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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 21:40

  Ce qui devait arriver arrive. Mais c'est quand même extrêmement rapide. Après notre petite analyse de samedi sur l'inéluctable calamité de l'explosion des taux d'emprunt qui commence à s'abattre sur nos amis italien. Voilà que l'on apprend aujourd'hui que les taux d'intérêt des bons du trésor français grimpent eux aussi. On constate sur le graphique suivant, provenant du site gecodia, que les taux français commencent à diverger des taux allemands. Comme on le voit, l'évolution est rapide et rien ne semble pouvoir arrêter l'angoisse existentielle qui frappe aujourd'hui les marchés financiers. Tout le monde semble enfin découvrir l'impossibilité fonctionnelle que représente la nature même de la monnaie nique. Celle-ci conduisant inlassablement à l'accumulation de problème pour les pays en déficit. Les monticules de dettes ne s'attaquent pas au fond du problème, mais répandent au contraire l'incendie à l'ensemble de la zone euro. Cette logique implacable qui est un défaut naturel de la monnaie unique avait pourtant été annoncée depuis Maastricht par beaucoup d'économistes de quelque obédience que ce soit. Mais il a fallu la première crise de grande ampleur sur le plan monétaire pour que l'euro unique montre son caractère fondamentalement stupide. Une seule monnaie pour des économies totalement hétérogènes ne pouvait que les faire diverger davantage. Les pays en déficit sont acculés. Leur monnaie ne pouvant se dévaluer, car leur taux de change résulte du niveau de la balance commerciale totale de la zone euro dont ils sont membres. Les pays très compétitifs, eux, ont la chance d'être protégés des dévaluations adverses et ont en plus une monnaie sous-évaluée par rapport à leur niveau potentiel ce qui leur permet d'atteindre des records d'excédent. Ce n'est, encore une fois, pas un hasard si la zone euro a, à la fois, les pays avec les plus forts excédents commerciaux de la planète, et les pays avec les plus forts déficits. C'est le résultat logique d'une zone monétaire non optimale.

 

 divergence-des-taux-franco-allemands.png

 

De fait, on peut dire qu'une grosse divergence des taux franco-allemands signifierait la fin obligatoire de l'euro. Ou en tout cas de l'euro tel que nous le connaissons et de l'organisation économique telle qu'elle a pris forme ces trente dernières années. Je ne fais pas ici ma Cassandre, des solutions ce n'est pas ce qui manque. Mais elles seront forcement en dehors des mécanismes de pensée que nos gouvernants ont cru pendant si longtemps inéluctable. Que ce soit par la fin de la monnaie unique, par le retour au protectionnisme, par la monétisation massive ou par le défaut de dette, le modèle néolibéral ou ordolibéral, pour sa composante européenne, devra être abandonné.



La dette sur les marchés financiers n'est pas inéluctable

 

Je rappellerai tout de même ici que l'essentiel de la dette publique et de la dette des états en général est le résultat d'un choix d'organisation économique. Un choix qui a été fait dans les années 70 et qui visait essentiellement à casser l'inflation de l'époque qui était jugée trop élevée et trop dangereuse pour certains intérêts. Dans le cadre de cette lutte contre l'inflation, les décideurs politiques ont choisi de donner aux marchés un pouvoir de contrainte sur l'emprunt public qui était considéré, à tort à mon avis, comme le vrai moteur de l'inflation. Ce faisant, on est passé d'un système où l'état empruntait à sa propre banque centrale pour financer ses projets sur son sol, à un système basé sur l'emprunt sur les marchés financiers. Ces derniers considérés comme extérieurs à la « contrainte démocratique », forcement populiste et irresponsable, pourraient en toute intelligence optimiser les investissements et punir les états trop dépensiers. Ce mode de régulation, qui atteint des proportions délirantes aujourd'hui avec la sociabilisation des dettes pourries du secteur privé qui s'est opéré entre 2007 et 2009, partait du principe erroné que le marché est toujours rationnel. L'expérience a pourtant depuis longtemps montré que non. En obligeant les états à obéir aux marchés financiers par la contrainte de l'emprunt privatisé, nous avons mis un système collectivement anarchique à la tête de nos nations. Et nous en subissons aujourd'hui les dures conséquences, tout du moins pour la part massive de la population qui ne gagne pas sa vie avec des stock options et des obligations d'état.



La gabegie était en fait moindre à l'époque de l'état providence, même si ce dernier n'était évidemment pas parfait. Il n'y avait pas des crises tous les cinq ans et une croissance atone. La crise actuelle qui n'a pas de solution dans le cadre dans lequel nos élites se sont elles-mêmes enfermées ne pourra être surmontée que par un retour à la contrainte collective et par un basculement du lieu de pouvoir économique suprême. L'état doit à nouveau jouer son rôle, mais il ne s'agit pas seulement d'en parler ou de faire un grand discours sur l'état stratège, comme aiment le faire certains pseudogaullistes. Car tout cela sert souvent à cacher la faiblesse des ambitions. Il s'agit de redonner à l'état le pouvoir régalien de battre monnaie, et je ne parle pas ici uniquement du retour au franc. Il s'agit surtout de briser le lien de servitude qui contraint les états à obéir aux marchés financiers. De façon d'une part à rendre aux citoyens un sens à leur vote, mais aussi de permettre à ce dernier d'employer de vraies politiques de réorganisation macroéconomique. Car une grande politique macroéconomique et industrielle ne peut se faire sans investissement et capitaux. En laissant aux acteurs privés le soin de décider de ces choses, c'est comme rendre les armes avant d'avoir combattu. En favorisant les investissements productifs et en réorientant l'argent vers les lieux où son utilité pour la collectivité sera réelle. On notera que cela peut se faire dans un contexte de concurrence économique. Un état qui contrôle l'orientation du capital peut tout à fait laisser libre cours à l'initiative privée et même l'encourager. Le contrôle monétaire ne signifie pas que la nation deviendrait un goulag géant. D'autant que l'état resterait sous l'ordre de son seul vrai maitre légitime dans une démocratie, le peuple.



On rappellera également qu'un état n'est vraiment obligé d'emprunter des devises étrangères que pour couvrir un déficit commercial et plus généralement un déficit de sa balance des paiements. Déficit qui logiquement en régime de change flottant devrait produire des dévaluations régulant ainsi le commerce. Malheureusement en pratique les taux de change sont influencés par bien d'autres facteurs que la balance des paiements. De sorte que les déficits commerciaux se traduisent souvent plus par une contraction de l'activité locale que par des dévaluations hypothétiquement salutaires pour la compétitivité externe du pays. Quoi qu'il en soit l'emprunt sur les marchés financiers ou envers les banques centrales étrangères n’est réellement obligatoire que pour cette question du déséquilibre du commerce extérieur. On ne voit pas ce qui logiquement peut imposer à un état d'emprunter sur les marchés financiers pour financer des investissements sur son sol, avec des employés locaux et des entreprises locales. Comme je le disais précédemment, c'est bien un choix politique qui a voulu contraindre les états à emprunter sur les marchés pour réaliser des investissements publics.

 

 

Pourquoi les USA ne craignent-ils pas la hausse des taux?



Mon collègue Laurent Pinsolle s'interroge dans un commentaire sur son blog sur le fait que les USA sont moins menacés par les hausses des taux de leurs emprunts obligataires que l'Italie la Grèce ou l'Espagne alors que leurs situations ne sont guère plus enviables d'un strict point de vue comptable. C'est vrai que la situation américaine est dramatique, d'autant plus que les élites du pays se déchirent sur les questions de dette. Et que l'organisation politique de type polycentrique des USA conduit ces derniers à une cacophonie paralysant leur action collective. Cependant, il y a plusieurs facteurs qui expliquent la moindre inquiétude des marchés concernant la situation US. D'une part, les USA sont libres de leur politique monétaire et à l'instar de la GB ou du Japon ils n'hésiteront pas à liquider sous forme de monétisation une partie de leur dette. Étrangement, ce marteau monétaire, qui devrait inquiéter les marchés, les rassure. Car mieux vaut être remboursé un petit peu, que pas du tout. Comme cela risque d'être le cas en Grèce et ailleurs dans la zone euro.

 

Ensuite, les marchés anticipent une amélioration des exportations sous l'effet des dévaluations qui peuvent améliorer la situation macroéconomique. De fait, il est plus rassurant en cas de tempête d'être sur un navire avec un capitaine et un gouvernail que d'être sur un bateau qui n'a ni l'un ni l'autre, comme c'est le cas de la vieille Europe. Ce qui ne veut pas dire que le navire s'en sortira pour autant, il a simplement plus de chance de ne pas couler. Enfin comment ne pas parler du rôle du dollar ? Avec les prix du pétrole qui ont peu de chance de baisser fortement à long terme et le rôle que cette monnaie tient toujours, malgré les multiples annonces de défis, dans l'échange de cette matière première essentielle. Les USA n'ont guère à craindre d'une émission excessive de monnaie. La convention du roi dollar est toujours en place et produit toujours ses effets bénéfiques sur l'économie américaine. Lui permettant de s'endetter gratuitement, et de payer ses importations avec sa propre monnaie. Les USA, contrairement aux autres nations, n'ont pas besoin d'une réserve de monnaie étrangère pour acheter à l'étranger, c'est un sacré avantage qui rassure énormément les investisseurs privés pendant les crises.

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Published by Yann - dans économie
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aliena 14/07/2011 23:40



Current accounts and currencies



http://bilbo.economicoutlook.net/blog/?p=5644



aliena 14/07/2011 23:40



AJH

Je vous confirme que l'Europe paye la Chine en euro.

Si un pays a un déficit commercial, il a forcement aussi un déficit public du même montant et une dette publique qui est la somme des déficits accumulés depuis la création de ce pays (dans sa
propre monnaie ou non). S'il a un excédent commercial, cela augmente sa position d'actifs financiers étrangers (détenu par sa banque centrale).

La dette publique fournit les actifs financiers au secteur privé, comme c'est le cas en ce moment puisque la création de crédit bancaire ne fonctionne plus, mais cela devrait toujours être le cas
pour éviter l’instabilité lié au crédit et les dépressions économiques que cela engendre a chaque fois (debt deflation). Il ne s'agit pas *que* du fonctionnement de l'Etat. L'Etat est l'emetteur
en monopole de la monnaie et a ce titre le seul a pouvoir fournir les actifs financiers nets dont l'economie a besoin.
C'est pourquoi les déficits publiques sont extrêmement élevés partout et le monde semble être prit de folie a vouloir les réduire sans comprendre ce que cela veut dire.
Le resultat est que la dépression n'en finit pas.

Current accounts and currencies
http://bilbo.economicoutlook.net/blog/?p=5644




Budget deficit basics


http://bilbo.economicoutlook.net/blog/?p=14044


 



L'abc du déficit budgétaire - Première partie


http://alienaeconomics.blogspot.com/2011/02/labc-du-deficit-budgetaire-premiere.html





L'abc du déficit budgétaire - Deuxième partie


http://alienaeconomics.blogspot.com/2011/02/labc-du-deficit-budgetaire-deuxieme.html





L'abc du déficit budgétaire – Troisième partie


http://alienaeconomics.blogspot.com/2011/02/labc-du-deficit-budgetaire-troisieme.html



"A ma connaissance l’État français n'a aucune dette en devises étrangères"

-->si si, la dette de la France est en euro.



A-J Holbecq 14/07/2011 11:41



Aliena


Je ne vais pas insister mais lisez quelques bouquins sur la monnaie et vous verrez que vous vous trompez. Un exemple ici  http://books.google.com/books?hl=fr&id=Ipc1I0sIa28C&q=besoins+en+devises#v=snippet&q=besoins%20en%20devises&f=false


 


C'est la banque Centrale qui gère les échanges de devises


 


Néanmoins il est exact qu'un exportateur étranger peut choisir la devise dans laquelle il veut être payé : l'importateur devra donc se procurer ces devises


 


La dette publique, c'est tout à fait autre chose et ça n'a rien à voir avec les échanges commerciaux: d'ailleurs nos émissions de dette publique consistent simplement à financer l'Etat (en euros)
[pour - en grande partie - payer les intérêts (mais c'est un autre sujet)
La dette publique de la France est en euros]


A ma connaissance l'Etat français n'a aucune dette en devises étrangères



aliena 13/07/2011 20:58



AJH


 


Non, quand l'Europe importe de la Chine (ou d'autres pays), elle paye en euro.
La Chine les recycle en "dette européenne" d'ailleurs, faisant monter l'euro par rapport au yuan grace a ces reserves de change montrueuses.
Et la Suisse paye en franc suisse, l'Australie, le Canada, le Japon etc...payent avec leur propre devise.
Aucun de ces pays n'a de dette publique libellée dans une monnaie étrangère.
La Chine utilise le dollar US (ou des euros) comme moyen d’échange et comme vous le savez, il est très difficile de se procurer des yuans.



Évidemment, cela dépend des pays, le Zimbabwe n’étant pas un très bon exemple. Si vous êtes une super puissance industrielle, votre monnaie est désirable et acceptée comme moyen de paiement.
Les problème du Zimbabwe sont lies aux reformes agraires faites par Mugabe. Il a, en gros, détruit les capacités de production alimentaire de son pays, créant ainsi l’hyperinflation. Les choses
sont revenue a la normale depuis.



A-J Holbecq 13/07/2011 10:31



@Aliena
Vous vous trompez. Essayez donc, si vous êtes résident du Zimbawee d'acheter des biens étranger avec votre monnaie. En fait un importateur demande des devises à sa banque qui s'en procure auprès
de la Banque Centrale au taux de change en vigueur.