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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 21:25

  Bernard Stiegler est un intellectuel un peu à part puisqu'il se questionne surtout sur le rapport entre la technique et l'évolution de nos sociétés capitalistes. Il donne une importance cruciale à l'évolution technique dans l'évolution des rapports sociaux. Le capitalisme fordien qui a mis au point les industries culturelles de masse, à vue petit à petit son modèle tendre vers ce que Stiegler appelle une industrie pulsionnelle. Là où l'on consommait de façon réfléchit un bien durable s'est substitué une consommation de pulsion primitive. Le lien entre la production et la consommation ayant complètement disparu le plaisir de la consommation s'est étiolé pour ne plus durer qu'un laps de temps infime. Pour Stiegler il s'agit là d'une maladie mortelle pour le capitalisme qui produit des individus mélancoliques et dépressifs incapables de ressentir le moindre plaisir dans la consommation parce qu'ils ne produisent plus.

 

Dans cet exposer Stiegler nous parle du début de la genèse de l'industrie culturelle, qui sera en fait le moyen pour entrainer une hausse permanente de la consommation par la manipulation des désirs des masse. Il cite notamment Edouard Bernez le neveu de Freud qui inventa littéralement le marketing et qui fit ses premières œuvres en conseillant aux industries du tabac de convaincre les femmes de fumer. Il utilisa les luttes féministes pour joindre la cigarette à l'émancipation de la femme ce qui fit exploser la consommation de tabac, un grand homme. C'est l'industrie culturelle comme le cinéma ou la radio qui vont permettre à la machine fordienne de fonctionner car même en augmentant les salaires, il fallait pousser les individus à acheter ce qui était produit pour garantir la pérennité du modèle économique d'après guerre.  Le marketing fut un élément essentiel de ce contrôle du désir des masses. La production standardisée nécessitait donc  une standardisation des désirs que seul ce marketing pouvait produire. C'est ce processus qui aujourd'hui s'épuise selon Stiegler et c'est ce déclin qui est le plus dangereux pour la mécanique capitaliste. En effet sans consommation de masse la surproduction est garantie, sans renouvellement de la demande la mécanique se casse. Autre problème l'homme pulsionnel est un mauvais producteur, à force de vouloir produire des consommateurs compulsif le capitalisme nuit à sa propre reproduction en détruisant la production d'homme capable de produire. Pour Stiegler l'avenir sera celui d'un changement fondamental entre la production et la consommation, d'une révolution dans laquelle chacun sera producteur et consommateur à la fois

 

 

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

LaetitiaK 23/10/2011 19:02



Vous seriez tellement adorable de rectifier l'orthographe de "Edward Bernays" (: A quand un autre article sur Bernard Stiegler?



René Jacquot 12/12/2010 20:54



Merci pour ce lien Yann.


On voit que Stiegler a fortement réfléchit et s'est inspiré des travaux d'un Dany-Robert Dufour  sur le capitalisme pulsionnel d'essence sadienne!


J'aime quand un philosophe s'aventure sur ce terrain et arrête de laisser le champ libre aux économistes à courte vue! L'économie n'est qu'une branche de la philosophie et de la politique à
l'origine! Certains veulent d'ailleurs ressuciter ce que l'on appelait "l'économie politique" notamment à travers un colloque qui a eu lieu ce week-end


http://clerse.univ-lille1.fr/spip.php?article453


Vous y trouverez des textes de JSapir,TCoutrot, JMHarribey, FLordon, GRaveaud, JGadrey, ACaillé...


Bref des économistes héterodoxes qui veulent sortir de l'économisme!


 



RST 05/12/2010 15:06



J’ai visionné l’exposé. C’est effectivement intéressant. Stiegler est clair, agréable à écouter et d’une grande érudition.


Sur le dépassement du capitalisme Fordien, Lordon explique dans son dernier bouquin que nous sommes maintenant dans un régime d’enchantement joyeux, où les affects intrinsèques joyeux sont
mobilisés par le néolibéralisme qui prétend que nous allons nous réaliser au travail. Donc en gros le désir de consommé mobilisé par le capitalisme Fordien pour nous aliéner est maintenant
remplacé par le désir de nous réaliser au travail qui est lui mobilisé par la nouvelle forme de capitalisme instituée par le néolibéralisme.


Je le dis mal mais c’est très bien expliqué dans le bouquin de Lordon ;-)