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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 20:41

  Les difficultés actuelles de la Belgique ont à nouveau mis sur les feux de la rampe l'hypothèse d'un rattachement de cette région francophone à la nation française. Beaucoup s'en réjouissent, voyant dans cette hypothèse la possibilité d'un renforcement de la puissance française. Quelques millions de français supplémentaires ne pouvant que donner plus de poids à notre pays. A l'opposé on voit tout une frange de personne craignant le coût économique d'un tel rattachement. Notre cher Malakine vient d'ailleurs de présenter de façon claire les différentes formes d'attitudes face à ce mouvement historique, il se situe lui même dans le courant rattachiste.  Il rejoint ici Chevènement, Melenchon ou encore NDA qui s'expriment tous de façon favorable à un éventuel rattachement, avec bien entendu les précautions d'usages car  c'est bien au wallons de faire leur choix. Et j'ose espérer que même si la Wallonie décide de faire cavalier seule, elle sera tout de même soutenu par ses cousins français.

 

    L'affaire Belge est tout de même paradoxale au moment où l'on ne parle que de mondialisation inéluctable ou de nation trop petite pour survivre. Cette affaire entre véritablement en contradiction avec le prêt à penser courant et vient aggraver au final la crise déjà patente de la construction européenne qui n'en avait vraiment pas besoin. Après le choc Grec et les désillusions sur l'euro et la pseudo-solidarité européenne qui se transforme de plus en plus en Anshluss à l'échelle du continent, voila que la Belgique nation multi-linguistique, et précurseur de l'UE va éclater. Autre ironie, la capitale de l'impérium européen post-démocratique est également la capitale de l'état Belge tout un symbole.

 

Le problème Bruxellois  

 

 

belgique2.JPG

 

  Et la carte ci-dessus nous montre le problème Belge avec sa capitale, francophone pour l'essentielle, piégée au milieu d'un territoire néerlandophone dans le cadre d'un état Belge ce n'est pas problématique, mais en cas de scission c'est autrement plus compliqué. En effet  qui peut vraiment imaginer un territoire francophone  avec sa plus grande ville qui serait dans un autre pays, et à l'inverse les flamands qui cherchent une nation mono-linguistique, peuvent-ils accepter d'avoir pour capitale de la futur république flamande une ville essentiellement francophone?   Je ne sais pas comment résoudre ce problème, mais il y a là matière à conflits. D'autant plus que notre époque ultra-individualiste qui met les sacro-saints droit de l'homme au-dessus de tout autre chose, ne pourrait pas accepter des déplacements de populations comme ce fut pourtant le cas au lendemain de la seconde guerre mondiale. Les allemands et les polonais par exemple furent déplacés en grande quantité pour obtenir une homogénéité linguistique permettant de mettre fin aux conflits territoriaux, aujourd'hui on crierait à l'épuration ethnique. Et pourtant cette carte montre l'impossibilité des frontières telle qu'elles sont.

 

Ce que révèle la Belgique

 

Les difficultés de l'état belge sont représentatives de ce que produit la mécanique démocratique depuis la révolution française, l'homogénéisation nationale. Certain pensent que l'explosion du nombre de nation en Europe est le fruit des intérêts américains et de leur succursale l'union européenne, c'est l'avis de ceux que Malakine nomme les jacobins europhobes on peut citer le blogueur Edgar par exemple, qui s'inquiète de l'explosion des nations d'Europe pour cause des risques de régionalisme. De ce point de vue il y aurait une alliance objective entre l'Europe et les régions pour détruire les états nations, l'UE pratiquant le diviser pour mieux régner. Au passage cette expression de jacobins europhobes ne doit pas nous faire oublier que quelque part les européistes actuelles sont un peu les descendants spirituels des  jacobins de la révolution française. La France ayant elle même violemment démolie l'identité de ses propres régions, cette fois c'est  à l'échelle du continent Européen. Donc notre amis edgar est donc plutôt un girondins francophile en ce sens.

 

A titre personnel je pense que nous allons dans le sens de l'histoire, qui n'est pas la création de super-états cosmopolites mais au contraire dans la création d'états de plus en plus petits, mais régnant sur des régions fortement liées et homogènes. Le nombre de nation depuis la fin de la seconde guerre mondiale a explosé au contraire de la légende qui veut que nos nations, petites, finissent par fusionner, comme les cités de jadis qui finirent par créer des nations. Nous n'assistons pas en réalité à la création de géant, mais à l'explosion de nation manquant de cohérence. Et le moteur de cette mécanique de division c'est la démocratie et l'esprit démocratique.

 

En effet pour qu'une démocratie fonctionne correctement il faut que ses membres se sentent égaux entre eux, ils doivent être liés par quelque chose l'ethnie, l'histoire, la langue, la culture, l'esprit etc.. Cela change suivant les peuples et les nations, mais une démocratie ne peut pas exister sans un fort liant entre ses membres. Car dans une démocratie votre avis n'est pas forcement majoritaire et celui qui est minoritaire doit accepter la loi de la majorité, et inversement la majorité doit accepter l'existence d'avis minoritaire. Si les minoritaire et les majoritaire ne se sentent pas comme faisant partie d'un tout, d'un ensemble, alors la démocratie devient dysfonctionnelle et conduit à la guerre civile et à la division.  Seul des régime autoritaire ou du moins non démocratique permettent de tenir des ensembles hétérogènes, et lorsque l'on impose la démocratie à des nation bancales on produit des conflits l'exemple irakien ou afghan le démontre.

 

  Et l'Europe elle même montre cette logique. En voulant créer une super nation européenne, les élites sont de plus en plus contraintes à éliminer la démocratie. Car les divergences d'opinions et d'intérêts des différentes régions européennes conduisent à des impasses politiques et à la paralysie.  Le seule moyen de faire l'Europe est par la dictature et l'oligarchie, il est donc assez drôle de voir les européistes se réclamer d'un régime politique totalement contraire à la logique intrinsèque de l'UE. Le cas Belge est en quelque sorte révélateur de cette mécanique qui depuis deux siècles tend à refaire les cartes du monde et à réduire les vastes empires hétérogènes à des grains de sable.

 

Faut-il alors que la Wallonie devienne française? 

 

  Tout dépend des wallons, se sentent-ils français? La langue française n'est pas suffisant pour cela, il faut aussi regarder les traditions et le rapport à l'état. Les français sont par exemple très attachés à la laïcité et l'état ne doit théoriquement pas financer les cultes l'énervement face à au prosélytisme musulmans est de ce point de vue très révélateur . Or en Belgique les cultes sont financés par l'état  il s'agit là d'un point de conflit important, les Belges ont ils envi de changer et de se rapprocher des conception française? C'est ce genre de question qu'il faut se poser pour savoir si vraiment les wallons pourraient devenir français. Il en va de même pour les conceptions économiques, la place de l'état, les écoles publiques, etc. En cas d'adhésion à la république française il ne faudrait pas que les wallons regrettent et se sentent à nouveau étrangers dans leur propre pays à cause de divergences profondes avec le reste du pays.

 

Dernière question à quoi sert le rattachement à la France si cette dernière n'a aucune autonomie vis à vis de l'Europe? La construction européenne a détruit tout possibilité pour les états membres d'agir dans leurs intérêts. Il est donc à noter que la situation économique wallonne ne pourra pas s'arranger même en étant raccordé à la France. La Wallonie n'aurait-elle pas besoin par exemple d'une bonne dévaluation?  Ou de barrières protectionnistes pour redresser son industrie. Je rappels d'ailleurs que la puissance industrielle wallonne fut en partie le fait du protectionnisme et du blocus napoléonien. Le fait de rentrer dans la France ne permettra pas cette politique de redressement, car la France elle même, y a renoncé pour cause de dogme libéral. Donc en fait le problème wallon est surtout un problème d'indépendance. Comment retrouver la possibilité de prendre en main nos destin, de choisir nos politiques économiques et donc au final de redevenir des démocraties forcement souveraines. Et çà ce n'est pas la taille d'une nation qui le donne mais les desseins et les ambitions d'un peuple. Pour devenir indépendant il faut le vouloir, c'est ce que montre d'ailleurs les flamands. Et malheureusement les français, avec l'Europe, sont devenus passifs et ont abandonné leur indépendance. Le rattachement de la Wallonie ne saurait donc sauver celle-ci que si les français reprenaient enfin en main leur destin national.

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

valuebreak 18/06/2010 12:39



excellent papier, comme très souvent.


 


silence minéral des media mainstream sur les implications du vote ...


 


scénario de partition probable aux US ? pour les mêmes raisons ...