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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 21:34

 

Décidément les autorités des pays occidentaux sont de plus en plus perdues . À tous les niveaux, elles multiplient les incohérences que ce soit au niveau des politiques économiques ou géostratégiques. La dernière preuve de cette panique est la réaction des autorités de la BCE face aux conséquences de leurs propres doctrines pratiquées depuis des décennies maintenant. C'est que leur champion, l'Allemagne, grande maîtresse du parasitisme économique par excédent commercial interposé, est désormais en panne. La zone euro entre petit à petit en dépression malgré les énormes excédents de la zone. Preuve s'il en fallait, que l'excédant commercial n'est pas la panacée universelle que les idéologues du mercantilisme new-age prétendent. Car ce n'est pas l'ampleur de l'excédent commercial en lui même qui tire la croissance, mais bien plus le volume d'échange. Avoir un excédent commercial en faisant plonger tous ses voisins en récession avec des déficits commerciaux n'a pas permis à l'UE de connaître une forte croissance ces 20 dernières années, c'est même tout l'inverse. L'Allemagne allait finalement bien mieux économiquement à la fin des années 90, alors qu'elle avait un léger déficit commercial.

 

Les grands déséquilibres de la zone euro couplée à la course au moins-disant salarial ont donc conduit à la fin inéluctable qui attend le système du marché dérégulé la panne sèche puis la récession permanente. Surtout dans une zone économique touchée par une dépression démographique. Il n'y a aucune raison pour que la croissance reparte sans une intervention de la puissance publique. Mais quelle puissance publique me direz-vous ? En effet, l'UE n'est pas un état fédéral et encore moins une nation. Le budget de l'UE est de toute façon trop ridicule pour avoir une véritable politique macroéconomique à l'échelle des nécessités actuelles. Donc il ne peut pas y avoir de plan de relance économique européen à l'échelle de la commission. Quand aux états ils ont été castrés par les traités absurdes à commencer par celui de Maastricht et du TCE. Les états de par les contraintes qu'ils se sont eux-mêmes imposées par le truchement des traités européens n'ont aucune marge de manœuvre . Il ne reste donc plus que la BCE pour relancer l'économie de la zone. Les responsables de l'Union européenne qui viennent de redécouvrir les effets à long terme du marché libre commencent donc à paniquer. Ils se remettent à sortir Keynes de la naphtaline, en partie du moins, la partie la moins gênante pour leur propre modèle de référence. Ils s'en tiennent à l'analyse de la demande globale se rendant compte que la croissance ne repart pas toute seuls. Ils vont donc un peu rompre avec leur doctrine du laissez-faire comme ils l'avaient fait lors de la crise de 2008-09 en intervenant pour sauver les banques et éviter de justesse une panique bancaire qui aurait été catastrophique. Mais comme à cette époque ils ne relisent pas entièrement les expériences du passé. Keynes et les économistes des années 30 ont pourtant vécu exactement les mêmes déboires avec des acteurs différents.

 

Eux aussi ont commencé par de timides réactions en demandant la baisse des taux d'intérêt pour les banques centrales . Puis petit à petit voyant que cela ne marchait pas ils en sont venus à des théories et des pratiques de plus en plus radicales. La politique de Roosevelt ou du CNR après guerres sont en grande partie le produit de ces évolutions intellectuelles qui furent réalisées durant les années 30. Keynes était un libre-échangiste en 1918, il deviendra protectionniste durant les années trente mettant même en garde contre la libre circulation des capitaux qui était responsable de drame et de mauvaise allocation de ressource et d'investissement. Mais les dirigeants européens actuels n'en sont qu'à la première étape alors que la crise a déjà dix ans même s'ils l'ont longtemps camouflé par des dettes publiques et privées. Rappelons que la zone euro n'a toujours pas retrouvé son PIB d'avant la crise de 2008. Maintenant que la chimère allemande tombe à son tour, il va devenir de plus en plus difficile de trouver un modèle de référence pour défendre de libéralisme total.

 

La BCE ne peut pas relancer l'économie européenne

 

Mais si théoriquement la BCE et l'UE peuvent relancer l'économie en injectant de la monnaie c'est oublier un peu vite les contraintes qui s'imposent à cette pauvre zone monétaire non optimale. Avoir une politique monétaire et économique unique sur un territoire aussi disparate risque surtout de faire s'amplifier les problèmes de déséquilibre macro-économique de la zone. Rappelons qu'il y a des pays fortement excédentaires dans la zone euro et des pays fortement déficitaires. De sorte qu'une politique macro-économique unique aura pour seul effet d’accroître les déficits des pays déjà déficitaires. Si chaque pays pouvait aligner une politique monétaire propre à sa relance en dévaluant par exemple nous n'aurions pas cette problématique, mais les européistes ont voulu l'euro et l'euro rend mécaniquement impossible une politique de relance équilibrée. En injectant de la monnaie sous forme de baisse d’impôt ou de donation monétaire par création sur les comptes comme l'explique Jacques Sapir dans cette vidéo, cela relancera la croissance dans les pays excédentaires, mais on aura dans le cas de la France par exemple un fort accroissement des déficits commerciaux déjà passablement élevés. Avec à terme une croissance qui ne pourra pas se maintenir puisque la consommation française se fera surtout sur des produits importés allemands ou autres, les producteurs locaux n'étant pas compétitifs dans le cadre économique actuel. Mais peut-être est-ce là l'unique but des dirigeants de l'UE complètement inféodés aux intérêts allemands. La BCE est bien à Frankfort après tout.

 

En fait, les politiques de relance n'ont pas de sens dans un contexte libéral. La crise économique qui nous frappe maintenant depuis longtemps n'est pas le produit d'un simple accident, c'est structurel. C'est l'organisation macro-économique tournée autour des idéologies néolibérales des années 70 qui est responsable de la panne . Et l'injection minimale de quelques principes keynésiens pour sauver le soldat allemand n'y changera pas grand-chose. Elles peuvent même aggraver la situation en entraînant une méfiance vis-à-vis des monnaies ou plonger certains pays dans de graves situations macroéconomiques. On le voit dans le cas des USA qui accumulent des dettes extérieures de plus en plus abyssales parce qu'ils n'ont fait jusqu'à Trump que des politiques de relance sans se soucier des déficits extérieurs. Dans le cas des USA il est vrai également qu'il y a le problème du dollar qui par sa nature internationale rend la gestion macroéconomique difficile.

 

Politique de relance et régulation par les frontières

 

Les politiques de relance keynésiennes ne sont pas des politiques qui visent à accroître la dette ou à distribuer de la monnaie gratuitement comme ça sans réfléchir. Elles proviennent d'une réflexion sur le lien entre production et consommation, elles admettent l'incapacité inhérente du marché à s'autoréguler. Il n'y a pas de main invisible qui rendrait comme par enchantement les intérêts individuels des uns et des autres compatibles avec l'intérêt général. Bien au contraire l'expérience montre que bon nombre d'acteurs économiques peuvent avoir intérêt à court terme à agir contre l'intérêt général. Les politiques macroéconomiques sont là pour rendre possible la coexistence d'une certaine liberté individuelle avec l'intérêt général. Un intérêt général qui est naturellement défini par la politique et les hommes politiques eux-mêmes légitimés par les élections. Naturellement, cela veut dire que parfois l'action collective doit aller contre l’intérêt de certains individus ou groupes d'individus. Mais c'est obligatoire dans une société relativement civilisée. Les Occidentaux s'ils veulent sortir de leurs crises à répétition vont devoir réapprendre à remettre l'intérêt individuel à sa place c'est-à-dire en dessous de l'intérêt général. Dans le cadre culturel actuel il n'y a probablement pas plus subversif comme objectif. En effet l'individu et ses droits sont devenus presque identitaires pour l'occident américanisé.

 

Je rappelle donc que la politique de relance keynésienne n'a de sens que dans un cadre relativement fermé que ce soit commercialement ou financièrement. Il s'agit là d'une condition impérative au bon fonctionnent d'une relance. Une condition auquel la zone euro totalement ouverte ne correspond absolument pas à l'heure actuelle. Dans ce contexte la politique de relance consiste alors à accroître la masse monétaire de diverses manières suivant le contexte. On peut effectivement imaginer une distribution directe d'argent sous diverses formes ou une politique d’investissement technologique, scientifique ou industriel. L'important c'est que l'argent injecté entre sur le marché pour augmenter la demande. Cette demande produira un effet dit multiplicateur, car non seulement l'injection directe de monnaie augmentera les revenus disponibles et la consommation. Mais ces effets auront une influence à plus ou moins long terme. Plus l'économie du pays produit elle même ce qu'elle consomme et plus les effets de la relance seront longs et forts.

 

On montre assez facilement que les politiques de relance dans des pays relativement fermés voient leur PIB s’accroître nettement plus vite que la dette engendrée par la politique de relance. De sorte qu'à terme le poids de la dette se sera réduit proportionnellement au PIB. C'est pour cette raison que les pays comme la France ont connu une si forte croissance après guerre avec des relances budgétaires régulières sans que les poids de la dette ne s’alourdissent . Rajoutons qu'à l'époque l'état empruntait à taux 0 à la banque de France ce qui permettait un accroissement de la masse monétaire sans intérêt contrairement au système absurde actuel. Vous me direz, et l'inflation alors ? L'inflation a été très forte pendant les trente glorieuses, mais les salaires ont alors grimpé plus vite. Le niveau de vie a donc fortement augmenté. Alors que dans notre modèle actuel, tourné vers la rente, l'inflation est faible, mais la hausse des salaires encore plus, ce qui entraîne une stagnation, voir une régression, du pouvoir d'achat pour une partie de plus en plus importante de notre population.

 

Quoi qu'il en soit il est intéressant de voir que les pontes de la BCE commencent à trembler devant la possibilité d'une entrée en récession de la zone euro et particulièrement de l'Allemagne. Seulement peut-on attendre des mêmes personnes qui n'ont absolument rien appris de la crise du système bancaire de 2007-08, qu'ils tirent cette fois un raisonnement rationnel sur les conséquences de leurs propres dogmes ? Car ce n'est pas seulement les politiques de relance qu'il faut réenvisager en Europe, c'est toute l'architecture économique. L'UE signe encore des traités de libre-échange à l'heure actuelle avec d'autres zones économiques alors même que ce libre-échange rend impossible une politique de relance macroéconomique et favorise la baisse des salaires. La hausse des salaires continue d'ailleurs d'être considérée comme une catastrophe alors qu'elle devrait être au contraire l'objectif premier du progrès économique. Et je ne parle même pas des imbéciles comme notre président qui démolit l'un des piliers macroéconomiques de notre pays en saccageant notre système de retraites ce qui va aggraver encore plus la compression de la demande en France. Le problème central de l'UE, de la BCE et des dirigeants européens c'est qu'ils pensent d'abord à l’intérêt de la rente et du capital avant l'intérêt général. Nous sortirons enfin du dogmatisme libéral le jour où l'on aura compris que le but d'une économie n'est pas d’accroître indéfiniment les revenus de ceux qui en ont déjà beaucoup trop, mais de permettre à l'ensemble des citoyens de profiter des gains de productivité et du progrès technique. Si le progrès économique ne profite qu'à certains, ne vous étonnez guère si la majorité finit par jeter à la poubelle la notion de progrès elle-même et ceux qui la défendent.

 

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commentaires

moi 20/09/2019 15:54

Vous dites que les pays excédentaires profiteraient le plus de la monnaie hélicoptère, or il me semble que l’Allemagne est le pays le plus opposé à cette mesure…
Ne pourrait-on pas, au lieu de verser une somme à chacun, faire un chèque qui ne serait utilisable que pour certains achats (par exemple l’alimentation), afin d’éviter les achats qui font beaucoup augmenter les importations ?

Yann 23/09/2019 23:28

L'Allemagne ne comprend même pas d'où vient sa prospérité relative. Elle aime quand les USA ou d'autres pays font des relances dont elle profite, mais elle ne veut pas faire de relance chez elle justement pour maintenir son saint excédent qui la mène nul part. Personnellement je serais un dirigeant allemand je mettrais une bonne centaine de milliards d'euro pour soutenir les familles et encourager les naissances en Allemagne. Pour faciliter la vie des allemandes et leur permettre de travailler en ayant des enfants. Ce qui est un des gros problèmes de l'absence de politique familiale dans ce pays qui se dépeuple. Relancer la natalité plutôt qu'accumuler des excédents inutiles et dangereux pour l'économie européenne et mondiale voilà un vrai programme censé. Mais que voulez vous ils pensent que faire des excédents commerciaux c'est mieux que de vivre et d'avoir des gosses.

Faire une relance uniquement sur de l'alimentaire dans des pays développés me semble un peu difficile, même si c'est tout à fait louable pour les plus pauvres. En fait le problème c'est que l'UE est une zone monétaire non-optimale. Faire une relance uniforme sur un territoire si disparate ne peut qu'amplifier les problèmes. Pour ce qui est spécifiquement de la France on ne peut pas relancer uniquement sur les produits que nous fabriquons. Nous sommes trop dépendant des importations maintenant. Avant de faire une relance il faudrait vraiment dévaluer et mettre en place une politique protectionniste et une politique d'état visant à la réindustrialisation.