait baissé précocement dès le 17e siècle prouve que c'était déjà possible. Mais les méthodes anciennes avaient des défauts, elles n'avaient pas la précision d'horloger des méthodes modernes. Et il s'agit là vraiment d'une rupture anthropologique qui a eu des bons, mais aussi des mauvais côtés. D'un côté elle a permis aux familles d’accroître leur niveau de vie et d'améliorer le niveau de capital par tête investi. L'amélioration du niveau de vie est liée au progrès technique, mais aussi au contrôle des naissances. On le voit en particulier avec le décollage de la Chine qui a accompagné la transition démographique.

 

Le mauvais côté c'est que maintenant il faut vouloir des enfants pour en avoir. Or comme à chaque fois la somme des intérêts individuels ne forme pas l'intérêt général même s'ils peuvent parfois coïncider. Ce faisant, la natalité générale dans les pays avancés est tombée beaucoup trop bas. Faire converger les choix individuels avec les contraintes collectives semblent nettement plus compliqués qu'on ne pouvait le penser au début de la transition démographique. Dans les années 60-70 les démographes pensaient que la natalité convergerait naturellement vers 2 enfants par femmes une fois la transition achevée. Pourtant les faits aujourd'hui disent que la plupart des pays seront très en dessous de 2 avec même moins de 1 enfant par femme dans certains pays d'Asie. Comme en économie, il n'y a aucune raison pour les gens choisissent spontanément ce qui est dans l'intérêt de la société. On n'a pas d'enfants pour garantir la stabilité démographique du pays. On a des enfants parce qu'on a envie d'en avoir avec la personne avec qui on partage notre existence. Il y a tout un faisceau de contraintes , d'idées, de croyances qui vont faire qu'une personne aura ou non des enfants.

 

On voit bien ici l'extrême importance de l'avortement et de la pilule qui ont profondément modifié nos sociétés sur le plan humain, mais aussi économique et géopolitique. Car les pays qui vont perdre des habitants se retrouvent en position de faiblesse par rapport aux sociétés plus dynamiques sur le plan démographique. Une partie de l'inquiétude vis-à-vis de l'immigration est d'ailleurs le résultat de ce changement de rapport de force entre les peuples. Rendez-vous compte, quand la France a quitté l'Algérie, elle n'avait que 8 millions d'habitants et la France près de 50. En 2050 l'Algérie sera pratiquement aussi peuplée de la France . Quand Dutronc chantait sa chanson en 66 impliquant les Chinois, ils n'étaient effectivement que 700 millions, ils sont 1,4 milliard aujourd'hui et ils ne seront peut-être plus que 700 millions à nouveau à la fin du siècle, mais avec beaucoup plus de vieux. Il n'y a vraiment pas eu de chamboulement plus important dans l'histoire humaine récente que les effets produits par la pilule et l'avortement.

 

La seconde rupture, l'utérus artificiel.

 

 

Je parle particulièrement de la Chine parce que c’est là-bas que l'histoire du monde s'écrit aujourd'hui. D'une part parce que c'est là que la technologie et les sciences vont le plus vite, mais aussi parce que c'est là que les contradictions du progrès se font le plus sentir. Et je crains qu'une prochaine rupture anthropologique encore plus violente que celle de la pilule et de l'avortement ne se produise bientôt là-bas. En effet, la Chine a émis l'idée, qui semble folle pour l'instant, de développer l'utérus artificiel pour l'être humain. Vous avez bien lu, l'info date du début de l'année, mais n'a, semble-t-il, pas fait beaucoup de bruit. On sait depuis quelque temps que la technologie est déjà au point pour les mammifères. Cette technologie existe déjà depuis 2017 pour les moutons aux USA. Bien sûr pour l'instant il s'agit de sauver des prématurés et il est clair qu'au début cette technique servira d'abord à corriger des problèmes et à aider des couples qui ont des problèmes pour avoir des enfants dans des conditions normales. Mais à long terme ne va-t-on pas vers une mécanisation pure et simple de la reproduction humaine ?

 

Et la question se pose d'autant plus fortement que comme je l'ai dit précédemment tout se passe comme s'il y avait une incompatibilité intrinsèque de la liberté absolue de choisir si l'on veut des enfants ou pas et l'intérêt général, qui exige à minima un certain équilibre démographique. S'il n'y avait pas de risque d'effondrement démographique pour certaines nations, je ne serais pas si inquiet. Mais quand on voit la démographie chinoise, japonaise, coréenne ou plus près de chez nous polonaise, allemande ou italienne, ces nations ne seraient-elles pas tentées un jour par la production de citoyens en cuve ? Pour l'instant évidemment ce n'est que supputation, mais si la technique le permet je doute franchement que certaines nations hésitent longtemps. Cela pose alors la question des conséquences à plus ou moins long terme. Quel serait le rapport à la vie d'une population qui naîtrait sans véritables parents ? On pourrait imaginer des fonctionnaires élevant collectivement des enfants nées en cuves et rémunérer pour le faire . Quid du rapport entre ces êtres et le reste de la population ? Quid des effets à l'échelle mondiale ? Si d'un seul coup une nation comme la Chine régénère sa démographie et reprend un esprit de conquête avec ces citoyens produit à la chaîne, les autres nations ne vont-elles pas suivre à contrecœur, juste pour ne pas être écrasées ? Si la pilule et l'avortement ont été les éléments moteurs des grands changements géopolitiques et économiques du 20e siècle, il y a fort à parier que l'utérus artificiel sera celui du 21e pour le meilleur, mais aussi pour le pire je le crains. La contradiction entre intérêt général et collectif risque de nous pousser petit à petit vers des sociétés dystopiques du type « Bienvenue à Gattaca ». Bernard Maris lui-même s'en inquiétait dans son antimanuel d'économie, regardant les insectes collectifs, il y voyait notre avenir. Après tout, les insectes sont arrivés bien avant nous dans l'évolution et l'évolution ultime dans l'efficacité énergétique et productive c'est la ruche ou la fourmilière.

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 16:07

 

J'avais écrit sur ce blog il y a quelques années un texte sur les monnaies fondantes et les monnaies locales. Les problèmes économiques actuels font ressurgir cette question. Et c'est évidemment dans le pays le plus dynamique de la planète, la Chine, que cette question semble vouloir pousser le gouvernement à tenter des politiques macroéconomiques originales. En effet, le gouvernement chinois semble vouloir introduire un yuan numérique à la valeur dégressive au fil du temps. Ce qui correspond à la définition des monnaies fondantes. Une solution à la concentration des richesses et au manque de circulation de la monnaie qui avait été pensée par l'économiste iconoclaste d'origine argentine Silvio Gesell.

 

L'origine de la monnaie fondante

 

La définition de la monnaie et l'importance ou non qu'on lui donne dépend souvent chez les économistes de leurs églises d'appartenance idéologique. Ce qui en soit est problématique, puisqu'une science qui n'arrive pas à s'accorder sur la définition claire de son unité de mesure, peut-elle vraiment être décrite comme une science ? C'était ce genre de détails qui faisait sourire notre économiste hétérodoxe préféré Bernard Maris qui nous a quittés trop vite dans les affreuses circonstances que l'on connaît tous à l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Il parlait à juste titre de scolastique économique, l'économie partageant avec la scolastique médiévale son côté très logique et en même temps son côté très peu scientifique. Le dernier texte de l'économiste Eric Monnet montrant le peu d'intérêt que portent les économistes à la pratique rigoureuse de la science qui consiste surtout à se confronter aux faits et non seulement à la logique d'un discours. L'économie semble par moment en être restée au stade de la métaphysique, le stade intermédiaire entre la religion et la méthode scientifique si l'on se fit aux réflexions d'Auguste Comte sur le sujet.

 

Pour en revenir à notre sujet, les économistes libéraux, vous diront que la monnaie n'est qu'un voile. Elle est une mesure de la valeur d'échange et rien d'autre. Elle n'a pas de valeur en elle-même, elle est neutre. On pourrait ici dire que les libéraux ont pris un peu leur désire pour des réalités. Ils ont en fait simplifié le problème parce que la monnaie c'est en fait simple et très compliqué à la fois. C'est effectivement le moyen d'échange qui nous simplifie la vie, mais c'est aussi un moyen d'accumulation. Le capitalisme est même fondé sur ça. La monnaie permet les dettes, ou plus précisément permet une représentation précise des dettes. Et contrairement à ce que beaucoup croient, la monnaie est en fait née bien après la dette. Parmi les premiers écrits des anciennes civilisations comme Sumer, on a retrouvé des quittances de dette alors que la monnaie telle que nous la connaissons n'avait pas encore été inventée. Mais est-ce si surprenant ? Dès leur plus jeune âge les enfants se prêtent des objets entre eux avec comme sous-entendu que l'un prête à l'autre, et vis-versa . C'est le fameux principe de « donner, recevoir, rendre » cher à Marcel Mauss. Quelque chose que l'on fait instinctivement et qui participe au fonctionnement collectif en faisant circuler la richesse et les moyens de production.

 

L'on pourrait aussi critiquer le fait que la monnaie est certes un moyen de mesure d'un échange, de l'évaluer de façon plus pratique. Mais que cette évaluation est une mauvaise mesure de l'échange dans le sens où il y a perte d'information au passage. Et c'est là qu'intervient la théorie de Silvio Gesell. En effet si la monnaie permet une évaluation instantanée de la valeur d'échange, elle n'est pas soumise aux mêmes contraintes physiques que les biens ou les services qu'elle a permis d'échanger. Si vous achetez une baguette de pain à votre boulanger, cette baguette va perdre rapidement de sa valeur puisqu'elle se dégrade avec le temps, que vous la consommiez ou non. Cette dégradation temporelle tout y est soumis dans notre univers, les hommes, les animaux, les denrées, et même l'univers lui-même. Mais la valeur monétaire non. Non seulement vous pouvez la stocker indéfiniment, mais en plus vous pouvez l'utiliser, la placer et même la faire fructifier pour produire de l'argent avec de l'argent. Ce n'est pas un hasard si les grandes religions se méfiaient tant de l'intérêt, dans une société stagnante l'usure peut rapidement concentrer la richesse entre peu de mains et devenir ainsi une catastrophe biblique, si je puis dire. Tout cela par le simple fait que l'argent ne perd pas de valeur et que l'intérêt la fait même s’accroître « gratuitement » aux yeux de possesseur du capital. Le taux d'intérêt composé est l'arme la plus puissante qui puisse être pour renverser des nations et des empires.

 

Bien évidemment la concentration des richesses ne pouvant être éternel dans le monde réel à un moment donné, cette accumulation explose ou est rongée par la guerre, les révolutions ou l'inflation. Le mieux étant une régulation par l'impôt et les politiques macroéconomiques, mais il faudrait pour cela quelques dirigeants éclairés, à la manière d'un Roosvelt ou d'un de Gaulle, personnages de qualité dont nous sommes malheureusement bien dépourvus à notre époque. Je rappellerais pour les ignares que le taux d'imposition sous Roosvelt avait atteint les 91% pour les plus hauts revenus. Une taxation à la hauteur des concentrations absurdes que la mécanique des taux d'intérêt composés avait produite alors. Mais Gesell comme beaucoup de ses pairs à l'époque cherchait une solution plus pérenne que les impôts, l'inflation et les autres remèdes à la concentration. Il trouva alors l'idée de rapprocher la nature de la monnaie de la nature physique de notre monde en introduisant la notion de dégradation temporelle.

 

L'idée est toute simple, puisque tout est soumis à la lente dégradation avec le temps, faisons une monnaie qui perd de la valeur avec le temps. Elle sera ainsi plus proche du fonctionnement physique du monde et empêchera les concentrations absurdes de richesse. L'avantage et l’élégance de sa solution tiennent au fait que cela ne nécessite pas d'un état massivement interventionniste comme peuvent l'être les politiques de redistribution. Cela ne dépend donc pas de la mode politique ou de l'exercice de quelques fonctionnaires qui peut toujours être embourbé dans les errements des problématiques humaines. Le problème est que la solution de Gesell était en fait difficile à mettre en pratique à l'époque, mais ce n'est peut-être plus vrai aujourd'hui .

 

Mettre en pratique la monnaie fondante en 2022

 

La monnaie fondante n'est donc pas une nouveauté. C'est une idée qui date du début du 20e siècle, mais qui à l'époque ne pouvait pas être mise en pratique. Cependant, nous avons tous déjà utilisé de la monnaie fondante la plupart du temps sans trop y penser. Les Tickets restaurant sont une forme de monnaie fondante puisqu'ils ont une date de péremption. Ils ont en plus de cette limite temporelle une limite d'usage. Les bons de réduction sous toutes leurs formes, votre chèque énergie, tout ceci en quelque sorte c'est de la monnaie fondante. Leur principal intérêt est qu'ils ne peuvent pas se stocker à long terme et qu'ils ont un usage bien précis. Cela favorise donc la consommation courante, mais aussi le don. Car à quoi bon garder un ticket s'il n'a plus de valeur et si l'on n’en a pas l'usage ? On fait alors une donation à un proche ou à quelqu'un qui en a besoin. L'autre bon point de la monnaie fondante est donc qu'elle favorise aussi un comportement plus altruiste que l'esprit d'écureuil produit par l'économie de l'épargne croissante. Et puis n'oublions pas qu'à la fin nous mourrons tous, quelle que soit votre épargne.

 

L'un des gros problèmes que je vois dans la monnaie fondante en pratique tient au système économique international. Les nations sont différentes et n'ont pas de pratiques homogènes. Or si un pays utilise une monnaie fondante, quid de ses relations commerciales et monétaires avec les autres nations ? À moins d'imaginer une monnaie fondante planétaire, je ne vois pas comment une nation seule pourrait se lancer dans ce genre d'expérimentation. Ou alors il faudrait qu'elle soit totalement autosuffisante et se passe du reste du monde. En pratique, on peut imaginer une multiplication de monnaie fondante intermédiaires à l'image des Tickets restaurant, mais pour de multiples usages courants. Pour la France on pourrait même imaginer des tickets de consommation de produits fabriqués à 100% en France à durée de vie limitée. En faisant ainsi un protectionnisme implicite bien que je me doute qu'il s'agisse là d'une entorse aux règlements européens.

 

Alors pourquoi est-ce la Chine qui se lance en premier dans ce type d'expérimentation ? En premier lieu parce que c'est un pays dynamique et vivant contrairement au nôtre. Donc qu'il se lance dans des expériences innovantes n'est pas surprenant. Mais surtout, je pense que la Chine essaie petit à petit de sortir du piège économique américain. Les USA sont le consommateur en dernier ressort de l'économie planétaire. Grâce à leur dollar, ils peuvent se permettre d'accumuler indéfiniment des déficits commerciaux et de faire aux autres pays la facture inflationniste en quelque sorte. Je ne reviens pas là-dessus, j'en ai déjà abondamment parlé dans de précédents textes. Donc pour que la Chine se débarrasse des USA, il faut qu'elle monte en gamme en matière industrielle, qu'elle soit autonome scientifiquement . Et elle l'est de plus en plus, quoi que fassent les USA pour les arrêter. Mais il faut aussi qu'elle se passe de la demande américaine et là c'est plus difficile.

Le taux d'épargne en Chine en % du PIB

En effet l'un des grands problèmes de la Chine en dehors de son problème démographique qui va peser de plus en plus c'est son taux d'épargne. Alors que dans les pays développés généralement le taux d'épargne peut se situer entre 15 et 20%, la Chine a encore un taux d'épargne de 44% ! Et il était encore de plus de 50% il y a quelques années. C'est fortement problématique parce que cela veut dire que la consommation chinoise est très inférieure à ce qu'elle devrait. L'état chinois a compensé pendant longtemps à coup de grands travaux et de politiques publiques dispendieuses à l'image d'un Roosvelt et son New Deal. Et la Chine qui manquait de tout avait besoin de toute manière de développer ses infrastructures. Mais voilà comme en occident ces politiques de grands travaux finissent par avoir des limites. Que ce soit parce que tout simplement on a construit tout ce qu'il y avait à construire ou parce que le niveau de volume à dépenser pour les travaux ne compense plus l'énorme capacité d'épargne des Chinois. À un moment donner la chine doit réduire cette épargne à un niveau plus compatible avec son nouveau statut de pays développé.

 

Alors, de nombreuses méthodes sont possibles, en Europe on a développé l'état providence avec l'assurance chômage, la sécurité sociale, la gratuité de l'enseignement, les retraites, etc. Tout ceci a permis aux gens d'avoir confiance en l'avenir et de réduire leur propension à épargner. La Chine choisit la monnaie fondante pour pousser les Chinois à consommer plus. On verra si la méthode fonctionne à terme, en tout cas c'est une expérience intéressante. Et l'on peut espérer que cela inspire d'autres régions du monde pour au moins réfléchir au concept. Mais dans le domaine des décisions économiques aussi on voit que l'occident n'est plus le centre du monde. Dans les années trente, les innovations économiques venaient d'Amérique ou d'Europe. Aujourd’hui elles viennent d'Asie, alors qu'à l'inverse nos pays régressent avec un capitalisme qui commence à ressembler à celui du 19e.

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2 novembre 2022 3 02 /11 /novembre /2022 16:11

 

Une grande partie des Français a été choquée par le mouvement radical qui s'est constitué contre la construction de bassine de retenue d'eau des Deux-Sèvres . Alors que la France subissait déjà les contrecoups de l'influence des mesures écologiques prises dans le domaine de l'énergie depuis plus de trente ans, voilà que les Français découvrent stupéfait que les mouvements écologistes peuvent aller jusqu'à la violence extrême pour obtenir se qu'ils désirent. Et cela alors que les projets de bassines ont suivi les contraintes démocratiques classiques avec autorisation préfectorale. Les projets ont été plusieurs fois réévalués, les agriculteurs ont été associés au projet qui consiste simplement à stocker de l'eau lors des périodes plus riches en eau en prévision des périodes sèches, rien de nouveau ou de révolutionnaire en somme . Au passage, la civilisation maya pratiquait déjà le stockage d'eau dans le Yucatan . Cette civilisation avait même pour particularité d'avoir construit son lieu de développement sans fleuves, uniquement grâce au stockage des eaux de pluie lors des saisons humides qui ruisselait dans des canaux traversant toutes les villes mayas. Comme quoi cette question du stockage de l'eau pour faire face aux variations climatiques n'est pas vraiment nouvelle.

 

Alors pourquoi cette violence écologiste alors que les projets ont déjà mit de l'eau dans leur vin ? Parce que le mouvement en question porte en lui une vérité révélée, il se bat pour le bien, celui de la terre et de l'avenir de l'humanité. Et pour un partage de l'eau équitable. Tout du moins, c'est ce que semblent croire , le verbe est important, les gens qui participent à ces mouvements. Et il en va de même pour tous la plupart des mouvements écologistes. Plus généralement, nous constatons depuis quelques décennies un durcissement des positions sur tout un tas de sujets et pas seulement sur la question écologique. Le mouvement Woke aux USA a lui-même fourni une grande vague de ces sujets sur lesquels il ne saurait y avoir d'avis divergent ou de tête qui dépasse. Mais alors que l'occident s'est toujours targué d'être le défenseur de la liberté d'expression , de la liberté de penser, comment se fait-il qu'aujourd'hui elle se restreigne, qu'elle recule ? Le gouvernement français qui a fait fermer la chaîne russe RT ou qui vient de couper le sifflet au site de streaming vidéo Rumble parce qu'ils n'allaient pas dans le sens que voudrait l'état français montre la dérive d'autant que cela ne choque plus personne chez les prétendus journalistes français. Les universités elles-mêmes font la chasse aux sorcières des enseignants qui ne daignent pas coller à la nouvelle doxa intellectuelle.

 

En un sens, c'est symptomatique de la dérive générale en occident. L'on ne veut plus sortir de son milieu intellectuel fermé. On ne veut plus entendre une opinion autre que la sienne et lorsque cela arrive, les personnes s’agacent, elles ne donnent pas d'arguments et en viennent souvent à l'affrontement. C'est d'autant plus choquant pour un français qui a connu un peu la France des années 70-80 où tout se disait et où l'on cherchait même souvent la confrontation intellectuelle. Que s'est-il donc passé depuis ? Pourquoi est-il aujourd'hui aussi difficile d'avoir un avis divergent, quel que soit le sujet ? On pourrait parler du Covid, de la guerre en Ukraine, ou de la politique énergétique, à chaque fois on tombe dans l'excès dans un sens ou dans l'autre . Nous pourrions ici parler du rôle néfaste des médias, je l'ai déjà fait dans un texte précédent. Ils jouent effectivement un rôle important dans la montée aux extrêmes dans tous les sens du terme. Ils embrument généralement les débats plus qu'ils ne les éclairent. Mais le fond est probablement ailleurs. Nos sociétés sont fragilisées, les individus sont réduits à eux même. Et l'absence de structure collective forte comme pouvait l'être la religion ou les partis politiques d'autrefois, les pousse à chercher du collectif autrement. C'est probablement l'anomie structurelle de nos sociétés et la réaction des individus à celle-ci qui produit ces phénomènes. Et c'est chez un auteur pourtant écologiste que l'on va chercher une réponse satisfaisante à ce questionnement, Jacques Ellul.

 

Du triomphe de l'anomie au retour du religieux

 

Jacques Ellul est un auteur prolifique et important pour les questions les plus importantes du monde moderne. Son livre « Le Grand Bluff technologique » reste une critique acerbe et tout à fait intéressante du système technicien dans lequel nous vivons. La récente affaire du Covid et du lien de corruption entre l'industrie pharmaceutique et la médecine peuvent largement s'expliquer par la vision du système technicien tel que nous le décrivait Jacques Ellul. Mais si cet auteur a beaucoup parlé de l'industrie, de l'écologie et des limites du progrès tel que nous le concevons, il a aussi bien décrit l'étrange époque dans laquelle nous sommes. Dans son livre « Les nouveaux possédés », il nous dépeint un occident qui n'est pas en voie de devenir athée, mais bien au contraire un occident en voie de redevenir païen. Loin d'avoir libéré l'homme, l'effondrement de la croyance religieuse classique, chrétienne dans nos contrées, aurait poussé l'homme à croire à de nouvelles fariboles. Lorsque Ellul écrit cela, nous sommes dans les années 70 et il s'étonne alors du retour des médecines dites traditionnelles, de la cartomancie, de l'astrologie, etc. Ce retour des croyances primitives prenait alors un aspect des plus primitifs. À cela s'ajoutaient aussi les phénomènes des idoles, qu'elles soient musicales, télévisuelles ou sportives. Le simple fait que l'on ait nommé cela des idoles en dit plus longuement qu'un long discours sur le lien avec les phénomènes religieux.

 

Alors est-ce que cela signifie que les gens croient à nouveau réellement dans ces choses, dans les esprits, dans les fantômes, dans la magie ou dans les extraterrestres ? Probablement pas en fait, mais comme le disait Ellul cela donne du sens commun, une référence commune, voir même une culture commune. Le retour du religieux dans la modernité ne concerne pas tant que ça le besoin d'irrationalité face à une science qui malgré le fait qu’elle semble expliquer beaucoup de choses admet aussi qu'elle ne sait et ne peut pas tout. C'est avant tout le besoin de collectif que viennent remplir ces nouvelles croyances. Elles fournissent un langage commun à ceux qui participent à la croyance, et elle devient quasiment identitaire. Il suffit d'avoir croisé des végans extrêmes par exemple pour savoir que beaucoup de choses chez eux se réfèrent à leur croyance végan. Le comportement alimentaire bien sûr, mais aussi le comportement vestimentaire, le comportement éducatif et même les liens sociaux les plus basiques comme la façon de parler ou de se coiffer. Ils sont aussi souvent très prosélytes et ne comprennent pas que vous n'adhériez pas à leurs visions des choses. Tel un témoin de Jéhovah, ils vous regardent souvent de haut. Les végans sont un cas extrême évidemment, mais ils véhiculent bien le caractère religieux de ces comportements. S'ils ne sont pas de la même obédience, ils ne sont pas si éloignés que ça des salafistes issues, eux, d'une ancienne religion. Loin d'être uniquement le support d'une idée, la croyance est avant tout ici le véhicule du lien social. Elle permet de se reconnaître chez l'autre et donc de faire cause commune et de faire société. Les phénomènes de modes comme les tatouages ou les phénomènes musicaux relèvent aussi de ce type de mécanisme. La plupart des gens ne regardent pas le foot par intérêt réel, mais parce qu'il permet de créer du lien avec les collègues au travail.

 

En offrant un langage commun, des références communes, la religion, la croyance collective, fait la société, elle rend possible la vie commune. Donc quand vous vous attaquez à ça, vous créez une attaque d'une violence inouïe pour les membres de cette communauté, car vous remettez en cause ce qui les socialise. Et cela même si vous avez parfaitement raison, la question de la rationalité d'entre pas ici en ligne de compte. L'on voit ici le problème de nos sociétés modernes. Autrefois la croyance en France c'était le christianisme et même les athées de l'époque avaient pour langage commun et comme ennemie une seule chose, la croyance chrétienne . Cela donnait du sens à notre société . Tout le monde chez les croyants allait à la messe, pendant que les athées se réunissaient contre elle . Cela structurait la société qu'on soit pour ou contre. Et pendant que le langage commun organisait la vie sociale, les sujets sérieux pouvaient être abordés collectivement de façon rationnelle, parfois avec des engueulades bien sûr, mais aussi à coup d'arguments construits et d'études scientifiques. La religion, le lien collectif et la vie politique étaient réellement séparés. Malheureusement, la mort réelle du christianisme a également laissé les athées et les laïcs bien esseulés. L'agonie de la croyance collective est un phénomène ancien surtout en France. Emmanuel Todd pense, probablement à juste titre, que c'est l'effondrement de la croyance religieuse qui provoqua la Révolution française puisque la monarchie s'appuyait sur la croyance chrétienne. Donc les premières religions de substitution sont apparues et ont commencé à apparaître à cette époque.

 

Le nationalisme excessif, le libéralisme, le communisme sont des mouvements qui dans un sens à un moment donné de l'histoire ont pris des atours de religion. En définitive, toute idée, toute pensée, tout phénomène peut devenir religieux à partir du moment où il devient commun à nombre de personnes. Quand Marx écrit le Capital, il ne tient pas à en faire une bible et pourtant des millions de gens vont en faire une religion sans dieu. Le penseur le plus rationnel et le plus attaché à la recherche de la réalité et à la méthode scientifique peut se voir dépasser par sa création lorsque celle-ci devient le jouet de lien collectif. C'est tout le problème du monde actuel, en ayant perdu ses repères traditionnels l'occident a en quelque sorte perdu la boule. Chaque sujet peut se voir transformer en guerre religieuse entre croyant et non-croyant, entre hérétiques et orthodoxes. Des sujets aussi sérieux que l'économie, l'énergie, la politique migratoire ou la géopolitique deviennent des prétextes à la reconnaissance communautaire de groupe religieux. Tu es poutinien si tu ne critiques pas la Russie en tout lieu, tu es anti-russe si tu ne soutiens pas Poutine. Tu n'es pas pour le vaccin anti-Covid de Pfizer alors tu es un anti-science et un anti-vaccin. On le voit, les sujets à discorde sont nombreux, et pour cause, n'importe quoi peut alimenter ce phénomène. Et pour couronner le tout, les médias comme on l'a vu aggravent la situation pour ne pas dire qu'ils y participent. L'être humain aime faire partie d'un groupe, c'est dans sa nature, mais il est bien malheureux que l'Occidental moderne ait troqué ses appartenances classiques pour en revenir à un paganisme à géométrie variable. C'est qu'il est bien difficile de diriger une société dans laquelle nul sujet ne peut être pensé en dehors du cadre d'un affrontement dogmatique manichéen.

 

Le capitalisme exploite les nouvelles religions

 

Mais si ce phénomène de montée aux extrêmes et de guerre religieuse s'avère être une catastrophe pour la société en général, il n'en va pas de même pour les capitalistes et les marchands de tapis. L'on pourrait ici remarquer que les médias de masse adorent les affrontements cultuels. C'est bankable comme on dit communément. Plus généralement, le commerce communautaire est en plein boom. Le plus voyant celui du communautarisme musulman est extrêmement rentable avec le hallal qui est désormais sur toutes nos étales, alors même que le hallal est une invention de l'Iran des années 70 qui n'a rien de traditionnel dans l'islam, mais passons ce détail. Le séparatisme nutritionnel participant au séparatisme spatial et culturel qui monte dans les banlieues françaises. Le bio et la nourriture végane font faire des superprofits à l'agro-industrie. Les tatoueurs font une masse de revenus sur une mode qui fera probablement passer ses adeptes pour des imbéciles quand ils auront 70 ans . Mais ce n'est pas grave, les dermatologues feront fortune ensuite. Et comble de l'invention idéologique moderne, voilà que le wokisme a créé de toute pièce un super business sur les opérations de changement de sexe que l'on ne saurait critiquer. Attention à vous si vous avez le malheur de dire qu'un homme à qui on coupe les testicules ne devient pas une femme, même avec des hormones, mais un eunuque.

 

Ces diverses modes, ces mouvements de croyances forment un tissu complexe de relations humaines qui s'entrechoquent et rendent la société littéralement ingouvernable. Impossible de faire vivre réellement des croyants de l'islam salafistes avec des transsexuels LGBT . Le capitalisme des communautés encourage par intérêt financier un phénomène qui disloque en réalité le tissu social et participe à sa fragmentation . Mais ce phénomène ne sera probablement pas éternel, il n'est certainement que transitoire un peu comme la multiplication des sectes chrétiennes avant le concile de Nicée. Ce phénomène affaiblit de toute façon progressivement l'occident . Incapable de prendre une direction rationnelle mue comme il l'est par des modes religieuses passagères, à l'image des conflits entre iconoclastes et iconodoules dans l'Empire romain d'Orient. Mais comme les conflits religieux de cette époque, cela pourrait bien lui être fatal à long terme.

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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 16:23

 

Emmanuel Todd dans son vieux livre « Après l'Empire » avait émis un doute sur une dérive ploutocratique des sociétés occidentales. Ou plus exactement un doute sur une telle orientation pour la partie européenne de l'occident, car les pays européens n'étaient que des dominés dans le système impérial américain. Pour rappel, l'aspect impérial de l'organisation économique américaine provient pour Todd de la spécialisation de l'Amérique dans la consommation de produits importés d'ailleurs. Le rôle spécial du dollar en tant que monnaie internationale ayant donné lors de l'accord de Bretton Woods aux USA cette caractéristique de devenir un peu l'état keynésien de la planète entière. Surtout après que le dollar a été décroché de l'or en 1971 par Richard Nixon, permettant alors d'émettre autant de monnaie internationale qu'il le désirait. Rappelons que c'est en partie la guerre du Vietnam et son coût monstrueux pour les USA qui les incita à faire cela. L'inflation des années 70 tenait au moins autant à cette mécanique qu'à la hausse du prix du pétrole. Il advint alors que l'économie américaine se mit à piloter l'économie mondiale par son aptitude à consommer largement plus qu'elle ne produisait. Créant une espèce d'empire de la demande universelle. Que le déficit américain recul, et l'économie mondiale s'effondre faute de demande suffisante pour consommer tout ce qui est produit sur terre.

 

Le dollar grâce à son statut unique est décroché à premier vu du besoin de l'équilibre des comptes courants, permettant aux USA d'accumuler des déficits extérieurs monstrueux, tout comme il leur permet d'effacer leur dette comme il leur semble puisqu'il ne tient qu'à eux d’émettre la quantité de monnaie qu'ils veulent. Cette mécanique très bien vue par le général de Gaulle à l'époque permet aux USA en grande partie de faire payer leur inflation aux autres qui sont obligés de racheter des dollars pour éviter que leur monnaie ne grimpe trop. Ajoutons à cela le fait que le dollar est au cœur des transactions des matières premières et nous obtenons un système de captage de la richesse mondiale par les USA . Ces derniers n'ont plus rien à produire pour maintenir leur niveau de vie, il leur suffit d'imprimer des billets. Cette drôle de situation qui n'a cessé de s'aggraver depuis la sortie du livre de Todd est au cœur d'une relation de type impériale entre les USA et le reste du monde. L'Amérique est devenue notre pyramide à laquelle on fait des sacrifices régulièrement pour ne pas être exclu de sa consommation par la surélévation monétaire.

 

Quand Emmanuel Todd sort son livre en 2003, les USA ont un déficit commercial de 400 milliards de dollars, il est aujourd'hui de 1000 milliards de dollars par an. Mais la simple énumération de ce chiffre ne parle pas de la sous-évaluation des marchandises importées par la surévaluation du dollar . Ni ne l'avantage du dollar qui permet à l’Amérique d'acheter des entreprises du monde entier à faible coût pour elle, ni de la facilité qu'elle a à maintenir sa domination technologique par ce même mécanisme. Si cette situation a favorisé de façon grotesque les USA, il est aussi à l'origine de ses nombreux déboires, de ses immenses inégalités. Tout le monde ne peut prétendre à bénéficier de la dîme impériale aux USA de la même façon. Cela a permis aussi aux USA de créer cette étrange économie qui produit des emplois qui ne servent à rien en pagaille. On connaît ça aussi en France et ces bullshit job ont été remarquablement bien expliqué par le très regretté anthropologue David Graeber dans son fameux livre éponyme. Ce déficit commercial permanent autorisé marque le véritable privilège impérial. De fait, les USA ne sont plus une nation qui doit faire avec ses contraintes naturelles et équilibrer ses comptes extérieurs, mais un empire qui doit maintenir son emprise sur le monde. Elle n'est de facto plus une démocratie même si elle en garde l'apparence. Les élections sont de moins en moins significatives et malgré les élans parfois populistes à l'image d'un Trump, les contraintes impériales ramènent rapidement les nouveaux élus à la réalité. Comment faire pour maintenir l'Empire, car si le privilège du dollar disparaît c'est la fin des haricots et l'hyperinflation qui guette les USA ? Comme l'a rappelé succinctement Emmanuel Todd dans un texte récent sur l’hebdomadaire Marianne.

 

Le conflit ukrainien est en réalité un conflit russo-américain et les Russes ont très bien compris où il fallait taper pour en finir avec les USA comme l'a montré Poutine dans la réunion du forum Valdaï récemment. Si les Européens n'ont jamais vraiment voulu se débarrasser de la tutelle américaine, le reste du monde par contre commence à en avoir assez surtout la nouvelle superpuissance montante, la Chine, mais elle n'est pas toute seule. L’Amérique perd même ses alliés historiques comme l'Arabie saoudite qui pèse pourtant énormément dans l’appareil impérial américain grâce à son énergie fossile vendue en dollar. Il est difficile d'affirmer si la fin est là avec une éventuelle défaite en Ukraine, mais il est clair que d'ores et déjà l'Empire prend l'eau. En jetant les européens par-dessus bord, l'Amérique a probablement gagné du temps, mais rien n'indique qu'elle a conforté sa position à moyen terme c'est même peut-être l'inverse . Il n'est pas sûr que l'Allemagne ait apprécié le coup fourré que leurs grands alliés américains leur ont fait pour les séparer de la Russie et de ses ressources.

 

Les sous-fifres de l'Amérique encore moins démocratique qu'elle.

 

En 2003 Todd pensait donc que la propension des USA à la disparition progressive de la démocratie allait la différencier du destin de ses satellites européens. Car si les Européens étaient membres de l'Empire, ils n'en sont en réalité que les sujets. La dîme impériale ne les concerne pas et les pays européens doivent, bon grès malgré, équilibrer leurs comptes extérieurs. C'est ici clairement la situation économique qui distingue une collectivité nation nationale d'une collectivité impériale. Ce que Todd n'avait pas prévu c'est que la superstructure européenne sous l'influence allemande allait prendre à son tour une structure de type impériale. Emmanuel Todd s'en rendra évidemment compte par la suite, mais en 2003 la situation actuelle aurait paru ubuesque. Que constate-t-on en fait et bien que l'UE jusqu'à la crise Covid et la guerre en Ukraine avait un excédent commercial constant. Cet excédent était le résultat d'une politique mercantiliste essentiellement germanique et incluant les satellites de l'Allemagne (Pays-Bas, Pologne, Rep tchèque, etc.)  la présence des états latins avait comme effet une sous-évaluation de la monnaie allemande qu'est en fait l'euro. Si l'Allemagne a beaucoup fait grossir son excédent vis-à-vis de la France, elle a aussi fait exploser ses excédents en dehors de la zone euro aux USA et en GB particulièrement. L'Allemagne a compensé l'accroissement de ses déficits avec l'Asir par l'accroissement de ses excédents avec les autres pays occidentaux. Et c'est l'euro qui a en partie permis ce tour de passe-passe. Du moins jusqu'à aujourd'hui.

 

Tout se passait comme si l'UE était devenue une extension du pouvoir politique allemand. Un pouvoir lié aux grands déséquilibres provoqués par la monnaie unique et par l'élargissement inconsidéré de l'Union européenne a des pays aux conditions salariales et sociales largement inférieures aux conditions des anciens membres de l'UE. De fait, l'Allemagne a réalisé son rêve de Mittleeuropa . Elle s'est servie de l'Europe de l'Est pour produire à bas prix et de la Russie pour son énergie à bas prix aussi. En se renforçant sans cesse et en affaiblissant les autres membres la France et l'Italie en particulier l'Allemagne a transformé l'UE en un nouveau Saint Empire Romain Germanique, qu'il faudrait plutôt appeler Saint Empire Libéral Germanique (Le SELG) la bible ayant été remplacé par l'ordolibéralisme comme religion d'État. En gros, le mécanisme est simple l'Allemagne décide et les autres obéissent. Les mécanismes et les lois européennes ne s'appliquent réellement qu'aux membres inférieures de l'union, l'Allemagne s'accordant la possibilité de s'exonérer des règles européennes quand ça lui chante sans jamais être inquiété par Bruxelles.

 

Il s'agit ici d'un empire informel. Officiellement l'Allemagne n'est qu'un membre parmi d'autres, mais on constate en pratique ce fonctionnement. Il s'agit donc d'un empire dans le sens où 'économie européenne n'est pas structurée dans le but d'un intérêt général, mais bien dans celui d'un de ses membres, celui qui domine, l'Allemagne. La disparition des mécanismes démocratiques en Europe de l'Ouest découle de cette réalité. En vidant l'espace décisionnel de ses membres, en réduisant les possibilités étatiques d'action politique et économique à pratiquement rien, l'UE et l'Allemagne ont tué de fait la démocratie en France, en Italie, en Espagne, etc.. Chaque membre ne peut qu'exécuter les décisions prises en haut et ces décisions-là ne sont jamais prises de façon démocratique. En reléguant les prises décisionnelles à un niveau technocratique sous influence allemande, les élites françaises sont probablement responsables du pire crime contre la nation qui n'a jamais été perpétré et je pèse mes mots. Pétain avait au moins une excuse à celle de la défaite militaire et de la présence des panzers allemands dans les rues . Les gens qui prétendent défendre la démocratie dans une telle structure économique asymétrique sont au mieux des imbéciles ou des démagogues. Ce que craignait Emmanuel Todd en 2003 est finalement advenu, l'occident n'est plus qu'un club de ploutocratie caché derrière les atours de la démocratie. L'on pouvait encore faire illusion il y a dix ou quinze ans, mais je pense qu'aujourd'hui le reste du monde n'est plus dupe. La démocratie c'est peut-être un bon régime politique, mais nous ne sommes plus bien placés pour réellement en parler.

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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 18:23

 

L'Europe de l'Ouest arrive désormais au stade terminal du libéralisme. Prônant depuis plus d'un demi-siècle une libéralisation au forceps et une dérégulation de tous les instants, la machinerie européenne a totalement cassé la capacité des nations qui en sont membre à l'autodéfense et à produire elles-mêmes ce dont elles ont besoin . En se spécialisant à outrance pour faire bonne mesure dans le grand mécano globaliste, les nations européennes ont finalement perdu toute forme d'indépendance et de capacité de souveraineté. Bien évidemment il s'agissait là de l'objectif premier de la construction européenne. Dans l'esprit, il fallait déconstruire les nations d'Europe pour faire de l'Europe une nation. Mais voilà, le monde est ainsi fait que l'on ne construit pas une nation en collant trois peuples disparates ensemble. Et même la construction des vieilles nations européennes fut une marche longue et sanglante que les idéologues bruxellois ont peine à imaginer. Et un marché financier et économique ne produit pas non plus une nation, il faut pour cela partager une langue, une histoire, une culture, une religion, un projet collectif . On a coutume de dire que l'argent ne fait pas tout, il faut croire que les européistes ont voulu faire une démonstration pratique du proverbe avec les nations .

 

La déconstruction des nations d'Europe n'a pas fait une nation

 

En ces temps de grand vent soufflant sur le vieux continent où les crises se multiplient, l'on voit bien que l'incapacité de la bureaucratie européenne à défendre ses propres intérêts provient tout simplement de l'incapacité à définir en réalité ses propres intérêts. La somme des intérêts de chaque nation européenne n'a pas fait un intérêt commun. Et à partir du moment où vous ne pouvez pas savoir quel est votre intérêt, il devient impossible d'avoir une stratégie claire. C'est la raison principale de l'échec de l'UE, elle ne sait pas où elle va ni qui elle est. Elle n'est en définitive qu'un assemblage artificiel d'intérêts souvent contradictoires qui ne se meut que grâce à des impulsions de quelques grands états dominants, surtout l'Allemagne. Une espèce de monstre de Frankenstein à l'échelle d'un continent. L'on voit bien ici avec l'UE que la taille n'a aucune importance en matière de grande politique et de souveraineté, tout aussi théoriquement puissant que puisse être l’ensemble européen, son unification autour d'un pouvoir central l'a considérablement amoindri au plan international. Nous avons ici l' exemple d'un ensemble qui fait finalement moins bien que la somme des partis qui le compose. L'Europe plus divisée de 1960 pesait nettement plus lourd que l'Europe unie de 2020. Car l'UE n'a pas défendu les intérêts de ses membres et n'a pas plus défendu celui qu'elle n'a pas pu définir. Elle a accompagné la désindustrialisation du continent, sa perte en termes de capacité technique et de créativité. Et point d'orgue de son inaction, elle n'a strictement rien fait pour combattre le déclin démographique du continent en dehors de l'organisation d'une immigration qui s'apparente de plus en plus à une nouvelle forme de colonisation qui sera extrêmement dangereuse à long terme.

 

Pire que ça, l'UE est devenue le jouet exclusif de sa puissance tutélaire américaine. La voici plongée dans un conflit avec la Russie pour défendre les intérêts à peine cachée de la puissance anglo-saxonne. Et dire que l'on nous présentait jadis l'UE comme un barrage à la puissance américaine et l'euro comme un remède au dollar. Ce fut finalement l'inverse qui se produisit et avec l'effondrement rapide de l'euro l'on pourrait même craindre à terme une dollarisation progressive de la zone . Pourquoi en effet utiliser une monnaie qui singe l'empire quand on peut directement utiliser la monnaie impériale ?

 

La souveraineté et la puissance

 

La France fut un très gros pays démographiquement parlant.

 

J'ai souvent expliqué sur ce blog la nécessité qu'il y a, à bien distinguer la notion d'indépendance de celle de puissance . C'est un point essentiel pour bien situer la notion de souveraineté . Il y a malheureusement dans la classe sociale supérieure française un problème de confusion en la matière qui provient essentiellement de notre histoire nationale propre. La France a longtemps été la Chine de l'Europe avec une démographie largement supérieure à celle de ses voisins . Ce poids démographique a naturellement donné du poids à la France d'un point de vue historique . On a du mal à l'imaginer aujourd'hui, mais la France a longtemps été le troisième ou quatrième pays le plus peuplé du monde. Donc évidemment ce poids de longue durée a eu un effet sur la culture des élites habituées à être un centre de gravité intellectuel et culturel. Cela se combinait assez bien d'ailleurs avec la culture égalitariste des familles du bassin parisien pour faire appel à une base d'analyse Toddienne. Le problème c'est que depuis plus de deux cents ans la France décline d'un point de vue démographique relatif. Notre poids a baissé dans des proportions phénoménales. Des régions du monde jadis sous-peuplées sont désormais largement plus peuplées que nous et notre poids relatif a donc décru dans les mêmes proportions. Pendant un temps l'industrialisation précoce de l'Europe et de la France a maintenu l'illusion de grandeur française, mais maintenant le monde entier s'industrialise et là encore nous perdons du poids. Cette réalité doit être admise, la France et l'Europe ne pèseront plus grand-chose dans les décennies qui viennent. Mais ce n'est pas un drame pour autant . Nombreuses sont les nations de petites tailles qui n'ont jamais pesé vraiment sur l'histoire, mais qui ont pu continuer tout de même à écrire leur propre histoire et c'est cela en définitive qui importe le plus, le fait de pouvoir continuer sa propre histoire en tant que peuple.

 

C'est cette réalité que fuient nos élites en cherchant un empire de substitution. À travers l'UE ou à travers les USA quand ils se font plus atlantistes que les Américains eux même ils cherchent à retrouver ce poids qui était celui de leurs glorieux ancêtres . L'immigration délirante elle-même peut être vue comme la poursuite de cette course à l'abîme impérialiste, un délire qui consiste à vouloir être plus grand qu'on ne l'est, au risque même d'y perdre son identité et son âme en tant que peuple et nation. Et peu importe s'il ne s'agit que d'une illusion qui nous conduit au désastre, l'important c'est d'avoir encore l'impression d'être important. Ils ont ainsi laissé tomber le récit national pour celui de l'Europe et de l'Atlantisme pour s’identifier encore une fois à ceux qui comptent. Cette réalité est particulièrement importante en France parce que nous avons été longtemps une grande puissance, mais aussi parce que la mentalité égalitariste du cœur de la France a facilité cette identification à l'autre. La même mécanique qui permet au français d'aimer le monde entier et d'accepter si facilement l'immigration produit aussi cet étrange phénomène d'acceptation de sa propre disparition dans un ensemble plus grand. Notre égalitarisme hérité des structures familiales du bassin parisien qui a été une force lorsque nous étions grands est aujourd'hui une faiblesse qui facilite notre dissolution nationale.

 

Car le problème comme nous l'avons vu précédemment c'est que l'UE n'est pas une nation. La destruction de la nation française ne nous a pas fait intégrer une nation plus grande dans laquelle nous faisons corps, mais a simplement laissé les Français orphelins d'une identité collective, d'une force collective qui agit en leur nom. Nous ne sommes plus qu'un amas d'individus égocentriques, apeurés et perdus au milieu d'un monde de nations collectives qui ,elles, défendent leurs intérêts nationaux. S'en suit bien évidemment un déclin de plus en plus rapide, car seul un collectif peut combattre un autre collectif. Oubliez les imbécillités survivalistes, nul individu ne peut survivre vraiment seul dans le monde tel qu'il est.

 

Il nous faut donc en France réhabiliter la souveraineté nationale comme seule porte de sortie aux problèmes français. La recherche de la puissance n'est qu'une illusion dangereuse qui conduit le pays et le continent au désastre. On en a la preuve en ce moment même, le soutien franco-allemand à l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine n'étant pas étranger au conflit avec la Russie. Et cet élargissement est le produit d'un sentiment de puissance produit d'une part par l'illusion européenne d'autre part par l'identification des élites du continent à l'empire américain. Mais l'hubris n'a jamais été un bon conseillé dans l'histoire. Il nous faut donc une souveraineté à petite dimension, mais une souveraineté tout de même . L'important n'étant pas la taille ou votre dimension économique, mais bien votre capacité à pourvoir aux besoins de votre population. En ces temps de disette énergétique l'on voit bien que la grosse Europe devenue dépendante excessivement de l'extérieur pour cause de divagation idéologique est moins souveraine que la France du début des années 80 qui avait réalisé une certaine autonomie énergétique stratégique grâce au développement du nucléaire. Pour résumer la chose, mieux vaut être petit et autonome que gros et dépendant. Et c'est d'autant plus vrai si l'on est attaché à la notion de démocratie qui est totalement dépendante de la notion de souveraineté. Nul n'est démocrate s'il n'est maître en son pays. Vouloir perdurer doit devenir le projet français du 21eme siècle, et c'est un projet noble, qui vaut bien tous les empires du monde.

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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 16:52

 

La crise gazière que traverse l'Europe nous rappelle aujourd'hui la très grande fragilité des sociétés modernes . Car si la modernité technique a grandement amélioré le niveau de vie général, elle a aussi créé une très grande dépendance vis-à-vis de quelques denrées essentielles . Et bien évidemment les matières premières dites fossiles arrivent en tête du classement. Il ne faut cependant pas oublier que si les matières fossiles servent en grande partie à produire de l'énergie elles sont aussi essentielles dans d'autres secteurs. Elles sont essentielles pour faire de l'acier, pour faire des plastiques et même pour faire de l'engrais. Parce que dans l'étrange société dans laquelle nous vivons on fait pousser des légumes avec le résidu de matière première produit par des organismes morts il y a des centaines de millions d'années. À l'heure actuelle notre agriculture pétrochimique est incapable de nourrir la population sans ça et cela devrait poser question. Au-delà de la simple question de l'accès au gaz russe qui nous pose tant de problèmes immédiats, le fait d'avoir un système agricole entièrement dépendant d'une matière première qu'on n’a pas, et qui de toute façon finira par s'épuiser un jour, est fortement problématique.

 

Comme on le voit dans le cas agricole, la question de l'épuisement des ressources n'est pas qu'un problème énergétique, c'est un problème général produit d'un mode de vie qui sans cesse passe son temps à accroître ses besoins de plus en plus artificiels. C'est que j'avais appelé à l'époque la civilisation de l'épuisement . Une civilisation qui néglige son environnement c'est certain, mais aussi sa population, et ses ressources, sous toutes leurs formes. La crise des méthamphétamines aux USA est assez emblématique de la chose. Bref, une civilisation qui néglige tout ce qui permet justement à la civilisation de fonctionner. Le fait que nous épuisions nos ressources en matière première sans nous en inquiéter outre mesure jusqu'au moment où l'on nous coupe le gaz n'est pas sans lien avec le peu d'importance que nous apportons à notre natalité, à notre système éducatif ou à notre santé publique. Une vision à court terme produit d'une société individualiste où même les questions écologiques et énergétiques finissent par être traitées de la même manière. Il n'y a plus d'électricité, mettez donc des cols roulés, ne construisons pas de centrale et ne nous préoccupons pas de la question du marché de l'énergie complètement absurde. Tout ce qui nécessite une action collective n'est plus pris en charge par l'état qui laisse faire le marché. Le marché qui finira bien par résoudre le problème grâce aux saintes forces du marché libre autorégulé.


Plus on est de fous, moins y a de riz.

 

Cette célèbre blague de Coluche résume un peu la question même s'il parlait dans son vieux sketch de la Chine. Mais cette façon de penser assez malthusienne fausse un peu le raisonnement. En effet, ce n'est pas tant le nombre d'individus tout seul qui pose problème que la quantité consommée par tête. L'information commence à être connue, mais l'humanité ne va pas vers une explosion démographique sans fin. Contrairement à ce que l'on pouvait croire dans les années 60-70 la transition démographique s'est faite à un rythme très élevé . À tel point qu'aujourd'hui on pourrait bien craindre l'inverse à savoir un effondrement démographique planétaire. En dehors de l'Afrique noire, la plupart des pays développés ou non ne font plus suffisamment d'enfants. Le cas le plus impressionnant étant l'évolution des pays d'Asie de l'Est comme la Corée du Sud ou la Chine, où la natalité tombe pratiquement à seulement un enfant par femme. Rappelons que le simple renouvellement des générations nécessite un peu plus de deux enfants par femme (le ratio des garçons étant légèrement plus élevés dans les naissances en moyenne), on considère que dans un pays à basse mortalité infantile il faut environ 2,05 enfants par femme pour renouveler les générations et donc avoir une stabilité démographique à terme. Donc la question du surpeuplement de la planète n'est plus du tout valable . Le vrai problème c'est l'augmentation continue du niveau de consommation par tête.

 

La Chine, sans le vouloir, et grâce à son fabuleux développement de ces quarante dernières années , a mis le modèle de société vendu par l'occident dans une contradiction. Une contradiction qui aurait pu perdurait peu plus longtemps si une puissance démographique aussi énorme que la Chine n'avait pas eu l'idée de suivre le même modèle de consommation de masse et d'épuisement des matières premières. On commence à comprendre que le mode de vie américain pour faire court, n'est pas généralisable et que même si le niveau de consommation mondial se stabilisait à son niveau actuel, il ne serait pas viable quand même lorsque l'on regarde la vitesse à laquelle s'épuisent toutes les ressources. Ce qui est étonnant dans notre affaire, c'est que le discours sur le réchauffement anthropocentrique, qui est pourtant discutable du point de vue scientifique, ait totalement éclipsé cette question qui est pourtant largement plus importante pour l'avenir de nos sociétés. Car demain ce n'est pas seulement la question de savoir comment on va produire de l’électricité qui va se poser, mais aussi par exemple de savoir comment fabriquer les centrales alors que le cuivre s'épuise par exemple. Comment conduire l'électricité alors que le cuivre atteint des prix pharaoniques à cause de l'épuisement ? Je parle du cuivre, mais on pourrait parler du lithium pour les batteries, du charbon pour faire l'acier ou du platine pour les piles à combustible. La seule question qui est importante aujourd'hui c'est bien celle de l'épuisement des ressources. Comment créer un modèle de société encore relativement agréable sans avoir accès aux ressources mondiales en cours d'épuisement e d’accaparement par les grandes puissances (USA, Chine, Russie) ? L'on pourrait évidemment imaginer des portes de sortie avec l'exploitation de gisement sous-marin comme les cheminées thermiques ou encore par l'exploitation spatiale, mais tout cela reste encore trop théorique pour apporter des solutions à moyen terme. Il va falloir faire face aux pénuries, surtout en Europe.

Évolution de la concentration du minerai de cuivre dans divers pays (source CNRS)

L'hydrogène comme vecteur énergétique

 

En un sens, cette crise peut être salutaire parce qu'elle va pousser les peuples d'Europe a réellement réfléchir aux contraintes qui sont les leurs. Et ne vous leurrez pas avec le déclin des matières premières, les grandes puissances vont tout faire pour éviter d'être en manque, et l'Europe est de loin le continent le moins bien préparé à cette question. Le libéralisme et la construction européenne nous ont totalement désarmés . Or dans cette affaire seules les nations avec un état structuré capable d'orienter, les grandes politiques publiques ont une chance de s'en sortir dans trop de casse. Ceux qui ne jurent que par le libre commerce et la régulation des marchés vont vite déchanter. On peut en déduire que les Européens n'auront pas le choix. Ils devront être les premiers à sortir de la civilisation de l'épuisement et à reconstruire une économie relativement autosuffisante recyclant l'essentiel de ce qui est consommé. On ne sait pas quelle forme cela prendra, mais une chose est sûre, nous n'aurons pas le choix dans les décennies qui viennent, même si la situation géopolitique mondiale s'arrange. Le reste du monde n'a plus besoin de nos produits, la Chine et les autres pays en développement pouvant tout produire à moindres frais, les pays fournisseurs de matières premières se fourniront de plus en plus chez eux et de moins en moins chez nous. L'effondrement du modèle allemand suite à cette crise du gaz ayant accéléré ce phénomène. L'Europe de l'Ouest va se rappeler ce qu'elle a été pendant très longtemps , avant le 16e siècle, à savoir un petit continent coincé sur un bout de terre isolé des grandes régions riches du monde, et maintenant sans grosses ressources naturelles.

 

Pour en revenir à la question énergétique, en supposant que la France redevienne un état nation et non un no man's land, jouet de puissances étrangères, que pourrait être l'une des grandes orientations à l'avenir ? Pour ce qui est de la question énergétique, la réponse est assez simple . Si l'électricité reste le seul moyen de faire avancer un véhicule ou faire voler un avion sans utiliser de carburant fossile à l'heure actuel, il reste les grosses questions de son stockage et de sa production. En matière de stockage, il en existe diverses formes qui consistent toujours à transformer l'électricité en d'autres formes d'énergie chimique, mécanique ou autre . Par exemple, les barrages hydrauliques sont une source d'électricité stockée sous forme d'eau et notre ami la gravité se chargera ensuite, quand on videra un peu les barrages, à faire tourner des alternateurs qui transformeront l'énergie mécanique en électricité . Il y a bien sûr des pertes au passage, car aucun système physique n'a un rendement de 100% même si certains s'en rapprochent plus que d'autres.

 

Évidemment quand il s'agit de faire rouler des véhicules ou faire voler des avions, le stockage hydraulique est impossible, on utilise autre chose à savoir le stockage chimique. On pensera bien évidemment ici aux batteries électriques qui sont malheureusement aujourd’hui favorisées par l'UE et l'idéologie de la voiture électrique « classique ». Je dis malheureusement parce que les promoteurs de ces technologies oublient bien volontiers les problèmes de fabrications de ces batteries. Par exemple, le lithium nécessaire aujourd’hui à leur fabrication n'est pas inépuisable tant s'en faut. Un institue allemand avait calculé que nous n'aurions du lithium que jusqu'en 2050 c'est-à-dire demain. Quid de l'épuisement du lithium si tout le monde généralise ces technologies ? L'autre problème est que l'Europe en est dépourvue et que l'exploitation semble difficile. Il faudra donc l'importer ce qui nous fait revenir à la problématique de l'indépendance énergétique dans un monde dont les ressources se raréfient. Enfin, il faut rappeler que cela nécessite une transformation de notre tissu de distribution énergétique et une augmentation significative de la production d'électricité alors qu'on manque déjà d'électricité.

 

L'autre alternative dont on parle moins, même si ce n'est pas non plus totalement ignoré, c'est l'utilisation de l'hydrogène comme vecteur. Il ne s'agit pas ici de dire que l'hydrogène va remplacer le pétrole comme combustible . L'hydrogène s'il est abondant sur terre et dans l'univers, c'est de loin l'élément le plus abondant de l'univers, n'est pas présent sous forme indépendante sur terre. Il est toujours combiné à d'autres éléments chimiques, l'élément le plus connu contenant de l'hydrogène étant bien évidement la molécule d'eau H2O . L'hydrogène est aussi présent dans les hydrocarbures, c'est même lui en fait qui permet la combustion en quelque sorte. Donc pour avoir de l'hydrogène il faut préalablement l'extraire et cette extraction consomme bien évidemment de l'énergie puisque comme je vous l'ai déjà dit toute transformation énergétique entraîne des pertes plus ou moins grandes. Mais pourquoi utiliser de l'hydrogène ? Parce ce que si le stockage est plus difficile, il reste assez semblable au stockage de carburant classique. Ensuite, l'hydrogène produit beaucoup d'énergie par rapport au volume qu'il prend . Enfin on peut imaginer remplacer assez rapidement les stations de pompage classique par un réseau équivalent utilisant l'hydrogène. Son gros problème c'est sa volatilité.

 

Alors bien évidemment vous allez me dire: "Yann tu es bien gentil avec ton hydrogène, mais l'extraction de l'hydrogène de l'eau ce n'est pas rentable, il y a trop de perte." On se souvient de nos cours sur l'électrolyse de l'eau. Alors pour fournir de l'hydrogène on va utiliser en fait des combustibles fossiles ce qui nous ramène au problème initial de l'épuisement des matières fossiles. J'en conviens, c'était vrai jusqu'ici. Mais c'est ignorer l'état de la recherche en la matière. En effet, le CEA a mis au point il y a quelque temps une nouvelle méthode d'électrolyse. Une électrolyse dite à haute température qui consiste à faire de l'électrolyse avec de l'eau sous forme de vapeur. Et les chercheurs français ont obtenu un rendement incroyable de 99% rien que ça. Cela veut dire que le coût d'extraction de l'hydrogène de l'eau devient beaucoup plus abordable à terme. Dès lors, l'usage de l'hydrogène comme vecteur énergétique n'est plus du tout un fantasme ou quelque chose de chimérique. Il reste bien sûr à aborder la question de l'utilisation de cet hydrogène. Ce que je ferai dans un prochain texte, celui-ci étant déjà un peu trop long.

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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 23:29

 

L'actualité sur le front ukrainien est de plus en plus inquiétante. L'escalade est désormais activée comme le souhaitait fortement Washington qui espère pouvoir sauver son empire de l'effondrement économique grâce en partie à la séparation de l'Europe de l'ouest, et de la Russie. De l'autre côté de la planète, la stratégie de la tension à Taïwan a pour l'instant moins bien réussi même si les USA espèrent pousser son satellite japonais à la rupture avec la Chine et la Russie. Si les actions de la Russie peuvent évidemment être condamnées, il ne faut pas s'y méprendre, les conflits sont alimentés avant tout par des intérêts externes à la région comme c'est souvent le cas. En l’occurrence, il semble quand même assez évident que les USA cherchent à instrumentaliser les tensions locales qui peuvent exister pour contraindre certains à des actes conflictuels de réaction et ainsi défendre leurs propres intérêts. Et si nous fêtons le triste anniversaire de cette erreur historique que le fut le vote du « oui » au traité de Maastricht, il ne faut pas oublier non plus que la chute du mur de Berlin et la fin de l'URSS l'ont à peine précédé . Je reparlerai probablement bientôt de l'euro et de Maastricht, mais pour l'instant il me semblait plus d'actualité de traité du fond du problème impérial américain qui conditionne une bonne partie des catastrophes géopolitiques actuelles. Une catastrophe à laquelle notre destin est maintenant lié puisque la France et l'UE ont décidé de mourir pour l'Amérique et son dollar.

 

En écoutant notre pathétique président éructant son triste monologue quasiment seul à la tribune de l'ONU, ce dernier a semble-t-il fait montre d'une certaine lucidité même si son propos a loupé la bonne cible. En effet, notre président a condamné l'impérialisme justement , bien évidemment il parlait du méchant impérialisme russe, nous mettant dans l'embarras puisqu'il ne semble pas avoir compris que la guerre froide était terminée depuis plus de trente ans maintenant. On a très souvent l'impression en écoutant Macron d'un anachronisme systémique, il est un homme politique qui a la vision du monde tel qu'il était à sa naissance. Je ne sais si c'est lié à sa passion pour les personnes âgées, mais je doute franchement qu'il ait bien compris à quel moment et dans quel lieu il vit. Mais revenons donc à son discours creux, Macron fustigeait l'infamie de l'impérialisme. Qui donc de nos jours pourrait réellement défendre l'impérialisme ? Pas moi en tout cas. Mais nous en conviendrons, il reste à définir ce qu'est l'impérialisme et qui le pratique encore aux yeux et à la vue de tous.

 

Quel peuple dans le monde dépense autant pour sa défense que presque toutes les autres nations réunies ? Qui dans le monde multiplie les bases à des milliers de kilomètres de son propre territoire et étend sans cesse son espace d'intervention militaire et diplomatique ? Qui entoure donc d'autres peuples qui ont le malheur de ne pas être totalement à leurs bottes ? Qui déclenche régulièrement des guerres, souvent sous faux drapeaux, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Qui impose au reste du monde toutes ses lubies économiques ou sociétales ne tenant aucunement compte des volontés locales et en déclarant bon ou mauvais celui qui adhère ou non à ces lubies de plus en plus invraisemblables ? Qui a renversé des gouvernements, parfois élus, qui ne lui plaisaient pas souvent au nom même de la démocratie, ce qui est un oxymore des plus vilains ? Et enfin à qui profite donc le système économique et monétaire mondial mis en place en 1945 puis violemment torturé avec la fin de la garantie or sur la monnaie de réserve internationale ? Permettant ainsi à cette puissance d'acheter des marchandises avec une monnaie qu'il ne tient qu'à elles d'émettre . Permettant ainsi à cette nation de vivre sans rien produire avec un niveau de vie très élevé. C'est la Russie vraiment ? Bien évidemment qu'il ne s'agit aucunement de la Russie, ni même de la Chine, mais des USA. Car si la Chine est indéniablement la superpuissance industrielle de la planète aujourd'hui, et la Russie celle de l'armement de pointe et des matières premières, le seul véritable empire qui corresponde à nos questionnements est celui de l'Amérique. Mais nous n’espérions pas que notre pauvre Macron se fâchât avec sa puissance tutélaire, cependant l'inconscient a peut-être parlé.

 

De l'hubris des années 90 à la chute d'aujourd'hui

 

Étrangement, la situation actuelle, bien que complexe en apparence, était en fait assez prévisible. La nature même du pouvoir que les USA ont obtenu à l'issue de la Seconde Guerre mondiale nous a conduits à la situation actuelle. On peut même penser que le général De Gaulle lui-même avait imaginé un scénario assez semblable pour l'Empire américain, même s'il n'avait probablement pas prévu l'incroyable stupidité de ses successeurs à la tête de la France. Dans sa célèbre conférence du 15 mai 1962, De Gaulle avait déjà déclaré que le fait qu'une nation détienne le rôle d'émetteur d'une monnaie internationale de réserve était en soi un gros problème. Un problème tel qu'il provoquerait à long terme de grands désastres. Bien évidemment dans les affaires humaines rares sont ceux dont la sagesse éclaire les actions au point qu'ils renoncent par eux même à un pouvoir qu'ils détiennent même si ce dernier concourt à les détruire. C'était un peu le message transmis par Tolkien dans ses œuvres, mais que les Américains n'ont semble-t-il pas bien compris ni dans leurs adaptations vidéo, ni dans l'esprit général. Car si le dollar en tant que monnaie mondiale a favorisé les USA sur le plan de la puissance et leur a permis momentanément de déconnecter leur économie réelle de sa représentation fiduciaire, l'impact à long terme fut catastrophique. Pour tout dire, l'on pourrait presque dire que le dollar international pour les USA fut pire encore que le communisme pour la Russie sur le long terme.

 

Avoir une monnaie internationale permet ainsi de découpler la richesse consommée de la richesse réelle produite. Les producteurs locaux deviennent inutiles puisque vous pouvez tout importer gratuitement engendrant ainsi la destruction progressive de votre propre capacité de production. Ce que je dis là n'a rien de nouveau, Emmanuel Todd avait totalement décrit la situation américaine dans son célèbre livre de 2003 « Après l'empire ». Et encore si le déficit commercial à l'époque de ce livre était déjà colossal, il a aujourd'hui été totalement dépassé avec près de 1000 milliards de dollars annuels. Ainsi l'Amérique, qui crut gagner la guerre froide, n'était en fait pas en bien meilleur état que l'URSS. La seule véritable différence entre les deux blocs, en dehors du modèle économique, fut la taille de l'espace impérial. Les USA parce qu'il dominait un espace plus vaste, plus peuplé, plus avancé techniquement en 1945 et plus riche en matière première gagnèrent la guerre froide. À ce stade on pourrait même se demander si le modèle économique a réellement une importance dans l'affaire. Cependant en s'écroulant plus tôt, l'Empire soviétique permit à la Russie de reconstruire une économie réelle . Économie dont les Occidentaux viennent de s’apercevoir qu'elle est en fait bien plus solide que la leur parce que basés sur l'industrie, les matières premières et l'agriculture, là où l'occident désindustrialisé par 40 ans de libre-échange n'arrive même plus à produire les produits les plus basiques. On pourrait y voir une allégorie chrétienne, les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

 

Lors de l'effondrement de l'URSS, les USA prirent leur modèle pour l'unique façon d'organiser le monde. La tendance à l'esprit de supériorité était déjà latente chez les Américains avec leur fameuse destinée manifeste, mais cet état d'esprit prit des proportions gargantuesques lorsque leur opposant idéologique disparut. De la même manière en Europe, ce fut un désastre, alors que les Européens avaient sagement construit des sociétés relativement équilibrées. En évitant à la fois les excès du capitalisme dérégulé et les excès de l'économie collectivistes, les européens et particulièrement les Français, avaient réussi à trouver une troisième voie, la seule en réalité à être viable, celle de l'économie mixte mêlant liberté d'entreprendre et régulation étatique. Mais ces modèles alternatifs commencèrent à être rabotés sous l'influence USA dès les années 70 par le libre-échange et la liberté de circulation des capitaux, cependant ils résistèrent en partie jusqu’à la chute de l'URSS. À cette date-là, le patronat et l'influence anglo-saxonne alliés à l'effondrement des partis communistes pousseront les modèles européens à une américanisation totale, nous connaissons la suite. En France Macron n'est que le stade terminal d'un mouvement hérité du Giscardisme et conduisant la nation vers le libéralisme total et la dérégulation complète . Le vote sur Maastricht fut un moyen pour arriver à cette fin et imposer définitivement la dérégulation totale du travail et la disparition de tout forme d'état social et régulateur. Comprenez bien qu'il s'agissait du vrai but de l'euro depuis le début, ce n'était pas un accident. La dérégulation du commerce et de la finance détruisent mécaniquement les possibilités de régulation et donc in fine les modèles de société régulée.

 

Le paradoxe c'est que cette victoire apparente du capitalisme libéral entraîna la destruction des sociétés qui en ont été porteuses. En effet dès les années 70, la libéralisation du commerce et des capitaux détruisirent une partie de l'industrie américaine. Alors ce fut la montée du Japon et de l'Allemagne . Dès les années 80, les tigres asiatiques apparaissent ainsi que la Chine qui saura très intelligemment utiliser la bêtise et la courte vue des Occidentaux pour s'industrialiser à peu de frais. L'obsession pour les prix les plus bas et le désintérêt des classes possédantes pour les pauvres et les ouvriers nationaux feront le reste. Souvenez-vous de « La Mondialisation heureuse » d'Alain Minc, nous leur achèterons des tee-shirts et on leur vendra des avions. Pas de chance, la Chine est montée en gamme, et même sur le nucléaire elle nous dépasse maintenant, on a plus grand-chose à lui vendre. L'effondrement de l'URSS va un peu camoufler tout ça en fait. L'arrivée sur le marché des immenses ressources de l'ancien bloc soviétique va nourrir une croissance à moindre coût. Les bas salaires des pays de l'Est couplés à un haut niveau d'instruction permettront à l'Allemagne d'oublier momentanément son effondrement démographique qu'elle ne prendra jamais au sérieux. Elle utilisera même l'ancien bloc de l'Est pour couler ses voisins français et italiens en tête. Un coup d’œil aux balances commerciales fait vite comprendre que l'Allemagne a eu une vulgaire stratégie mercantiliste et agressive contre ses compatriotes européens.

 

Quand à la France elle va se noyer dans l'européisme débilitant, l'euro et la chimérique société de service. À son échelle, la France est devenue la petite Amérique de la zone euro accumulant des déficits commerciaux énormes parce que comme pour l’Amérique les déficits n'ont plus d'effet sur le cours monétaire. Dans notre cas ce fut l'euro, la grande erreur, et plus nous attendrons plus la correction sera violente et destructrice. L'Amérique, elle, accumulant des dettes sans cesse croissantes, mais n'ayant aucun impact apparent sur la valeur de sa monnaie, va continuer à faire illusion. Jusqu'à la crise des subprimes qui fut le premier gros coup de semonce à ce modèle économique extrêmement malsain (je consomme, vous produisez) . Il y a eu évidemment de nombreuses crises avant cela provoquées par la dérégulation financière , la globalisation et l'affaiblissement progressif des anciennes puissances industrielles. Des signes avant-coureurs. Mais ce fut vraiment la crise de 2007 qui fit entrer le système dans ses grosses convulsions. Les dettes explosent partout pour maintenir le système en vie sans avoir à s'attaquer au cœur du problème, celui du dollar, du libre-échange et de la dérégulation financière.

 

Depuis la crise financière de 2007 et ses conséquences, les autres régions du monde ont commencé à chercher des solutions au problème du dollar . La Chine en particulier qui était depuis longtemps excédentaire avec les USA et qui accumulait d'énormes réserves de titre de dette commença à changer son fusil d'épaule. On le sait, de nombreux pays ont cherché à se débarrasser du dollar comme monnaie d'échange de matière première et de réserve. Le remplacement fut progressif, mais constant. Mais voilà, cette situation est bien évidemment extrêmement dangereuse pour le pouvoir impérial américain qui craint par-dessus tout l'effondrement monétaire. Comme le disait Todd, c'est bien cette dépendance à l'extérieur qui empêche l'isolationnisme pourtant historiquement traditionnel aux USA de revenir. L'Amérique a peur de ne plus dépendre que d'elle-même et de voir son niveau de vie réel réduit à ce qu'elle produit. Il est d'ailleurs bien difficile d'imaginer les effets réels de la fin du dollar comme monnaie d'échange international. Et rien que le fait que ce soit difficile à imaginer doit effrayer les autorités. Le plus probable sera l'effondrement monétaire et une hyperinflation entraînant l'effacement des dettes mondiales libellé en dollar, mais aussi l'effondrement du niveau de vie américain et européen (nous sommes très dépendants des USA par nos exportations).

 

L'action des USA est donc d'empêcher ou de retarder le plus que possible cette catastrophe. Mais comme il est en fait impossible d'y échapper, l'on peut penser que chaque président américain veut simplement ne pas être celui dont l'investiture sera marquée au fer du grand effondrement. Donc tout est permis pour empêcher ça y compris les renversements de pays, les guerres, la déstabilisation politique de zone économique entière y compris chez les « alliés » européens qui ne sont en fait que des sous-fifres vus de Washington. La guerre en Ukraine poussée par les USA consistait à empêcher le rapprochement de la Russie et de l'Europe de l'Ouest, surtout l'Allemagne. Il fallait empêcher North Stream 2. De l'autre côté du globe, les provocations à Taïwan ont elles aussi pour but de maintenir le Japon, la Corée du sud sous l'influence US et de les couper de la Russie et de la Chine. Mais comme je l'ai dit, ça a échoué, les Japonais continuent de vouloir du gaz russe (Projet Sakhaline-2). En définitive, c'est très humain comme réaction, c'est de la peur, même si très c'est inquiétant pour une nation qui se prétend rationnelle et scientifique. Alors si certains de nos commentateurs télévisuels délirants nous décrivent une Amérique toute puissante et une Russie aux aboies, l'on peut craindre une vaste dépression chez les spectateurs français lorsque la bise sera venue. Car bien dépourvus nous serons, et bien esseulés également . Nous pouvons nous inquiéter à juste titre de ce que nous deviendrons quand nos illusions monétaires s'effaceront et que nous nous verrons tels que nous sommes réellement, c'est à dire pauvre, sans ressources naturelles, et maintenant sans savoir-faire agricoles et industriels. Nous avons mis quarante ans à détruire notre tissu économique, sans aide extérieure, la reconstruction risque d'être passablement difficile et longue. Mais que dire de nos dirigeants subjugués depuis 75 ans par l’Amérique qui se retrouveront désormais seuls, sans puissance paternelle, protectrice, et face à des populations surprises dans la misère et affamées ? Il n'y a pas à dire, j'ai comme l'impression que finalement Macron est à sa juste place pour les temps qui viennent. Heureusement qu'il ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe finalement.

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17 septembre 2022 6 17 /09 /septembre /2022 17:10

Nous avions déjà abordé il y a trois ans au moment de la crise porcine les déboires que la globalisation allait produire de plus en plus fréquemment dans nos sociétés devenues totalement interdépendantes . Mais les crises, qui se succèdent de plus en plus rapidement en Europe depuis 2019, ont littéralement mis en pratique les pires craintes que l'ont pouvait avoir sur le sujet. Car la structure même de la globalisation conduit à produire des crises en cascade de plus en plus violentes, les sociétés les plus résilientes étant celles qui sont en fait les plus autonomes vis-à-vis de l'économie mondiale. Les décennies qui vont arriver vont devenir celles de l’autosuffisance et non celles de l'interdépendance, les très probables pannes d'électricité qui frapperont l'Europe cet hiver puis les pénuries alimentaires provoquées en grande partie par le manque d'engrais importé accentueront encore la situation catastrophique de l'Europe de l'Ouest. L'Europe de l'Ouest pourrait donc bien devenir dans les décennies qui viennent une zone de grande pauvreté et de famines . L'extrême bêtise idéologique qui concourt à la prise de décision, sujet dont nous reparlerons plus profondément dans un autre texte, n'étant pas un accident, mais le résultat structurel de nos organisations politiques et économiques. Pour le dire crûment, nos dirigeants ne sont pas cons par hasard, ils sont structurellement inaptes à diriger leurs nations respectives parce que leur mode de recrutement n'a aucun rapport avec les contraintes de l'exercice du pouvoir.

 

Le libre-échange , le libéralisme, inflation et pénuries

 

L'Europe au sens large va donc être la première victime visible des effets à long terme du libéralisme économique délirant et du libre-échange total. L'on pouvait jusque là camoufler les conséquences de cette idéologie grâce à l'impression massive de titre de dette, mais c'est beaucoup plus difficile lorsque votre principale source d'engrais ou de gaz ne commerce plus avec vous. En l'état, le premier apprentissage pour les idéologues du libéralisme qui ont pignon sur rue depuis 50 ans, c'est que l'interdépendance signifie avoir une catastrophe en cas de conflit. Ce qui est drôle en un sens c'est que l'un des principaux arguments historiques au libre commerce était la fameuse maxime du doux commerce de Montesquieu . Il y avait l'idée derrière cette maxime, que le commerce rendant les peuples indépendants les uns des autres, les nations ne se feraient plus la guerre parce que cela serait impossible à cause des pénuries produites par la grande spécialisation des nations. Il suffit pourtant de lire un livre d'histoire pour savoir que ce n'est pas l'absence de commerce qui a bien souvent causé des guerres, mais son inverse. C'est quand un peuple est trop dépendant d'un autre que les conflits adviennent. Ils prennent bien sur des formes différentes et usent souvent d'autres casus belli qu'ils soient religieux ou identitaires, c'est bien souvent l'interdépendance qui produit le besoin de conflit. Les Américains et les Occidentaux auraient-ils été si dispensateurs de régimes « démocratique » au moyen orient s'il n'y avait jamais eu de pétrole et de gaz dans ces régions ? Poser la question c'est déjà y répondre. De la même manière, les Espagnols auraient-ils été si prompts à la conquête du Nouveau Monde s'il n'y avait pas eu d'or sur place ? L'Amiral Perry qui ouvrit le commerce japonais à coup de canonnière était déjà assez emblématique du lien entre commerce et guerre.

 

Le commerce est donc souvent la source des conflits et non une source de paix comme les penseurs libéraux ont pu le dire inlassablement . Et le conflit avec la Russie en est une nouvelle preuve. L'Allemagne extrêmement dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz a pourtant déclaré une guerre économique totale à la puissance slave. Quoi de plus stupide ? Preuve que ce n'est pas la raison, et elle seule, qui dirige les nations tant s'en faut. À la limite pourrait-on reformuler la maxime de Montesquieu en disant simplement que le commerce doit être doux entre les peuples, mais en aucun cas le commerce en lui-même n'apporte la paix, pour cela il faut faire de la diplomatie et de la politique. On est loin des automatismes économiques envisagés par les libéraux qui ont toujours voulu éliminer l'homme et la politique de l'équation. Alors vous me direz que dans le cas du conflit russo-européen c'est l'influence néfaste des USA qui joue et vous auriez raison en partie, mais le dogmatisme et l'incompréhension des liens économiques créés par le globalisme sont à mon sens bien plus prégnant dans l'affaire. La légèreté avec laquelle les dirigeants d'Europe de l'Ouest ont pris la question du gaz russe laisse pantois.

 

Pour revenir à la question du problème commercial, la crise que nous vivons n'a pas vraiment commencé avec le conflit ukrainien. En réalité, la crise en Europe de l'Ouest et aux USA n'est qu'une évolution terminale des effets du globalisme pratiqué par ces régions du monde depuis le milieu des années 70 . Car nous ne sommes jamais sortis vraiment de la crise des années 70 quoiqu'en disent les médias et les hommes politiques. Crise qui n'était pas le produit de l'augmentation du prix du pétrole contrairement à ce que l'on raconte couramment, les cours du pétrole ont rapidement baissé après 74 pour revenir presque au même niveau qu'avant le choc pétrolier, mais l'inflation elle est restée jusqu'aux années 80. Les raisons sont multiples, les USA ont décroché le dollar de l'or pour pouvoir financer par la planche à billets les effets de la guerre du Vietnam. Les USA grâce à leur rôle monétaire ont alors exporté leur inflation faisant payer indirectement l'addition aux Européens et aux Japonais. L'autre facteur, le plus important à mes yeux, est la dérégulation financière là encore sous influence américaine. Dans les années 70, on passe d'un monde où l'émission monétaire est contrôlée par les banques centrales à un monde contrôlé par des acteurs privés (banque, bourses, affairistes, multinationales) . L'affaiblissement progressif du pouvoir des états découlant de l'application des doctrines libérales va également affaiblir la maîtrise de l'émission monétaire. Les banques prêtent sans regarder l'intérêt général, elles peuvent investir où elles veulent, car les frontières aux capitaux disparaissent elles aussi. Les états s'endettent maintenant sur les marchés financiers alors que jusque là ils ne payaient pas d'intérêts sur les émissions de leurs banques centrales respectives. Résultat, les dettes explosent dans tous les sens privés ou publics, plus personne ne contrôle rien . Le seul moyen pour empêcher l'inflation d'alors fut pour les banques centrales de casser la croissance et de faire exploser le chômage à travers des politiques de taux délirants. C'est la période des années 80. La hausse des cours du pétrole fut en fait un argument grossier pour camoufler les conséquences de la dérégulation financière et économique. Un véritable cache-sexe aux conséquences néfastes du libéralisme économique.

 

Nous en venons maintenant à la situation actuelle qui est assez semblable en fait. La forte hausse du prix de l'électricité en Europe n'est pas uniquement due au conflit ukrainien . Le premier facteur est encore une fois l'idéologie libérale et le mythe du marché qui fait baisser les prix magiquement. Le fait que deux nations qui sont momentanément sorties du marché de l'électricité européen soient comme par hasard celles qui ont les prix qui ont le moins augmenté le prouve (Espagne, Portugal). Les Européens sont essentiellement les victimes d'un racket fomenté par des acteurs privés et nourri par la structure héritée de l'idéologie européiste du marché libre. C'est de la pure spéculation qui arrive lorsque les marchés sont livrés à eux même et totalement dérégulés. Le second facteur à plus long terme bien évidemment est le dogmatisme antinucléaire dont l'Allemagne paye un lourd tribut . Là encore, l'incurie et l'incompétence des dirigeants européens sont palpables. Ceux qui pensaient l'Allemagne bien dirigée devraient bien y réfléchir, ce n'est guère mieux qu'en France.

 

Les pénuries arrivent

 

Les problèmes de pénurie ne datent pas du conflit ukrainien, il a commencé bien avant. Le vrai gros déclencheur fut les mesures prises contre le Covid . Je ne discuterais pas ici du bien-fondé de ces mesures, il y aurait beaucoup à dire. Seulement les conséquences, nous nous en souvenons tous . Le premier point qui frappa alors beaucoup de français c'est l'incroyable dépendance de notre pays et de notre continent aux importations . Le système monétaire qui nous tient lieu de mesure économétrique déforme totalement la réalité économique mondiale . Comme l'a très bien souligné Jacques Sapir dernièrement dans un texte (il revient à l'ancienne vision du monde économique, celle d'un Jean Fourastié où l'on mesure la richesse d'un pays par ce qu'il produit et par son industrie, plus que par le PIB exprimé en monnaie), le poids des économies occidentales est largement surestimé et gonflé à coup d'activités tertiaires et de bulles immobilières. Je me souviens lors du premier confinement que le blogueur Descartes avait alors souligné l’incroyable résilience de l'économie française qui continuait à tourner alors qu'au moins 80% des gens étaient en arrêt de travail pour cause de confinement. Loin de souligner notre autonomie, cette affaire avait surtout souligné que l'essentiel de notre consommation courante était en fait porté par les importations. Et l'on voyait alors que quelques cadres du tertiaire se demandaient très justement à quoi ils servaient concrètement , à part à alimenter la consommation. Chose que l'explosion du déficit commercial ne fait que confirmer année après année même si ce dernier est exprimé en monnaie fiduciaire et donc biaisé. Des données en volume et en quantité nous permettraient bien mieux de mesurer le désastre. Même l'Allemagne que certains pensaient à tort encore industrielle ne s'avéra être qu'une grosse usine d'assemblage de produits venus soit d'Europe de l'Est soit d'Asie. Les industriels allemands s'avéraient incapables de produire sans les pièces venant de Chine ou d'ailleurs. Et ce n'est pas les pannes d’électricité cet hiver et l'absence de gaz qui vont arranger les choses.

 

Notre industrie mourante ne peut plus subvenir à nos besoins ni même produire de simples masques en tissu. Les Français travaillent essentiellement dans des activités collectivement improductives qui leur permettent certes d'avoir un revenu, mais qui se traduit collectivement par une hausse des importations. Or rappelons le tout même, un jour ou l'autre il faut bien couvrir ces importations pour les payer sans quoi la dette extérieure s’accroît inexorablement. Si vous voulez savoir ce qui se passe à la fin si vous ne faites rien, regardez donc en Argentine ou au Liban... Quand la correction finit par intervenir, la monnaie ne vaut plus rien et les prix des importations explosent dans des proportions gargantuesques tuant ainsi les importations au prix d'une misère immense, et de famines. La crise du Covid fut donc un véritable révélateur que la crise actuelle avec l'Ukraine et la Russie ne font que confirmer.

 

Mais la crise du Covid a eu un autre effet, elle a déstabilisé l'économie mondiale. Certaines activités très dépendantes du commerce international ont dû stopper leurs activités créant des réactions en chaîne produisant des pénuries dans tout un tas de domaines. Pénuries qui bien évidemment se traduisirent en hausse de prix et en spéculation, libéralisme oblige. On s’aperçut alors rapidement que des producteurs alternatifs manquaient . Difficile de construire rapidement une industrie du médicament ou pire du semi-conducteur quand vous partez de zéro. Les savoir-faire sont faciles à détruire pour délocaliser, ils sont bien plus difficiles à créer et à entretenir. La globalisation a tellement spécialisé les nations qu'aucune ne peut plus vraiment se passer d'importation. Les producteurs locaux et leurs savoir-faire ayant disparu. Qui aurait pu imaginer une pénurie de moutarde ou d'huile en France ? Dans un pays comme le nôtre, c'est absurde, et pourtant nous en avons eu et c'est bien le produit du globalisme. Qu'une chaîne de production vient à manquer et des drames sont à prévoir. Les pénuries régulières depuis plusieurs années de médicament auraient pourtant déjà dû nous réveiller, mais non, nous continuons comme si de rien n'était. Faudra-t-il vraiment des famines pour que l'on abandonne le libre-échange et la dérégulation ? Keynes disait déjà qu'il n'y avait aucune raison pour que des acteurs agissant uniquement dans leur intérêt à court terme puissent collectivement agir dans l'intérêt général comme l'affirment les libéraux. Nous en avons une preuve éclatante encore aujourd’hui . Sans une architecture collective pouvant contraindre les acteurs privés à un comportement compatible avec l'intérêt collectif, il n'y a aucune raison pour qu'ils le fassent. Se plaindre des conséquences du libéralisme comme le font nos dirigeants depuis 40 ans sans même comprendre d'où viennent les problèmes, voir même en condamnant les seules sorties possibles, ne risque pas d'arranger la situation. Que dire d'un homme qui se plaint d'avoir mal aux pieds en marchant sur des tessons de verre ?

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 16:47

 

Le temps passe vite, déjà trois années depuis le dernier texte publié sur ce blog. À n'en pas douter beaucoup d'entre vous, tout du moins les quelques derniers qui me suivaient, pensaient à raison que j'avais définitivement arrêté le blog. Et il est vrai que mon cœur n'était plus à l'écriture ni à la pensée politique . Le moment Macron qui fut pour moi extraordinairement douloureux, même si j'avais par stratégie appelée cyniquement à voter pour lui au premier tour en 2017, cassa mon envie de parler politique et économie. L'on peut dire véritablement qu'avec l'élection de ce pur produit de la communication et des médias que la France avait atteint le fond . La réélection du trublion libéral n'a évidemment pas manqué d’accroître encore chez moi ce malaise, voir le jadis grand peuple de France s'enfoncer toujours plus dans la nuit libérale sans aucun espoir d'y échapper. Et rien n'a fondamentalement changé depuis la réélection de Macron . Au contraire les shadoks libéraux continuent à pomper inlassablement et à couler les nations dont ils sont pourtant censés défendre les intérêts. Gilets Jaunes, gestion grotesque d'une épidémie plus médiatique que virulente, crise économique découlant en apparence de leurs décisions en matière sanitaire, puis crise énergétique, inflationniste et enfin guerre en Ukraine pourtant largement prévisible et même provoquer en grande partie l'OTAN, l'UE et Washington. Et tout ceci en à peine cinq années, je passerais les détails concernant les affaires de corruption au plus haut niveau de l'état, ou encore les ventes à la découpe des derniers bijoux de famille industriels qu'il nous restait à des puissances étrangères. Même, en attendant le pire avec le potentat libéral qui nous dirige avouons qu'il eut été difficile de penser qu'on atteindrait un tel niveau de médiocrité et de bassesse.

 

Plus rien ne fonctionne en terre de France, de l'école, à l'énergie, des transports, à la justice même les actes les plus anodins en deviennent péniblement difficiles . La France des années 60 et les générations de la révolte à cheveux longs et aux idées courtes voulaient que la France devienne comme l'Amérique, force est de constater qu'ils ont passablement réussi. Même au niveau de l'obésité et des inégalités économiques, nous les rattrapons à marche forcée . Et comme l'Amérique, nous avons maintenant une hausse de la mortalité infantile, information que bien peu de médias ont reprise et qui est pourtant assez symptomatique d'une société en cours d'effondrement. Alors me direz-vous, Yann, pourquoi écrire à nouveau, la France est probablement finie. Et il est vrai que mon tempérament plutôt pessimiste me pousse à penser qu'effectivement la France, et plus généralement les sociétés occidentales sous l'influence américaine sont condamnées . Condamnées économiquement, démographiquement et historiquement, et que nous ne pouvons plus que contempler en direct la mort définitive de nations qui auront tout de même durée un laps de temps assez important . Après tout, bien des civilisations n'ont pas duré autant que les nôtres ni autant marqué l'histoire humaine. Et l'on pourrait à la manière du démago de gauche Michel Onfray siroter un whisky en voyant la France périr et en gloussant en son for intérieur « Moi quand même je vaux mieux qu'eux » . C'est qu'il n'y a guère de distance entre le fou qui détruit un pays en pensant qu'il est meilleur que les autres tout en s'enrichissant lui et les siens, et le cynique qui croit savoir que tout est fini et qui sourit doucement en regardant ce qui lui semble inéluctable, tout en faisant fortune de livres sur le désastre. L'un fait fortune en produisant la destruction, l'autre s'enrichit en la décrivant, mais aucun n'agit pour redresser réellement les choses, ils profitent tout deux de la catastrophe qui les entoure. Il faut dire que la France d'aujourd'hui, si elle ne produit plus grand-chose d'utile ni pour elle ni pour les autres, ce que notre déficit commercial explosif confirme, a comme caractéristique d'être la championne de la production de penseur Cassandre . Il est assez triste que notre production en la matière ne puisse s'exporter fortement en dehors des terres historiquement francophobes. Parce que nous aurions pu ici voir quelques modestes raisons d'espérer une modeste amélioration de nos comptes extérieurs.

 

Ne voulant guère jouer les pessimistes résignés surfant sur la vague des litanies de gauche ou de droite à la manière d'un Onfray ou d'un Zemmour, je préférais donc garder le silence. À quoi bon rajouter du pessimisme à du pessimisme, même si leurs pessimismes à bien des égards, et si l'on prend soin de regarder en détail, semble plus une affaire commerciale qu'une affaire de cœur. Qu'ajouterais-je, moi, humble citoyen aux discours des professionnels de la dépression nationale ? Que puis je faire, moi, pour décrire mieux la France barabarisée que les couillons d'extrême droite remplissant sans cesse leurs sites d'affaires secondaires sur d'horribles tortionnaires venus de contrés qu'on ne puisse situer sur une carte, à moins d'avoir google maps à proximité. La France est envahie, la France est foutue, la France est mourante, la France est un pays communiste, la France est américaine, la France est allemande, et peu importe si tout ceci n'a aucun sens pourvu que la France n'aille pas bien.

 

Et alors me dis-je, si tout va si mal, si la France va si mal, c'est qu'en fait les gens qui habitent ce pays ne vont pas bien. Et peut-être que si les gens vont mal, toi même ça ne doit pas aller très bien. Alors regarder les choses avec les œillères d'un dépressif ne risque pas de vous faire voir les choses qui vont . Et même si l'on voit les choses avec de telles œillères il sera alors bien difficile de voir les choses qui pourraient même très hypothétiquement concourir à la sauvegarde de l'essentiel, de notre pays,et des gens que nous aimons. Alors, comment faire pour voir les choses qui vont mieux, les choses qu'on pourrait faire mieux même en sachant que tout est foutu ? Et bien, c'est en commençant par admettre que nous ne savons pas tout justement. Il s'agit de faire montre d'un peu de modestie, vertu devenue rare en France surtout dans les médias, et d'accepter que parfois les choses changent sans qu'on y comprenne grand-chose et que les plus grands desseins peuvent advenir ou non par de petits changements ridicules parfois en apparence. Je ne sais pas si ce texte s’adresse à vous ou à moi et à ma lutte contre mon propre pessimisme pour relancer le blog, mais il me semblait important de penser à nouveau rationnellement le monde tout en remettant la rationalité à sa place. À savoir que si la rationalité et la logique sont probablement les meilleures manières d'aborder un problème, elles sont aussi soumises à la contrainte de la connaissance toujours incomplète que nous avons du monde. Et quand bien même nous serions omnipotents, rien n'indique que le monde obéirait toujours à notre modèle de représentation schématique, celui qu'il y a dans notre tête et qui se résume parfois à quelques formules mathématiques biaisait par notre humeur .

 

C'est cette absolue certitude de notre incapacité à appréhender parfaitement la réalité qui doit nous pousser à ne pas sombrer dans le désespoir et le pessimisme total. Je reprends donc mon modeste blog non pour rajouter une couche au désespoir général qui fait l'actualité grossière de nos médias sans mémoire, ni pour faire du positivisme délirant et aveugle à toute réalité comme la gauche nous y habitue depuis 50 ans, mais pour déceler dans les brumes de l'actualité, de l'information, les quelques données qui parfois peuvent annoncer des changements dans la bonne direction. Sachant que de mauvaises nouvelles peuvent découler de bonnes choses à terme et vice versa. Vous m'excuserez si par moment je m’égare dans le pessimisme, je suis français après tout et j'aime à m'imaginer parfois la fourmilière du coin comme un Everest infranchissable par le simple jeu de ma raison raisonnante. Une chose est sûre cependant, nous vivons un temps exceptionnel sur le plan historique. Même si c'est certain nous n'avons pas tous la même idée sur le sens de cette historicité. À n'en pas douter, les prochaines années vont être étonnantes en bien des matières et les quelques événements relativement prévisibles comme la dissolution de la zone euro ou l'effondrement du dollar, suffisent à eux seuls une justification au retour de ce modeste blogue .

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 16:49

 

Si l'affaire ne fait pas forcément grand bruit dans les médias. Surtout comparativement aux multiples affaires de divertissement sociales du terrorisme islamiste aux nombreuses divagations d'Éric Zemmour, elle est pourtant nettement plus importante et exemplaire. Il s'agit bien sûr de la question de la crise énorme qui sévit en chine sur la viande de porc. Il s'agit là d'un problème important parce que la structure libérale de notre économie et l'absence de frontières commerciales vont permettre aux crises de s'exporter chez nous. En ce sens, la crise du porc chinois est emblématique de l'absurdité de la globalisation commerciale. Une globalisation qu'on a eue de cesse depuis quarante années de nous vendre comme une immense opportunité.

 

 

Tout d'abord, rappelons une évidence, plus il y a d'échanges, plus il y a de risques de transmission de maladies. Cette évidence fait même craindre à l'OMS des épidémies de virus ou de bactéries d'ampleurs jamais vues dans les décennies qui viennent. On ajoutera d'ailleurs au passage que l'abus des antibiotiques produit lui aussi une montée en flèche des résistances aux bactéries que ce soit chez les humains ou chez les animaux d'élevage. Petite anecdote du même acabit, les cafards et les blattes sont en route pour une victoire contre l'industrie des pesticides et de l'humanité. En effet, on a appris cet été que de plus en plus de ces petites bestioles résistent à la totalité des pesticides connus. On imagine les ravages si une telle évolution touchait des ravageurs de cultures comme les doryphores.

 

Dans le cadre de l'élevage l'usage décomplexé des antibiotiques sous la pression du marché libre et de la dérégulation économique y entraînent même un usage extrême. L'on peut être sûr que si des super maladies apparaissent elles le feront d'abord dans le secteur de l'industrie agroalimentaire. Et la vitesse à laquelle se déplacent les populations et les marchandises aujourd'hui rend extrêmement difficile un éventuel contrôle de la circulation en cas de crise sérieuse à ce sujet. La crise porcine chinoise a ainsi des origines africaines, chose qui aurait été impossible il y a seulement 50 ans. De fait, la mondialisation n'a pas renforcé l'humanité, mais l'a globalement fortement affaibli d'une part en éliminant le partitionnement naturellement des populations qui était un frein naturel aux épidémies. Mais aussi en favorisant par les multiples échanges les mutations possibles et l'acclimatation de maladies et d'espèce ravageuses lorsqu'elles sont implantées par inadvertance dans des milieux qui leur sont étrangers. Les exemples en la matière pullulent. Il est d'ailleurs incroyable de lire des prétendus écologistes d'une part critiquer à raison l'implantation d'espèce invasive en dehors de leurs milieux naturels. Tout en ne faisant pas le même raisonnement sur le commerce, la démographie et les hommes. Car oui ce qui est mauvais sur le plan naturel l'est aussi pour les cultures et les sociétés, nous en avons un exemple avec l'importation du radicalisme islamique à travers l'importation de populations musulmanes.

 

La crise de la pomme de terre irlandaise au 19e siècle

 

Mais la crise la plus palpable que produit cet effondrement de la production porcine en Chine c'est bien évidemment son effet à travers les prix du marché. Ne nous y trompons pas, il s'agit là d'une prémisse des multiples problèmes qui vont apparaître dans les décennies qui viennent. D'une part à cause du libre-échange, ensuite parce que le modèle de développement économique actuel va produire des pressions de plus en plus fortes sur les ressources de la planète. De telle sorte qu'un jour ou l'autre la France va se retrouver face à une question lancinante et fondamentale. Faut-il nourrir les nôtres avant les autres ? L'illusion de richesse produite par le libre-échange qu'on pourrait qualifier de grand gaspillage planétaire a atteint ses limites. En promulguant le même modèle de développement pour la planète entière et en spécialisant des régions gigantesques dans telle ou telle production, il a mécaniquement créé d'énormes déséquilibres entre les sociétés humaines et leur environnement proche.

 

Cette uniformisation des concepts, de la façon de voir le monde, et de la manière de vivre entre en contradiction avec l'efficacité des systèmes naturels comme je l'avais expliqué dans un vieux texte de 2014. Les sociétés humaines réellement efficaces sont celles dont le système économique est encastré dans leur géographie et leurs contraintes naturelles. On mange du pain en France parce que le blé pousse très bien sur les plaines de la Beauce. On mange du riz au Japon parce qu'il y a beaucoup de rizières et que le climat y est propice. Les sociétés humaines et leur culture sont le produit de ces contraintes multimillénaires. Le libre-échange a cassé cet équilibre en permettant à n'importe qui de consommer n'importe quoi n'importe où. Créant des aberrations géantes comme les villes sans avenir du désert de Dubaï totalement énergivore et non viable sans un gaspillage énergétique monstrueux. Ou en faisant des petits Pays-Bas un énorme exportateur de fruit et légume en épuisant ses sols avec une agriculture totalement folle et dépendante du gaz local qui s'épuise. De la même manière, les Chinois et les Indiens mangeaient peu de viande parce que leur densité de population largement supérieure à celle de l'Europe de l'Ouest rendait cette consommation en masse impossible. Sans le savoir, les Indiens ne sont pas végétariens uniquement par croyance. Leur croyance les a poussés à se comporter de façon compatible avec leur environnement immédiat. C'est l'avènement de l'agriculture intensive et de l'usage de produit pétrolier qui a rendu momentanément possible ces changements dangereux. Rien n'interdit bien évidemment que des progrès puissent faire coïncider ce changement de pratique de consommation avec leur environnement. Mais à l'heure actuelle, c'est loin d'être encore le cas.

 

De fait, ces énormes pays importent de plus en plus de nourriture et font donc monter les prix de porcs dans le cas qui nous intéresse présentement. Cette affaire nous questionne donc sur l'intérêt pour nos pays à exporter nos denrées. J'ai souvent parlé sur ce blog des effets délétères du libre-échange dans nos capacités de production. L'importation massive de produits asiatiques, allemands ou d'Europe de l'Est a détruit une bonne partie des capacités de production française. Mettant ainsi la France sous la menace pure et simple d'une perte totale de capacité d'autonomie. C'est d'ailleurs vrai aussi sur le plan agricole tant les dégâts de l'euro sont catastrophiques pour nos producteurs. Mais les exportations sont également problématiques. En effet, exporter revient à caler les prix de production nationaux sur les prix mondiaux. Si demain les producteurs locaux ont plus intérêt à exporter qu'à vendre localement qu’adviendrait-il du remplissage des besoins locaux ? Comme on l'a vu dans le cas des médicaments où la France subit désormais des pénuries systématiques, il n'est pas à exclure que la France à l'avenir ait des pénuries alimentaires ou que l'inflation des prix mondiaux sous la pression chinoise entraîne une incapacité pour de plus en plus de français de se nourrir. Et cette question n'est pas nouvelle.

 

Au 19e siècle le libre-échange a entraîné la tristement célèbre crise irlandaise. Une crise où la Grande-Bretagne a préféré les dogmes du marché libre à la régulation des prix et à la nourriture des Irlandais entraînant une famine invraisemblable qui fit un million de morts et un million et demi d'expatriés vers l'Amérique . L'on a fait le procès du communisme et du nazisme il faudra un jour faire celui du libéralisme. Car si le communisme avait comme maladie les fréquentes inadéquations entre la production et l'offre le capitalisme dérégulé a des tares tout aussi graves qui peuvent produire la mort en quantité industrielle. Les états régulés d'après-guerre ont fait oublier les crimes du libéralisme qui s'est fait tout petit pendant trente ans, mais il est aujourd'hui de retour dans toute sa violence et ses conséquences.

 

Interdépendance et chaos structurel

 

Cette crise porcine va donc faire grimper le prix du porc en France alors que la France ne connaît aucun problème de production. Elle a surtout un problème de distribution avec une trop grande concentration des centrales d'achat produit de ce qu'il faut bien appeler le cartel de la grande distribution. Système qui favorise beaucoup trop les intermédiaires au détriment des producteurs et des consommateurs. Mais voilà un problème particulier résultant de la spécialisation débile de nations entières. Verra-t-on en 2025 ou 2030 une France crier famine pendant que les entreprises d'exportation se feront des valises de platine pour nourrir la Chine ? Croit-on sérieusement qu'une société qui tourne ainsi puisse être durablement stable et saine ? Le système de production d'une nation ne doit-il pas plutôt d'abord remplir les besoins locaux avant toute chose?

 

Autre problème, ces interactions de plus en plus complexes produites par le libre-échange et la libre circulation des capitaux entrainent une incompréhension de plus en plus grande de l'économie. Ainsi la récente crise des liquidités est advenue sans une réelle anticipation des autorités. Comme le rappelle l'économiste pourtant très libéral Bruno Bertez : « Le vrai problème selon nous, ce n’est pas le coté spectaculaire des masses en jeu, nous sommes habitués à tout cela et nous savons que les sommes que brassent le monétaire, le funding, les changes, les dérivés sont astronomiques. Non ce qui est absolument effrayant c’est de constater que personne n’a une explication crédible à avancer. » Un aveu pour un libéral que le grand mécano des marchés libres avait accouché d'un monde irrationnel et imprédictible.

 

Et pourtant c'est quelque chose de très connu en science de l'automatique par exemple. Une science qui consiste à modéliser des systèmes complexes et à les réguler en fonction de ces modèles. De fait pour qu'un système soit gouvernable il faut déjà être capable de modéliser le système en question. Plus vous avez d'entrées et de paramètres et plus la modélisation est difficile. Le pire étant probablement le climat bien que certains prétendent le comprendre parfaitement grâce à leurs prédictions apocalyptiques. Rappelons qu'un simple système à double pendule est chaotique par exemple. On voit ici que les apprentis sorciers de la finance qui croient maîtriser un machin aussi complexe que leur globalisation sont passablement prétentieux. Ensuite, il faut des entrées de commande dans le système pour le commander. Sur un système électrique, la régulation est faite souvent par la tension électrique ou la fréquence d'un signal. Dans le système économique, il n'y a guère que l'état et les banques centrales à pouvoir intervenir. Vous remarquerez que l'état a été éjecté de l'équation, ne reste plus que les banques centrales.

 

De fait, tout ce qui concourt à complexifier les interactions économiques tend à rendre le système de moins en moins gouvernable et de plus en plus chaotique. La crise porcine tout comme la pénurie des médicaments ne sont pas de simples aléas, ils sont le produit de ces dérégulations, de cette volonté de rendre notre système économique ingouvernable et donc chaotique. Certains bien évidemment y gagnent, mais pour la majorité le coût dépasse désormais largement les gains mêmes si une grande part de la population ne s'en est toujours pas rendu compte. Si nous voulons à nouveau être maitres de notre destin commun, si nous voulons rendre un sens au mot démocratie. Il faut donc rendre à nouveau intelligible les interactions économiques, et donc rendre gouvernables notre société. Il est plus que temps de minimiser les interactions avec l'extérieur. De minimiser les importations, mais aussi les exportations. Et ainsi de rendre à nouveau notre système de production compatible avec son cadre naturel et géographique. Ce sera mieux pour la planète, mais aussi beaucoup mieux pour la sécurité des Français à long terme ainsi que pour la stabilité sociale dans son ensemble. Pour paraphraser Albert Camus mettre de la complexité dans le système économique, c'est ajouter au malheur du monde. C'est en simplifiant le système économique grâce aux frontières commerciales, financières et démographiques, que l'on pourra à nouveau rendre notre monde intelligible, et donc gouvernable.

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