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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 20:07

     La question de la dette publique est redevenue d'actualité avec la privatisation des dettes du secteur bancaire. Nos politiques, qui n'ont pas voulu agir réellement contre les intérêts financiers ,ont tout simplement transvaser les dettes bancaires vers la dette publique. Comme nous allons le voir ce n'est pas la première fois qu'une crise financière produit une monté des dettes publiques c'est même devenue une tradition en Europe et en France depuis les années 70. Mais il est probable que le système arrive désormais à ses limites tout du moins en Europe, continent qui n'a pas la planche à billet universelle du dollars.  

 

André Jacques Holbecq vient de mettre en ligne un graphique représentant l'évolution du solde budgétaire  français depuis 1973, c'est à dire depuis que l'émission monétaire a été privatisé. Ce graphique différencie les dépenses globales du budget de l'état et le cout des intérêts que nous payons chaque années à cause de l'emprunt sur les marchés financiers. Et le moins que l'on puisse dire c'est que ce graphique résume toute l'hypocrisie ou ignorance qui tourne autour de cette question.Car contrairement à ce qui est asséné constamment dans les médias mainstream, la dette publique de notre pays n'est pas le fruit d'une dépense excessive liée à une gabegie de l'état,  mais elle est plutôt le résultat  d'un surendettement volontairement provoqué.  En effet comment ne pas penser que ce surendettement n'a pas été le fruit d'une stratégie volontaire de la part d'une partie du personnel politique français. Ne pouvant imposer leur dogme quasi théocratique de la malveillance naturelle de l'état providence, les néolibéraux ont usé de la stratégie de l'usure sur le long terme. En produisant de la dette vous justifiez à postériori le démantèlement de l'état en oubliant de préciser d'où venait la dette et pourquoi l'on a volontairement privatisé l'instrument monétaire. Et les périodes de déficit budgétaire sont souvent venue dans des périodes où la droite était au pouvoir il suffit de regarder le graphique pour s'en convaincre.  Et la période actuelle est emblématique Sarkozy battant tout les records en matière de déséquilibre budgétaire.

 

dette-07062010-graphique1-m.png

 

      Le graphique est assez explicite en tout cas, et on peut également remarquer que les périodes de creusement de la dette publique sont les périodes où des crises monétaires se sont déclenchées. Ainsi l'attaque contre le Système monétaire européen en 1992 a produit une explosion des déficits. Je rappels qu'à l'époque Edouard Balladur et les élites françaises soutenaient le maintient du franc dans le SME. Ce fut la période dite de la politique du franc fort. Une politique qui provoqua une puissante montée du chômage et un fort déclin industriel dont nous payons toujours le prix aujourd'hui.  Le lien entre le déficit public et le le déclin industriel étant lié par la baisse des rentrées fiscales provoquées par la contraction de l'activité économique.

 

  Au final ce graphique très important montre que globalement sans les intérêts de la dette publique, les budgets auraient varié autour de l'équilibre dans la période 1973-2010. L'idée d'un état qui serait déficitaire uniquement à cause de  ses dépenses de fonctionnements et de ses fonctionnaires surpayés, relève donc de l'escroquerie intellectuelles. Il s'agit d'une propagande que  les néolibéraux n'ont cessé de répandre pour justifier des politiques de réorientation des flux monétaire vers les hauts revenues. Il faudrait d'ailleurs rappeler que les fonctionnaires consomment et payent des impôts comme tout le monde, qu'ils participent donc globalement à la demande intérieure et que bon nombre d'activités du secteur privé disparaitraient sans les méchants fonctionnaires. Sans parler de ces entreprises privées qui dépendent en grande partie des commandes publiques, il y a beaucoup d'hypocrisie dans ce genre de raisonnement de toute façon.

 

Comment réduire la dette?

 

  Le plus simple serait bien évidement de répudier la dette actuelle purement et simplement. Après tout celle-ci n'est elle pas le fruit d'une privatisation de l'instrument monétaire? N'est elle pas également le fruit de la construction de la monnaie unique qui par ses absurdités endogènes a produit des déséquilibres macro-économiques conduisant à creuser la dette publique? Le problème avec la répudiation est qu'elle entrainerait un défiance totale sur la possibilité de l'état d'emprunter à l'étranger, en effet qui voudraient prêter à un état qui ne respect pas ses dettes. Bien sure, sur le plan intérieur, le fait de ne pas pouvoir emprunter sur les marchés ne pose pas de problème. On reviendrait à la création monétaire nationale comme ce fut le cas pendant toute la période des trente glorieuses. Le problème est autrement plus épineux par rapport à l'étranger, en effet grâce aux efforts des néolibéraux la France est devenu une nation fortement dépendante de ses importations. Nous avons désormais un déficit commercial structurel construit par la conjonction d'une politique monétaire absurde celle de l'euro, et une politique de libre-échange autodestructeur de notre tissu industriel.

 

Il est donc important, à cause de cette dépendance des importations, de toujours garder la possibilité d'emprunt vis à vis de l'étranger.  Une rupture brutale de la confiance étrangère dans la dette française produirait une impossibilité d'emprunt qui contraindrait l'état à restreindre de façon trop abrupte les importations. Un gouvernement bien intentionné devra bien sure faire du retour à une plus grande indépendance industrielle sa priorité. Mais cette contrainte extérieure existe et ne doit pas être négligée sous peine de produire des catastrophes et des pénuries de certaines denrées dont nous sommes stupidement devenue importateurs. Une bonne politique économique doit orienter l'économie de façon douce et non brutale, le protectionnisme, les dévaluations et l'effacement des dettes doivent donc se faire progressivement de façon à réorienter petit à petit l'appareil productif, ou à le reconstruire le cas échéant.

 

La méthode d'effacement de la dette la plus raisonnable est donc celle qui consiste à monétiser progressivement celle-ci. Il faut oublier l'idée de l'effacer par la réduction des dépenses nous avons déjà vue que ce type d'action ne peut mener qu'à la déflation et à la dépression.  Et donc au final à l'aggravation de la dette publique. La méthode de André Jacques Holbecq  est la plus raisonnable, elle consiste à monétiser petit à petit, sur une longue période une partie de la dette publique pour en réduire la taille et les intérêts sans provoquer une contraction de la masse monétaire. Cette substitution ne produira pas d'inflation puisqu'en réalité elle n'augmente pas la masse monétaire en circulation, elle ne fait que changer une émission de monnaie privé, donc émise avec intérêt, par de la monnaie publique sans intérêt. Bien sure cela risque de démolir les arguments massues qui servent à légitimer les attaques contre les systèmes publiques, donc ce type de solution ne risque pas d'être plébiscité par les idéologues néolibéraux.

 

La contrainte extérieure elle sera évité car le processus sera relativement lent au yeux du marché et le marché oublie très vite pour peu que l'on soit assez discret.  Il ne faut pas avoir peur de ces mécaniques, elles ont déjà été employé après guerre et heureusement puisque sans cela les dettes de guerre auraient écrasé toute possibilité de reconstruction.  Quand à l'inflation il faut rappeler que si celle-ci est bien utilisée, elle peut permettre de réorienter les revenues du capital vers le travail ce qui ne serait pas une mauvaise chose si l'on en croit les évolutions de ces 20 dernières années de basse inflation.  C'est bien évidement la crainte absolue des rentiers et des actionnaires qui feront tout pour empêcher le retour de l'inflation et de la hausse des salaires et cela même si cela conduisait la civilisation à l'extinction.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

TeoNeo 04/09/2012 20:23


Est ce que l'ecart de depenses publiques avec les autres pays seraient dues à la securité sociale ? Ce qui rendraient les comparaisons moins evidentes ?


Et puis pour un niveau de depenses qui serait si excessif la dette française n'est pas si élevée que ca comparée aux pays anglo saxons que l'on a tant pris en exemple avec leur absence de
securité sociale publique. Et en plus eux monetisent leur dette...

yann 26/06/2010 21:47



@Tartuffe


Bienvenu a vous. Je suis tout seul sur ce blog, mais on forme un petit réseau de blogueurs avec le blog Horizons, le blog ecodemystificateur, et le blog de Laurent Pinsolle gaullistelibre.



Tartuffe 26/06/2010 13:40



Je viens de découvrir ce Blog, excellents articles à mon sens. Je sens que je vais m'y "abonner". Tous mes encouragements au(x) rédacteur(s).



jean 16/06/2010 16:56



Comme je l'ai dit ailleurs, il est idiot de se focaliser sur les intérêts nominaux. Comme on le voit sur le graphique, les excédents primaires sont restés plus que rares et on ne peut imputer
cela aux intérêts payés sur la dette publique. (c'est en revanche totalement différent pour la Grèce depuis 2 ans).


Si au lieu d'avoir une inflation de 2% par an en moyenne, on avait eu 1%, les taux auraient été 1% plus bas et les intérêts NOMINAUX auraient été réduits d'un quart. Par contre, la charge de la
dette serait restée la même: pour une série de soldes primaires, le ratio dette/PIB aurait évolué de la même manière.


Ceci dit, il est tout-à-fait vrai que la politique monétaire de la BCE est beaucoup trop restrictive depuis 2 ans.



Malakine 16/06/2010 11:06



Pour NDA, c'est déjà fait ! J'ai publié une vidéo sur mon blog ... Mélenchon je n'en sais rien.