Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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S'il est une chose qui sidère lorsque l'on y réfléchit bien ,c'est l’incroyable capacité de nos sociétés à survaloriser des choses qui en réalité n'en ont guère. Nous trouvons normal de payer des footballeurs, des chanteurs ou des youtubeurs des millions d'euros, mais on maltraite ceux qui nous nourrissent, on néglige ceux qui éduquent nos jeunes ainsi que ceux qui nous sauvent du feu et des catastrophes. S'il y a bien quelque chose qui caractérise la société marchande actuelle, c'est bien cet étrange comportement qui consiste à valoriser l'inutile et à négliger l'essentiel. Pensez donc, nos sociétés en viennent même à négliger la reproduction, chose pourtant au centre de la vie de toutes les espèces, certaines mourant même pour y parvenir.
C'est quelque chose dont nous ne nous rendons pas compte parce que désormais la valeur marchande est devenue en quelque sorte la mesure de toute chose dans nos sociétés et qu'il est bien difficile de l'extraire de cette réalité. Petite anecdote dont vous avez peut-être entendu parler avec cette réaction peu enthousiaste de spectateurs nord-coréens assistant à un spectacle de K-pop de stars venues de leurs cousins du sud. On a ici ce que l'on pourrait appeler un choc culturel de gens venant d'une société plus arriéré suivant nos critères marchands, car régi par un régime communiste qui s'apparente plus à un vieux régime féodal qu'à autre chose. Une société où le capitalisme marchand n'a pas fait son œuvre, et où les choses, et la mesure de ce qui est important sont à mon sens encore fonctionnel. S'ils applaudissent, c'est clairement plus par politesse que par un réel engouement face à la culture marchande venue du sud.
Pourquoi est-ce que je parle de ceci? Tout simplement parce j'ai parfois l'impression d'être comme ces nord-coréens en regardant nos pays. Je suis stupéfait par l'importance que nous donnons à des choses ridicules et à la négligence dont nous faisons preuve face aux vrais problèmes. Et ce n'est pas un avis dénué d'arguments tangibles. Regardez donc la cruelle leçon que vient de nous donner mère nature avec les incendies en Gironde. C'est bien la négligence collective de l'essentiel qui explique l'ampleur de la catastrophe. Que ce soit dans la prévention par l'entretien et la gestion des forêts ou par le manque de moyen pour les pompiers. Nous payons de plus en plus lourdement la désaffection générale pour les choses essentielles. Et que dire de l'agriculture malmenée par nos politiques et abandonnée par la jeunesse qui préfère, on peut le comprendre, l'attrait des services et des métiers à la mode.
Nous avions pourtant été prévenus par certains penseurs qui avaient sans doute bien vu les limites de la société marchande, y compris par les premiers libéraux, les physiocrates qui mettaient l'agriculture au-dessus de tout car essentiel à la survie d'une nation et d'un peuple. Les physiocrates distinguaient d'ailleurs bien la valeur marchande de ce qu'ils appelaient la valeur d'usage. Un diamant a ainsi une grande valeur marchande, mais une faible valeur d'usage quand l'air que vous respirez a une valeur marchande nulle et une valeur d'usage infinie, puisque sans air vous mourrez. De cette distinction des penseurs comme Rousseau ont bien vu dans les arts et le commerce une machine capable de détruire les sociétés puisqu'ils avaient tendance à concentrer la société sur la valeur marchande et à négliger la valeur d'usage. L'on considérera ainsi ainsi plus un youtubeur qui abaisse l'intelligence, mais qui fait de l'audience, et donc de l'argent, que le simple professeur qui essaie péniblement d'élever ses élèves dans un monde qui néglige de plus en plus le savoir et la culture.
Nous sommes exactement dans cette situation. L'obsession pour les IA par exemple alors que la misère s'étend aux USA et que la population ne fait plus suffisamment d'enfants faute de possibilité de se loger montre que cette logique est à l'œuvre un peu partout dans les sociétés industrielles. On peut d'ailleurs y inclure largement la Chine dont la jeunesse se détourne aussi de l'essentiel, la natalité étant tombée nettement en dessous d’un enfant par femme. Cet enfermement dans le fétichisme du marché est tel que l'on ne peut même plus imaginer de politique dont les ressorts ne sont pas la croissance économique ou le bon bilan comptable. On l'a oublié sans doute un peu vite, mais pendant longtemps toutes ses considérations étaient en faîte assez secondaire. Nos dirigeants naviguaient surtout en regardant des objectifs qui n'avaient souvent aucun rapport de près ou de loin avec la croissance économique ou le bilan comptable. On parlait de capacité de production, natalité, capacité militaire, etc.. Bref la politique, la vraie, est tout sauf engoncer dans le piège de la pensée marchande.
Nous devons réapprendre à penser en dehors du marché
L'esprit marchand a ainsi totalement envahi notre monde. Il ne s'agit pas ici de dire que le calcul économique ou marchand n'a aucun intérêt, il est nécessaire par moment. Mais l'on ne saurait résumer la vie à un calcul économique, par plus la vie des gens que la vie des nations. La souveraineté des nations par exemple est beaucoup plus importante que le PIB et sa croissance. Car on ne saurait transiger sur la souveraineté sans remettre en question l'idée même de démocratie. Il en va de même pour la beauté de choses. Nous remarquons assez facilement que la modernité s'est accompagnée d'un enlaidissement massif des constructions, de l'architecture. C'est là encore par des considérations se limitant à l'efficacité économique que nous devons très largement ces enlaidissements. C'est quelque chose qui avait déjà marqué Keynes à son époque puisqu'il s'étonnait lui aussi déjà de la laideur grandissante des villes anglaises.
Il se posait d'ailleurs cette question, pour quoi faire des lotissements laids pour les couches populaires ? La beauté est-elle si coûteuse que nous devions en priver les plus pauvres ? Et il se questionnait déjà sur ces considérations comptables qui n'avaient en réalité aucune justification réelle. Le coût supérieur entraînant des revenus supérieurs pour ceux qui construisent ce qui in fine se retrouve dans la croissance économique et dans le dynamisme national. Non, on décidait de faire des choses laidement, parce qu'il devait en être ainsi d'après la façon dont nous pensions comptablement parlant. Il en va de même pour toutes nos politiques aujourd'hui qui se réduisent lamentablement à des calculs économiques le plus souvent erronés remplis d'idées reçues et d'ignorance crasse. Quand il ne s'agit pas carrément de mépris social déguisé en théorie économique fumeuse.
Pensez donc au maire de Saint-Denis qui se fait cracher dessus pour la gratuité des fournitures scolaires. Je ne suis guère pour ce monsieur qui fait quand même dans le communautarisme le plus évident, mais ce n'est vraiment pas sur ça qu'il faut l'attaquer. L'on pourrait même élargir le débat. Pourquoi fait-on un marché des fournitures scolaires ? Ne pourrait-on pas produire nationalement toutes les fournitures à un prix largement réduit, car standardisé avec des économies d'échelle pour tous les élèves ? Cela reviendrait largement moins cher au parent. Alors bien sûr ceux qui s'engraissent sur la compétition des fournitures entre élèves feraient faillite, mais peut-être pourraient-ils alors se reconvertir dans des choses plus utiles n'est-ce pas ? C'est ce genre de débat de fond que nous devrions avoir au lieu de tout réduire à laissez faire le marché, ou à l'accusation d'un maire qui veut rendre moins cher la rentré pour ses administrés. Encore faut-il pour cela penser la politique plus largement qu'un comptable ou un marchand de tapis.