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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:06

    398c654714d20e627d5ee7fd17773db5.jpgJe vais chercher ici à expliquer en quoi les dévaluations sont une mauvaise forme de protectionnisme commerciale et qu'il vaudrait mieux finalement revenir à des parité fixes mais à des taxes et des quotas pour réguler les balances des paiements. Bien sure je parle ici en générale, dans la situation actuelle, celle de l'organisation économique mondiale, axée autour du système de change flottant et du roi dollars,  il est évident que  les dévaluations sont nécessaires. Mais je crois qu'il faut expliquer en quoi cette forme particulière de régulation des échanges produit des effets collatéraux extrêmement dommageables pour l'économie mondiale dans son ensemble.

 

Les effets des dévaluations

 

 A - Effets positifs

 

      Nous avons déjà parlé des mécaniques de dévaluation à plusieurs reprises mais je vais tout de même ré-expliquer rapidement les effets d'une dévaluation. Nous allons prendre l'exemple de la France et de l'Allemagne en imaginant qu'il y est toujours le franc et le mark. Si la France connait un  déficit commerciale avec l'Allemagne, dans le cadre du régime de change flottant internationale notre pays peut décider de dévaluer sa monnaie face au mark. Mettons que la dévaluation est de 10% le cout des importations provenant d'Allemagne va instantanément augmenter de 10%. A l'inverse les exportations françaises vont voir leurs prix sur le marché allemand baisser de 10%. La dévaluation a donc un effet qui est similaire à la combinaison d'un droit de douanes à l'entrée de la France vis à vis de l'Allemagne de 10%. Et en même temps un effet de subvention à l'exportation de 10% qui s'ajoute aux droits de douanes. Précisons que tout ceci ne coute strictement rien à l'état, cela change juste le rapport de force et le cout relatif du travail et de la production entre la France et l'Allemagne. Il y a fort à parier que cette dévaluation aura un effet de rééquilibrage de la balance commerciale entre la France et l'Allemagne.

 

    Vue sous cet angle on comprend tout la puissance d'une politique de dévaluation. Cependant il faut préciser que l'état et la banque centrale ne maitrise pas totalement la valeur des monnaies. Dans le monde actuelle les taux de change sont soumis à la loi du marché, et les pays occidentaux laissent flotter leurs monnaies au gré des vents de la bourse et des spéculateurs.  Ce n'est pas le cas de la Chine, par exemple, dont la monnaie a un cour forcé, ce n'est d'ailleurs pas étranger à la stabilité de la croissance chinoise. Dans l'imaginaire libérale des années 70, à la fin du système de Bretton-Woods qui lui était à parités fixes et au  dollars garanti Or, le système des changes flottant était censé s'auto-réguler. Les pays qui avaient des déficit commerciaux devaient voir leur monnaie se dévaluer pendant que les pays excédentaires voyaient leur monnaie se réévaluer. En toute logique cartésienne le système devait donc automatiquement réguler les balances des paiements, malheureusement l'expérience montre que la régulation par la libre variation monétaire ne fonctionne pas. Et le monde actuel qui possède des pays avec d'énormes excédents et d'autres d'énormes déficits commerciaux montre que le système de change flottant ne fonctionne pas.

 

      Pourquoi est-ce que ce principe qui semble pourtant logique ne fonctionne pas? La première réponse, celle que les libéraux vous jetterons certainement à la figure, c'est que tout les pays ne laissent pas flotter leur monnaie, ce qui est vrai. J'ai cité la Chine mais la plupart des pays asiatiques jouent sur leur monnaie pour favoriser leur commerce extérieur, la Corée du Sud a par exemple une monnaie tout aussi sous-évaluée que celle de la Chine. Le Japon lui même ne s'est pas gêné pour empêcher le Yen de prendre de la valeur.  Mais l'argument libéral qui consiste à vouloir plier le réelle à ses exigences théoriques est-il bien rationnel? Qui peut contraindre la Chine par exemple à réévaluer sa monnaie? Réponse personne, pas même les USA. Donc autant raisonner en comptant sur la non coopération des états plutôt qu'en ne prenant que les hypothèses qui nous arrangent non?

 

Autre problème il n'y a pas que la valeur de la balance commerciale qui fait varier la monnaie dans le système actuel. L'exemple du Japon et du Yen Carry trade en est la preuve. Des petits malins ont utilisé les faibles taux d'intérêts de la banque du Japon pour emprunter en Yen et prêter dans des monnaies aux taux d'intérêts plus élevés. Ce phénomène a pendant une certaine période réévalué le Yen entrainant la balance commerciale nipponne dans le rouge. Les spéculateurs font donc varier les monnaies pour des raisons complètement extérieures à la balances commerciale d'un pays. Si nos amis libéraux étaient cohérent ils n'auraient donc pas du permettre la libre-circulation des capitaux puisque cette dernière entrave la bonne marche du système de change flottant en déformant le rapport commerce/valeur des monnaies.

 

B - Effets négatifs

 

      Mais il y a pire, la nature même du système des changes flottants est instable. Dans notre premier exemple il n'y avait que deux pays qui commerçaient ensembles, si l'on en rajoute un troisième les choses se compliquent un petit peu. En effet, rajoutons l'Italie comme nation commerçante avec la France et l'Allemagne. Imaginons que l'Italie a une balance commerciale à l'équilibre avec les deux autres nations, mais que comme je l'avais indiquer la France était obligé de dévaluer sa monnaie de 10% par rapport au mark. Que doit faire l'Italie? Soit elle ne fait rien et la monnaie française se dévalue envers le mark mais aussi envers la lire Italienne, ce qui produira un déficit commerciale de l'Italie vis à vis de la France. Soit l'Italie suit la France et cela produit un excédent de L'Italie vis à vis de l'Allemagne.  Imaginons maintenant que l'on mette des centaines de pays dans le système et on obtient le système mondiale actuel. C'est à dire un système totalement chaotique incapable de produire une régulation.

 

  Il est donc tout à fait normale de craindre la guerre des monnaies car elle s'auto-entretient. Le fait est que l'instrument monétaire est trop gros finalement pour bien faire. Pour que le protectionnisme régule réellement le commerce il faut qu'il soit précis et ciblé, il ne faut pas faire de victime collatérale comme ce fut le cas dans notre exemple avec l'Italie. Réguler le commerce mondial avec pour seul instrument les variations monétaires revient à essayer de planter un clou dans un mur avec une masse vous avez de très fortes chances de tout casser, même si au final vous plantez votre clou. On comprend mieux ici le désir fort des européens dans les années 70 de revenir à système à change fixe. Leur problème c'est que la solution de la monnaie unique fut incomplète et mal pensé avec les résultat que nous connaissons tous aujourd'hui. Cependant cela n'enlève pas le fait qu'il faille effectivement mettre fin au bordel monétaire mondiale. Et ce d'autant plus que cela complique sérieusement la gestion des entreprises qui doivent compter avec les variations erratiques des grandes monnaies comme le souligne très justement Jean Luc Gréau dans son dernier texte.    

 

Mieux vaut le protectionnisme par les douanes et les quotas et un régime de change fixe.

 

    Comme nous l'avons vue les effets des dévaluations peuvent être catastrophiques, elles engendrent un système totalement instable qui ne peut en réalité jamais vraiment revenir à un équilibre. L'état normal du marché des changes c'est le chaos! C'est en réalité le rôle du dollars en tant que monnaie universelle qui a empêché jusqu'à présent le système d'imploser et de produire une guerre des monnaies à l'échelle planétaire. C'est grâce à son rôle de monnaie de réserve internationale que les USA peuvent subir un déficit commercial énorme depuis plus de trente ans sans voir leur monnaie se dévaluer. Ce qui a permis aux asiatiques et aux Européens d'avoir des excédents commerciaux sans produire de guerre monétaire totale sur la planète.   Mais les USA sont au bout du rouleau, l'étalon dollars s'essouffle et aucune région ne peut et ne pourra prendre le rôle de super-consommateur planétaire qu'on tenu si longtemps les américains. D'ors et déjà les USA ne supporte plus la sous-évaluation de la monnaie chinoise et la relance Obama n'a déjà plus d'effet, les USA sont trop désindustrialisé pour que les relances keynésiennes fassent repartir la machine (voir ce texte explicatif). Il faut donc reconstruire un système monétaire internationnal capable de garantir une stabilité sans avoir en son cœur une nation fortement déficitaire.

 

Comme nous l'avons rapidement démontré le système de change flottant ne peut pas réguler correctement le commerce, il est naturellement instable. Ce qui ne m'empêche pas quand même  de prôner des dévaluations dans le cadre actuelle, l'Europe n'ayant pas à se suicider pour maintenir le couple sado-maso sino-américain. Mais il faut bien avoir conscience que le système ne peut pas perdurer tel quel.  Il vaut donc mieux avoir des taux de change fixes entre les nations comme ce fut le cas pendant toute la période de l'après guerre, et comme ce fut le cas pendant le 19ème , avant les grands malheurs du monde comme disait le Général De Gaulle. Bien sure dans un régime à change fixe, il faut renoncer au libre-échange totale car ce dernier produit alors des déséquilibres commerciaux qui ne se résorbent pas plus qu'avec le système de change flottant. On le voit d'ailleurs entre les membres de la zone euro. Pour compenser et équilibrer les balances des paiements, seul moyen d'avoir la stabilité et d'éviter les crises à répétition, il faut donc des droits de douanes et des quotas.

 

Les droits de douanes et les quotas sont précis contrairement aux dévaluations, ils peuvent être mis de façon totalement planifié, faisant rentrer l'ordre dans le chaos du commerce internationnal. Ils permettent aux entreprise de faire des plans à long terme car ces quotas ou droits de douanes ne varient pas de façon totalement imprévisibles. De plus si la France a un déficit face à l'Allemagne elle ne taxera que les produits allemand , cela ne touchera pas ses autres partenaires. Ils permettrons également de découpler les économies de la planète et permettrons ainsi d'accroitre la stabilité de l'économie planétaire en réduisant le nombre de variable dans l'équation de gestion des politiques publiques. Il serait donc plus que temps de réhabiliter ces bonnes vielles barrières douanières jugées archaïques par certains, alors qu'elles sont au contraire une façon moderne et rationnelle de réguler le commerce et d'éviter la guerre du tous contre tous auquel les marchés des changes nous ont conduit.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

olaf 01/07/2010 21:34



Je ne suis ni ministre, ni économiste patenté, mais ça me semblait depuis longtemps


évident qu'un gouvernent puisse décider au cas par cas sa politique d'importation plutôt que de s'en remettre aux automatismes de directives européennes ou autres qui se sont toujours révélées
d'une grande prétention à vouloir croire qu'elles ont enfin trouvé les règles intangibles de la bonne gestion, un raisonnement de juriste avec un baton planté dans le fion de sa hauteur
respectable, voir Eolas l'idolatre européen sans conditions, alors que tout est toujours remis en question dans les équilibres.



yann 01/07/2010 21:20



@olaf


 


Oui j'ai lu le texte de Vedrine. Je crois qu'il n'a jamais vraiment réfléchi à l'économie son hobby c'est plutôt la politique étrangère, mais je suis content de voir un homme aussi connu et
respecté prendre le chemin d'un protectionnisme de régulation.



olaf 01/07/2010 19:46



Védrine aussi se met à préconiser le contrôle des importations :


http://www.marianne2.fr/Vedrine-il-faut-oublier-l-Europe-puissance_a194685.html?com#comments



valuebreak 30/06/2010 11:57



bj.


 


la dernière phrase souligne bien l'état d'esprit ambiant. "les droits de douane c'est jugé archaÏque ..." 


les avantages d'un système douanier sont évidents, mais je parie dix contre un que pas un gouvernement "moderne" n'aura le courage de s'y engager.