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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 23:50

  un-pale-point-bleu « Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

 

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique... Nos postures, notre propre importance imaginée, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité - dans toute cette immensité - il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu'à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n'y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S'installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c'est sur Terre que nous prenons position.

 

On a dit que l'astronomie incite à l'humilité et fortifie le caractère. Il n'y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »

 

— Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space

 

J'ai voulu commencer ce texte par la citation de l'astronome Carl Sagan pour mettre quelque peu en perspective mon propos du jour. Cette image du point bleu pâle, qui est une photo de la terre à plus de 6 milliards de km prise par Voyager 1 en 1990, montre la petitesse de notre monde et surtout son infini isolement. Depuis des milliards d'années, la vie y évolue au grès des contraintes climatologiques et des grandes catastrophes qui se sont succédé sur notre bonne terre. La totalité de ce qui vit sur terre n'a évolué, n'a existé que sous la contrainte du volume d'eau, d'air, de terre et d'énergie qui est présent sur ce pauvre caillou bleu perdu dans l'immensité de l'espace. L'air que nous respirons, l'eau que nous buvons ne sont que la résultante d'un recyclage réalisé sur plusieurs milliards d'années. Un recyclage passant de génération en génération, d'être en être, perpétuant la continuation de la vie et la transmission aux générations suivantes. Les uns devenant la nourriture des autres. La complexité du vivant ayant fait apparaître au cours de ce vaste espace temporel toute une myriade d'espèces spécialisées dans telle ou telle tache permettant ce recyclage hautement sophistiqué qui nous permet aujourd'hui de bénéficier de cette superbe planète pourtant si minuscule.

 

Si le lien avec l'économie ne paraît pas au premier abord évident, il me semble pourtant que la question du cycle naturel et des contraintes économiques sont intimement liées. S'il est une chose qui caractérise l'anormalité de la pensée économique moderne, voir de la pensée moderne tout court, c'est cette rupture du cycle naturel. Cette propension phénoménale à ne plus s'intéresser ni à la transmission ni au cycle qui permet le maintien de nos sociétés. Au cœur de cette évolution est la vision de l'homme déconnecté des autres hommes, de son milieu, et le raisonnement cartésien qui en est la source. Lorsqu'on lit ce texte formidable de Sagan, nous comprenons que sommes tous liés. Nous sommes tous solidaires du petit planétoïde sur lequel nous vivons. Et pourtant nous nous évertuons à prôner l'inverse, à penser que l'individu est tout et que le reste n'est rien. Le riche ne l'est que par son talent, le scientifique ne doit son savoir qu'à lui même et l'enfant ne doit rien à ses parents. L'on ne voit plus la nation, la famille ou le groupe que comme une contrainte contre sa propre liberté. « Liberté, liberté, liberté ». Tel est le slogan moderne. Contre quoi voulons-nous être libres, peu importe ? Libre par rapport à quoi? On s'en fiche. L'important c'est l'absence de contraintes, quelles qu'elles soient. L'individualisme est devenu une nouvelle forme de totalitarisme. Un totalitarisme qui interdit toute forme d'action collective. Comme le décrit si bien Philippe Grasset dans un de ses textes concernant le régime politique du bloc atlantique, et de son maître américain : « Ainsi ces élections n’ont finalement qu’un résultat, mais celui-là tout à fait assuré : elles légitiment et institutionnalisent l’impuissance et la paralysie du gouvernement de l’américanisme, et par conséquent l’irresponsabilité qui va de pair. ». L'individualisme et la liberté toute puissante de l'individu n'ont fait que construire une société collectivement impuissante, car elle est toujours illégitime à agir contre l'individu.

 

Or la civilisation est contrainte par la nature même si cette contrainte n'est pas directement intelligible ou visible. Les sociétés humaines ont dû apprendre au fur et à mesure à faire avec les contraintes qui étaient les leurs. La culture est en grande partie la traduction de ces contraintes sous la forme de coutumes et d'habitudes comportementales qui rendaient possible la coexistence de la civilisation humaine avec son milieu étriqué sur cette petite planète bleue. Si toutes les traditions et habitudes n'étaient pas nécessairement utiles pour ne pas sortir du périmètre des limites de nos ressources naturelles. Il y en avait certaines qui l'étaient. Ainsi pourrait-on presque appliquer les thèses de l'évolution des espèces sur les civilisations. Celles dont les traditions étaient contraires à leurs contraintes naturelles disparurent laissant place à des civilisations et à des coutumes plus compatibles. L'on peut donc voir la collectivité et ses habitudes comme des contraintes approximatives reliant les contraintes naturelles à la condition de l'humain dans la vie de tous les jours. L'on mangeait peu de viande et beaucoup de riz en Chine parce que le milieu local et la densité de population ne permettaient pas de faire autrement. Les Français mangent du pain parce que le blé pousse bien en France, etc. De la même manière les interdits sexuels étaient des moyens pratiques pour contrôler les naissances à des époques où il était bien difficile de faire autrement. Avouons-le. Mieux vaut l'abstinence, le contrôle sexuel, que l'infanticide, ou la surpopulation, et la famine concomitante.

 

D'une façon ou d'une autre ce que l'homme moderne individualiste s'échine à penser comme des contraintes absurdes et arbitraires ne l'étaient pas tant que ça finalement. La leçon que nous devrions tirer de la modernité et du « progrès », c'est que l'on ferait bien mieux de réfléchir à de deux fois avant de détruire des coutumes et des habitudes dont on ne sait guère par avance à quelles fins réelles elles étaient là. En effet, la justification apparente des coutumes cachait bien souvent la raison réelle et tout le temps ignorée de leurs propres existences. Les hommes agissant souvent sans savoir la raison réelle qui les mobilise.

 

La civilisation de l'épuisement

 

L'organisation moderne n'est pas fondée sur les limites naturelles. Elle est au contraire construite autour de la liberté individuelle. Une liberté qui comme nous l'avons dit précédemment se veut absolue. Si au départ la civilisation libérale a dû faire des compromis avec ce qui l'avait précédée, elle a indubitablement réussi à ronger petit à petit les contraintes qui l'astreignaient. De sorte que les individus modernes ne pensent plus du tout aujourd'hui en terme d'intérêts ou de contraintes collectifs. S'opposer au groupe, à l'autorité, ou aux règles est même devenu une obligation. Le pauvre Zemmour qui voit dans Mai 68 l'origine de ce mal en France se trompe lourdement. Le mal est beaucoup plus ancien, il est inhérent à la pensée cartésienne sans cesse élargie au-delà de son application d'origine. Comme je l'avais expliqué dans un autre texte pour moi, le libéralisme est né du cartésianisme, un cartésianisme mal compris et mal appliqué plus exactement. Et le mal est fait, la contrainte collective qu'importe sa nature est de plus en plus contestée. Elle n'a plus aucune légitimité aux yeux des individus modernes d'occident.

 

En absence de toute contrainte collective produite par la tradition, les habitudes, la politique et les coutumes, le moderne n'a plus aucune relation avec son environnement. Le détachement vis-à-vis de son milieu devient total. La mondialisation n'est en fait que l'aboutissement terminal de la civilisation libérale et de la destruction finale de toutes les contraintes collectives. Les nations n'existent plus, les frontières n'existent plus, les peuples n'existent plus, la terre n'existe plus, la politique n'existe plus. Il n'y a plus que l'homme libre de toute contrainte. Du moins, c'est ce que le moderne pense. La culture devient mondiale, détachée de toute logique géographique et de toute contrainte locale. Elle devient autojustifiante construisant sa propre logique sans aucun rapport avec le monde réel. Il n'y a pour ainsi dire plus aucun lien entre la culture et la contrainte naturelle. Le dernier rempart qui empêchait la société de s'autodétruire sous le coup des intérêts individuels qui ignorent leur biotope a disparu. Si vous n'avez pas de pétrole, ce n'est pas grave, importez-le. Et utilisez n'importe quel moyen pour cela en bombardant les récalcitrants. Vous n'avez pas d'uranium, ne faites pas autrement, importez-le. Vos jeunes sont de plus en plus stupides. Ils ne s'intéressent plus aux sciences. Gardez-vous de réformer votre système d'instruction ou vos médias débilitants. Importez donc des ingénieurs et des scientifiques d'ailleurs. Vous ne faites pas assez d'enfants. Ne faites pas de politique de relance de la natalité. Ne vous questionnez pas sur l'origine de ce déclin. Faites donc venir des immigrés.

 

Il y a un lien direct entre l'épuisement des ressources naturelles et l'épuisement démographique des peuples les plus avancés. Dans tous les cas, les gouvernants modernes n'imaginent des solutions que dans la fuite vers l'ailleurs. Un ailleurs qui n'aurait pas nos problèmes. Mais cette façon de penser oublie que la généralisation de son propre comportement met à mal sa propre logique. En effet si cet ailleurs fait la même chose que nous que se passe-t-il ? Si tous les peuples du monde se comportent à notre image que deviendrait donc cet ailleurs ? Lorsque tous les peuples du monde ne feront plus assez d'enfants où donc irez-vous chercher vos immigrés ? Lorsque les Chinois et les Indiens consommeront comme nous du pétrole en abondance où irez-vous donc chercher ce pétrole devenu si rare ? L'on peut qualifier une civilisation qui se fonde sur une telle pratique comme étant une civilisation de l'épuisement. Elle épuise les sociétés dans lesquelles elle s'installe en leur faisant oublier les contraintes qui sont les leurs et en leur faisant miroiter des solutions de court terme qui mènent nécessairement au désastre. Elle épuise les hommes, les matières premières et conduit l'humanité à sa perte. Elle s'imagine déjà colonisant l'espace. Un ailleurs encore plus lointain pour ne pas avoir à assumer les conséquences des sa propre logique déstructurante.

 

 

L'actualité est tout à fait adéquate puisque deux oeuvres culturelles de la modernité confirment mon propos. Tout d'abord le dernier film de Christopher Nolan "Interstellar" qui pour résumer nous dit "Tout est foutu, partons". Allons épuiser un autre monde. Les milliardaires et les actionnaires d'abord. Peut-on faire plus irresponsable? 

 

 

L'autre média montant, le jeu vidéo, n'est pas en reste. Puisqu'il vient de sortir un nouveau jeu de la célèbre série Civilization intitulé "Beyond Earth". Tout un programme. Je vous laisse regarder l'introduction du même acabit que le film de Nolan.

 

 

 

La frontière responsabilise, son absence infantilise.

 

La restructuration de nos sociétés passe donc nécessairement par la contrainte collective. À la logique individualiste collectivement irresponsable, l'on doit opposer une logique collectivement responsable et donc limitante pour les individus. L'humanité si elle souhaite survivre sur ce petit vaisseau bleu va devoir réapprendre à vivre avec la notion de limite. Et réapprendre à vivre en autarcie. Oui en autarcie, car c'est bien de cela qu'il s'agit au final. Ce terme est diabolisé dans nos sociétés individualistes. L'autarcie est considérée comme un enfermement absolu, une abomination s'opposant totalement à la liberté. Une liberté que l'on ne voit pas comme elle est c'est à dire bien éphémère et dangereuse. Et pourtant nous vivons déjà en autarcie, c'est ce que montre le texte de Carl Sagan et cette photo magnifique du point bleu pâle sur lequel nous naviguons. Notre monde vit en autarcie, en quoi est-ce une horreur ? C'est bien au contraire fabuleux que de voir un monde entier vivre en autonomie parfaite depuis des milliards d'années. Et c'est d'autant plus fabuleux que l'homme peine à imiter la biosphère terrestre. Toutes les tentatives ont pour l'instant échoué à imiter à plus petite échelle ce système. Et pourtant pour nous échapper de notre condition terrienne il nous faudrait au préalable être capables de reconstituer cette biosphère. L'autarcie nécessite beaucoup plus d'ingéniosité que la fuite en avant. Là ou l'on se coule tranquillement dans la solution de facilité de l'importation, la nation indépendante et autosuffisante doit sans cesse faire attention à ses équilibres sous peine de catastrophe. L'indépendance nécessite des hommes compétents. Les sociétés libre-échangistes se contentent de discours ronflants, et d'intellectuels paresseux pour élite.

 

Vous me direz oui, mais la solution à notre problème de petit vaisseau bleu flottant dans l'espace en cours d'épuisement peut être mondiale. Et je répondrais que l'expérience montre que l'exercice du pouvoir à de telles échelles est vicié dans son fondement. Plus l'on élargit le pouvoir, plus ce dernier devient flou, inhumain et mécaniste. La technocratie européenne suffit à éliminer toute tentation d'un pouvoir plus large pour résoudre nos problèmes. C'est bien au contraire vers les nations que l'on doit se tourner. C'est le lieu naturel de la confrontation entre l'individu et la société. C'est le seul mécanisme capable de renfermer le mauvais génie de l'individualisme délirant dans les limites d'où il n'aurait jamais dû sortir. Si chaque nation est obligée de répondre à ses propres besoins dans les limites du raisonnable, il y a tout lieu de penser que nous aurons alors résolu une bonne part du problème. Et par l'occasion probablement ouverte des voies originales au progrès technique et à l'organisation sociale. Car chaque peuple apportera ses propres solutions et sa propre voie à la solution planétaire en fonction de ses propres contraintes géographiques. L'humanité pourrait même nous surprendre si nous suivions cette voie en lieu et place de la fuite en avant.

 

                                    Carl Sagan - Un pâle point bleu

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Published by Yann - dans écologie
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Jazzman 10/07/2016 14:12

Question HS, croyez-vous vraiment qu'une sonde lancée en 1977, donc conçue quelques années avant, puisse nous transmettre des images d'une distance de 6 millards de km ?
Avez-vous une idée de l'état de l'art en électronique dans les années 70 ?

yann 13/11/2014 12:05


@Lik


 


Je maintiens le fait que vous n'avez pas compris le propos. Je ne dis pas que le simple retour des nations résout le problème, mais qu'elle est sa condition première. Les instances
internationales ont prouvé à de multiples reprises leur inefficacité. Qu'attendez-vous donc d'instances non démocratiques dans lesquelles les citoyens n'ont aucune part dans les prises de
décision ni dans la réalité pratique des prises de décisions ? Vous êtes dans la pensée magique, à mon sens c'est plutôt votre commentaire qui s'avère simpliste. Vous ne démontrez rien et
vous affirmez de façon péremptoire que toute action nationale est ipso facto inutile. Le fait que les problèmes puissent être globaux n'implique en aucune façon que la solution est globale. En
renfermant les nations dans leurs contraintes spatiales et géographiques, vous les obligez justement à créer des systèmes durables. Vous n'avez pas de pétrole, et bien débrouilliez-vous sans. Les
écologistes ont une formule pour cela: « Penser global, agir local ».

lik 13/11/2014 09:52


Si, j'ai très bien lu et compris et je maintiens que votre simplisme est stupéfiant, tout autant que la naiveté de vos commentateurs.

yann 12/11/2014 22:27


@ Di Girolamo


 


La question c'est "Est-ce que l'homme peut vraiment se diriger lui-même par la seule force de la raison? ". J'en doute de plus en plus pour tout vous dire. D'autant que la multiplicité d'intérêts
contradictoires va empêcher toute forme d'action collective. L'on avait coutume de dire que la foi soulève des montagnes. C'est ce qui manque aujourd'hui. Les humains sont paralysés par
l'individualisme et l'excès de rationalisme.


 


@red2


 


Nous manquons de croyance collective, et notre raison nous fait penser que rien n'est possible. Alors que nous devrions nous dire qu'en fait nous n'en savons rien. Il faudrait que les modernes
acceptent les limites de la logique et de la raison parfois, pour faire preuve d'acte de foi et d'action collective. Je crois que c'est parfois notre excès de raison qui nous paralyse parce que
nous surestimons notre capacité à anticiper les événements.


 


@La Gaule


 


Cela faisait longtemps, bonjour à vous. Personnellement j'aime bien Zemmour, pas tant pour ce qu'il écrit, que pour une certaine forme de courage. Il en faut pour se faire insulter sans arrêt par
tout un système médiatique. Il me semble qu'un peu plus de rigueur scientifique ne lui nuirait pas, c'est le moins que l'on puisse dire.


 


@lik


« C'est totalement absurde de présenter la nation comme la solution aux problèmes qui se posent. » Pour le coup c'est plutôt vous qui êtes, dans le simplisme vous n'avez pas compris,
l'argumentation. L'idée est que l'action politique pratique n'est réalisable que dans le cadre de la nation. À l'échelle internationale, c'est systématiquement les lobbies et les plus riches qui
s'imposent. Quant à l'OMC elle est le contraire de sa propre dénomination, l'OMC déconstruit l'organisation du commerce internationale et ne cesse de prôner l'abolition de toute frontière
pourtant seule capable de réguler les choses.

La Gaule 12/11/2014 05:05


"C'est bien au contraire vers les nations que l'on doit se tourner. C'est le lieu naturel de la confrontation entre l'individu et la société."


Cette confrontation porte un nom, elle s'appelle la politique. La seule qui vaille, puisqu'elle est la seule tributaire de la citoyenneté, elle-même tributaire d'un lieu précis et
d'un peuple enraciné par origine ou par choix en ce lieu. 


La nation a effectivement été le lieu privilégié de cette confrontation, puisqu'elle a permis la consécration de l'idéal démocratique, soit le dépassement d'intérêts particuliers très composites
dans un intérêt général accepté par tous.


Le reflux de cet idéal aujourd'hui n'est que logique puisqu'il accompagne le reflux de l'idée nationale -c'était d'ailleurs la conclusion de "L'illusion économique" de qui vous savez.


Tout projet structurel "global" prétendant courtcircuiter les nations ne peut que courcircuiter dans le même mouvement le politique, c'est-à-dire la possibilité démocratique même.


Cette entreprise de démolition est méthodiquement réalisé par le "néo" libéralisme, soit le lébéralisme de toujours, dont le projet a toujours été de limiter le politique par l'économique. Je
veux bien admettre que la mouture contemporaine de ce courant ne veut plus se contenter de limiter les choses mais de réaliser le crime parfait.


Votre texte est néanmoins très bon, dans la lignée à mon avis du dernier livre de Juvin.


Sinon, sur le "pauvre" Zemmour, il n'est que pauvre dans le sens où Beaumarchais ou Voltaire (pour ne citer que deux personnages pré-révolutionnaire surfaits au hasard) eux-aussi étaient
d'une pauvreté frivole notable.


L'essentiel est que ce phénomène marque un retournement ou une renaissance d'une opinion publique dissidente de l'opinion médiatique, et ce fait inédit depuis des lustres ne souffre aucune
condescendance -je me fous de zemmour en fait.


Merci d'être revenu, les fachos (moi entre autres) ont toujours du plaisir à vous lire.