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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Sortir de la société de rente.

 

Alors que la canicule bat son plein, la France a encore ces débats absurdes sur la climatisation. Devenue un totem de l'écologie politique qui n'a en réalité plus grand rapport ni avec l'éconologie ni avec la science, la lutte contre la climatisation est devenue en quelque sorte le révélateur d'une société englué dans la stagnation et l'absence d'ambition. Une société de vieux croûtons et de rentiers qui refuse de changer face aux bouleversements du monde. Il ne s'agit pas ici de parler d'écologie même s'il faut quand même rappeler que l'électricité de France est décarbonée grâce au nucléaire, et qu'il est donc absurde de se battre contre la climatisation au prétexte de la lutte contre le réchauffement climatique. Une politique rationnelle devrait être de faire de la climatisation à l'échelle nationale en favorisant notamment des solutions collectives souvent bien plus efficaces que les systèmes individuels. Un exemple avec ce système de climatisation collective en Chine.

Encore faudrait-il pour cela qu'il y ait une volonté nationale et une ambition. Ce n'est malheureusement plus le cas. Comme dans le reste de la politique, qu'elle soit économique, ou autre, notre pays s'est embourbé dans la stagnation et le laisser-aller. Plus généralement, l'occident s'est enfermé depuis les années 70 dans une société de rente qui ne dit pas son nom et qui ne s'assume pas comme telle. La richesse s'hérite, et la méritocratie n'est plus qu'une grosse illusion qui permet encore un peu au système de contrôler sa population. La mutation c'est d'ailleurs probablement aux USA qu'elle est la plus impressionnante. En effet pendant très longtemps les USA ont été moins inégalitaires que l'Europe. L'ascension sociale n'était pas une illusion, même si le trait a été largement grossi par la légende de l'American Dream. Nous l'avons déjà vue dans d'autre texte, aux USA les inégalités atteignent des sommets et la récente bulle IA semble accélérer le processus, le capital va au capital. La mobilité sociale aux USA est devenue aussi mauvaise qu'en France ou en Allemagne comme le montre ce graphique qui date de 2018, mais qui a été déjà assez révélateur.

 

 

Comme je l'ai déjà expliqué c'est assez simple à comprendre, pas besoin d'être marxiste pour cela. Les intérêts composés croissent très rapidement, il n'y a que l'exponentiel d'un point de vue mathématique qui grimpe plus rapidement encore. Sans croissance réelle le capital va donc se concentrer de plus en plus vite au fur et à mesure que le temps passe. Les seuls mécaniques qui empêchent le capital de ne plus appartenir qu'à une seule personne à la fin sont les réactions sociales, politiques par les impôts et la redistribution, voire par la destruction des monopoles qui garantissent cet enrichissement sans fin. C'est ce qui est arrivé à Rockefeller avec les lois antitrust. Ou alors il y a la mécanique naturelle de l'inflation qui vient en réalité corriger l'excès d'inégalité en rongeant les rentes financières. L'occident est probablement arrivé à un stade où seule l'explosion des rentes acquises par les générations d'après-guerre peut débloquer ces sociétés.

 

 

Nous le savons d'expérience, les générations de l'immédiat après guerre ont bénéficié d'une très forte croissance, mais aussi d'une très forte inflation. Et ce n'est pas le hasard, il y a un lien entre l'inflation et la croissance économique. Le lien n'est pas mécanique bien évidemment, mais il est rare d'avoir une forte croissance sans effet inflationniste. Mais pour comprendre cela, il faut sans doute ressortir notre Todd illustré du placard. Les sociétés humaines ne sont pas toutes harmonieuses et capables d'actions collectives rationnelles. Certaines ont des sociétés plus ou moins capables de dialogues sociaux et de négociations à haut niveau. D'autres au contraire le font difficilement. Cela rend les sociétés plus ou moins capables de s'adapter à des contraintes économiques liées aux changements dans les rythmes des croissances économiques. C'est dans ce contexte-là que l'on peut comprendre l'utilité sociale de l'inflation.

 

Dans les pays qui ont une forte cohésion sociale, on peut jouer sur les salaires des populations à la hausse ou à la baisse. Les négociations sont collectives avec souvent des syndicats forts garantissant l'équilibre avec les forces patronales. On peut citer des pays comme l'Allemagne, le Japon ou la Corée du Sud. L'exemple récent de Samsung qui a augmenté les revenus de ses salariés suite à une grève massive montre cette cohésion collective. À l'inverse il existe de nombreux pays où l'individualisme est plus fort et où il n'existe pas vraiment de syndicats puissants. La France est l'exemple le plus clair, mais on peut citer aussi des pays comme l'Espagne. Dans ce cas-là il y a un blocage social qui empêche toute redistribution et qui conduit à des accumulations de richesse et à de blocages sociaux plus grands. C'est évidemment dans ces pays-là que l'inflation aura le rôle le plus important en favorisant le travail au détriment des rentes. On comprend tout de suite en voyant ça pourquoi l'euro a été un désastre plus important pour le sud de l'Europe que pour le nord plus habitué à des négociations collectives. Sans de l'inflation et des dévaluations régulières, l'Italie, la France ou l'Espagne ne fonctionnent plus tout simplement.

 

C'est en Europe du nord et en Allemagne que les classes moyennes déclinent le plus vite

 

Après, même les négociations collectives finissent par devenir insuffisantes à terme. Si l'on regarde l'évolution des classes moyennes depuis 1995 on constate que ce sont justement les pays du nord de l'Europe et l'Allemagne qui ont connu la plus forte dégradation des classes moyennes dont le poids n'a cessé de baisser même s'il est encore loin du niveau américain. Tout se passe comme si la rigidité monétaire obsédée par l'inflation la plus basse possible empêchait même les pays plus fonctionnels d'un point de vue collectif de véritablement empêcher une trop grande concentration du capital. Dans tous les cas, il faut quand même un peu d'inflation pour permettre aux rouages de ne pas se coincer. L'inflation en permettant une certaine mobilité sociale permet de renouveler les élites et d'éviter l'enkystement social qui conduit à la panne en matière d'innovation et de croissance. D'ailleurs, la Chine a connu une très forte inflation depuis 40ans qui ont accompagné la croissance fulgurante du pays. Le ralentissement économique récent s'accompagne là aussi d'une baisse de l'inflation.

 

 

Le vieillissement et la rente

 

La société de rente dans laquelle nous vivons a des effets extrêmement visibles sur notre vie de tous les jours. Même à la télévision, et dans la société du spectacle, le caractère rentier du système français devient de plus en plus visible. Les fils à papa et les relations interpersonnelles devenant largement plus importants que le talent et les compétences. Il ne faut guère s'étonner dans ces conditions de la disparition des grands comiques, de grands réalisateurs ou comédiens. C'est la même chose à tous les niveaux des hommes politiques aux hommes de spectacles. Des chefs d'entreprises aux médecins, un peu partout, on hérite l'essentiel de sa vie. L'autre processus qui aggrave considérablement cette dérive est bien évidemment le vieillissement général. L'effondrement de la natalité à partir des années 70 a constitué un changement dont on n'a pas vraiment mesuré toutes les conséquences à terme. Dans un régime démocratique où chaque voie compte, la démocratie finit par devenir une véritable gérontocratie dont on peine encore à en mesurer le désastre.

Tous les choix collectifs décisifs sont donc désormais entre les mains des retraités et de gens qui ne sont plus vraiment aux prises avec la réalité actuelle du pays. Si nous voulons mettre fin à cette dérive qui pourrait conduire le pays à sa mort, il faudra sans doute se questionner sur le droit de vote des retraités même si la question est probablement taboue pour l'instant. Mais l'on pourrait l'exprimer ainsi, prendre sa retraite c'est aussi se retirer d'une partie de son droit de citoyen, celui de décider des choix collectifs. Ce genre de mesure pourrait devenir décisive à l'avenir, car la priorité d'une société doit être sa jeunesse et les familles sans quoi elle n'a tout simplement pas d'avenir. Évidemment prendre une telle orientation serait extrêmement difficile démocratiquement puisque les boomers sont très nombreux et votent beaucoup. Mais je pense qu'il faudra un jour réellement se poser la question, car tout le reste découle en partie de ça. La population âgée refusera probablement des politiques trop inflationnistes et redistributives à l'avantage des salariés et des familles. De la même manière que cette population reste fortement attachée à l'UE et à l'euro.

 

 

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